I . Voir h> Siccli' d'iiicr, '.] novcnilir
"2. Ce poëinc (icsrriplif, otlVayant à lire, a été cnniniamii', nous assure-t-on, à Barllielcmy par un riclie nK'-dociii cni|iiriiiue, M. Oij'auiteau de SainL-Gervais, liomme d'osprit, qui a vu là nu lii\ui sujel <]'ensci:;ue.
Il faut au moins un semblant, un masque de front austère, quand on se mêle de satire; autrement c'est du cynique tout pur.
Barthélémy a débuté avec son compatriote Méry (de Marseille) par des pamphlets satiriques en vers, la Villé- Uade, la Peyronéide; le descriptif richement appliqué aux députés du centre et aux voltigeurs de la Restauration y était assez piquant : d'ailleurs nulle invention, rien du poi-lc ; il n'y avait que de l'esprit de détail, et le trait du pamphlet. On s'est souvent demandé comment ces jaincaur de Marseille (Barthélémy et Méry) pouvaient composer leurs vers à deux : rien n'est plus facile à concevoir quand on les lit. Leur vers est doublement bourré, chargé, et, pour ainsi dire, rimé à deux coups. Ils excellent à la manœuvre. On sent que c'est une gageure, une émulation entre deux ouvriers habiles, et que c'est à qui renchérira sur l'autre. Au reste, tout ce métal sonne creux, n'est pas de bonne trempe : je ne sais qui disait que cela lui faisait l'effet d'un beau fusil à deux coups, mais en fer blanc. Méry est un spirituel conteur et improvisateur : on lit de ses feuilletons agréables et tout émousliliés dans la Presse ; il a le genre d'esprit marseillais au plus haut degré. Plus avisé et plus fin que Barthélémy, on assure qu'il était à côté di' lui dans l'ancienne NéinAsiit sans paraître. Nous avons été fort étonné de lire dans un des derniers volumes de poésies de Victor lliii;o : J/»r//, fih de Virgile! Quoi! le chaste, le pieux, le sensible Virgile! Méry a de tout autres qualités; il pourrait tout au j)lus être dit fils de Slace à titre d'improvisateur.
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Eli résumé ce couple méridional, ce par iiobile fra- Irum, Barlhélemy et Méry, a du trait, de la main d'œuvro, de la facture; ce qui lui a toujours manqué, c'a été l'invention, rélévation et le sérieux.
Ce 5 novembre 1841.
ANIN. — LES NUÉES D ARISTOPHANE. —FELIX PVAT. LA POLITIQUE CHOME.
— La polili(jue,à tort ou à raison, est de plus en plus morte en ce moment en France. Les journaux ne savent plus trop à quoi se prendre pour faire de l'opposition : ils se chamaillent du mieux qu'ils peuvent. La Presse est en grande querelle avec la Rei ne de Paris sur l'Espagne et sur tout. On remarque depuis quelque temps le rôle politique singulier' que prend la Presse, journal jusquelà très-paciri([ue et conservateur. Ce rôle très-liostile à l'Aniilelerre est, on ne peut s'empêcher de le remar- (juer, (les plus favorables à l'intérrl russe. Tout ce qui peut remettre en question l'union de la France et de l'Angleterre et envenimer la ùxmcuse entente cordiale un moment si compromise, est directement selon le cœur et le jeu de la Russie.
— Jauin, dans son feuilleton (de lundi i) sur les Xiiées
d'Aristophane, trahit sa peur qu'il ne s'élève un tel auteur comique qui dise des personnalités : il a l'air de plaider pour lui et de se prendre pour Socrate; c'est comique. Mais il n'est pas besoin d'un Aristophane : Félix Pyat a suffi pour celte exécution.
Ce 5 novembre 1844.
INSUCCES DES MÈIiS. — UN ARTICLE DE M. DE RÉMUSAl DANS LE CONSTITUTIOXXEL. — CONSIDÉRATIONS SUR l'esprit du TEMPS. — MOLLESSE ET APOLOGIE. — OPTIMISME.
Aristophane, qui, tout massacré qu'il était, avait paru réussir à la première soirée et avait fait rire, n'a pas tenu aux représentations suivantes; et l'on peut dire que les Nuées ont crevé. Il est temps qu'on renonce à des tentatives qui, pour avoir tout leur prix, ont besoin de science, de talent et de religion liltéraire : ici ce n'était ([u'une grossière et informe spéculation.
— On lit dans k Constilitlioiuiel du 5 novembre un article de M. de Rémusat sur la littérature actuelle. Dans cet article le spirituel écrivain a l'air d'épuiser toutes les formes ingénieuses et subtiles de raisonnement pour faire l'apologie do ce qui se passe dans les journaux cl dans les feuilletons.
