‹ Chroniques parisiennesChapitre 4 sur 45 · C II ROM U U E S !• A U I S 1 EN NES · texte numérisé non relu

C II ROM U U E S !• A U I S 1 EN NES

fous ceux de valeur qui l'auraient précédé. Qu'il vienne donc, qu'il soit né déjà, celui de qui dépendent nos prochaines deslinées! L'originalité, à mon sens, serait qu'il fût éi)ique ou dramatique, c'est-à-dire qu'il portât la main là où on a manqué !... »

Ce 3 mai 1843.

AUTICLES SUR n:riii:i i:. — I.llMll ET LES J 0 U H.N A U K DE sACr. USTIE,

Vuiis Miirez lu les articles sur Lucrèce. Jaiiiii n'a pas été mal. Gautier écrivait dans le journal de Tauleur de Jiidilk et sous le canon de Hugo.Molènes a écrit sa note |i.récauti()niiée et anipliii,M»uri(jnc sous le sourcil jaloux de liidoz, le commissaire royal des Fi'unrdis, le directi'ur rival op|)Osé aux succès de FOdéon. Voilà Thistoire de ces articles. L'anecdole de M. Portelancc, citée pur Molèncs, n'a aucun rapport ici, puisque Lucrèce a un succès prodigieux à la représentation, et que ÏAntipalcr n'a jamais réussi. Tout cela est sournois et peu généreux, llien de plus rare (|ue la criti(iuc désintéressée et généreuse. Sandeau, dans la Reçue de Paris, a été mieux et il a dit avec bonne grâce et sagesse ce qu'il pensait : Honnaire s'était cette fois prescjue insurgé contre Buloz et a voulu être juste!! Magnin n'en fera pas inoins son article, je pense, mais à loisir.

Ce ([iril l'aul dire, c'csl que Lucrèce esl un noble retour aux Muses sévères. La foule y court, et aussi le beau inonde, moins bon juge sans doute que ce priniilil parterre d'étudiants.

L'article de Libri ' plait peu ici, même aux non-ca~ llioliques : c'est trop vollairien et xviii^ siècle. Et puis on aime autant ne pas être défendu et ignorer (pi'on est attaqué. Ces journaux religieux n'ont d'écho que dans les sacristies et qu'entre eux. On peut ignorer à jamais ce (ju'ils disent, à n\oins d'un ami oflicicux qui vous en informe. Libri est cet ami; il se doniu' le plaisir de citer une jolie phrase sur Cousin.

I. Lettres sur le denjé franrais : — De la liherté de conscience. (Hevuedes Deux Moiden, 1'='' mai 18i3.)

Cu 18 iiiiii 18'io.

ENGOUEMENT. — ADOLPHE DUMAS ET ALEXANDUE DUMAS. — ENCORE LUCHECE. — MICHELET. — QUINET. — LES JÉSUITES. — VILLEMAIX. — DU GALLICANISME.

L'un (les trails les plus singuliers et les plus réguliers de la société de Paris, c'est que tous les quinze jours environ ou a un sujet, un lieu commun de conversation nouveau, grand ou iielit, comète ou révolution, tremblement d(! terre ou vente de charité, on question d'Orient, ou Colomba, ou Lucrccv : on cause partout de la ménie chose, l'invention est rare, même pour les sujets de conversation; chaque personne qui entre remet sur le lapis l'éternel dada. On l'épuisé, on l'extermine. IJrel' on Unit par en être excédé et par crier grâce, surtout (piaiid il n'arrive pas do nouveau suji't, d(; nouveau tremblement de terre, de nouveau chef-d'ceuvre. Quand le même sujet dure un mois ou trois semaines, oh ! c'est trop. Les nerfs n'y tiennent plus. C'est un peu ce qui a lieu aujourd'hui pour Litciccc el p(Hir M. Ponsaril (pii

il) CIIUONIOUES PAIIISIE.N.NES.

est devenu le lion soudain et ardent de ce mois (W mai. On se l'arrache, il dinc on ville, n'y arrive qu'à huit heures du soir, et il s'en lire... M. Ponsard est devenu le mot d'ordre, le mot de passe, la ressource des tèle-à- Icle et des cercles. Ainsi on est dans ce malheureux pays. La mode se fourre partout et gâte tout.

La pièce lue soutient son mérite; c'a été une preuve de goût de n'y pas mettre une seule ligne de Préface. Assez de Préfaces comme cela.

Au reste, il va, dit-on, retourner dans son paysde Vienne travailler. Sa deuxième pièce doit être Alexis Comnène, je crois, Les CroiH's à Conslanlinople. Knfin ces deux civilisations, le rude moyeu âge et le raffiné Bas-Empire.

Depuis que la Lucrèce a gagné le gros lot, les tragédies sortent de terre. Chacun a sa tragédie romaine;, grecque, ainsi vont les Ilots.

La pièce d'Adolphe Dumas {Mademoiselle de La Vallière), jouée à la Porte Saint-Martin, rentre dans le genre échevelé et dans le drame à orgie. C'est un pèle-méle, un carnaval de Venise de tout le siècle de Louis XIV. Molière touche à Bossuet dans la main en lui disant :

Ail ! inoiisiour Bossuet, vous ètoî un liravc liomiuc !

