‹ Chroniques parisiennesChapitre 25 sur 45 · Dans lo roman tle rAiitiiitiairc · texte numérisé non relu

Dans lo roman tle rAiitiiitiairc

CHRONIQUES PAIUSIENNES. «Oô

lôrêt. C'est là que, se débatlant contre des difficultés inextricables, le savant auteur quitte à la fin le terrain historique, et, transportant la question au milieu des nuages, il recourt aux voies étranges, mystérieuses, inconcevables de la Providence, qualifiant de miraculeuse une découverte qu'avait amenée fortuitement, deux fois de suite', la pioche d'un maçon. Quand on en vient là, toute discussion est superdue ; et, en vérité, du moment qu'il croyait nécessaire d'implorer le Deus ex machina, contre la règle de l'art, NecDeus intersit, il aurait mieux fait de couper court tout de suite aux difficultés historiques, en admettant que le cœur de saint Louis, s'envolant miraculeusement de Monréale à Paris, à travers les airs, était venu s'enterrer lui-même dans la Sainte-Chapelle, à l'insu de tout le monde, gardant un incognito que personne ne pouvait violer. — On voit qu'avec un peu d'aide, quelque chose d'analogue "à la Sainte Ampoule pouvait nous être rendu ; et, à l'heure qu'il est, il y a des gens qui ne me pardonnent pas d'y avoir mis obstacle. »

On a là un échantillon de la manière piquante et incisive de M. Letronne, et de la façon dont il dissèque ses adversaires peu agréablement pour eux.

— La traduction iXAntifjone a paru en petit volume, dédiée au roi de Prusse et avec une préface emphatiq\ie et fausse. On y grossit toutes les horreurs et les trivialités qu'on s'efforce de voir dans le Théâtre grec pour en faire une défense du Théâtre romantique moderne. On y

1. Une première fois on avait trouvé ce même cœur on l'an XI (1803), mais on l'avait remis en place, et le citoyen Terrasse avait alors fait tracer cette croi.v byzantine.

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défend les Burgraves et Lucrèce Borgia à l'aide des chefsd'œuvre antiques : les jeunes auteurs ne s'aperçoivent pas que c'est parce qu'ils ont ensauvagé Sophocle et lui ont imposé des contre-sens de couleur et des traits de moyen âge, qu'ils parviennent ensuite, tant bien que mal, à en faire un patron à leur idole-monstre. La noble et touchante figure à^Anligone devient ainsi un pendant d'O^ et de Magog I

Ce i aoùl 1814.

LES FÊTES DE JUILLET. — CLIUUSITE S.\NS E.NTHOU- SI.4SME. :— ARTICLE DE LER.MI.MEIV SUR VULTHAMUXr.lMSME DE QUINET. — RÉMUS.^T SUR JOUFFROY. — SAINTE-BEUVE SURDAUNOU. — JIISTOinE DES ÉCOLES l) AI.EXAynitlE, PAR M. JULES SIMO.X. — JASMIN.

Nous avons eu les fctes de juillet; c'est la plus belle illumination ([u'on ait eue depuis quatorze ans. Jamais dans une foule on iia vu moins d'enthousiasme et plus de curiosité.

Je ne sais encore ce que ji; vous écrirai pour la chronique. Il n'y a riou, de moins en moins. Nous sommes dans un intervalle de générations : il n'en pousse aucune, €t les nôtres sont à bout.

La littérature cl toutes choses donnent aussi peu qnt possible ; il ne se publie rien de nouveau et les étalages des libraires de l'Odéon ne se sont pas rafraîchis depuis un mois. Les illustres feuilletons eux-mêmes languissent;

le Juif Ervanl aux abois s'est jeté sur les jésuites, matière uu peu vieille et qui redevient un peu coriace. — L'Ultramontanisme de Quinet a été fort sévèrement et tort judicieusomeiit jugé par Lerminier dans la Revue defy Deux Mondes; Lerminier qui a, lui aussi, en son temps, connu les ivresses do la popularité et qui en a eu ensuite les déboires, était en mesure de faire la leçon à Quinet là-dessus: tout le détail de cet article et les remarques sur celte érudition confuse et fougueuse ont beaucoup d'à-propos et un grand caractère de raison. C'est déchoir d'ailleurs pour un homme aussi élevé que Quinet que de se faire en 18i-3 un controversiste anti-catliolique. L'auteur (VAJiasvéi'us avait mieux à faire que île se jeter sur les jésuites connue l'a fait l'autour du Juif Errant.

