PREFACE. XIII
propagande des idées libérales et dans rémancipation ou l'affranchissement des peuples, et espérait que la liberté finirait par être , pour nous , autre chose qu'un artrcle d'exportation.
L'opinion, je l'ai dit, était confuse et incertaine ; . elle s'éveillait lentement de l'état de trouble et d'accablement où l'avait jetée l'avènement du gouvernement impérial. Lanfrey ne pouvait compttr que faiblement sur son concours. Cependant les encouragements, bien qu'isolés et secrets, ne manquaient pas à son entreprise. Ils lui venaient surtout de la jeunesse, de cette jeunesse qui, n'ayant comme lui d'engagement avec aucun parti, se laissait prendre tout naturellement aux idées de liberté et de progrès si noblement exprimées par un des siens. On a quelquefois calomnié cette jeunesse de l'empire en la représentant comme fermée aux idées généreuses que • ses pères avaient respirées jusqu'à l'ivresse. On oubliait que ces idées n'ont toute leur puissance qu'emportées dans un courant magnétique ; et, sous l'empire , c'était le courant qui manquait. Gomment, dans le milieu réfrigérant où nous avons vécu de si lentes et lourdes années, les jeunes gens auraient-ils pu s'enflammer pour des idées dont on ne leur parlait guère, sinon pour leur recommander de s'en défier? Cependant, dès qu'une voix s'élevait, soit à la tribune, soit dans la presse , soit dans quelque chaire de Faculté,, pour une parole de liberté, on les voyait accourir et applaudir; cette parole était d'autant mieux entendue que le silence était plus grand ; contre le pouvoir la moindre allusion était saisie et commentée. Dès son apparition sur la scène, littéraire, Lanfrey, jeune et sympathique, ralliait à lui, par une secrète attraction, toutce qu'il y avait dans la jeunesse française de libre