‹ Chroniques parisiennesChapitre 26 sur 45 · Son toit n'est pas plus haut que ton front et tes yeux · texte numérisé non relu

Son toit n'est pas plus haut que ton front et tes yeux

réponse, très-modérée et qui contient quelques considérations générales fort judicieuses à propos de la méthode critique exclusive de M. Letronne, mériti> qu'on la lise. Nous y reviendrons peut-être, mais nous l'indiquons du moins comme dernière pièce du procès.

— M. Flourens vient de recueillir ses articles du Jonrnal des savants sur Buffon : Histoire de ses travaux et de ses idées. Ce petit volume, fort net et fort instructif, fait suite à ceux du même auteur sur Cuvier, sur Gall. L'un des deux secrétaires perpétuels de l'Académie des sciences et membre de l'Académie française, M. Flourens, aspire à devenir un écrivain, et il y parvient.

— L'auteur du recueil des Chants populaires de lu Grèce moderne et de l'histoire de la Gaule méridionale, Fauriel, vient de mourir. C'est une vraie perte. Erudit inventif et original, il est apprécié ainsi par la Revue des Deux Mondes :

« L'écrivain à qui Cabanis adressait sa fameuse Lettre des Causes premières, l'ami dont Manzoni écoutait l'inspiration et à qui il se faisait honneur de dédier sa meilleure pièce, l'homme que madame de Staël consultait sur la littérature allemande, qui donnait à M. Cousin le goût de la philosophie ancienne, à M. Raynouard celui des troubadours, à M. Augustin Thierry celui des races du moyen âge, à M. Ampère celui des littératures comparées, l'homme, enfin, qui a su inspirer tant d'illustres amitiés et coopérer par ses conseils à tant de monuments aujourd'hui célèbres, ne peut 'manquer de laisser des regrets profonds dans tous ceu"x qui ont eu l'honneur de le pratiquer. »

Ce 5 seplcnibrc 1814.

LES VACANCES DE L ACADEMIE. — PRIX SUR VOLTAini-: DÉCERNÉ A M. HAREL. — MADEMOISELLE GEORGES. — ANTIGONJ;, BE yiM. MEURICE ET VACQUERIE. — CHA- TEAUDRIAXD ET L'ACBÉ DE SERRES. — LE GÉNIE ET LA FICELLE. — MOT D'UX BARBIER SUR LE JUIF E UliANT, EN RASANT UN PAIR DE FRANCE.

La litlcratiire est plus en vacances que jamais; l'Académie vient de prendre les siennes en donnant sa séance solennelle où elle distribue prix de vertus et prix d'élo- (juence. L'un et l'autre i;enre sont, quoi qu'on fasse, toujours un peu faux à l'Académie. Etre vertueux pour être récompensé et surtout pour être préconisé en public, c'est drôle. Etre cloquent sur dos sujets difficiles et sérieux, de manière à plaire à la majorité de (juarante membres qui pensent différemment sur foule chose et qui particulièrement ne sauraient être d'accord en matière de goût, c'est à peu près impossible. Les vrais talents s'y risquent peu d'ordinaire ; ils y préludaient vo-

-2iH CHRONIQUES PAUISIENNES.

lonliers autrefois. Cette aanée, le prix sur VoUaire a été accordé à M. Ilarel, écrivain (renviron cinquante-cinq ans, et qui semble débuter un peu tard. .M. Ilarel est un homme d'esprit, c'est la qualification invariablement attacbée à son nom. Il a débuté plus sérieusement vers 1815. Il a eu un moment qui promettait dans la politique; il a été préfet fort jeune. Sa conduite bonapartiste dans • les Cent-jours l'a fait proscrire, comme on disait, par les Bourbons ; sa carrière alors a été brisée. Il s'est jeté dans la littérature polémique, a écrit dans la Minerve, s'est essayé au théâtre. C'est de ce côté qu'il a surtout versé. S'étant attaché à la belle et célèbre tra,uédieniie, mademoiselle Georges, il a exploité avec habileté divers théâtres, et pendant quinze ans on Ta vu toujours aventureux, toujours debout, ressemblant à un général qui, le plus souvent battu et sans troupes, trouve moyen de tenir le pays et de subsister par prodige. Sa réputation d'esprit n'y a pas perdu. Depuis quelques années, il a quitté les directions de théâtre et est revenu à la littérature par (pielques comédies, et enfin par cet Ehujc de Vollitirc.ljO côté habile, les procédés de direction et d'exploitation d'esprit public, le chef de parti et VJiomme d' u (fil i res {\ans Voltaire y sont très-bien démêlés, assuret-on, autant qu'on en peut juger par des fragments de lecture. La littérature projjrement dite y semble tenir moins de place, et ce n'est pas un mauvais point de vue peut-être quand il s'agit de Voltaire et que l'espace vous empêche de tout dire. Vn travail complet sur Voltaire serait au reste l'histoire du xviir siècle lui-même. Tout autre Kl()(je ou Discours demeure nécessairement super-

(.[niOMQlES PARISIEiNNES. 249

ficiel. Entre nous, les Revues ont été trop sévères pour lui : jalousie de tlicàtre.

