Ou réponse au discours de la couronne
2. Voir, dans le Moniteur universel du 20 février 186^, Thistorique des motifs qui engagèrent le gouvernement de Tempereut à refuser aux évêques français Vautorisatioi, de se rendre k Rome.
se.
que vient de prendre le gouvernement français au sujet de la convocation des évéques à Rome. Les égarements même des passions sont, dans une certaine mesure, salutaires et nécessaires à la marche des choses humaines, surtout dans ces temps de langueur et d'équivoque. Il est temps, dans
l'intérêt de l'Eglise comme dans celui de l'Etat, qu'on rejette des deux côtés les circonlocutions et qu'on se dise quelques bonnes vérités face à face.
La convocation des évêques catholiques à Rome et le refus du gouvernement français d'obtempérer aux vœux de la cour pontificale font entrer la question romaine dans une phase nouvelle, qui laissera plus de place à l'imprévu et rendra les temporisations plus difficiles. Cette grande manifestation, dont le but n'est pas difficile à apercevoir sous le prétexte assez bizarre que là cour de Rome a invoqué, n'est pas sans précédents dans l'histoire , mais ce qui montre la différence des temps, c'est justement qu'on ait cru devoir invoquer un prétexte. Lorsque Grégoire IX convoqua les évêques de la chrétienté en concile contre son adversaire l'empereur Frédéric, il ne laissa ignorer à personne que c'était pour le frapper de l'anathème. Alors comme aujourd'hui, le pouvoir séculier déclara qu'il s'opposerait au départ des prélats; mais ce qui achève de caractériser l'esprit des deux époques, c'est que les évêques de ce temps-là se rendirent à Rome malgré cette défense, tandis que les nôtres se garderont bien de quitter leurs diocèses. Si l'on compare les dangers qu'offrait au treizième siècle un voyage entrepris dans de telles conditions aux inconvénients j-elativement très légers qu'il entraînerait aujourd'hui pour des prélats récalcitrants, on se dit qu'il est impossible d'attribuer un tel changement à la pusillanimité ou à l'affaiblissement de la foi. Il n'est dû évidemment qu'au progrès qu'ont fait les vertus d'obéissance, de résignation et d'humilité au sein du. clergé catholique.
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Quoi qu'il en soit, il n'y a pas eicès de franchise de la part de la cour de Rome à affirmer aussi solennellement que ce coup de tocsin, qui va mettre en Tair toute la catholicité, n'a d'autre but, dans- sa pensée, que la vérification des titres de deux ou trois martyrs japonais. Voilà ce que ne croiront jamais ceux qui ont vu de près avec quel sans façon on exhume et on exporte pour le monde entier les martyrs extraits des catacombes. Il est à supposer que les martyrs japonais seraient médiocrement flattés du bruit qu'ils font dans le monde, si le véritable sens des hommages qu'on leur adresse pouvait leur être connu. Ce n'est pas par 1 héroïsme que ^brille la politique qui se couvre de leurs exploits pour cacher ses propres visées. Un peu de courage et de franchise ne serait pourtant pas de trop lorsqu'on veut glorifier le martyre. L'année dernière, à pareille époque, la cour de Rome, après avoir menacé de sa foudre les têtes les plus augustes de l'Europe, en détournait prudemment les éclats sur le duc de Bade, prince honnête et inoffensif, le seul dont elle n'eût rien à craindre ; aujourd'hui elle voudrait faire peur, et n'ose pas même convoquer un concile sans lui assigner un but fictif et dérisoire.
