Ces élections devaient avoir lieu les 15 et 16 juin
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extrêmes, qui partout aujourd'hui se retrouvent en présence et dont un seul autrefois était patronné par lui ; il sera obligé de recourir à des candidats de nuance mixte dont la race semble perdue depuis les belles époques au Juste Milieu, et dont il n'a reçu jusqu'ici que peu de gages de dévouement. Le parti ultraraontain a, au contraire, dans ce débat, l'avantage de dire nettement ce qu'il veut et ce qu'il ne veut pas, ce qui ne peut manquer de lui assurer des résultats favorables dans un genre de lutte électorale où l'élément démocratique a généralement peu d'influence et où il n'aurait pu lutter avec efficacité que grâce à un concours qu'il a pu croire un instant avoir définitivement acquis, tant il s'est donné de titres non seulement à un concours, mais à une durable reconnaissance. Quoi qu'il en soit, il semble décidé à descendre dans l'arène avec toutes les forces dont il dispose et il faut l'y encourager, car c'est de vie et de mouvement que le pays a surtout besoin. On ne peut qu'applaudir également au zèle que montrent en cette occasion les libéraux de toutes nuances, zèle qui s'est manifesté par des publications très méritoires et conçues dans un excellent esprit; telles que les Dî^oùs dans r Élection, de M, de Sonnier,et leManuel de l'Électeur^ rédigé par MM-. Durier, Clamageran, Hérold et Floquet.
L'Italie attend toujours la reconnaissance de sa nouvelle Constitution par la France, qui a si puissamment coopéré à la lui faire conquérir; mais l'agitation électorale ^pour le renouvellement des conseils généraux n'est pas de nature à presser le dénouement que les Italiens désirent ; et une fois cette crise tra>cersée, le vote du budget pourra bien encore retarder l'accomplissement de leurs vœux. Voilà à quoi tiennent le destin des Empires et l'entente cordiale entre les peuples; voilà comment la petite politique tue la grande. On n'a pas le droit de s'étonner après cela que
CHRONIQUES POLITrQlTES. 201
l'Angleterre soit si populaire en Italie. Il est remarquable, en effet, que ses ministres, qui dépendent d'un eoup de majorité, ont déployé sur ce point beaticoup plus d'initiative et de volonté que nos hommes d'État, qui ne dépen- , dent quç d'eux-mêmes.
Cette longue attente remet fout en question, fient tout en suspens dans, le nouveau royaume d'Italie : l'emprunt, l'organisation administrative, la pacification intérieure, l'assimilation des provinces du midi, dans lesquelles le voisinage d'tm foyer de conspiration ouvertement autorisé entrelien la guerre civile en permanence. Nous^ faisons des vœux pour que M. Ponza San Martino, dont la fermeté de caractère est connue, soit plus heureux dans ses efforts que M. Nigra et ses prédécesseurs; mais tout le monde sait en Italie que ce n'est pas à Naples aujourd'hui qu'il faut frapper les conspirations bourboniennes. Grâce à ces lenteurs et à ces difficultés, les ennemis de l'Italie reprennent courage, ses amis se divisent et s'accusent les uns les autres, on exploite contre le ministère le bruit, déjà ancien, de la cession de la Sardaigne à la France. Les principicules allemands croient le moment venu de se prononcer, avec éclat, contre la nouveau royaume, et ils encouragent .la Prusse à suivre leur exemple; enfin la maladie du comte de Gavour, qui depuis plusieurs jours met en danger une existence si précieuse à l'Italie, vient s'ajouter à tous ces périls, et en offre une sorte de person* nification frappante.
La gravité de ces circonstances impose aux patriotes italiens de grands devoirs. Plus que jamais ils sont tenus de montrer de l'abnégation, du désintéressement, de l'union ; de déployer cette persévérante énergie qui leur a donné la victoire. Ils doivent apprendre à se suffire à euxmêmes. Lors même que leur cause serait sacrifiée, comme le bruit en a couru, à des alliances nouvelles ou à des ré-
conciliations imprévues, ce que nous ne croyons pas, ils doivent à leur pays de montrer qu'aujourd'hui que ses
provinces forment un Etat de trente-trois millions d'hommes, il peut être quelque chose par ses propres forces et n'estfplus exclusivement soumis aux combinaisons de la diplomatie étrangère. Ils sont engagés d'honneur à faire cette preuve, et on regrette qu'un sentiment si naturel et si nécessaire soit, en général, si peu commun chez les hommes politiques d'au delà des Alpes. Ils ont le dévouement du patriotisme, mais ils n'en ont ni la grande ambition, ni les susceptibilités. Beaucoup d'entre eux en sont encore à ce triste système qui consistait à confier la plupart des besognes embarrassantes pour leur pays à des auxiliaires venus de l'étranger. On sait combien l'Italie a payé cher cette erreur. On ne retrouve guère le sentiment opposé que dans les rangs de la démocratie extrême, et elle y mêle des aberrations déplorables. Il y a là une question de vie ou de mort pour une nationalité naissante, et c'est un malheur que les hommes de la modération laissant à ceux de l'exaltation une supériorité si évidente et si réelle. S'ils ne le comprennent pas, ils en seront punis tôt ou tard, en voyant passer à ceux-ci l'influence qu'ils n'auront pas su garder. Leurs embarras actuels proviennent, pour la plupart, de leur trop grande complaisance pour cette politique traditionnelle. Il suffit que la main qui les soutenait semble se retirer un instant pour que tout soit ébranlé.
