‹ Chroniques parisiennesChapitre 6 sur 45 · NÉO-CATIIÛEIOUES ET LES ANCIENS, ETC · texte numérisé non relu

NÉO-CATIIÛEIOUES ET LES ANCIENS, ETC

Lft Journal des Débats d'aujourd'liiii 21 cunlinuera de vous édifier sur les attaques et les ripostes : toute cette polémique iK)urtanl m'est bien déplaisaute, et je ne saurais ra|)pr()uver : (JwreUc (h'caifihcs cl de bedeaux, iW^ail un j^raïul personnage.

Celte polémique en général est faite, dans les Tiéhals, par M. de Sacy, fils de l'illustre orientaliste, et l'un des plus honnêtes, des plus consciencieux écrivains de la j)rcsse périodi(iue, comme aussi l'une des |ilumes les plus saines et les plus fran(;aises au vieux sens de Nicole et de P>ourdaloue. Le premier article d'escai'mouche |iourlant d'il y a cinij semaines environ élait liien de Saiut- .Marc (lirardin.

— Il vieul (le paraître im livre hés-savani et capital de liMspail, iiililulé : llisloiif iiahirelh <le la saule cl de

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la maladie chez les végétaux et chez les aniniaiix en général et e)ipa)iiculierchez l'homme, avec l'indicalion de nouveaux moyens de traitement (^ iiros volumes jiraiid in-S"). Je le lis, c'est du plus haut intérêt, pliilosopluque, systéntiatique et à la fuis nourri d'observations physiques et microscopiques. C'est une de ces théories fondamentales comme depuis longtemps l'Ecole n'en fait plus, une tentative hardie de réforme de toute la science de la vie el par suite de l'art de guérir, une façon tle Contrat social de la physiologie et de la thérapeutique : c'est encore quelque chose à l'allemande plutôt qu'à la française. Il attribue un grand, un extrêmement grand rùle dans la formation des maladies aux petits animaux parasites. Quoi qu'il en soit, aucun membre de nos Facultés ne serait capable d'une telle œuvre; ce ne sont que d'habiles empiriques ou des éclectiques instruits. L'onivre de Raspail comptera dans la science et portera coup à l'étranger. Conseillez-en la lecture et la vérilicalion à vos savarits et à vos naturalistes '.

i. DansiiupiiV(iipr(''('r'iloiil et éli'aiigor à la C.lironiiiiKM 18 mai ISi.T), Saiiilc-Rouvc doiiiiail à M. .Tiislf Olixicr la l'crrUo de la cii^arctle il<" ('ain|)liri' :

« Lr;s cifî'ai'ollps (le rain|)lii'i' ponvont ùti'i^ frt's-lionno> dans li> cas d'asiliiiip, si col asLIiin',; lient anx poumons el mm an eienr Dans tous les cas, je camphre n'a ancun inconvénient. On Ir met par innrccaii.r. (et non en poudre) dans un tuyau do plume, entre deux petites honrres d:- papier, et on tient ce tuyau à la IioucIk; par le )i('til l);uil. I.i's hiiurres do papier ne doivent p.is èti'e trop s(>ri'i'es. — assez |MiMr eniprrliei- le camphre d:' sortir, ]ias assez poui' empèrlier l'air de cireulci'. Il l'aiil i;ai ilerccla li-ès-long-temps à la liouclii', tout en causant, tout en taisant antre ehos;', .sans trop aspii-er ni sans l'aire connue ^i l'on l'nniail. mais respirer insensildement et ne

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— Los quolihols dn la haute littérature sur Lucrèce courent le inonde et ne larissent pas : «C'est du style vieilli, dit de Viiçny, il mérite un accesaH. » — « Il paraît décidément, dit Hugo, que c'est du mauvais Saint- Félix. » M. de Saint-Félix est un poëte peu connu qui a essayé de l'André Cliénier romain. « C'est étonnaiit, dit Théophile Gautier, je ne me suis pas trop ennuyé à Lucrèce, et j'avais dormi ta la Bérénice de la HACiiELet à la Juflilh de ma bourgeoise. » Alexandre Dumas dit : (( Je connais un notaire enthousiaste de Lucrèce qui s'écriait en sorlant : « Quelle pièce! pas un des clercs de » mon étude n'en ferait autant. »

On prèle h Ilngo d'avoir dit : « Mais Lucrèce, c'est une version de Ïile-Live! » — Au moins, c'esl une version en excellent français et sans contre-sens.

Hugo dit encore en parlant de Lucrèce sans la nommer : (.( La chose s\\xc l'on joue à l'Odéon. »

— Thiers, qui est classique et ullra-classique en poésie comme presque tous les historiens de rKcole moderne, lesquels ne veulent pas deux choses nouvelles à la fois, a dit à M. Ponsard en le félicitant de Lucrèce : « Vous avez hf-aucoup lu Corneille : eh hien, croye/-moi, fermez Corneille maintenant et ouvrez Racine. »

Madame Sand admire un peu malgré Leroux, qui no Irouve pas sans doute Lucrèce assez arnncée .- mais elle adnn're.