Hm CHRONIQUES PARISIENNES.
Il y a des considérations très-fines sans doute sur l'esprit du temps, mais on est surpris de cette excessive indulgence, et il semble que le moment est mal choisi pour venir absoudre ce qui se dispense très-bien d'autorisation. Le lieu n'est pas mieux choisi peut-(Mre, puisque c'est dans Je Couslilution)wl que paraît la lettre de M. de Rémusat, à côté du Juif Errant. Nous aimons de loin à croire qu'il y a quoique malentendu dans cette insertion, et que la lettre de M. de Piémusat, qui n'est donnée qu'on frngmcnt, ne contient pas toute la pensée de ce digne et sérieux écrivain. C'est déjà trop pourtant qu'on puisse lire ces pages, et douter si elles ne sont pas une pièce justificative, un plaidoyer pour le moins très-superflu. Pourquoi, se demande-t-on, ce faux air de mollesse et d'apologie de la part d'un philosophe qui soutient en toute occasion la cause de la conscience humaine, de la morale spiritualiste, et qui, hier encore, réfutait Cabanis dans la Renie des Deux Momies? Quel que soit l'optimisme dont se piquent quelques gens d'esprit, ce qui nous semble à nous une vraie calamité publique de ce temps-ci, c'est la facilité avec laiiuoUe les talents supérieurs eux-mêmes tournent au sophisme.
Ce -2 dôcembre 1814.
TRANSFORMATION DU JOURNAL /..l P R i; f^ S E ET DES MŒURS LITTÉRAIRES. — SON riiOSl'ECTUS. — CHA- TEAUBRIAND, ALEXANDRE DUMAS, NAPOLÉON, PRIN- CIPAUX COLLABORATEURS. — INFLUENCE SUR LES LETTRES.
Le réveil d'hiver a commencé. — La grande nouvelle qui domine toutes les autres est celle de la transformation du journal la Presse qui vient d'augmenter son format, d'abaisser son prix, et de prendre d'un grand coup de filet la masse et l'élite des écrivains. En etîet, selon que rannoiirait le journal /(■ (Hobr du 'li novembre, la Presse, par une s[)éculation audacieuse, vient d'acheter tout ce qu'il y avait d'écrivains .s;(/' le marehé; elle les a achetés à tout prix et comme à perpétuité ; elle a lait comme ces riches capitalistes qui, pour être maîtres de la situation, achètent tout ce ([u'il y a d'huiles ou do blés et accaparent, sauf à revendre ensuite en détail aux
petits marchands. Si vous voulez, par exemple, vous petit journal, journal moins riche que la Presse, donner à vos ahonnés de l'Alexandre Dumas, la Presse vous en recédera pour tant : car elle a acheté tout ce que peut faire et signer Alexandre Dumas pour douze ou quinze ans, elle en a plus qu'elle n'en peut consommer, mais c'est par elle et par ses conditions désormais que vous devez en passer. Au reste, toutes les explications industrielles que nous pourrions donner en diraient moins que le prospectus publié par la Presse elle-même dans son numéro du 1" décembre, et ses colossales annoncées ici même dans tous nos journaux. Elle a en tête de sa liste Chateaubriand et Lamartine. Lorsque nous exposions, dans notre dernier numéro, les inconvénients pour la littérature de ces achats à l'enchère, de ces taux prodigieux, disproportionnés, qu'on met aux œuvres, nous ne Taisions que pressentir ce qui éclate aujourd'hui. En elTet, comme les capitalistes qui ont acheté et payé des prix fous les œuvres de Chateaubriand et de Lamartine ne savent de quelle manière y trouver leur compte par les voies d'écoulement ordinaires, ils sont obligés de recourir à des moyens insolites, et le plus insolite de ces moyens est assurément de revendre en sous-main, de soas-louer, eu quelque sorte, ces œuvres pour qu'elles paraissent d'abord en feuilletons. On aperçoit aussitôt quels inconvénients en résultent pour des œuvres vraiment élevées ou chastes, et faites pour être lues avec sérieux et avec ensemble. Mais il y a pis; car, en paraissant dans un journal quotidien politiciuo, ces (ouvres des grands écrivains servent avant tout d'appât et d'amorce ù
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des doctrines et à des entreprises dont le but principal peut être funeste ou du moins directement opposé aux vues mêmes de ces écrivains. Nous disons ceci particulièrement en idée de M. de Chateaubriand ; car Lamartine, on le sait, abonde et verse sans aucune réserve dans le sens du journal la Presse. Mais Chateaubriand, le voilà devenu, presque sans le vouloir, le compère d'une entreprise politique qui lui est antipathique ; voilà que son livre mystérieux d'Outre-lombe va servir, en quelque sorte, de miroir à prendre les alouettes, c'està-dire à faire des chalands à M. Emile deGirardin. Tranchons le mot, tout cela est triste et honteux pour les Lettres», et nous avions grand'raison d'insister sur la nécessité pour le véritable homme littéraire et pour le poëte de modérer ses goûts, ses désirs de bien-être matériel, et de se tenir dans une certaine médiocrilé, nourrice des bonnes et saines pensées.