Les débats de l'Adresse viennent de se terminera Pesth, après avoir occupé près de deux mois. Ces lenteurs ont été surabondamment justifiées par l'importance exceptionnelle des délibérations de la diète hongroise; car l'Adresse n'a pas pour objet des intérêts de circonstance, mais la constitution même de la Hongrie et le règlement de ses rapports définitifs avec la monarchie autrichienne. C'est le
projeUde M. Deak, le chef du particonservateur, qui a été adopté par rassemblée à une faible majorité ; mais tout conservateur qu'il soit, ce projet est encore bien loin des prétentions du cabinet de Vienne, puisque c'est TUnion personnelle, c'est-à-dire Tautonomie hongroise, constituée sur ses anciennes bases, qui en formele point dedépart. Entre ce programme et la centralisation de M. Schmerling, verra-t-on s'établir enfin une transaction, grâce à des concessions mutuelles? Ce résultat nous paraît désirable pour tout le monde. Les Hongrois sont par leur nombre, leur puissance et leur intelligence politique, appelés à exercer une influence prépondérante sur les destinées ultérieures de l'Autriche; et cette influence ne peut qu'être favorable à la cause de la liberté européenne. Si donc il leur est possible d'obtenir un tel résultat sans trop exposer leur propre sécurité par des combinaisons hasardées, ils y sont obligés par cela même.
Les hostilités entre les États-Unis et la Confédération sécessionniste, après des hésitations trop justifiées par la gravité des circonstances, ont pris ce caractère décisif et irréparable qui fait les guerres civiles* A quelque parti qu'appartiennent les premiers succès, il est difficile de prévoir quel pourra être le terme de ces déchirements. On se fait en Europe beaucoup d'illusions sur la facilité d'une prompte répression. La question est infiniment moins simple qu'on ne le pense* Le Sud, quoique moins peuplé et moins fécond en ressources que le Nord, n'en est pas moins protégé contre lui par de très puissantes barrières, et par des avantages qui tiennent soit à la nature^ soit aut circonstiàilces. Il est protégé par des cours d'caui presque infranëhissablesi par des espaces immenses, par des fléaux qui sont dignes de concourir à la protection de l'esclavage, tels que la fièvre jaune et les épidémies mortelles, n n'est pas aisé de prendre possession de pays d'une
204k -OHBONIQUfiS POLITlOUES.
aussi \aste étendue quand ils sont défe<>du6 par de tels auxiliaires, surtout s'ij faut faiçe la guerre avec de« milices toujours presséeis de retourna dans leurs foyerâ. C'est à peu près conupe si nous voulions envoyer dos gardes nationaux soumettre la Kabyli^. On àé rappelle quelle persévérance et quelle énergie il fallut à WashingtOH pour fixer autour du drapeau de TUnionsa petite armée qui, à chaque instant, se licenciait pour ainsi dire d'elle-même ; et cependant on était alqrs au plu« fort de la guerre de l'indépendance; on peut juger par là des efforts et des sacrifices que cette (Buvre demandera dans une république où les vertus civiques n'ont fait depuis lors que dégénérer,, et où les vertus militaires n'ont guère eu l'occasion de se développer.
L'évidence de ces difficultés n'a pas été sans influence sur les temporisations de M. Lincoln, Il faut y ajouter encore la supériorité d'énergie et de ressort que les personnes qui ont habité l'Amérique reconnaissent généralement aux hommes du Sud sur ceux du Nord, et qui est entretenue par ce qu'il y a d'aristocratique dans leurs institutions et dans leurs mœurs, par l'exercice de la domination, par une plus grande habitude des armes, par la prééminence naturelle de la vie de loisir sur les occupations industrielles et mercantiles, et enfin par une surexcitation de passion et de colère dont nous n'avons qu'une faible idée par ce que la presse en a rapporté.