Elle (lu moins est franche du collier et sans les politesses des lellrés, — Lamarline aussi est très-hien

]ias sfi lasser : le liicn-clro ne revient ([iielquernis qu'après plusieurs jours treiiiploi. (User une cigarette presiiue par jour). »

pour M. Ponsartl, cl celui-ci doit aller passer qucltiuo

temps à Saint-Point,

Madame de Girardin, ayant rencontré l'autre soir M. Ponsard chez la duchesse de Grammont, n'a pas su contenir son impression d'humeur, et, comme on lui offrait de le lui présenter, elle a refusé.

Il me semble que l'on pourrait, sous le titre de On dit sur Lucrèce, mettre à la file une assez jolie série de petits mots de nos illustres, une hrochelle de JudUia rennlionim.

On pourrait dire aussi que Soumet récite à l'un de ses amis quelques vers de sa Clylemneslre, de sa voix la plus ilùléc, et ajoute : « En voilà, mon cher, et du meilleur, on vous en fera ainsi tant que vous en voudrez. »

Le succès de Lucrèce, si légitime qu'il soit, me suggère ces deux pensées, ces deux petits axiomes critiques :*

1" En France, pour réussir en matière littéraire, il ne faut rien de trop, mais toujours et avant fout uno certaine mesure. Du moment que vous louchez la veine, n'enfoncez pas trop, vous arriverez luieux. Les rivaux et les envieux diront ensuite : Quoi, ce )i\'sl fjHe cela !

2" Le gros du monde, même des gens d'esprit, est (lupo des genres : il admire à outrance, dans un geiu'e nohle et iravancc ;uilorisé, des qualités d'ai't cl de talent souvent moindres que celles qu'il laissera passer inaperçues dans des gem"es moyens non titrés.

Une remar(|U(> Irès-juste (pic j'fulendais faire, c'est

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que, au (oinps (VITcrnani, Hugo avait contre lui presque tous les journaux, mais pour lui le mouvement du public; aujourd'hui, le lendemain des Burgrnies, il a pour lui... tous les journaux et contre lui tout le public '.

— Le livre de M. de Cusline intitulé La Russie en 1839 (i vol. in-8") est intéressant malgré des longueurs et des prétentions. Mais il y a de l'esprit, de l'observation, des indiscrétions, de l'agrément enfin et du profit. L'auteur caractérise d'un mot la différence entre Pétersbourg et Paris : « A Paris on s'amuse de tout en blâmant tout; à Pétersbourg on s'ennuie de tout en louant

tout. ))

— M. de La Gourncrie, ancien rédacteur de l'ancien Correspondant et probablement aussi du nouveau; ami de Cazalès, de l'abbé Gerbet, de ce groupe, — je ne le connais pas, mais ce doit être un brave homme ; — une différence capitale entre les néo-catholiques de 184;î et les calholiciues de 18^8 (dont est La Gournerie), c'est que ceux-ci n'ont jamais dit d'injures aux gens, aux voisins plus ou moins religieux, mais non catholiques, .l'ai entendu dire que son livre de Rome était intél'essant, mais je ne l'ai pas eu sous les yeux.

— 11 a paru un livre de Mélanges posthumes d'histoire

1. Voir dans le dcrnior iiuiiuvo tlu Nuiiirau Coiresjwnlanl un arlicie de M. Binault bur la iJikadeiice du drame romatilique à propos dos BiitCKAVES, et sur le nouveau classicisme de la Lucrèce. Sun idi'-e est juste. Le drame moderne, ce s^vnnt superlie et insn- Icnl, (■(! r.oliiilh, l'-t tunilii'- m-t à plat sous le rouji de frniiile d'un enfant.

r.-2 C H n 0 N [ Q U ES l' A r. I s I E N N E s.

(>t de philosophie orienUiles, par Abel Rémusat, impriiiK'' à l'imprimerie royale, aux frais de TKtat, et qui ne se vend pas. Ce sont de curieuses dissertations sur le bouddhisme, les sectes des Hindous, la philosophie de la Chine et le régime des lettrés en ce pays. C'est intéressant et spirituel comme tout ce qui vient de ce savant, lequel a étr remplacé par M. Stanislas Julien en érudition philoloi;ique, mais pas du tout en esprit.

Ce 2i nui I8W.

I, rMVKP.SITK ET I.EJî .II'.SUITES. — LES A X T I - l. ir n Ê r E.

Eu France on a toujours été un peu singe; chaque succès fait naître en foule les poëtes du lendemain, comme des essaims de mouches autour des fins morceaux. La quaulilé de tragédies grecques, romaines et hiiiliques, qui sortent en ce moment des portefeuilles ou qui sont sur le chantier, est iuuomhrahle.

Qui mr délirrera drs Grcra el f/c.s Rnmcu)is? Nous y sommes plus que jamais après quarante ans d'iusurrectious, — et dans les Iléhreux aussi. La réaction semhle complète sur toute la ligne.