— A propos de théâtre, ou plutôt sans aucun propos, un mot sur cette pièce tVAutigone encore et sur la prétention qu'ont affichée les jeunes traducteurs dans leur préface. Ils veulent absolument voir dans la pièce grecque une autorité et un précédent direct pour les drames d'aujourd'hui, et non-seulement quant à la franchise et la crudité des actions, mais quant au style, mélange, assurent-ils, de nn'ivelé et de recherche: tellement qu'iVs oui pu entrer tout droit chez le poëte d'Antigone en sortcuit de chez le poêle de Falshi/f' {ces messieurs ont en effet traduit et arrangé pour la scène quelque chose de Shakspeare). On a déjà réfuté en partie cette fausse vue qu'ils ont trop suivie d'ailleurs dans le système" de leur traduction : en les lisant, et si l'on ne revenait au texte ancien, on serait tenté de croire par moment (ju'ils ont raison. Un critique (que nous croyons M. Philarète Chasles) a déjà relevé dans la Revue de Parif ipielqucs-uncs des infidélités de la traduction, infidélités (jui tendent à parodier à la moyen âge l'expression do la sim[)licité et de la passion antiques. Il nous revient à l'esprit deux exemples de ce genre de défaut systématique, dont les traducteurs, peu versés sans doute dans la langue et la littérature grecques, paraissent avoir été dupes eux-mêmes. Dans l'un des chteurs, au moment où Hémon sort désespéré et furieux contre son père, et va rejoindre sa nancée Antigone, déjà condamnée, la troupe des Tliéhains entonne naturellement un hymne à l'Amour, à l'invincible Amour qui règne sur toutes

choses et cà l'abri duquel n'est aucun des dieux ni des

mortels ; et celui gui la au cœur est insensé.

Et les traducteurs disent : Amour, etc., etc.,

Qui promis, qu'on rie ou bien qu'on jilcurc, Lançant tes traits sans savoir où.

Les dieux à jamais, riiomme une heure!

{Amoureux, c'est-à-dire fou!)

Qui ne voit que ce n'est pas là une traduction, mais une parodie. Celte démence sacrée, cette sainte fureur qui saisit les hommes ou les dieux et qu'exprime le mot p'^ïjvsv, se change en ce terme burlesque de fou qui tombe à la fin du vers, comme dans cette ballade du fou de Tolède, de Victor Hugo^ où du moins i'eflet est à sa place. Il y a du TribouJet en perspective dans la traduction ; chez Sophocle, s'il passe quelque chose au fond, c'est l'antique Méuade.

Autre exemple : lorsque Créon revient désespéré, apportant le cadavre de son fils dans ses bras, on accourt lui annoncer, comme dernier surcroît de malheur, que sa femme vient de se tuer : et on apporte celle-ci sur le théâtre. On lit dans la traduction :

//(/.' Viiulre! — ô tlcstinée amèrc,

A qui tic mourir à présent?

lei le lils, et là la mère !

Ilélas! hélas! gloire éphémère!

Ma pan rre femme ! hélas! mon sang!

Or le texte dit :

« Hélas ! cet autre malheur, le voilà, je le vois, malheureux ! Quoi encore? Quel autre coup m'est réservé ? j'ai dans mes mains mon lils mort tout à l'heure, ô malheureux ! et je vois en face de moi la morte. Hélas! hélas! pauvre mère! Hélas ! mon enfant ! »

II y aurait dans le texte ma pauvre femme'! que cette traduction ne rendrait pas fidèlement le cri, en y joignant je ne sais quelle tournure bourgeoise : mais ici c'est gratuit : il y a dans le texte malheureuse mère! Les traducteurs ont à plaisir vulgarisé! — Ils avaient besoin de ce procédé pour en venir à leurs conclusions et fins. Mais le piège est un peu gros, on aurait dit autrefois givssier.

— Le procès d'embauchage par le parti légitimiste (voir les Débals du 30 août) a révélé de curieux détails; les lettres saisies chez le duc d'Escars et produites au procès en sont la partie la plus intéressante, et on peut croire que, même pour le ministère public, le fond de l'affaire n'a servi que de cadre à la production de ces lettres. On y voit avec douleur combien M. de Chateaubriand, malgré son grand nom et ses talents, est (hipe des liommes d'esprit et des meneurs de son parti. La lettre suivante d'un abbé Serres en dit plus qu'on ne se serait permis d'en conjecturer. L'illustre écrivain serat-il enfin une bonne fois guéri? — Cotte lettre est adressée à M. le duc d'Escars; — l'auteur est premier vicaire de la paroisse Saint-Thomas d'Aquin :

-252 CHRONIQUES PAR IS lE.N NES.

