PLACE D* ARMES
L'arsenal fondé par Henri IV et achevé par Louis XIII, n'était plus en rapport, vers la fin du XVII® siècle, avec le développement qu'avaient pris les armements maritimes. Colbert résolut de l'agrandir, et demanda à Pierre Pugetde lui soumettre ses idées sur l'extension qui pourrait être donnée à cet établissement. Le célèbre sculpteur rédigea divers projets , tous plus grandioses les uns que les autres; le ministre en admira la conception hardie , mais les trouva (c trop magnifiques » et ne voulut pas les faire exécuter ^
Vauban modifia les plans de Puget, en y apportant le tempérament de l'ingénieur, et les réduisit à des proportions moindres , mais qui n'en restaient pas moins monumentales.
Ce dernier projet avait été adopté , et déjà l'administration de la marine avait acheté une grande étendue de terrain , lorsque Colbert prescrivit de réduire l'agrandissement dans les limites où nous le voyons encore aujourd'hui.
' Les plans de Puget existent encore; ils sont conservés dans les cartons du D(^p6t des cartes et plans , au Ministère de lu Marine.
Le nouveau p'vMÛmMre tracé d'après les ordres du ministre, laissa disponible un emplacement très vaste, qui fut mis en vente le 18 janvier 1683, et qui comprenait tout le terrain à travers lequel ont été ouverts , à cette époque , le prolongement de la rue Royale , h partir de la place de Tlitendance, les rues Saint-Roch, du Trésor, delà Comédie et de l'Ordonnance; la petite rue Possel et la place d'Armes.
La place d'Armes , affectée dès l'origine à l'exercice des troupes et aux grandes revues , reçut de la population le nom de Champ de Bataille , qu'elle a conservé, quoique officiellement on ait toujours maintenu la première appellation.
Ancienne église du Champ de Bataille *.
Sous l'influence des nombreux armements effectués dans le nouvel arsenal , la ville s'enrichit et vit presque doubler le chiffre de sa population , qui s'élevait en 1700, ù 40,000 âmes environ ': Cependant il n'exis-
' Cette égliso, aujourd'hui démolie et remplacée i>ar Féglise Saint Louis, bâtie un peu plus loin, occupait une notable partie du Champ de Bataille.
* Au XVII* siècle, IcsToulonnais étaient si bons catholiques, qu'on ne calculait le chiffre de la population que sur le nombre des communiints, augmenté, dans une proportion connue , de celui des enfants en bas âge. il fut constaté , au moyen de ce prccédé primitif, que la ville ne coniptait pas moins de 40,000 habitants. (Lettres- patentes du mois de décembre i70<».)
tait encore à Toulon , à cette époque , qu'une seule église, la cathédrale, dont le personnel ne pouvait, quel que fut son zèle et son dévouement , veiller au salut de 40,000 fidèles. — L'évoque, M»»* de Clialucet , qui recevait tous les jours les doléances de ses diocésains , de ceux surtout qui habitaient les nouveaux quartiers , eut la pensée de faire construire une nouvelle paroisse. — Il sollicita , dans ce but, et obtint de la munificence royale , un terrain de 37 toises sur 16, qui, situé à l'ouest du couvent des Pères Capucins *, est représenté, aujourd'hui, parla partie du Champ de Bataille qui fait face h l'ancienne Trésorerie générale, et s'étend jusque vers le milieu actuel de la place.
L'évéque était en possession d'un emplacement , mais il lui fallait trouver l'argent nécessaire pour construire l'édifice. D'après la législation en vigueur, le tiers de la dépense devait être supporté par le chapitre et les deux autres tiers par la commune. Le chapitre , dont les revenus allaient être réduits par suite du dédoublement de la circonscription paroissiale , s'opposa vivement au projet et s'efforça de prouver qu'il était hors d'état de faire , en ce moment, une pareille dépense. Le pieux évoque trancha la difficulté en prenant à sa charge la contribution afférente au chapitre ; puis il s'adressa à la municipalité , pour
^ Le couvent, Tégrise et les jardins des Capucins occupaient toute nie comprise , actuellement , entre le Champ de Balai ;le , 1rs rues St-Séi).:sti«'n , de Larmodieû et de St- Louis
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savoir s'il pouvait compter sur le contingent de la ville.
