‹ Chroniques parisiennesChapitre 12 sur 45 · I. Ohsi'nutHnn sur la liberlc (le rensftiiinemeiil · texte numérisé non relu

I. Ohsi'nutHnn sur la liberlc (le rensftiiinemeiil

(:iiiio;siQUi:s i>ap.isiennes. lui

hjuaiit ou fil lilàmant, on ne sort guère chrélien des écoles de l'Université.

D'un antre côté, dans les écoles religieuses non universitaires, qu'alimentent les familles catholiques, les études littéraires et classiques sont généralement trèsl'aihles et très-mitigées. Dans l'Université, au contraire, celui qui veut travailler, trouve d'énergiques secours, et l'instruction se fait de plus en plus solide. — Voilà les deux parts.

— Il y a eu, le 10, la dislriljulion des prix du concours général. Villemain a parlé. Lui (jui excelle d'ordinaire dans ces sortes de solennités a j)aru, cette fois, plus embarrassé et moins vif que de coutume : son discours n'a pas de ces traits par lesquels il sait si bien relever le poli de ses paroles. Je ne sais (pii l'a remar{pié : « Villemain >polit tellement la surface de son sujet que, comme un globe trop glissant, il tinit quelquefois par lui écliapper des mains. » Dans le cas présent, la difficulté de concilier la défense universitaire et le respect à la religion a pesé évidemment sur Villemain. Des peliles dillicultés, de celles (pii tiennent au goût et que la bonne grâce suffit ta délier, il s'en tire à merveille; mais, en présence des réelles, il faiblit. A la tribune politique, il a trouvé souvent des épigramnies piquantes, nu bien des paroles lucides pour des expositions d'affaires (pi'il entend irès-netfement; mais dans les vrais et sérieux débats, il est toujours demeuré insuffisant. On se rappelle à Paris la malencontreuse journée où il essaya de répondre à Laniarline au nutinenl de la grande défection de celui-ci : c'était, imus assuraient les té-

lO-J ClinOMoUKS l'.vr. ISI-KN.NES.

moins, \\u siiii;iilitM' cl tiisto spcrlaclp qiio, d.'iiis un»' situation où pourtant il y avait, ricii ({u'avec du bon sons, tant ol de si bonnes choses à dire, de voir un orateur aussi liabile, une langue aussi dorée et aussi fine que Test Yiliemain, balbutier, cliercher ses mots et ses raisons ; on aurait cru qu'il n'osail frapper par u-i reste de respect pour le génie littéraire; ([ue Tombre de ce génie, un je ne sais quoi, le fantùme iVElvire debout aux C(Més du poëte et invisible pour d'autres que pour l'adversaire, fascinait son œil et enchaînait son bras. On n'est pas plus grand, plus élo(juent littérateur qiu^ Yillemain; ses d(!ux volumes les plus récents sur la première partie du xviii'' siècle, (pii faisaient la consolation et les dernières délices humaines de M. Manuel mourant, feront celles de tout esprit délicat et fin dans les meilleures journées de loisir. C'est une singulière organisation que celle de ce brillant et facile talent, et après l'avoir entendu nous-même, en ses beaux jours, et à écout(M' ceux ((ui l'ont pu mieux connaîlre, nous oserions dire : Yillemain n'aime et ne sent directeiuent ui la religion, ni la philosophie, ni la poésie, ni les aris, ni la nature. Qu'aime-t-il doiu'? Il aime les Jetlres, et, par elles, tout.

Et puisque nous voilà de rencontre sur un sujet si fertile, nous pousserons plus avant l'appréciation. Quelqu'un nous souftle à l'oreille une pensée : il eu est des esprits comme des navires; ils peuvent avoir à bord toutes sortes de richesses plus ou moins précieuses, mais il les faut juger avant tout sur leur pavillon. (Celui de Thiei-s, par exemple, est légènMé, |U'ésom|)li(in, imiu'udence, no-

<:HI10NIQI:KS PAIUSIKNN'KS. lo:]

nohsliiiit Idiilcs los autres liouroiises qnalilôs.) Vno l'ois qu'on esl à bord ci dans le délail (rini cspril, on ne le juge plus guère par cotle partie esseuliello, qui pourtant saule aux yeux au dehors; on est tfulé de l'oublier : elle subsiste jusqu'au dernier jour et ne cesse de dominer le tout. Les détracteurs de Yillemain lui ont souvent fait un sujet de reproche de ses qualités habiles de diction, comme si elles excluaient chez lui des qualités plus solides. Le vieux Miiiiaud, l'auteur de Vllhioirc des Crnisadrs, ne parlait Jamais de lui que comme d'un bel esprit de colléiie, ce qui, dan-; ces termes brefs, était souverainement injuste. Il n'est pas moins vrai que A'illeiuain, an milieu de toutes les grâces brillantes et mondaines dont il a su recouvrir sa nature première, reste foncièrement un esprit universitaire, une fleur et une lumière de rhétorique et d'académie. Si on se le figure livré à lui-même, dans une époque moins remuante et moins excitée, il n'aurait l'ien inventé, sans doute, rien innové, il se serait temi à orner et à célébrer,

Klèvc favori de Fontanes, il l'eût surpassé eu tout, liornn's dans la poésie.