Malgré ce manque de franchise et de décision, dont Rome seule n'est pas coupable aujourd'hui, l'incident qui vient de se produire nous paraît de nature à accélérer le dénouement que nous appelons depuis si longtemps de nos vœux. Tout a été dit de part et d'autre au sujet de la question romaine. Les faits sont surabondamment connus, la cause est instruite ; la persuasion a fait son œuvre, c'est à la force des choses à faire la sienne. Yoilà pourquoi nous ne serions pas fâché de voir les passions se mêler de la partie» On en est venu peu à peu des deux côtés à ce point où, pour dernière explication, une bataille seule est possible. On voit maintenant combien tous les efforts tentés
en faveur d'une transaction ont été chimériques, et quelle faute le cabinet français a commise lorsque, autorisé à évacuer Rome, et par Tingratitude du gouvernement pontifical, et par ses sommations impérieuses, il s'est obstiné à y engager de plus en plus une responsabilité pleine de périls sans gloire et de dévouement sans récompense. La correspondance diplomatique publiée à Tépoque de l'ouverture des Chambres a été une démonstration pratique de l'impossibilité du statu quo, et a de plus prouvé assez clairement que le gouvernement français, qui a longtemps trouvé son compte à cette politique d'immobilité, commence à ne plus lui reconnaître les mêmes avantages. La nouvelle levée de boucliers du Vatican est une mise en demeure plus pressante qu'aucune de celles auxquelles il a résisté, et quelle que soit l'attitude des prélats français, les hostilités entre l'Eglise et l'Etat ne peuvent que prendre désormais un caractère de plus en plus passionné. - Gomme le mouvement de désaffection que nos hésitations ont produit en Italie suit également une marche progressive, il est facile de calculer presque mathématiquement l'heure ou nos ménagements pour deux causes rivales, après les avoir attachées à nous par l'espérance, les éloigneront l'une et l'autre par la déception. A ce moment auquel déjà nous touchons, le statu quo ne nous ^ rapportant plus que des haines, il faudra bien, bon gré ou mâd gré, l'fiJîandonner. Du côté de Rome, ce résultat est déjà tout obtenu, il n'est pas permis à un esprit clairvoyant de conserver la moindre illusion à cet égard ; du côté de l'Italie, il est au moins fort avancé, malgré tous les souvenirs qui militent en notre faveur. Il est certain, par exemple, que, si au lieu d'un ministre loyal et ferme, mais un peu immobile/ comme M. Ricasoli, l'Italie avait eu un politique remuant, inventif et hardi, comme elle en a montré quelques-uns, elle serait aujourd'hui en état de
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se passer de nous, et ralUance franco-italienne se trou-verait fort compromise. Il est désormais facile à lltalie d'avoir en Europe des alliés qui n'exigeront jamais d'elle les sacrifices que nous lui avons imposés jusqu'ici, et dont elle n'a pas à redouter d'occupation permanente sous prétexte de protection. Ce n'est ni l'Angleterre, ni la Prusse, ni la Russie, qui, comme nous, l'ont tour à tour secourue, asservie et humiliée, qui l'ont forcée pendant des siècles à garder la papauté dans son sein, comme le fer dans la blessure. Pourquoi lui suggérer des comparaisons qui ne peuvent lui rappeler que ce que notre alliance a d'onéreux? Pense-t-on que la reconnaissance soit un sentiment si difficile à lasser chez les peuples ?
Si la France veut sortir de l'impasse où elle se trouve enfermée relativement à la question romaine, il faut dès aujourd'hui qu'elle choisisse résolument entre l'alliance de la papauté et celle de l'Italie, car la politique suivie jusqu'à présent la conduirait tout droit à les avoir toutes deux pour ennemies. Si elle choisit la réconciliation avec Rome, elle ne peut ignorer à quoi elle s'engage : les conditions d'un tel raccommodement ont été assez nettement stipulées. Les dernières notes diplomatiques ^ échangées entre le cardinal Antonelli et M. Thouvenel ne laissent, sur ce point, aucune place à l'équivoque. La paix avec Rome, c'est la réintégration du gouvernement pontifical dans toutes ses anciennes possessions. Comme le disait le subtil secrétaire d'État romain à M. de Lavalette, l'intégrité du territoire pontifical est protégée par un serment que le pape et les cardinaux sont tenus de prêter avant même leur nomination, en sorte que ni un pontife ni même un conclave n'ont le droit d'y toucher. Ingénieux arrangement, d'où il résulte que Tautorité infaillible qui peut
1. Elles portent la date des 26 novembre 1861 et 11 janvier 1862.
décréter des dogmes et décerner des apothéoses, est impuissante pour aliéner un pouce de terre de ce domaine sacro-saint, formé en grande partie par la main pieuse de César Borgia!
