‹ Chroniques toulonnaisesChapitre 11 sur 19 · CB O · texte numérisé non relu

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Ainsi , pendant cinq générations , les Beaussier ne se sont pas écartés de la tradition paternelle ; fils de marins , ils ont voulu être marins , et, chacun d'eux désirant maintenir intacte la bonne réputation acquise par ses auteurs, s'est toujours montré au premier rang parmi les plus honorables , les plus zélés et les plus vaillants. « Plusieurs officiers de ce nom , lisons nous dans V Histoire de V ordre do Saint-Louis y l'ont rendu célèbre dans la marine. Celui qui fut créé chevalier en 1693, et dont il vient d'ètro parlé, s'était fait une grande réputation dans plus de vingt actions de guerre où il s'était trouvé *. » Plus tard, M. de Villeblanche , intendant de la marine , écrivant au ministre , pour lui demander de l'avancement en faveur du jeune Emmanuel de Beaussier, (qui fut le dernier possesseur de la maison n^ 40), lui disait :

« Il est vrai que le jeune Beaussier n'a pas beaucoup de service , mais il mérite cette grâce par sa sagesse et son application; il est au fait du port, comme s'il y avait servi depuis dix ans , par les bonnes leçons que lui a données son père , qui était un des plus forts officiers du port. Le capitaine et les officiers se louent beaucoup du dit Emmanuel Beaussier et je sais par moi-même ce qu'il vaut ; l'ayant mis en œuvre plusieurs fois , je l'ai toujours trouvé fort assidu et vigilant; s'il continue , comme je n'en doute pas, il vaudra le père dans la suite V »

* Aspect. Paris 1780. Tom. iU. page 166.

' Lettre du 18 février 1738. (Archives de la préfecture maritime. Reg. de 1738. fol. 45.)

HUE DE l'asperge. 221

Cet excellent ofiBcier , qui parvint au grade de capitaine de vaisseau , était à la retraite depuis Bien longtemps et voyait arriver avec sérénité la fin de sa très longue et très honorable carrière, quand la Révolution éclata , et le fit périr misérablement. Victime d'une mesure terrible ^ ordonnée par les autorités républicaines *, il fut porté • sur le Champ de Bataille , le 25 novembre 1793, et fusillée l'instant même sans jugement.

RUE D'ASTOUR.

La rue d'Astour doit son nom à une très ancienne famille consulaire, qui a possédé, pendant près de trois siècles, la grande maison située à l'entrée de cette rue, entre la place Blancard et la rue de l'Oratoire.

Les d'Astour ont occupé successivement toutes les charges municipales: depuis Jacques Astour^ élu troi-

* Barras et Maltedo écrivaient à la Convention , le 3 nivôse an 2 : < 1^ Justice s'exerce ici sur le Champ de Bataille. Tout ce qui a été employé dans rarmée des rebelles et dans Tadministration navale et militaire , a été fusillé aux cris mille fois répétés de \ivela République, i {?ofis ^ Mémaires pour term à V Histoire de Toulon . page 178.)

* € Up vieillard de quatre-vingt-quatorze ans » M. Beaussier , fut porté sur an brancard au lieu du supplice. » (Ibid. p. 178.)

siùme consul , en 1530 , jusqu'à Pierre-Joseph d'As— tour, maireet premier consul, nommé «gentilhomme» par le roi, en 1746. — Modestes propriétaires d'un moulin ù huile * et , ensuite , maîtres savonniers , ils ne remplirent, dans les premiers temps, que les fonctions de conseiller, de capitaine de ville ou de troisième consul; mais , plus tard ^ quand leur fortune se fut arrondie, ils devinrent ce que l'on appelait des « bourgeois vivant noblement », c'est-à-dire , sans travailler; et se trouvèrent, dès lors, dans les conditions voulues pour porterie premier chaperon.

L'un de ces derniers , Charles d'Astour , maria sa fille , en 1664 , à messire Melchior de Thomas , seigneur de Chateauneuf , capitaine des vaisseaux du roi. La noce fut des plus fastueuses. M. d'Astour dont le grand père signait Astour, sans particule*, et qui lui même ne prenait le titre d'écuyer *, que depuis très peu de temps , se sentait fort honoré de devenir le beau père du seigneur de Chateauneuf, et n'était point fâché de faire montre de sa fortune dans cette circonstance.

A peine marié, M. de Chateauneuf prit à part son

' Cadastre de 1563, foL 63 : Pierre Astour , maison et moulin à olives , au pous de Jehan Gués , confrontant establc et hostal de François de Cuers , le long en iopg du barry, estable de Jean-Pierre Candeiron , et rue des Moreaux (rue de i^Oratuirc) .

' Voyez le cadastre de 1632. fol. 45.

' Le titre d'écuyer n'était pris que par les personnes qui se disaient nobles. M. de Chateauneuf le donne âi son beau-pére dans un acte notarié , du 4 juin 1664, dont il va être parlé.

RUE d'astour. 223

beau-père et lui confia qu'il avait besoin de 24,000 livres , pour payer quelques dettes , et pour équiper le vaisseau dont Sa Majesté , le roi Louis XIV, lui avait donné le commandement.

24,000 livres, en 1664 , représentaient une très forte somme , quelque chose comme 80,000 francs de notre monnaie actuelle. On comprend la grimace que dut faire M. d' Astour en recevant cette confidence. Cependant il ne se fit pas trop prier, il paya , le 4 juin , les dettes de son gendre *.

Le lendemain , 5 juin , M. de Châteauneuf annonça à sa jeune femme qu'il venait de recevoir l'ordre de partir avec l'armée navale, qui se rendait à Gigelly, en Barbarie , et que n'étant pas certain de revenir^ il avait fait son testament , par lequel il lui laissait la jouissance de tous ses biens; il ajouta , en souriant , qu'il instituait pour héritier universel , « l'enfant qui pourrait venir *. » La future mère n'avait pas envie de rire , elle pleura beaucoup au contraire, et ce ne fut pas sans peine que son mari parvint à lui donner du courage.

' « Noble Mi'K-hior de ThomaSi seigneur de Chàtrauneuf, confiasse devoir, pour cause de vrai fl amiable prêt, au sieur Charles dWstour , son beaupère, écuijir de cctti^ ville de Toulon , la somme de 24.000 livres tournois , qu'il a reçue de lui en argent comptant, et qui a été employée par le dit sieur de Châteauneuf , tant en paiement de ses délies passives, qu'aux dé* penses qu'il a faites pour servir le roi , en qualité de capitaine sur un des vaisseaux de son armée navale. (Minutes de M* Rousian , année 1664. — fol. 663 et 760, chez M« Fournier , notaire.)

' Testami ni du 5 Juin 1664. Minutes de M* Roustan.

Cependant toute la ville était en mouvement. Il fallait loger les nombreux officiers qui ralliaient le port, pour s'embarquer sur les 30 vaisseaux, les 10 galères et les 40 barques que Ton armait en toute hâte. Le chevalier Paul , commandant de la flotte , et le duc de Beaufort/général en chef de l'expédition, étaient attendus d'un moment à l'autre et, déjà, 8,000 hommes de troupes, entassés chez l'habitant, donnaient lieu à mille réclamations.

Or, sur ces entrefaites, au milieu de l'agitation générale , les électeurs furent convoqués , pour procéder au renouvellement annuel du conseil et à la nomination des consuls. M. Charles d'Astour, qui était complètement absorbé par ses afl^aires de famille, et qui avait donné l'hospitalité à plusieurs amis de son gendre, fut fort étonné d'apprendre, le 15 juin, qu'il venait d'être élu premier consul.

L'élection populaire et le sufl'rage universel , pratiqués pendant le moyen-age, mais successivement modifiés et enfin abandonnés , avaient été remplacés , en 1609, par une sorte d'élection à deux degrés.

Aux termes du règlement de 1609 , encore en vigueur en 1664, les 3 consuls, les 12 conseillers et le trésorier sortants, dressaient eux-mêmes , le 14 juin , une liste d'éligibles , parmi lesquels devaient être choisis leurs successeurs. Ils s'adjoignaient ensuite, pour former un total de 40 électeurs , 24 citoyens : « Agés , capables, gens de bien , connus, bien qualifiés, non prévenus de crimes, n'étant ni officiers, ni domesti-

RUE d'asfour. 225

ques du seigneur évêque, et n'ayant aucun procès avec la ville. »

Le lendemain , ces quarante électeurs se réunissaient dans la grande salle de Thôtel de ville , oprùs avoir entendu la messe du Saint-Esprit^ et procédaient, ainsi qu'il suit, à l'élection des fonctionnaires municipaux , appelés ù gérer les affaires communales pendant une année complète , à partir du 24 juin *.

Divers noms , choisis dans la liste des exigibles , étaient successivement proposés pour les fonctions de premier consul ou de tout autre magistrat municipal , et chaque fois les électeurs mettaient une Ijoule dans une boîte , divisée en deux compartiments, portant ow^" à droite , et non h gauche. Cette boîte , dont on peut encore voir un spécimen dans les archives de la Société académique du Var, était construite de manière à cacher la main de l'électeur , et à garantir le secret du vote.

Les noms des trois premiers candidats , soumis ù cette épreuve , qui avaient obtenu un plus grand nombre de oui que de non , étaient inscrits sur des billets que l'on enfermait dans des boules d'argent. — En ce moment, un enfant, de 8 ù9ans, était introduit dans la salle des opérations , et on jetait , dans son chapeau , ces trois boules d'argent, en l'invitant à en prendre une au hasard. — Le candidat, dont le nom se trouvait inscrit dans la boule que l'enfant retirait du chapeau ,

' L'aouée municipale commençait le ii juin, Jour de la fête de St-Jean,

(Hait proclamé premier consul, apri^s vérification faite, toutefois, des noms contenus dans les boules restantes, afin de constnter leur existence, et de s'assurer qu'aucune fraude n'avait été commise.

Ces différentes formalités étaient successivement remplies pour l'élection du deuxième consul, et de tous l(»s autres fonctionnaires municipaux. On comprend que* . le soir , après une aussi laborieuse journée, messieurs les électeurs devaient avoir besoin de se délasser , et c'est , sans doute , dans ce but , que , depuis un temps immémorial , les consuls et les conseillers sortants s'offraient, le jour de l'élection , un copieux souper, auquel étaient invités les adjoints et le viguier. Le repas du 15 juin 1864, fut préparé parriiôtelierde La Marjdcleine conclure.

Je remarque dans le comj)te présenté par cet hôtelier, que les dindons ne coûtaient que 30 sous et les levrauts 50 sous. C'était le bon temps, diront les gastronomes. Mais il ne faut pas perdre de vue que les 50 sous nécessaires pour acheter un levraut ne se trouvaient pas , en 1664, dans la poche d'un pauvre diable. L'avocat le plus en renom de notre ville, à cette époque, M. Gaillard, ne faisait payer ses consultations que 40, sous quand elles ne lui prenaient pas plus d'une heure de son temps (le prix d'une course en voiture), et tout l'ameublement de l'hôtel de ville, que les consuls venaient de mettre ù la disposition de M. le duc de Beaufort, n'était loué que 3 livres, 10 sous, par jour.

La municipalité, dirigée, en ce moment, par M.

RUE d'astour. 227

Charles d'Astour, avait dû pouvoir, en outre, au 1oîj:cment des officiers généraux et des autres personnages, qui faisaient partie de l'expédition. Ils étaient nombreux. Quelques-uns, tels que Duquesne , le chevalier Paul , le chevalier de Clerville , très connus h Toulon , étaient descendus chez des amis; mais le lieutenant général de Gadagne, les maréchaux de camp de La Guillotiôreetcomtede Vivonne, le commandant de Bétancourt, rijclamaient avec instance un logis convenable , ne pouvant décemment , disaient-ils , s'installer dans les auberges de ha Magdeleine cotichôo , de V Asperge^ des Trois oliviers , de la PucellecC Orléans et autres établissements publics, fréquentés par des charretiers ou des soldats.

Enfin , le 2 juillet , la flotte mit à la voile , au grand soulagement de l'administration municipale; mais non sans produire un grand vide dans la plupart des familles toulonnaises, et, notamment, dans celle du premier consul.

Cet honorable magistrat vit le moment, où il ne pourrait, faute d'une barque , se rendre à bord pour dire adieu au général en chef et embrasser une dernière fois son gendre. Peut-être même était-il accompagné de sa fille. Ce qui me le fait supposer , c'est qu'il fut fort ému de cet événement. Un de ses collègues, M. Gubert , second consul , à qui il avait confié l'embarras dans lequel il s'était trouvé , s'empressa d'en faire l'objet d'une communication au conseil : « Il me semble nécessaire, dit-il, de faire construire

un bateau pour le service de la communauté , et pour porter les consuls , quand ils vont rendre visite aux vaisseaux et galères, attendu que, le plus souvent, lorsqu'ils sont obligés de faire ces visites d'honneur et de civilité , ils sont si pressés , qu'ils ne trouvent pas des bateaux propres pour les porter. » Le conseil parut pénétré de la nécessité de cette dépense^ et autorisa les consuls à faire construire « un bateau honorable » '.

Pendant que M. d'Astour s'occupait de ces détails, l'armée navale , dont faisait partie son gendre , le sieur de Châteauneuf ^ arrivait devant Gigelly et débarquait près d'un marabout, où s'élève aujourd'hui le fort Duquesne.

Après une assez vive résistance, les kabiles semblèrent se résigner à cette occupation : « Ils venaient , lisons nous dans une relation publiée par la Société archéologique de Constantine , jusque dans le camp , offrir des chevaux aux officiers et consulter, pour leurs blessés, les chirurgiens français. Ils avaient un renégat pour unique chirurgien, à qui, par une habitude bizarre, à chaque blessé de conséquence, qui mourait entre ses mains , ils donnaient un certain nombre de coups de bâton , pour le châtier plus ou moins , selon l'importance du mort , puis autant de pièces de huit réaux pour le consoler et pour l'exhorter à mieux faire à l'avenir. »

Mais nous voilà bien loin de la rue d'Astour. Reve-

' DélibénUon da fSJtiniet 1664.

RUE d'astour. 229

nous dans la maison n° 2 , où le retour de M. de Cliateauneuf a ramené la joie et les fêtes. II y a grande réception , chacun vient féliciter le capitaine de vaisseau qui s'est , nécessairement , couvert de gloire , et qui a mille choses à raconter sur les terribles kabiles ,

sur leurs mœurs L'histoire des coups de bâton,

distribués aux chirurgiens malheureux, n'est pas oubliée.

Cette joie fut de courte durée; ce bonheur si doux de se revoir, fut payé bien cher. — M. de Châteauneuf n'était pas ù Toulon depuis huit jours, quand un bruit affreux se répandit dans toute la ville : « La peste , disait-on , s'est déclarée et c'est le gendre du premier consul qui l'a apportée ! »

Voici , diaprés les déclarations du bureau de santé , ce qui était arrivé.

M. de Châteauneuf avait fait transporter à sa campagne, par la charrette des portefaix Alexis et Christol , une balle de soie , qui lui avait été donnée , ù titre de rémunération par un négociant marseillais, dont il avait remorqué le navire en revenant de Gigelly. Une partie de cette balle de soie avait été ensuite dérobée par les nommés Méounes , Serre et Bourguignon , et vendue par ceux-ci aux passementiers Grand , Guillaume Lagier, André Lagier et Larmodieu. Or, Serre était mort le 25 août , et sa belle-môre quelques jours après, puis deux voisins. Ces décès très prompts avaient été suivis de plusieurs autres. La mort avait frappé coup sur coup tous ceux qui avaient touché la

fatale marchandise : le charretier Jean Alexis, le portefaix Christol , puis Serre et Méounes qui avaient dérobé la soie, enfin,, les passementiers Grand et Lagier , qui l'avaient achetée.

Après avoir prévenu le parlement, qui devait être averti sans retard, sous les peines les plus sévères *, le premier consul Charles d'Astour, profondément attristé, fit connaître, le 22 septembre, au conseil convoqué à cet effets les mesures urgentes qu'il avait prises , de concert avec le bureau de la santé , et demanda des instructions et des pouvoirs pour faire face à toutes les éventualités.

Le conseil, à l'unanimité, autorisa les trois consuls , « à emprunter toutes sommes et deniers nécessaires , « et icelles sommes employer et distribuer à telles « choses qu'ils verront bon estre , et généralement de « faire, agir, et disposer du bien de la communauté « dans cette conjoncture , sans estre tenus de rappor- « ter justification des dépenses, lesquelles seront « crues à leur assertion, lors du compte qui se ren- « dra. i>

Le conseil désigna ensuite huit intendants de la santé, qui furent adjoints aux huit précédemment élus.

