Le 1er mars
452 CHRONIQUES P»CITIQ9ES.
cabinet» C'est ce qnHI a fait eo donnant sa démission sur les dispositions montrées par la majorité de la Chambre au sujet des sociétés deprovedîmento.
I Par cette retraite savante, M. Ricasoli isole son adver-
t * saire de ses alliés de la gauche, et se rapproche lui-même
des hommes du parti de Faction, s^r lesquels il ne peut exercer qu'une- heureuse influence, et qui le lui rendront en lui apportant ce qui lui manque en mouvement et en initiative. Déjà le refus de MM. Farini et Cialdini d'entrer dans le nouveau ministère montre qu'on n'a pas un excès f de confiance en sa vitalité et qu'on n'est pas très pressé de
s'associer à ses destinées. II est d'aillôurs difficile de voir ' le programme d'une politique nouvelle dans la vague
t déclaration qu'il a fait répandre dans le public au sujet de
r{ son intention de reprendre les négociations pour la déli-
i vrance de la Yénétie. C'est là une question avec laquelle
? on n'a pas le droit de jouer. Là, les lenteurs diplomatiques
ne seraient plus de mise. Il faut que le jour même où cette ■ question sera abordée, elle paraisse d'avance résolue. C'est
ce jour-là seulement que la nationalité it^ienne aura défi- ' nitivement prouvé qu'elle existe.
Toutes les complications politiques qui se sont formées
dans ces dernières années marchent avec une lenteur
! presque insensible vers leur solution ; mais elles marchent,
ce qui est un fait immense, si l'on considère la torpeur et l'immobilité qui ont si longtemps pesé sur nous. En Allemagne, les indécisions seules du roi de Prusse retardent encore la grande réforme que le peuple allemand désire introduire dans ses institutions, et tout le monde sait que son hésitation ne pourra se prolonger plus longtemps. La rivalité de la Prusse et de l'Autriche est dans la force des choses, elle est représentée par des éléments qui sont la nation elle-même. La question est de savoir qui sera le , plus fort, des gouvernements qui $ont représentés par
OfiROJîXQtJB* POLITIQUES, 453"
TAutriche oti des peuples gui — au moiim en graiide majorité — sont représentés par la Prusse. La lutte devient de Jour en jour plus inévitable, les dernières délibérations du parlement prussien et celles de l'assemblée générale du Nationalwerein offrent des. témoignages irrécusables de Tentraînement passionné auquel obéit la nation. Le roi de Prusse essaye d'y résister, mais il ne le fait qu'à contrecoeur, sentant bien qu'il manque à la destinée qui s'offre à lui ; il est peu probable, quelque peu de goût qu'il ait pour les aventures, qu'il se décide à se mettre en opposition ouverte avec le sentiment national, par superstition pour le droit divin des dynasties, ou par égard pour le gouvernement autrichien, qui vient de le traiter si cavalièrement dans sa dernière campagne diplomatique.
Nous finirons en annonçant le quatrième volume d'une publication dont nous avons plus d'une fois entretenu nos lecteurs, et qui mérite d'obtenir un succès durable et sérieux. 11 intéressera particulièrement les esprits qui croient que la province en France est appelée à être un jour autre chose qu'un mécanisme administratif suspendu à un bout de fil télégraphique. Cette opinion, qui n'est encore qu une hypothèse hardie, bien qu'elle possède déjà quelques adhérents, cesserait bientôt d'être une utopie, si les auteurs du petit volume qui paraît périodiquement à Nancy sous le nom de Varia * trouvaient en province beaucoup d'imitateurs.
Le problème de la décentralisation offre un grand nombre de difficultés pratiques; mais il en est une surtout qu'aucun décret ne saurait trancher, parce qu'elle ne peut être résolue que par l'initiative individuelle, et qui est la plus effrayante de toutes pour la routine provinciale : c'est la pénible obligation qui consiste à penser par soi-même.
1. Recueil libéi!al4q[ui tcaitait particulièrement des questions relatives à la décentralisation.
C'est la dernière chose qu'on obtiendra de la province, et c'est par là qu'il faudrait commencer. Il y a en France beaucoup de départements prêts à se soumettre à tout, même à la liberté, pourvu qu'on ne songe pas à leur imposer cette importune corvée. En résolvant le problème dans ce qu'il a de plus difticile et en donnant des preuves si remarquables de la vitalité intellectuelle de leur province, les auteurs de Varia sont par là même dispensés de démontrer que leur pays est mûr pour les institutions provinciales. La valeur même de leur œuvre est- le meilleur argument qu'on puisse citer en faveur de leur thèse favorite. Je ne voudrais pour rien au monde adresser un compliment banal aux esprits distingués qui s'effacent avec un désintéressement de si bon goût sous cette désignation collective, mais il se publie peu de recueils à Paris qui n'eussent à gagner, sous plus d'un rapport, à passer par le coin de la Lorraine où ils habitent.