Il eut été fort possible, |)ar exemple, et l'on conçoit très-bien (pie Yillemain, né en d'autres temps, et venu un peu plus lût, n'eut jamais parlé, comme il l'a fait, de Shakspeare. Il en a parlé, parce que c'était la vogue cl que le vent y poussait. Comme ce genre est son côté faible, il s'y est porté précisément avec toute sorte de démonstration et une apparence de prédilection qui, à la bien pénétrer, peut se trouver un peu vaine. Ingénieux cl flexible, cliatonillcnv et inquiet, Yillemain

lOi CHRONIQUES PARISIENNES,

est riiomino qui gagiio le plus à être averti : avec quelle rapidité il répare! il suit depuis des auuées et a l'air de devancer. Nul ne sait mieux que lui le sens de celte expression cicéronienne : De aJieno jndicio penclere. Il ne cesse h cha(|ue nionvement de prendre son point d'appui sur le niveau d'alentour. Courtisan du goût public, il a, en un sens, raison de l'être : son talent ingénieux s'étend ainsi le plus possible, et il en tire le plus grand parti.

Sa marche, à la suivre dans l'ensemble, serait extrêmement curieuse à noter.

On l'avait ilit un peu léi;er d'abord, et vite il s'est l'ait grave. Il avait pu paraître à ses débuts assez dénué de principes politiques, il s'est empressé d'en ac((uérir. Il n'est que littérateur : oh! pour le coup, il va s'attaquer au Grégoire VII. Il passait pour classique, et on ne l'entend plus parler que de Shakspeare. On l'appelle académicien : il prouvera à la tribune, et coup sur coup, son éloqueiu-e politique. A force d'esprit, en un mot, et de souplesse, Villemain aura toujours toutes les qualités qu'on lui contestera. VA i)ourlant... ce (pi'il y a de |)lus naturel cliez lui dans tout cela, c'est son esprit, c'est la beauté de sa parole.

Villemain est 1(> critirpu^ progressif cl rrasif par t'xcellence.

Trois hommes éminents ont exercé la plus granile influence sur la direction des esprits et des études en France depuis vingl-cin(i ans, et on peut dire qu'ils ont été vérilableiiu'iit les réi^cnls de cet àgiî : Gnizot, Cousin et Villemain. (lui/ol avait plutôt l'auttu'ité sobre et sévère;

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Consin ('hloiiissait et enlevait; Villemain savait la s*''- (iiiclion insinuante et déployait les grâces. Tous les trois, (loués ainsi diversement, mais au plus haut degré, du talent de la parole, ils ont possédé moins également celui d'écrire. M. Guizot, au début, l'avait aussi peu que possil)le, eu égard à sa. distinction; il a écrit peut-être (|uelques-unes des plus mauvaises pages qu'on ait lues on IVanrais (dans sa notice en tète do la traduction de Shakspeare); il s'est formé depuis au style écrit par l'habitude de la parole, et l'usage, le maniement si continuel et si -décisif qu'il a eu de celle-ci, l'a conduit ù porter dans tout ce qu'il écrit la netteté inséparable de sa pensée. — Cousin est peut-être celui des trois qui, sans efforl, atteindrait le mieux au grand slyle d'autrefois et qui jouerait le plus s])é("ieusement, plume ou parole en main, la majestueuse simj)licité du siècle de Louis XIV. — Pour Villemain, par l'éclat même et les élégantes sinuosités de sa recherche, il trahit un âge un peu postérieur; il enchérit à quehiues égards sur le wiu" siècle, en même temps qu'il le ralVajchit, (pi'il rembcllit avec charme et (]u'il l'épure. Ce sont liois grands esprits. îrois merveilleux talents. M. (iuizol, plus ferme, plus positif, et qui va au fait, est le seul dont la renommée aura réellement gagné à aborder la polilique : pour lui, elle est devenue une grande cari'ière et le complément de sa destinée d'hisldricn. Pour les de ix autres, elle n'aura élé qu'une dimiiiulion (M une dissipation.

(Juoi qu'il en soil. le caractère de professeur qui les a luarqiiés d'alKuil resie cmprciiil sur cliafun des trois.

i(!i; cil l'.oMgui'^!^ i>ai!IS|i:n\i;s.

A les jui^cr iinparlialoincnt, cl on n'atlacliant aux inol> aucune (léCaveur, mais en y metlant tout le sons précis, on reste vrai en disant : Cousin n'est pas un vrai philosophe, pas plus que Guizot n'est un s^^rand historien : ce sont deux \rès-grixnds lïrofessi'ut's, l'un d'Iiisloireet l'autre de philosophie. Et de plus encore, si l'on ôte le vernis et le prestige du génie moderne, Cousin pourrait sembler proprement un sophislc, le plus cloquent des sophistes dans le sens antique et favorable du mol, comme Yillemain serait le plus éloquent rlu'lcur daws le sens antique et favorable aussi. La banalité des éloges contemporains masque trop souvent ces qualifications vraies et décisives que la postérité restitue. Ce sont là du reste les plus belles gloires réservées encore aux époques dites de décadence. — A propos de cette distribution des prix de l'Université., qu'on veuille bien nous excuser d'avoir discouru un peu au long sur les trois chefs qu'elle est accoutumée dès longtemps à suivre et à reconnaître. En combinant tous nos renseignements du dedans. avec iH)tre vue du dehors, ils nous ont apparu ainsi.

— 11 a été fort (lueslion de l'abbé de (lenoude dans ces derniers temps. Comme il s'est mis sur les rangs pour la dépulation sous le patronage de LalTilte et d'Arago, les Débuts s'en sont égayés et ils ont bien fait; ils Tonl l'ail de |dus avec grand es|)ril. Cenoude a le privilège de mettre les Détiuts en gaieté, de leur rendre la verve aux moments de lassitude et de disette. Quand les sujets maiiipicnl, on se jcllc sur le CeiKuide cl on en taille une tranche : il y a de (jutn tailler. La fortune

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