Avant de se retirer^ les conseillers firent un vœu au nom de la ville : ils promirent d'affecter une somme de

' Arrêt du 31 Juillet 1643.

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cinq cents écus à l'acquisition de deux chasses pour les reliques de Saint-Roch et de Saint-Sébastien.

Le lendemain , 23 , un arrêt du parlement interdit aux habitants de Toulon l'entrée des autres villes et lieux de la Provence, et ordonna au conseiller Barreme « d'accéder aux environs de la dite ville de Tholon pour, avec l'un des Procureurs du pays et un médecin, donner tous les ordres nécessaires , tant pour le dehors que pour le dedans , conformément aux arrêts et règlements de la cour. »

Parmi ces arrêts et règlements , il en est un , en date du 17 juin 1629, qui mérite d'être connu.

Il est intitulé : arrest et règlement général faict PAR la chambre ordonnée en temps de vacation du parlement de Provence ^ pour la conservation de la santé publique.

L'article premier « enjoint à tous les habitants des ce villes et lieux du pays , lorsqu'ils ouyront sonner la « cloche, tous les jours, à sept heures du matin, midy, c< et quatre heures , de se mettre à genoux, et faire la « prière accoustumée. »

L'article X ordonne , sous peine du fouet et de la gallère^ ô ceux qui vendent de l'eau-de-vie « de fournir le verre à ceux qui voudront boire. »

L'article L prescrit aux consuls « de faire tuer tous les chiens et chats , tant en ville qu'au terroir. »

L'article LI V veut que les rues soient nettoyées trois fois la semaine et « arrosées de vin , s'il se peut. »

L'article LVI est ainsi conçu : « Les paysans et au-

très do basse qualité avalleront tout les matins une coste d'ail nette de Ix peau, et ceux qui en auront le moyen jirendront le gros d'un poids de bonne triacle vicMlle. Les pi'^res et m^res ou autres ayans la conduite desenfans, leur feront avaller tous les matins à jeun (teci est un peu Shockiny) un petit demi-verre de leur urine. . . .et se contiendront, tous les dits habitans, le plus modestement, sobrement, nettement qu'il se pourra , sans excès ni mouvement violent et derreglé ...»

L'article LXXIII recommande aux personnes charpVsd(»s purifications, d'user d'aulx, oignons, figues et noix ; de boire de bon vin , de prendre tous les matins des pilules de Ruffi ou deThériaque ou de Mitridat;de se frotter, soir et matin, avec du vinaigre Thériacal derrière les oreilles, sous les aisselles, le pouls et les narrines.

Cet arrêt contient 134 articles. Les consuls et intendants de la santé y trouvaient d'utiles indications ; ils avaient d'ailleurs une initiative assez grande. La police intérieure appartenait presque exclusivement aux intendants. Ceux de Toulon montrèrent beaucoup de zèle pendant les premiers jours de l'épidémie. Les procès-verbaux du bureau de la Santé en font foi. On y lit jour par jour leurs faits et gestes.

Le 24 septembre, les intendants de Gars, Pèbre, Jacques Brun et Sicard sont désignés pour veiller à l'ensevelissement des morts, faire évacuer les maisons où la peste s'est déclarée , et conduire, eux-mêmes, les habitants de ces maisons au Lazaret.

HUE d'astour. 233

Le lendemain , MM. Brun et Sicard font connaître au bureau que des cuirs, provenant de Gigelly, ont été introduits clandestinement dans la maison de M. de Chateauneuf ; il est décidé , à l'unanimité , que ces marchandises seront saisies et brûlées en présence de deux intendants.

Le 27 , les consuls , sur la demande du bureau de Santé, font faire une criée publique , par laquelle il est ordonné « d'obeyr à MM. les intendants, pour vuider « les maisons et autres nécessités qu'ils aviseront, « sous payne de la vie. » Et, pour prouver qu'il ne s'ofîit pas d'une vaine menace , quatre potences sont dressées incontincMit sur les emplacements désignés par le bureau de Santé. Ordre est notifié aux religieux de fermer leurs églises. Il pourront cependant célébrer la messe devant la porte des dites églises.

Le même jour, les intendants Brun, Rey et Pôbre se rendent dans les rues où la peste a sévi , en font sortir tous les habitants et les conduisent dans un refuge appelé Vertollin^ construit à la hâte en dehors de la ville. Puis ils font fermer ces rues , où les capucins sont seuls admis pour parfumer les maisons infectées, sous la direction du R. P. Léon , qui s'est offert, avec tous ses religieux, pour exécuter cette opération dangereuse.

Le pore Léon se distingua par sa charité. C'était d'ailleurs un homme d'action et de bon conseil. Le 28, les intendants lui envoyèrent unedéputation, composée de MM. Chaîne , Allardon , Cordeil et Barry , pour

234 l-ES HUES DE TOULON

le prier de vouloir bien prendre part ù toutes les délibérations du bureau de Santé.

Nous sommes au 30 septembre, la maladie ne s'est déclarée que depuis le 22 , et déjà des rues entières sont abandonnées , les églises sont fermées , et quatre potences s'élèvent aux quatre coins de la ville , comme pour venir en aide au fléau , dans son œuvre de destruction. Ce fut dans ce moment de tristesse que les consuls de Lorgnes, arrêtés aux barrières de la ville , firent connaître aux consuls de Toulon, qu'ils étaient, eux et tous leurs concitoyens , au service de la malheureuse cité, offrant de pénétrer plus avant, si besoin était.

Cette généreuse démarche fut accueillie avec la plus vive reconnaissance par lesToulonnais, qui ne l'ont jamais oubliée. Les trois consuls : Charles d'Astour , Flameng et Gubert , accompagnés de plusieurs membres du bureau de Santé , se transportèrent auprès des députés delà ville de Lorgnes, et les remercièrent chaleureusement, en leur nom et au nom de tous leurs concitoyens.

La constante préoccupation «des consuls et des intendants était de faire disparaître entièrement les marchandises apportées deGigelly, parle vaisseau de M. de Chateauneuf , et par d'autres navires arrivés vers la même époque. Le 1®^ octobre , les consuls ordonnèrent une criée publique , portant injonction à tous les habitants , possesseurs de marchandises venues de Gigelly et entrées clandestinement , de les déclarer <( à peine de vie. »

RUE d'astour. 235

Le bureau de Santé s'assemblait à chaque instant et veillait , avec une sollicitude qui avait quelque chose de fiévreux , ù la police sanitaire de la cité. Les règlements se succédaient sans relâche. Voici les résolutions qui furent prises en une seule séance , celle du 3 octobre :

« Promettre le secret au bureau ;

<c Les bardes des bastides ne seront plus admises à la ville.

« Purger les habits de ceux que Ton met en quarantaine.

« Que ceux qui ont des bardes en bastides s'y tiennent et ne rentrent point dans la ville.

« Les estrangers ne seront plus admis dans la ville , de quelle qualité et condition qu'ils soyent.

« Tous ceux qui rentreront au Lazaret seront enrôliez, nom et surnom et il leur sera mis un billet, à chascun au bras gauche , du nom et surnom , et du jour qu'ils sont entrez au lazaret , et , venant à mourir l'on coupera le filet, et, par moyen du billet, on enregistrera le mortuorum du jour et heure.

« La maison infectée sera marquée d'une croix blanche , et estant la dite maison parfumée , la croix blanche sera couverte de rouge. »

Cette croix, rouge ou blanche, sur les maisons visitées par la peste, devait offrir un spectacle assez triste ; mais on ne pouvait rien inventer de plus funèbre que le petit passeport, pour l'autre monde , que l'on appliquait sur le bras des pensionnaires du Lazaret. On se

figure le sentiment que devait éprouver celui qui avait constamment sous les yeux son futur mortuorum.

Il paraît qu'en ce moment la peste faisait de grands ravages, carie lendemain, 3 octobre, le consul Gubert et les intendants de Gars et Louis Brun furent députés au R. P. Léon , pour l'engager à ne point trop s'exposer.

Cette recommandation était nécessaire. Les pères capucins se prodiguaient avec une ardente charité. Quelques jours après , trois d'entre eux, les RR. PP. Quinson , Pascal et Joseph mouraient victimes de leur dévouement, l'un, en soignant les malades du Lazaret, et les deux autres , en parfumant la bastide où était mort le sieur Barry *.

Les intendants de la Santé, impressionnés par toutes ces morts et sans doute effrayés de la responsabilité qui pesait sur eux , résolurent de demander des inspirations à Dieu , chaque jour avant d'entrer en séance ; et, en effet, le 8 octobre le l)ureau délibéra : « de s'as- « sembler tous les jours à la chapelle Saint-Sél)astien, « sur les huit heures du matin , pour entendre tout « premièrement la messe. »

Le même sentiment porta les consuls à aller prendre les conseils de l'évoque de Toulon , Me"" Louis Forbin d'Oppôde. Ce prélat les engagea vivement à faire une scrrade générale.

* Roolles des morts de la maladie contagieuse , tant dans ceste ville de Tolon et son terroir , que dans le Lazareton.

RUE d'astolr. 237

La serra de axnït pour objet de renfermer, ou, comme rexj3rime si bien le mot lui-mrme , de serrer chaque famille dans son logis et de l'isoler complÈtement. Terrible mesure qui pouvait avoir des conséquences désastreuses , ainsi que cela eut lieu dans le siècle suivant, pendant la peste de 1721, alors que la population de Toulon , attribuant à la serrade , la cessation de la j)cste de 1664, en sollicita elle-même la rigoureuse application.

La (jdarantditw de 1721 , dont M. le docteur Lam-* bert a raconté les émouvantes circonstances , ne fut , en effet, qu'une réminiscence de la serrade de 1664, et de celle, beaucoup plus complète, qui fut organisée dans les premiers jours de l'année suivante.

A cette époque c'était chose nouvelle , et loin d'en solliciter l'essai , la population aurait bien voulu en être dispensée; mais l'évéque de Toulon et le duc de Mercœur , gouverneur de la province , y voyaient au contraire le salut de la ville. On résolut de tenter Tépreuve. Le Conseil , assemblé le 14 octobre, délibéra (ju'il serait fait « une serrade générale de tous les habitants *. »

Dès que le duc de Mercœur eut connaissance de cette délibération , il écrivit aux consuls pour les féliciter sur la détermination qui venait d'être prise par le conseil : « Je suis ravi d'apprendre par les dépêches « de M. l'évesque de Toulon , leur disait-il , que vous

' Arch vmm. Série m, art. 39 et 40.

« goustez les propositions qu'il vous a faites pour une « serrade générale. Je prends cette bonne disposition « comme un augure infaillible du restablissement de « vostre santé, et je ne doute pas du bon effet que nous « en attendons , si vous vous attachez à l'exécution de « ce projet avec toutes les rigueurs et circonstances « qui doivent l'accompagner. » — <c Et comme j'ay jugé, « ajoutait-il , que vous avez besoin d'être soustenus « d'un pouvoir plus fort que celuy que vos charges ^< vous donnent , et qu'il est de l'intérêt du Roy , que « vous soyez authorisés pour l'exécution des choses « qui vous sont commises , je vous donne le mien , « pour vous en servir avec rigueur , contre ceux qui « refuseront vos ordres. »

Cette délégation ne lui paraissant pas encore suffisante, le Gouverneur annonce aux consuls que le Parlement va leur envoyer uil arrêt pour les autoriser et leur donner le pouvoir de « chastier et faire eœemple.y^ Et , en effet , trois jours après , les consuls recevaient l'arrêt suivant :

« La Cour^ sous le bon plaisir du Roy, et afin que la crainte de la punition des crimes contienne les particuliers de la ville de Tholon dans leur devoir , a ordonné et ordonne que , par. Astour , Flamand et Gubert, consuls, Jean-Baptiste Galène, Honoré Bousquet, Jacques Martin, Pierre Cordeil , Antoine Barry , César de Cuers et Jean Vitalliz, commissaires ' que la

^ Ces commissaires étaieni tous consuls, conseillers municipaux ou intendants de la Santé.

RLE d'astour. 239

cour a députés pour l'exercice de la justice civile et criminelle de la dite ville ^ pendant le temps qu'elle sera affligée de la maladie contagieuse, il sera procédé à l'instruction et jugement des dits procès civils et criminels^ pour l'imposition des peynes, selon que l'atrocité des crimes le méritera, souverainement et nonobstant opposition , appellation quelconques pour lesquelles ne sera différé^ et sera le présent arrest affiché à la porte du palais et autres lieux ou besoin sera. Publié à la barre du parlement de Provence , séant à Aix^ le vingtiesme octobre, mil six cent soixantequatre. »

La serrade ne fut commencée , cependant , que le 15 janvier, en exécution d'un arrêt, dont je transcris ciaprès les principales dispositions :

« Ordonne la Cour que tous les habitans ayent à faire faire des clefs aux portes de leurs maisons qui tournent à la rue , pour pouvoir être icelles deùement et seurement fermées : comme aussi feront murer toutes les communications qu'il peut y avoir d'une maison à d'autres par les toicts.

« Il sera establi des corps de garde dans tous les quartiers, desquels il en sera déta'ché d'autres pour toutes les rues qui seront barricadées des deux bouts , et des sentinelles posées pour y observer toutes choses.

« La ville sera divisée en tel nombre de quartiers et en autant d'intendants, que les capitaines et commandants des dits corps de garde jugeront nécessaires, lesquels seront nommés parles consuls et destituables

240 LES lUES DE TOULON.

pur eux à volonté ; et ù chaque rue nombre de syndics, qui feront roole des habitants de la dite rue, de leur sexe , de leur âge et auront ii répondre aux intendants des quartiers.

« Ordonne la dite cour , que les choses ainsi disposées, et le dit jour , 26 du dit mois , tous les habitants gcMîêraloment se fermeront dans leurs maisons; que les portes aboutissant aux rues, seront murées à cliaux et ù sable ou platinées, à l'exception d'une , qui sera fermée ù clef, la(juolle les dits syndics garderont, en sorte qu'aucun ne pourra sortir sans leur permission, et qu'il sera loisible ù chaque chef de famille , et toujours les mêmes de sortir à une certaine heure trois fois de la semaine seulement, pour se pourvoir des choses nécessaires à la vie.

« Et pour faciliter la fourniture de toute sorte de danrées nécessaires , a permis et permet aux dits consuls d'envover aux conférences leurs bouchers une fois la semaine , pour y recevoir et achepter les bestiaux, et autres personnes pour les choses nécessaires , avec les gardes et sous les seuretés accoustumées.

<c Ordonne , la dite cour, que pour avoir asseurance certaine des mort^, malades^ et sains^ et pouvoir donner les assistances nécessaires , les syndics des rues feront sortir aux fenêtres des maisons^ au moins une fois le jour, tous ceux qui y seront dedans^ selon le rôole qu'ils en auront pris , sans exception de qualité, d'âge ni de sexe; lesquels habitants seront obligés de déclarer^ sous peine de vie y s'ils se trouvent atteints de la peste ou de quelque autre maladie.

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« Qu'il sera estably de trois sortes de médecins et chirurgiens en nombre suffisant, les uns pour les sains, ou ceux qui pourroient estre atteints d^autres maladies , lesquels feront leur tour par toutes les rues , et verront les personnes aux fenestres, s'il n'y a nécessité de les voir de plus près , du moins une fois la semaine en chacune; les autres pour les suspects de peste ^ et les troisièmes pour ceux qui en seront atteints. Le même ordre sera observé pour les confesseurs, et lorsque quelqu'un se trouvera atteint dans les maisons^ on conduira les malades aux infirmeries , les autres de la même maison aux lieux destinés pour les suspects , et en même temps qu'ils seront tous dehors , le parfumeur y entrera. »

Cet arrêt fut ponctuellement exécuté pendant quarante jours.

La serrade terminée , il n'y eut plus que quelques cas très-rares. Deux procès-verbaux , des 10 mars et 23 avrils constatent : l'un, que le sieur Vincent n'était point mort de la peste, mais d'un /Z^^ore tabide ^ et l'autre^ que le sieur Monier^ maître-chirurgien, qui se prétendait atteint de la maladie contagieuse, avait cédé à un sentiment de poltronerie en se faisant soigner pour la peste, alors qu'il était parfaitement sain , de corps sinon d'esprit.

