C.î s mai 18 H
OPINION DU NATIONAL ET DARMAND MARRAST DANS LA QUESTION DE l'ENSEIGN EMENT UNIVERSIT A lUK. — DISCOURS DE l'archevêque DE PARIS. — LE i;OI EN CONÇOIT DE l'hUMEUR. — DISCOURS DE .M. DE MONTALIVET, LE FIDUS ACUATES DU ROI.— COLSliV CONDAMNÉ A DOIRE LA CIGUË.
Le National du 3 mai est très-opposé à la philosophie universitaire ; ce n'est pas que le National aime le moins du monde le clergé comme bien vous pouvez croire; c'est que le rédacteur Armand Marrast est un disciple de Condillac et de Laromiguière, et dès lors un vieil adversaire de l'éclectisme. Il y a dans cette levée de boucliers contre la philosophie de Cousin autre chose encore que des opinioas et des croyances religieuses et cléricales; il y a des rancunes philosophiques de la part des dissidents, sensualisles, scepli(iucs, etc., que l'éclectisme a toujours mal nnenés et méprisés avec haiilcur.
— Le discours de rarcliovè(inc de Taris au roi, à l'occasion de la l'été du l*"" mai, a donné lieu à une ré-
plique un peu sévère. Le roi s'est fâché de ce qui avait l'air d'une leçon. En lisant ce discours assez embrouillé de l'archevêque, on se demande si l'intention était manifeste. Quelques-uns disent qu'il y avait une phrase qu'on n'a pas imprimée : « Je viens apporter ici non plus des espérances, mais des regrets », quelque chose dans ce sens; dans tous les cas, le roi l'a compris ainsi, et a eu un moment d'humeur.
Mais voilà que le lendemain à la Chambre des pairs (2 mai), M. de Montalivet est venu parler contre la philosophie et dans un sens qui pouvait sembler favorable au clergé. Or, M. de Montalivet est considéré dans tous ses actes et toutes ses paroles politiques comme le roi en personne dont il est ]e favori (fidus Achates). Les paroles de M. de Monlalivet, sa démarche (étant venu là, tout malade de la goutte et en s'appuyant sur sa canne) ont été interprétées comme partant de plus haut et du Château (voir le Constitutionnel d'hier). Il est curieux de voir comme les Débats d'aujourd'hui (4 mai) ont baissé le (on sur cette question universitaire qu'ils épousaient avec tant de ferveur, et comme ils se mettent à ménager leur retraite depuis que M. de Montalivet n'est pas de leur premier avis.
— Quant à la Chambre des pairs, elle continue dans sa voie d'admonestation à la philosophie et de méfiance assez marquée contre les programmes de M. Cousin qui a l'air véritablement, depuis toute cette discussion, d'être condamné à la ciguë et qui, en veine inépuisable d'éloquonco, varie V Apologie de Socrate sur tous les tons. Au fait, (iiicl (jiK^ initie vote, le coup moral est porté.
Ce 5 mai J844.
ANXIÉTÉ DES PROTESTANTS. — ATTITUDE DE MM. COU- SIN ET VILLEMAIN DANS LA DISCUSSION DE LA LOI SUR l'enseignement SECONDAIRE. — PEISSE.
Depuis le commencement de toute celte discussion, les protestants sont dans une anxiété extrême, ils sont comme sur les épines, écoutant toujours s'il n'est pas question d'eux, si rien ne les blesse : le fait est que dans cette grande discussion entre les catholiques et l'Université, entre la religion dominante et la philosophie dominante, personne parmi les conlendants ne pense au protestantisme ni aux dissidents des diverses communions. Les catholiques réclament pour eux seuls, et les éclectiques se défendent comme ayant seuls la bonne et vraie philoso[ihio : pour les éclectiques, les autres sectes philosophiques lu^ compt(Mit pas; pour les catholiques les autres communions dissidentes sont moins que rien. Ces hautes puissances se comportent comme de gros
Elats en guerre : ce qui est le plus à désirer pour les laibles, c'est qu'aucune décidément ne l'emporte ! La liberté est dansl'entre-deux. La Revue suisse a toujours été fidèle à cette ligne de conduite.
