‹ Chroniques politiques, 1860-1865Chapitre 2 sur 39 · VI PREFACE · texte numérisé non relu

VI PREFACE

qusîble, Tindépendance et la vigueur de son esprit. Dès son début, il s'était emparé de l'attention puj^lique, et l'es amis «de la liberté et du progrès le regardaient comme un des champions les plus dévoués de leuf cause. Il faisait partie d'un groupe d'écrivains ' libéraux enrôlés par un éditeur courageux, le libraire Qfiarpentier, et c'est avec eux qu'il ouvrit le .7 décembre, dans la Revue nationale , la campagne contre l'empire, alors encore dans toute sa puissance. ♦ Lorsqu'il prenait ainsi la plume pour une lutte qui ne devait pas durer moins de cinq ans sous cette forme du journalisme militant, et qu'il devait poursuivre pour son compte, paf la publication de VHistoire de Napoléon^ jusqu'à la chute de l'empire, Lan- Trey ne se faisait aucune illusion sur la situation où il allait se trouver; il ne croyait pas aux libertés octroyées et pensait que les droits politiques doivent être conquis et gfiwdés piir les peuples eux-mêmes. Cependant^ tout en ayant* à part lui s^. r^rves et ses d.éfiances, ilse'disait qu'il était de bonne politique de nç pas paraître mettre en doutç la sincérité de l'initiative gouvernementale, mais d'user plutôt du peu qu'oij nous rendait de liberté pour en reconquérir davantage. Il aurait cru manquer à son devoir envers son pays et envers sa cause si, par dédain pour ce don trop incomplet d^une liberté trop précaire, ou par crainte des pièges qu'il pouvait cacher, il eût négligé de se servir des awpes rendues et de s'avancer au combat peripis. Esprit profondément et ardemment libéral, modéré ei pratique en même temps, il se sentait tenu de lutter pied à pied, sans jamais désespérer ni faiblir, pour le triomphe de 'ses principes.- Aussi se mit-il à l'œuvre bravement, sans s'inquiéter des difficultés, sans prendre garde ni aux regards

PRÉFACE. tll

lÀ^veillants des ennemis politiques qui Tattendaievi à sa première imprudence, ni au sourire incrédule de quelques-uns de ses amis qui ae croyaient pas à la possibilité d'une opposition sérieuse et digne sous la législation impériale. Il ne se demanda même pas s'il serait soutenu par Topinion, par cette opinion à peine réveillée de sa longue torpeur, encore si incertaine et si confuse. Une occasion s'offrait de combattre, il la saisit. A défaut de foi dans le libéralisme dé l'empire, plu« impuissant encore que trompeur, il avait foi dans la liberté et dans sa secrète puissance. Cette puissance, dont il n avait jamais douté, même dans l'éclipsé la plus profonde, elle se révélait à lui dans les concessions que se sentait contraint de lui faire un pouvoir qui aurait voulu n'avoir jamais à compter avec elle. Ces concessions étaient pour lui un signe des temps» Plus apparentes sans doute que réelles, elles n'en étaient pas moins un hommage rendu aux principes libéraux par le despotisme lui'^ même et un encouragement à leurs partisans d'entrer eii lice pour leur victoire»

Il avait aussi foi ea lui-même* Sa force était dans sa conscience, dans la sincérité, la loyauté et la gêné' rosité du sentiment qui l'animait^ Il savait qu^l y trouverait, ainsi que dans son talent à la fois jeune et mùr, dans sa connaissance de ^histoire et dans sa précoce expérience dés choses et des hommes, des ressoui'ces inépuisables pour une opposition coura^ geuse et prudente, modérée dans la forme et impla-^ cable au fbhd^ On a {^u voir alots qu'il s'en tirait à son hohneur* Oil admirât, dès ce temps-là, dom^ ment, sans rien sacrifier de ses principes, sans acheter par aucune complaisance le droit de rester debout au conibat, il savait se garer des périls où d'autres

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avant lui avaient succombé généreusement et garder à la main la plume qui était tombée de la leur. En relisant aujourd'hui, après plus de vingt ans, ces chroniques, et en se reportant au temps où elles ont été écrites, on admirera davantage encore par quelle souplesse de talent et quelle variété de ressources, par quel mélange de logique vigoureuse et de vive ironie, il a pu se maintenir à son poste et imposer à ses adversaires \e respect de son éloquente probité.

La probité, c'est, en effet, un des caractères saillants de ces chroniques. On a pu reprocher à Lanfrey une certaine hauteur dans le caractère et des façons parfois altières et dédaigneuses de traiter ses adversaires ou même ses amis politiques lorsqu'il différait d'eux sur quelque point important de principe ou de conduite. Du moins fut-il toujours loyal dans ses attaques. Il s'efforçait de se montrer juste, même envers l'empire, et il eût rougi de lui faire la guerre sans frein et sans bonne foi que font aujourd'hui à la République certains écrivains des anciens partfs. Son talent était sérieux comme son caractère, et sa conviction ; même contre l'ennemi, il ne voulait pas se servir d'une autre arme que de la vérité. Sans doute, il a pu et dû se tromper plus d'une fois dans ses appréciations des choses et des hommes. 11 a pu et dû voir certains faits sous un jour différent de celui sous lequel ils nous apparaissent aujourd'hui et avec d'autres proportions; mais il n'a dit que ce qu'il voyait et croyait ; on sent en lui la sincérité jusque dans les entraînements inévitables d'une plume jeune, vive et rapide. S'il vivait aujourd'hui, et s'il pouvait se relire, peut-être trouverait-il quelques passages à effacer dans ces pages qu'il jetait d'une main parfois hâMvo sur le passage des événements; il n'aurait pas

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