Telle est la condition sine qua non de toute réconciliation avec la cour romaine. Je ne parlerai pas des clauses accessoires et des concessions de tout genre qui, à Tinté- .rieur. seraient la conséquence forcée de ce baiser de paix ; la France, dans le cours de ses épreuves, a été plus d*une fois humiliée devant Tultramontanisme, et elle se souvient de ce que les victoires de ce parti ont eu de lâche et de honteux. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'elle ne l'a jamais subi qu'en ces jours néfastes où elle était réduite à tourner ses forces contre elle-même. Si quelque revirement imprévu devait nous faire assister de nouveau au triomphe de ce parti, nous le verrions sans alarmes : il n'a jamais porté bonheur aux pouvoirs qui se sont appuyés sur lui. Ce revirement serait d'ailleurs un calcul qui courrait grand risque d'être trompé par ceux mêmes au profit desquels il serait cenâé s'accomplir : « La confiance une fois morte ne renaît jamais plus, » a dit Machiavel. Mais, à s'en tenir à la question extérieure, il est fort douteux que l'Europe nous laissât aujourd'hui détruire l'ordre de choses que nous avons contribué à fonder en Italie; si nous pouvions avoir telle pensée, elle s'y opposerait au nom des mêmes raisons qui ont motivé ses inquiétudes d'alors, c'est à-dire de la paix générale, et au nom de toutes les considérations nouvelles qui font maintenant de l'existence du royaume d'Italie une condition essentielle de l'équilibre européen.
Cette hypothèse écartée, il ne reste de possible qu'une adhésion pleine et entière aux justes exigences d'une nation amie que nos lenteurs et nos tergiversations éloignent peu à peu de nous. Ne l'habituons pas à chercher ses alliés ailleurs que du côté de la France. Bien qu'il soit de
mode de Tacouser d'ingratitude à notre égard, les sentiments du peuple italien pour nous sont encore ceux d'une reconnaissante sympathie. Nous en avons sous les yeux un témoignage chaleureux et spontané dans le premier ~ numéro du journal quQ le général Turr vient de fonder à Milan sous le titre de VAlleanza, Ce journal s'est proposé pour but de resserrer les liens de toute sorte qui se sont établis entre l'Italie et la Hongrie par une longue communauté de gloire et de malheur, et personne n'était plus digne que l'honorable général de parler au nom de ces deux sœurs, qui sont ses deux patries. La presse n'est-elle pas d'ailleurs aussi un champ de bataille ? Nous souhaitons au général Turr d'y être a^si heureux qu'il l'a été en d'autres combats. Si cette feuille voit se réaliser son pro-. gramme, ce ne sera pas sans que d'importants changements se soient opér^ dans le monde, et, à ce point de vue, nous sommes tous intéressés à son succès. Pour eu revenir à notre sujet, ce qui nous a le plus frappé dans ce manifeste de l'alliance italo-hongroise, c'est que sa première parole est pour la France, circonstance d'autant plus remarquable qu'il s'adresse à la portion la plus active et la plus impa- , tiente des partis italiens.
Ces sentiments nous constituent en Italie une influence qui est à la fois la plus légitime et la plus durable qu'une
grande nation doive ambitionner, et cette influence, il est temps de la sauvegarder si. nous ne voulons pas la voir passer en d'autres mains. La grande erreur du cabinet . français a été de croire qu'il amènerait un jour la cour de Rome à accepter une transaction, mais son illusion serait sans excuse s'il y persistait en présence de l'attitude du gouvernement pontifical. Le droit de lltalie et des Romains ' de s'appartenir à eux-mêmes une fois bien établi (et jamais .droit ne l'a été plus péremptoirement), il ne s'agit plus de le faire agréer à la cour romaine, mais de le lui imposer.