« (10 décembre 18 i3). Je sors de chez le Génie, et je ne puis résister à l'envie de vous faire savoir que j'ai été assez content de lui. J'ai tort, peut-être, de dire assez, car c'est beaucoup avec un honinio comme lui, et après tout ce qu'il m'a dit du prince; il m'en a fait un bel éloge... C'est l'honnne du temps, a-t-il dit, c'est le véritable Roi de l'époque... Il a tout ce qu'il faut pour réussir... Les obstacles sont grands; mais s'il y a une circonstance favorable, elle est certainement pour Henri V... Maintenant, lui ai-je dit, il faudrait faire fructifier ce voyage par une publication, comme autrefois le Conservateur. C'est ici que je l'ai trouvé rebelle et presque révolté.

» Cependant si celte première manifestation, qui a si bien réussi et qui a généralement imprimé une direction très-heureuse à l'opinion, ne laisse aucune trace sensible, elle tombera dans l'oubli; et dans un mois d'ici il ne sera plus question ai rien. Si nous n'avons pas tout ce que nous désirons du G 'nie, nous avons du moins quelque chose; mais ce qu'il y a de mieux, à mon avis, ce sont les bons termes sur lesquels il est maintenant avec notre Henri ; il est désormais à ses ordi'es, il ira partout où on l'appellera, et quand on l'appellera. Ce sera le moyen de le tenir en laisse par une correspondance suivie et qui suit de nature à pouvoir èlre publiée dans les journaux, afin qu'il soit presiiue toujours en scène. Je m'empresse d'ajouter encore que nous avons le plus grand besoin de l'appui de madaine de Chat... Elle est persuadée que son mari doit toute sa réputation à ses conseils. De là jugez combien mi billet du prince et un i)elit cadeau apportés par madame la duchesse de Lévis, qui s'acquitte si bien de toutes les commissions qu'on lui donne, nous feraient de bien! Par ce moyen nous fixerions l'inconstance de notre homme, et nous aurions t;n main un aiguillon qui le tiendrait toujours ''11 iiaieiiie. »

Grand homme ou du moins grand poëte, génie régnant, vous avez le manteau do pourpre et vous vous y drapez, et nul trône en effet, de nos jours, n'est plus légitime ({ue le vôtre. Et voilà qu'un doigt obscur vient y tracer sensiblement pour tous la corde du tissu et vous tire à vued'œil par la ficelle. C'est bien le cas de redire, comme vous l'avez écrit tant de fois d'après un plus sage : Vcuiité des Vcuiités!

Nous ne savons l'effet que produisent de près ces sortes de révélations : il est possible qu'elles frappent moins des personnes qui vivent de longue main dans les coulisses. Mais pour nous du dehors, habitués à vivre en plein air et qui tenons encore à la beauté des perspectives, l'effet, il faut l'avouer, est déplorable !

Celte petite comédie pourrait s'intituler : le Génie el la

FiO'llr.

— Le Juif Errant de M. Eugène Sue ne se relève guère et le succès est très-compromis, ainsi que l'argent des libraires. — L'autre jour un barbier rasait un pair de France; on parlait du Juif Errant: le barbier, grand admirateur des Mystères de Paris, et qui l'est bien moins des derniers feuilletons, s'écria : « C'est bien mauvais, je ne reconnais pas mon Sue. »

Ce G seplenibrc 1811.

ÉLOGE DE VOLTAIRE. — F.\IBLESSE ET SOUPLESSE DE M. VILLEMAIN. — L'ACADÉMIE NOUS TROUVERAIT BIEN SUISSES. — UN CAS DE GUERRE AVEC l'ANGLETERRE.

J'oubliais ceci :

— La Suisse a été Ircs-largement partagée à la séance de l'Académie française :' on a remarqué que le Père Girard tenait, dans le discours de M. Yillemain, beaucoup plus de place (pu^ Voltaire. Ce n'est pas à nous de nous en plaindre. On nous assure pourtant que la disproportion scnihlail plus grande encore à l'audition qu'à la lecture. L'éloquent secrélaire perpétuel, au niomenl où il posait la couronne sur le front du lauréat, avait tout l'air de s'en laver les mains : <i Vous allez entendre, y) Messieurs, l'éloge de Voltaire, nous ne pouvons nous » empêcher de le couronnei', mais rendez-nous cette » justice, ce n'est pas certes nous (pii l'aurions fait. » Tel étoit le sens et des paroles et du gf^stc, nous assure-

t-on, de M. Villemain dans cette position délicate pour le chef de l'Université. Il s'en est tiré, comme toujours, avec esprit et souplesse; mais n'y aurail-il pas à la fin un moyen bien plus simple de se tirer de tous ces pas périlleux, c'est-à-dire avec fermeté, en homme sûr de soi qui fait la part et qui l'impose?

L'Académie nous trouverait sans doute bien Suisses de parler ainsi.

— On assure que nous venons d'échapper à un cas de guerre avec l'Angleterre, que la crise était des plus graves et que cela n'a tenu ([u'à l'épaisseur d'un cheveu. La situation était délicate sans doute, mais il y avait de fins joueurs qui, de part et d'autre, ne voulaient rien brouiller, et la crise n'était pas de cette violence aveugle" et populaire ({ui entraîne malgré eux les gens sages. Ainsi le danger d'une collision était moindre que les parties intéressées ne le faisaient.

