‹ Chroniques politiques, 1860-1865Chapitre 4 sur 39 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

question de tactique et d'opportunité, Lanfrey avait raison, et sa politique était la bonne /lorsqu'il conviait à une action commune toutes les fractions diverses du grand parti libéral et démocratique, les adjurant d'ajourner toutes discussions entre elles jusqu'après la victoire. Mais c'était-là précisément le difficile. Il était aisé, en effet, de s'entendre dans une, guerre d'épigrammes et de légères escarmouches pour lesquelles l'esprit français est toujours prêt e^ armé ; mais sur le terrain d'une opposition sérieuse et forte, telle que la voulait Lanfrey, où les questions de principes se mêlaient sans cesse à des. questions dé faits, des dissidences devaient se produire entre les divers adversaires du despotisme impérial; non seulement les idées différaient, mais les intérêts et les passions. Tous les monarchistes constitutionnels n'étaient pas si ennemis de l'empire que plus d'un ne le préférât, dans le secret de son cœur, à la République. Parmi les démocrates socialistes, il s'en trouvait qui ne voyaient pas sans une secrète satisfaction l'œuvre de destruction des anciennes forces sociales et de nivellement démocratique accomplie par l'empire avec le concours du suffrage universel, et qui lui faisaient volontiers crédit de quelques années de dictature pour achever son travail et préparer leur propre avènement ; certains lui pardonnaient presque de frapper sur eux en le voyant atteindre, à l'occasion, de ses coups, la bourgeoisie et le clergé. Il y avait aussi les puritains de la République , debout et fermés dans leur dogme immuable, dans leur invariable dignité, qui se tenaient à l'écart sur les 'hauteurs sereines, et qui, sachant bien que le temps combattait pour eux, s'en fiant aux fautes de l'ennemi pour sa chute inévitable , dédaignaient de descendre dans la mêlée et de prendre

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