Aucun autre indice de maladie ne s'étant produit , il fut annoncé , le 4 mai, dans une réunion du conseil de ville, «qu'il était expédient de restablir toutes les choses dans l'état où elles estaient auparavant de la

déclaration de la peste. » Les consuls déclarèrent « se despartir des pouvoirs extraordinaires qui leur avaient esté donnés par la délibération du 22 septembre 1664.» Cependant, l'entrée des autres villes ne fut accordée aux Toulonnais que le 24 septembre 1665 , par rordonnance suivante :

« Nous Melchior de Forbin , Marquis de la Roque , conseiller du roy en ses conseils ^ et président en sa cour du parlement de Provence, et Jean de Roux, sieur deGaubert, conseiller du roy en icelle, commissaires députés au subjet de Feutrée de la ville de Toulon. Après nous avoir aparu tant par Tenqueste sommairement par nous faicte, que par le rapport des médecins et chirurgiens , qui sont à nostre suite, la santé estre parfaite dans la ditte ville , avons ordonné et ordonnons qu'entrée sera donnée aux habitants de la dite ville de Toulon par toutes les villes et lieux de la province , où ils voudront aller , et à ces fins que le blocus en sera rettiré. Fait à la Valette , le vingtroisiesme juin, mille six cent soixante-cinq. Signés : Forbin; — de Roux. »

Le lendemain , alors que toute la population toulonnaise était dans la joie^ et que le souvenir des anciennes dissentions semblait s'être effacé , les nouveaux consuls et conseillers de ville, à peine élus, signalèrent leur entrée en fonctions par un acte indigne, qui devait ranimer les rancunes: « Il est ainsi — dit un document contemporain, — que la maladie contagieuse, dont ceste ville de Toulon fust affligée en Tannée 1664,

RUE d'astour. 243

aurait causé tant de dépenses extraordinaires ù la communauté et de divisions parmy Tesprit des Iia))itants, que, nonobstant toute l'économie et conduite dont sieur Charles d'Astour , Jehan Flameng et Laurens Gubert , pour lors en charge de consuls , usc'^rent en ceste rencontre , il arriva que le jour et feste de Saint-Jean , 24® du moys de juin 1665, contre l'uzage et coustume inviolablement observée en la dite ville , les sieurs consuls et nouveaux officiers entrant en charge , reffuzèrent d'approuver et ratifier leur administration, soubs la croyance que les dites dépenses estoient altérées, notamment en celle faicte pour le payement de la solde des gens de guerre levés en ceste occasion , en suite des ordres du Roi et de M»*" lo Gouverneur *. »

Les magistrats consulaires , qui avaient donné des preuves éclatantes de leur dévouement pendant la peste , qui avaient su faire exécuter une mesure exceptionnelle et rigoureuse^ sans molester la population, et qui avaient été assez heureux pour concourir au rétablissement de la santé publique ; ces mômes magistrats, honorés jusqu'alors de l'estime générale et auxquels le conseil avait ^ à l'unanimité , accordé les pouvoirs les plus étendus, se virent accusés de dilapidation et contraints de soutenir un procès contre la ville , qui leur devait peut-être son ^lut.

L'affaire fut portée d'abord devant le parlement et

' Transaction du 18 avril 1668.

ensuite devant la cour des comptes. Ce ne fut que trois ans après , en 1668 , que la communauté mit fin à ce procès, par une transaction en date du 12 avril , dans laquelle on rendit pleine et entière justice au consul d'Astour et à ses collègues. <c Les dits sieurs d'As- « tour, Flameng et Gubert, y est-il dit, n'ayant en « aucune façon excédé leurs pouvoirs , au contraire c< apporté de la modération et retranchement autant « qui leurfust possible aux dites dépances, comme il « se coUigeet peut justifier par les ordres et lettres h «c eux envoyées^ et d'autant mieux qu'ils n'auroient « rien fait sans l'adveu , approbation et consentement c( des officiers de la dite communauté par les délibé- « rations sur ce faictes ... et ayant, messieurs les con- « suis et conseil d'à présent, recogneu par la reflexion « et examen qu'ils ont mûrement faictes , des raisons « et pièces qui leur ont esté produites et exhibées par « les sieurs d'Astour, Flameng et Gubert. . . Ils ont « approuvé et approuvent l'administration et gestion « faicte par les dits sieurs d'Astour , Flameng et Gu- « bert , durant l'année de leur consulat^ des affaires de «c la dite communauté. »

Le souvenir de ce regrettable procès fut bientôt effacé. Les Toulonnais témoignèrent leurs sympathies au consul Charles d'Astour, en le nommant viguier'

* Le vlijuier représentait raulorilé royale. Gel office élait préct^demment à la nominalion du roi ; mais, en 165S, dans un moment de crise aaancière, Louis XIV avait vendu son droit de nomination à la communauté de Toulon. (Inventaire Aei archives, page 276.)

RUE d'asfour. 245

et en confiant le mandat de premier consul à plusieurs de ses descendants.

Thomas d' Astour , fils ou neveu de Charles , fut , en en effet , élu premier consul en 1672 ; le fils de ce dernier , Joseph d' Astour remplit les mêmes fonctions en 1701 , 1710 et 1716 , et son petit fils , Pierre-Joseph d' Astour, en 1745 '.

M. Thomas d' Astour eut l'honneur , étant premier consul , de recevoir M'"® de Sévigné et de lui offrir un présent , au nom de la ville de Toulon. « M"™® de Sévigné, belle-mère de M. le comte de Grignan ', lisons nous dans une délibération du conseil municipal , du 29 janvier 1673^ étant à Toulon , et cette visite étant la première, il serait de Thonnêtetéde la ville de lui faire quelque présent pour lui marquer ses respects. Sur quoi , l'assemblée a unanimement délibéré que le dit présent sera fait, et que le soin d'icelui en est donné aux consuls^ pourvu que la dépense n'excède pas 60 livres. »

La ville de Toulon , placée sur la route d'Italie , et ,

' Thomas d*Aslour, propriétaire de la maison n* 2 , avait épousé Margue* rite Cordeil ; son fils . Joseph d'Astour , marié à Gabrielle Giraudi de Piosin et de llonlauban , le ^6 avril l(>9i,eiit Joseph-Pierre d^Astour , né le 2^ Si^plcmbre 1696, qui épousa, le 15 mai 1726, Gabrielle Louise de La Marque de Montaut. - Le (ils de ce dernier, François- Bruno d'Astour, qui s'unit , le U janvier 1777, à sa cousine Anne-Paule d'Astour , flile de Thomas et de Thérèse Aguillon ^ mourut le 2i février 1806 , et sa femme la 2 décembre

' Fraoçois-Adhémar de Monteil , comte de Grignan , lieutenant général , commandant en Provence , de 1670 à 17U,

d'ailleurs, très int(^.ressante par son port, ses armements , son arsenal , recevait la visite des plus grands personnages. Les consuls les accueillaient avec empressement, leur faisaient des cadeaux et donnaient, à leur occasion , de fort belles fêtes. Au commencement de 1701, les ducs de Bourgogne et de Berry , petits fils de Louis XIV, vinrent à Toulon , après avoir accompagné , jusqu'à Bayonne , leur frère , Philippe V , qui allait prendre possession de son royaume d'Espagne. Dans les premiers jours du mois d'octobre de la même année , la très jeune femme de Philippe V, qui n'avait lui-même que 18 ans, traversa notre ville pour aller le rejoindre. Je dirai un mot de son passage à Toulon, parce qu'elle y fut reçue par Joseph d'Astour, premier consul , fils de Thomas.

Marie-Louise-Gabrielle, fille de Victor Amédée , comte de Savoie, née le 17 septembre 1688, venait d'épouser, par procuration , le 11 septembre 1701 , le nouveau roi d'Espagne. — Elle avait quitté Turin le 13 , et s'était embarquée à Naples , sur la galère la Capitano , qui l'avait portée à Toulon , où elle arriva , comme nous l'avons dit , dans les premiers jours d'octobre. Elle descendit à l'hôtel de ville, dont les appartements avaient été richement décorés. Les consuls avaient loué une partie de la maison située rue Bourbon , n*' 51, occupée, dans ces derniers temps , par M. Daumas, commissaire à la défense, et y avait fait percer une porte de manière à faire communiquer la chambre du second étage visant sur le port , avec la

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grande salle de Thôtel de ville *. C'est dans cette chambre qu'on avait installe le logement particulier de la princesse Gabrielle de Savoie *.

M. d'Astour et ses collègues s'étaient plu à orner l'appartement de la jeune reine ; ils y avaient fait placer une belle copie du portrait de son mari \ et plusieurs glaces du meilleur goût.

Je ne sais si ce fut pour conserver un souvenir du voyage de la reine d'Espagne, ou par simple précaution , comme les consuls le dirent au conseil , mais il est certain que la municipalité se rendit propriétaire de l'une des glaces qui avaient décoré sa chambre. — M. Joseph d'Astour en proposa l'acquisition en ces termes :

« La communauté se trouve souvent obligée de loger des puissances , ({ui passent, ainsi qu'il est arrivé

^ c Pay(^, le 17 octobre 1701 , à^Joscph Vouire , maître maçon , 7 livres , 4 sous, G d.'pour le travail et les fournitures qu'il a employées à ou\rir et k boucher la porte qui communique à l'hôtel de ville et à la maison joignante du sieur Truîlet, à l'arrivé.» de la reine d'Espagne en celle ville. » — • Payé pour loyer de la chambre du sieur Trullet pendant deux mois, 36 livres. » ( Rej;istredes délibérations fol. 87.)

* Actuellement It* salon de réception, qui nVst séparé de la grande salle de rbôtel de ville , que par une porte, contre laquelle est adossée une statue de la Liberté, ornée du bonnet phrygien.

' « Le 12 décembre 17(;i, payé à Joseph Jesso , maître peintre , 14 livres pour le prix d'une copie du portrait de Philippe V, roi d'Espagne, qui est gardée à l'hôtel de ville , et 1^ livres à Nicolas Dunon , maître menuisier, pour le prix de la bordure avec les travaux de sculpture. (Registre des dé« liljérations. foi. 98.)

en diverses occasions et depuis peu^ au passage delà reine d'Espagne , où la communauté a fait meubler et préparer riiôtol de ville, pour recevoir et loger Sa Majesté; ce qui a engagé la communauté à louer des meubles convenables , et , entre autres , des miroirs, pour orner la chambre où elle devait coucher, et où elle vint effectivement descendre à son arrivée en ce port. — Et , parce que le louage des dits meubles et surtout des miroirs, qui sont fragiles , expose la communauté ù des dépenses considérables , il serait à propos d'acheter un miroir pour orner la dite cham]>re. Et comme celui dont on s'est servi dans cette occasion a été trouvé beau et d'un prix assez raisonnable , on pourrait Tacheter , si l'assemblée le trouvait bon.

« Le conseil délibère, en conséquence, que les consuls sont autorisés à acheter le miroir à bordure noire avec un couronnement doré , qui a été loué d'Antoine Fangier, ébéniste, pour orner la chambre de la reine d'Espagne *. »

Sous le prétexte d'économie invoqué par le premier consul, pour faire accepter la dépense par les hommes pratiques qui composaient le conseil municipal , j'entrevois une intention plus élevée, une pensée délicate , j'oserais presque dire galante. Les magistrats toulonnais n'ayant pu encore se procurer le portrait de la princesse Gabriellc, voulurent au moins lui dire qu'ils n'abandonnaient pas, aux hasards du commerce, le

' Délibération du 17 octobre 1701 . fol. 90.

RUE d'astour. 249

miroir qui avait reûHé sa gracieuse image. S'ils ne le dirent pas , ils le pensèrent. La reine était bien jeunr , il est vrai , elle venait d^accomplir sa treizième annre ; mais^ à côté d'elle , et ne la quittant pas , les consuls avaient remarqué la princesse des Ursins« sa camerera mayor», qui était, s'il faut en croire le duc de Saint-Simon , une des personnes les plus séduisantes de son temps. « C'était, écrivait-il peu d'années après, une femme plutôt grande que petite , brune , avec des yeux bleus qui disaient sans cesse tout ce qui lui plaisait, avec une taille parfaite , une belle gorge, et un visage qui, sans beauté, était charmant; l'air extrêmement noble, quelque chose de majestueux en tout son maintien , et des grâces si naturelles et si continuelles en tout, jusque dans les choses les plus petites et les plus indifférentes , que je n'ai jamais vu personne en approcher, soit dans le corps, soit dans l'esprit, dont elle avait infiniment et de toutes les sortes; flatteuse , caressante , insinuante , mesurée , voulant plaire pour plaire , et avec des charmes dont il n'était pas possible de se défendre , quand elle voulait gagner et séduire ; avec cela une conversation délicieuse , intarissable et un parler extrêmement agréable , avec un air de douceur *. »

Les consuls avaient fait des frais de toilette pour se présenter devant la reine. Ils payèrent, quelques jours après son départ , 160 livres au sieur Clapier , qui leur

' Mémoires du dac de St-Simon. Edition Hachette, 1816, T. 2. p. 247.

avait fourni le velours de Gt^nes cramoisi , employé à la confection de leurs chaperons.

Ces administrateurs ne marquèrent leur passage aux affaires , que par le soin qu'ils apportèrent à recevoir convenablement leurs hôtes. Après la reine d'Esp lirne, vinrent le duc de Vendôme , se rendante Tarmre (ritalie , et le comte de Toulouse^ grand amiral de Fnuice *, qui occupa pendant plusieurs semaines les appartements de l'hôtel de ville, en attendant le départ de la flotte qu'il devait commander. Au premier, on fit un magnifique présent, dans lequel figuraient 500 bouteilles cachetées de vin vieux ; la dépense fîûte pour le second s'éleva à la somme de 3,127 livres.

Indépendamment des présents offerts à ces i)ersonnag(»s , la communauté fit, pendant Tainiée 1701-1702, plusieurs cadeaux aux divers ministres , et à M. de Grignan, qui était venu à Toulon pour présenter ses hommages à la reine d'Espagne.

L'argent ainsi employé n'était pas si mal dépensé qu'on pourrait le supposer, en se plaçant au point de vue de nos mœurs actuelles. Les cadeaux, les gi'os cadeaux stirtout, entretiennent si non l'amitié, du moins la protection des grands; or , à cette époque , les municipalités , constamment aux prises avec les agents du fisc , avaient besoin de se créer des protecteurs

' Louis- Alexandre de BuurlK)n , légitimé de France, comte de Tvuli.use, duc d'Amvillc, de renlhièvre , de Chàteau-Villaîn et de Rambouillet , pair amiral et grand veneur de France.

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puissants. M. d'Astour fut chargé , en 1710 , c'est-ùdire dix ans après son premier consulat , d'une importante négociation , dans laquelle les cadeaux jouèrent un rôle très actif.

Il s'agissait de faire rétablir^ avec toutes ses immunités et ses exemptions d'impôts, une foire franche , que le roi avait accordée aux toulonnais , et que les fermiers généraux avaient , en quelque sorte, annulée, en obtenant un arrêt qui réduisait à néant, les franchises concédées par le souverain.

Cette concession royale , en date du 22 décembre 1708^ n'était du reste que la confirmation d'une faveur octroyée ù la ville de Toulon par Henri IV, en 1^95 , en récompense du dévouement dont les toulon.mis lui avaient donné les preuves les plus éclatantes.

En vertu de cette confirmation , les consuls de Toulon avaient fait annoncer^ pour le 3 novembre 1709, l'ouverture de la foire franche. Les promesses de l'affiche étaient séduisantes :

« Pendant 15 jours , tous marchands , tant regnicoles et sujets de Sa Majesté , qu'étrangers , pourront aller ^ venir, séjourner, trafiquer, vendre^ troquer, échanger , porter, enlever, charger et décharger leurs navires et voitures, tant par mer, que par terre^ toutes sortes de marchandises, sans être tenus ni contraints de payer ni acquitter aucuns des droits de Foraine , Rêve, Haut-passage, Traite domaniale. Tonneau^ Douane , ni autres droits et impositions quelconques , mises ou à mettre.

« En conséquence , ceux qui viendront à Toulon , soit par mer^ soit par terre, trouveront, dans le mouillage et dans la ville , toute la sûreté et le bon ordre qu'on y peut souhaiter. Chacun sait ce qu'on y peut faire venir de Marseille et des provinces du royaume ; ce qu'on recueille en Provence , comme huiles d'olives^ vins, eau-de-vie, câpres^ figues, raisins secs, amandes, noisettes, châtaignes, prunes, citrons, oranges, légumes, olives salées et autres fruits et denrées; cire, soies crues et ouvrées; les savons qu'on y fabrique, fort estimés de tout temps ; les pinchinats qui sont de gros draps, particuliers à Toulon et à son voisinage , et propres à la mer et à beaucoup d'autres usages. — On laisse à la liberté des français et des étrangers, d'apporter à cette foire, tout ce qui ne vient pas dans nos mers; comme saumons , morues , merluches, harengs; et tout ce qui ne croit pas en Provence , ou dont on n'a pas suffisamment; comme blés et autres denrées et marchandises , comme fer , plomb , étain , cuivre , etc. — Fait à Toulon , le 2 mai 1709. »

Les toulonnais fondaient de grandes espérances sur le succès de cette foire. Us voyaient déjà leur paisible cité encombrée de marchands et de marchandises ; ils rêvaient la vente de leur vin , de leurs olives et de leurs câpres , l'épuisement complet de leurs savons et de leurs draps pinchinats; l'or affluait dans leurs caisses, le bien être pénétrait partout , Toulon devenait une des villes les plus florissantes du royaume.