Le conseil municipal refusa les fonds demandés. — Il y eut une séance orageuse, et il n'est pas certain que l'opposition faite par la majorité eut pour seul mobile l'intérêt pécuniaire de la ville; tout fait supposer que le conseil subissait l'influence des chanoines de la cathédrale. — Plusieurs conseillers avaient pris la parole contre la proposition de l'évêque et on allait voter , quand un ami du prélat , pensant que l'intimidation pourrait peut-être déplacer la majorité, proposa le vote nominal. Sn motion souleva les plus vives protestations. On vota au scrutin secret, et, à une grande majorité , le conseil décida qu'il n'y avait pas lieu de construire une nouvelle paroisse.
L'évêque ne se découragea pas ; il attendit patiemment le renouvellement du conseil , sachant bien que, tôt ou tard, les habitants du quartier neuf qui sollicitaient l'érection de la seconde paroisse , arriveraient au pouvoir, et que dès lors , il trouverait le concours le plus dévoué là même où il rencontrait aujourd'hui la plus vive opposition.
C'est ce qui eut lieu , en effet. Le conseil élu à la fin de 1706 se montra très favorable au projet et décida , à l'unanimité , le 29 mars suivant , que MM. les conseillers de Missiessy , Durand , Bosquet, de Montauban, de Marin et Antoine de Beaussier, s'entendraient avec Monseigneur de Chalucet et le chapitre, pour faire dresser les plans et procédera l'adjudication des travaux.
26 LES lU'ES DE TOULON.
Les choses marchaient pour le mieux, lorsque, \'evs le mois de juillet , le duc de Savoie , à la t(He d'une armée nombreuse , commandée par le prince Eugène et appuyée par une escadre anglaise sous les ordres de l'amiral Howel , vint mettre le siège devant la ville. Il fallut tout suspendre pour ne s'occuper que de la défense de la place , à laquelle les consuls , les habitants et l'évèque concoururent avec un dévouement que l'histoire ne saurait oublier.
Après le siège, l'affaire fut reprise ; mais h»s formalités administratives firent perdre une an'iée entière. La première pierre de l'édifice ne fut posée qu'en 1709.
La nio: t de M^"* de Chalucet , arrivée en 1712 , fut suivie d'un long procès entre la commune et le chapitre , qui ne voulait jxis acquitter sa part contributive dans la dépense, payée jusqu'alors par l'évéque de Toulon. On parvint cependant ù s'entendre et on allait de nouveau se mettre à l'œuvre, en 1720, quand survint la peste , qui fit périr la moitié des habitants. Il n'y avait plus , dès lors , aucune nécessité de construire une paroisse supplémentaire; les travaux furent indéfiniment ajournés.
Au moment de la mort de M»'' de Chalucet, l'église s'élevait à trois mètres au-dessus du sol ; 40 ans après , en 1752 , elle était dans le même état. Il est incontestable que , soit par défaut d'argent, soit mauvaise volonté de la part des bailleurs de fonds , soit indifférence pour un monument mal venu et peut-être aussi mal étudié que médiocrement conçu , il est in-
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contestable, dis-je, que chacun paraissait se désintéresser de cet édifice religieux. L'intendant de la marine eut, le premier, le courage de prendre l'initiative d'une détermination qui était dans l'esprit de tous : il profita du passage à Toulon du ministre de la guerre , M. le marquis de Paulmy, pour lui demander la démolition de cette église à peine commencée , par la raison très vraie, du reste, qu'elle obstruait la place d'Armes sans utilité pour personne. M. de Paulmy laissa l'ordre à son agent , M. Doreil , commissaire des guerres , de s'entendre avec l'évèque et la commune pour faire disparaître cette co'^.struction disgracieuse. Mais M. Doreil lui fit connaître , le 17 mars 1750, que l'évèque n'était nullement disposé à démolir Téglisc en construction, et qu'il demandait , au contraire, des secours pour l'achever. « Ce prélat , ajoutait-il , convient cependant qu'il serait plus convenable que cette église fut placée ailleurs , et il aurait en vue une petite île , qui est vis-ù-vis la maison qu'occupe M. de Villeblanche '; mais pour en faire usage il faudrait acheter les maisons qui forment cette île. A défaut de cet emplacement , on pourrait en prendre un autre , dépendant du couvent des Pères Capucins. On aurait là une
^ Celle maison est celle de M. Caire , située à Tangle du Champ de Bataille et de la rue Sl-Roch. I/île en face forme Taulre oxlrémil»^ de la rue si Koch , sur le Cliamp de Ha taille , lA même où nous avons vu les bureaux du Télégraphe pendant plusieurs années.
