‹ Chroniques parisiennesChapitre 30 sur 45 · Voir la cliruniiiue proci-donlc (-1 ili-i-nni'nv ISHV · texte numérisé non relu

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Ce 8 décembre.

Un des écrivains nionarcliiques el religieux était allé chez Chateaubriand au sujet de ces tristes débats d'argent; et voyant le portrait de Fonlanes : « Où est la critique de M. de Fontanes, monsieur le vicomte?

)) — Fontanes ! s'écria Chateaubriand : les misérables î ils ne savent plus même son nom î »

Thiers, indigné de ce débordement, disait l'autre jouique s'il n'était pas lié par des traités pour cette histoire à écrire, il briserait sa plume de dégoût el de honte, de voir la lillérature descendue si bas.

— Ces mots-là des chefs indiquent l'efTet produit sur bien des esprits et sont d'un bon auLiurc i il y aura avant peu réaction vers le bien.

Co 5 janvier 18 Ij

^E joui; de l'an. — MM. DUFAURE, MOLE, GUIZOT, BILLAULT. — FOLIE DE M. VILLEMALN. — FÉLICIEN DAVID.

La chronique de celle quinzaine sera simple. Il n'y a rien eu de littéraire : le jour de l'an ajourne tont^ et on laisse passer ce flot avant de rien lancer. Le monde politique pourtant a eu ses commotions, et (juand, une fois, il se met en branle, il ne chôme jamais. L'ambition n'a pas de jour de l'an. Le ministère (luizot a étt' menacé tout d'abord, dès l'e premier jour de la session, par la nomination de M. Dufaure coimne viceprésident de la Chambre des députés, et par hxquasi-nomination de M. Uillault. Ces noms, de loin, disent peu de chose et sont assez ternes: de près, ils essayent de prendre de la couleur et de faire nuance en se rapprochant de celui tic M. Mole. Mais ces détails de loin n'ont aucun inlérél, à moins ([u'il ne sorte un résultat; et quoi-

que le ministère Giiizot soit menacé, il est probable qu'il s'en tirera encore pour cette fois. C'a été là, quoi qu'il en soit, la grande préoccupation politique qui a fait concurrence aux bonbons.

Mais l'autre nouvelle qui a préoccupé tous les esprits, depuis quelques jours, a été l'événement fatal arrivé à l'homme le plus littéraire de France, à M. Yillemain. Celte raison si nette, si rapide, si brillante, et qui avait longtemps gardé jusqu'au sein des affaires une sorte de fraîcheur inaccoutumée, s'est tout d'un coup Iroublée et couverte d'un voile sinistre. L'impression que celle nouvelle a causée a été véritablement de la consternation. Chacun se demandait ce que c'était que la raison humaine en la voyant chanceler ainsi comme la flamme sur le candélabre d'or. Dans un temps où l'on n'a plus d'oraisons funèbres de Bossuet, de tels événements en •tiennent lieu et disent assez lequel est le si'tiJ graiiil. 11 nous est arrivé quelquefois de nous exprimer avec liberté et franchise sur M. Yiiicmain, (jiii malhourousemcnl a'avait pas toujours une volonté égale à ses lumières; mais ce que nous n'avons jamais contesté ni méconnu, c'est qu'il est le plus grand lillèrateur proprement dit dû temps; c'est que s'il fallait chercher une définition précise de ce que c'est (pie (dJeit!, il ne faudrait pas le demander à un autre que lui; c'est que, enfin, comme professeur eu ces belles années 1826-1830, il a donné à la jeunesse et au public lettré les plus jiobles fêles de l'intelligence qui, dans ce genre de critique et d'histoire littéraire, aient jamais honoré une époque et un pays. On est tenté d'en vouloir à 'a politique d'avoir ainsi détourné

CllUO-MUL'iiii l'AUlSlENNtS. t'^i

de sa voie, abreuvé et noyé dans ses amertumes, une nature si fine, si délicate, si faite pour i^oùter elle-même les pures jouissances qu'elle prodiguait.

— On ne fait que parler aussi (car on trouve moyen à Paris de parler de bien des choses) d'une symphonie d'un jeune compositeur nouveau, M. Félicien David, ancien saint-simonien; on en dit des merveilles.

Ce -2 ftvrier 18i5.

IMPOPULARITE DU MINISTERE GUIZOT. — RETABLIS SE- MENT DE M. VILLEMAIN. — RÉCEPTION DE M. SAINT- MARC GIRARDIN A l'ACADÉMIE FRANÇAISE. — RÉ- PONSE DE M. VICTOR HUGO.

La politique a été très-vive ce mois-ci; le ministère Guizot s'est trouvé plus malade qu'il ne le croyait, et il a failli succomber sur l'alfaire de Taiti; il serait même tombé s'il avait interprété le sentiment public, mais ce sont des choses que les gouvernants n'entendent pas à demi-mot. Le ministère reste donc, mais atteint gravement, et, selon toutes les prévisions, mortellement blessé : hœrel lateri lethaUs aruihlo. L'endroit de la blessure est précisément un point d'honneur national.

