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. — Je viens d'aclieverpour la Revue des Deux Mondes un arlicle intilulé : Quelques vérités sur la siluation eu liltéralîire. Je n'ai jamais tant tlit ce que je pensais. J'ai profité d'une ouverlure de Buloz pour rcssaulcr en selle el fouetter pour un relai encore.
Si vous preniez la peine (eu égard à la disette) de citer quelque chose de mon article de la Revue, vous 'pourriez mettre un peu les points sur les i.
Ainsi, à propos des romanciers qui l'ont du de Sade, il est difficile que je n'aie pas songé à Balzac, même à Frédéric Soulié {Mémoires du Diable), et surtout aux Mystères de Paris (chapitre de Cécily.) Le de Sade (si on veut le définir honnêtement) c'est la méchanceté, la cruauté, la perversité dans la volupté, — la volupté, non pas naïve comme chez nos vieux Gaulois, mais devenue méchante, perverse et cruelle.
— Il est difficile, à propos des grands hommes mal entourés, que je n'aie pas songé à Lamartine, ([ui rallie sous ses .étendards de soie tout ce qui se présente...
Vous pourriez ainsi courir avec plus ou mc»iiis de doute et de conjecture, et passer un jieu en revue les masques en donnant pourtant l'éloge à côté; c'est ainsi (jue la critique porte.
Théophile Gautier disait \\i\ jour de .laiiiii : « On a heau dire, il y a un fameux lempérameni dans ce stylelà. »
Quel sanglant éloge!
Et Alexandre Dumas, et ce talent réel, mais presque physique; cet esprit qui semhle résider dans les e^^prils animaux, comme on disait autiefois!
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Insistez, vous, croyant cl liistorien iruii pays moral, sur cet épicuréisuie pralii[U(^ trici (jui n'a produit qu'un bon moment de jeunesse, mais passé lequel, Ions plus ou moins, nous sommes sur les dents, sur le ilanc : chacun a été bourreau de so/i esprit. J'en prends ma part.
— Le calme plat dure en polili([uc et en tout. Le lin mot de mon article, c'est que nous sommes dans un 15 avril universel; en politique, sous M. Mole, c'était bon, on pouvait espérer que la littérature gagnerait à ce calme de sa turbulente rivale ; mais point. Tout s'est attiédi. De là des excès fact'cçs.
Il est arrivé exactement pour la société française, depuis treize ans, ce qui arrive pour un homme qui n'est pas jeune et qui fait une maladie violente, qui a quelque accès imprévu. Les médecins n'ont songé qu'à sauver le corps; ils ont saigné, débilité, mis à la diète : — bref, ils ont guéri. Mais le malade guéri s'est trouvé baissé d'esprit cl de moral, ce à quoi, dans le traitement, on n'avait nullement songé.
— .Notre ministère, malgré ses succès généraux, songe à se radouber tout doucement après la session. On ferait M. de Salvandy ministre de la marine (car il parait prouvé que rien ne nuit tanlà ce ministère qu'un marin et un homme du métier); on éliminerait M. Martin (du Nord) et M. Teste, (pii s'en iraient échouer dans des sièges à la Cour de cassation ; et on prendrait des hommes plus frais et moins criblés d'échecs (car ces deux ministres ont vu manquer en leurs mains presque tous leurs projets de lois).
Ce 6 juillet 184o.
(.lîAM) M n i: V i: M K N T KK 1! Knil'liKSSKlNS DAN? I..V 1.1-
nuAiiiiK ruANÇAisi:. — i.i:s fok.maïs-ciiaiu'E.ntiei!.
— LILLUSTHATION. — M. EDOUARD CIIAHTON. — LES VOYAGEfi EN ZIG/.AG DE TUPFFEH,
Ce posl-scripluin n'osi que pour la l'orme, ricMi do nouveau. Pas inème de publication nouvelle. On a parlé lies Souvenirs sur l'Empire de M. de Mencval, ancien secrétaire particulier tle l'empereur : il n'y a pas d'habiliide de composer un livre, et ceux f|iii ne lisent (pic pour avoir un récit agréaiile cl coiiliini pcuvciil y trouver du mécompte ; mais il y a beaucoup d'anecdotes préciciises, originales, (jue garaulissenl la position et la probité de l'auteur. On y apprend à connaître de près le grand bomnie et même (ce qui est moins beau) Marie- Louise. T.a première édition de ces SoiiVt'^nirs (^st déjà éiiuisée.