(.le vois, dans les Dél/als de ce matin ('•, que ce n'est pas encore conclu, mais ce sera sans doute le 15, et à moins de soubresauts tout h fait hors de prévision, la note subsiste.)

— Tout ceci restant vrai, il faut reconnaître d'ailleurs que l'idée d'une rupture possible est entrée dans beaucoup d'esprils tles deux cotés de la Manche, qu'en France comme eu Angleterre on se familiarise insensiljlemenl avec cette possibilité, ce qui n'était pas il y a quelques années. L'avenir piMit donc être moins garanti que le présent.

Ce 6 oclobre 1841.

HISTOIRE DU COySULAT ET DE f E il P I II E , PAR M. TIIIERS. — LE LUTRIX DE BOILEAU CITÉ PAT. SCHLEGEL. — DÉCOUVERTE HISTORIQUE DE M. MON- MERQUÉ. — UNE LONGUE SUITE DE ROIS ILLÉGITIME? EN FRANCE. — LE PETIT RuI JEAN l". — SCEPTI- CISME HISTORIQUE. — BADAUDS COMME DES BYZAN- TINS. PROl'OS liE TAULE DE LUTHER. — rOET.E

MINORES. — ANDRÉ CHÉNIER. — LATOUCHE. — JULES LEFÈVRE. — UL.RIC GUTTINGUER. — MADEMOISELLE DELA SEIG LIÉRE. — l. E JUIF ERRAyT. — ALEXANDRE DUMAS.

11 n'y a rien, cl rien Je moins en moins en lilférature. On ne dira pas de celte saison qu'elle a porte une grande moisson de poètes [magtiHni piorenliiiii (ulil); évidemment il faut que les dernières générations qui ont donné aient été un grand elTort pour que la nature se repose ainsi; il faut que les années d'auparavant aient tout pris, et nous finirons par croire que 18:20 fait époque. Le seul

CHRONIQUES l'ARISI E.N NES. -257

point d'espérance, le seul grain orageux ou plutôt lumineux qui s'aper(.'oive à l'horizon et en rompe la monotonie est YHisloire du Consulat de M. Thiers, laquelle décidément s'imprime, et dont les trois premiers volumes (contenant cette Histoire du Consulat tout entière) paraîtront ou ta la fin de l'année ou tout au commencement de l'autre.

Que dire du menu, hutin littéraire qu'on pourrait glaner çà et là? De pures vétilles. A propos du cœur de saint Louis et de cette discussion entre M. Letronne et ses adversaires, un journal citait demPèrement le mot de Schlegel. Le grand critique de Bonn écrivait à M. Letronne, pour toute réponse au livre qu'il avait reçu de lui, quelques vers français dont on cite les deux premiers :

On a donc retrouvé dans la Saiiite-Cha|)elle Le magnanime cœur du perruquier V Amour...

Schlegel sait son Luirin. C'est une jolie plaisanterie et très-française. — Dans une des dernières séances publiques de l'Académie des Inscriptions, M. Monrnerqué a lu ou plutôt a dû lire (le temps l'en a empêché) une dissertation historique assez piquante .s(//' le sort du petit roi Jean I". Ce petit roi de France, fils posthume de Louis le llutin, ne vécut (pie peu de jours; lui mort, le trône appartenait naturellement à Philippe le Long, l'aîné de ses deux oncles. Il résulte des documents de M, Monrnerqué puisés surtout à des sources italiennes et dans une charte du tribun Ricnzi, il résulte aussi de ses

258 runONIQUES PARISIENNES.

inductions, d'ailleurs assez obscures et timidement déduites, que cet enfant pourrait bien n'être pas mort au moment où on l'a cru, qu'il y aurait eu substitution pour le soustraire aux intentions funestes des intéressés et de la comtesse d'Artois particulièrement : «.Qui ne recule- » rait (écrit M. Monmerqué, qui ne recule que par poli- » tesse) devant ce fait et ses conséquences? Pbilippe le » Long, Charles le Bel, Philippe de Valois et toute celte » branche des Valois... n'auraient régné que par le droit » d'une ancienne possession; et cette immense irrégnla- » rite se serait prolongée jusqu'en la personne de Henri III. » Ce ne serait que Henri IV qui, descendu de Robert de » France, sixième fils de Louis IX, aurait enfin fait rentrer » la couronne dans la lignée directe du saint roi. »

Le fait est qu'une quarantaine d'années après la mort ou la prétendue mort de ce petit roi Jean, parut en France un aventurier qui se donna pour lui, qui raconta toute une histoire romanesque à laijuelle plusieurs puissances et personnages politiques d'alors ajoutèrent foi, notamment Rienzi. Voilà un beau champ ouvert aux amateurs du scepticisme historique.

