Le Sénat venait d'être convoqué pour le 22 janvier
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nation que de zèle pour les prérogatives du pouvoir. Il y aurait une véritable injustice, après le dévouement dont ils ODt donné tant de gages, à s'attendre qu'ils déploient le même amour envers des intérêts qui ne sont pas tout à fait les mêmes, et il y aurait de la cruauté à exiger d'eux qu'ils répondent par l'ingratitude aux témoignages de satisfaction qu'ils ont reçus. Ils ont enfin acquis, au service du principe d'autorité, des habitudes d'esprit et de caractere, des vertus mêmes très dignes de louange sans doute, niais qui sont de peu d'usage, il faut le dire à regret, dans une assemblée inquiète et défiante par devoir comme doit l'être une gardienne de la liberté. De quelque souplesse qu'on soit doué, on ne sert pas avec la même aptitude deux maîtres si différents. On ne passe pas sans transition de la foi aveugle à l'esprit d'examen.
Au reste, les assemblées délibérantes sont un peu ce que les peuples veulent qu'elles soient , et elles obéissent avec une facilité souvent fort inespérée à la pression de l'opinion publique ; mais encore faut-il pour cela que cette pression se manifeste, et c'est ce qu'on attend en vain. Cette déception tient à une foule de causes qu'il est superflu d'énu- JDérer, parce qu'il n'est personne qui ne les ait présentes ^ l'esprit. La force intellectuelle et morale d'un peuple ^est pas un mécanisme dont on arrête ou précipite à volonté le mouvement; c'est une énergie essentiellement "Ore et spontanée qui choisit elle-même son heure et ses voies, quixh'aime pas les mots d'ordre, et qui se venge par 8on inertie aussi bien que par ses témérités. En cela elle lïse d'un droit qu'on ne saurait lui contester; seulement, ^^08 les circonstances actuelles, il est à désirer que cette ^^lïgeance; si toutefois c'est un tel sentiment qui inspire à ^ esprit public son mutisme et son indifférence, n'aille pas ^^ point que le pays en soit la première victime. En se Prolongeant, une telle apathie ne pourrait plus être consi-
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dérée que comme L'immobilité^ de rim^uissance. Le parti pris de silence et d'abstention des hommes qui auraient le plus d'intérêt à y mettre un terme n^est pas fait pour dissiper ces alarmes.
Déjà l'on nous annonce, en effet, que les hommes politiques qui ont joué un rôle sous nos précédents régimes ont résolu de ne prendre aucune part aux débats et aux luttes de la nouvelle ère dans laquelle nous sommes à la veille d'entrer. Le motif qu'on nous allègue en leur nom mérite d'être examiné. Le soin de leur dignité personnelle, dit-on, et le respect qu'ils doivent à des engagements antérieurs ne seraient pas compatibles avec les transactions qu'exige la situation. Nous ne sommes pas de ceux que cette détermination réjouira, et moins encore de ceux que pourra contenter un pareil prétexte. Éternelle et déplorable manie d'un- pays où ce que les citoyens les plus éminents par le talent et les services considèrent comme un acte de vertu civique aboutit justement au résultat que produirait l'absence de tout courage et de tout patriotisme ! Que pourraient souhaiter de plus désastreux pour notre cause les ennemis de la liberté que cette inaction volontaire de ceux qui furent ses plus illustres défenseurs? Et si c'est ainsi que doit agir la fidélité, que ferait donc la désertion? N'était-ce donc pas assez des proscriptions politiques au moyen desquelles les partis qui nous divisent ont frappé tour à tour ce que nous possédions de forces vives , sans que nous allions encore imaginer cette sorte de proscription morale, comme si nous étions impatients d'étouffer le peu d'énergie qui nous reste? *^ •
En vérité, si l'exil n'existait pas, nous l'eussions inventé pour mettre plus sûrement à couvert notre paresse et notre . esprit d'exclusivisme. Qu'on ne se fasse pas d'illusion làdessus : quand nos hommes politiques se frappent euxmêmes d'un volontaire ostracisme, c'est presque toujours
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leur ingrate patrie f a'il^ entendent punir. Ils ne peuvent pas faire de compromis, nous dit-on ; mais qui leur en demande ? Ce qu'on exige d'eux, ce n'est pas qu'ils renoncent à leurs principes, c'est ftu contraire qu'ils viennent leur donner une éclatante Confirmation en se montrant capables de s'élever au-dessus des préoccupations personnelles ; c'est qu'ils fassent à la liberté le saciifice de leurs restrictions, de leurs nuances, de leurs petites orthodoxies, de leurs formules étroites ; c'est qu'ils renoncent à défendre de vaines minuties d'amour-propre comme des règles invariables de justice et de moralité ; c'est qu'ils ne se croient pas autorisés à rester simples spectateurs d'un d,ébat qui intéresse si gravement l'avenir de leur pays, et cela uniquement parce qu'ils ont cessé de le gouverner. On ne prend pas garde, en effet, que les motifs allégués pour justifier leur abstention n'ont de valeur et de sens que dans l'hypothèse d'une avance venant du pouvoir ou tendant à les y faire remonter dans les conditions où il se trouve actuellement. Leurs scrupules seraient dans ce cas mille fois légitimes et respectables. Mais il ne se présente rien de pareil. Quel besoin de transaction peut avoir l'homme dont la seule ambition est de simuler et d'éclairer l'opinion de son pays? Quel compromis leur imposeraient, par exemple, leur rentrée dans nos assemblées délibérantes et leur réapparition à cette tribune depuis si longtemps veuve de ses grands orateurs ?
