‹ Chroniques siennoises, tr., précedées d'une intr. et accompagnées de notes par le duc de DinoChapitre 4 sur 12 · A L'ILLUSTRE ANDREA DES AGLL · texte numérisé non relu

A L'ILLUSTRE ANDREA DES AGLL

Mon illustre compère, je suis tellement ennemi de Toisiveté , que les travaux auxquels je suis accoutumé me manquant, il faut par force que je cherche quelque autre passe-temps , n'importe lequel , pourvu qu'il occupe à la fois mon corps et mon esprit. Il m'est arrivé au moins une douzaine de fois, fatigué de lire et d'écrire, et n'ayant aucun compagnon pour causer, de prendre un trictrac et de jouer contre moi-même pendant une heure sans interruption , avec le même plaisir, le même calcul et la même application que si j'eusse risqué de l'argent contre une autre personne; me mettant en colère comme un fou, si le côté que je défendais venait à perdre la partie ou à faire un mauvais coup. Bien que les travaux ordinaires de mon emploi soient nombreux, et que chaque jour il m'en soit

donné d'extraordinaires, tant par tnessire Bongianni Gianfigliazzi que par le commissaire général , messire Jacopo de Médicis, les journées sont maintenant si longues, qu'il me reste toujours quatre heures au moins dont je puis disposer suivant mon caprice. Or, j'ai entrepris de consacrer ces loisirs, durant lesquels je n'ai aucun compte à rendre à qui que ce soit de ma personne, à raconter le passage de Pierre Strozzi dans le val de Nievole, ainsi que son retour dans le pays siennois. Je m'efforcerai, dans le cours de cette narration, de me rapprocher le plus possible de la vérité, comme je l'ai fait dans la description de Ghiusi et dans celle de la déroute du seigneur Ascanio et de son armée. Vous voudrez bien ensuite en faire part à l'illustre messire Giovanni Borgherini, pour lequel j'ai autant de dévouement que pour vous. Je me réjouis d'autant plus d'être votre bon serviteur à tous deux, que je sais que, l'un et l'autre, vous avez le même attachement et la même affection pour votre Roffia.

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