— Ce même n" de la Revue des Deux Mondes peut montrer combien l'invention devient rare et condjien la critique est obligée de se replier et de vivre sur soi: ce sont des amis qui se prennent à parti et s'analysent: Lerminier sur Quinet, Kémusat sur JoulTroy, Sainte- Beuve sur Daunoii. — Nous faisons cette remarque, non point pour nous plaindre, car nous nous acouuimodons très-bien de cos judicieux et ingénieux retours, mais il est iuqiossible de no pas voir que la critique, qui a besoin de pâture et qui ne trouve guère où fourrager, se replie en pays ami. L'article de M. de Rémusat a de trèsbelles pages sur les jeunes chefs de file d'opinions sous la llestauralion (ainsi à la fin de la page i35 : Elevés loin de Puiis, etc. Esj))its étendus, mais positifs, etc., c'est TJiii'is. De même ipi'à la page suivante iiil'i: dcjà les nu'COinjiles,etc., c'est JouiVroy. De même qu'à la page

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437, dans ime légion sociale différeiite, etc., c'est luimême, Piémusat, nu des plus charmants causeurs et i\i!> plus fertiles.)

— L'article de M. Sainte-Beuve sur Daunou nous a appris à bien fixer nos idées sur un savant et un éciivain dont on avait beaucoup parlé dans ces deniiers temps, depuis sa mort; il en avait t'té fait tant d'éloges qu'on se demandait natureilemcntce qui avait manqué à un hommo qui avait été aur-si profond érudit et aussi habile écrivain pour arriver ;i [iliis de célébrité et à plus de résultats notoires, ^ous voyons aujourd'hui, d'après le portrait, ([ue ce qui a manqué à Daunou, c'est l'/y/rc^/Z/o». De plus son talent littéraire si réel s'est tenu toujours dansune espèce de teinte obscure où l'on conçoit très-bien qu'il se soit dérobé. On dirait volontiers de ses travaux, de ses articles, et de rcffet qu'ils produisent : a si l'on s'attend à les trouver pesants, on les trouve fins; et si l'on est Irès-averli que c'est fin, on les trouve un peu ternes ou même |)csanls. » En somme, malgré la disiinction et le soin du détail, nous le concevons très-bien d'après l'article, rien de ce qu'a écrit ou pensé le docte écrivain ne passe une ccriaine médiocrité. Mais «ne quantité de traits secondaires assemblés et resserrés sur im fond très-fixe consliluaient en sa personne une rare et même nue Joul-è-fait uni(pie oiiginalilé.

— Parmi les puLlicalioiis sérieuses, il faut noter /7//sloire de l'Ecole d'Alexandiii', par .M. Jules Simon, le suppléant de M. Cous II à la Faculté (b s Lettres; le tome L'' vient de paraîire ; il contient Plolin el sa théorie. «. C'est moins, dit l'auteur .'ans sa p'éVce, la n pral cl;o i de

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mon cours qu'un ouvrage sur le sujet ([ui a lait la matière <le mon enseignement. » L'auteur y travaille depuis plusieurs années.