— Il se fait en France un grand mouvement de réimpressions, de traductions de toutes sortes d'ouviages, ou
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pliitùt ce mouvement, favorisé par riiivcalion des petits formais dits formats-Charpentier, se continue et s'adiève en ce moment. Tous les libraires s'y sont mis comme sur une idée luci'alive, et on a gàlé ce qui pourtant est resté utile et aura pour résultat une plus grande diffusion. Cependant la librairie commence à être au bout de cette veine, et il faudra bientôt, si on vent retrouver la vogue, inventer je ne sais (juel lormal ou quelle combinaison nouvelle.
— Lisez-vous le journal rillastfalion hebdomadaire, imité des jonrnaux auiiiais illustrés? Il est assez bien fait, agréable à parcourir, et il vous apprendrait certaines choses. — C'est Dubochet qui le publie; et il est rédigé par Cbarton, le même (jui dirige si bien depuis des années le Magasin pilloirsqw.
— Les Voyages en zigzag de TôpITer, qui ne sont (juc ses recueils de promenades avec de légères modilicatiuns au texte cl \\\\ plus grand luxr de dessins, réussissent ici à merveille. Il a ses Icllres de grande naturalisation.
— Si vous, ([iii lisez les journaux, n'y trouvez aucune proleslalion ni attaque contre mon article de la Renie, vous en pourrez conclure et faire remarquer que c'est là une granle confirmation, et un grand aveu que ce silence : car depuis (piand penl-on dire aux gens, au beau milieu de la fuide, de telles vérités, sans qu'aucun téniuin relève le L^anl?
Ce vcnilrcdi -2S iiiillot 1843.
COUSIN. — I-ETTHES DU PEI'.E ANDRE. — ALFRED DE MUSSET. — VERS POUR L'ANNIVERSAIRE DE LA MORT DU DUC d'ORLÉANS. — INCONVENANCE. — LOUIS- PHILIPPE ET LA DUCHESSE DE BERRV, — MADA.ME LOUISE COLET. — EUGÈNE SUE. — LES .MYSTEHES hEPMils. — DÉl'ART DE BALZAC POUR SAINT-PÉ- TERSBOURfi. — ALEXANDRE DUMAS. — ^^^ DEMUll<El.I.n:S DE !<.\I M-C YI\. — ETC.
La quinzaine n'a pas élc trop mal remplie. Il n'y a loujonrs (|iie pou ou pas de publicalions : on a donné, dans la Collection des Documents du Gouvernement, les heures de Henri IV (un ou deux volumes pour commencer); on en a cité une charmante à Marie de Médicissur IMiitarque : Qui Vaime, m'aime, charmante épigraphe à nicllre à un polit nombre do ces livres selon le cœur.
Cousin, infatigable et de plus en plus meneur dans tous les sens, a donné les letiros du Père Aiidrc qu'il avait déjà publiées dans- le Journal des Savants : ce Père
André est un jésuite qui fut persécuté par ses supérieurs parce qu'il se montrait un peu cartésien dans son enseignement. Il était connu jusqu'ici par un traité Sur Je Beau, agréable, élégant, mais qui n'a rien de supérieur. Cousin, qui organise son école et qui va péchant partout des cartésiens, s'est mis à faire valoir le Père André. Il y a réussi. C'est assez intéressant, mais trop long de documents, et, je le crois, un peu exagéré de conclusions, comme il arrive aisément à Cousin, qui est d'ailleurs un metteur en scène si habile, si dramatique et parfois si magnifique.