Malgré ces avantages, dont il serait fort inutile de nier l'importance, il est très probable que les premiers succès resteront au Nord en raison du nombre de ses bataillons ; mais la difficulté consistera toujours pour lui à remporter des succès définitifs. Dans de telles conditions une guerre défensive peut durer pendant des années sans amener aucun résultat décisif. Les hommes du Sud, qui ont un instant menacé Washington, semblent avoir compris eux- mêmes
OHRONiOUR^ POtlTIQUHS. ,' , S05
qu'Us ne pourraient que gagnera quitter roffensive. Mais de tous les maiix que pouvait ameneir cette déplorable scission, le pire serait, sans contredit, le prolongement indéfini des ravages de la guerre civile, qui, d'ici à peu d'années, feront ressembler ces provinces, encore si florissantes, à ces républiques espag;noles où l'incendie et le pillage sont des moyens de gouvernement, et où la dictature n'est tempérée que par la conspiration. Il est des peuples tellement déchus et avilis sous le rapport du ressort moral et de l'énergie du caractère, qu'on va parfois Jusqu'à leur souhaiter ce remède héroïque et désespéré de la guerre civile ; mais il faut au moins qu'on puisse en attendre d'autres résultats qu'une suite non interrompue de calamités etdesanglantes agitations.
P. S, — Une triste nouvelle vient d'arriver à Paris. Le comte de Gavour ^ est mort. L'Europe perd en lui le seul politique qui lui offrît^ dans nos jours d'abaissement, une image des grandes ambitions et delà nobte activité d'autrefois. Cette perte sera ressentie dans Je monde entier, comme un deuil personnel, par toutes les âmes qui savent encore honorer le patriotisme et le génie. Mais M. de Gavour sera surtout regretté par ses ennemis. Geux qui rendront plus tard le plus de justice à sa mémoire sont ceux là même qui, de son vivant, lui ont prodigué le plus d'outrages, et qui saluent, en ce moment, sa mort de leurs cris de triomphe en croyant célébrer les funérailles de la liberté italienne. Où trouveront-ils plus de modération dans la victoire, plus de respect pour les droits du vaincu, plus de tolérance et de douceur dans la force ? Gette compréhension- supérieure et impartiale, cet empire sur soimême, ce détachement des petites passions qui entraînent
U M. de Gftvoar est mort le 6 juin 1861, à 7 heures du matin. 1. / 18
les hommes, étaient un des traits distinctifs de ce rare esprit si merveilleusement équilibré. Le comte de Gavour est mort debout. Il est mort — ce n'est plus un mystère pour personne — tué avant le temps par la tâche terrible à laquelle il s'est dévoué.
Ainsi tomba Mirabeau, foudroyé sur le seuil du grand édifice qu'il avait élevé de ses mains. Ces immenses labeurs ne sont pas moins meurtriers que les champs de bataille ; il est bon que les soldats l'apprennent. C'est là, il est vrai, un danger auquel n'est pas exposé le vulgaire des hommes
d'Etat. Les politiques d'aujourd'hui mettent trop peu d'eux-mêmes dans ce qu'il font pour risquer d'y dépenser leur vie; aussi leur œuvre périt-elle tout entière avec eux. Celle de M. de Cavour sera durable, justement parce qu'il lui a donné son âme. Il succomba épuisé, mais son œuvre est vivante; tout ce qu'il avait de forces a passé en elle, et elle restera debout aux applaudissements du monde. Qui n'envierait une si belle mort I
23 Juin 186L
11 y â uiie Chose qui, en politique, est d*un prix inestimable et qu'on ne saurait, selon nous» payer trop cher, c^est une situation nette; Il n'est l'ion qui démoralise l'esprit public comme les équivoques. Il n'est pas de pire dissolvant pour les opinions politiques que les illusions, les incertitudes^ les fausses espérances longtemps prolongées ; à la longue rien n'y résiste. Cette masse inconsistante et légère, qui dans tous les partis forme le grand nombre, flotte et se disperse à tous les vents au gré de sa fantaisie ou de sa crédulité; les esprits qui sont habitués à régler leur conduite sur les actes deleurs adversaires plutôt qne
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sur leurs propres principes sont déconcertés de les voir marcher dans un sens différent en apparence de celui où leur opposition était accoutumée à les chercher; et les hommes les plus fermes, pour échapper à cette confusion universelle, se rejettent violemment en arrière et perdent tout à fait le sens de ce qui s'accomplit sous leur yeux. D'autres, au contraire, se sentent à Taise au milieu de ce pêle-mêle : ce sont ceux qui l'exploitent. Tout ce qu'ils ont d'habileté est employé à entretenir l'équivoque qui les fait vivre. Ils ont un sourire pour toutes les causes, un pied dans tous les camps. Leur ambition serait d'obtenir en même temps les suffrages des vaincus et le patronage des vainqueurs, et souvent ils y réussissent. Auprès de l'opposition ils se vantent d'adoucir et de modérer le pouvoir ; auprès du pouvoir ils se vantent de convertir ou de neutraliser Topposition. Ils promettent pour l'avenir au au nom de celui-ci, stipulent pour le présent au nom de celle-là, tandis qu'il n'y a de réel au fond de ces transactions que leur esprit d'intrigue et leur duplicité. On ne sait plus, grâce à eux, où sont ses amis ni où sont ses ennemis, et les mêmes dénominations s'appliquent à des éléments qui ont horreur de se trouver ensemble.
