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judiciaire et en police correctionnelle. On prépare de part et d'autre ses batteries pour ce procès qui promet d'être scandaleux bien qu'à buis clos ou du moins sans publicité. C'est la famille de Janin qui l'a décidé à se couvrir, une bonne lois, de la protection de la loi contre de telles attaques.

Ce 7. février 1844.

PROJET DE LOI SUR L'INSTRUCTION SECONDAIRE. — CONCESSION AUX PETITS SÉMINAIRES. — RETOUR DE LA CRITIQUE AUX CHEFS-d'œU VRE DU XVIT SIÈCLE.

Le projet de loi sur riiislruclion secondaire, présenté par M. Villemain, est précédé d'un très-bel et trèscomplet historique de ce genre d'enseignement sous l'ancienne monarchie. Quant au projet lui-même, il excite bien des réclamations en sens contraire. Il y a un ifrtain article 17 (voyez-le, sur la concession, je crois, laite aux petits séminaires de fournir des sujets au baccalauréat) qui paraît aux purs universitaires très-compromettant pour l'Université et même destructif. On doute que cet article soit adopté sans modification. Le danger de celte concession en apparence si simple, et même si incomplète, montre à quel point le clergé, dans ce genre de lutte, a des ressources et peut redevenir puissant.

— Depuis quelque temps, el surtout depuis les deux

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dernières années, il se fait dans la liltéralure française et dans la critique un mouvement curieux qui semble annoncer qu'on entre dans une phase et dans une vogue nouvelle. Les chefs-d'œuvre du xvii" siècle deviennent déjà assez anciens pour que la critique s'y applique, et non plus à la manière de La Harpe pour y chercher des modèles et des exemples à proposer aux continuateurs ou imitateurs, mais d'une méthode plus érudite et scientifique, pour y étudier la langue, le vocabulaire, le texte, relever les altérations que ces texies ont déjà subies depuis près de deux siècles qu'on les réimprime, pour y noter les variantes que les auteurs eux-mêmes avaient apportées dans les éditions premières. C'est en petit et avec plus de facilité le travail que les critiques et grammairiens d'Alexandrie exécutèrent sur les classiques grecs. Les classiques français du xvii" siècle sont déjà devenus des Anciens. La critique française entre décidément dans son époque alexandrine. Il suffit de se rappeler les récents travaux de M. Cousin sur le texte de Pascal, travaux qui doivent bientôt, on l'annonce, recevoir leur complément par une publication exacte et entière du manuscrit des Pensées. Le Journal des Savants contient des articles de M. Flourens sur les diverses éditions de IhilTon. M. Walckenaër entreprend un travail sur les éditions de La Bruyère. M. Aimé Martin s'évertue sur Racine. Tout le mouvement de la librairie savante, de ce qu'on peut appeler encore de ce nom, est dans le même sens. M. Cousin, qui a tant fait pour donner l'impulsion philosophique d'il y a vingt-cinq ans, parai! être celui encore qui Iravailh' le plus à imprimer aii\ élmles

littéraires cette impulsion philologique nouvelle. Après tant d'essais fastueux plus ou moins avortés et tant de théories vaines, on conçoit que la littérature du xix*" siècle suscite cette critique tout historique et positive. Grâce à elle on admirera, on comprendra d'autant mieux les chefs-d'œuvre du grand siècle qu'on se les représentera plus franchement à distance, dans le lointain où ils sont, et à leur vrai jour.

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Ce 8 février 18 U.

OPINION D UN GALLICAN SUR LA BROCHURE DU Pr.UK RAVIGNAN EN FAVEUR DES JÉSUITES. — CONDAM- NATION DE FÉLIX PYAT POUR DIFFAMATION ENVERS JULES JANIN. — ÉLECTIONS DE MM. SAINT-MARC OIRARDIN ET SAINTE-REUVE A l'ACADÉMIE FRAN- ÇAISE.