Par suite de la même activité, qui se porte actuellement sur de l'inédit, Cousin a publié ses Fragm^nls Jilléraires, anciens discours académiques, ou éloges mortuaires, aux([uels il a ajouté pour assaisonnement les lettres inédites de madame de Longueville (chassant ainsi sur mes terres et me tuant sans façon mon gibier); il a ajouté un petit commentaire à ces lettres, dont il s'est, je crois, exagéré un peu l'importance littéraire; comme élude d'âme et di' confessionnal, c'est curieux, (et j'en avais tiré parti dans mon élude). « Au fond^ il n'y a de véridique, dil-il, si quelque chose l'est entièrement, ([ueles corrospondau'cs intimes ot eonrulenlielles, les mémoires eux-mêmes sont toujoui's destinés au public, et ce regard au public, même le plus lointain, gâte tout; on s'y défend ou on atlarine, on se compose un personnage, on |)('nse à soi, on menl. » — Ceci est dit à mervoille comme Cousin sait dire, dans sa lani;ue excellente et digne du xvii" siècle; mais que serait-ce si on appliipiail celle vérité à son écleclismc officiel, qu'il défen-
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dait et (|u'il préconisait hier tout en attaquant Pascal? Il dit encore en parlant de madame de Longuoville : « Il ne faut pas s'attendre ici à une piété de théâtre, grandement et délicatement représentée. Ce qui fait à nos yeux l'intérêt de ces lettres, c'est leur enlière vérité, c'est-àdire la faiblesse, la misère do la nature liuinaiiu' et de toutes choses, prises en quehpie sorte sur le fait daus une de ces âmes qu'on appelle grandes, connue parle Bossuet. » — A merveille; mais pourquoi avoir laiil triomphé de ces mêmes misèresdans Pascal, au uom d'un cartésianisme imi)uissant et tout satisfait de lui-nu'uie? — Vous aurez pu voir daus la Presse (du mardi 1<S, je crois) des vers d'Alfred de Musset, sur la MorI du due d'Orléans, à propos de l'anniversaire. Ils ne sont guère bons; de tels sujets sont difficiles. Il y travaillait depuis un an; on sent qu'il a tiré par les cheveux. C'était une dette envers le prince dont il avait été le camarade ilc collège. Mais il y a affectation de camaraderie dans certain passage. C'est de mauvais goût de rappeler (pi'un jour, au bal de la cour, invité par la duchesse de Berry à s'asseoir près d'elle sur une espèce de trône, il refusa humblement :
On ilil qu'un jour de liai, ilu Icnips tlf C-harles dix, Sur les ilegrcs du li-ôn:^ il s'aci'ùla jadis.
Quelle inconvenaïu^e de rappeler telle chose après (pu^ le père a renversé le trône pour y mettre son tabouret et que lui-même, le fils, était décidé à s'y asseoir sans la duchesse! Voilà où le défaut de mœurs et de procédés se retrouve cliez le poëte!
CllIlONIQUES PAR (SIKNNKS. 7!l
— La vraie originalité do Miissol est d'avoir ramoiK'' l'esprit dans la poésie, en y mêlant la passion-, son tort lirave est d'avoir relâché et presque dissous la forme. Jamais, depuis qu'on lait des vers franrais, ou n'a aussi peu rimé; il faudrait remonter aux chroniqueurs en vers du xiii" siècle. 11 croit servir le sens, il se trompe. Le sens lui-même souffre de ce sans-gène. Maintes fois chez Musset j'aperçois bien ce qu'il vent dire, mais il ne le dit pas. — Quant cà sa prose, elle est décidément charmante.
— On a eu à l'Académie française la grande séance annuelle poétique et pathétique (20juillel), prix de poésie, prix de vertu, etc. On a entendu les vers de madame Colet, couronnés, sur Molière. Chasles en a dit quelque chose d'assez piquant dans les Débals (du samedi 22). La poésie de madame Colet, c'est en effet un je ne sais quoi ({ui est parfois le sin^ulacre du bien, qui a un faux air de beau. Sa poésie a un assez beau buse, ou buste, si vous voulez. C'est comme la dame elle-même. — La trouvez-vous belle? me disait-on un jour. — Oui, ai-je répondu, elle a Vair d'être belle. — Voihà ce qu'il faut à l'Académie française prise en masse. Oh ! chantons pour les bois et pour l'écho, comme La Fontaine.
— Mais le grand succès persistant et croissant, c'est celui des Mystères de Pm is. Il faut y voir un des phénomènes littéraires et moraux h:'S plus curieux de noire temps. Les huit ou neuf volumes publiés ont été payés à l'auteur trente mille francs, je crois. On va en faire une édition illustrée. Il en a déjà été fait des gravures isolées qui se voient dans les passages et sur les boulevards; il y a des romaïu^es de la (U)i(nleuse et on les
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chante au piano. Dans los cafés, on s'arrache les Débats le malin ; on loue chaque numéro qui a le feuilleton tle Sue jusqu'à dix sous pour le temps de le lire. Quand l'auleur retarde d'un jour, les belles dames et les femmes de ciiambre sont en émoi, et M. Sue écrit (comme il a fait mercredi 10) dans les Déliais un petit mot sur sa santé pour rassurer le salon et l'antichambre. Que M. de Chateaubriand ait la i;outte ou qu'un honnête homme de vraie littérature tremble la fièvre, nul ne s'en inquiète, mais M. Sue! Son silence par cause de rhume est devenu une calamité publique. On se demande où tout cela va. Habile et assez spirituellement hypocrite qu'il est, il a très-bien compris qu'après les chapitres d'appât et d'ordure, il fallait se faire pardonner ce qui avait alléché; aussi s'esl-il jeté aussitôt sur la philanthropie si à la mode aujourd'hui. Il y aurait de belles et profondes considérations à faire sur ce sujet : En quoi la philanthropie née de la corruption dipre de la (Inirité. Grâce à ce prétexte, chacun suit en conscience et sans remords M. Sue partout où il vous conduit : c'est pour le bon motif; la fin justifie le lieu. — 11 aura droit bientôt de mettre à une prochaine édition de Ses Mijsières cette épii;raphe édifiante :
■l'ai fait un peu Ao liinu, r'esl mon pins liol onvrago!