— Comme M. Thiers va publier YHistoire du Consulat dans quelque temps, on espère exciter par là Chateaubriand à détacher de ses Mémoires toute la partie relative aa duc d'Enghien et au Consulat; le désir de rétabliiles faits à son point de vue et la démangeaison de contredire Thiers feraient ainsi passer Tilluslre écrivain sur la détermination, qu'on disait invariable, de ne rieu laisser publier, avant sa mort, de son livre tant convoité.
— La Presse annonce aussi un Mémorial de Sainte- Hélène refait par le général Montholon : on ajoute (|ur c'est Alexandre Dumas qui prêtera sa plume, pour plii> d'aulhcnlicilé, aux souvenirs du digne général; et « la
28i CHRONIQUES PARISIENNES.
Presse, dit le Globe, s'exlasiail l'autre jour sur le style de ce dernier. Quelle comédie! et peut-on se moquer du public avec plus d'aplomb! » Malgré ces petits intermédiaires inévitables, on peut dire que Napoléon est désormais un des trois collaborateurs en chef de la Presse. — Les éloges qu'on se décerne à soi-même dans ce prospectus sont le suprême du genre : Alexandre Dumas y est à la fois comparé, égalé à W'alter Scott et à Raphaël ! Madame Emile de Girardin y devient tout simplement une madame de Sévigné : «... talent que nous dirions être la métempsycose de madame de Sévigné, si on pouvait croire à la transmigration des intelligences. » Les rédacteurs de la Presse se traitent déjà comme en famille. Madame Emile de Girardin, en particulier, la patronne du lieu, ressemble, nons le reconnaissons, à madame de Sévigné, à ce génie de femme si franc, si cordial et si sensé, h peu près aussi exactement qu'Alexandre Dumas ressemble à Raphaël.
— La prétention affichée et proclamée par la Presse de devenir le yy/r»<(>r journal politique etliltéraire est un coup direct porté aux Débats, et un coup dont ce dernier journal aura quelque peine à se relever, s'il ne change d'allure. 11 n'est que trop vrai, en effet, que le Journal des Débats, depuis des années, ne cesse de contrevenir et de faire défaut de plus en plus au rôle impoilant qu'il lui convenait détenir : la Presse tlit très-insolemment de lui : ft II a l'expérience de la'\'ieillesse,mais il en a aussi » la corruption, l'ironie et la stérilité. Chose remarquable, » sa rédaction se renouvelle souvent, elle ne se rajeunit » jamais. » Depuis que la rivalité de la Presse a com-
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mencé de poindre, le Journal des Débats n'a cessé, par son dédain, ses airs de grand seigneur, et soft peu de zèle à rallier les élémenls de résistance, de faire tout ce qu'il fallait pour favoriser les progrès de l'adversaire : ses inconséquences et ses déviations, dans la ligne des doctrines littéraires et philosophiques, sont perpétiK.'lles. C'est lui, d'ailleurs, qui, le premier, n'a pas craint d'inoculer à un puhlic jusqu'alors plus sohre les émotions dépravantes des Mystères de Prtr/s ;ilanourri imprudemment le monstre, et il en est menacé aujourd'hui.
— La Revue des Deux Mondes et celle de Paris ne sont pas moins atteintes et menacées par cette vaste coalition de littérature industrielle ; mais on peut dire du moins, à l'honneur de ces deux Recueils, qu'ils ont prévu dès longtemps le mal et n'en n'ont pas atleiulu l'assaut pour le dénoncer et lui l'aire bonne gueiTe. De loin, à nous humbles esprits, il nous semble que, malgré tout, la partie n'est point perdue pour la cause des Lettres honnêtes et sévères, et que ce drapeau si bruyamment déployé par des spéculateurs intrépides peut au contraire servir de signal à tous les esprits modérés et sains, à tous les talents restés sérieux et dignes, pour s'unir, se serrer en groupe, et pour résister à un coup de main ([ui tend à changer ainsi de fond en comble le rénimc et les conditions vraies de la littérature.
Ce 4 décembre 18 U.
M. AMEDEE POMMIER. — M. D. XISARD SUR DESCARTES. — M. GALOPPE d'ONQUAIRE. — LETTRE DE CHATEAU- BRIAND. LE JOURNAL DES DÉBATS. — ALEXANDRE