‹ Chroniques politiques, 1860-1865Chapitre 20 sur 39 · Etudes contemporaines: l'Administration et la Presse · texte numérisé non relu

Etudes contemporaines: l'Administration et la Presse

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Delprat. L'auteur de cette légère et vive esquisse envisagé la presse dans ses rapports avec radministration, et il décrit * en quelques pages pleines d'un sentiment contenu, mais sur la nature duquel on ne peut se méprendre, Tétat de parfaite félicité qui résulte de ces rapports. Il est impossible, après ravoir lu, de ne pas avouer que la juridiction administrative, en matière de presse, est une d^s inventions modernes les plus ingénieuses que Ton connaisse. Cet opuscule fait partie de cette série d'études contemporaines dont nous avons plus d'une fois entretenu nos lecteurs, notamment à l'occasion des publications de M. d'Haussonville et de l'excellent livre de M. Odilon Barrôt sur la centralisation. Si les auteurs et les éditeurs de ces études ne rendent pas pleinement justice aux bienfaits de l'administration en général, ce n'est pas faute de les bien connaître ; car ils ont eu avec elle des rapports de plus d'un genre, et elle leur a accordé une attention, témoigné une sollicitude dont ils auraient pu se montrer plus reconnaissants.

Le nouveau décret de décentralisation est, avec le succès des obligations trentenaires, le seul fait important de la politique intérieure depuis quinze jours. La nouvelle combinaison financière^ a réussi au delà de toute attente, mais nous avons peine à comprendre qu'il se trouve des publicistes pour transformer ce succès en un triomphe politique pour le gouvernement. Les capitaux trouvaient dans les obligations trentenaires un placement avantageux, et ils ont afflué, cela va de soi : il faut beaucoup d'imagination pour voir là un vote de confiance donné à une politique quelconque. Dans les États sur le point de se dissoudre, comme l'Autriche, ou nouvellement formés, comme l'Italie,

1. Emission par l'Etat d'obligations dn iréaor public remboursables en vingt-huit années. On' appela cet emprunt : émission d'obligations trentenaires.

les prêteurs peuvent se demander, non sans quelque rai- ' son, si leur garantie n'est pas à la veille de disparaître, el il est naturel qu'il éprouvent quelques hésitations ; mais dans un pays dont Tunité est aussi indissoluble que celle de la France, un placement sur FÉtat est toujours parfaitement garanti.

C'est pour ces motifs que l'emprunt déguisé que vient de contracter l'État en France, loin de faire courir aucun risque au public, lui a offert une spéculation pleine de sécurité, ce qui n'est point si commun à l'heure qu'il est, tandis que l'opération analogue dont le ministre Bastogi vient de régler les dispositions en Italie constitue, au contraire, un véritable appel au patriotisme des Italiens, et exigera de leur part un acte de foi en l'avenir de leur pays, car elle n'aura d'autre garantie que la durée d'un ordre de choses qui est né d'hier. L'emprunt italien seul peut avoir une véritable portée politique, el nous sommes convaincu qu'il sera l'occasion d'une grande manifestation nationale. Les provinces italiennes sont loin d'avoir toutes payé à la patrie commune la dette du sang, et on a pu leur adresser plus d'un juste reproche sur leur peu d'empressement à s'acquitter sous ce rapport ; que du moins on ne puisse pas ,les accuser de lui avoir refusé cette faible contribution qui sera peut-être sa rançon définitive !

Les embarras du ministère italien sont grands, et à moins de supposer que les félicitations que le général Fleury vient de transmettre au roi Victor-EmmanueH sont des ironies, on doit croire que le cabinet français est encore disposé à lui venir en aide, bien que plus d'un nuage ait passé sur leur bonne intelligence. Une question qui est destinée à préoccuper de plus en plus l'attention publique

1. II. avait été envoyé, en mission extraordinaire, porter à Turin la recofinaissance du royaume d'Italie et une lettre autographe de Napoléon III,