Les compromis ne commencent que là où finit le désintéressement; ils impliquent toujours ou une participation au pouvoir, ou le secret désir d'y arriver. Elst-ce donc parce que nos hommes d'Etat sont tenus de s'interdire un tel partage, sous peine de renier leur passé, que l'opinion libérale devrait renoncer à leur appui dans la prochaine lutte? S'il en était ainsi, ce que nous ne pouvons croire, ils n'oseraient sans doute l'avouer, car ce serait reconnaître
qu'ils n'ont jamais aimé et servi la liberté qu'en raison de l'influence qu'ils en ont espérée ou reçue. Qu'ils y songent, dans l'intérêt de leur propre gloire : les dernières années d'un homme sont la contre-épreuve de toute sa vie, et une telle neutralité, au milieu d'une si triste pénurie de caractères et d'intelligences, serait, de leur part, une défection dont l'avenir leur demanderait un compte sévère. -Ils se faisaient une autre idée de leur devoir et de leur honneur ces La Fayette et ces Benjamin Constant qui protégèrent votre jeunesse, et dont vous parlez maintenant avec un dédain superbe que rien dans vos actions ne justifie. Ils n'avaient pas peur qu'on leur demandât des transactions, parce qu'ils étaient sûrs de n'en accorder jamais que d'honorables. Ils savaient faire abnégation de leurs préférences personnelles pour telle ou telle question de forme , tout en restant immuablement fidèles à leurs principes. 11^ ne croyaient pas que leur éloignement des affaires les désintéressât de la grandeur et de la liberté, de leur pays, ni que leur influence fût une religion. A travers les temps les plus difficiles et jusque dans la plus extrême vieillesse on ne les vit jamais négliger une occasion ni un moyen d'accroître le patrimoine dés franchises publiques; ils y engageaient toute leur existence, ils y jouaient leur vie; ils ne se crurent pas dispensés de combattre pour leurs convictions le jour où elles leur rapportèrent plus de déboires que de bénéfices, et 1830 les trouva sur la brèche tels que les y avaient vus et l'année 1815 , et l'empire , et le 18 brumaire, et la Révolution française. Voilà la fidélité aux principes. Elle consiste à lutter pour eux jusqu'à la fin, et non à leur garder au fond du cœur un culte qui ne se traduit jamais par des actes ou à les faire servir de texte à des apologies pei'sonnelles.
Ceux qui ne voudraient voir ici qu'un mesquin sujet de récriminations contre des hommes qi^ la fortune a frap-
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pés après leur avoir prodigué des faveurs dont elle est devenue bien avare , se méprendraient étrangement sur les sentiments qui nous inspirent. S'il faut dire toute notre pensée, nous ne croyons pas que leur retour au pouvoir soit possible, et pour beaucoup d'entre eux désirable. Nous leur rappelions récemment ici même la nécessité de laisser le champ libre aux générations nouvelles. Mais qu'entendions-nous par là, si ce n'est le devoir qui leur est imposé de ne pas entraver l'exécution d'une tâche déjà si compliquée par d'inopportunes prétentions, par d'étroites rancunes, par cet esprit d'intolérance et ce ton d'infaillibilité qui multiplient à l'infini parmi nous les petites églises et les petites hérésies, lorsque nous ne pouvons espérer de succès qu'à force d'entente et d'union ? Gomment aurions-nous songé à repousser un appui qui serait si efficace et si précieux pour les idées libérales , surtout le jour où il paraîtrait complètement désintéressé? Qui pourrait dire ce qu'une telle attitude leur rendrait en autorité morale et peut-être en popularité et en influence effective? Hommes illustres, qui devez à la liberté le meilleur de votre gloire, ne sauriez-vous retrouver pour elle une seule palpitation de votre jeunesse? Vos noms seraient-ils diminués pour se confondre une dernière fois avec le sien, ou bien estimez-vous qu'il soit trop tard pour lui rendi.'e ce suprême témoignage?