église paroissiale toute prête ; mais où placer ces religieux? voilà l'embarras *. »
Le couvent des Capucins dont parle ici M. Doreil occui)ait l'emplacement sur lequel s'élèvent , aujourd'hui , l'église Saint-Louis et la monumentale façade de maisons , (jui forme bordure à l'Est du Champ de Bataille, depuis la rue Saint-Louis jusqu'à la rue du Canon.
La pensée de déloger les Capucins, que nous voyons germer en 1753, ne fut mise à exécution que trente ans plus tard ; cependant , d^s 1765 , oii fît des démarches sérieuses pour les transférer dans le couvent des Minimes; mais, grâce à l'intervention des protecteurs de leur ordre, parmi lesquels ils comptaient M. de Paulmy lui-même *, ce projet fut abandonné.
Il fallut revenir à l'ancien projet. La ville avait fait quelques économies, et le chapitre , tout en protestant qu'il était sans ressources, s'était vu condamner à payer le tiers de la dépense à faire pour achever l'édifice. On se mit donc à l'œuvre résolument.
Tous les obstacles paraissaient surmontés ; il semblait , à voir le zèle des magistrats municipaux, l'acti-
* Archives de la Prêfeclurc du Var. Correspondance de M de Latour , intendant de Provence.
' Ce ministre écrivait, le 14 juin 17Gr) à M de Latour , intendant de Provence . t CVst en qualité de père temporel de l'ordre des capucins de France, que j'ai l'honneur de vous écrire en faveur des capucins de Toulon ; j«* reçois une lettre du prouncial et des dofiniteurs par laquelle ils m'exposent le chagrin, etc., etc. (.\rchives de Flntendance.)
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vite des maçons et le contentement des bourgeois ou officiers retraités , qui se pressaient en curieux autour des ouvriers , que le monument était sauvé et que bientôt la population assisterait en grande pompe ù la bénédiction de la nouvelle paroisse ^<lédiée d'avance à Saint-Louis , roi de France.
Hélas! cet empressement même ^ cette foule, ces maçons, ces matériaux qui remplissaientle Champ de Bataille, furent la cause d'un nouvel incident qui remit en question le sort de l'édifice. La marine s'aperçut qu'il ne lui restait qu'un très-petit emplacement pour faire manœuvrer ses troupes. Elle soumit des observations pressantes au ministre qui , sans tenir compte de la dépense considérable que la communauté avait déjà faite , ordonna en 1773, de suspendre les travaux et d'examiner s'il ne serait pas possible de placer ailleurs la paroisse qui s'achevait en ce moment.
L'intendant de la marine , M. de Guendreville , frère du ministre *, avait profité, pour soulever cette question, d'une discussion surveiuie entre la municipalité et son entrepreneur, au sujet de quelques piliers mal construits, qui compromettaient la solidité de l'édifice. Il proposait de démolir entièrement l'église et de la reconstruire sur l'emplacement du couvent des capucins, auxquels il offrait l'ancien couvent des Pères
' M. de Boynes.
de la Mercy , r<^remment nchotr^ par son administration \
Mais les Pures Capucins qui avaient déji\ refusé d'échanger leur couvent contre celui des Minimes , beaucoup plus vaste que rétablissement des Pores de la Mercy , ne voulurent pas entendre parler de cette combinaison *.
Pendant ce temps M. de Guendreville fut remplacé, et l'administration municipale insistant, de son coté , pour achever la construction de l'église , le ministre de la marine autorisa , le 13 juin 1775, la reprise des travaux.
Les consuls, qui avaient transigé avec les entrepreneurs , au sujet d(\s vices de construction , les invitèrent Jl se remettre A l'œuvre et les poussCn^nt si vivement, qu'en moins d'un an ils avaient refait les piliers, démoli les parti(\s compromises et relevé l'édifice jus(|u'à la toiture. — Encore quelcpies mois et les magistrats municipaux avaient le bonheur d'en finir avec cette interminable construction , qui épuisait les ressources de la communauté. Mais il était écrit que ce
' En venu d^un arrêt du Conseil d État, du 17 juillet 1773 .