est celle de savoir si la France entend mettre de nouvelles conditions à ses services, autrement dit si elle exige pour prix de son concours une seconde cession de territoire. Cetle supposition n'est pas de nature à faire espérer une prompte solution des difficultés italiennes. Nous avions déjà sur ce point la déclaration de M. Ricasoii au sujet de sa ferme intention de ne plus céder un pouce de terre italienne ; il faut y ajouter maintenant l'appréciation du cabinet anglais, qui déclare par Torgane de lord John Russell qu'une telle cession serait la fin de Ualliance entre la France et l'Angleterre, parole gra^ et bien propre à faire réfléchir. Ce double veto suffirait pour nous faire juger comme au moins impolitique une telle exigence ; mais, imposée à la détresse d'une nation que nous appelons notre alliée, elle nous semblerait inique et cruelle, et nous avons peine à croire que les avantages que la France en retirerait parvinssent à lui en déguiser l'odieux. D'autres considérations ne sont pas moins décisives. C'est au nom du principe des nationalités que nous rendrions aux Italiens Rome et Venise, et par le même acte, au nom du même principe, nous détacherions de leur pays, pour nous les approprier, des populations italiennes par le langage, par les traditions, par le sang ! Les peuples se soucient en général assez peu de la logique, mais il est certaines contradictions trop significatives qu'ils ne supporteraient pas même aujourd'hui. Il y aurait en Europe un cri de réprobation unanime contre un pareil traité. Nous avons approuvé l'annexion de la Savoie, bien qu'elle ait eu le tort de venir après des protestations de désintéressement un peu trop réitérées, parce qu'elle était le retour d'un peuple vers sa vraie patrie ; mais dans toute acquisition de territoire qui n'aurait pas cette justification, nous ne pourrions voir qu'un abus de la force.

Nous ne pensons pas qu'il y ait en Italie un seul parti

OU même nn seul homme politique important disposé à se montrer sur ee point de composition plus facile que le baron Ricasoli. Les ressentiments profonds que Oaribaldi a gardés au fond du cœur au sujet de la cession de Nice ont eu du moins le résultat d'éveiller la susceptibilité nationale et de rendre impossible toute nouvelle transaction de ce genre.

Ce motif intéressé une fois écarté, ne i-este-t-il donc à une politique française, vraiment digne de ce nom, aucun mobile assez puissant pour la décider à apporter à'ia cause italienne sinon son appui, du moins sa neutralité? La France n'est-elle pas engagée d'honneur à laisser achever rœuvre à laquelle elle a si longtemps coopéré ? N'y va-t-il pas aussi de ses plus chers intérêts ? Cette nation créée à ses côtés, la France peut-eDe s'exposer à ne l'avoir plus pour alliée, surtout dans l'état d'isolement où elle se trouve aujourd'hui ? Celte force, en partie notre ouvrage, devrat-elle se retourner contre nous, servir d'avant-garde à nos ennemis, résultat inévitable si on blesse l'Italie et si on la mécontente ?

Il n'y a plus de moyen terme : au point où en sont venues les choses, il faut ou soutenir jusqu'au bout le nouveau royaume d'Italie, ou le détruire. On demande où sont nos engagements au sujet de Rome? Nos engagements sont dans nos actes, ce qui est plus sérieux que des paroles. Notre politique, depuis ces dernières années, équivaut aux promesses les plus formelles, aux déclarations les plus solennelles. Personne ne s'y est trompé, ni amis, ni ennemis. Nous n'avons plus le droit de faire des conditions, il ne nous reste qu'à tenir nos engagements, ou à déclarer que nous nous sommes trompés. Toute autre politique est imprévoyante et maladroite ; elle ne réserve le présent que pour compromettre l'avenir ; elle nous fait perdre tous les fruits de nos sacrifices, et ne nous laisse pour compensa-

tion que les sympathies du cabinet de Madrid avec les offres de concours de MM. Mon et Collantes, ce qui est un médiocre sujet de consolation.

Plusle moment est critique pour Tltalie, plus la reconnaissance qu'elle nous gardera sera durable. Des services offerts une fois le danger passé perdent tout leur prix, et Tinstinct populaire est en ceci plus clairvoyant qu'on ne pense. Les hommes d'État de Turin sont pris en ce moment entre plusieurs obstacles qui, peu redoutables séparément, sont menaçants par leur simultanéité. Le principal de ces périls, qui est sans cmiiredit celui que leur crée la situation du royaume de Naples, est aggravé par la mauvaise volonté de partis inintelligents et inquiets. L'un leur demande la guerre immédiate, l'autre exige d'eux qu'ils prononcent eux-mêmes la dissolution du royaume pour faire place à la fédération républicaine. Ils ont en même temps à faire face à toutes les difficultés de l'organisation intérieure.