Cependant, la confusion que nous venons de signaler n'est pas exclusivement l'œuvre de ces publicistes à double visage ; elle a été puissamment entretenue par l'incertitude que le gouvernement français a laissé subsister dans les esprits, au sujet de la politique définitive qu'il lui conviendrait d'adopter comme interprétation des décrets de novembre; incertitude telle encore aujourd'hui que les deux partis les plus diamétralement opposés qui soient en France se flattent tour à tour de le voir se prononcer pour eux. Ses hésitations, jusqu'à un certain point motivées par des difficultés que sans doute il n'avait pas prévues, ont encouragé des espérances tellement contradictoires et
lui ont si bien profité qu'on a été jusqu'à y voir un pafti pris de donner des gages à toutes les opinions. Cette: politique, au lieu de 1-isoler, ce qui est son effet ordinaire, lui a valu les concours les plus inattendus ; elle lui a conserva l'adhésion des amis de M. JC^ller, sans lui faire perdre les sympathies de la démocratie avancée. Cependant, notis croyons que ces tâtonnements qui, au lieu de lui nuire, Tont si efficacement servi, ainsi que viennent de le prouver lés élections pour les conseils générai?x, ant eu un autre mobile que le calcul ; nous voulons-, dire FincerUtude oii il était lui-même au sujet de la limite à ne pas dépasser dans la voie des concessions. Ce serait en vain qu'on chercherait à contester des variations dont témoignent la plupart des actes émanés de lui depuis six mois. Il était tout naturel que le public ne sût pas deviner où il conviendrait au pouvoir de s'arrêter, lorsque le gouvernement lui-jnême n'était pas fixé à cet égard. On Conçoit, d'ailleurs, qu'il soit d'autant moins disposé à faire l'aveu d'une telle irrésolution qu'elle a plus d'une fois percé dans sa conduite, et que l'irrésolution n'est pas un sentiment dont on se vante. Mais quels que soient les mécomptes que puissent éprouver des optimistes de bonne foi ou des complaisants intéressés, on doit lui être reconnaissant de toutes les déclarations qui tendent à dissiper les nuages, à faire cesser les malentendus, à manifester ses intentions sous leur véritable jour.
A ce point de vue on ne saurait trop applaudir à la franchise des explications que le gouvernement vient de nous donner par l'organe de M. Billaultdans une des dernièrej. séances du Corps législatif ^ Le gouvernement enlève par là toute excuse et tout prétexte à ces négociateurs officieux et suspects, qui se portent garants en son nom
I. Séance du 18 juin, en réponse à un discours de Jules Favre.
d'engagements iju^il^n'a jamais eu l'intention de contracter; à c^es hommes d'État en disponibilité qui, sans cesse désavoués, jamais rebutés/ toujours prompts à offrir des conseils qu'on ne leur demande pas en attendant qu'ils offrent aussi laurs services, prétendeut connaître mieux ses vrais sentiments que lui-même, se flattent de le prendre par les sentiments, de le ramener pur lit douceur, de le gagner i\ leur caus^ à force de candeur et d'impartialité. Nous n'espérons pas que te démenti si catégorique qu'ils viennent de recevoir leur fermera la bouche; mais nous espérons qu'il leur fera perdre une partie du crédit qu'on leur a si légèrement accordé et dont ils ont si étrangement abusé. Les déclarations formules par M. Billault, en réponse au discours de M. Jules Favre sur la liberté de la presse, ne laissent rien à désirer sous le rapport de la clarté. C'est un mérite rare et capital dans les circonstances politiques où nous UQUs trouvons, et on lui en doit de la reconnaissance. Il n'y aura plus de trompés désormais que ceux qui auront intérêt à l'être. Il est entendu dorénavant, M. Billault l'a déclaré formellement, et pour notre compte il y a longtemps que nous n'en doutons guère, que le gouvernemerft a pu faire fléchir quelques dispositions du régime auquel nous sommes soumis et en adoucir quelques rigueurs; mais qu'il n'a jamais eu l'intention de renoncer à aucun des privilèges qu'il tient de son origine, notamment en ce qui concerne les lois de sûreté générale, le droit de patronage exercé sur les élections et la législation qui régit la presse. Il les garde, ainsi qu'il le dit lui-même, par le motif très simple qu'ils lui sont commodes pour gouverner. Ce motif lui a paru répondre victorieusement à toules les objections. Le discours de M. Billault peut se résumer dans un mot : les gouvernements qui nous ont précédés ont été renversés par la presse, donc nous devons lui refuser les libertés qu'elle réclame., Il resterait à savoir si ces
gouvernements ne sont pas tombés, faut d'avoir su écouter ses avertissements. Quant à la question de droit, nous n'en parlerons pas ; ce serait un anachronisme. Elle n'a pas même été mentionnée dans le débat.