L'amendement du 1" article, qui enlève la rédaction (lu programme du baccalauréat à la seule Université et y joint le contrôle du Con&eil d'Etat, a passé (bier i) à la Cbambre des pairs. Ainsi le vote a suivi le sens général de la discussion. Le coup est porté. — M. Cousin, dans ce dernier moment, a été éblouissant de verve ol de liberté de paroles, il a captivé la Cbambre, mais ne l'a pas convaincue. M. de Broglie l'a aussi admirabbMiient réluté.
L'attitude de M. Villemain en tout ce débat, en face de son adversaire intime M. Cousin, est particulière. C'est M. Cousin qui a, on quelque sorte, moue la discussion du côté de l'Université et (}ui a tait ollice de ministre, M. Villemain a cédé sur plus d'un point aux scrupules de la Cbambre des pairs et aux amendements de la Commission. Il n'a pas consenti à suivre dans ses prévisions presque lamentables Viinagination éloquente do son collègue, comme lui-même s'est empressé de le dire, M. Villemain a paru dans tout ceci partagé enlro la douleur de voir sa loi modifiée et l'Université un peu réduite, et le plaisir de voir la pbilosopbie de M. Cousin recevoir une cbiquenaude. Celte satisfaction et ce plaisir formaient un mélange visible en lui, ce qui faisait dire plaisamment à un de nos amis et compalrioles, le docteur II... (pii a suivi de près tout ce débat, que le minisire était vraiment comme l'Androinaquo de l'Anli-
qiiité, entre un sourire et une larme, (iy.yp-jovj yc'/.y.Tt/.Tx.
— Peisse est un bon esprit, mais pessimiste, instruit mais exclusif, trop chagrin pour sourire aux arts; c'est un bon esprit de rez-de-chaussée; il n'a jamais en de belvéder. Bon critique d'ailleurs et jiuiicieux écrivain.
Il est médecin, il a commencé par écrire sur Droussais et contre Gall, il est psychologue et a traduit quelque chose des Écossais, d'Hamillon, je crois. Il a été de la fondation du National avec Thiers, Mignet, dont il est compatriote. Il y écrivait alors des articles très-classiques contre les excès de l'école romantique et même contre ses meilleures productions. Il est devenu depuis inspecteur des boaux-arts; il vient de manquer l'Académie des sciences morales où il était très-digne d'entrer. IJn critique aussi sévère que lui le définit ainsi : « M. Peisse, un de ces écrivains discrets que deux ou trois hommes d'imagination font profession d'admirer beaucoup pour se donner des airs judicieux. » — Le fait est (jne M. Peisse a loujours été très-vanté par ses amis Thiers et autres, comme promettant beaucoup, et qu'il a très-peu produit. Armand Carrel le citait comme un des meilleurs écrivains du temps. Dans tous les cas, la louange de Peisse est rare et a son prix : ainsi M. Gleyre doit en être très-datte.
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CeO mai 18 lî.
IIEPONSE AU IjISCGUKS DE M DE M ON TALEM 15 EUT.
Il faut èlrc juste: le discours de M. de Moulalemberl (voir séance de la Chambre), à propos de l'artiolo ([ui exige l'affirmalion (ju'on n'est [tas d'une coui^régalion non autorisée, etc., pour être apte à enseigner, a élr bien et a eu des accents de vérilé, de générosité el (l'élévation remarquables.
Oui, il est fâcheux que, dans un pays libre, il y ait celle Irace i\e lest ' dans la loi. La difcnse d -s Ordres r.'ligieux a été en partie vraie dans la liouche de .M. (!e Moidalenilterl ; la iiéroraisoii adressée à M. (liiizot (.7^/ homiucin) jtour [ireuve qu'impopularité n'est pas conviction et co!idainiiali()n,aété Iri's-lieiireusi', très-éli)qnenl(>. Maison ani'ail pu répondre sans déidanialion que cet arlicle était uni' précaulion de l;aii!e priulence, qu'il fanl