Il faut que nous vivions en des temps bien déshérités pour que de tels vœux ressemblent à une utopie, et soient de nature à ne provoquer qu'un sourire dans le cas où ils parviendraient à leur adresse. Aussi ne §aurait-on trop applaudir aux efforts généreux des hommes des anciens partis dont la.conduite a protesté dans ces dernières an^ nées contre cette espèce de consigne du découragement* Nous avons nommé M. d'Haussortville , M. Jules Simon^ M. Duvergier de Bauranne, M. de Montalembert lui-
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même, à qui nous sommes heureux de rendre cette justice, malgré Tabîme qui nous sépare de ses opinions. Il y a en lui des inconséquences qui rachètent ce qu'elles ont à nos yeux d'extrême et d'erroné. C'est ainsi qu'en dépit âes perfections auxquelles il est tenu d'aspirer en sa qualité de catholique ultramontaîn, il y a au moins une vertu orthodoxe qu'il ne possède pas, la vertu de résignation, et c'est ce qui nous plaît en lui. Pour ce beau défaut nous donnerions volontiers plusieurs vertus théologales.
La question italienne vient de faire un nouveau pas. Notre flotte a quitté Gaëte après avoir trop longtemps protégé sa résistance, et assez inutilement, ce semble, si l'on s'en rapporte aux explications qui ont été données au public sur le but qu'on se proposait d'atteindre. L'agitation permanente et les déchirements que ce foyer de guerre civile entretenait dans l'Italie méridionale sont à la \eiile de disparaître avec la cause qui les alimentait. Malgré l'intérêt qu'ont pu exciter dans le royaume de Naples la tardive résolution de François- II et sa précoce infortune, le royalisme bourbonien y compte peu d'adhérents et y laissera peu de regrets. Les difficultés qu'y rencontrera désormais le gouvernement de M. de Cavour vont être par là même très vite simplifiées, et tous les éléments d'opposition, quelle que soit leur nature ou 4eur origine, y seront réduits à se i;rouper bon gré ou mal gré autour de l'agitation mazzinienne, ce qui ne peut manquer de les affaiblir encore. Elle seule est destinée à leur survivre, et elle y est pour le moment très puissante.
On voit, en effet , par deux circulaires récentes du ministre de l'intérieur, M. Minghetti, que le parti de l'action, infidèle uu» promesses de son programme, non par mauvaise-foi, mais par une défiance impatiente outre mesure, pratique la légalité' constitutionnelle en levant à la fois en Italie des contributions et des soldatsde son autorité pri-
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N^e. Appuyé d'une part sur les instincts démocratiques, dont il sait merveilleusement parler le langage, et sur le swvUment populaire toujours prêt à croire tout ce qu'il désire, de Vautre sur un entrdnement national dont personne au delà des monts ne songe à contester la légitimité et à qui ceux qui sont le plus effrayés de son impétuosité ivïéfléchie ne peuvent opposer que des raisons dilatoires, le parti de l'action, si inférieur à ses adversaires en lumières, en perspicacité et en expérience politique, a sur eux l'avantage d'une situation plus nette et en apparence l^lus logique; il s'empare bien plus aisément qu'eux des passions des niasses. L'esprit populaire saisit parfois avec une extrême justesse le trait saillant des difficultés placées à la portée de sa vue, mais il ne peut être un bon juge des complications de la politique extérieure, surtout dans une crise aussi embrouillée. Heureusement la convocation du parlement italien va remettre une médiation toute-puissante aux mains de la partie la plus éclairée de la nation, et déjà il est permis de pressentir quelle sera sa réponse d'après les éléments d'appréciation sur lesquels elle sera forcée d'établir son jugement.