— A propos de M. Monmerqué, il vient de publier dans les Débais (du 4 octobre) un petit billot italien (inédit) de madame de Sévigné et un autre de madame de Grignan. Nous raffolons plus que jamais de cespetites trouvailles et nous appelons bijoux les moindres chiffons, comme des gens dont le grand siècle est déjà loin. Nous devenons, si nous n'y prenons garde, />(((/(//(^/6' comme des Bijzdiilins.

— On vient de publier dans le format Charpentier une traduction assez complète (bien plus complète que celle

déjà donnée par Michelet) des Propos de table de Luther. On ne saurait rendre l'effet que produisent en français ces plaisanteries parfois plus que rabelaisiennes et si chères aux premiers disciples du grand réformateur : • — Luther, 0' Connell, — propos de table, propos de meeting, bouffonnerie, grossièreté, nationalité, religion, éloquence!... tout cela correspond assez, chez tous deux, qu'en dites-vous? et l'un peut aider à expliquer l'autre.

— M. Audin, catholique zélé, qui a déjà donné une histoire (très-partiale) de Luther et de Calvin, vient de publier celle de Léon X : ici il est plus intéressant parce qu'il apporte, au milieu de son flot de louanges, quantité de renseignements puisés aux sources italiennes, bien que sans y joindre aucun contrôle de critique. Mais le livre se lit avec intérêt, et le côté littéraire de l'époque est assez vivement rendu.

— Les poètes émériles continuent de ramasser leurs vers, de faire leur gerbe, ou tout simplement leur botte. M. Paulin Limayrac vient de consacrer un article des Poeiœ- îyi/'/«or('i' (qualification qui les fait crever dans leur peau) à deux poètes déjà sur le retour, M. de Latouche et Jules Lefèvre.

Latouche est l'éditeur premier d'André Chénier; il aurait bien voulu passer tout bas pour n'y avoir pas nui et (lour en avoir fjiit plus d'un vers. Mais depuis qu'on connaît les siens propres, il n'y a plus moyen de se faire illusion. Les amis de Latouche ont, pondant des années, raconté à l'oreille des crédules toutes sortes de petites historiettes sur ce Chénicr-Latouche. Déranger qui aurait autant aimé qu'on n'admirât pas si fort André Ché-

nier (c'est une petite faiblesse chez un grand poëlc), se faisait volontiers sous cape l'écho de ces inventions trèsflatteuses pour l'éditeur. Par malheur Latouche a publié, pour son compte, des vers distingués sans doute, mais maniérés, obscurs, tortillés, qui le remettent à sa place d'homme il'esprit à qui l'instrument est décidément rebelle. C'est un homme qui aurait pu, avec plus de travail et un meilleur esprit, jouer un rùle remarquable dans la littérature. Il a ou il avait des éclairs de nouveauté, do passion, des étincelles d'originalité, surtout une foule de traits heureux, spirituels, malins, de mots qu'il arrange, qu'il aiguise, même lorsqu'il les emprunte, car Latouche manque d'invention et emprunte le plus souvent. Il a emprunté (pour ne pas dire plus) à Hotîmann, alors peu connu en France, un conte qu'il a intitulé Olivier Brousson, sans dire d'où il l'avait pris. Il a emprunté à la Correspondance de l'abbé Galiani avec madame d'Épinay le sujet et le cadre de sa Correspondance romanesque de Carlin et de Ganganelli. Il a même emprunté à MilliMoyc c«3 trail malicieux qui termine une Epitre à un poète amateur; ce dernier avait demandé bonnement à Latouche une préface en v^rs pour mettre en tète de son recueil de poésies, et le malin introducteur mystificateur lui disait :

IiiipiMincz-lcs vos vers cl qu'on u'i'ii parli' plus!

Latouche s'est rendu célèbre dans la littérature d'il y a quinze ou vingt ans par une foule de traits pareils, malicieux et même (quelques-uns disent) méchants : il a drapé les ridicules de la jeune Ecole d'alors dans un article crili(jue, intitulé la Camaraderie; mais il a oublié

CHRONIQUES l'AP. ISl ENNES. -261

de dire que ces ridicules de coquetterie et de cajolerie poétique, il les avait autaut que personne partagés, caressés, — sauf à les dénoncer ensuite avec esprit, avec tiel aussi et âcreté. Latouche a puLdié autrefois Fragoletia, roman brillante et lascif, et dans les derniers temps une foule de romans politico-républicains qui n'ont eu aucun succès. Il habite volontiers dans le petit hameau d'Aulnay où demeura autrefois Chateaubriand ; et il s'intitule le Paysan de la callée aux loiijis, jouant ainsi au Paul-Louis vigneron et se croyant un Paysa)i du Danube. Au plus fort de ses affectations rustiques, il rédigeait le Mercure de France ou le Figaro.