Il peut même paraître surprenant qu'une ville de province de second ordre réunisse autant d'écrivains de mérite et dans des directions aussi variées. Cependant il est impossible d'élever des doutes sur le lieu de naissance de ces travaux : ils ont tous -^ ou presque tous — un cachet individuel, une allure dégagée et indépendante qui sont rares, il faut I<^ reconnaître, chez les écrivains habitués à vivre sous la tutoile bienfaisante de l'administration. 11 y a là, ce semble, quelque chose d'inquiétant pour la supréjnatie de Paris. Pourquoi, ea effets n'en serait-il pas ainsi de la plupaï^t des villes de province? Qui sait si sous cette surface dormante qui fi^ppe seufô nos regards elles ne cachent pas^ com^ie Nancy, des esprits d'élite, dédaigneux de se montrer, indépendants d'opinion, juges clairvoyants ,4e nos prétentions et de nçs travers ? S'il en était ainsi, nous toucheriQus à de grands événements ; mais ce serait formidable à penser pour les beaux esprits parisiens !
23 mars 1862.
U n'y a plus à s'y tromper, c'est bien le parlementarisme qui s'agite sous nos yeux, et ce que nous voyons est une métamorphose du monstre. Il se retourne lentement dans l-enveloppe un peu étroite qu'on lui a faite, en attendant d'assez mauvaise grâce qu'on lui en donne une oij il se trouve plus à l'aise.
Engagés d'abord avec une certaine indécision, les débats de l'adresse au Corps législatif ont pris, en approchant du terme, un caractère tout nouveau qui les distingue essentiellement des discussions verbeuses et peu efficaces auxquelles nous avons assisté dans ces dernières années. Il importe qu'on prenne acte dès aujourd'hui de cette conquête sur l'esprit de routine comme d'un progrès sérieux qui est destiné à se développer encore. On ne doit pas laisser prescrire une innovation si précieuse pour la liberté ; l'exercice du droit d'adresse constituant presque uniquement la part d'influence réelle et effective accordée au Corps. législatif sur la politique du gouvernement, cette assemblée a été conduite par la force des choses et, on peut le dire, à son corps défendant, à concentrer toute son activité d'esprit sur cette partie très épisodique de son rôle parlementaire. Elle est arrivée ainsi, à son propre insu, à transformer une discussion qui, dans la pensée do. queLjues personnes, devait rester une simple formalité, un inutile et inoffensif combat dp paroles, en une solennelle enquête sur la situation matérielle et morale dix pays, en un appel retentissant à Topinioii du pays, en une sorte de grande instruction judiciaire transportée sur le. terrain désintérêts politiques. Un tel fait n^est point à dédaigner.
Ainsi coQfiprise et pratiquée,. Ja discussion de l'adresse
CHII0NIQTTB9 POL'lf IQÛÏS.
a une importance dont nouB aiK)uerons volontiers avoir nouB-méme méconnu U gravité. Oi| i»e peut plus la cqd^ tester en présence ée la «çtf$ation profonde el durable que ces débats ont produit»» *Ceut mêm(^<}tti passent leur vie à défendre les droits fs^brés^ de 1» publicité rie ctô^nt jamais assez i l^ vertui <jfUi est en elle. Ils sont toujours
^ dépassés dans leifrsi prévisioft^, QuelTe qae aoit la puissance salutaire qu'ils Itai reconnaissent, ils s'aperçoivent toujours, tôt ou tard, qu'ils ^ont restés au-dessons de la vérité. Il est démontré désonnais que ce droit de remontrance, tout dépourvu qn'ii soit de sanction, peut devenir, grâce à la publicité dont il jouit, un levier d'une grande force dans la main d'une assemblée disposée à s'en servir, et même une arme redoutable dans la main d'une simple minorité pour peu que cette minorité soit d'accord avec le sentiment dû pays.
