‹ Chroniques parisiennesChapitre 22 sur 45 · i CIlIîOiNIQUES PARISIENNES · texte numérisé non relu

i CIlIîOiNIQUES PARISIENNES

se fait sentir, oh! alors, les soupirs se changent en cris amers, et conrime Ja jeune Capiive qui ne vent pas mourir encore, on crie : je 7ie veux pas vieillir ! On crie presque au vieillard le Temps comme madame Duharry sur l'échafaud : « Monsieur le bourreau, encore «n instant! » Tel est l'efîet curieux à étudier et désormais manifeste du génie lyrique dont on a ahusé, de cette inspiration de pure fantaisie et de jeunesse où l'on avait tout mis, de celte lacune morale sous des airs de sentiment, de cette vie épicurienne et de plaisir sous un vernis de mysticisme et de religiosité. Là est le mal sérieux, le point à dénoncer. Jamais, dans les vrais siècles de grandes et vertueuses œuvres, on n'a songé ainsi à étaler cette plainte secrète; on travaillait, on mûrissait;, et se sentir mûrir console des fleurs qu'on n'a plus : on croyait à ce perfectionnement intérieur qui va à l'inverse des grâces riantes et qui, en dédnitive, sait s'en

passer.

Si le soleil les a fanées, Elles refleuriront ailleurs!

Notre jeune siècle poétique et lyrique, par cela même qu'il ne sait pas vieillir et qu'il étale à ce degré devant tous sa misérahle faiblesse, trahit son point vulnérahle, l'inspiration morale positive et la foi qui lui ont trop fait défaut.

Nous demandons pardon à nos lecteurs de cette longue digression Irop morale peul-ètre, mais nul exemple mieux que la Vie de Rancé ne pouvait y donner sujet et illustrer la démonsfralion.

— Le succès de la quinzaine à Paris a été véritablement

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VAntigone de Sophocle, mise en vers par MM. Vacquerie* et Meurice, et représentée à l'Odéon avec chœurs et musique. Les vers sont peu satisfaisants; on a pu les lire dans la Presse; on se demande comment un calque si rude, si inéi;al et par conséquent si infidèle de Sophocle (pour le détail), a pu faire illusion à des auditeurs français : mais que voulez-vous? Le vent pousse a la Grèce pour le quart d'heure, et nous sommes voués dans ce siècle d'essais à toutes les renaissances. Le fait est que la pièce a sincèrement réussi : le monde s'y porte; on comprend rien qu'à voir, on devine, on est touché : la grandeur, la simplicité de Sophocle éclatent malgré tout. Au lieu de son groupe de marbre éblouissant et parfait, on a un plâtre rude, une sorte de modèle en terre; les attitudes du moins et l'ensemble des mouvements conservent trace de l'immortelle beauté. Les fins connaisseurs peuvent sourire, faire les dédaigneux, railler même tel ou tel détail; ils en parlent à leur aise, eux, ils lisent l'original; cela de leur part revient à dire : Que serait-ce si vous aviez vu le monstre hti-mnne? pour le commun des spectateurs et du public, et pour un commun même très-distingué, cet essai est utile, ins tructif, et donne à penser; notre éducation ainsi s'achève, notre sens critique s'aiguise en divers sens: aprè^ Shakspeare, So|)liocle. Les préventions tondjent, les admirations se précisent, le champ de tous côtés s'élnrgit. Oh! s'il venait un vrai poète dramatique, combien il

I. M. Vacqneiie est le fiôro de en jeune époux de la fille de Victor Hu^'o, qui a péri, l'année dernière, en voiffant sauver sa jeune Criiiiii '.

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Irouverail la place libre et le public disposé! nous ne pouvons que lever les mains en répétant le grand refrain : Exoriare aliquis!

— On a donné aussi à l'Odéon une jolie petite bluelte en verSjk Ciguë, \>ar un jeune homme, M. Emile Augier: c'est une petite comédie, à la grecque; il y a une idée spirituelle.

Telle est à peu près la clôture de la saison., car Paris s'en va aux champs : les provinciaux abondent pour -3'Exposition, mais les naturels prennent la poste

Ce l juillet 181L

Î.E l'ROCÉS DONON-CADOT. — BAT.ZAC A I. AUDIENCE. — DEMANDE D'AUGENT PAR LE ROI LO UIS-I'III LII'I'E. — CONFLIT ENTRE LES DEUX CHAMBRES AU SU3ET DE LA LIBERTÉ DE l' ENSEIGNEMENT. — LES JÉSUITES ET LES JACOBINS. —RÉPONSE DE M. TIIIERS AU ROI. — LULTIlAMUyrAyiSME, PAR QUINET. — LES ACTES liES APOTHES, PAR GÉNIN. — PASCAL. — l'ABBÉ FLOTTES.

La saison littéraire se traîne i-omme la saison politi- <liie. Le grand événement de ces derniers jours a été le procès Donon-Cadot (ce fils qui avait fait assassiner son père et qui est absous) : voilà ce qui fait diversion au romaii-fenillelon, et ce qui lui sert d'inspiration aussi. Ualzac n'a pas (jnitlé raiulieiice, J.o Juif Errant d'Eugène Sue a passé presque inaper(.'u dans cet éclat : je ne sais s'il va se relever et regagner l'atlenlion.

— Une impression morale très-pénible, c'a été celle (|u'a produite la note insérée au Monifcur et dans laquelle le

roi Louis-Philippe, non content de ses millions, en redemande d'autres et raconte ses secrets de ménage, ses gênes domestiques. L'impression qu'une pareille absence de dignité et d'élévation produit en France, même sur les amis du trône, est au-deLà de tout; il y a là une méconnaissance complète de l'esprit national, un oubli singulier du dégoût que l'on cause. C'est le cas d'appliquer un mot énergique de M. Royer-Collard : l'abaissement éclate de toute^ parts, — à commencer par la tète.

— La question de l'Université et du clergé, la grande question de la liberté d'enseignement, n'est pas épuisée: la voilà portée devant la Chambre des députés. Thiers est chargé du rapport; on devine assez en quel sens il sera. Voilà le conflit entre les deux Chambres qui va s'engager. La Chambre des députés sera aussi universitaire que la Chambre des pairs l'a été peu. Il n'y a guère de solution possible de longtemps et la dispute durera. On cite de Thiers des mots assez piquants et qui lui ressemblent. Au roi ([ui le pressait, il y a quelques mois, de soutenir la loi telle que l'avait faite Yillomain, et (pii lui donnait pour raison qu'il fallait accorder quelque chose au clergé, que c'était encore quelque cbose de très -fort ({unn prêtre, Thiers aurait répondu : « Sire, il y a quelque cbose de plus fort que le prêtre, je vous assure, c'est \v jacobin. » — Thiers aurait dit encore : « Qu'on nous donne en France les collèges des jésuites, et dans vingt ans je vous promets un Voltaire. y>

— Quinet va pul)lier un volume, résultat de ses leçons de l'année, et qui a pour titre : rUttramoutanismc. — Il parait un pelilrecueil périodique intitulé : F.es Actes des

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