‹ Chroniques politiques, 1860-1865Chapitre 30 sur 39 · GonsnlUur le Moniteur umverael du le? au 10. mars · texte numérisé non relu

GonsnlUur le Moniteur umverael du le? au 10. mars

aucune chance d*être adoptés parle Corps législatif , pourraient bien avoir la majorité dans la nation.

La discussion de la nouvelle adresse a débuté symétriquement, comme au Sénat, par des lamentations de M. Plicbon sur la mauvaise presse qui rappellent assez bien celles de M. Ségur d'Aguesseau, et par une amplification oratoire récitée contre Tltalie par M. Kolb-Bernard, dont rhumeur belliqueuse nous paraît toutefois s'être sensiblement adoucie depuis un an. Cet orateur ultramontain a trouvé, pour célébrer Téloquence de M. Billault, des accents d'un pathétique qui a singulièrement dérouté les inductions que nous avions tirées de son discours de l'année dernière. Son argumentation, après avoir porté tout entière contre l'unité de l'Italie, contre l'ambition du Piémont, spoliateur de l'Église, conclut très inopinément en faveur du statu quo, ce qui en somme est plutôt fait pour plaire à l'Italie qu'à l'Église. Il nous paraît évident que l'honorable orateur est quelque peu dévoyé et ne parle plus au nom de ce qu'on a appelé le parti catholique, bien qu'il s'inspire encore de son esprit. Il a lu son discours, selon un usage qui a son bon et son mauvais côté, mais qui cette fois ne lui a pas porté bonheur. Il s^ëst trouvé, en effet, que toute son argumentation avait été réfutée d'avance et pour ainsi dire de point en point par un discours très sensé de M. Kœnigsv^rarter, qui avait pris la parole avant M. Kolb-Bernard et sur la même question. On devrait éviter de tels faits, qui donnent trop facilement raison à ceux qui voudraient proscrire tous les discours écrits, sans songer que cet usage, s'il produit quelquefois des harangues ennuyeuses, nous a aussi valu des chefsd'œuvre de raison et d'éloquence, et que si la facilité d'élocution est un don précieux, l'intarissable loquacité si commune dans cette patrie des avocats est un véritable fléau pour une assemblée.

La Chambre a pu aborder les délibérations de Tadresse, Tesprit délivré d'une obsession qui a un instant profondément troublé sa quiétude habituelle. Elle a pu se croire, en effet, sérieusement menacée djun conflit avec la couronne, et elle n'envisageait cette perspective qu'avec de vives angoisses. Elle a été plus étonnée que personne du rôle si nouveau pour elle dont elle s'est trouvée tout à coup investie. On aura plus tard quelque peine à comprendre que le Corps législatif actuel, vu ses antécédents et ses dispositions bien coneuès, att pu aller si loin dans la contradiction au sujet de cç projet^ de dotation en faveur du comte de Palikao,.si Von ne tient pas compte de l'illusion très explicable qoi l\ii a fait considérer au premier moment cçtt« mesure comme un simple projet ministériel. Depuis que la publicité lui a été rendue, avec la plupart des prérogativies extérieures de la liberté, il est retombé en plein sous le charme de la-vieilIe fiction parlementaire qui attribuait au ministère l'initiative et la responsabilité des décrets, et permettait ainsi de les combattre sans inconvénient. Il n'est pas douteux pour nous que si, derrière le projet de loi, le Corps législatif avait vu tout d'abord, au lieu d'un ministre, la personne de l'empereur, la commission n'eût été nommée dans un sens favorable à la proposition. De là l'embarras de l'assemblée lorsque la première .lettre* de l'empereur l'a brusquement rappelée à la réalité. Comment, d'une part, se déjuger aussi solennellement après une décision qui n'était pas définitive, il est vrai, mais qui était si explicite et si unanime? comment, de l'autre, répondre par un refus à une sollicitation si impérieuse et si pressante, mécontenter gravement un souverain à qui Ton a prodigué tant de témoignages

i . Voir ce projet au Moniteur Universel da 7 mars 1863. 2. Voir le Moniteur universel du 23 février 1863.

d'adnnration, dont on a jusqu'ici approuvé et secondé tous les actes ? ^

La seconde lettre* de l'empereur est venue à propos pour tirer no» députés de cette situation cruelle. Elle définit tr^s justement l'illusion sous l'empire de laquelle ils ont voté, en leur rappelant qu'aujourd'hui ce n'est plus le ministère qui est responsable de la loi, mais l'empereur. Gela est fort bien dit ; mais est-il aussi exact d'ajouter qu'aujourd'hui on discute \% loi pour elle-même, ce qu'on ne faisait pas autrefois? Llncidenl dont nous parlons tendrait à prouver; le contraire. Que signifie, en effet, le regret si universellement constaté qu*ont éprouvé nos députés à la lecture de la lettre impériale, âinon que la considération due à la personne de l'empereur effaçait à leur yeux tout l'intérêt que méritait la loi? SU est donc vrai d'affirmer que sous le régime parlementaire on rejetait' parfois des lois pour faire opposition à un ministère, il est encore plus vrai d'ajouter qu'Aujourd'hui on les vote pour ne pas faire d'opposition à l'empereur. Tout le progrès est là. Les mobiles sont, comme on voit, profondément changés, mais pas plus qu'alors on s'a atteinte cet idéal jusqu'ici inaccessible de discuter les lois pour elles . seules. Cet idéal sera toujours le fait d'une imperceptible minorité, à peu près comme celui qui consiste à être aimé pour soi-même.

Au reste, l'expédient adopté pour mettre fin au conflit et pour servir de transaction' entre la couronne et le Corps législatif nous paraît donner pleinement raison à ces observations. Tous les motifs formulés au nom de la commission par l'excellent rapport de M. de Jouvenel s'appliquent, en effet, au nouveau projet de loi qui vient d'être soumis au

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