Le spectacle qu'offrent depuis plus d'un an les populations^ napolitaines est, selon l'usage, un sujet d'irritation pour les uns, de triomphe et de joie pour les autres. Quant à nous, voici longtemps que nous étudions avec une curiosité douloureuse cette étrange énigme, dans l'espoir d'en pénétrer le secret, et nous nous demandons encore à quel point de vue et dans l'intérêt de quelle cause on peut se réjouir des convulsions de cette population dégradée. Ce ne peut être dans l'intérêt de la cause royaliste, car c'est cette même population qui, il y a un an à peine, chassait son roi après l'avoir avili. Ce n'est pas dans Tintérêt de la cause républicaine, car, si elle a acclamé Garibaldi, elle ne lui a pas fourni un soldat. On ne peut s'en réjouir que dans l'intérêt des plus mauvaises passions. Quel est le régime, quelles sont les concessions dont on n*ait pas essayé sous les diverses administrations qui se sont succédé à Naples depuis dix mois, d'abord sous }l[. Pallavicino,

puis SOUS M. Farini, puis sous le prince de Carignan, puis enfin sous M. Ponza san Marlino? Rien n'a réussi : tous ont échoué et sont partis au milieu des malédictions, après aToir été reçus avec des applaudissements. La force seule peut réussir à Naples. Cette populace s'agite et se soulève comme la lave de ses volcans, sans motif appréciable ; on s'épuise à chercher à ce délire une explication dans Tordre des sentiments humains, tandis qu'on n'a sous les yeux qu'un phénomène de la nature matérielle. La population napolitaine n'a trouvé jusqu'ici qu'un gouvernement digne d'#le et sous lequel elle parût satisfaite, c'est celui du roi Bomba. Sous ce règne, pendant que tout ce qu'il y avait d'honnêtes gens dans le royaume de Naples était au bagne avec Alexandre Poërio, elle vivait en joie et ne songeait nullement à se plaindre. Aujourd'hui, le roi Victor-Emmanuel n'est pour elle qu'un tyran, et la législation la plus libérale peut-être qu'il y ait dans l'Europe continentale lui paraît une abominable oppression.

Or, ce déplorable état de choses, on ne doit pas se lasser de le redire, il ne tient qu'à la France de le faire cesser. Le foyer de ces désordres n'est pas à Naples, il est à Rome ; on l'y entretient ostensiblement sous la protection de notre armée. On y ouvre un lieu d'asile où les auteurs de ces méfaits sont sûrs de trouver non seulement l'impunité, mais des indulgences. Quoi d'étonnant que dans de telles conditions les troubles du royaume de Naples soient si difficiles à réprimer, surtout si Ton considère que le licenciement des armées napolitaines, après la paix de Gaëte, a mis en disponibilité des milliers de soldats qui n'ont jamais su distinguer bien nettement ce qui sépare le brigandage du service militaire ?

On conçoit qu'en présence d'une telle anarchie le projet de loi de M. Minghetti, relativement à l'établissement des régions, ait paru d'une application peu opportune et fait

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place à des tendances Ters une unité plus forte. Cependant la Chambre qui a discuté ce projet peu de jours avant la clôture de la session ne Ta pas rejeté définitivement, ce qui a permis à M. Minghetti de rester au ministère. On a adopté provisoirement l'organisation administrative piémontaise, qui fut en grande partie, si nous ne nous trompons, Tœuvre de M. Rattazzi, et qu'on a eu grand tort d'assimiler aux lois françaises, car elle est incomparablement plus libérale, ce qui n'est pas difficile. On s'accorde généralement à penser que le système régional pourra être remis en délibération, mais seulement pour la forme : on le considère comme condamné. Cette conception nous paraît regrettable au point de vue de la conservation et de la prospérité de ces cités qui n'étaient si florissantes que parce qu'elles étaient autant de centres politiques, et qui ne seront pas sans en souffrir grandement, assimilées à des villes de troisième ou de quatrième ordre; elle était, en outre, de nature à donner quelque satisfaction aux idées fédéralistes encore influentes en Italie. On la sacrifie aux besoins du moment, à la nécessité d'une union plus intime ; les Italiens sont meilleurs juges que nous de cette opportunité, et nous le croyons d'autant plus volontiers, que les hommes politiques qui ont jugé le sacrifice indispensable nous sont connus par le libéralisme de leurs opinions et de leurs sentiments. Heureusement on peut suppléer jusqu'à un certain point à cette lacune par une forte organisation de la province et de la commune ; et, pour s'instruire à cet égard, les Italiens n'ont qu'à chercher dans leurs propres traditions, ils y trouveront d'admirables enseignements.