Si peu consolantes que soient ces assurances, elles ont à nos yeux le mérite de mettre fin à ces misérables fluctuations où vivent beaucoup d'esprits, entre l'espérance et le découragement. Après la satisfaction de savoir nettement ce qu'on veut, il n'en est pas de plus grande que de savoir bien ce que veulent ses adversaires. Quant aux cavaliers servants de la politique officielle, qui voudraient tout à la fois obtenir les faveurs du pouvoir et plaire à l'opposition, les voici tenus de se prononcer ouvertement et de faire des sommations respectueuses :
Belle Philis, on désespère Alors qu'on espère toujours.
Mais nous les flattons en leur supposant tant de courage. Ils connaissent leur temps : ils continueront à se vanter et on continuera à les croire sur parole.
Quoi qu'il en soit, les réserves de M. Billault au sujet de la presse ont reçu un commentaire anticipé et tristement significatif de la saisie qui a précédé de quelques jours sa déclaration de principes. On connaît la thèse favorite des défenseurs du régime actuel de la presse. La presse périodique n'a pas toute sa liberté, on ne fait aucune difficulté de l'avouer, mais le livre est plus libre aujourd'hui qu'il ne l'a jamais été, et on ne se montre rigoureux envers ces publications éphémères destinées à périr avec l'occasion qui les a fait naître, que pour mieux protéger les travaux sérieux et mûrement médités. On peut relire les beaux développements que M. Troplong a donnés à cette idée. Ce système spécieux pour les esprits étrangers à ia pratique des affaires, a reçu de la statistique judi-
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ciaire un nombre de démentis assez notable, mais il n'en a reçu aucun qui soit plus frsippant que la récente saisie de Fouvrage du duc de Broglie. Elle vient à point pour nous apprendre ce que nous devons entendre par la liberté du livre sous le régime inauguré par le 24 novembre. M. de Broglie a fait lithographier, sans aucune intention de publicité, un écrit de quatre-vingts feuilles, intitulé : Vues sur le gouvernement de la France. L'ouvrage a été saisi chez l'imprimeur lithographe le jour même du dépôt, et avant qu'un seul exemplaire fût sorti de chez lui, tandis que la loi n'autorise la saisie préventive que pour les brochures de moins de dix feuilles. Pour tous les autres écrits elle reconnaît formellement qu'il n'y a pas de censure préalable. Ce précédent tendrait donc à établir qu'un livre peut être saisi avant tout commencement de publication. Nous ne croyons pas que ce fait se soit encore présenté dans de semblables conditions, même à Tépoqucoù on a le plus impitoyablement sévi contre la presse, et il nous est impossible de comprendre que ce soit là une amélioration. Nous cherchons en vain le texte de loi dont on a entendu faire l'application au délit imputé à M. de Broglie. Nous ne voyons que la récente circulaire de M. de Persigny sur la saisie administrative qui puisse expliquer légalement ces poursuites. Dans ce cas l'auteur se trouverait assimilé aux personnes exilées dont il était question dans cette cir- , culaire. Ce serait là une classification un peu arbitraire, ce semble, et il y a en France beaucoup de gens qui pourraient être compris dans cette catégorie au même titre que M. de Broglie. Si les considérations de personnes ne devaient pas s'effacer toutes les fois que la liberté elle-même se trouve mise en cause, loin de nous affliger de voir cette accusation portée contre un homme dont nous respectons profondément le caractère et la haute intelligence, nous le féliciterions de l'Occasion qu'elle vient lui ofrrir de rendre
témoignage aui principes qu'il a si noblement di^fendus ans sa jeunesse. Il y a pour toute âme forte une douceur mère à associer son nom aux revers d'une cause dont on partagé les triomphes, mais il y a aussi en cela un grand onneiir que tout le monde n'est pas fait pour comprendre, t plus qu'aucun autre de ses anciens TivauxM.deBroglie tait digne de l'obtenir.