— Voir dans les Débals d'aujourd'hui (mercredi 24) l'alloculiou de Cousin à l'Académie des sciences morales, à propos du Spinazd de Saisset (ami de. Iules Simon' el la jdirase sur la (liriiii' Proviiloirc (avec force iucliuaisous de lélc). (l'est CfUlc relinitm ofticielle de rérledisjne

T)! CIlUONloriiS PAl! ISIKNNES.

cl (lu oliarlalanismo qui est \\n j)ou iin|(alioiilanlo. Là où iraiilros (lisent les saintes Ecritures, Cuusin dit les Irhsaintes Kcriinres.

— On m'assnre que dans la polémique engagée dans les Débals au nom de l'Université contre les jésuites, Saint- Marc Girardin est pour le moins autant que Sacy. Saint- Marc est plus leste de ton, plus hadin, persilleur, bel esprit et belle plnnie; pour prendre idée du style et de la manière de Saint-Marc, lise/ dans les Drbals de vendredi (;20 mai) l'article en tète contre la Gazelle: c'est du pur Saint-Marc : caillette maligne et de grand esprit; il porte d'ailleurs dans cette question l'inlérr-t personnel et d'amour-propre d'un universitaire. — Je crois pourtant, malgré les présomptions, que le gros des articles, ceux du milieu de la querelle, sont de Sacy ' .

Ces quei'elles au reste déplaisent au monde : mais M. Yillemain y attache la phis grande importance, cl en est très-préoccupé.

... La jeunesse qui va aux cours de Michelet et de Quinet et qui fait tapage est froide au fond, indifférente, sans principes, sans même le nerf qui est le iiroj)re de la jeunesse. Que cela est loin des chaudes luttes sous la Restauration !

En ce temps-ci, on n'a que des velléités, et puis rien.

Ces querelles d'Université el de sacristie sont tellemenl du réchaulfé qu'après quinze jours on est à bout,

1. .l';i|i|ii'eiiil.s iwCA' ccrIiliKlc que cola csl. Saint- Mai'c n'a l'ait (lirciilaïucr la i|iioi-c'!lo. C'est Sarv qui a t'ait le ivsle.

(' H W 0 N I Q uns l' A n 1 S I E K NES. f.r.

et qiio le moiulo qui dovioni (IrgoAlr n'y a jamais mordu.

— Un homme (l't'sprit classi(iuo, mais qui l'est véritablement, et comme on rélait dans l'ancienne littérature, ayant lu la tragédie de Lucrèce, m'en faisait hier de grandes critiques; il s'étonnait qu'on eût fait à celle pièce la réputation d'être classique comme ou l'entendait de son temps; il m'en citait des vers étranges selon lui, et d'autres qui sentent leur latinisme comme si l'auteur lut resté à moitié chemin en traduisant. Il trouvait que le tout était fortement mêlé de vers à la moderne, à la Victor tlugo; il me citait, par exemple, cette apostropiie de Brutus qui se dit à lui-même de dissimuler encore :

Noble sang des aïeux, qui me gonfles le cou, lledcscends, indigné, dans les veines du fou !

Vers assez burlesques eu effet.

A toutes ces critiques- je répondais peu; il y avait du vrai dans ces objections; ce que j'aurais pu surtout répondie à l'avantage de ce classi([ue moderne, (h^ ce néoclassi(pie opposé à l'ancien classique tout francisé et plus elfacé, je ne l'osais trop par condescendance, et parce qu'il aurait fallu dire qu'il y avait là derrière uu nouveau Malherbe nommé André Chénier. Mais au fond je trouvais que mon homme d'esprit académicien faisait preuve de goût et de franchise eu me parlant ainsi; et que nos autres académiciens non romantiipies qui se sont i)ris subilomeut à vouloir r(;vendi([uer celle o-uvre

r,C CHRONIQUES PAP. l S[ ENNES.

commo (le leur ('cole sont dupes ot vraimont niais. Imaginez Jouy ou Jay qui croienl bonnement que c'est là leur langue qu'on vient de retrouver tout exprès pour leur faire plaisir.

L'ensemble de ces jugements anecdoliques recueillis serait peut-être la meilleure critique de toute œuvre qui a réussi : presque toute l'iiabileté du critique en titre consiste à savoir bien aller au scrutin secret, à savoir bien dépouiller ce scrutin.

Je viens d'acheler sous les galeries de l'Odéon une petite brocbure intitulée rAiili-Lunke ^, avec cette épigraplie, Serrumpecus, et débutant ainsi : « Un avocat nous a été amené de Vienne en Daupbiné pour être un grand homme. »

On l'avail lait vonii' trAiniens pour être suisse.

C'est moi qui ajoute ce vers irrévérent. — Le critique anonyme adresse à M. Ponsard neuf questions dont quelques-unes sont assez judicieuse s, quoi(iue l'ensemble de la brocbure soit sans talent et sans finesse : mais il y a de ces crudités assez justes.

La premièrequestion, par exemple, est celle-ci : « (lommenl se fait-il que M. Ponsard ait accepté pour patrons les partisans avérés de la réaction raciniennc? Comment se fait-il qu'il ail nian{iué auplussimple des courages, celui de son oMivre, et (pril n'ait pas dit. dès le premier jour.

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