Entre M. de Cavour et ses contradicteurs les plus passionnés il n'y a guère de dissentiment que sur le choix du moment le plus favorable pour agir : quant au but à atteindre, tout le monde est d'accord, et c'est là un fait immense. Ce but admis, faut-il dès les premiers jours du printemps, selon le programme de Garibaldi, précipiter les levées en masse vers la Vénétie et le Tyrol, sans attendre de plus longs préparatifs et sans tenir autrement compte des circonstances européennes ; ou bien vaut-il mieux attendre, .tout en activant sans cesse l'organisation des forces militaires, que le mouvement de dislocation qui ébranle l'Autriche et qui menace à chaque instant le reste de l'Europe d'une conflagration universelle vienne offrir à I. 6
ritaiie une occasion plus favorable de faire valoir ses droits en lui permettant de revendiquer la province qui lui manque, sans exposer sur le coup de dé d'une bataille gagnée ou perdue les biens sans prix qui lui ont coûté tant d'efforts douloureux?
Telle est, réduite à ses termes les plus simples, la redoutable question sur laquelle les députés du parlement italien vont avoir à se prononcer. C'est dire suffisamment de quel poids pèsera leur vote sur les destinées futures de ritalie. On doit espérer qu'ils seront frappés, comme tous les hommes au courant du véritable état des choses en Europe, des avantages du système de temporisation qu'on dit avoir été adopté par M. de Gavour, et des chances heureuses que peut présenter une attitude expectante vis-àvis d'une puissance caduque et croulante comme est aujourd'hui l'Autriche. Ce nom de principe des nationalités, qui sert partout de mot de ralliement à la révolution nouvelle, n'est pas autre chose, en effet, que la négation absolue du système politique sur lequel l'Autriche repose. Elle n'a jamais régné que sur l'anéantissement des nationalités. Chaque fois que ce nom est invoqué, c'est s^ déchéance qu'on déclare, et, à l'heure qu'il est, il n'est pas une seule de ses provinces qui ne le fasse incessamment retentir à ses oreilles comme une menace de mort ou une demande d'abdication. La Hongrie a commencé , puis est venue la Bohême, puis s'est levée la Gallicie , lambeau encore vivant d'une nation morte, dont les membres dispersés n'ont pas cesser de palpiter et cherchent à se rejoindre. Plus l'Autriche se montre disposée aux concessions, plus les exigences, deviennent impérieuses; et, ce qu'il y a de plus alarmant pour son avenir, c*est que. le germe même . des rivalités de races qu*elle entretenait comme le premier fond^ent de son empire, et qui la sauvèrent, en effet,*de ht tourmente de 1848, en armant ses ennemis les
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uns contre les autres, semble avoir disparu pour jamais de Fesprit des populations. Ainsi, ce qui assui^ leur bonne harmonie est une menace pour elle , et ce qui fait lenr prospérité est la cause la plus directe de sa ruine. Il règne entre ces races une paix et un accord formidables. L'absolutisme administratif, répudié à la fois par tous ces peuples divers , n'est plus représenté au sein de Tempire autrichien que par l'élément germanique , ce qui , soit dit en passant , est quelque peu en contradiction avec les livres que cet élément rédige à sa propre louange. Mais les provinces slaves, tchèques ou madgyares paraissent fermement décidées à ne plus se laisser germaniser^ c'està-dire vexer, pressurer, tailler à merci. I^s comitats de lit Hongrie élisent des députés dont le nom est à lui seul une révolution, tels que Kossuth^ Klapka et leurs compagnons d'armes ; le ministère casse ces élections, ils lui répondent par le refus de tout payement de contributions jusqu'à ce que les impôts aient été consentis par leur diète nationale, selon les antiques prérogatives qu'elle a possédées peutêtre avant aucune autre assemblée politique de l'Europe. Dans la Gallicie , à qui les traités de Vienne ont formellement garanti des privilèges que l'Autriche n'a jamais respectés, comme dans la Bohême , à qui Von fait en vain les plus belles promesses pour la gagner à la cause du germanisme, c'est le même effort pour étendre les attributions des assemblées provinciales, et la même répugnance pour envoyer des députés au grand conseil, qui est chargé de représenter sous la forme parlementaire l'unité et la centralisation de l'empire. Personne ne se soucie d'en faire partie, personne ne semble se douter de la nécessité de son existence, fait qui prouve combien les liens qui unisseat les derniers groupes de cette association factice sopt faibles, et combien cette combinaison artificielle, qui a une raiscm d'être pour le pouvoir, en a peu pour les peuples. .
