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LUI

Ce vendredi, avril ISU.

DÉDICACE DE MODESTE MlGXOy. — LE SALON DE PEK'i- TURE, — UN rOUTUAIT DE LA PRINCESSE BELGIOJOSO PAR LEHMAN. — UN TABLEAU d'ARY SCIIEFFER.

Le roman de Balzac, Modeste Mignon {Débats du i avril), est dédié à une étrangère, fille d'une terre esclave, ange par l'amour, démon par la fantaisie, etc. '.

A-t-on jamais vu un pareil galimatias? Comment le ridicule ne fusiige-l-il pas de pareils écrivains, et par quelle concession nii journal ([ui se respecte leur ouvret-il ses coloiuies à grands fracas? On se demamle à qui

1. Voici la suite : « Enfant par la foi, vieillard par l'expéricnoe, homme par le cerveau, femme pur le cœur, géant par l'espérance, 'mère par la douleur et poêle par les rêves; à toi qui es encore la Beauté, cet ouvrage où ton amour et ta fantaisie, ta foi, ton expérience, ta douleur, ton espoir et tes rêves sont comme les chaînes qui soutiennent une trame moins brillante que la poésie de la pensée, que le poëme gardé dans ton âme, semblable à l'hymne d'un langage perdu dont les caractères irritent la curiosité des savants. »

une telle dédicace aussi bizarre et si peu française peut bien s'adresser... Serait-ce à la princesse Belgiojoso?... Mais non, le signalement ne va que sur quelques points (fille d'une terre esclave, l'Italie; homme par le cerveau; poëte par les rêves; à toi qui es encore la Beauté. » On nous assure que c'est plutôt à une dame russe, madame de S...of, célèbre par sa beauté et par l'étrangeté et les fantaisies d'une grande existence. Comment autoriset-on de pareils hommages?

Ce roman de Balzac était annoncé, il y a quelques jours, dans les Débats, par une lettre de l'auteur, la plus amphigourique, la plus affectée et la plus ridicule qui se puisse lire, tout cela afin de mettre en goût le public. Ceux qui insèrent de telles fadaises s'en moquent sans doute, mais ils croient qu'il faut servir au public ce qu'il demande. On est comme au café ou au restaurant,, et tout caprice du consommateur est tenu pour loi.

— L'exposition de Peinture et de Sculpture est ouverte depuis un mois : tout d'abord, dans le grand salon, on distingue un portrait de cette même princesse Belgiojoso par le peintre Lehman, disciple d'Ingres et artiste d'un vrai talent. L'aspect pourtant de ce portrait est bien étrange. — Ce n'est pas un portrait, disait \\n spectateur, c'est une apparition ! — Si l'exposition de cette année offre peu de grandes toiles très-remar- ([uables, on y signale une foule de paysages et de jolis tableaux de moyenne dimension. Ni Ingres, ni Delaroche, ni Scheffer, n'ont exposé ; on parle beaucoup pourtant d'un tableau de Scheffer presque achevé, et qui se voit dans son atelier : saint Augastin et sainte-

Monique, au moment de la mort de celle-ci. Le peintre, il paraît, a su s'élever à l'idéal et à la sainteté de cette .situation touchante rendue avec tant de sublimité dans les Confessions.

— Madame Benjamin Constant s'inquiète peu de son mari, perd ses papiers et ne réclamera sans doute rien : elle est toujours bergère à soixante-douze ans.

Ce 2 mai 1814.

DISCUSSION UE LA LOI SUR L ENSEIGNEMENT SUPE- RIEUR A LA CHAMBRE DES PAIRS. — RÉFUTATION d'un ARTICLE DE M. EMILE SAISSET SUR L'ÉCLEC- TISME.

Je VOUS ai bien mal résumé la discussion de la Chambre des pairs : elle conîinue sur les articles de la loi, mais la discussion générale est fermée. Celte discussion a été grave, éloquente, lumineuse, assaisonnée même d'incidents. Le public éclairé y a prêté une attention (pii l'ait honneur. 11 est très-certain qu'on no conclura pas celte année, mais les idées germeront. Plusieurs pensent qu'il aurait mieux valu en finir celle année et Oàcler une loi pour clore la bouche au.\ déclamations du clergé. D'autres pensent qu'il n'y a pas d'inconvénient à attendre et que le bien se dégagera. En somme riiniversité a été quoique peu alteinle. La philosophie officielle a pris d'elle-même le rôle d'accusée. Le prin-

