DUMAS. — M. BULOZ. — MOT DE CHATEAUBRIAND. — MOT DE M. THIERS
La Revue des Deux Mandes publie une satire de M. Amétlée Pommier sur les trafiquants littéraires; ces vers-là, pour n'en rien dire davantage, nous semblent bien crus et d'une verve terriblement latine. Il en est d'assez p'niuants :
Autretbis on faisait ses ouvrages soi-même, Ou portait sur ce point le scrupule à rextrènie; Mainteaaut ou s'y prend de tout autre façon...
Car les livres nouveaux que Paul met en luiuière Sont combinés par Jean et sont écrits |iar Pierre.
Un ouvrage, à présent, c'est l'enfant de Ninon. Equivoque jtroduit que ciiacun a pu faire, Dont, à la courte paille, il faut tirer le père.
CHRONIQUES PARISIENNES. i'87
M. Amédée Pommier, nous dit-on, a déjà publié beaucoup de recueils de vers et plusieurs ouvrages, le Lkre de mng, les Ochmides, etc., dans lesquels il y avait de grands excès du mot propre et des descriptions impitoyables de crudité : c'est un converti qui revient à mieux et qui s'amende, qui se fait satirique un peu dans le genre, mais dans un meilleur sens que Barthélémy. — Quoi qu'il en soit, c'est moins par des satires directes, ce nous semble, qu'il faut combattre l'ennemi, que par des exemples plus calmes et en continuant de mji.rcber de plus en plus, et chacun de son mieux, dans sa direction littéraire, sans s'en laisser détourner. Patience et courage. Le public finira par faire leur part aux talents sincères et modestes qui ne viseront qu'à se f)erfectionner.
— On lit dans celte même lîenii' un morceau important deM.Nisard sur rinlluence de Descaries dans la littérature française. C'est un chapitre de l'ouvrage qui paraît en même lcm\-ii^: Histoire di' la liltératdir française; les deux premiers volumes sont en vente. On peut déjà augurer les qualités et les mérites qui ne sauraient mantiuer à celte publication. M. Nisard est un écrivain (le talent, sérieux et peut-être un peu trop occupé de le paraître, qui s'attache à faire valoir les grandes figures, à défendre et à venger les réputations classiques, à démoulrer en toutes choses, à glorifier les propriétés et les avantages de ce qu'on appelle Vespiil fraiiniis, c'està-dire raison, clarté, etc. (le morceau même sur Descartes déclare assez l'esprit de l'ouvrage, et bien qu'on puisse craindre qu'il n'y ail dans cette façon de voir un
^HS, CHROMQUES PARISIENNES,
peu de conslruclion a posteriori et que ce soit se montrer, nous le croyons, par trop satisfait de soi-même et de sa propre littérature, on recherchera justement l'ouvrage de M. Nisard qui comhle une lacune dans l'enseignement; les cours de M. Villemain en effet ne forment pas une histoire littéraire complète, et M. Ampère néglige de continuer la sienne qu'il n'a pas poussée au-delà des origines.
— La comédie sur laquelle on comptait heaucoup au Théâtre Français, Une Femme de quarante ans, a réussi, et a paru agréable, mais non pas aussi neuve qu'on aurait pu le croire d'après les promesses. Ce n'est pas encore un Molière ou un Beaumarchais que nous devrons à M. Galoppe d'Onquaire, pas plus que l'on n'a encore un Corneille en M. Ponsard.
— Voir la lettre de Chateaubriand publiée dans FUnivers du 3 décembre. Je la lis dans les Débats de ce matin i ' , Cette lettre ne change rien à ce que nous avons dit, elle prouve seulement qu'on n'a pas consulté M. de Chateaubriand pour disposer cette publication par feuilletons. Tout ceci confirme la vérité de nos réflexions
1. Voici cette lettre : « Fatigué ilc Itriiits (jui ne nie peuvent attcinilre, mais qui m'importunent, il m'est utile de répéter que je suis resté tel que j'étais lors(iue, le -ô mars de l'aimée 1830, j'ai sigmle contrat pour la vente de mes ouvrages avec M. Delloye... Iliea depuis n'a été changé ni ne sera ciiangé, avec mon approbation. au\ clauses de ce contrat. Si, par hasard, d'autres arrangements avaient été faits, je l'ignore. Je n'ai jamais eu qu'une idée, c'est (pie tous mes ouvrages posthumes parussent en entier, et non par iivr;iisons détachées, soit dans un journal, soit ailleurs.
» Je tiens plus que jamais à cette idée.
)) ClI.VTE AtURIAND. i
de tout à l'heure '. L'auteur, en mettant ses œuvres à des prix si exagérés, se livre par là même aux bailleurs de fonds et se dessaisit, en quelque sorte, de ses droits paternels sur l'œuvre.
Tel qu'il est, et avec tous les défauts et les infractions qu'il se permet, le Journal des Débats reste le journal le plus décent, le seul même en France qui continue de respecter jusqu'au sein de la publicité certaines habitudes de bonne compagnie, et il est à souhaiter que, dans celle lutte contre la Presse, il réussisse à garder sa prééminence.
Ce 5.
La quinzaine promet d'être bruyante; mais vous avez les éléments.
Les Débats publient ce malin la réponse de M. Dujarrier, gérant de la Presse, à la lettre que les catholi([ues et les royalistes avaient arrachée à Chateaubriand. Que tout cela est triste! La Rerue de Paris de ce malin cuntient d'assez bounes réflexions.
La Démocratie pacifique (joiu-iia! l'oiiiiérislL'), d'hier 4, contenait contre Buloz un article d'Ak-xaiidre Dnmas qui est bien la plus i^rossiérc pliilippique qu'on puisse imaginer : tout cela grandit Ihiloz et le pose en bumme public.
Mais quelles mauis littéraires et (juand on sait les mobiles de ces attaques!