43*2 GHRpMK^^a PO&lTiQUBS.
^ Si Ton analyie les limites qui circcNiscriveot bistoriqoe-meot la souveraineté pontificale et qu'elle revendique ftujourà'hui si h^ut, on verra qu'il n'en est aucune qu'elle ait accepté de son plein gré ; il n'en est pas une seule qui n'ait dix eue l'œuvre de la contrainte, car toute limite a
' toujours été à ses yeux une profanation et un empiétement sur ses droits inaliénables. Elle subira donc cette transformation comme elle a subj^ toutes les métamorphoses qui constituent son histoire, en protestant, jnais en se pliant à la loi qui régit les choses humaines. Malgré son orgueilleuse inflexibilité, eette puissance, habituée à adorer dans chaque événement un décret «pécial de la Providence, a au fond beaucoup plus de souplesse qu'on ne suppose pour se soumettre aux foits accomplis. Condamnée alors à être libre et soumise au droit commun, elle s'habituera à voir dans la liberté une sauvegarde au lieu d^ela considéra comme son ennemie ; et elle-même s'étonnera qu'il lui ait si longtemps fallu un genr^ d'indépendance inconnu jusque-là dans le monde et formé de l'asservissement de tout un peuple. Si cet événement, déjà en partie consommé, se réalise, nous seions délivrés presque entièrement d*une question qui est aujourd'hui le plus grand obstacle à la liberté française, car il est permis de croire qu'à l'avenir aucun pouvoir, qiiel qtt*il fût, n'oserait recommencer l'expédition de Rome. La France nous paraît avoir payé assez cher le droit d'être désormais neutre dans cette querelle.
En même temps que le gouvernement français se lasse d'un dévouement qu'il sent bien ne devoir loi être jamais pardonné, le conflit austro-prussien qui vient d'éclater,
. après avoir longtemps eonvé ^os la poussière discrète des chancelleries germaniques, apporte des chances heureuses à l'Italie aussi bien qu'à la Hongrie. Une alliance entre la* Prusse et l'Italie était indiquée plus peut-être qu'aucune
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autre en Europe, et po«r la retarder jusqu'à présent, il n'a .. pas fallu EQoins que Fifictncexable pfoique que nos deut batailles gagnées avaient répandu^ en ÂHemagne. Aujour* ' d'^i le pacte se renoue sous des auspices moins redoutables, et il paraît certain que la reconnaissance dn^roytume *' * ' . . dltalie par la Pitisse en tprmera comme la déclaration ' " • . publique. Il dépend des deux alliéB de ^fendre ce ptfctefécond en grandes conséquence^. Mais le roi de Prusse . " actuel nous paraît trop formaliste et trop bour^oisement • sage pour se laissrer jamais gagner par la' fièvre ambitieuse ': -^ * de son aïeul ou pa» f humeur aventureuse et chevaleresque de Victor-Emmanuel. S'il en est ain»i,' tl aura manqué k une destinée toute écHte d'eirance, destinée qui consiste, non, comme on le dit, à créer l'unité germanique,* mais à unifier l'Allemagne du Nord, qui seule désire et appelle te protectorat prussien.
Le rapide ckangement de front opér^ par l'Autridie dans cette circonstance confirme, tout ee qui a été dit de l'habileté de son ministre principal ; mais tîlle ne inonf rê pas sa loyauté politique sous un jour aussi avantageux. Unitaire la veille, ou du moins partisan de sa propre hégé- ^ *
monie comme la Prusse l'était pour é!le-i»eme, le cabinet autrichien a porté un coup de JarrïiLc*à «a rivalQ en "Se ralliant tout à coup au plan fédéraliste d^ M. dé Benst. * Son avantage était dene sa dée]|u*er qu'au dernier moment, parcç que les Etats secondaires, heureux de voir m^ntenue la rivalité qui les fait vivre et.durer^ s'étaient, après quelques hésitations, réunis en faisceau autour de M. de Beust, pour sin terposer.au besoin en médiateurs tout* ' '. *, \ puissants, «ans prévoir l'adhésion formidable qui allait les absorber et rompre l'équilibre. Il n'est pas diHieile ^e, * comprendre qu'entre les mains de TAutriche le plan de SI . de Beust deviendra ce qu'il pourra, ou plutôt ce que '^ rAutricbe voudra. Le cabinet de Vienne se montne ainsi . .