— Puisque nous en sommes à cette histoire ancienne, il faut achever. Nos documents sont bons, et nous-mème nous n'avons sur plus d'un point qu'à consulter nos anciens souveiu'rs. Ce sont d'humbles post-scriptum à ce qu'on imprime à Paris. — Jules Lefèvre est un poète qui mérite des égards, de la considération : il a quelque chose d'élevé, le culte de la muse et des nobles sentiments; mais on n'a jamais rien vu de plus fatigué ni de plus manqué en général que ses efforts poétiques. Comme il est très-érudit, il ramasse, traduit, combine des vers et des images de tous les cùlés de l'horizon; jamais rayons n'arrivèrent plus brisés que les siens à. l'œil du lecteur. Le vieux Du Bartas est un cristal limpide auprès de lui. — Jules Lefèvre date de 1820 ou 18"2i; il fut l'un des premier^ débutants de cette génération, et il en est toujours resté l'un des plus méconnus.

Un de ses poèmes avait pour titre : Le clocher de Sainl-

Marc : on a dit plaisamment que ce clocher lui était tombé sur la tète, et pour comble de malheur, ce fut sans bruit.

C'est de lui ce vers uaïf et douloureux :

Il est dur d'être seul à sentir son génie.

Il en a fait bon nombre de mémorables et qui le peindraient dans sa nature disting-uée, laborieuse et malheureuse :

La rose a des ])oisons qu'on luiit iiar trouver.

et encore :

On meurt en plein bonheur de son malheur passé.

Son recueil énorme et magnifiquement imprimé prépare, par ses obscurités, ses enchevêtrements et ses prétentions de style, bien des tortures aux Saumaise fiilurs, si tant est qu'ils veuillent s'y appliquer comme à l'un des classiques florissant en i84i.

— Un autre poëte, moins docte, plus facile et souvent aimable, Ulric Gutlinguer, connu de nous pour avoir chanté autrefois noire lac, et ipii vient aussi de rassembler ses vers en un seul volume sous ce titre : Les Deux Ages, cite, dans sa préface que nous avons sous les yeux, un passage de Jules Lefèvre, en raccompagnant d'éloges qui prouvent au moins que tout n'est pas épine dans le sentier : il accorde sans hésiter à son confrère non-seulement la conscience poétitiue noble et puissante (ce qui n'est que juste), mais encore le génie intime et pénétrant. — Nous ne nous chargeons que de noter en courant : les Aristarques de l'avenir décideront.

— Mademoiselle de la Seiglière, roman de Jules Saiideau, dans la Revue des Deux Mondes, plaît généralement et réussit. — Le Juif Errant achève de révolter.

— De tous les feuillelonnistes-romanciers, c'est encore Alexandre Dumas qui l'emporte pour le quarl d'heure, avec sa verve intarissable et son entrain, du moins amusant. Il emprunte, il copie ses histoires de partout, mais il les copie d'une encre coulante et d'une plume rapide. Voir ses feuilletons des Débats.

LXVIÏ

Ce 8 octobre 1844.

VOLNEY, PLAT COURTISAN DE. NAPOLEON. — LA TASSE DE CAFÉ. — ARTICLES DE MOLÈNES CONTRE MÉRIMÉE. — LA FEMME DE QUARAXTE .l.V.-', PAR M. D'ON (JU AIRE.

La Presse a publié dans les premiers jours d'oclobrc une lellre de Yolney ù Bonaparte, sur sa santé ; celte leltre doit être de peu postérieure au retour de l'expédition d'Egypte. Le général irrité, ambitieux, malingre, suivait un mauvais régime, et Yolney se lait son médecin conseiller. Yolney, esprit exact et ferme, était fort plat courtisan. Lemercier (Népomucène) racontait l'avoir vu, après un dîner chez Bonaparte, et tandis ijue celui-ci causait, l'arrêter par le bras au moment où il allait boire son café trop chaud, prendre la tasse, la poser sur un guéridon, et de temps en temps, ([uitter la conversation pour s'assurer du degré de chaleur de la tasse, puis la /apporter au général qui avait continué de causer avec

feu sans trop s'apercevoir de ce manège. — La lettre publiée rentre bien dans le sens de cette anecdote.

M. G. de Molèncs continue dans les Débals (8 octobre) ses feuilletons sur ou contre Mérimée, dont le Semeur, dans les derniers temps, a si judicieusement parlé, et que M. Yinet, dans son cours, a qualifié : cet esprit exquis et dur. C'était bien la peine à M. de Molènes de s'ériger en juge si sévère et si trancbont des liantes qualités de Mérimée pour venir donner soi-même dans des affectations d'immoralité, comparer tout d'abord les femmes à des chevaux du bois de Boulogne, et finir par citer des vers de la Pucelle.

Ces jeunes auteurs ont de l'esprit, mais absence complète de naturel. Ils se croient les fils de Voltaire, et ils ne sont que les imitateurs d'Alfred de Musset.

— On vient de recevoir, à la Comédie française, une comédie intitulée La femme de quarante ans, d'un M. d'Onquaire ; on en attend beaucoup, et on se demande si ce n'est pas un auteur comique qui nous vient : Di' omen... adcerlanl !

Ce 2 novembre 18ii.