Si j'étais de l'Académie, je le proposerais l'année prochaine pour le prix de vertu ou de l'ouvraiie le]dns utile aax //^^('»/>\ Vous rappelez-vous comme dans Alar-dnll il s'est nioipiéde c(; pri\ de vertu? Donc qu'il l'obtienne !
Les provinces mordent surtout à belles ilents et avec
1111 surcroît de candeur. Los procureurs du roi de chefslieux d'arrondissement et même les présidents de cour sont émus et correspondent avec l'auteur pour lui soumettre leurs idées et discuter les siennes ; il répond dans les Débals très-officiellement et sans rire à ces missives qui lui donnent un caractère respectable et qui servent à couvrir son jeu. Il reçoit bien aussi d'autres petites lettres un peu plus lestes sur les mérites et les vertus précises de la Gouilctise et de Bigolellc, auxquelles il répond confulentiellemciit sur un [on plus irai. Il doit bien rir(3 vraiment et a droit de mépriser un peu fort l'espèce. Sue est d'ailleurs un assez bon garçon (gooil felloïc), qui ne prend pas trop au grave sa bonne fortune de grand homme; il ne se donne pas pour un écrivain, mais pour un homme à idées et à combinaisons romanesques, ce qui est vrai. Il a de l'invention à cet égard, il sait construire. Il a beaucoup rtV»; dans sa première jeunesse, il a été aide-chirurgien de marine. Son père, professeur assez distingué de l'École de médecine de Paris, l'avait envoyé là pour se former et jeter SAgsunne. Il en a rapporté son idée de roman maritime, par où il a débuté. Depuis lors, il s'est exercé dans bien des genres; il vient do trouver le sien. Ce qu'il y a de mieux dans son avènement, c'est que cela déblaye le' terrain et simplifie. Halzac et Frédéric Soulié sont mis de côté, lîalzac ruiné, et plus que ruiné, est parti pour Sainl- Pétersbourg en faisant dire dans les journaux ([uil n'allait là que pour sa santé et qu'il était décidé à ne rien écrire sur la Russie. On a tant abusé de l'iiospilalité avec ce pays-là qu'il croit sans doute que cette pro-
Si CHRONIQUES PARISIENNES.
inesso est une manière de se faire bienvenir cl de s'assurer de la part du maître toutes sortes de petits avantages. Mais les promesses de romancier comptent-elles aujourd'luii? — Frédéric Soulié écrit toujours, mais de plus en plus obscurément : les cbiffrcs on disent plus que le reste ; on ne le vend plus qu'à riOO exemplaires. — Sue a été très-riche ; on l'a dit un peu ruiné, mais il n'a jamais eu l'air de l'être. Il a volontiers un équipage. Les soirs dans le monde, il est Irès-paré mais lourdement, et y montre peu d'esprit et de vivacité de conversation ; il y parle bas et avec une sorlc d'afTectation de bon Ion. Il se rattrape au sortir de là et se dédommage en plus libre compagnie. Il a une très-jolie maison dans le faubourg élégant (rue de la (•épinière), une espèce de petit kiosque chinois, avec rochers, verres de couleur^ etc., et surtout un jardin charmant, tout à fait chinois aussi. Celte maison jouit d'une certaine célébrité, et b\s jeunes femmes à la mode faisaient qiiebjuefois (il y a une couple d'étés) la partie de plaisir d'aller voir le malin la inaison de M. Sue. Tous ces détails sont faits peulêlre pour intéresser, se rapportant au romancier le plus en vogue du jour et qui, je le répète, a d'ailleurs le bon esprit de prendre assez humainement son triumpbe. — On a donné l'aulre jour au Tlu'àtrt'-Français une comédie d'Alexandre Dumas en cinq actes, Ioh lli'iiioisi'llcs ■di> Saiiil-Cijr. C'est, connue tout ce (|ue fait l'auteur, assez vif, entraiiiant, anuisant à imnlié, mais gàlé par l'incomplet, parle négligé, par le commun. Soyez donc élevé par madame de Maintenon et à l'ombre des cliarmilles de la plus noble cour, pour venir |)aibM' en égril-