A propos de la brochure de M. de Ravignan, un homme d'esprit et de doctrine, connu par ses prédilections gallicanes et son opposition aux jésuites, disait :

« .le ne l'ai pas lue encore, mais je lui accorderai tout ce qu'il voudra /»i/(r(>/i<c//c/»c»/; j'accorderai qu'il y a eu, qu'il y a des individus iésuiies honnêtes gens, gens aimables, grands prédicateurs, grands mathématiciens, etc., etc. ; mais, comme association, comme Ordre, ils n'ont eu que ce qu'ils méritent, car les meilleurs peuvent à l'instant devenir mauvais et funestes par leur loi d'obéissance : c'est toujours le bàlon dans la Diain de rnveii[)le. Kn France on a senti cela, d'instinct ; tout ce

qu'il y a eu de généreux, de sain et d'intègre s'est du premier jour révolté contre eux; et comme Ordre, je ne sais qu'un éloge qu'on pourrait leur donner avec vérité : il faut les louer de toutes les verlus qu'ils ont suscitées .et fomentées contre eux par leur présence. »

Il nous semble qu'un tel jugement est acquis à l'histoire et subsistera, nonobstant tout ce que pourra réclamer d'adoucissements particuliers et d'égards l'apologie sincère écrite par un individu vertueux.

— Les Débats de ce matin 8 donnent le résultat du procès de Janin : Pyat est condamné. On a contraint la défense et on l'a enfermée dans des limites très-resserrées, comme cela se pratique dans les procès de diflamalion.

— Tout à l'heure les élections académiques ont eu lieu. M. Saint-Marc Girardin aélé nommé d'emblée pour succéder à M. Campenon. Le fauteuil de Casimir Dclavigne a été plus disputé; MM. Sainte-Beuve et Valout étaient aux prises, M. Sainte-Iieuve a eu dix-sept voix, et M, Vatout seize; la majorité recjuise était de di.x-huit. Après sept tours de scrutin, c'est-à-dire après un combat des plus acharnés, l'élection n'a pu avoir lieu et elle a été remise à un mois.

Pas de réilexion, sinon celle-ci si vous voulez : à voir les choses de loin et au point de vue du public littéraire, une hésitation si prolongée peut paraître au moins singulière.

Ce 4 mars 184 i.

AFFAIRE D OTAITI. — INTRIGUES PARLEMENTAIRES. — TALENT ÉLEVÉ DE M. GUIZOT. — LORD CHATHA.M, PAR M. DE VIEL-CASTEL. — CANDIDATURE DE MÉRIMÉE A l'académie FRANÇAISE EN REMPLACEMENT DE NODIER. — AUTRES CANDIDATS : M. CASIMIR BON- JOUR, M. AIMÉ MARTIN, M. ONÉSIME LEROY. — COR- RUPTION ET VICE DE LA LITTÉRATURE.

La politique continue de prendre tout l'inlérèt; à peine sorti d'un orage, on rentre dans un autre. Hier c'était le voyage de Londres qui fournissait le sujet ou le prétexte, aujourd'hui c'est l'occupation d'Otaïli. Il faut bien savoir que le fond de toutes ces discussions, qui passionnent si fort et si soudainement une Chambre et un monde qui la veille paraissaient indilYérents, n'est en rien ce dont on se soucie; la question est tout entière une ([uestioa de ministère. Parviendra-t-on, ou non, à donner un croc-en-jambe à M. Guizol,à ce ministère qui semblait si assis cl si sûr de lui au commencement de la

session? Dans l'affaire d'Otaïli pourtant, il y a eu quelque maladresse ou inalenconire au ministère de venir désavouer l'amiral français, huit jours après que le ministère anglais avait exprimé en plein parlement ses regrets sur le coup de main d'Olaïti. Ceci touche toujours à cette corde de Gand, à cette fibre médiocrement nationale qu'on croit particulière à M. Guizot, et qui fait de lui le ministre le moins populaire qu'on ait vu depuis longtemps. Il s'en est tiré celle fuis, comme toujours, par un admirable talent, par un talent qui grandit plutôt sous les attaques, et il s'est élevé, au dire de tous, surtout dans son second discours, à la plus haute et à la" plus ferme éloquence. Ainsi l'espérance des adversaires est déjouée, et c'est partie remise jusqu'à quelque prochaine affaire imprévue.

