Allusion à la lo; il i T,'sl en Anslcto:rc
CHRONIQUES l'AlU SIENNES. 21i^
tenir compte dans un |)ays des antécédents hidoriques, {[ne les Jésuites d'aujourd'hui payent et payeront longtemps encore pour ceux d'autrefois, que la religion tout entière et son libre et paisible exercice pourraient être comprouiis, troublés, si on ne prenait celte mesure, et ({u'enfin il est à désirer que vienne un temps où tout vestige de cette interrogation de conscience puisse disj)araître : mais on ne pourrait supprimer à présent la garantie sans de graves inconvénients pour la chose sacrée (|ui doit être le plus chère à M. de Monlalembert, et sans compromettre le gouvernement lui-même.
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Ce 4 juin 1844
I/ABBÉ DUPANLOUP. — LE JIA.WÉ DE CIIATE AllUil AN U. — GÉMISSEMENTS DES POETES SUR LEUH JEUNESSE ENFUIE. — ANTIGOXE, PAU MM. VACQUEIUE ET MEU- RICE. — LA CIGU'È, DE M. EMILE AUGIEU.
La loi sur rinslruclioii secondaire est donc volée par la Chambre des pairs et dans le sens de transaction et do miligation que nous avons indiqué. La discussion a été belle, mais, comme tant do belles choses, elle a duré Iroj) longtemps : cluKiiie orateur a parlé un pou trop, et on a eu le temps d'arriver à la l'aligne avant la lin. €'esl le propre de loul ce (jui se prolonge en ce pays do France. — Celle loi, au re.>le, no pourra être discutée <;elle année à la Chambre des députés et tout porto à croire qu'elle y sera modifiée. Ainsi on aura à revenir plus d'une luis sur ce sujet et à rouler dans le cercle des arguments. L'abbé Dupanlonp, encouragé par le succès de sa première letlro au duc de Broglie, en a
publié une deuxième, qui a moins réussi : personne ne sait s'arrêter à temps et ne pas abuser. — Le Rancé de Cbateaubriand a été une déception; les articles de M. Vinet, très-beaux et 1res -respectueux, expriment avec discrétion ce sentiment de regret qu'ont éprouvé les personnes sérieuses.
J'ai cité, dans mon article de la Revue des Deux Mondes, un passage de Bossuet qui indique les conditions à remplir dans une jjiographie de Rancé. Voici ce passage :
« Je dirai mon senliment sur la Trappe avec beaucoup de franchise, comme un homme qui n'a d'autre vue que celli- ((ue Dieu soit glorifié dans la plus sainte maison qui soit dans l'Église, et dans la vie du plus parfait directeur des âme> dans la vie monastique ({u'on ait connu depuis saint Bernaril. Si l'histoire du saint personnage n'est écrite de main habile et par une lête qui soit au-dessus de toutes vues humaines, autant que le ciel est au-dessus de la terre, tout ira mal. Eu des endroits, on voudra faire un peu de cour aux bénédictins, en d'autres aux jésuites, en d'autres aux religieux en général. Si celui qui enli éprendra un si grand ouvrage ne se sent pas assez fort iiour ne point avoir besoin de conseil, le mélange sera à craindre, et par ce mélange une espèce de dégradation dans l'ouvrage... La simplicité en doit être le seul orn.•m^Mlt. J'aimerais mieux un simple narré, tel que pouvait faire dont Le Nain ', ({ue l'éloquence affectée. »
— Ce n'est ni aux bénétlictins, ni même aux jésuites qu'on songe à plaire de ims jours, mais à flatter madame Sand, à ne pas choquer M. de Lamennais, à chatouiller
t. Celte liistoirc de l'abbé de Rancé par dom le Nain (le fi ère de .M. de Tillemont) a paru, mais elle a été altérée.
M. de Béranger, leurs noms cl leurs doctrines, et de lu une dégradation véritable du sujet. Au reste, c'est un trait honorable pour la presse en France, que le ton respectueux et l'absence de critique au sujet de Chateaubriand. Le respect est devenu chose si rare qu'il ne faut pas le blâmer quand par hasard il se rencontre. . Pour nous qui y sommes moins obligés, grâce à notre éloignement, nous disons franchement que ce livre, que l'on concevait si simple et si austère, est devenu, par manque de sérieux et par négligence, un véritable 6r/cà-6fac; l'auteur jette tout, brouille tout, et vide toutes ses armoires.
Les images les plus riantes, les plus folâtres, viennent à tout moment et se lèvent à tous les coins, derrière chaque pilier du cloître, ce qui faisait dire Tautre jour à un plaisant que c'était une vraie tentation de saint Antoine, tant il y a de diables et de jolis diables! Il semble, par endroits, que la Trappe ail des jours sur les coulisses de l'Opéra. — Mais le respect, aussi, nous interdit d'en dire davantage.
■ — Une seule remarque encore, puisqu'elle est générale et 's'applique â tonte la littérature d'aujourd'hui. Jamais, nolez-le bien, en aucun temps, les poètes n'ont mené un tel detiil de lenr jeunesse enfuie et ne se sont répandus à ce sujet en de tels gémissements. Sans douti^ de tout temps il y a eu des regrets sur la fuite des années légères : Voltaire en cela ne faisait (pio suivre Horace et il l'égalait même le jour où il chantait à demivoix : Si vous voulez que j'aime encore... Fontanes a fait jussi sur ce ton une pièce mélancolique et presque mo-
ro^e inlilulée La Cinquanlaine. Mais ces regrets discrètement touchés et une fois exprimés ont fait place, de nos jours, à un deuil public, solennel, inconsolable. Madame de Slarl ne pouvait s'accoutumer à celte idée •que la jeunesse s'en allait, et ce mot seul de jeunesse, elle le répétait souvent pour s'en donnerla musique et en prolonger l'écho à ses oreilles. L'auteur de Rancc est allé sur ce point au-delà de tout ce qu'on aurait pu imaginer, et on peut dire que, s'il est suivi par la foule des jeunes poètes déjà vieillissants, il mène le deuil avec des pleurs et des plaintes qui sont d'un roi d'Asie. Lisez pourlant, parcourez les œuvres de tous, vous y verrez à divers degrés les mêmes sujets de tristesse, vous y entendrez les mêmes soupirs et,' par moments, les mêmes cris : « Mais toi, idole de ma jeunesse, Amour dont je déserte le temple à jamais, s'écrie George Sand dans \es Letlres d'un voyageur, adieu! malgré moi, mes genoux plient et ma bouche tremble en te disant ce mot sans retour. Encore un regard, encore l'olTrande d'une couronne de roses nouvelles!... »
En un mot, chez tous, on dit adieu de très-bonne heure, et on le répèle très-lard, sans pouvoir se décider à se séparer. Il est tel poêle de nos jours qui a commencé d'être atteint de ce regret public de la fuite des années le jour où il a eu trente ans, et même on commence maintenant à gémir tout haut sur celte perte dès vingt-cinq. Tant qu'on est encore un peu jeune, cela va bien et a l'air d'une agréable plaisanterie, d'une piquante conlre-vérilé. Mais quand arrivent poui' le coup ks années sérieuses, quand ï irréparable outrage pèse et