— La grande et bonne nouvelle littéraire est le rétablissement de M. Villemain; la médecine, cette fois comme tant d'autres, a été mise en défaut, mais dans un sens plus favorable que d'ordinaire : elle pronostiquait

CHRONIQUES PARISIENNES. ±ô

au plus grave, et la nature l'a déjouée. Celte raison lumineuse et rapide a repris tout son jeu et sa vivacité ; dès que l'attention et le travail suivi seront possibles, la littérature et ses douceurs achèveront vite et confirmel'ont, tout le fait espérer, une guérison qui a été accueillie avec un sentiment de joie universel. M. Villemain a quitté riiùtei du ministère de l'instruction publique, et il s'est logé dans une petite maison à Chaillot, espèce de village à l'intérieur de Paris; il se promène (ous les jours en voiture et reçoit avec plaisir les nombreuses visites qui ne cessent pas et auxquelles il suffit avec sa grâce accoutumée.

— Le 10 janvier a eu lieu la réception tant attendue de M. Saint-Marc Girardin à l'Académie française; les discours du récipiendaire et de M. Victor Hugo ne donnent pas tout à fait, à la lecture, l'impression de la séance. Les personnes qui y ont assisté assurent que M. Victor Hugo n^a pas eu sur M. Saint-Marc Girardin tout l'avantage et toute la prépondérante à laquelle il visait. Le sujet était l'éloge de M. Campenon, sujet fort mince et fort maigre en vérité ; il a fallu, de part et d'autre, se jeter sur les lieux communs, et les prétextes mêmes n'abondaient pas, tant M. Campenon avait été sobre et avait gardé toute sa vie un silence pnidenl. L'intérêt piquant et dramatique de la séance était que M. Saiut-Marc Girardiu avait pour titre principal de son admission à l'Académie un ouvrage sur V usage des passions dans le drame, où M. Hugo avait reçu du critique plus d'une épigrammc : on voulait voir comment le poëte, directeur de l'Académie, répondrait dan>: uu sujet si dé-

licat OÙ il se trouvait juge et partie. Les négociations et les tentatives de conciliation avaient été longues ef avaient duré, dit-on, près d'un an. M. Saint-Marc Girardin, vers la fin de son discours, avait assez délicatement touché cette situation en disant :

ï Et pardonnez-moi, messieurs, si le souvenir de nos jeunes princes ' me ramène naturellement vers ces écoles d'où ils sont sortis, vers ces lieux oïli j'ai mes plus doux devoirs, où il m'est donné de vivre avec les jeunes gens, et d'observer l'avenir de la patrie à travers le leur; là aussi je vois la jeunesse toujours favorable aux bons sentiments et aux nobles pensées, toujours aisément émue quand on lui parle des saintes obligations de la famille ou de la gloire de la France ; bienveillante, j'ai droit do le croire, pour ceux qui l'instruisent, pour ceux même qui l'avertissent. Oui, j'aime dire .hautement devant vous, messieurs, combien, depuis quinze ans que je m'entretiens avec eux, nos jeunes étudiants m'ont rendu facile et doux l'accomplissement des devoirs du professorat, combien ils . m'ont fait chérir ces causeries familières qui parfois aussi pourtant ont leurs diflicultés; car y y ihilscriU(juer quelquefois ceux que je voudrais toujours admirer ~. Chargé de diriger la marche encore incertaine de tant de jeunes esprits, c'est vers l'Antiquité ou vers le xvn" siècle que j'aime à les conduire, connue vers le modèle qui trompe le moins. Mais nous saluons les modernes tMi passant, et nous y revenons avec empressement, ipiaud nous avons touché le but et affermi notre jugement. Dans nos écoles, messieurs, ninis croyons à

I. On loue toujours les rois et les princes à l'Acailémie française : c'est (le rigueur. S.-R.

"2. Ici, (lit-on, un geste de l'orateur avait iikliqué celui qu'il ((»/•((/< foiilii luiijoiirs aihnirer. S.-R.

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la gloire lillrraire du xi.V siècle, et nous en sonnmes fiers, nous admirons beaucoup et nous espérons jjeaucoup, mais nous faisons en sorte d'élever l'admiration par la critiijue el de féconder l'espérance par l'étude. »

M. Victor Hugo, en répondant, a eu un vrai succès dans la première partie de son discours; mais bientôt un grand lieu commun sur les femmes a un peu dérouté les auditeurs; puis est venu l'éloge des lettrés, et une espèce de tableau idéalisé de ce que c'est que l'Académie; c'était tout à fait une transfiguration. La voix grave de l'orateur .ajoutait, nous écrit-on, à la solennité du langage, et on pouvait croire par moments qu'on entendait moins le directeur de l'Académie française s'adressant à un spirituel confrère, que le président d'une loge de francs-maçons recevant un nouvel initié. Ainsi .M. Hugo disait sans sourire :

« Dans cette position nouvelle, votre horizon, monsieur, s'agrandira. Vous endjrasserez d'un coup d'œil à la fois plus ferme et plus étendu de plus vastes espaces. Les esprits comme le vôtre se forlilient en s'élevanl. A mesure que leur point de vue se hausse, leur pensée monte. De nouvelles perspectives, dont iteut-èlre vous serez surpris vous-mi'me, s'ouvriront à votre regard. C'est ici, monsieur, une légion sereine. En entrant dans cette compagnie séculaire que tant de grands noms ont honorée, où il y a taiil de gloire et par conséquent tant de calme, chacun dépose sa passion personnelle, et prend la passion de tous, la vérité. Soyez le bienvenu, mousieur. Vous ne trouverez pas ici l'écho des controverses qui émeuvent les esprits au dehors, et dont le bruit n'arrive pas jusqu'à nous. Les membres de cette .Vcadémie habitent la

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