L'acte que nous venons de citer montre mieux que ne ourrait le faire aucune autre démonstralioii combien- est dèle le tableau que M. Jules Favre a tracé des servitudes e la pi'esse. Ce n'est pas nous qui lui ferons un crime de e qu'il a pu ajouter que l'écrivain, dans de telles condions, répète docilement tout ce que l'adminislralion veut ji faire dire. La vérité est qu'il ne dit que ce qu'on veut ien lui laisser dire, ce qui revient absolument au même, on pas, il est vrai, au point de vue de sa dignité, mais au oint de vue des libertés publiques, le seul dont. M. Favre e préoccupait ici. La dépendance volontaireou forcée, parelle ou complète, qu'il a signalée chez la plupart des randes feuilles périodiques delà presse actuelle, n'est plus n mystère pour personne ; et, chose invraisemblable, mais raie pourtant, c'est en province, où jusqu'à ces dernières nnées on n'a connu que le journalisme officiel, qu'il faurait aller aujourd'hui pour trouver les journaux les plus idépendants qui soient restés en France. En cela se maifeste une tendance qu'on ne saurait trop encourager. Ine décentralisation qui s'opérerait d'abord en quelque orte dans l'ordre intellectuel avant de passer' dans celui es faits matériels ne serait-elle pas mille fois plus vivace t plus durable qu'une réforme créée par les dispositions rbitraires d'un règlement administratif? Les esprits suerliciels seront seuls tentés de dédaigner les signes de vie ui se produisent aujourd'hui dans les départements, si inglemps endormis et indifférents. Si l'exemple donné
par le journal la Girondç, à Bordeauï, par le Progrès, à L\on, pàT]e Journal de la Meurt/ie, da.ns la Lorraine, rencontrait beaucoup d'imitatears, Paris se trouverait bientôt dépassé sous plus d'un rapport par la province, et la cause libérale aurait conquis un avantage plus solide que les victoii-ea les plus éclatantes qu'elle a remportées àd'antres époques. Aussi éprouvons-nous un profond sentiment de sympathie pour les esprits généreuï qui se dévouent à cette Idche obscure et difliclle sans attendri^ d'autre récompense que la conscience des services rendus.
Les auteurs du Journal de la Meurt he ne se contentent pas de défendre chaque jour dans leur journal les principes de liberté, ils s'efforcent de réveiller au fond de leur province l'activité intellectuelle sous toutes ses formes, ils publient à des intervalles fréquents et réguliers, sous le litre de Farm', un recueil que nous avons déjà apprécié ici et où sonl traitées toutes les queslions qui intéressent leur pays et leur époque, avec un mérite de stjle et de pensée qu'on est loin de rencontrer toujours dans des publications beaucoup plus répandues. Leur nouveau volume contient entre autres travaux une étude flne et délicate sur les préjugés qui, à défaut de privilèges, séparent aujourd'hui chez nous l'aristocratie et la démocratie, des pages éloquentes sur les premiers temps de l'empire romain, une excellente appréciation de notre système judiciaire, et des vues pleines de sens et de vérité sur la situation respective des partis et du gouvernement. Nous souhaitons aux auteurs de cette publicalion tout le succès que mérite leur entreprise patriotique et désintéressée.
Nous ne sortirons pas de notre sujet en signalant deux autres publications qui on pour but de rappelerl'attention sur les hommes et lesprincipes de la Révolution fi-ançaise,
le on ne peut plus opportune aujourd'hui où tout le de se croit le droit de se couvrir de leur autorité, et ependant ils sont à peine connus. Les Mémoires sur tiot, par son HU, ont été écrits dans un esprit de notion et d'impartialité auquel nous sommes heureux de Ire dès à présent justice; mais la première partie de mvrage seule a encore paru, et si elle contient des déintéressants et bien racontés, c'est plutôt sur l'homme ê que sur le personnage historique ; elle s'arrête à iqne où Carnot entre à son tour sur la scène et devient les acteurs principaux de ce grand drame. Nous allenis, pour juger définitivement telle histoire, l'appréciaqu'elle portera elle-même sur la responsabilité si diverent envisagée du célèbre membre du Comité de salut lie. Mais, quel qu'en soit le mérite, nous prenons ance l'engagement de ne pas comparer l'auteur* à icydide, bien que ce soil là, à ce qu'il paraît, une iule consacrée dans ce temps d'impudente flagore.