— Le spectacle de ces manœuvres parlementaires, de ces luttes qui n'ont aucune grande inspiration et ne méritent pas d'autre nom que celui d'intrigue, donne un àpropos tout particulier au travail que M. de Yiel-Castel vient de publier dans la Revue des Deux Mondes du T"' mars sur lord Chalham. L'exemple de l'Anglelerre, qui fui bien plus longue à affermir et surtout à ennoblir son gouvernement représenlalif au commencement du dernier siècle, est propre à inspirer de la |)atience ; on en est en France au Robert Walpole : qui sait? le grand Chatham peut-être arrivera. M. Thiers voudrait bien être ce Clia- Ibam futur, ce restaurateur du sentiment et de l'honneur national. C'est déjà louable d'en avoir l'inslincl. Mais, de nos jours, quel homme politique est de taille pour cela? Et puis, y a-l-il lieu encore à ces individua-

lités nationales, exclusives, haineuses, héroïques, mais aussi injustes qu'implacables? Quelques nobles esprits prétendent qu'une autre ère commence, et M. de Lamartine, par exemple, ne rêve que l'avènement d'un grand Chatham pacifique et humanitaire. Brodez là-dessus comme vous voudrez.

— La littérature ne fournit rien et la disette réelle de bons écrits n'a jamais été plus grande. Les candidatures académiques remplissent l'intervalle. La Revue suisse n'en sait pas encore le résultat. Parmi les candidats nouveaux qui se sont levés pour le second fauteuil, celui de Charles iNodier, on compte M. Mérimée, qui semble désigné par l'opinion. Romancier distingué, et surtout conteur accompli, il remplacerait et pourrait célébrer avec toute sorte de convenance le plus gracieux et le plus fantasti([ue des conteurs : il est de la famille. Il en est même à un rang plus élevé, en ce sens (pie plus d'une de ses petites liistoiros, t(dles que Malco Falcone, la Prise d'une redoute, etc., sont des chefs-d'ti'uvre. Colomba, plus développée, est certainement ce qui se peut lire, dans ce genre de nouvelles, de plus intéressant, de plus profond, de plus ferme, en un mot de plus parfait. Bien qu'il ne se soit exercé le plus souvent que dans des cadres de moyenne diiiiensioii,M. Mérimée est un maître. Il vise depuis quoique temps à l'histoire, il a donné un volume sur la guerre sociale, et on en annonce un second sur Catilina; ces doux écrits ne seraient qu'une sorte d'introduction à une histoire de Jules César.

Parmi les autres candidats qui se lèvent et qui pourraient prêter à quelques remarques littéraires, ou est en

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peine entre M. Casimir Bonjour, M. Aimé Martin, M. Onésinie Leroy. Le premier est l'auteur de quelques comédies représentées il y a quinze ou vinyt ans et déjà fort oubliées. M. Aimé Martin a débuté dans le monde littéraire il y a plus de trente ans par les Lettres à Sophie sur la mythologie, la chimie; c'était le genre de Demoustier applirjué aux sciences. Il a fort connu dans sa jeunesse Bernardin de Saint-Pierre, dont il a publié la vie et les écrits, dont il a même épousé la veuve. Il peut croire avoir hérité, comme Elisée, du manteau d'Elie, Son ouvrage sur l'Education par les mères de famille, publié il y a une dizaine d'années, renferme quelques belles pages ou du moins élégantes, mais peu d'idées. Il a donné un assez grand nombre d'éditions soignées des auteurs classicpies du xvii'' siècle, et à cet égard il s'est montré un littérateur instruit. — -Que dire de M. Onésime Leroy, auteur de tragédies oubliées en naissant, sinon qu'il est aussi un littérateur assez instruit? Il s'est jeté dans le moyen âge aujourd'hui à la mode ; il s'est appli(pié à deux points : \° à prouver que Vlmitatiou de Jésus-Christ est bien de Gerson, ce qui restera toujours très-douteux ; :2° à réhabiliter les vieux mystères ou pièces diauia(ii[nt's de nos pères. Peu s'en faut (pi'il ne les mette sur le ciiemin (VAlhalie et n'y voie des degrés au temple. La critique, h; goût et le style lui manquent tonl à fait : rien que ei'ia.ll i',qi|iorl(' d'ailleurs et cuuqtile d'utiles documents.