' c M. de Doynes , (ministre de la marine), qui s'était prêté aux sollicitations de M. de Guendreville, sou frère, intendant de la marine à Toulon, négociait avec les capucins , dont le couvent est presque contigu à la nouvelle paroisse , pour les engager à céder leur établissement , et à passer dans la maison des pères de la Mercy. Les capucins députèrent k Paris et y trouvèrent de Tappul. > (Rapport des consuls de Toulon à M. De Latour , intendant de Provence. )
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malheureux monument ne s'achèverait pas sur la place du Champ de Bataille. Un nouvel ordre de sursis vint rejeter les administrateurs municipaux dans tous les tracas dont ils se croyaient débarrassés pour toujours. Par une lettre du 5 mai 1776, M. de Malesherbes, ministre d'Etat , leur écrivit « que l'intention du Roi était que la communauté de Toulon renonçât ù l'emplacement du Champ de Bataille et qu'on en choisit tout autre pour la construction de la paroisse. »
Le coup était terrible ; il fut reçu cependant avec une certaine résignation , parce que le ministre fit dire aux consuls qu'on tiendrait compte à la commune de Toulon des 145,000 livres qu'elle avait déjà dépensées , et qu'on lui donnerait un emplacement plus vasL^ , plus convenable , mieux situé.
Les consuls trouvaient dans la restitution dos fonds dépensés une compensation à leurs sacrifices. Mais les Pères Capucins se crurent avec raison plus menacés que jamais. On ne tarda pas , en effet , ù leur proposer de céder leur établissement pour l'édification de la nouvelle église. On leur offrait , il est vrai , le couvent des Carmes, situé dans la rue Royale ; mais ce couvent assez grand et qui devait être approprié à leur convenance , était loin de présenter pour eux les mêmes commodités et les mêmes avantages que leur ancienne maison.
La lutte s'engagea dès ce moment, entre les consuls et les capucins : les premiers soutenus par l'évèque , les derniers par une certaine partie de la population.
32 LES nUES DE TOULON.
« Dr*s que \o. plan fut coir.iu , disaient les consuls , les moines se sont mis en rumeur et ont mis en mouvement toute la gent dévote. — Quelles semences de division n'ont-ils pas voulu jeter dans Tàme des faibles qu'ils dirit^e ît, quels propos de mécontentement n'ontils pas répandus de tous les côtés ? * »
Les capucins ripostaient vivement; ils lançaient mémoires sur mémoires , protestations sur protestations et jetaient à tous les échos ce cri de désespoir qui ne manquait pas d'éloquence. « Ce serait une cause étrange , disaient-ils , s'il fallait que les communautés religieuses abandonnassent leurs monastères, et tous leurs établissements pour enrichir les corps de ville ; que deviendrait le clergé régulier? »
Ils ne se bornaient pas h des mémoires ; ils envoyaient des députés au roi , et on vit le moment où ils obtiendraient de nouveau gain de cause. « Ils conservent toujours le même caractère d'audace , — lisonsnous dans un rapport des consuls — ; pour en prendre une idée il suffit d'observer les derniers efforts qu'ils font aux pieds de Sa Majesté; ils ont osé dire que les administrateurs de Toulon devaient être punis. Ils paraissent même par une confiance outrageante, être certains de cet événement. »
Mais, de leur côté, les consuls ne restaient pas inactifs. Ils agissaient et faisaient agir vigoureusement
' Archires. Série DD, art. i06.
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pour eux. Au besoin ils employaient les grands moyens. J'ai découvert, au milieu d^une volumineuse correspondance , la trace d'un rouleau de 125 louis d'or (3,000 livres)^ qui joua un rôle important dans cette affaire. Je puis même dire comment il s'achemina de Toulon à Paris et comment il fit voir clair à un premier commis qui , jusque là , avait trouvé la question fort obscure. — Cet épisode , qui ne manque pas d'un certain intérêt historique , peut nous donner une indication précieuse sur les mœurs administratives du XVIP siècle.
Nous avons vu qu'il avait été décidé en principe , que l'église serait bâtie sur l'emplacement du couvent des Capucins; mais , soit que l'on eut égard aux protestations de ces religieux, soit que le ministre compétent fut trop occupé , l'arrêt définitif n'avait pas encore été rendu, le 3janvier 1780, quand les consuls de Toulon reçurent de leur agent de Paris , M. de la Sablonnière^ secrétaire de M. de Maurepas^ la lettre suivante :
« J'ai eu une assez longue conversation avec M. Amelot *, sur votre église. Je lui ait dit que toute l'a-
' Avant la Révolution les communes importantes avaient à Paris des agents chargés de suivre certaines affaires et de solliciter dans les ministères les décisions en retard. La ville de Toulon , qui les rétribuait largement , avait été assez beureuse pour faire accepter cette position au secrétaire du premier ministre.