Au reste, en présence des éventualités qui se préparent, ce qu'il faut à l'Italie, c'est une organisation militaire bien plutôt que des lois administratives, et c'est aussi ce qui rend urgente dans le Midi la répression que le général Cialdini vient d'être chargé d'y porter. Il faut que le dan-

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ger trouve la nation compacte et unie. Les Italiens, depuis le début de leur révolution, n'ont pas encore eu roccasion de montrer une de ces explosions d'énergie qui, chez les peuples vraiment dignes de la liberté, éclatent spontanément à rapproche des grands périls de la patrie. T^a crise hongroise qui touche à sa fin — ou à son commencement — lui apporte peut-être un moyen de trancher d'un seul coup toutes les difficultés qui, la paralysent. Que deviendra, en définitive, le mouvement national auquel nous venons d'assister en Hongrie ? Est-il destiné à succomber ? Est-ce un crépuscule, est-ce une aurore? Il commence à être bien tard pour les Hongrois ; ils ont perdu un temps précieux en temporisations inutiles ; ils ont laissé leurs ennemis exploiter leurs scrupules de légalité, exciter contre eux la jalousie de leurs voisins, et se fortifier en silence, grâce à une manœuvre assez semblable à celle iqui a servi de prologue aux scènes de Varsovie ; mais comment désespérer de cette race généreuse et chevaleresque? L'empire d'Autriche n'est pas aujourd'hui plus fort qu'il l'était il y a douze ans ; mais l'Italie est un ennemi beaucoup plus redoutable qu'elle ne l'était alors, et il est douteux que la Russie ^soit disposée à offrir au cabinet de Vienne une nouvelle occasion d'étonner le monde à si peu de frais. L'Autriche n'étonne plus le monde que par l'excès de son libéralisme. Nous en sommes effrayé pour les peuples qu'elle appelle à participer malgré eux aux bienfaits de la constitution Schmerling. Nous ne partageons en rien la confiance et la sécurité qu'elle a le don d'inspirer à beaucoup de publicistes. Nous croyons médiocrement aux conversions improvisées : un avenir prochain dira si ces pressentiments nous ont trompé. Il est toujours infiniment ijifficile de transformer une grande monarchie militaire en une monarchie constitutionnelle, même lorsqu'on y est aidé par une nation forte et homogène ; mais que peut-on

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attendre d'une réforme proclamée dans le vide, destinée à des populations sans sympathie, sans communauté d'intérêts, auxquelles le nom de patrie ne rappelle que des idées de contrainte et d'exploitation, d'une réforme conçue et dirigée par l'autorité même qu'elle est censée «leToir dépouiller de ses plus magnifiques attributions? Yoilà pourquoi le libéralisme autrichien nous est suspect, et les peuples de Tempire font preuve de peu de clairvoyance en s'armant les uns contre les autres au moment où Ton se prépare à le leur imposer à coups de canon.

Nous ne croyons pas davantage au succès de la transformation que tente en ce moment le nouveau sultan, bien que la sincérité de ses efforts ne soit douteuse pour personne. Ici les obstacles sont plus invincibles encore, parce qu'ils ne tiennent pas seulement à une fausse combinaison d'éléments sans consistance et sans unité, mais au caractère même des individus, au génie de la race, qui est antipathique à l'esprit de notre civilisation. L'idée de greffer nos mœurs et nos institutions sur la vieille société turque n'offrira jamais pour résultat qu'une parodie grotesque et affligeante pour l'original aussi bien que pour la copie. L'effort de ces deux civilisations pour se fondre et se pénétrer ne produira jamais que des monstres. L'islamisme turc est d'ailleurs dans un tel état d'épuisement, que, n'eùt-il pas à se défendre contre un contact qui lui est mortel et qui l'enveloppe de toute part, on se demande comment il trouverait en lui-même assez d'éléments de régénération pour reprendre vie. Ex nihilo nihil : le plus grand homme lui-même ne parviendrait pas à créer quelque chose avec rien et à rendre à ce peuple sa vitalité éteinte. On a vu vers le déclin de l'empire romain ce que peuvent les grands hommes. Ils n'ont servi qu'à marquer les étapes de la décadence. Abdul-Azis pourra-t-il, à leur exemple, retarder de quelques années la chute de la domination

turque? Il ne suffît pas, pour y réussir, de quelques économies réalisées sur le budget du sérail, et il serait fort prématuré de l'affirmer: mais, en présence du genre.de paix dont jouit aujourd'hui l'Europe, "en présence de cette fausse tranquillité plus anxieuse et plus pénible que la guerre, on ne sait plus si Ton doit craindre ou appeler ce dénouement.