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Ces beaux rêves ne devaient pas se réaliser ; une semaine avant le jour fixé pour l'ouverture de la foire, la population toulonnaise apprit avec consternation , que le conseil d'Etat, faisant droit « aux remontrances » du sieur Isembert , régisseur des cinq grosses fermes , avait décidé , par un arrêt du 15 octobre , que l'affaire serait de nouveau examinée et , qu'en attendant , les divers impôts seraient intégralement perçus. Cet arrêt était un arrêt de mort pour la foire. En effet, les commerçants ne trouvant aucun avantage à porter leurs marchandises à Toulon , s'abstinrent d'y venir; le marché fut nul. La ville qui avait fait des apprêts pour recevoir les étrangers , les marchands qui s'étaient approvisionnés, les propriétaires qui s'étaient mis en frais pour installer leurs maisons ou leurs magasins , la population tout entière, en un mot, éprouva un préjudice considérable , et qui fut d'autant plus sensible que chacun , imitant la jeune laitière de Lafontaine , s'était plus ou moins illusionné sur le chiffre des bénéfices probables.

La municipalité ne voulut pas rester sous le coup d'une pareille déception ; elle se prépara à lutter contre les fermiers généraux. Les meilleurs avocats du parlement de Provence furent consultés, et, le 29 janvier 1710, le conseil décida qu'un député serait envoyé à Aix et à Paris , pour solliciter la révocation de l'arrêt du 15 octobre. Le choix du conseil se porta naturellement sur le premier consul de la communauté , M. Joseph Cathelin.

La mission était difficile et demandait autant d'habileté que d'expérience. M. Gathelin fit connaître à ses collègues , dans la séance suivante , que l'état de sa santé ne lui permettait pas d'entreprendre le voyage de Paris. Les conseillers comprirent qu'il ne se sentait pas les qualités nécessaires pour conduire convenablement cette affaire, et, par un vote unanime , ils décidèrent que la mission de défendre la ville contre les attaques des fermiers, serait offerte à M. Joseph d'Astour, ancien premier consul^ qui avait donné des preuves de tact et de dévouement, pendant son consulat de

Après s'être un peu fait prier , l'ancien consul accepta cette mission. Il se rendit d'abord à Aix, pour connaître l'avis des conseils de la ville et solliciter l'appui de M. Lebret, intendant de Provence^ qui se montra très réservé ; puis , il partit pour Paris.

Le l*** avril, M. d'Astour était ô Lyon; le lendemain^ il se remettait en route , et , le 7 , il arrivait h Paris. Il apprit , en descendant de voiture , que la cour était en deuil , et qu'il ne pourrait se présenter nulle part , avant d'avoir pris lui-même le deuil que tout fidèle sujet devait porter , quand le roi était dans l'affliction.

Pendant que le tailleur lui confectionnait un costume présentable, le député de Toulon s'entendit avec M. Nérot^ agent de la communauté, et M. Barbot, avocat , sur la marche à suivre pour conduire avec prudence la difficile négociation dont il s'était chargé. Ces messieurs lui dirent qu'il avait affaire à forte

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partie ; qu'il fallait mettre en mouvement tous les protecteurs de la ville , les siens propres , et n'épargner aucun cadeau , aucune dépense.

Le 12, le consul de Toulon se rendit chez M. Couturier , premier commis de M. Desmarest , contrôleur général des finances, de qui dépendait en grande partie, le sort de l'affaire qui l'avait appelé à Paris. M. Couturier lui dit que le dossier avait été envoyé en communication à M. de Grandval , l'un des fermiers généraux , pour avoir sou avis , et que le contrôleur général ne pourrait le recevoir , que lorsque ces papiers lui seraient revenus .

Après s'être présenté trois fois envain au domicile du fermier général , M. d'Astour fut enfin reçu le 21 avril ; il supplia M. de Grandval de vouloir bien produire le plustôt possible ses observations contre la requête de la communauté de Toulon. « Je dois vous dire^ lui répondit ce dernier, que je suismarguillier et que, pendant toute la semaine sainte, il m'a été impossible de m'occuper de votre affaire. — D'ailleurs la question de la foire franche est définitivement jugée ; le roi ne changera pas ce qu'il a fait , c'est déjà trop d'un port franc en Provence, Sa Majesté n'entend pas faire deux Marseille. »

L'assurance du fermier général déconcerta un peu M. d'Astour , qui eut la pensée d'aller demander conseil à M. Girardin de Vauvré^ intendant de la marine , en ce moment à Paris. M. de Vauvré lui promit d'intervenir auprès des fermiers généraux qu'il connais-

sait particulièrement ; mais il ajouta : « Si la communauté a envie de faire réussir cette affaire , il faut qu'il lui en coûte; sans cela on ne fait rien ; présentement les affaires ne se font pas autrement à la cour. »

Cette appréciation était déjà celle de M. d'Astour, qui termine sa lettre en disant : « tous ceux qui prennent quelque intérêt à notre affaire, pensent tous de même. » Aussi , dès le 28 avril , désespérant d'arriver ft son but par la voie officielle , le député de Toulon s'est déjà entendu avec un personnage influent, pour obtenir la protection intéressée d'une grande dame , jouissant d'un pouvoir considérable : « J'ai un mien ami , écrit-il , qui m'a demandé les papiers concernant notre affaire , il les a donnés à une dame , qui a promis de la faire réussir, moyennant qu'elle sache ce que nous voulons donner , et soyez persuadé que cette dame a tout le crédit possible. Il faut savoir donner à propos afin que les affaires se finissent; et puisque vous avez plutôt compté sur ma droiture que sur mon grand savoir , n'appréhendez point que je ne ménage les intérêts de la communauté, comme un homme d'honneur , mais il faut qu'il vous en coûte et tout le monde en est là, déterminez vous le plutôt possible. »

Huit jours après , il a vu l'avocat et l'agent de la ville, il a vu en outre, M. de Ricard, un toulonnais des plus honorables , et il a traité avec eux la même question. « Je leur ai dit que mon sentiment était d'offrir mille pistoles , valant dix mille livres ; ils m'ont répondu que l'on ne pouvait pas moins offrir, heureux

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encore si avec cela nous gagnions notre procès. » Et , immédiatement , il s'est rendu auprès du sien ami qui négocie cette délicate affaire; ce dernier a trouvé Toffi-e convenable : « Mon amy m'a dit qu'il croit la proposition honnête et qu'il ne doute point que cela ne réussira *. »

Les lettres de M. d'Astour furent lues , relues et commentées par les membres du conseil municipal. Personne n'était positivement éloigné de faire un sacrifice d'argent ; donner une somme ronde à une dame, ou dépenser à peu près autant en voyages ou en présents aux protecteurs de la communauté, cela revenait au môme; du reste le procédé était plus expéditifet, dans tous les cas , plus certain. Mais^ la curiosité chez quelques-uns, le désir d'économiser, chez d'autres , fit naître des objections. On voulut connaître le nom de Tintermcdiaire , afin de deviner celui de la dame qui avait une si grande influence sur le ministre; on demanda , en outre ^ s'il ne serait pas possible d'offrir une somme moins forte.

Répondant, le 26 mai, aux consuls qui lui exprimaient le désir de recevoir quelqu(îs éclaircissements , M. d'Astour leur fit remarquer qu'il était tenu à une certaine réserve , et que d'ailleurs il avait dit à un ami commun , M. de Ricard, tout ce qu'il pouvait dire sans commettre d'indiscrétion : « Vous me marquez, leur écrivait-il, que l'assemblée aurait souhaité que j'eusse

' Lrurc df M. d'Astour , du 7 mai 1710 (Archives. Série BB. art 280.)

fait confidence de mon intrigue à M. de Ricard , et que je lui eusse déclaré le nom de la personne qui agit auprès de la dame. Je vous ai déjà écrit que j'avais communiqué à M. de Ricard le projet de la donative , et qu'il était du sentiment d'offrir mille pistoles, et qu'encore nous serions trop heureux si , avec cela , nous obtenions ce que nous souhaitons; et que quant à la personne qui menait cette affaire^ je n'avais pas cru qu'il fut nécessaire de la lui nommer , attendu qu'il ne la connaît pas. Mais cela ne vous doit point faire de la peine ; soyez persuadé que c'est un véritable homme de bien et d'honneur , et d'ailleurs, quand il s'agira de l'argent je ne le donnerai que contre l'arrêt. »

Cette réponse se croisa en route avec un autre lettre que les consuls avaient adressée à leur député^ pour l'inviter à faire examiner, s'il ne serait pas plus facile d'obtenir gain de cause, en a])andonnant une partie des exemptions primitivement accordées. M. d'Astour , après avoir consulté l'avocat de la ville , répondit qjue « cette retraite » serait imprudente si elle se produisait par la voie judiciaire , parce qu'elle pourrait être considérée comme un désistement de la requête en révocation de l'arrêt du 15 octobre. Il proposa , en conséquence , d'adresser un mémoire au ministre , pour lui faire connaître que la ville de Toulon était prête à faire le sacrifice d'une partie des concessions royales , si ce moyen pouvait mettre fin à une procédure très longue et très coûteuse. « Néanmoins , ajoutait-il , pour appuyer cette diminution qui ne laissera pas de

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rencontrer des difficultés, il est très nécessaire, si cela se peut, de trouver quelque souterrain et de donner une gratification de 5 ô 600 pistoles. »

Ce souterrain est un mot charmant. Il dit toute la pensée du diplomate municipal. La voie officielle est pour lui la parade : rédigez des mémoires , réduisez vos prétentions , faites agir vos protecteurs, vous ferez bien , mais n'oubliez pas , mes chers collègues , que votre argument le plus éloquent , le plus décisif, c'est le sac de pistoles que nous ferons parvenir par une voie souterraine.

Cependant les conseillers dont le mandat est sur le point d'expirer, ne se pressent pas de voter les fonds demandés; ils décident que l'aflfiûre « de la donative » sera soumise au conseil des quarante , qui doit se réunir le 15 juin , pour procéder à l'élection des nouveaux officiers municipaux. En effet, après avoir élu pour premier consul, M. d'Astour lui-même « quoiqu'absent », et lui avoir choisi des collègues dévoués , l'assemblée générale n'hésita pas à lui donner tous les pouvoirs nécessaires pour terminer la délicate négociation dont il avait pris l'initiative. « Dans l'assemblée des quarante, qui se tint le 15 de ce mois , pour l'élection consulaire, lui écrit-on le 19, on examina laproposition qui vous a été faite par un ami, au sujet de notre foire franche , moyennant une gratification dont il n'a pas voulu lui-même fixer la somme. On a considéré qu'elle doit être, diminuée à mesure que nous réduisons notre demande. — Le conseil de ville, ancien

et nouveau, a résolu de vous écrire cette lettre , par laquelle il vous donne pouvoir de traiter et de régler avec votre ami la gratification dont il s'agit, jusqu'à 5 ou 6,000 livres, ù condition que, par l'arrêt qui interviendra , il sera dit qu'on ne paiera dans Toulon^ pendant 15 jours de foire , uniquement que le droit de repréciation comme à Beaucaire et ô Lyon. Nous vous donnons pouvoir de faire votre billet pour la somme que vous aurez réglée sur ce pied, payable dans un ou deux mois après l'arrêt. »

Tous ces délais avaient probablement fatigué l'ami en question et la dame inconnue ; peut être cette dernière fut elle froissée de voir que l'on avait cherché un hiais pour réduire de moitié la première offre; ou , Ce qui est plus probable encore , estimait-elle qu'une femme de son rang ou de sa beauté , ne pouvait pas intervenir à moins de 10,000 livres; le fait est qu'après la délibération du 15juin, jene trouve plus rien, dans la correspondance du député de Toulon y qui puisse faire supposer que le marché a été accepté. M. d'Astour paraît avoir complètement renoncé à ce moyen , depuis qu'il est à la fois premier consul et député. Cependant, il fait offrir une gratification à M. Couturier, * premier commis de M. Desmarets , lequel répond par une véritable déclaration de principes. « M. Nérot, notre agent, écrit M. d'Astour , a vu M. Couturier, il lui a demandé si, en donnant quelque chose^ on pourrait faire réussir notre affaire ; M. Couturier a répondu que toutes ces donatives étaient inutiles , que cela re-

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gardait rintérêt du roi et que M. Desmarets ne fera rien de contraire aux intérêts du roi. »

M. Couturier a refusé fiôrement cette tentative de séduction , ni lui ni le ministre ne sont accessibles c< aux donatives. » Pour qui les prend on ? — On peut , certainement, recevoir des présents, cela se voit même tous les jours , mais, de l'argent, jamais !

Obéissant à un premier mouvement , M. d'Astour a fait connaître à ses collègues qu'il fallait renoncer à la donative , mais il s'est bientôt ravisé : « Quoique je vous aie mandé , par ma dernière lettre , leur écrit-il , que M. Couturier avait dit qu'il ne fallait rien donner , il ne faut pas croire , pour cela , qu'il ne nous en coûtera rien , car les affaires do cette nature là ne se font point sans faire des présents. »

On est enfin entré dans la bonne voie. Le premier commis connaît les dispositions des toulonnais ; il sait qu'il n'obligera pas des ingrats. Il les engage à ne rien retrancher de leurs prétentions et à le laisser agir. Sur sa proposition , le contrôleur général , M. Desmarest , renvoie le dossier de la foire fianche à M. Lebret, pour avoir de nouveau son avis : « l'intention du roi , étant que la foire de Toulon n'ait pas moins de franchises que les foires les mieux favorisées, sans porter préjudice cependant aux intérêts du fisc. » L'obligeant premier commis informe M. d'Astour de ce renvoi, et lui donne le conseil de mettre en mouvement tous les protecteurs de la ville de Toulon , pour obtenir de M. Lebret un avis favorable.

C'est maintenant TafTaire de M. Roustan, qui joint à ses fonctions (l'archiva ire, celles de secrétaire et «f d'orateur»; c'est lui qui écrit, et qui parle , au besoin , pour les consuls ; il sait comment on tourne une lettre flatteuse , il connaît la dose de compliments et d'éloges c|ui convient ù chacun ; son style est châtié , il ne se sert que d'expressions bien choisies et, tout en insistant sur l'importance du sujet qu'il traite, il ne tombe jamais dans aucune exagération. Le voilù à l'œuvre , il prépare une demi douzaine de lettres que les consuls s'empressent de signer et d'expédier à tous les personnages, qui ont visité Toulon , logé ù l'hôtel de ville, bu le vin d'honneur, et reçu les gants et les parfums de la communauté. Les réponses ne se font pas attendre; S. A. S. le comte de Toulouse, grand amiral de France , le maréchal d'Estrées, le comte de Pontchartrain^ ont écrit ou ont fait écrire d'une manière très pressante à M. Lebret; M. de Vauvré, intendant de la marine , M. de Chalucet, évoque de Toulon , M. du Luc , archevêque d'Aix , n'ont pas été oubliés et ils ont agi auprès de l'intendant de Provence.

Sous l'influence des mœurs de la cour , M. d'Astour s'était un peu trop habitué à faire des présents ; il n'était plus question , dans ses lettres , que de cadeaux et de donatives. En rappelant à ses collègues qu'il convenait d'écrire au frère de l'archevêque d'Aix , le comte du Luc, ambassadeur de France en Suisse, qui portait un intérêt particulier à la ville de Toulon , il leur avait donné le conseil de lui envoyer un souve nir. Le second consul lui fit remarquer qu'il n'était

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pas toujours à propos d'employer ce procédé : « J'ai proposé à Messieurs les conseillers , lui écrivait-il le 4 janvier 1711, le dessein que vous avez à l'égard de M. le comte du Luc , mais ils ne l'ont pas approuvé , craignant que, de l'humeur généreuse dont il est, il ne s'offensât, si nous lui offrions un présent , pour nous attirer sa protection. Il a été résolu que nous le prierions, par ce courrier, d'écrire à M. Lebret, pour nous le rendre favorable. »

Le comte du Luc prouva, en effet , par son empressement à faire ce qu'on lui demandait, qu'il n'avait pas besoin d'être stimulé par un cadeau , pour rendre service à la ville de Toulon. Il écrivit immédiatement à M. Lebret une très bonne lettre, dont il eut soin d'envoyer une copie aux consuls. « Permettez , Monsieur , disait-il à l'intendant de Provence ^ qu'un ambassadeur qui se glorifie du titre de bourgeois de Toulon , joigne ses très humbles instances à celle de ce pauvre peuple , qui a recours à votre protection , pour se tirer de la misère , où le défaut d'armement, le siège qu'il a souffert^ et la mortalité totale des oliviers l'on réduit. Vous savez, Monsieur, mieux que moi toutes ces vérités. Vous savez aussi, avec quel zèle cette pauvre ville s'est épuisée en toutes occasions. Vous pouvez la faire revivre. En mon particulier, je compterai pour un grand bien , si ma très humble prière peut être de quelque utilité à une ville que je dois chérir par préférence V »

' Lettre datée de Soleure , le U janvier 1711 .