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Au milieu de tant de causés de ruine et de dissolution im mineure pour T Autriche, on cherche en vain les ressources qui pourraient prolonger son existence, ce qui toutefois n'implique pas forcément sa fin prochaine, car il, arrive souvent que les institutions condamnées continuent à vivre par habitude, c'est-à-dire par une sorte de force végétative qui suffit à leur conservation. Si l'on ajoute à ces difficultés la nécessité chaque jour plus onéreuse d'entretenir une immense armée dans un moment où tout crédit est perdu pour elle, et où la plupart de ses revenus lui font défaut, il est impossible de ne pas convenir que les Italiens ont tout à gagner en attendant le signal des événements, au lieu de le devancer par une agression imprudente et prématurée qui mécontenterait l'Europe et les laisserait politiquement isolés. Leur ennemie tombe d'ellemême sous une fatalité mille fois plus inexorable que la guerre, toujours féconde en surprises et en retours imprévus. Qu'ils laissent agir la force des choses, ils ont là une alliée qui vaut bien des armées. Le général Garibaldi, qui, malgré les entraînements et les écarts d'une imagination ardente, a toujours fait preuve d'un grand bon sens dans les occasions vraiment décisives, saura sans doute résister encore une fois à l'impatience patriotique mais mal conseillée de ses amis. Il ne serait pas Italien s'il se croyait absolument engagé par les prophéties qu'il a faites pour le mois d'avril prochain, et tout le monde lui saura gré d'un ajouraement qui doit en assurer la réalisation, si cet ajournement est démontré nécessaire. Il y a là autre chose qu'une question de date. De telles prédictions doivent être interprétées selon l'esprit et non selon la lettre, et s'il réu^t , il se trouvera assez de commentateurs pour expliquer les contradictions à son avantage. Ici doit cesser pour un instant au moins cet antagonisme avec M. de Cavour qui a rendu de si immenses services à la cause italienne en
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créant à côté de Vaction oflicielle du ministère responsable une initiative révolutionnaire à la fois prodigieusement entreprenante et insaisissable, qu'on pouvait reconnaître ou désavouer à volonté selon le succès ou la défaite.
Il ne produirait plus les mêmes résultats avec l'Autriche *
qu'avec Naples, surtout depuis que le cabinet de Vienne a fait savoir que toute agression, approuvée ou non, de Garibaldi, équivaudrait pour lui à une déclaration de guerre de la part du nouveau royaume d'Italid Puisque ni le général ni le ministre ne peuvent éviter désormais les inconvénients de cette solidarité forcée, il faut au moins qu'ils en recueillent les bénéfices, en mettant un salutaire concert dang leurs opérations. Cet accord devrait être d'autant plus fa^ cile, malgré les profonds dissentiments qui les sépare, que, quoi qu'ils fassent , ils ne peuvent plus se passer Tun de l'autre. Toutes les grandes entreprises, et surtout celles où se joue la destinée d'un peuple, exigent pour réussir qu'on y fasse deux parts, l'une au calcul, l'autre à l'audace; il n'y a pas de grandes choses sans ce concours. Et il est presque toujours bon que le dessein et l'exécution soient confiés à dés individualités distinctes, sinon opposées. Si tout était remis au calcul , on n'aurait jamais de ces témérités heureuses, de ces sublimes folies qUi semblent un défi jeté à l'impossible et qu'on nomme l'héroïsme. Si tout était confié à l'audace, les plus justes entreprises, après quelques exploits aventureux et éclatants, viendraient échouer misérablement contre des obstacles infiines et obscurs que la plus simple prévoyance eût suffi 9 surmonter.
Ce n'est pas seulement l'état de l'Autriche qui promet aux Italiens des événements favorables à l'accomplissement de leurs projets sur la Vénétie ; la situatiop du reste de l'Europe leur offre encore des chances non moins importantes. Rarement il y a eu dans l'atmosphère du continent
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plus de casus belli prêts à faire explosion, et l'activité extraordinaire avec laquelle les divers gouvernements poussent leurs préparatifs de guerre , tout en annonçant leur ferme intention de maintenir la paix, prouve que personne au fond ne se fait d'illusion à cet égard. Aujourd'hui que l'Italie est redevenue une nation avec laquelle il faudra compter, son alliance ne peut manquer d'être recherchée dans la prévision d'une prochaine lutte. Il va lui être permis à son tour de faire ses conditions et de stipuler pour elle-même , après avoir si longtemps servi d'appoint aux stipulations des autres peuples.