Éi^H^^^^MMiMtt^il^l
aTec la même supériorité, unitaire en Autriche et fédéraliste en Allemagne, et comme il a eu, dans ses récentes vicissitudes, de nombreuses occasions d'étudier alternativement le fort et le faible de ces deux situations, il pourrait accepter définitivement les apothéoses que la badauderie européenne s'est empressée de lui décerner, n'étaient quelques légers nuages qui s^amoncellent de trois côtés, du côté de la Hesse, du côté de la Leitha et du côté de TAdriatiqiie. Si ces nuages parviennent à se rejoindre, ce qui n'est point impossible, le gouvernement autrichien est destiné à baisser dans l'admiration des hommes.
On ne sait pas«u juste si c'est à lui qu'il faut attribuer la pensée de greffer un rejeton de la maison d'Autriche sur le trône relevé au Mexique ; mais cette conception n'a pas paru des plus heureuses malgré tout le bruit qui s'est fait autour d'elle. Croire que l'Autriche consentira à ^changer ses possessions de la Vénétie contre ce simulacre de royaume est d'une diplomatie tout à fait élémentaire. Au reste, rexpëdition du Mexique, considérée indépendamment du dénouement qu'on lui réserve, nous semble une idée politique très contestable. Si, comme on l'a laissé entrevoir assez claiwment, on se propose, non d'obtenir du Mexique une réparation pour les intérêts lésés, mais de le régénérer* il faut convenir que le moyen est singulièrement choisi. On a vu quelquefois des peuples régénérés par la conquête, mais c'était à la condition d'une vaste transfusion de sang nouveau, c'était alors une nation nouvelle qui naissait du mélange de deux races. Mais en quoi la présence de trois garnisons européennes et d'un prince autrichien pourra-t-elle amener un tel résultat? Il n'y a que la colonisation pratiquée sur une très large échelle qui pût y arriver, et cette colonisation les trois puissances envahissantes sont hors d'état de la donner au Mexique ; les États-Unis seuls la lui apporteront un jour.
Les divergences de vue et d'opinion qui séparent les trois puissarfces ne sont d'ailleurs un mystère pour personne. Les défiances ont commencé avant même le débarquement des troupes, ainsi que Tattestent les explications de lord Palmerston à la chambre des communes et Tombrageuse et avide impatience des chefs espagnols. Que serace lorsqu'il faudra partager les fruits de la victoire? Fondée sur de tels éléments, la, nouvelle monarchie du Mexique ne sera jamais qu'un de ces établissements stériles et artificiels qui se tiennent quelque temps debout, non en vertu de leur force propre, mais grâce à un ajppui extérieur, et qui tombent aussitôt que cet appui leur manque ou qu'un ébranlement sérieux les menace. Ce sera quelque chose comme cette implantation d'une dynastie saxonne en Grèce, destinée elle aussi à régénérer le peuple grec, et qui n*a pas même réussi jusqu'à présent à y prendre racine.
8 mars 1862.
On peut affirmer sans être prophète que les quinze jours qui viennent de s'écouler marqueront une date dans l'histoire de l'empire actuel. Si ce n'est pas la date du grand renouvellement que plusieurs semblent attendre, ce sera tout au moins celle d'une grande déception. Il y a longtemps que les espérances n'avaient été si yivement surexcitées. Il leur a fallu assez peu de chose, à la vérité, pour s'émouvoir. Que voulez-vous? On lésa si bien accoutumées à vivre d'inanition qu'un rien les enivre. Il a suffi pour cela de quelques discours qui annoncent une modification inévitable dans l'équilibre des partis, d'une opposition inattendue du Corps législatif, d'ordinaireusi conciliant,
436 " ' GHâONIQUBS P0L1TIQU£S.'