e second de ces ouvrages est une Bàlotre des Gironr ; par M. Guadet. De même que l'historien de Camot, ïeur touche de trop près aux hommes dont il raconte ■agique destinée pour qu'on ne puisse pas le croire 'onu en leur faveur. Loin de songer à s'en défendre, s fait honneur de les aimer; mais tant que ces nobles rs, en qui se personniHe ce que la Révolution eut de I pur et de plus généreux, rencontreront des calomnias systématiques acharnés à venger sur leur mémoire mécomptes oii ils n'ont été pour rien, qui ne sera heu- [ d'entendre dés voix éloquentes s'élever pour les justi- ? M. Guadet a repris et réfuté une à une dans son hise toutes les fausses accusations dont l'injustice des
Hïppolyte CBraat,
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CHRONIQUES POLITIQUES! Si5
partis a chargé ces hommes courageux, à qui on n'a jamais eu à reprocher que des illusions, dans un temps où leurs ennemis avaient à se reprocher plus d'un crime. Le livre de M. Guadet, qui est le fruit de longues et patientes recherches, abonde en détails inédits, en utiles renseignements ; il a tout Tattrait d'une érudition ^approfondie sa^is en offrir nulle part la sécheresse. Il s'inspire naturellement des principes politiques des hommes dont il a écrit l'his" toire, mais sans fausse superstition pour les expédients qui s'y mêlèrent. Ces principes ont moins vieilli qu'on ne pense; ils ont déjà plus d'une fois reparu dans le monde ; ils y reparaîtront toutes les fois que de nobles esprits, envisageant sans pâlir le sort funeste qui a récompensé leurs devanciers, bravant à la fois les haines populaires et les ressentiments oligarchiques, dévoueront volontairement leur vie au problème comme disent les uns, et comme disent les autres à la chimère de concilier la démocratie avec la liberté.
Le gouvernement français vient de reconnaître enfln le royaume d'Italie. Par une particularité remarquable et qui caractérise avec fidélité le genre depontrôle et d'influence qui nous est accordé sur nos propres affaires, ce sont les télégraphes étrangers qui nous ont révélé l'existence de cet acte diplomatique. Beaucoup de casuistes politiques « bien informés » afûrmaient son authenticité^ mais tout le monde, aujourd'hui, ne tient pas à honneur d'être bien informé ; c'est un privilège qu'on laisse volontiers à ceux qui ont su le mériter. Aussi, le public, qui semble s'associer à ce sentiment par sa défiance, n'a-t-il commencé à ne plus douter que lorsque tous les échos de l'Europe lui ont renvoyé à la fois le bruit causé par ce document. Nous avons trop souvent réclamé ici même l'accomplissement de cette formalité si longtemps attendue, pour être siïspectés de vouloir en méconnaître l'importance aujourd'hui
CHRONIQUES POLITIftlIES.
e est irrévocable. Mais ce serait une illusion que d'j lutre cliose qu'un avantage très relatiT. Elle ne peut |ue fort utile à la consolidation de l'ordre de choses xtste actuellement en Italie, mais à un autre point e elle présentera plus d'un inconvénient. Elle sera imment favorable au succès de la diplomatie du nouroyâume, à son crédit, à ses emprunts, à l'alTermisit de son organisation administrative et financière ; tlje constituera plutôt un obstacle qu'un point d'appui la réalisation des projets ultérieuç^ du ministère ita- Cette reconnaissance raffermit en effet la cause de i italienne à Naples, mais elle raiïaiblit à Rome, qui lu's éloignée que jamais de devenir la capitale du me d'Italie-
Igréces désavantages, elle est une simplification heuapportée à d<s difficultés de détail qui devenaient de !n jour plus pressantes. Celles qu'elle lidsse subsister 'elle fbrtiBe momentanément ne sont pas impossibles icre. Les réserves dont le gouvernement français a evoir l'accompagner n'ont après tout rien d'absolu. omesse d'une permanence indélini» des troupes franà Rome doit évidemment être interputee dans le le ses dédaratioBs précédebtes qui étaient un conan avis, plutôt qu'un engagement ou une intenlictout le monde sait bien, au surplus, qu en politique lini n'existe pas plus que la perpétuité dont les puisi disposent aussi sans cesse tout eu étant convaincues ersonne ne les prendra au mot. Si le gouvernement lis ^ait réellement en vue la consolidation définitive tat de choses qu'il consent à maintenir encore pour je temps à Rome, on ne Toit pas pourquoi il aurait ssé l'offre qui, au témoignage de lord John Russel, lié faite récemment de la part du cabine! de Vienne, 'ement k une garantie collective de toutes les puis-
saBces catholiques ayant pour objet le maintien du pouvoir temporel du pape.