— Jasmin, le poëte d'Agen, est allé faire visite aux ^jhampenois, à Epernay où son (ils est établi; il y a été l'été et a répondu par une jolie chanson française (il faut savoir pour le piquant que son fds est à la tête d'une fabrique de bouchons pour les vins de Champagne). Jasmin n'a fait que passera Paris une couple de jours, «nais non pas sans y lire à quelcjnes amis un nouveau poëme : Marthe Vinnocenle, en trois chants, qui n'excitera pas moins d'enthousiasme que ses aînés. Jasmin, au milieu de ses airs d'improvisation, travailK' beaucoup ses .poëmes : il est de l'école qui l'ait difficilement des vers i'aciles, et qui revient par le goiU à la nalnre. Il y a à cet égard, et sous l'enveloppe gasconne, du Déranger «n lui. Je ne sais qui a dit qu'il était plus véritablement de l'école d'Horace que M. de Lamartine : ce n'est que vrai. — D'ailleurs, il est le rhapsode triomphal du Midi et y remporte des succès (\m semblent fabuleux de loin, mais qu'oxpli([ue le caractère de ces populations en même temps que celui du porte. Jasmin a tous les dehors de racteur méridional, bonne taille, œil noir, charbonné, '!e geste, une poilrinr de fer, et une linessc triiomnie d'esprit qui voit tout et se possède au milieu de ses ^ipparentes turbulences. Il est homme à déclamer durant ([uinze jours de suite, en plein air, du matin au soir, et ïsans lasser les autres ni lui-même. Il y a quelques mois, (inc église manquait à Yergt en Dordogne, ou plutôt la <:loche de cette église, car on avait pourvu au reste par

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souscription : il n'y avait plus que le clocher à bâtir. Jasmin s'est dévoué, il a donné une séance à Vergt, et la souscription a dû payer les frais du clocher. Dans cette séance tout-à-fait grandiose, il était entouré (entr'autres nolabiUlés)(\e six évêques, venus là pour consacrer l'œuvre pie dupoëte. Il a débité, indépendamment de ses autres poëmes, une pièce de vers sur la circonstance : Vu prêtre sans église, qui a électrisé l'auditoire. La séance publique avait lieu le soir dans une salle improvisée sous la halle:

Six mille àiiies et plus qui saluent la croix

Éfayée de six évoques,

Deux cents chanoines aliynés, Musique de messieurs, musique de soldats,

Et le piètre au milieu.

Jasmin avait, je crois bien, tout cela à sa séance, les chanoines, les évêques et la musique du 65'' régiment. Tout cela se passait il y a juste un an (fin de juillet 1843).

11 avait récité la veille cette pièce au banquet des évêques, avant de la dire à la séance publique. Au sortir de ce dîner, le spirituel évoque de Tulle, M. Berthaud, qui devait prêcher le jour même sur l'infinité de Dieu, a trouvé qu'il était mieux de prêcher sur le thème de Jasmin, et le sermon a également roulé sur le prêtre sans église. Ce sont là de nobles et touchantes associations qui font remonter la poésie à son origine. Jasmin ■est, ne l'oublions pas, un homme dos plus estimés; c'est un honnête honiiue, dans la vraie acception du mot; et dans cette buiiclic de riionime du peuple et du barbier d'Agen, les belles paroles, même gasconnes, ont toute leur valeur.

Ce 5 aoiU 18ii.

BEUANCER, CHATEAUBRIAND ET LAMENNAIS. — LES ORAXVS JOVHS L' AUVERGNE, DE FLÉCHIER. — CXE

pRoriACE SOUS LOUIS XI r, par m. Thomas. — rorn-

YOI E.X C.iSSATlOX, BROCHURE DE FÉLIX PYAT CON- TRE JULES JANIN.

Déranger, Chaleaiibriand et Lamennais se voient volontiers et avec plaisir chez Déranger à Passy : le malin chansonnier fait son métier de lUable, comme il Ali, en les conviant chez Ini, sur son terrain. Ils s'y plaisent et s'y sentent à Taise : le chevalier et le prêtre rendent les armes au siècle. On fera un jour un curieux livre avec le titre d'Entretiens de ces trois hommes; un futur philosophe y fera entrer tout ce qu'il voudra.

— Ou a publié des Mémoires de Flèchier sur les Grands jours tenus à Clermont en Auvergne en l(J()r)-10t»G. C'est M. Gonod, bibliothécaire de la ville de Clermont, à qui l'on doit déjà un bon travail sur VArl poélique d'Horace,

qui a procuré cette publication d'un manuscrit oublié. Le livre est très-intéressant, comme peinture de mœurs. Fléchier, âgé de trente- trois ans alors, fit le voyage d'Auvergne avec M. de Caumartin, maître des requêtes, dont il élevait le fils. Il décrit à merveille le pays, les habitants, les mœurs, les ridicules : les petites histoires galantes et romanesques, même les petites historiettes un peu gaies y sont racontées avec complaisance et politesse. Cet agréable livre rafraîchira la réputation de Fléchier et VOraison funèbre de Turenne ne sera plus que sur le second plan : ainsi vont les temps et les vogues diverses.