. si empresié de raidre justice aut vues du gouvernement, et enfin d^une nouvelle qui serait en etfet considérable si ellt n'^avaît encore besoin de confirmation, à savoir qu'il y a de nouveau une jeunesse en France.. Ce dernier fait surtout est grave, parce qu'il %i'a' nullement été prévu. Cette forcé merveilleuse et d^une incomparable expansion qu^on nomme la jeunesse avait si bien, disparu de notre société qu'on fi*était arrangé pour $'èn passer, et ^'aucun calcul n'en a tenu compte. Elle va donc décopcerter beaucoup de prévisions. Il est simplement exact d'affirmer que nos mécaniciens politiques, tous tant qu'ils sont, ont fait
^ dans leurs combinaisons abstraction complète des éléments dont cette force se compose, tels que: l'audace, la générosité, le dévouement, l'amour de la liberté et d'autres passions juvéniles. Si le bruit qui a couru ces jours derniers venait à se vérifier, il faudrait leur (aire une petite place dans la société actuelle, parce que les passions refoulées persistent jusque dans l'âge viril et prennent alors un caractère décidément farouche et intraitable.
Mais n'escomptons pas des espérances qui nous ont déjà si souvent trompés, et tenons-nous-en aux faits. Il en est un qui a surgi inopinément à la joie des uns et au grand effroi des autres et que nous voudrions apprécier à sa juste valeur. Nous n'avons pas besoin de dire que nous ne sommes pas de ceux qui le voient avec alarmes. Nous parlons ici de la scission éclatante^ qui vient de se produire parmi les partisans de la politique actuelle. Ce fait n'a pu paraître extraordinaire qu'en raison de notre longue immobilité, car il n'a en lui-même rien d'anormal. L'empire ne peut se soustraire à la loi qui régit tous les
1. Cette scission se manifesta à l'occasion de la discussion de l'adresse et d'un discours-programme de M. Piétri qui réclamait nettement le progrès sous toutes ses formes. (Voir la séance du Sénat du 21 février 1862.)
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systèmes, politiques; il a eomme eux se9 deui pôles, son parti du mouvement et son parti de la résistance» et, s'il paraît à quelques-uns se décomposer au moment qù il les met au jour, c'est que la cohésion au moyen ie^ laquelle il s'efforce de les maintenir eu faisceau n*a plus do raison d'être. La nécessité qfi\ a si longtemps {ait taire tous les dissentioients n'existe plus, par cela çeul ^u^on n'y croit plus. Cette dualité qui se manifeste en lu^ est uue sorte de crise historique que tous les gouvernements subissent à un moment donné ; mais elle coïncide d'ordinaire avec rétablissement des institutions libres, qui seules peuvent lui assurer uil développement régulier. Elles seub^ ont assez de souplesse pour permettre à un gouvernement de passer altemativement et sans secousse de Tune à l'autre des forces sociales sur lesquelles il s'appuie. Sans la liberté il ne peut se servir de celles-ci qu'en sacrifiant celles-là ; au lieu de se concilier elles se jettent dans les extrêmes et ne se rapprochent que pour se combattre.
Les idées et les sentiments que représentent les deux opinions qui viennent de s'entre-choquer au sein du Sénat différent par trop de côtés à la fois pour que le pouvoir puisse, sans danger, s'appuyer tantôt sur l'une et tantôt sur Tautre, à moins d'avoir préalablement élargi sa base, et de n'être par là plus tenu à autant d'unité. Avec la liberté, ces sortes d'oscillations fortifient un gouvernement ; sans elle, elles l'ébranlent, l'exposent à des chocs désastreux, à des contradictions perpétuelles, ou le condamnent à l'iso* lenoent. Les deux éléments qui ont créé le pouvoir actuel, l'un chez lequel dominent les tendances égalitaires et les passions démocratiques, l'autre qui obéit exclusivement à Tesprit de conservation, d'immobilité et* même de retour vers Iç passé, loin de se fusionner, se repoussent de plus en plus. Ils ont chacun un programme très défini et marchant en sens contraire. Us s'éloigneront donc de plu^ en
plus Tun de Tautre. La politique qui a consisté à les ménager et à les contenir tous deux en même temps, tantôt par des concessions égales, tantôt par des rigueurs simultanées, devient impraticable maintenant par la raison qu'il est impossible de dire à la fois oui et non pendant plusieurs années avec le même succès. Dès lors, elle sera mise en demeure de choisir entre ces deux extrêmes, ou de chercher un nouveau centre de gravi lé qu'elle ne trouvera que dans la satisfaction des tendances libérales.
