‹ Chroniques [microforme]Chapitre 14 sur 83 · M 64 CHRONIQUES · texte numérisé non relu

M 64 CHRONIQUES

{ll | se demande avec cffroi. Les échos y sont puissants, mul-

Ur tiples, infinis ; un coup de sifflet de la vapeur y retentit

ji A près de trois minutes en se repercutant de montagne

| en montagne, de gorge en gorge, jusqu'à ce qu'il se

| perde dans l’espace comme un soupir douloureux, Seul,

| le cap Trinité brise la lourde uniformité de cette chaîne

Qi aride, désolée, d’une grandeur repoussante, qui borde le

WE Saguenay dans tout son cours. L'instant d'après, on retrouve

la même scène, les mêmes aspects, jusqu'à ce qu'on arrive

|| enfin, à deux heures ct demie, devant Tadoussac, heureux UT d'échapper à ce spectacle qui commence à peser de son poids | EU gigantesque.

|| | Le défaut à peu près général du paysage canadien UE u'est de manquer de pittoresque, c'est d’avoir une uni- | formité, pleine de grandeur il est vrai, mais bientôt fati- A à | gante. L'esprit ne trouve pas à s’y relever de ses premières 1 impressions et finit vîte par en sentir le dégoût. En outre, dans ces cimpagnes du Nord, il fait souvent, même aux plus beaux jours d'été, un vent humide et froid qui porte dans l'âme la tristesse. La nature agonise dans ce pays où elle n’a que trois mois de chaleur incertaine pour se ré- Lu. chauffer. Ici, les fleurs naissent tard, jettent quelquos par- Ua fums fugitifs, et s’étiolent bientôt sur leur tige, frappécs par | ll l’'impitoyable nord-est.

DU L'été passe ce ses molles qui apparaissent tout-

l ! à-coup is et s’enfuient avant que Île navire

(fl ait pu le uvre: voies, Il répand à la hâte quelques

1 Î | rosées, verse quelques tièdes rayons, s’empresse de mûrir

Ll les grains, puis disparaît comme l'oiseau qui fuit un ciel in- | hospitalier,

Cette année surtout, il disparaîtra plus tôt que d'habitude, pour Ja bonne raison qu'il n'aura pas même paru. Il fait froid partout, il pleut partout, il grêle même quelquefois; le foin surabonde, ies champs regorgent, l'habitant jubile et le voyageur est gelé.

C’est là ce qu’on appelle la saison des chaleurs en 1871.

Page 1