Déjà la France et l'Angleterre lui montrent par leurs avances le prix qu'elles attachent à son amitié. Que seraitce si leur entente cordiale venait à recevoir quelque attaque imprévue par un contre-coup des complications extérieures, comme, par exemple, l'évacuation de la Syrie, sujet qui commence à donner des préoccupations assez sérieuses à la diplomatie des deux pays? Il ne manque malheureusement pas d'autres causes de dissidence ou de déchirement qui sont à la veille d'éclater. Le discours du roi de Prusse à l'occasion de l'ouverture des chambres à Berlin pourrait être considéré comme une véritable déclaration d'hostilités contre le Danemark, si l'on ne savait pas par expérience que les cabinets allemands ont coutume de mettre un espace de temps assez notable entre la parole et l'action. Ils procèdent avec plus de circonspection et de sage lenteur que quelques-uns de leurs manifestes ne le feraient supposer à première vue. En cette occasion, comme toujours et partout aujourd'hui, c^est encore le principe des nationalités qui est mis en avant pour justifier les belliqueuses menaces du monarque prussien. Ce prétexte est , jusqu'à un certain point, très fondé. Les populations du Holstein sont pour la majeure partie d'origine germanique, et ont en cette qualité un droit évident
à retourner à leur mère patrie ; mais ce n'est pas là une raison absoliiment suffisante pour revendiquer aussi le Schleswig, où elles' ne forment plus qu'une petite minorité, relativement à la race Scandinave.
Au reste, pour Juger quelle bonne foi la Prusse apporte dans cette double revendication qu'elle introduit au nom de la Confédération, sauf à l'exploiter plus tard à son profit, il suffit de la rapprocher. Je ne dis pas seulement de ses déclarations au sujet de la Yénétie , mais des actes de son administration odieuse et tyrannique dans le grandduché de Posen, province polonaise, qu'elle a obtenue par la violence et qui a bien aussi quelque droit à revendiquer sa nationalité. C'est à Posen qu'il faut voir comment la Prusse entend pratiquer ce principe dont elle fait tant de briîit. Elle paraît vivre dans l'intime persuasion que ce principe a été inventé exclusivement à l'usage et au bénéfice des intérêts prussiens. C'est un point de vue qui risque fort de ne pas être accepté partout. On se demandfe comment ce principe des nationalités ne lui sert, à Posen, qu'à disputa au peuple polonais jusqu'à la consolation de parler la langue de ses pères. Là on peut voir cette administration prussienne , si libérale en promesses envers le Holstein, refuser d'acquitter ses dettes envers les particuliers lorsqu'ils en réclament le payement en polonais , au lieu de le demander en allemand. Là, pljus encore qu'en Gallicie, on s'efforce de germaniser les populations en détruisant par un étouffement systématique toute libre expansion, toute originalité de mœurs, de génie, de caractère et de tradition. Cette double conduite donne beaucoup à penser. Ne se proposerait-on pas aussi de germaniser le Danemark sous prétexte de briser les fers du Holstein? Ce gracieux verbe allemand a été évidemment calqué sur le \erbe civiliser, mais il n'exprime pas encore tout à fait la
même idée.
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10 février 1861.
L'acte du 24 novembre n'a point fait naître en nous les illusions d'une confiance exagérée Nous nous doutions déjà qu'il ne suffit ni d'un décret ni d'une heure pour créer des habitudes nouvelles, pour improviser un esprit public, pour introduire la liberté au milieu d'institutions conçues en vue d'une dictature même temporaire. Cependant, sans nous abandonner à des espérances rooianesques, il nous semblait que l'opinion » en s'appuyant avec fermeté et décision sur le point d'appui qu'on lui offrait, pouvait le faire servir de base à un système de garanties plus efficace et plus étendu encore que celui qui était en quelque sorte soumis à son contrôle. Après avoir apprécié dans cet esprit les diverses déclarations du gouvernement, nous avions soin d'ajouter que ses actes seuls et la réalisation pratique donnée à sa réforme en détermineraient pour nous le sens définitif.
Ces dispositions étaient, comme on le voit, aussi éloignées du dénigrement que de l'enthousiasme. Il s'y mêlait pourtant une trop grande part d'optimisme, puisque les actes sont venus et n'ont pas répondu à notre attente. Le gouvernement et les grands corps de l'État, ses coopérateurs, viennent de fixer le sens de la nouvelle réforme par une série de mesures et de déclarations on ne peut plus explicites, et il n'est plus permis de se méprendre sur leurs intentions. Elles se manifestent avec route la clarté désirable dans le rapport de M. Troplong, dans le sénatusconsulte adopté par le Sénat, ^ dans le décret que le Mo-