Un bienfait n*est jamais perdu. Un mois après la réception de cette lettre, le second consul, remplissant les fonctions de commandant de place , en l'absence de M. le marquis de Chalmazel , titulaire, décacheté une lettre adressée à ce dernier par l'archevêque d'Aix , qui se plaint de l'enrôlement de deux jeunes vassaux de son frère, le comte du Luc. Immédiatement le consul casse l'engagement des deux paysans, leur paie les journées qu'ils ont perdues , et fait jeter en prison le sergent qui les a enrôlés malgré eux; puis il s'empresse d'écrire ù l'archevêque d'Aix, qu'il ne mettra le coupable en liberté que sur la demande de Sa Grandeur.

Les consuls ne négligeaient aucun moyen pour se créer des protections; ils prodiguaient les compliments et les offres de services. — Ecrivant à M. de Grandval , capitaine d'une compagnie franche ô Agde, pour le prier d'agir, en faveur de la communauté, auprès de son fr^re le fennier général , ils lui disaient; <c nous tacherons de vous témoigner notre reconnaissance par tout ce qui dépendra de nous; » ils faisaient écrire à la marquise d'Oppède « qui était toute puissante auprès du contrôleur général; » ils s'adressaient ensuite ù l'évéque de Riez, frère du Ministre , « que le ciel avait tout juste conduit à Paris pour sauver cette pauvre ville de Toulon ; » enfin , M. Roustan ne passait pas un jour sans écrire deux ou trois lettres aux amis des consuls ou aux protecteurs de la communauté.

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Pendant que l'archivaire se mettait en frais d'éloquence , M. d'Astour nouait à Paris , une nouvelle intrigue, «c Je viens de quitter, écrivait-il à ses collègues le 10 avril 1711, un parent de M. Lebret, avec qui nous avons parlé de la foire. Après lui avoir expliqué toutes les difficultés qu'il y a dans cette affaire, il m'a dit qu'il se promettait d'avoir un avis de M. Lebret , par lequel il nous donnerait l'entrée des marchandises libres et sans payer aucun droit (ce qui m'a paru bien difficile) , moyennant six mille livres^ que vous lui donnerez si Tavis de M. Lebret est tel qu'il dit ; et si, pour le mieux faire réussir , vous voulez lui payer son voypge qu'il fera en poste , que nous avons réglé à 600 francs (sic)^ il est en état, suivant ce qu'il dit, d'obtenir tout ce qu'il voudra de M. Lebret; bien entendu que ces six cents francs seront donnés , indépendamment des 6^000 livres, qu'il réussisse ou non. — Je suis bien aise de vous l'écrire, afin que vous me marquiez positivement si cela vous convient ou non. »

Il me semble que notre député avait un penchant trop vif pour le commerce des protections; il était toujours prêt à acheter le dévouement des personnes qui pouvaient être utiles à la ville de Toulon. — Le but était honorable , mais le moyen employé ne l'était pas.

Lettres , démarches , présents , gratifications, « donatives », tout fut essayé en vain; M. d'Astour dut quitter Paris, vers la fin du mois de mai 1711, sans avoir obtenu autre chose que la promesse d'un nouvel arrêt , accordant une très faible partie des franchises

précédemment concédées. Cependant M. Lebret n'était plus dans le camp ennemi. «Il fallut céder, lisons nous dans un mémoire, et quoique M. Lebret eut prononcé favorablement pour la communauté , Sa Majesté^ forcée pour ainsi dire à rétracter sa grâce , et à la rétracter cependant avec regret , donna de nouvelles lettres patentes en juin 1712 , par lesquelles , en interprétant celles de 1708, il plut au roi de limiter les prérogatives de cette foire , et de la réduire à n'être franche que pour certains droits et pour la sortie seulement. »

Il m'a été impossible de découvrir le nom de la grande dame aux mille pistoles; ni celui du parent de M. Lebret qui , moyennant 6^000 livres , se faisait fort de modifier les idées de cet intendant sur la question de la foire. Je ne sais si M. Couturier , premier commis du contrôleur général des finances , toucha une gratification ; ou si le frère de M. Grandval se fit payer sa lettre de recommandation ; mais il résulte très clairement de la correspondance que je viens d'analyser , que tout le monde était d'accord pour donner et pour recevoir; qu'il y eut des acheteurs et des achetés, et que si le prix de vente ne fut pas soldé , c'est que le vendeur ne put pas livrer la marchandise vendue.

En voyant M. Joseph d'Astour recourir si souvent au moyen un peu hasardé « de la donative », on pourrait croire que son caractère le portait vers l'intrigue et que le conseil municipal ne le suivait pas volontiers dans cette voie. Ce serait une erreur. Les conseillers

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ne voulaient y mettre que lo plus juste prix , mais le fait en lui-même ne répugnait pas à leur conscience. S'il en avait été autrement, si les toulonnais n'avaient pas approuvé la manière d'agir de M. d'Astour, personne n'aurait songé ù le placer de nouveau à la tête de l'administration communale. Or il n'était sorti de charge que depuis cinq ans , lorsqu'il fut élu, pour la troisième fois , premier consul , le 15 juin 1716. C'était un peu trop tôt ; car les l'èglements recommandaient de ne réélire un ancien consul , qu'après un laps de temps assez considérable , afin de permettre à un plus grand nombre de citoyens d'occuper ces importantes fonctions.

Troisième consulat de M. Joseph cPAstour.

Le nouveau conseil fut installé le 24 juin, suivant l'usage , et, le lendemain, M. Joseph d'Astour , après avoir ouvert la séance, proposa d'envoyer, des députés à Marseille et ù Aix,pour offrir les hommages de la municipalité « aux puissances de la province », c'està-dire , au duc de Villars , gouverneur de Provence , qui se trouvait en ce moment à Marseille, h l'intendant Lebret , et aux présidents du parlement et de la cour des comptes. — M. d'Astour, et les deux premiers conseillers, Elzéar Pavés et Gabriel Gavoty, furent désignés par l'assemblée.

La députation toulonnaise^ composée du premier consul , de deux conseillers et du trésorier se mit en route, le 26 juin , emmenant avec elle un trompette et un valet de ville*. Une note de frais, retrouvée au milieu d'un très grand nombre de pièces de comptabilité^ nous permet de suivre nos voyageurs étape par étape , d'assister à leurs repas et de les accompagner même chez « les puissances » , où nous les verrons distribuer des étrennes aux laquais, en attendant la remise des cadeaux destinés aux maîtres eux-mêmes:

26 juin 1716. — Deux pains , une livre de biscuits et environ trois pintes de vin portés dans la litière et dont nous avons déjeuné en chemin , le

jour du départ » 13 s. 6 d.

Le même jour. Dinée^ à Conil , des quatre députés , du trompette et du valet de M. le consul; nourriture du cheval et étrennes aux domestiques du logis 5 1. 12 s. 6 d.

Plus , pour boire un coup à Saint- Mitre Taprès-dîné, et en route de Conil à Marseille, 1 5 »

27 juin. — Etant à Marseille , pour étrennes aux forçats qui sont venus

^ Le trompette et le valet de ville précédaient les consuls quand ils mar cbaient en corps; ils les annonçaient avant d^entrcr dans les hôtels et donnaîent ainsi plus d'apparat à leurs visites. Cet usage s'est continué jusqu'à la Révolution. Et dernièrement encore, nous avons vu un maire de Toulon ^ se rendant à Paris, se Caire accompagner d'un sergent de ville.

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à Tauberge jouer du violon , basse et autres instruments, donné vingt sols, et quatorze sols au barbier , qui nous a rasés et poudré nos perruques 1 1. 14 s. 6 d.

Le même jour. Donné trois écus neufs au portier et aux valets de M.

Lebret , intendant ^ 15 » »

Plus, un louis d'or, de vingt livres, aux gardes de M. le maréchal de Villars 20 » ^

Plus , pour quatre chaises à porteur pour les visites des puissances au dit Marseille 10 » »

Pour un jour et demi de nourriture à rhôtel de Bourgogne, au dit Marseille^ des députés et domestiques , nourriture du cheval de Cyprien et étrennes aux valets et servantes du cabaret 17 18 »

28 juin. — Pour ce qui a été porté pour la dinée à Notre-Dame des Anges, pain , vin^ viande, pour nous et pour les domestiques, ensemble le

cheval de Gyprien 7 10 »

29 juin. — Etante Aix, pour quatre chaises à porteur , pour les visites ù Messieurs du parlement et des comptes 10 » >»

30 juin. — Pour deux jours de nour-

riture à La Selle cT Or , des députés , domestiques^ nourriture du cheval et étrennes^ ensemble pour le loyer de deux chambres hors du cabaret 25 10 m

l^' juillet, — Pour la couchée chez le sieur Jouve, à Rocavaire, compris le cheval et étrennes 7 5 »

Pour boire un coup en route , de Rocavaire à Conil » 19 »

Pour la dinée à Conil 5 9 i>

Pour six journées de deux litières, à huit livres par jour, et étrennes aux voituriers 97 » »

Pour six jours du cheval de Cyprien 6 » »

A Cyprien Mouissel 5 » »

Les dépenses personnelles de MM. les députés de Toulon ne sont pas exagérées. Les déjeuners sur le pouce reviennent à deux sous par personne , les dîners à Taubèrge, à vingt sous, et en route, sMls se permettent « de boire un coup » , le vin ordinaire leur suffit. A Marseille , ils se font tous raser et poudrer pour quatorze sous , et récompensent touJt un orchestre , composé , il est vrai, de forçats , avec une livre.

Mais s'ils se montrent économes des deniers de la ville, quand il s'agit de leurs frais de voyage, ils n'épargnent rien pour plaire « aux puissances » et à leur

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entourage : des écus neufs au portier et aux valets de M. Lebret , un louis d'or aux gardes du maréchal de Villars , et, ayant à faire un présent au maréchal , ils songent surtout aux objets qui seront bien accueillis par la maîtresse de maison ; cent trente livres de bougies , douze douzaines de gants blancs, passés au lait , douze boîtes de savon , co itenant chacune six savonnettes ; trois livres et demie de pommade jaune à la fleur d'orange , dix-huit bouteilles d'eau à la Reine de Hongrie, et trente-six bouteilles d'eau de fleur d'oranger. Il y avait , dans ce cadeau qui ne coûta pas moins de 504 livres , de quoi éclairer toute la maison du maréchal^ pendant une saison d'hiver, et de quoi parfumer Madame la maréchale pendant plusieurs mois.

Comment ne pas accueillir avec bienveillance les députés d'une communauté, qui était si gracieuse avec les puissances ! Comment oublier les habitants d'une ville si généreuse ! — M. le duc de Villars fut charmant pour les toulonnais ; il leur promit son appui et, plus tard , quand ils eurent besoin de lui , il se mit à leur disposition avec une grâce parfaite.

Le maréchal était rempli de bonne volonté, et il aida les consuls de Toulon dans plusieurs circonstances , mais son influence dut céder devant celle des traitants, quand la ville se trouva de nouveau engagée dans une question financière.

C'était l'époque où le roi, pour se procurer des ressources , créait une foule d'emplois inutiles et en vendait les fonctions aux plus offrants. Quand les admi-

nistrés se plaignaient, ce qui arrivait 99 fois sur 100 , le souverain accordait la suppression des fonctions nouvelles , sous la condition , par les villes , de rembourser aux titulaires le prix de leurs offices. De cette manière, l'argent versé au trésor y demeurait, et il importait peu , au roi , où à son ministre des finances, quand le tour était joué, de maintenir tel ou tel emploi. C'était très commode pour le fisc.

Cependant ce trafic avait pris des proportions considérables. Les communautés employaient la plus grande partie de leurs revenus ù éteindi^e ces nombreuses charges. La seule ville de Toulon avait déjà dépensé plus de 600,000 livres , pour rem])ourser , au fur et à mesure de leur création, les offices de greffier, de trésorier , d'assesseur , de maire , de colonel de la milice bourgeoise , de procureur du roi , de substitut, de lieutenant général de la police , de peseur , de jaugeur, de mouleur, etc., etc.

On put croire un instant, que le roi aviût enfin renoncé à ce singulier commerce. Un édit du mois d'août 1715 venait , en effet, de supprimer les offices de subdélégués des intendants , et de décider que la finance de ces offices serait restituée aux'titulaires sur les fonds de l'Etat. Mais ce n'était encore qu'une bonne intention. L'argent fit défaut quand les subdélégués réclamèrent le remboursement de leurs offices. Sur leur requête, un nouvel édit, réformant le premier, mit cette dépense à la charge des vigiieries ; celle de Toulon , composée de six communautés , dut payer 22,( »00

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livres au sieur Salvator, subdélégué de l'intendant de Provence , et la part contributive de la ville chef-lieu fut fixée à 14,000 livres.

M. Joseph d'Astour, agissant au nom de la viguerie, se pourvut contre le second édit. Il lui semblait que l'occasion était excellente , pour battre en brèche un abus condamné par le roi lui-même. Le premier consul de Toulon recommença les démarches qu'il avait faites dans une autre circonstance, mais sans recourir , nous devons le constater , « aux donatives ». Il écrivit à tous les protecteurs de la communauté et fit agir, notamment, M. le duc de Villars. « On a fait , disait-il , le 9 décembre 1716, à ses collègues du conseil , tous les mouvements possibles pour obtenir la décharge du remboursement du prix de l'office de subdélégué, mais tous les efforts ont été inutiles ; car le sieur Nérot , notre agent à Paris , écrit que l'ari'ét qui nous condamne est à Ja signature. »

Cette procédure fut la dernière affaire un peu importante que M. Joseph d'Astour eut à traiter pendant son consulat. Il rentra ensuite dans la vie privée et ne voulut plus occuper aucune fonction publique.

Consulat de M. Pierre-Joseph cfAstour.

En 1746, Pierre-Joseph d'Astour, fils du précédent, fut élu premier consul, dans des circonstances assez

difficiles. Les autrichiens menaçaient nos frontières et la ville de Toulon , mal fortifiée^ dt'»garnie de troupes et d'approvisionnements, n'était pas en état de soutenir un siégo.

M. d'Astvïuretses collègues n'hésitèrent pas à mettre des fonds à la disposition de l'autorité militaire , pour faire exécuter les travaux les plus urgents ; mais bientôt toutes les ressources communales furent épuisées. Ils firent connaître, le 8 février 1746, à M. d'Argenson , ministre de la guerre et à M. de Latour, intendant de Provence , que les travaux des fortifications, conduits jusqu'alors avec beaucoup d'activité, allaient être suspendus , faute d'argent : « Nous attendons vos ordres avec d'autant j)lus d'impatience , leur écrivaient-ils, que nous nous voyons avec douleur hors d'état de continuer, nous manquons de fonds et de ressources. »

Le ministre ne répondit pas , mais l'intendant promit tout son appui aux toulonnais et leur annonça sa prochaine visite. Très heureux de cette détermination, les consuls s'empressèrent d'oflFrir les appartements de l'hôtel de ville à M. de Latour. « Pourrions nous nous flatter, lui disaient-ils^ d'avoir la préférence dans le logement que vous prendrez en cette ville , où tout le monde vous souhaite et vous attend avec une égale impatience. Nous ne vous oiîrons rien, Monseigneur, là où tout vous est dû. L'hôtel de ville sera libre pour vous y recevoir. Qu'il nous soit permis de vous témoigner seulement , qu'accoutumés à loger tout ce qui se

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présente à Toulon de grand et de respectable , vous seriez ^ Monseigneur, de tout ce que nous aimons et respectons celui que nous verrions ailleurs avec le plus de regrets *. »

L'invitation était pressante et formulée en termes trop aimables pour être refusée. M. de Latour Taccepta. Charmé sans doute de l'accueil <Ju'il reçut, et ayant constaté d'ailleurs l'urgence des secours , il fît mettre immédiatement des fonds ù la disposition des consuls de Toulon •.