HISTOIRE DU CONSULAT ET DE L'EMPIRE, PAR M. THIERS. — LAMARTINE. — VENTE DE SES ŒUVRES. — INFLUENCE DE LA FORTUNE SUR LES MUa'RS LIT- TÉRAIRES. — BALZAC, MESSER MILIONE. — JACQUE- LINE PASCAL ET M. COUSIN. — L'ÉCLECTISME. — PORT-ROYAL DE MODE A PARIS. — ŒUVRES DE NICOLE AVEC UNE INTRODUCTION DE M. JOURDAIN. — LES NUÉES D'ARISTOPHANE A l'ODÉON. — M. HIPPOLYTE LUCAS. — RÉSURRECTION DE LA NÉMÉSIS DE RAH- THÉLEMY.

VHistoire du Cousuhtf s'imprime toujours : M. Thiers corrige et recorrige, il y met tous ses soins; il vient de revenir à Paris pour suivre l'impression de plus près. Les prix qu'on lui paye pour cette Histoire semblent fabuleux. Il paraît bien que, sans exagéralion, on la lui paye ci)i(iccnl niillc francs : il en a d(''jà reçu, dit-ou, la moitié. On lui a de plus acliett'i, comme instruments de

travail, pour treize mille francs de cartes, collections,, livres, etc., en lonl cinq cent et treize mille francs. Les éditeurs ne font probablement pas un mauvais marchémalgré ces dépenses : il s'est vendu, de V Histoire de la Révolution française, 80 mille exemplaires en tout. Le succès de l'Histoire du Consulat et de l'Empire ne saurait être moindre : on peut même dire que ce succès est décidé et comme tout fait à l'avance, quel que soit le mérite de l'ouvrage : on ne jugera qu'après, on dévorera et on admirera d'abord. Le vent du siècle est à Napoléon, et la plume de Thiers, comme sa parole, est celle qui voltige le mieux au vent du siècle. — Le Voltaire de cetemps-ci, c'est un peu M, Thiers.

En fait de ventes à haut prix, on annonce aussi celle des Œuvres de M. de Lamartine. L'illustre poète, rival de M. Thiers, aurait conclu un marché non moins fabuleux, non moins excellent : il a vendu, assure-t-on, ses œuvres passées, présentes et futures : le libraire aurait acheté la source même avec tout ce qui en pourra jaillir. Moyennant cette somme considérable (on ne dit pas le chiffre précis), l'illustre poëte aurait pu rétablir, ajoutet-on, une fortune qu'on disait fort endommagée et retrouver cette noble aisance de grand propriétaire ([ui lui sied si bien :

Des bois dont le launiuire et roiiibrc sont ù moi.

Il vient de faire, pour sa santé, le voyage d'Ischia où il a pris les eaux, il est revenu par Florence, et rapporte, dit-on, des fruits nouveaux de son inspiration dans ces

contrées déjà chantées par lui et gardiennes de ses plus beaux souvenirs ' .

— Il est impossible pourtant de ne pas remarquer l'influence que doivent exercer de tels coups de fortune sur les œuvres littéraires qui en dépendent. Ceci bouleverse toute l'économie domestique et, pour ainsi dire, le régime de la littérature. L'écrivain heureux passe, bon gré, mal gré, à l'état de fermier-général, et trop souvent il acquiert les défauts en même temps que les bénéfices industriels. Je ne veux pas dire que l'écrivain goûté et dévoré du public doive renoncer à des profits légitimes pour laisser un libraire s'enrichir à ses dépens. Mais il n'en demeure pas moins fâcheux et tout à fait contraire à l'esprit même des lettres qu'on arrive à s'enrichir à ce point par elles. Cela crée une atmosphère malsaine pour le talent. Même lorsque l'écrivain reste poëte, c'est-à-dire insouciant," libéral et prodigue, même lorsqu'il dissipe, il est désastreux pour son talent qu'il ait tant à dissiper. Ce qui fait l'esprit et le fond de moralité des Lettres, ce n'est pas tout à fait, je le sais bien, la frugalité un peu rustique des Calun l'Ancien et des Fabricius; la Muse, sans se corrompre, peut se permettre certaines élégances et délicatesses ; on peut dire même

1. Nous voyons que M. de Lamartine se jiislifie lians les jonrnaux amis d'avoir écrit un seul vers durant ce dernier voyage, et même depuis longtemps : nous avoiis en conséquence à lui faire réparation de l'en avoir soupçonné. Ce sera donc quelque ouvrage politi(jue ou (qui sait?) pliilosopliiquc qui l'aura occupé, car nous tenons d'une personne (jui l'a rencontré dans ce voyag:e et qui passait au retour par nos contrées, que Tilluslre écrivain, cliaque malin, nti'dita'l quelque chose.