— M. Thomas, jeune professeur â^Dijon, a publié un volume qu'on dit piquant, intitulé : Une province sous Louis XIV. C'est la restitution, pièces en main, de la province de Bourgogne dans la dernière moitié du XVII'' siècle. M. Thomas, en fouillant dans les archives très-riches de Dijon, a trouvé de quoi retracer et raconter l'époque par la bouche des contemporains mêmes. Ce sont là de bons travaux, et auxquels excelle l'esprit de notre temps.

— Félix Pyat, condamné pour diffamation envers Janin, a publié, sous le titre de Pourvoi en cassation, une petite brochure dont l'idée est piquante. Il a fait imprimer en regard sur deux colonnes les palinodies de Janin sur tous les sujets. Pas un mot n'est de Pyat. C'est Janin qui fait tous les frais de la défense.

Ce GaoïU 18 li.

LU JUIF EltllAXT. — LES JE SUITES. — AL FR F. D DE VIGNY. — RÉPONSE DE M. LE PREVOST \ M. LETRONNE. — FLOURENS. — MORT DE FAURIEL.

k proitos des Jésuites, Le Juif errant no réussit pas ici, on en a assez des Jésuites. Quoi ! à Lausanne on en serait là! C'est retarder. Laissez ici le Journal des Débats s'escrimer conire les Jésuites, et M. de Molènes relever le gant de Voltaire en y mêlant beaucoup de musc. C'est bien peu imiter Voltaire (jue de faire cela. Que ferait donc Voltaire de nos jours? Ob ! je ne sais quoi, mais tout autre cliose.

— Le critique de la Uerue de Paiis, H. B., est M. Ilippolyte Baboii. La politique y est faite par Lerminier.

— Les vers d'Alfred de Vigny, Lettre à Kra, n'ont pas semblé contiiuier les poi'mes pbilosopliiques mieux qu'ils n'avaient commencé; c'est élevé, c'est distingué assurément, mais d'une distinction qui se rafliue de plus en

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plus et d'une élévation qui s'évapore. On se demande quelle est cette Evci à qui l'on écrit une leltre; ce n'est donc pas, comme il semblerait, une Muse et un pur idéal. Mais, si ce n'est pas la Muse même, il est peu idéal de vouloir aller avec elle dans cette Muison du Bcyger où il est dit qu'on ne peut se tenir debout ' et où d'autres détails peu platoniques sont légèrement sous-entendus. Ce n'était pas la peine de se montrer si sévère tout à côté contre x\nacrcon et contre Horace, ainsi que le poêle n'a pas craint de le faire. On se demande quand on a lu ce poëme, comme au reste après avoir lu presque tous cens de M. de Vigny : Est-ce idéal? est ce réel? est-ce' de l:i vie? est-ce du nuage?

Cette poésie-là me paraît comme de l'alljàlre assez artistement travaillé, mais pâle, sans couleur; la vie et le sang n'y circulent pas. Parfois on aperçoit derrière comme une rougeur due à quelque lampe artificielle, et cette rougeur aussitôt s'évanouit.

Quand je dis assez ailistemeiil travaillé, il faut pourtant des réserves, car on trouverait dans cette pièce d'étranges obscurités et des incorrections incontestables. Ainsi, page 315, dans la strophe :

Mais à moins ijifun ami menacé dans sa vie

Ne jelto en appelant le cri <Ui désespoir,

Ou qu'avec son clairon la Franco nous dnivie, etc.

Il faudrait absolument : ue nous convie.

— M. Auguste Le Prévost vient de publier une Réponse à récrit de M. Lelionne sur le rd'ur de saiiil Louis j coAlo

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