La reconnaissance du royaume d'Italie sera une force précieuse pour Thomme à qui est échue la tâche difficile de diriger les destinées de ce pays après le comte de Cavour. Les premières déclarations de M. Ricasoli montrent qu'il comprend tout ce qu'un tel honneur lui impose de responsabilité, et c'est d'un bon îw^ure pour l'avenir de son ministère. On a dès aujourd'hui le drt)it d'espérer qii'il ne sera pas inférieur au rôle qui s'offre à lui^li'hom- [ mage qu'il a rendu à son prédécesseur, de même qae le cri i de désolation qui est sorti de tous les cœUrs italiens à la nouvelle de celte mort, prouve que personne ne se dissimule ni la grandeur de la perte ni la gravité des périls. Il ! n'y a que les nations appelées à de hantes destinées qui sachent ainsi pleurer leurs grands hommes. M. Ricasoli se trouve en face d'une situation sensiWement différente ' de celle que M. de Gavour a conduite avec une si merveilleuse habileté pendant les ançées qui viennent de s'écouler. Il n'a pu échapper à sa„ pénétration que, faute de s'en être I aperçu à temps, ou par une prédilection bien explicable pour la politique qui lui avait si bien réussi, M. de Gavour s'est trouvé, pendant les derniers mois de sa vie, aux prises avec des embaiTas nouveaux pour luij et placé en présence d'engagements qu'il ne pouvait pas remplir. La phase nouvelle que traverse en ce moment la cause italienne - exige peut-être encore plus de fermeté que de souplesse, et par ce qu'on sait de son caractère résolu et inflexible, qui se concilie avec la finesse d'une intelligence pénétrante et déliée, M. Ricasoli était l'homme le plus propre à accepter la succession du grand ministre que la mort vient d'enlever à l'Italie*
Pendant que l'Italie se consolide, l'empire d'Autriche paraît de plus en plus ébranlé. Cette dissolution n'a rien j. 19
qui doive surprendre: une administration de fer pouvait seule maintenii' quelque cohésion entre des nationalités teliemeni opposées les unes aui autres, et c'est par suite de cette nécessité naturelle, permanente, que rAutricbe devait rester, même sous un Joseph II, le véritable représentant de l'absolutisme en Europe. Telle ou telle autre puissance Ta été par occasion, elle Tétait par essence. L'absolutisme supprimé , il n'y a plus d'Autriche. L'Autriche libérale n'est qu'une expression abstraite qui court grand risque de n'exister jamais que sur le papier. l'Europe assiste avec stupéfaction aux efforts infructueux que fait en ce moment cette puissance naguère si agissante pour retrouver l'usage de sa volonté, et les peuples de l'empire sont ceux qui se préoccupent le moins de son anéantissement actuel , ou plutôt ce sont ceux qui s'en réjouissent le plus. C'est qu'il n'y a que deux choses qui puissent réunir des populations en un seul corps de nations, la force ou Ja syrtpathie : celle-ci n'a jamais existé en Autriche, cdle-là n'exista plus. Les liens qui, de lout temps» ont fait de plusieurs races différentes un seul peuple, en les unissant dans une intime solidarité, n'ont, en Autriche, qu'une seule personnification, c'est le fisc : ce n'est point assez pour faire une patrie. .
De telles lacunes ne sauraient être comblées avec les promesses d'un programme libéral, lorsque, pendant des siècles, on a tout fait pour accroître les antipathies et les n^ésintelligences. Toutes ces haines et ces défiances se retournent aujourd'hui, par un juste châtiment, contre le pouvoir qui les a entretenues. En même temps que, par le vote unanime de ses députés et de ses magnats, la Hongrie signifie à l'empire cette Adresse, qui est un refus hautain de s'associer aux nouvelles destinées de l'Autriche, le conseil central, sur lequel on comptait le plus pour rendre un peu d'unité à la monarchie, se divise, et une importante
fraction de cette assemblée demande, avec MM. Riegeret Calm, qu'on prononce son ajournement et la convocation immédiate des diètes provinciales, ce qui mettrait le* comble à la confusion. La Chambre des députés vote un projet de loi sur l'inviolabilité des représentants , la Chambre haute s*empresse aussitôt de le repousser pour lui en substituer un autre de sa façon, comme s'il n'y avait pas encore assez d'éléments de discorde et d'antagonisme dans l'empire. Le trouble se met dans les conseils de la couronne, et donne lieu aux mesures les plus contradictoires : on passe subitement des résolutions les plus extrêmes à un parti pris de temporisation ; tantôt on décide que les impôts seront levés à main armée en Hongrie, que la municipalité de Pesth sera dissoute, que l'empereur ne recevra pas l'Adresse des Chambres hongroises, qu'il y répondra par un manifeste adressé à la nation pour en appeler devant elle de l'obstination de ses représentants ; tantôt on se résigne à des expé<ients plus en rapport avec l'état réel des forces dont on dispose* Tous ces symptômes si complexes ne sont, en Autriche, que la manifestation d'un mal unique et peut-être déjà incurable : l'impuissance d'exister sans Pabsolutisme.
8 juiUet 1861.
La session législative a été close ^ au milieu de l'inattention générale. L'indifférence avec laquelle le public a vu commencer les longues vacances de nos députés n'est pas impossible à expliquer: qu'y a-t-il en effet de moins qu'auparavant, comme influence effective dans la direction des