CHUOMQl'ES PARISIENNES. iC.)

qu'elle eu vit. Mais, sous peine de se pervertir, elle ne saurait passer au delà : Vaiirea mcdiocritas, entendue aussi largement qu'on le voudra, est son domaine naturel. Autrement comment pouvoir exprimer en toute sincérité certains sentiments, certaines vérités nobles, désintéressées, naturelles, qui sontràme même de toute généreuse poésie ? On est toujours plus ou moins comme Sénèque, prêchant la pauvreté sous des lambris dorés, ou comme Salluste, refaisant à plaisir de l'austérité anli(iue au sortir des orgies et des dilapidations. En un mot, on peut soutenir, sans crainte de calomnier son temps, qu'il y a un rapport assez exact entre l'état des mœurs littéraires et le taux des profits qu'on tire des lettres ; les plus grandes fortunes correspondent à des époques de décadence. Nous nous rappelons très-bien, en énonçant cette loi fâcheuse, que Byron, Walter Scott, Chateaubriand, sont ou étaient au nombre des enrichis ou de ceux qui auraient dû l'être ; des sommes immenses, produit de leurs œuvres, leur ont passé par les mains ; mais ces grands exemples même ne font que nous confirmer dans la triste conséquence que nous lirons. Soit qu'on dépense simplement, soit qu'on dissipe, le talent, au cœur même, s'en ressent. Voltaire, qui s'était enrichi par d'auti;es voies, savait très-bien l'influence de la richesse sur les Duviirs ilc la littérature (je prends mœurs dans le sens (jue lui donnent les rhéteurs), et quand on venait lui faire de grandes phrases à la Jean-Jacques, il vous répondait par le Mo)ulaùi.

Notez encore l'action séductrice que les trois ou quatre grandes fortunes littéraires d'un temps exercent sur la

foule des jeunes gens et sur les rangs secondaires de la littérature. Balzac a dit que les trente mille livres de rente de l'abbé de Tiron(au xvi" siècle) avaient fait faire bien des mauvais sonnets et envoyé bien des pauvres poètes à l'hôjMtal; on peut à plus forte raison appliquer la même parole aujourd'hui : des poussées de jeunes gens qui n'ont qu'une ambition ardente et nulle vocation spéciale se jettent dans les Lettres comme dans une carrière où l'or se ramasse pèle-mèle avec la gloire : ils confondent d'abord l'àpre soif du lucre et du plaisir avec l'étincelle sacrée et l'on sait ce que devient celle-ci. De là tant de scandales.

Ce qui est la passion plus ou moins cachée de beau- ' coup se trouve représenté assez au naïf et sous forme de manie dans les écrits d'un homme de Lettres célèbre de ce temps. Nous parlions toul-à-l'heure de l'ancien Balzac; mais qu'on lise le Balzac d'aujourd'hui, le fécond auteur de tant de romans bien commencés et mal finis. Ses personnages sont dotés presque invariablement de plusieurs millions : il ne compte que par sommes immenses, fabuleuses, on dirait qu'il a toute une akhiniie secrète à son service, qui ne cesse de fournir l'or et de battre monnaie pour ses héros et ses héroïnes. Eh bien, c'est le secret du cœur qui échappe en cela à la plume de l'écrivain; il ne fait (|ue traduire naïvement dans ses récits romanesques les vœux, les espérances, les illusions de plus d'un grand homme en herbe et de plus d'un millionnaire en fumée. On donna autrefois à Marc- Paul le sobriquet de Messer milio)te à cause des histoires merveilleuses et incroyables qu'il racontait de ses voya-

ges : on pourrait donner le même surnom au Balzac d'aujourd'hui, et il ne fait que représenter en cela le rêve et la chimère de maint confrère. Un grand amour de l'or et une excessive vanité littéraire, tel est le véritable alliage.

— M. Victor Cousin continue ses excursions actives et intéressantes à travers la famille Pascal. Sous le titre de Jacqueline Pascal, il vient de recueillir en un volume toutes les pièces, lettres, relations, concernant cette sœur de Pascal qui mourut religieuse à Port-Pioyal. Les pièces originales intégralement reproduites sont réunies ensemble par des pages de texte assez peu nombreuses, mais pourtant suffisantes pour supporter l'ensemble, pour le faire valoir, et offrir aussi le cachet brillant de l'écrivain. M. Cousin, en terminant, conclut : « Selon nous^ Pascal est l'exagération de Port-Royal comme Port-Pioyal est l'exagération de l'esprit religieux du xvii" siècle... ;> Puis il montre le xviii'' siècle réagissant en sens tout opposé : « Aujourd'hui, dit-il, le xix'' siècle a devant » lui la dévotion sublime mais outrée du xvii^ siècle, » et la philosophie libre mais impie du xviii"; et il )) cherche encore sa route entre ces deux siècles... Son » caractère distinctif qui déjà' commence à paraître, » consiste précisément à fuir toutes les extrémités qui » jusqu'ici ont séduit et entraîné l'esprit français... Est-it » donc impossible de s'arrêter sur la pente des systèmes )) et de concilier tout ce qui est vrai et tout ce qui est » bien? au fond, la vraie sagesse, c'est la modération en » toutes choses. »

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