* H. Âmelot , ministre de la maison du vo\, dans les attributions duquel étaient placées les affaires relatives aux établissements religieux .
mitié qu'il voulait bien me marquer * et Tinclination que je lui connaissais pour les bonnes œuvres me faisaient espérer qu'il aurait la satisfaction de terminer ce que ses prédécesseurs n'avaient pu obtenir depuis 60 ans, que par là il allait faire bénir son nom dans la ville de Toulon et le rendre à perpétuité précieux aux habitants de la ville qui , de père en fils ne pourraient pas entrer dans cette église sans se ressouvenir qu'ils la tenaient de lui. Le ministre m'a marqué la plus grande envie de vous satisfaire et m'a recommandé même de tourmenter M. Silvestre (son premier commis) pour le mettre en état de rapporter votre affaire au conseil. »
M. de la Sablonnière, tout heureux, se rendit auprès du premier commis , espérant que celui-ci tiendrait compte du désir exprimé par son ministre. Mais M. Silvestre, qui avait sans doute été sollicité par les amis des capucins , ou qui n'aimait pas le travail , fut loin de se montrer empressé ; il lui dit que « c'était une affaire épineuse par toutes les difficultés qu'elle avait éprouvées et qu'elle rencontrait encore » , mais que cependant il ferait en sorte de s'en occuper avant un mois.»
M. de la Sablonnière terminait sa lettre en recommandant aux consuls de s'adresser directement à M.
^ M. de la Sablonnière , agenl de la commune de Toulon , avait été employé sous les ordres de M Amelot , avant de devenir le secrétaire de H de Maurepas et après la mort de ce dernier , il rentra auprès de lui.
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Silvestre. « Tout homme est homme, disait-il; je pense qu'une lettre de votre part, Messieurs, le remerciant des assurances qu'il m'a données, un peu d'encens enfin , ne pourrait que lui donner une meilleure odeur de votre affaire. »
Les consuls , très-expérimentt^s ou comprenant à demi mot, écrivirent, en effet, à M. Silvestre en lui parlant de leur reconnaissance , et chargèrent M. de la Sablonnière (tout l'indique), de faire entendre au premier commis de M. Amelot que la gratitude municipale n'aurait rien de platonique.
Comment s'y prit M. de la Sablonniôre pour entrainer M. Silvestre et lui faire partager l'ardeur qui l'animait lui-même ? c'est ce que j'ignore , mais il est certain, que le 4 août 1780, grâce ô son initiative , l'arrêt fut rendu et notifié, pour exécution, * vers le milieu du mois de novembre. Le 23, les consuls adressèrent leurs remerciements au ministre et à son premier commis. « Nous avons également écrit à M. Silvestre , disaient-ils à leur député^ il ne mérite pas moins nos remerciments , en attendant le reste. »
Le reste se fit un peu attendre , parce qu'il fallut réaliser des ressources ' ; mais il vint et de manière à
' Après quelques diflicultrs nouvelles , promptemenr aplanirs par les protecteurs de la commune.
' M. De Latour , intendant de Provence , qui devait autoriser toutes le» dépenses, approuva celle ci . tout en déclarant qu'il ne pouvait Tautoriser spécialement tJe sens, Messieurs, répondait-il aux consuls, le i février 1781, rutilité dont peuvent vous être à l*aris les personnes que >ous employez pour
ne point déplaire au premier commis de M. Amclot ^ quoiqu'il fit quelques façons pour l'accepter.
En effet , M. de la Salilonnière, écrivant le 14 février, disait : <( J'ai reçu les deux lettres de change que vous m'avez envoyées , l'une de 3,000 liv.; l'autre de 2,000 ; je ferai de la première l'usage que vous me prescrivez et je vous rendrai bon compte de la seconde. Je suis charmé que vous ayez exécuté la détermination où vous m'aviez annoncé être relativement à cette première somme , et je pense qu'elle ne peut pas mieux être employée et plus à propos. » Et dans un P. S. volant^ qui fort heureusement ne s'est pas égaré, il donne l'emploi de ces 3,000 livres : « J'ai cru à titre de confiance, disait-il, et de confraternité, sur l'assurance du secret et sur le prétexte d'appréhender de faire un présent qui ne flattât pas la personne dont vous me parlez*, pouvoir lui présenter 125 louis, en la priant de
les offices de votre communauK^. U est assurément très-juste de les récompenser de leurs soins , mais ce sont des arrangements qui doivent se passer dans l'intérieur de votre administration , et que je ne saurais autoriser spécialement » (LeUre autographe Archives comm Sêr e B B, art. liO).