En même temps que Ton complétait le système des fortifications , l'autorité militaire prenait les précautions d'usage pour prévenir toute surprise; des consignes sévères étaient données à tous les factionnaires qui montaient la garde sur les remparts. Rien de plus naturel , mais le commandant de place , M. le marquis de Marnézia poussa les choses si loin , ses ordres furent si rigoureusement exécutés, qu'il vint un moment où il fut impossible de s'approcher, non seulement des murailles , mais encore des ouvrages extérieurs, sans s'exposer à recevoir des coups de fusil. Un commissaire de marine faillit être tué. On comprend l'émotion que cet événement produisit dans la ville. Les consuls firent des représentations à M. de Marnézia qui n'en tint aucun compte. Il fallut en référer au commandant supérieur de la province, à M. de Mauriac, a Vous connaissez , Monsieur, lui écrivi-

' Letlrc du 16 ft^vrin* 1746 Série liB. art. 107, ' Lettre du 20 février. IHdem.

rent les consuls, lo 2 août 1746, le chemin couvert qui conduit de la Porte Royale à la Boulangerie, chemin des plus pratiqu(^s et dans lequel on n'a encore commencé aucun ouvrage. Le sieur Brun , officier de plum<; , passant par ce sentier le jour même que l'ordonnance fut affichée , une sentinelle en faction sur le bastion lui tirn dessus et le manqua^ fort heureusement. Vous jugerez facilement, Monsieur, que si l'on continue à être exposé au caprice et peut être à l'i— vrognerie d'une sentinelle , le malheur d'être tué peut tomber indifféremment sur toutes les personnes , encore plus sur des étrangers qui, en arrivant dans cette ville , en ignorent le péril. »

Le même règlement prescrivait d'arrêter et de mettre en prison les personnes qui traversaient les glacis , et de ne leur rendre la liberté que contre le paiement d'une amende. Un ruisseau peu apparent servait de limite aux glacis. « Vous ne serez pas surpris, Monsieur, de cet exposé^ ajoutaient les consuls ^ lorsque nous aurons l'honneur de vous dire que le valet de M. d'Astour , l'un de nous , ayant été surpris , en sortant par la porte Saint-Lazare , franchissant ce ruisseau , fut arrêté , et n'ayant point d'argent sur lui, traduit au corps de garde de la Porte Royale. M. d'Astour s'étant présenté , le quart d'heure d'après chez M. de Marnézia, pour lui en demander l'élargissement, « n'entrez « pas , lui dit-il , je sais ce que vous allez me dire , « votre valet ne sortira point de prison qu'il n'ait payé « l'amende. »

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Le secret de ces nombreuses arrestations fut bientôt connu ; une prime de douze sous était accordée aux soldats sur chaque capture ; elles prirent de telles proportions que les consuls se crurent obligés d'envoyer^ le même jour , un exprès au général^ pour le supplier d'intervenir sans délai. «Nous ne pouvons que vous réitérer par un exprès, Monsieur, que le soldat à qui l'on donne douze sols sur chaque amende de trois livres, arrête indifféremment tous les passants; les femmes et les filles sont traînées dans le corps de garde et confondues avec les prisonniers ; heureuses celles qui ont le temps de faire une quête pour fournir à leur rançon. »

M. de Mauriac fit droit à la réclamation des consuls *; mais le commandant de place ne vit pas sans dépit le succès de leurs démarches; il résolut de se venger, et de leur infliger à son tour une petite humiliation.

Aux termes d'un règlement royal, les consuls étaient tenus de se rendre en corps chez le commandant de place^ pour le prendre et aller ensuite avec lui à la cathédrale^ toutes les fois qu'un Te Deum officiel devait être chanté. Or , le 7 août , c'est-à-dire , le lendemain du jour où M. de Marnézia avait reçu l'ordre de faire

^ 4 NûU8 avons Thonneur de vous rendre de très humbles grâces de la lettre que vous avez eu la bonté d'écrire à M. de Marm^zia. il nous a patu quelle ra véritablement indls^)Osé contre nous, mais elle n'en a pas moins opéré tout le bien que nous avions lieu d'en attendre. » (Lettre des consuls à M. de Mauriac, 7 août 1746.) Arcb. Série BB. art. 107. fol. 210.

cesser les obus dont se plaignait la municipalité , M. d'Astour et ses collègues se présentèrent chez lui, pour le prier de se rendre avec eux au Te Deum , qui allait être célèbre ô l'occasion de la prise de Mons. Mais quel ne fut pas le désappointement des consuls, quand le valet de chambre du commandant de place leur dit qu'il s'était déjA rendu ù la cathédrale dans sa chaise à porteur !

C'était un véritable affront; les magistrats le sentirent d'autant plus vivement, qu'ils avaient fait prévenir M. de Marnézia , pour qu'il se tint prêt à les recevoir. Ils ne voulurent pas , cependant , soulever un conflit, espérant que ce mouvement d'humeur^ excusable jusqu'il Un certain point dans la circonstance actuelle, ne se renouvellerait pas. Mais M. de Marnézia , vieillard deSOais, ne revenait pas facilement sur une première impression; il était encore sous l'influence du même sentiment, quand les consuls se présentèrent de nouveau chez lui, vers la fin du mois , pour le prier de les accompagner à l'église. Il prétexta un mal aux pieds qui l'empêchait de marcher, et se rendit seul au Te Deum , dans sa chaise.

Toute la ville fut instruite de l'humiliation subie par le corps municipal. Il faut lire dans la plainte que les consuls adressèrent au ministre de la guerre , les détails de cette seconde mésaventure, pour comprendre l'irritation des magistrats municipaux et de la population elle-même, a Vous sentez , Monseigneur, écrivaient-ils à M. d'Argenson, le 1®^ septembre, que la

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même loi qui nous soumet à aller prendre le commandant chez lui , l'assujettit ù y attendre un corps de ville qui ne peut lui manquer. Autant cette marche en cortège est décente , lorsque les consuls ont l'honneur d'accompagner leur commandant, autant elle l'est peu et approcherait delà dérision, si un commandant voulait s'en amuser et en faire un jeu^ contre les intentions du roi. Nous aurions pu, dès la première fois, nous plaindre d'une affectation aussi marquée et dont nos concitoyens ne connaissent pas d'exemple; mais nous crûmes, Monseigneur, devoir attendre l'événement d'un autre Te Deum , que les armes victorieuses du roi ne pouvaient que nous procurer. Celui de la prise de Charleroy fut effectivement chanté avant hier. Nous rendîmes à M. le commandant les mêmes devoirs, nous fûmes prendre son heure, et nous étant rendus chez lui ù l'heure assignée, toujours avec le corps de la ville , il nous fit dire qu'il avait mal aux pieds et qu'il allait se rendre seul à la cathédrale. »

Cette lettre ne suivit pas la voie officielle ; elle fut remise par une main amie au ministre et eut un plein succès. Une semaine après , M. le marquis de Marnézia recevait l'ordre de faire avertir les consuls, toutes les fois qu'il ne pourrait pas les accompagner , « l'intention du roi n'étant pas de les exposer à des corvées inutiles. »

L'agent de la communauté , M. Robineau d'Arbry , qui vit cet ordre dans les bureaux du ministère , s'empressa d'en envoyer une copie aux consuls de Toulon ;

mais ceux-ci lui répondirent qu'ils le connaissaient déjà. « Nous étions informés , lui disaient-ils, par M. Isnard , maUre d'hotol de M. le comte d'Argenson , que ce ministre, à qui il avait remis notre lettre en main propre, avait écrit ù M. de Marnézia dans le goût que vous nous annoncez par la votre du 12. — L'un de nos conseillers de ville, beau-frère de M. Isnard, qui est aussi notre concitoyen , nous avait indiqué cette voie comme la plus sûre pour avoir une prompte satisfaction. Nous savons d'ailleurs, depuis longtemps, combien il a l'oreille et la confiance du ministre. »

Grâce au maître d'hôtel , officier de bouche du ministre de la guerre « qui avait l'oreille et la confiance du ministre d, les toulonnais sortirent victorieux de cette nouvelle lutte avec le commandant de place. Je n'ai pu savoir si M. le marquis de Marnézia prit sa revanche dans quelque autre détail du service. Il est probable qu'il y eut une suspension d'hostilités pendant quelque temps , car je ne trouve plus aucune trace de conflit dans les archives de l'hôtel de ville. Du reste les consuls se trouvaient en présence d'une difficulté autrement grave , qui appela toute leur attention et les jeta dans les soucis les plus sérieux. Ils venaient d'apprendre que la ville était à la veille de manquer de blé, et qu'il était très difficile de s'en procurer, par suite des mauvaises récoltes et des prohibitions d'exporter qui en étaient la conséquence.

Dès que le blé devenait rare , la panique s'emparait des populations, et, immédiatement, sans tenir compte

RLE d'astour. 281

des marchés conclus , sans examiner s'il ne serait pas possible d'aider les contrées voisines, tous les pays producteurs retenaient leurs blés et n'en laissaient pas sortir une seule charge. La ville de Toulon , dont le territoire ne produisait qu'une faible quantité de céréales, se trouvait dans un grand embarras pour nourrir sa nombreuse population, quand elle n'avait pas eu le temps de garnir ses greniers. Or , dans cette circonstance, la situation était compliquée par la guerre, qui ne laissait même pas aux toulonnais la ressource d'aller s'approvisionner en Italie. Les consuls essayèrent d'intéresser à leur sort l'intendant de Languedoc, ce Ln ville de Toulo:i , lui écrivaient-ils, le 11 septembre 1746, ne subsiste absolument que par les blés qui lui viennent d'Arles et de Longuedoc. Ces secours lui sontd'autant plus nécessaires aujourd'hui, que les blés de mer nous manquent totalement. En cet état , Monseigneur , nous avons toujours eu recours aux bontés et a la protection dont nous ont honoré les illustres intendants, vos prédécesseurs , et dont vous relevez l'éclat et la mémoire. — Nous vous supplions de nous accorder la sortie de vingt mille sétiers , vous rendrez i\ cette ville et à l'Etat le service le plus important^ et, dans la disette où nous nous trouvons , la marine , la garnison et nos habitants auront part à vos bienfaits. » M. Lenain , intendant de Languedoc , répondit le 16 du même mois, que si province était épuisée <( par les enlcvemc'its prodigieux »qui venaient d'être effectués, et qu'il ne pouvait pi us permettre les exportations.

Les mômos précautions étaient prises dans toute la Provence. Trois navires chargés de blé, appartenant à des négociants de Toulon^ avaient été retenus dans le port d'Arles, et il avait fallu l'intervention de M. de Latour , pour obtenir leur sortie. Ces navires ne portaient (pie 1,200 charges de blé, qui , d'après les cal- <'ids des consuls , suffisaient à peine pour les besoins de la population, pendant douze jours '.

Ces douze jours furent employés en dénnarches pressantes auprès des divers ministres. — Attendant leurs réponses avec anxiété , les consuls étaient cependant obligés de n'en rien faire paraître ; la moindre crainte exprimée eut jeté l'alarme dans la ville et provoqué des accaparements dangereux. « Nous nous sommes bien gardés, écrivaient-ils , le 22 septembre , au contrôleur général des finances, d'alarmer nos habitants , non plus que tous nos villages voisins , qui viennent journellement se fournir à Toulon , parce (pie , au milieu même de l'abondance, des précautions multipliées peuvent occasionner une disette réelle ; nous affectons au contraire assez de sécurité. »

L'intendant de Languedoc permit enfin, sur l'invitation qu'il reçut de Paris, la sortie des 20,000 setiers de blé que sollicitaient les consuls de Toulon. Mais,

' Ces navires nous ont ap|)orté 1,200 charges, c'estâf-dire, du blé pour 12 jours , trois sétiers faisant la charge , et la consommation de cetU' ville , étant évalui^e A SG^O'^O scIuts, l'aniicc.» (Lettre du 19 septembre 1740, :uln-ssée à rintendant de la marine.) 4rch. comm. Série BU. art 107. fil . 227.

RUE d'astour. 283

bientôt, cet approvisionnement devint insuffisant. Les Autrichiens s'avançaient , des avis certains faisaient supposer qu'ils ne tarderaient pas à franchir la frontière du Var. Il ne s'agissait plus , maintenant, de la nourriture des habitants et de quelques détachements de troupes, il fallait pourvoir au ravitaillement d'une armée entière , et faire des approvisionnements considéi-ables en prévision d'un siège.

Le conseil général de la communauté réunie le 27 octobre^ sous la présidence de M. d'Astour , vota un emprunt de 100,000 livres. M. de Latour , intendant de Provence, qui était venu à Toulon, approuva cette délibération leméme jour , et^ le lendemain, les habitants furent invités à apporter leurs économies à la caisse municipale.

Les récoltes avaient été mauvaises , la guerre paralysait l'industrie et le commerce , les impôts étaient extrêmement lourds ; il paraissait dès lors très difficile de recueillir immédiatement, et dans la seule ville de Toulon, une somme aussi importante, qui représenterait^ au cours actuel , près d'un demi million.

Par un mouvement patriotique dont, bien souvent^ notre ville a donné l'exemple , toutes les classes de la population rivalisèrent de dévouement. Deuxécrivains de marine, MM. Fabre et Blain versèrent, chacun , 2,000 Uvres ; M. de Possel^ commissaire de marine , 3,000 livres ; M. Emmanuel de Beaussier , lieutenant de vaisseau , 7,000 livres; M. l'avocat Grasset , 4,000 livres; M. Allemand, marchand, 3,000 livres; M. La

Roche, tapissier, 18,000 livres; M. Sauriii, négociant, 10,000 livres , et M, Jean Marin, 24,000 livres ; d'autres versements, effectués comme ceux-ci dans un bref délai, dépassèrent, de 55,900 livres, la somme demandée *.

Aujourd'hui, quand le chiffre des versements excède celui de l'émission d'un emprunt, on rembourse la différence , après avoir fait subir à chaque souscripteur une réduction proportionnelle. Les consuls de Toulon ne se donnèrent point la peine de faire tous ces calculs; ils gardèrent la totalité des sommes versées ; ce qui simplifia «singulièrement l'opération. Chaque prêteur reçut ensuite un titre de rente , représentant l'intérêt à 5 %du capital versé dans la caisse communale.

Voilà donc la communauté en possession de cent cinquante-neuf mille livres. Elle se croit hors de souci ; mais aussitôt toutes les autorités civiles , militaires et maritimes lui demandent des avances. 11 faut continuer les travaux des fortifications , acheter de la farine pour les troupes en campagne, et former de grands approvisionnemens en bestiaux et en fourrage. Des réquisitions ont été faites dans les villages à vingt lieues à la ronde , la ville est encombrée de charettes et de provisions de toutes sortes , mais tout cela doit être payé et emmagasiné. Les locaux manquent , on a rempli jusqu'aux églises.

* Inventaire des archives , |)age :K)0,

RUE d'astour. 285

Au milieu de ces détails , les lettres pleuvent à Thôtel de ville , les ministres eux-mêmes s'adressent aux consuls pour avoir des nouvelles de la guerre. Le 8 novembre , M. d'Astour répond en ces termes h M. le comte de Saint-Florentin : « Il ne s'est rien passé encore d'intéressant ; nous n'aurions pas manqué, Monseigneur, de vous en rendre compte. Tout se réduit, jusqu'à aujourd'hui, ù mettreToulon en état de déTense. L'alarme dans la Provence a beaucoup calmé, depuis qu'on sait que nous sommes en force sur le Var. Cependant, pour se précautionner à tout événement , il a importé de garantir cette ville de toute surprise^ et c'est à quoi MM. les commandants , aidés des secours de la marine , donnent toute leur attention. Nous faisons notre mieux, Monseigneur, pour remplir les parties qui nous regardent; le service du roi fait toute notre attention : attachés comme nous le sommes à notre patrie , nous en serons les protecteurs et les défenseurs. »

Le 22 novembre, les consuls rendent compte de la situation, et insistent pour obtenir le remboursement des avances que la ville ne cesse de faire depuis plusieurs mois : « On accélère , disent-ils , les ouvrages de toutes les fortifications , mais ceux qui les ordonnent doivent comprendre que la communauté, épuisant bientôt ses fonds et ses ressources, ne sera plus en état de fournir au travail. Nous nous ouvrons à vous, Monseigneur ; serait-il juste que , |)ar défaut d'argent et après avoir épuisé celui de nos concitoyens, nous fus-

sioiis encore responsables de l'inaction des troupes que la cessation du paiement ne peut qu'occasionner ? La province ou la cour, la cour ou la province, doivent prévenir les extrcniitc^s dont nous sommes meîiacés. »

Le 27, M. d'Astour adresse les mêmes observatio is au niiïiislre delà guerre; il commeiice sa lettre pnr uîie apoloj^ie de Tadministration municipnle qui , du reste, n'épargne ni ses peines, ni son argent : « Cette ville, dit-il , n'a attendu le secours de personne pour faire face ù toutes les parties du service, et pour metti'c la place en état de défense. — Sans vouloir nousfnire lui mérite d'un devoir que nous avons regardé comme indispensable, pouvons nous négliger de nous faire honneur et de vous rendre compte , Monseigneur, que c'est à nous que le roi doit tout ce qui s'est fait? Nous avons pourvu en môme temps à tous les travaux des fortifications dont nous avons fourni la solde , et à assurer la subsistance de la ville par un approvisionnement en tout genre , qui ne laisse rien à désirer. Nous avons trouvé toutes ces ressources , quoique dans un temps de calamité , dans le zèle de nos citoyens , qui , voyant notre embarras et la plus urgente nécessité , sont venus nous apporter jusqu'à concurrence de ccit trente mille livres *.