Si le tableau que nous venons de présenter des procédés et des expédients naturels de cette politique est exact, tout le monde Taura reconnue dans les mesures qui ont suivi les discussions enflammées du Sénat. Elle avait fait au parti du mouvement des concessions qui avaient paru de véritables engagements à cette présomptueuse démocratie, mais Tattitude du Sénat a fait dé nouveau pencher la balance en faveur du parti de la résistance, et c'est évidemment à la vivacité de ses plaintes et de ses réclamations qu'il faut attribuer le pas en arrière dont nous venons d'être témoins. La déconvenue qu'a subie en cette circonstance le parti qui s'est intitulé lui-même la démocratie impériale, ne sera probablement considérée par personne comme une calamité publique ; mais tout le monde regrettera l'atteinte nouvelle et durable que vient de recevoir le haut enseignement à l'occasion d'une crise aussi passagère. ' Ce coup était d'autant plus inattendu qu'il a frappé un professeur ^ qui, à son rare talent d'écrivain, joignait le talent encore plus rare d'obtenir à la fois les encouragements du pouvoir et les applaudissements de l'opposition.. Ce n'était pas un mérite vulgaire que de montrer ainsi qu'il l'a fait comfment le libéralisme et l'autorité peuvent se rencontrer dans une synthèse sémitique.
1. Un arrêté suspendit le cours d'hébreu que M.Renan avait commencé au Collège de France, le 23 février 1882.
Nous ne quitterons pas ce sujet sans payer un tribut de sensibilité au malheur du journal qui a reçu la principale pari de ces disgrâces administratives. C'est celui même qui,' récemment, dans une discussion périlleuse pour la presse, nous témoignait son intérêt en signalant notre opinion par des citations bien choisies, attention délicate dont nous avons été vivement touché. Le public a été aussi affligé que surpris de voir cette vaillante feuille recevoir une telle récompense après ses glorieuses campagnes contre les anciens partis. Ces souvejiirs ne Font pas protégée. Hélas ! il est donc vrai que les lauriers attirent la foudre I son zèle n'en sera pas refroidi, car il s'inspire à des sources que ne connaît pas le cominun des hommes; mais Thistoire dira que, malgré ses intempérances, il méritait d'être mieux apprécié. Au reste, le dévouement ne serait pas une si admirable vertu s'il n'était quelquefois méconnu; ce j[ournaI ce se vengera donc de sa mésaventure qu'en se ipontraot plus dévoué encore. Les consolations ne lui manqueront pas. Il sait bien qu'au fond on ne peut pas lui en vouloir. Il est comme ces bons serviteurs qu'où rudoie devant les étrangers, et à qui ensuite on ne. demande pas mieux que de pardonner. Euge bone serve et fidelis!
Le Sénat a fini de voter son adresse dont le texte est sorti intact et de tout point conforme au projet, rédigé il y a un mois, de cette longue et bruyante épreuve. En* jetant un regard rétrospectifsur l'ensemble delà discussion qui a préparé ce laborieux enfantement d'une œuvre déjà .formée de toutes pièces avant sa naissance, nous nous demandons pour qui elle a pu être un sujet d'orgueil et de satisfaction. Ce n'a pas été pour le gouvernement, car s'il a F^ussi à trouver une rédaction assez large, assez compré-