' . On a pu juger de la vérité de cette appréciation par le grand eflbf qu'ont produit sur l'opinion du pays les critiques formulées et défendues par l'Oppositiofn actuelle à laquelle on ne ce fait pas -faute pourtant derappeler son peiit nombre et son ii^olèinent ; ce qui ne nous semble ni juste ni généreux. Ce reproche pouvait être plus ou moins admissible à l'époque oi^ le Corps législatif reçut son mandat du suffrage universel ; on potivatt alléguer alors
. aux opposants, avec une certaine vraisemblamce, qu'ils ne représentaient qu'une partie de la nation très peu considéï^able par 1^ nombre, et çiême ators cela n*eût rien prouvé contre de bonnes raisons ; mais il y a aujourd'hui à se prévaloir d'une telle an de tion-recevoir une sorte de défi porté à l'avenir plutèt qu'une objection sérieuse el acceptable. Ceux qui n'ont pas craint de l'invoqirer devraient se rappeler qu'il y a aujourd'hui près de cinq ans que l'assemblée actuelle a été éluf , et que, dans cet espace de temps, bien des choses sont sujettes à changer. Que restait-il
CBI^NJQUJBS POMTÏQUSS; 457.
cinq ans après lei élection» de 1848, des passions et des entraînements qni {ed «taient {aite$ ? Qu'était devenue la majoiité qui airait ^çlamé les i*eprésentaBt9 de la Constituante? Je ne croi^ pas qu-'il soit nécessaire de rassurer perscmne «n ce moment coiftre une éven^utlité de ce genre, niais de profondes modifications ne se sont p{^ moins iiUrodnites dans. les opinixms et les intérêts depuis cinq ans ; l'équilibre, la discipline, Téconomie des partis ont changé de fond en comble, at, si ces transformations ont trouvé de» échos au sein du Corps législatif actuel, aucune d'elles, du moins, n'y est numériquement représentée. On a donc aujourdliui moins quê jamais le droit'de reprocher aux minorités leur infériorité nuipérique, car, outre les principes, élément éternel placé eq deborg «de la brutale . juridiction du nombre, elles représentent toujours un grand peut-^tre. Ce n'est pas au pouvoir actuel àe traiter avec dédain les minorités ; il doit savoir comment la selitude d'aujourd'hui peut devenir l'unanimité dç demain..
Ce? réflexions nous ^ot inspirées par la façon Sommcûre et péremptoire avec laquelle oji a, depuis Touverture de la session, et en plus d'une occasion, fermé la bouche aux. orateurs de la faible et méritante opposition du Corps législatif. Peut-être serait-il encore présomptueux de leur part de répéter le ipot hardi de Casimir Périer: « Nous ne sommes ici que siçi^ mais nous avons derrihe nous trente millions de Français, » Ce qui n'est pas douteux, toutefois, c'est que l'opinion qu'ils représentent réunit ' aujourd'hui un nombre considérable d'adhésions et grandit tous Ie§ jours. Ce. résultat, qui n'a pas besoin d'être constaté par un scrutin pour être incontestable, leur donne droit à plus de latitude que ne leur en laisse souvent le Président de la Chambre, influencé sans doute à son insu par les passions de la majorité. Les présidents de nos corps politiques semblent, en général, avoir trop faeile-
. ment adopté Tattitude et Tesprit d'une magistrature qui a été créée dans un but tout différent. Ils aspirent trop évidemment à conduire les débats, à guider, à morigéner les chambres. On dirait qu'ils sont moralement responsables des décisions législatives, comme d'autres magistrats le sont des considérants d'un arrêt. Ils interviennent à chaque instant dans la discussion, interrompent, réfutent, questionnent l'orateur, J'allais dire l'accusé. Ce n'est pas là le rôle impartial et tout de médiation qui leur convient. Le président d'une grande assemblée politique n'est pas un président de Cour d'assises.
Ces procédés semblent d'autant moins justifiés que jamais opposition n'a rempli son devoir avec plus de convenance et de modération que ne l'ont fait les députés de la minorité. Us sont tellement irréprochables, sous ce rapport, que la seule restriction que, pour notre part, nous serions disposé à mêler aux éloges dont nous les reconnaissons mille fois dignes par leur consciencieuse persistance à rester sur la brèche, est le regret de ne pas leur voir quelque chose de l'audace et de l'âpreté passionnées qu'a montrées un de leurs adversaires ^ Us nous semblent avoir parfois trop d'impartialité envers ce qu'ils attaqu.eut, qualité excellente pour la spéculation pure, mais mauvaise pour l'action. En politique, comme en art et en toute chose, il n'y a que la passion qui crée : Il faut avoir le diable au corps, disait Voltaire.
Au reste, nous ne donnons «ette réserve que comme le vœu utopique d'un esprit mal fait; car aux yeux de la génération contemporaine, qui a le tempérament éminemment impartial, une telle réserve ne constituerait qu'un éloge de plus. Ce n'est pas pour rien que nous avons inventé la grande critique ; si jamais quelqu'un s'avisait de nous