Le premier consul renouvelle ensuite les instances, qu'il adresse ù tous les pouvoirs, pour obtenir un sub-

^ Le chiffre réel était de 159,609 livres ; mais, probablement , le surplus , quoique souscrit, n'avait pas encore été versé.

RUE d'astour. 287

« Il I I ■ Il II»* ■ ■ Il I. I .

side quelconque; mais M. le comte d'Argenson, comme les autres ministres , s'en tire avec des compliments , il exalte le patriotisme des toulonnais et les engage à faire de nouveaux sacrifices. Du reste , l'argent devient de plus en plus rare , le maréchal de Belle Isle lui-même , envoyé au secours de la Provence , est parti « sans un sol vaillant »; il a dû emprunter , en son nom personnel , cent cinquante mille livres , pour payer ses troupes.

Cette pénurie de fonds avait sans doute retardé l'entrée en campagne de l'armée de secours. Le 30 novembre , c'est-à-dire , le jour même où les Autrichiens franchissaient le Var , le maréchal faisait son entrée dans Toulon. « Le maréchal de Belle Isle, écrivaient les consuls à M. de Latour , le l^'' décembre , arriva hier au soir ; il devait monter à cheval aujourd'hui pout* aller voir les fortifications , mais un courrier qui lui est venu au point du jour, l'a occupé jusqu'à midi. Il en a transpiré que l'ennemi a passé le Var , et qu'un courrier qui lui fut adressé hier l'avait préparée cette nouvelle. »

Une grande partie de l'armée traversa notre ville , et ce ne fut pas un petit embarras pour l'administration municipale. Le second consul, M. d'Antrechaus*, écrivait , le 11 décembre , à un de ses amis. « La plu-

' Le même qui s'était distingué pendant la peste, en 1721. Il avait accepté en 1746, le second rang, pour ne pas rester étranger aux nouvelles épreuves dont la ville de Toulon était menacée.

part des bataillons qui viennent à notre secours passent en droiture à Toulon pour former un camp, d'où M. le maréchal ordonnera des dispositions selon l'exigence des cas. Il paraît que Ton veut sauver Toulon ; mais cette province n'en est pas moins exposée aux incursions de l'ennemi , depuis qu'il a pénétré en Provence. Le moindre moment que j'aie à moi, je vous le réserve. »

Cependant les Autrichiens avançaient toujours. Le maréchal, campé au Luc, y concentrait toutes ses ressources , et ne songeait encore qu'à couvrir la place de Toulon. II écrivait, le 16 décembre , aux consuls : « Je vais me rapprocher de Toulon pour être encore de plus en plus à portée de protéger votre ville; aussi je ne puis que vous exhorter ù redoubler la vivacité de tous vos travaux pour les fortifications, mon voisinage vous mettra à l'abri de toute appréhension de la part de l'ennemi , et mettra en usage les effets de votre amour pour votre patrie. »

Cette dernière phrase signifiait que le maréchal comptait sur les toulonnais pour ravitailler son armée. Ceux-ci ne demandaient pas mieux , car leur patriotisme était réel , mais ils avaient dépensé jusqu'à leur dernier écu. Le maréchal , répondant aux consuls qui avaient sollicité son appui pour négocier un emprunt à Marseille , leur écrivit , le 10 janvier 1747 , du camp du Puget. « J'ai été moi-même dans le cas d'emprunter de la ville de Marseille 150,000 livres, en mon propre et privé nom, pour subvenir aux besoins les plus

HUE d'astour. 289

pressants de cette armée, ce n'-a pas été sans peine que j'y suis parvenu avec le secours du grand prieur. J(î vais lui écrire bien volonti(*rs, pour qu'il emploie tout son crédit pour vous faire j)rêter, h ma sollicitation^ les 100,000 livres que voudriez, emprunter : c'est sur quoi vous pouvez compter que je vous vais aider de tout mon pouvoir. — Je ne manquerai point de rendre compte au roi du zèle distingué que vous marquez on toute occasion pour son service, et il ne tiendra assurément pas h moi que vous ne i*eceviez des marques effectives de la satisfaction qu'en aura Sa Majesté. »

Les ministres et le roi connaissaient déjà le dévouement des toulonnais , et si les secours effectifs , si les subsides dont la ville avait un si pressant besoin , se faisaient beaucoup trop attendre , les compliments et les témoignages de satisfaction n'étaient pas épargnés aux consuls.

Après la guerre et quand le maréchal de Belle Isle eut refoulé l'ennemi au delà du Var, M. d'Astour et ses collègues voulurent tirer parti , dans l'intérêt de leurs prérogatives , des bonnes dispositions de la cour. Ils étaientcdieutenants de roiwet remplissaient à ce titre les fonctions de commandant de place, quand le titulaire, qui avait rang de général, s'absentait. Le pouvoir militaire qu'ils exerçaient par intérim, et surtout le souvenir toujours très vivace de l'époque déjà fort éloignée où, seuls, ils commandaient dans Toulon , leur inspiraient le désir de participer aux honneurs et aux prérogatives dont jouissaient les commandants de place.

Ils se considéraient , à peu de chose près , comme leurs ôgnux , parce qu'ils étaient appelés à les remplacer; mais ceux-ci et les officiers sous leurs ordres affectaientde ne voiren eux que desdélégués sanscaractère personnel. Les consuls, au contraire, se croyaient fondés h revendiquer les honneurs militaires, alors même qu'ils ne remplissaient pas Tintérin du commandement. Ils avaient toujours ambitionné de voir, à la porte de l'hôtel de ville, un factionnaire qui leur présenterait les armes, à leur entrée où à leur sortie, et qui serait là comme un témoignage permanent de l'autorité dont ils étaient revêtus. Il leur parut que le moment était des plus favorables pour solliciter cette distinction^ parce qu'ils prenaient une part très active à tous les détails de la défense et qu'ils rendaient des services incontestés à l'armée. Répondant à une lettre de félicitation . que le ministre de la guerre venait de leur adresser , ils lui soumirent leur désir en ces termes : « Vous voulez bien nous flatter que^ sur le compte qu'il vous a plu de rendre au roi du zèle que nous marquons pour son son service , Sa Majesté vous a paru disposée à nous donner des marques de sa satisfactign. Rien au monde n'est plus consolant pour nous. Assurez-vous , Monseigneur , que c'est ici une ville qui veut faire l'impossible pour donner des preuves convaincantes de son amour pour son roi. Elle a, quant à présent, une grâce à vous demander; grâce que nos citoyens ambitionnent et d'autant plus facile à nous être accordée qu'elle est convenable, méritée, et qu'elle relèvera infiniment

RUE d'astour. * 291

le caractère (le lieutenant de roi dont nous avons l'honneur d'être revêtus. C'est, Monseigneur, que vous ayez la bonté d'ordonner^ par une décision permanente, qu'il y ait désormais , et pour toujours , ù la porte d(» l'hôtel de ville ^ une sentinelle qui indique h tous officiers que les consuls de cette ville ont l'honneur d'être lieutenants de roi. »

M. d'Argenson se montra très disposé à accueillir cette demande : mais il voulut avoir l'opinion du marquis de Mirepoix , qui commandait en Provence , et comme cet officier général était en expédition, sa réponse se fit longtemps attendre. Enfin, le 16 mars 1747, le ministre de la guerre , adressa l'ordre suivant au marquis de Marnézîa, commandant déplace à Toulon. a Les maire et échevins de Toulon^ en qualité de lieutenants de roi, ayant demandé qu'il fut posé une sentinelle devant l'hôtel de ville, comme étant leur comm un domicile, j'en ai rendu compte à Sa Majesté. Elle s'est portée d'autant plus volontiers à leur accorder cette distinction , qu'elle est très satisfaite du zèle qu'ils ont témoigné pour son service et des secours qu'ils ont procurés à son armée, dans les mouvements qu'elle a faits pour rejeter les ennemis au-delù du Var; j'ai l'honneur de vous en informer , afin que vous donniez vos ordres en conséquence , pour l'établissement de cette sentinelle. »

Je n'ai pas besoin d'insister sur l'effet que produisit à Toulon cette grande nouvelle. La population prit une réelle part h la joie éprouvée par les consuls. C'é-

Unluno question essentiellement populaire. Tous les citoyens |)Ouvant être appelés à revêtir le chaperon, chacun d'eux voyait avec plaisir l'accroissement des prérogatives qui y étaient attachées; du reste, nos ancêtres possédaient ù un haut degré l'esprit municipal , qui tend à disparaître complètement de nos mœurs.

A cette époque, un éloge, un témoignage de satisfaction accordé à la municipalité par le roi ou par ses ministres, était accueilli comme un honneur rejaillissant sur chaque citoyen. La lettre suivante adressée aux consuls de Toulon , par M. de Saint-Florentin , ministre secrétaire d'Etat^ fut considérée comme un événement. « Messieurs , leur écrivait-il , le 4 mai 1747, j'ai rendu compte au roy de la manière dont la ville de Toulon s'est signalée, pendant le temps malheureux que vient d'essuyer la Provence. Sa Majesté m'a chargé de vous témoigner qu'Elle en était pleinement satisfaite et qu'Elle verrait à prendre parla suite les mesures convenables pour qu'elle puisse se ressentir de ses grâces. »

M. d'Astour reçut , par le même courrier, le brevet d'une pension de 500 livres sur le trésor royal. « Le roy, désirant reconnaître les bons services qu'a rendus le sieur d'Astour^ gentilhomme , maire^ premier consul, lieutenant de roi de la ville de Toulon^ pendant le temps que les ennemis sont restés en Provence^ et voulant récompenser le zèle, l'activité et les soins qu'il s'est donnés pour mettre cette ville hors d'état d'être insultée, tant par les approvisionnements en nombre

RUE d'astour. 293

et de toute espèce qu'il a procurés , que par le bon ordre et la sage police qu'il y a établie en sa qualité de premier consul ; Sa Majesté voulant bien encore se rappeler les services de ses ancêtres , qui se sont distingués en pareille occasion, et ont donné des marques de leur attachement et de leur fidélité , Elle lui a accordé et accorde une pension annuelle et viagère de cinq cents livres, à prendre sur son trésor royal. »

Le conseil niunicipal s'associa au témoignage de satisfaction accordé au chef de l'édilité toulonnaise, en votant l'insertion de ce document dans le registre de ses délibérations : « Le conseil , qui a vu le brevet du roi^ par lequel il a plu à Sa Majesté d'honorer M. d'Astour , maire et premier consul^ de la qualité de gentilhomme , avec une pension de 500 livres sur le trésor royal , délibère que ce brevet sera enregistré à la suite de la présente délibération. »

Avant de quitter le consulat , Pierre-Joseph d' Astour, dont les pouvoirs avaient été prorogés d'un an , parvint à faire rembourser à la communauté la plus grande partie des avances qu'elle avait faites pendant la guerre. Il était en très bons termes avec toutes les autorités militaires. M. le marquis de Marnézia , luimême, était parfait pour lui; il s'était empressé, en recevant l'ordre de placer un factionnaire devant l'hôtel de ville, de lui en adresser une copie , « pour servir de titre » lui disnit-il, à la municipalité.

Ce général, qui n^ivait pas moins de 82 ans, mourut le 14 novembre 1747, dans l'exercice de ses fonctions.

Sur la proposition de M, d'Aslour, le conseil fit célébrer y le 28 y une messe solennelle , pour le repos de son âme. Les frais de ce service s'élevèrent à la somme de 102 livres, 6 sous , répartie ainsi qu'il suit :

m Au sieur Gabriel Isnard, mandataire , pour ses peines et soins à faire parer la porte de l'église. • 61ivres.

« Au sieur Bourguignon y pour 38 livres de cierges mis à la représentation, et à l'autel , à 32 sous la livre 60 1. 16 s.

« A messieurs Granet^ marchand, pour avoir fourni le drap noir au parement de la grande porte de la cathédrale 6 10

(c A messieurs du chapitre, pour la rétribution les concernant. • 24 »

« Aux tambours qui ont battu aux compagnies bourgeoises « • 5 d

Total .. 1021. 6s.

A la fin de cette môme année , M. d'Astour remit le chaperon de premier consul à M. d'Antrechaus , et quitta l'hôtel de ville, pour n'y plus rentrer, jugeant qu'il avait suffisamment payé sa dette ù son pays.

François-Bruno d'Astour, fils du consul , épousa , le 14 janvier 1777, sa cousine, Anne-Paule d'Astour , fille de feu Thomas et de Marguerite-Thérèse Aguillon. — Il était commis de marine en retraite , quand il mourut , le 22 février 1808, à l'âge de 77 ans.

Je crois que cette ancienne famille consulaire est

fiuE b'astour. 29&

aujourd'hui complètement éteinte; son nom lui-même serait déjà tombé dans Toubli, malgré les services réels que plusieurs de ses membres ont rendus à la ville de Toulon , si la maison qu'elle a habitée pendant trois siècles, n'avait été ornée d'une fontaine * ; car, il faut bien l'avouer, la reconnaissance publique n'a été pour rien dans la désignation de la rue qui porte le nom d'Astour. Du reste, avant la Révolution ^ on l'appelait la rue de La Fontaine d'Astour.

Sous l'ancien régime, les fonctionnaires municipaux étaient entourés de respect et de considération. En général nos consuls , choisis parmi les hommes les plus honorables de la cité, méritaient, par leurs qualités personnelles, ce respect et cette considération. Cependant comme la nature humaine est remplie de faiblesse, quelques-uns d'entre eux ne donnèrent pas toujours l'exemple de la modération. L'avocat Charles Monier , qui possédait en 1684, la maison située rue d'Astour n° 10 , fut précisément un de ces magistrats imparfaits ; du moins se montra-t-il très violent à

' Cette foDiaîne était adossée à Tangle Est de la maison portant le n* 3, située à rentrée de la rue d'Astour.

l'égard d'un huissier^ qui n'acceptait pas avec assez de résignation un règlement d'honoraires.

Joseph Barbaroux, huissier, qui était allé à Car— noules, pour signifier un exploit, au nom de la communauté , à un sieur de Raisson , fit réclamer par son fils François , le 14juin 1684, à l'hôtel de ville^ le coût de cette signification. M. Charles Monier , deuxième consul , offrit 8 livres, 5 sous^ « suivant le règlement de la cour qui taxait à quatre livres par jour , les sergents des sièges exploitant hors des lieux de leur domicile. » Le fils de l'huissier fit remarquer qu'il était dû douze livres , et , sur le refus du consul de lui faire compter cette somme , il déclara qu'il allait assigner la communauté par devant le lieutenant du sénéchal.

Le même jour, M. Charles Monier, se trouvant dans l'étude de M® Roustan , où il faisait des recherches dans l'intérêt de la communauté , raconta , tout en feuilletant les minutes du notaire , ce qui venait de se passer ; il se plaignit de la cupidité et du manque d'égards de l'huissier. Un des fils de Barbaroux, qui était dans l'étude, fut blessé des paroles du deuxième consul et sortit pour aller eit rendre compte à son frère François. Celui-ci se présenta presque aussitôt, et son attitude déplut au consul , qui lui adressa des reproches assez vifs , et lui dit qu'il ne travaillerait plus pour la communauté.

Barbaroux riposta que cela lui était I)ien indifférent; que, d'ailleurs, \i\ conseil devant rtre renouvelé le 24 juin, les consuls octucls n'avaient plus ([ue neuf jours

RUE d'astour. 297

de pouvoir , et qu'ils ne devaient pas, dès lors^ « mener tant de bruit. » — Le second consul^ irrité , lui dit qu'il était un insolent « que ce qu'il demandait était une véritable concussion et qu'on ne volait pas ainsi le bien de la ville. — « Je ne vole pas , répartit Barbaroux , prenez garde à vous , qui êtes dedans. » Sur cette injure , M. Charles Monier , s'oubliant tout à fait, lui dit « qu'il était un fripon, un impudent, qu'il commençait à piller bien jeune et que, s'il continuait de la sorte , il se ferait pendre. » Le fils de l'huissier répondit : « je vous verrai plutôt pendre vous même » ; mais il s'esquiva sur ces paroles, carie consul s'était levé de sa chaise pour le saisir.

Tel est le résumé textuel du procès- verbal que M. Charles Monier rédigea sur l'heure, et soumit au lieutenant de la sénéchaussée.