Cet Adolphe Dumas n'est pas sans feu ni sans talent; mais pas un grain de goût. Tout fumée. Il a débuté par une espèce de poëme dantesque : la Cité des hommes. Une forêt vierge inextricable où l'on aurait mis le feu et d'où sortiraient toutes sortes de Ix'los et de tourbillons donne assez l'idée de cette lecture à cauchemar. A h) première représentation du Camp des Croisés, il y a

CIIRONigUI'S l'ARISlENNKS. ^1

quelques aiiuôes, voyant outrer dans la loge (où il é(ail) Alexandre Dumas, il lui dit brusquement et familièrement : « Il y aura les deux Dumas, comme il y a eu les deux Corneille. » Le vrai Dumas trouva cela un peu leste pour commencer; il sourit pourtant et causa comme si de rien n'était. Puis un moment après il sortit en disant adieu, et aussitôt se ravisant il remit la tête dans la loge, et frappant sur l'épaule de son homonyme: Adieu, Thomas! dit-il avec gaieté, et il s'enfuit Là-dessus.

— Voici encore quelques vétilles sur Lucrèce. Emile Deschamps dit : « Qu'est-ce que Lucrèce'l C'est la poésie des recueils sur le théâtre; » voulant faire entendre que le succès de Lucrèce est d'avoir fait connaître à tous sur la scène, en fait de beautés de style, ce qui auparavant s'imprimait un peu à la sourdine et n'était lu que des gens du métier. Il y a du vrai, et les gens du monde qui admirent la poésie à tort et à travers, avertis cette fois, proclament beau ce qu'ils n'auraient jamais aperçu dans d'humbles volumes silencieux. Mais pourtant, il y a bien autre chose que la poésie des recueils dans Lucrèce, il y a de l'intérêt dramatique, de la suite, de l'unité, et, comme dit Dallanclie, la sainte religion de la matrone romaine et rinriohibiiitê du foijer domeslique : n'est-ce donc là rien, n'est-ce pas nouveau?

— - Madame Dorval disait l'autre jour à l'auteur assez tranquille et (pii a la voix plus douce que son succès : « llenuiez-vous donc, vous avez l'air d'une poule qui aurait couvé un o'uf d'ai"le. »

\-l CHUO.NlgUES PARISIENNES.

— Mais assoz de ces bribes, je passe à l'aulre inlérêl réel de la quinzaine, car cbaque quinzaine ici a son cliaui^ement de direction et son Kuilé. Cette fois c'est rintérêt religieux, les luttes tliéologiques des cours du Collège de France et de la Sorbonne. Attaques dans le livre du chanoine de Lyon, le Monopole universitaire, Michelet et Quinet se sont empressés de relever le gant : au fait, ils ne haïssent pas la popularité, et cela ravitaille les cours que le bruit. Et puis, chez d'honnêtes gens, le sentiment de leur dignité blessée et de leurs intentions calomniées les a mis en avant. Il y a eu quelque essai de tapage delà part des néo-catholiques, mais en petit nombre et vile comprimés par l'immense majorité. (Voir le Siècle, les Débats qui font selon moi trop de polémique là-dessus, mais c'est là le cas ou jamais.) Quinet a trouvé moyen de passer brusquement des Lilléralures du midi, qu'il professe, à Ignace de Loyola. Michelet a amené les jésuites un peu plus naturellement peut-être. L'abbé Ca^ur doit, dit-on, ré- |)oii(lre dans sa chaire de Sorbonne et louer Loyola.

L'Université laisse faire, arme au bras : M. Yillemain, si éclairé, manque de tout courage et tremble" devant le moindre journal. La reine en cour, qui est une sainte, appuie 1e clergé cl déplore ces discussions.

Au fait, et à [)reu(lre les choses par l'ensemble, rien de plus inévitable. Ce (pie je vais dire est une vue, je crois, qui mériterait il'èlre déveloiq)ée : je l'ébauche.

Le fait essentiel de la religion en France depuis une douzaine d'années, c'est Tabolition évidente et complète du riaUir(i)iisn}C : celte grande religion vraiment fran-

^:Hr,ONign:s i'AP.isiknnks. rj

raisfi n'esl plus. Qirrlnil-cllo? Auloiir des trois ou quairo points de droil qui consliluai(Mil la jurisprudence gallicane, il s'était formé, à l'abri des parlements et de rancienno Université, une sorte d'esprit religieux modéi'é, assez libre, tout à fait tempéré, dans lequel de b(;aux génies avaient pu vivre et qui convenait aux: raisons droites et modestes. On était soumis, on était croyant, et l'on discutait pourtant, on critiquait et ou rejetait dans une certaine mesure. On n'était ni fanatique, ni superstitieux, tout en restant bon catbolique. Vous voyez bien que je retrace un peu un idéal dont on s'apjtrocliait pourtant à ces époques de Bossufl, de Buiiril(iIoue,-ÔQ Nicole, de l'abbé F/^»î7/, de MassiUon. Les jésuites sages, comme Bourdaloue, étaient eux-mêmes gagnés |)ar cet esprit, par cet air général qu'on respirait. La Iiévolution a brisé ces conditions. L'abbé Frayssinous vient de mourir le dernier des gallicans et le plus alïaihli; mais il en était encore. A-ujourd'bui, sans parlements, sans Université comme corps distinct et iiulépendaut, n'ayant ([ue le seul Conseil d'Etat pour les points d'administration gallicane, il n'y a plus rien de tel (|ue le gallicanisme et il ne se reformera jamais. La raison ou la foi vont au delà, l'une à !a pliilosophie du siècle, l'autre à l'ullramonlanismc. Les doctrines de Bonald, de Lamennais, surtout de .losepb de Maistre, ont prévalu cliez les croyants (•allHdi(iues, chez les jeunes. Le jésuitisme (H le catholicisme en l'rance ne sont plus guère distincts et le seront île moins en moins.

Le gallicanisme, le plus noble (ils du catholicisme, est mort avant sou père, ln[uel dans sa caducité est resté

Page 1