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ALLEZ, MES JEUNES ‘ANNÉES

20 Aovr.

Je ne vous ai encore rien écrit de Kamouraska, je me réservais, Je n’ai pas voulu jeter ce joyau parmi les galets, ni donner une place à Kamouraska parmi les insipides et ennuyeuses places d’eau que j’aï visitées cet été, Au- Jourd’hui le mouvement des voyageurs se ralentit, le tohubohu des arrivées et des départs s'apaise ; toute cette cohue, quelquefois brillante, le plus souvent tapageuse, s'écoule en laissant à la nature de reprendre sa beauté un instant tourmentée, ses charmes simples et doux.

Que de beaux jours de dois à Kamouraska, et quelle jeunesse pleine de sève j'y ai jetée à tous les vents parmi

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les meilleurs amis que le ciel m’ait donnés! Maintenant, comme moi ils ont vieilli, ils se sont dispersés, ils oublient je rendez-vous que nous nous donnions dans ce village assourdi pendant toute une saison de nos bruyantes gaietés, de nos chansons éternelles, de nos danses folles le jour comme la nuit, de nos pique-niques imprévus, de notre intrépide arrogance ct de nos éclatants dédains de tous les préjugés. Tudieu! comme nous étions libres et magnifiques! Il fallait que dans chaque famille il y eût un bal par semaine, et cela ne suffisait pas; nous dansions dans les champs, dans les bosquets, sur les îles à un mille du rivage, sous l'orage comme les épis qui se balancent au vent | La fatigue nous était inconnue ; nous vivions comme les sauterelles au milieu des riches moissons, semant et prodiguant partout notre inépuisable vie, insoucians, glorieux, fastueux parfois, quand les täntes n'étaient pas trop rétives, ingénieux jusqu’au délire dans l’iuvention des divertissements nouveaux, et toujours jeunes Oh! j'ai vu là des enfants de cinquante ans qui pouvaient m'en revendre, plus frais, plus dispos, plus alertes que moi, malgré mon exhubérante jeunesse, Où sont-ils, où sont-ils maintenant ? et auels rêves suis-je venu tout-à-coup éveiller dans ce Kamouraska surpris parle veuvage de ses joies et livré sans merci aux froids, roides, monotones étrangers qui viennent y respirer l'odeur du varech sans désempeser un instant pendant six semaines, et qui ne savent pas quels souvenirs passent inaperçus sous leurs regards inertes, quel passé ils défigurent avec leurs ridicules imitations de plaisir ?

Connaissez-vous ce petit cap là bas, isolé, à un quart

DR | ds CA

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