Dans toute cette scène , le consul s'était montré très vif; il n'avait pas su conserver le sang froid et la dignité qui conviennent à un magistrat , et si le fils de l'huissier en était venu à l'injurier, il faut reconnaître qu'il l'y avait poussé. Mais comme la position de consul commandait le respect et la soumission , et que Barbaroux s'était permis de rendre injure pour injure, le tribunal de la sénéchaussée lui infligea une peine sévère. Il rendit le 7 août 1684, la sentence suivante, sur la requête de Charles Monier et des consuls , ses successeurs , qui avaient prit fait et cause pour lui.

« Pour la faute commise par le dit Barbaroux, avons ordonné qu'il sera mené par un huissier de ce siège ,

dans l'hôtel de ville, le premier jour que les sieurs consuls et lieutenants de roi seront assemblés avec le conseil, où étant, et en présence deM^ Monier, ci-devant consul , déclarera que follement, imprudemment et insolemment, il a proféré les injures contenues au procès-verbal dressé par le dit maître Monier, qu'il en demande pardon, tant au dit M« Monier, qu'aux sieurs consuls et communauté, qu'il tient et répute pour gens de bien , d'honneur et de probité; après laquelle réparation , le dit Barbaroux s'absentera de la dite ville et son terroir, pendant l'espace de trois mois , lui faisant défense d'y fréquenter à peine de plus grande puni-* tion; le condamne, en outre, en six livres d'amende envers le roi , douze livres envers la communauté et aux dépens*. »

Le greffier de la sénéchaussée se transporta immédiatement dans les prisons , où Bari3aroux était détenu depuis plus d'un mois^ et lui lut la sentence du lieutenant général de la sénéchaussée. Barbaroux déclara qu'il en appelait^ parce qu'il n'avait rien eu avec la communauté « mais bien contrg M* Charles Monier, qui l'avait excédé , pour un fait particulier el non général. » Mais il paraît qu'il fit de sages réflexions pendant la nuit; car, le lendemain, il demandai subir la peine qui lui avait été infligée , renonçant à tout

' Jttgeinenl rendu par MM. de Saqtti ^ lieutenant général crimiael , Dècugis, lieutenant particulier criminel , Martelly conseiller et Beaussier, Juge. (^Archives. Série FF. 607).

RUE d'astour. 299

appel. Il fut, en effet, conduit devant le conseil^ et demanda pardon « tant ù M® Charles Monier, qu'aux consuls et ô la conimunauté. »

Le second consul , cela n'est pas douteux , avait à peu près tous les torts. Il n'aurait pas dû, en présence du jeune Barbaroux, et dans un lieu , en quelque sorte public , blâmer avec tant d'aigreur la conduite de son frère , qui , en définitive , s'était tout simplement adressé aux tribunaux pour faire régler ses honoraires; il s'était ensuite oublié, en injuriant ce dernier, en le menaçant de la potence , et , ce qui prouve qu'il était hors de lui» c'est qu'il s'était levé de la chaise pour saisir le jeune homme et lui infliger une correction , quand ^ prudemment , le fils de l'huissier avait pris la fuite,

Or^ voilà toute la communauté qui s'émeut; un procès criminel est intenté au pauvre diable , qui réclamait le paiement d'une somme due à son père; il est jeté en prison, il y demeure un mois et demi , et ensuite , on le condamne à trois mois d'exil^ à l'amende et , pour comble d'humiliation , il doit aller demander pardon à l'ex-deuxiôme consul et à tout le conseil municipal.

Cela se passait , en 1684 , à une époque où les journaux politiaues n'existaient pas encore , et où , par conséquent^ il était impossible de confiera une feuille complaisante les mille détails de l'affaire , de manière à mettre au moins les rieurs du côté de la victime.

M. Charles Monier ne fut appelé de nouveau ù rem-

plir dos fonctions municipales , que vingt ans après cette proct^dure. Elu premier consul, en 1703, à Tâge de 65 ans , il apporta plus de calme et d'aménité dans ses relations administratives. La vivacité de son caractère trouva , d'ailleurs , un aliment dans les nombreux voyages qu'il se crut obligé de faire, dans l'intérêt de la communauté. Il était constamment sur les routes. — Comme beaucoup d'avocats, il aimait peu à écrire et préférait traiter les affaires de vive voix. Tantôt il allait à Aix , pour offrir « aux puissances » les devoirs et les présents de la nouvelle administration ; tantôt il s'y rendait pour conférer avec des jurisconsultes ou avec les procureurs du pays; il assistai Lambesc à l'assemblée générale des communautés et suivit de ville en ville le comte de Grignan , gouverneur de Provence, qui s'était réfugié dans son château de Grignan , dans l'espoir , hélas ! bien vite déçu, d'échapper aux sollicitations de ses administrés.

La ville de Toulon a toujours eu des procès; elle en avait dès le moyen âge , (son avocat , en 1410 , était le seigneur Antonîus Suaois *^ qui devait sans doute son nom , rempli d'agréables promesses , à la douce et persuasive éloquence de l'un de ses ancêtres). Elle plaida pendant tout le XVI® siècle^ plus encore pen—

^ « Habui ego Léo Hubaqui, pro porlando Aquis domino Anthonio Suavis^ advocati nostro , super questione de Garda, florenos X,—- Mihi pro quatuor diebus, quibus vacabo, eundo et redeundoet conferendo cum advocato , flor. III.» (Compte trésoraire de lilO-UU. Archives de Toulon.)

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dant le XVII®, et nous voilà, en 1703, au milieu d'une demi douzaine de procès. Le plus épineux, sinon le plus important, était celui que le prédécesseur immédiat du consul Charles Monier avait provoqué , en taxant le poisson provenant des madragues de messiie François de Boyer, seigneur de Bandol , président à mortier au parlement de Provence.

M. le président de Bandol, concessionnaire des madragues , averti par ses fermiers , adressa à la cour d'Aix une requête , tendant à faire casser la sentence rendue par le bureau de police de Toulon : « d'autant que si la vaine prétention des consuls pouvait avoir lieu , disait-il , le don et faculté accordés aux auteurs du sieur suppliant , pour la pêche des thons , deviendraient inutiles. » — Par une ordonnance du même jour (26 avril 1703), la cour fît défense aux consuls, en attendant l'arrêt à intervenir, « de rie:i entreprendre au préjudice de l'appelant. »

La municipalité essaya de lutter contre ce puissant adversaire, qui était ù la fois juge et partie *. C'était un procès perdu d'avance. Restait la ressource de l'évocation à une autre cour, mais rien n'était plus coûteux. Le consul Charles Monier, avocat expérimenté, ne se faisait aucune illusion ; cependant , comme l'amour propre de ses prédécesseurs était en jeu , et que d'ailleurs , il s'agissait d'une des attributions les plus essentielles de l'autorité municipale, il se mit coura-

' Nous avons vu qa'il était président à mortier au parlement de Provence.

302 LES nu ES DE TOULON.

geusement en campagne. C'est alors qu'on le vit prendre le coche et courir apn>s tous les protecteurs de la communautt^., dans l'espoir d'obtenir leur appui contre M. de Bandol. Mais chacun lui répondait que la question était du domaine des tribunaux , et que les titres du président ù mortier seraient évidemment examinés d'un œil favorable par la cour dont il faisait partie. — Il ne le savait que trop , le malheureux solliciteur !

D'autre part, il répugnait à beaucoup de toulonnais de se trouver en procès avec le gendre de l'intendant de la marine, M. Girardin de Vauvré*, qui saisissait avec plaisir toutes les occasions d'être utile aux habitants ou à la communauté elle-même.

Après avoir consulté un célèbre avocat d'Aix, M* Peyssonnel * , le premier consul engagea le conseil municipal à accepter un arrêt d'expédient % qui , certainement donnerait gain de cause au président de Bandol , mais qui éviterait ù la ville des frais considérables, puisque tôt ou tard elle devait succomber.

* Le 7 octobre 1699 , noble François de noyer-Forrsla , seigneur de Bandol , président à mortier , flis de feu François , pn sident de la cour drs comptes, avait épousé à Toulon , demoiselle Anne Louise Girardin de Vau vré, flile de Tintendant général des mers du Levant, etc., etc. Le conseil municipal avait offert , le même Jour « à la jeune mnriée un pressent composé de gants et autres objets de toili tte, qui n avait pas moins coûté de 100 liv.

' y. Lks Rues d'Aix , par Roux Alphéran. T. 2. p ô59.

* « L'expédient est une espèce de jugement rendu sur Tavis des avocats choisis par les parties , rédigé par écrit et enregistre au greffe de la cour ; il est exécutoire sans appel comme serait un arrêt. • Dictionnaire de droit eê deprtHique par M. de Perrière. T. !«'. p 607.

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Cette proposition fut adoptée par le conseil municipal, le 4 avril 1704, et le 29 du même mois intervint , en effet, un arrêt d'expédient, qui maintenait M., de Bandol « dans le privilège et faculté de faire vendre et débiter les thons et autres poissons , provenant de ses madragues , à tel prix , par telle persoime et en tel lieu que lui ou ses fermiers trouveraient bons , conformément aux lettres patentes du mois de janvier 1603. »

La raison duplusfort est toujours la meilleure.

M. Charles Monier l'avait démontré à l'huissier Barbaroux^ en 1684, et M. le président de Bandol lui en fournit à lui-même une seconde démonstration , en

Dix ans après, en 1713, l'avocat Monier était de nouveau élu premier consul. Il avait près de 75 ans; mais il était encore très actif et rempli d'énergie. Plus heureux qu'en 1703, il se tira avec succès d'une négociation très difficile.

Un édit du mois de mars 1710, avait créé 300,000 livres de rentes « à acquérir par les aisés des villes et lieux du royaume » ; c'est-à-dire que , dans chaque ville , un certain nombre de personnes « aisées » ou paraissant avoir quelque fortune, étaient obligées d'acheter des rentes. — On était alors au lendemain du siège de 1707; la ville de Toulon, ù moitié démolie par les bombes et totalement ruinée, échappa à cet emprunt forcé. Mais, en 1713, les agents du fisc dressèrent une liste de tous les habitants qui leur parurent assez riches pour prêter de l'argent au roi^ et la firent

revêtir de la formule exécutoire. Chaque citoyen était invité à acheter cent , deux cents ou cinq cents livres de rentes , suivant l'état de sa fortune.

Quand la fatale liste fut connue, « les préteurs malgré eux » vinrent porter leurs doléances aux consuls. L'avocat Monier tailla sa meilleure plume, et rédigea , au nom de ses collègues , une éloquente supplique dont j'ai retrouvé la minute : « C'est avec un mortel déplaisir, Monseigneur, écrivait-il au contrôleur général des finances , que les exposants se voyent hors d'état de signaler, dans cette occasion, leur zè'e au service du roi, comme ils ont fait dans toutes les autres. Mais tout le monde connaît les malheurs dont cette ville oété accahlée. — On ne sait que trop les dommages extrêmes que ses habitants ont soufferts , par l'irruption de l'armée des ennemis, par le siège et le bombardement de la place, par la gelée qui a fait périr les oliviers , en quoi consistait tout le prix de leur terroir et tout leur commerce. » (11 juillet 1713).

n n'existe , dans les archives , aucun autre document ayant trait à cette affaire. Voici, cependant, une note qui n'y est peut être pas étrangère ; c'est un résumé des présents que la communauté offrait , vers la même date , à ses divers protecteurs :

a S. A. S. M»' l'amiral , deux caves de vin muscat , de 36 bouteilles chacune.

« M. le maréchal d'Estrées , 36 bouteilles et 6 douzaines de paires de gants.

a M. le marquis de Torcy, 36 l)Outeilies et 9 douzaines de paires de gants.

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« M. le comte de Ponchortroin (ministre de la marine), 36 bouteilles et 5 douzaines de paires de gaiifs.

« M. Desmarest , contrôleur giMiéral, idem.

« M. Voysin , secrétaire d'Etat de la guerre , idem.

« M. le Peletier de Souzy , idem.

« M. de Valincourt, secrétaire de M**'*' Tamiral, idem..

(c M. Lecouturior, secrétaire de M. Desmaretz, 18 bouteilles et 3 douzaines gants.

i( M. (le Lamèt, secrétaire de M. le Peletier de Souzy, 36 bouteilles.

<( M. Adam , secrétaire de M. le marquis de Torôy , 6 douzaines gants.

<c II y a aussi pour madame la duchesse de Vendôme , cinq douzaines de paires de gants.

« A l'égard de M»** le duc de Vendôme, on a cru qu'il était plus à propos de lui envoyer son présent de vin muscat à l'armée d'Espagne^ en deux caves, de 36' bouteilles chacune. »

Les consuls de Toulo'i n'espéraient pas acheter la complaisance des ministres avec 36 bouteilles de vin muscat €|t cinq douzaines de paires de gants ; mais ils savaient que ces petites attentions ne nuisaient jamais. Nous avons déjà eu l'occasion de remarquer que les hauts personnages auxquels on les adressait n'y étaient pas insensibles.

Le consul Charles Monier mourut le27janvier 1718, à Tàge de 80 ans. Son fils , François Monier , avocat et procureur du roi, avait une fîlle^ nommée Marie Agnès, qu'il maria , le 19 mars 1741 , à M. Joseph Marie de

Ruyter, officier de marine, fils de feu Jean Paul de Ruyter , gentilhomme romain et de Thérèse Cordeil de Tamagnon.

Les époux de Ruyter avaient un penchant irrésistible pour la contrebande, ils se firent condamner, lui d'abord, elle ensuite, ù diverses amendes pour avoir introduit du vin en fraude.

En vertu d'un très ancien privilège, remontant au XIII* siècle, il n'était permis de vendre , dans la ville de Toulon, que le vin qui avait été récolté sur son territoire ou sur le territoire des communautés dépendant de la viguerie.Or, M. de Ruyter, qui possédait A Hyères, c'est-à-dire hors de la viguerie, une terre d'une grande étendue , avait eu recours à une combinaison fort ingénieuse pour donner le change sur l'origine de son vin. Il avait acheté une petite bastide , contigùe à son domaine de Tamagnon , et située dans le rayon de la communauté de la Garde , qui elle-même faisait partie de la viguerie de Toulon. — En faisant sortir sa récolte parla porte de cette bastide, il se croyait autorisé à déclarer qu'elle provenait du territoire de la Garde. Il introduisit ainsi quelques tonneaux de son vin d'Hyères dans la ville de Toulon. Mais la fraude fut promptement découverte; en 1752, l'administration lui en confisqua deux tonneaux, dont le contenu fut distribué aux pauvres des hospices. M. de Ruyter mourut Tannée suivante *, et sa veuve « qui voulut, selon l'ex-

* c M. de Ruyter, enseigne de vaisseau et lieutenant d'une compagnie est

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pression des consuls, se continuer dans la douce habitude de frauder,» essaya, à son tour, d'introduire du vin de Tamagnon. Deux foison la surprit, et les administrateurs se Ijornèrent h envoyer son vin à Thopital de la charité; mais a la troisième , Tafifaire fut poursuivie. « On s'était contenté , lors des deux premières contraventions , lisons nous dans un mémoire , de la confiscation du vin; une troisième contravention, aussi voisine de la seconde , ne méritait aucune grâce. La dame de Ruytor fut assignée pnr devant les juges de police de Toulon , pour voir prononcer la confiscation de la charrette, des mulets, des tonneaux et du vin , et se voir condamner, attendu la récidive, à l'amende de deux cents livres. »

Cette condamnation fut en effet prononcée , mais madame de Ruyter en appela et obtint, le 20 mai 1763, un arrêt du parlement d'Aix, annulant la sentence des premiers juges, parce que la saisie du vin n'avait pas été constatée par un nombre suffisant de témoins *.

En 1790, la famille de Ruyter possédait encore la maison située rue d'Astour n^ 10.

C'est dans cette maison qu'est né, le 10 février 1748 , Jean-Paul de Ruyter, plus connu sous le nom de

mort la nuit dernière II laisse cinq garçons dont le plus âgé est dans sa septième année et très peu di biens. (Lettre de I intendant de U marine , du 22 mars 4753).

* Archives. Série FF art. 419..

Ruyter Worfusée *, qui a légué à la ville de Toulon , par son testament du 2 août 1826, une maison située rue Royale n° 35. Les revenus de cet immeuble doivent être employés, d'après la volonté du testateur : « à la dotation d'une orpheline vertueuse et d'un brave marin , natifs l'un et l'autre de Toulon , au choix du maire , pour la fille, et du commandant de la marine , pour le garçon. » Il a imposé, en outre, cette condition, assez difficile à remplir en temps de République , « de célébrer les mariages le jour de la fête du roi , de chaque année *• »

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