eipe de la concurrence à côté et en face de l'Université a été posé d'après le Rapport même de M. de Brdglie ; il est difficile que ce principe, dans de certaines limites^ n'arrive pas à triompher. Le comte Arthur Beugnot l'a très-vivement soutenu à la Chambre des pairs et l'a demandé illimité. Le défenseur le plus applaudi de l'Université ou du moins de l'enseignement par l'Etat, a été M. Rossi. Le comte Porlalis a défendu très à propos la tradition gallicane et remis à sa place M. de Montalembert. M. Guizot, en voulant planer sur le débat et rester dans la sphère générale, a, contre son ordinaire, été un peu vague. MM. Cousin et Yillomain ont médiocrement réussi, et ce dernier môme a paru bien souvent faible dans ses répliques.

Au dehors le clergé a eu les deux brochures troshonorables, et d'un ton parfait, de M. de Ravignau et de l'abbé Dupanloup.

— Les Letires do M. Libri sur les jésuites et sur le clergé ont paru : la vivacité de cet écrit semblera sans doute peu politique aux universitaires et aux éclectiques incriminés. Mais Libri n'est pas éclectique; c'est un i)hilosophe du xviir siècle qui pousse sa pointe à travers ce débat et ne songe qu'à frapper sou vieil ennemi.

— M. Emile Saisset (dans la Revue des Deux Mondes (lu l''' mai) sera plus avoué par l'école éclectique, dont il est l'un des jeunes membres. Il y aurait pourtant bien des réponses à faire à cerlaiues de ses assertions. La ]{en(e suisse les a (ailes à l'avance. Le cartésianisme d'après le xvui'" siècle, ne saurait être aussi iuulfonsif, aussi sincèrement chrétien que le cartésianisme d'aupa-

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ravaiit; et en effet il ne l'est pas du tout. M. Saisset a beau dire des injures (car il en a dit) aux sceptiques, aux matérialistes; il a beau dire que ces systèmes n'ont de prise aujourd'hui que sur les âmes basses et les esprits obtus (page 472), il échappe très-diflicilemenl lui-même et les siens à ce scepticisme qui ne diffère pas notablement du matérialisme quant au résultat moral;, de plus il viole les droits de la philosophie qu'il prétend défendre en s'exprimant de la sorte sur des doctrines peu hautes et peu consolantes à coup sûr, mais envers qui les philosophes proprement dits n'ont pas à se montrer si injurieux. On pourrait, au nom même de la liberté de penser, répondre à M. Saisset : Vous n'êtes pas philosophe et votre philosophie n"en est pas une véritablement, car elle vous est commandée, car elle pari d'un point d'avance déterminé (le doute méthodi((ue), et elle arrive à des résultats d'avance assignés; car si l'un de vous, jeunes professeurs, s'avisait d'aboutir à un résultat un peu différent, il serait à l'instant révoqué et réduit au silence (M. Cousin l'a déclaré en pleine Chambre des p;iirs). Or est-ce là une philosophie véritable que celle qui n'est pas libre de choisir son point de départ et (raiioutir aux résultats quelconques où sa recherche la. contluira? Les esprits vraiment libres ne trouvent doncpas plus leur compte à l'éclectisme universitaire que les catholiques orthodoxes. La tendance de cet éclectisme a été do se rédiger en une sorte de religion pliilosopliique ofliciellc, il a essayé mênu' un jour d'avoii- son catéchisme. Ce sont là des objections qu'on iio lui lail pas (Ml l'^raiicc et (chose siiigulièio !) la liberlé (!(> peu-

ser, qui doit supposer possibles d'autres résultats philosophiques que l'éclectisme, n'a pas eu son organe dans la discussion.

— M. Sosthène de La Rochefoucauld, duc de Doudeauville, vient de publier un volume d'Esquisses et Portraits, où figurent un grand nombre de femmes du monde : le livre semble très-peu digne d'un homme, d'un gentilhomme qui doit savoir les convenances. Il faut laisser ces indiscrétions à M. Alphonse Karr et à . M. Nestor Roqueplan, aux gens qui écoutent aux portes. — L'auteur a déjà publié il y a quelques années un recueil de Maximes; il a cru devoir cela à son nom do La Rochefoucauld, Il est dès longtemps jugé.

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