Serions-nous déjà condamnés à placer les États-Unis au nombre de ces empires dont la régénération doit être considérée comme une utopie? Dieu nous garde d'une telle pensée ; un grand vide se fera dans le monde le jour où la république de Washington en disparaîtra, et, en dépit des prophètes de mauvais augure, nous croyons que ce ^jour est encore loin de nous. On n'envisage pas sans appréhension pour l'avenir tout ce que la civilisation américaine a perdu depuis la mort des grands fondateurs de l'Union. L'esclavage a fait pénétrer peu à peu dans ses mœurs et ses habitudes politiques toute la corruption qu'il porte en luimême ; mais il y a dans ce peuple tant d'éléments de force et de vie qu'il est impossible de désespérer de sa résurrection. Cependant, quelle que soit l'issue de la grande crise qu'il subit en ce moment, soit qu'un triomphe inattendu vienne couronner les efforts du président Lincoln, qui montre tant d'énergie sur le papier et si peu d'activité dans la direction effective de la guerre contre le Sud, soit que l'impuissance des deux partis belligérants amène et impose des compromis, on ne saurait se dissimuler que les institutions des États-Unis en recevront inévitablement une atteinte fâcheuse. Les démocraties ne passent jamais impunément par les crises militaires. La révolution actuelle a déjà porté un premier fruit, la suspension de Xhaheas corpus : nous faisons des vœux pour que ce soit le dernier.

En attendant que les événements prononcent, le trouble profond qui règne partout dans les esprits se manifeste

par des acte» en apparence inexplicables. Telle est cette singulière insurrection protestante en Espagne sur laquelle plane encore un singulier mystère. Telle est en Allemagne cette tentative d'assassinat commise par un étudiant sur la personne d'un roi loyal, inoffensif, honnête homme et aimé de ses sujets. Si Ton a pu dire que le poignard de Louvel était emmanché dans une idée libérale, on ne dira pas que le pistolet de Becker ait été dirigé par une idée pratique. La folie la plus extravagante peut seule expliquer le raisonnement qui lui a inspiré sa résolution, et qui lui a fait choisir une victime aussi innocente. Ce qui est presque aussi insensé, c'est le risible acharnement avec lequel des écrivains français se renvoient la responsabilité d'un acte si essentiellement individuel. Ce n'est jamais sans un étonnement profond que nous voyons des partis qui se respectent s'imputer réciproquement une part de complicité dans de telles entreprises., Ils se calomnient encore bien plus qu'ils ne pensent. Il n'est pas de parti qui ait le monopole de l'assassinat politique, et ceux qui imputent à la démocratie la tentative de Becker pourraient tout aussi bien l'attribuer à l'orateur qui naguère, au Corps législatif, représentait la campagne d'Italie comme le résultat d'un attentat de ce genre. Il n'est pas moins oiseux de discuter le degré de perversité de ces actes, il est évident qu'elle dépend toujours de celle des intentions. On ne saurait trop flétrir le crime, mais les plus belles déclamations n'empêcheront pas que Charlotte Coixlay ne soit une fille héroïque.

9 août isei.

La politique intérieure est en vacances et n'oiïfe aucun événement qui mérite d'être mentionné. Elle se repose de ses mémorables travaux, et ses sujets se reposent aussi des

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beaux discours qu*oii leur a fait, eateadre. L'édilité parisieone est, avec la diplomatie^ la seule partie de radjninistration qui ait le privilège de faire parler 4*eUe aujourd'hui. L'attention croissante et quelque peu inquiète avec laquelle le public observe le déploiement de sa dévorante activité, lui donne une importance .toute nouvelle, et .elle-même, on le voit à ses actes, n*est pas loin de s'attribuer une mission politique : il y a quelques années, on eût dit sociale. Si Kdilité parisienne n'était pas déjà si occupée, on pourrait croire qu'elle a trop lu l'histoire romaine. Elle a tout au moins entendu dire tiue Rome a été rebâtie tout entière sous les premiers Césars et elle prend exemple là-dessus. Mais si telle est sa pensée, elle contracte un engagement dont elle ne prévoit pas toute la portée. Quand Paris sera rebâti, croit-elle qu'elle pourra licencier du jour au lendemain l'armée de clients qu'elle a prise à sa solde? Voudrat-elle porter jusqu'au bout le poids de cette comparaison dont certains écrivains ont cru faire une flatterie, tandis qu'elle n'est en réalité qu'une injure ? Le véritable tort de la transformation qui s'opère à Paris n'est pas seulement, comme on le dit, de sacrifier une gi^ande partie de la fortune publique, un immense capital, accumulé à une régularité stérile, à la fureur de l'alignement, c'est surtout d'appauvrir une partie de la population au profit d'une autre, et d'accoutumer une portion importante des classes ouvrières à compter sur une ressource, qui, par nature et par nécessité, ne peut être que très passagère. Il faut lire à ce sujet le travail intéressant et plein de faits que vient de publier M. Ferdinand de Lasteyrie sur les démolitions de Paris. Cette spirituelle brochure ^ aura le mérite d'avoir signalé la première le danger qui se cache sous ces prétendus embellissements.

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