On se demande de loin conunenl il sl; l'ait ((u'un corps éminenl comme l'Académie ait le don d'attirer, de susciter des noms si secondaires, en même lenqts (|ue de

plus hautement désignés s'en éloignent et s'en abstiennent. Ceci tient aux causes mêmes de désorganisation et de ruine qui travaillent la littérature actuelle. La plupart des écrivains les plus lus, les plus connus du public, ceux que les lecteurs qu'ils ont si souvent charmes ou amusés nommeraient d'emblée et tout naturellement aux honneurs littéraires, manquent par malheur dans leur vie de cette considération et de cette consistance qui font qu'on soit à sa place partout. La corruption est au cœur de la littérature, el trop souvent ce n'est pas au cœur seulement qu'elle se loge, elle s'étale sur le Iront, elle s'affiche, elle tient boutique ouverte. De là ce fâcheux désaccord entre le talent qu'on est près d'admirer parfois, et la personne qu'on ne peut estimer comme on le voudrait. Nous ne faisons qu'indiquer la plaie; elle est profonde et serait trop facile à démontrer par des noms. Mais c'est un sujet pénible et où tous ont trop aisément leur part. Quand la rue est si pleine de boue, chacun peut être éclabaussé.

Ce 5 mars 1844.

DE LA LIBERTE DE LA PRESSE EN FRANCE. — COALI- TION ENTRE LES JOURNAUX. — LES MEILLEURS JOUR NAUX FRANÇAIS SE FONT A L'ÉTRANGER. — BRO- CHURE DU CARDINAL DE DONALD. — Fit A y CISC US 00 LUMNA, PAR CHARLES NODIER.

Mon Dieu! que c'est une terrible chose que d'avoir une conscience et des scrupules! Je crains, en nommant les gens, d'être ingrat s'ils sont bien pour moi, d'être vindicatif s'ils sont mal. Je ne puis m'en tirer.

Un misanthrope disait l'aulrc jour :

« On croit (|u'il y a liberté de la presse en France, elle n'est que sur le papier, elle n'existe pas. En littérature, c'est évident. Il y a coalition entre les journalistes. Ils se battent ou font semblant comme ces condottieri du moyen àgo, sans se l'aire de mal. Ou encore ils font comme CCS seUjueurs voleurs, ces Burfjtaves du Rhin qui barraient le fleuve; aucune vérité ne passe. »

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C'est une raison de plus pour la Bévue suisse de donner à son public ce qui lui arrive de ces vérités non scandaleuses et désintéressées. Autrefois les meilleurs journaux français se faisaient hors de France, en Hollande, la liberté de la presse n'existant pas au dedans. Aujourd'hui c'est encore vrai.

— Il y a un nouvel écrit, une brochure du cardinal de Donald, à propos de la loi sur l'enseignement secondaire; il paraît que c'est violent. Les écrits ecclésiastiques pleuvent, mais on ne les lit plus. On commence à être saturé de cette question. La loi est à l'étude d'ailleurs : elle est en commission à la Chambre des pairs, sous la présidence de M. le comte Mole. }l. le duc de Broglie, membre de la Commission, en sera probablement le rapporteur : c'est nommer l'homme le plus capable de concilier et de balancer d'une manière équitable et consciencieuse les droits de l'Etat et ceux de la religion. La loi sera probablement modifiée; dans tous les cas, elle ne saurait être volée par les deux Chambres cette année. Les passions auront le temps de s'user.

— Sous le titre de doiiicr roman de Chai'les Nodier, on a fait un tout petit volume d'une dernière nouvelle qu'il avait écrite récemment; c'est intitulé Fiduciscus Colunma. Le talent et l'originalité de Nodier s'y retrouvent tout à fait; c'est un coin de délicieux roman encadré dans de la bibliographie, et qui n'en ressort que mieux.

Ce 8 mars 1844.

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