Les Consuls s*en tirèrent en employant 1rs premiers fonds obtenus par la vente des terrains disponibles du jardin des capucins, et les malheureux religieux fournirent les fonds pour payer le zèle du premier commis.
* Les consuls lui avaient écrit le A février :
c Nous vous avons marqué dans le temps , Monsieur, que nous nous proposions de faire préienter quelque rhose d'honnête à M. Silvestre. en reconnaissance des peines et soins que lui a donnr s Taffaire de notre seconde paroisse. Nous pensons que nous ne devons pas différer davantage de nous acquitter envers lui. Comme nous ne |K)uvons pas prévoir d'ici ce qui peut
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les employer elle-même à l'empiète de choses qui lui conviendroient le mieux, et; ù cet effet, je les ai mis sur son bureau en voulant m'enfuir , mais elle m'a arrêté et forcé de les reprendre , en disant qu'elle ne voulait point de présents; ce que j'ai été obligé de faire en lui disant qu'elle me réduisait à la nécessité de les employer moi-même h des choses qui pourront , peutêtre , ne pas la flatter. Mon projet est de lui donner 300 bouteilles de vin de Champagne de la Maréchale d'Estrées , qui le vend^ au Roy et à Monsieur , quatre livres la bouteille , une belle pendule d'un goût tout nouveau qu'on rxîi.V.c actuellement et d'employer le surplus en livres , et , à cet effet , j'ai chargé quelqu'un d'examiner , dans sa bibliothèque , les bons livres qui lui manquent*. »
Et voilà comment quelques bouteilles de vin de Champagne de la Maréchale d'Estrées firent glisser , des mains des capucins dans celles des consuls, un des plus beaux emplacements de la ville, et comment disparut , tout d'un coup , du Champ de Bataille , l'église que l'on y édifiait depuis 60 ans , et pour laquelle on avait déjà dépensé 145,000 livres 1
lui être le plus agréable , nous vous prions d'en faire vous même le choix et d'apren cons(^quencc Nous vous autorisons à y employer jusqu'à concurrence de 8,000 livres , si vous pens 'z que celte somme sril sulTisaiile pour faire un cadeau honuéle et ('êcent. » (Arch. comm. Hegislre D B, art,. il2, fol. 223.
' Archives comm. Série BB . art 259 - Lettre du U février 1781.
Mais les Pères Capucins , qui payaient ce vin de Champagne * et auxquels on n'avait pas songé dans cette distribution de cadeaux*, n'étaient pas contents; il s'en fallait de beaucoup. Ils firent du bruit et se donnèrent du mouvement. Deux d'entre eux , députés en toute hâte ô Paris , furent reçus par M. Amelot , mais ce ministre leur dit qu'ils arrivaient trop tard , et que l'arrêt venait d'être envoyé à l'intendant de Provence , avec l'ordre du Roi d'en assurer la prompte exécution. Ils ne se doutaient pas, les pauvres capucins, que leur départ avait été signalé par les consuls à M. delà Sablonniére et que ce dernier avait eu le temps de s'entendre avec M. Silvestre ".
' « La réponse de M Silvestre à M. de la Sablonnière doit nous rassurer sur la suite des démarches df's moines Nous avons besoin de nous rendre favorable ce premier commis II convient par conséquent de lui présenter quelque chose d'honnête , s'il ne veut pas accepter de Fargent ... D'aWeurs celte dépense te paiera iur leprodM du ad. § (Ost- à-dire du produit de la vente des terrains enlevés aux capucins). Archives comm. Registre BB, article il 2, fol 185. v. Lettre à M Lantier, 21 novembre 1780.
* M. de la Sablonnière reçut lui même 1,200 livres de gratiflcation La lettre par laquelle il en accusait réception est charmante C'est un modèle du genre :
« J ose dire, Messieurs , écrivait-il aux consuls le 15 mars 1781 , que ce présent est en pure perte pour vous, et qne vous ferei bien dr cesser de m'en faire parce que mon attachement pour vos intérêts est si complet, qu'aucun espoir ne peut l'augmenter, le plus grand cadeau que vous puissiez me faire c'est de me procurer l'occasion de vous en donner des prou ses. § En attendant, il empocha les i2t)0 livn s et en donna bonne quittance (Arcb. comm , série RB, art. 250).
' c J'ai été voir M. Silvestre sur l'annonce que vous m'avez donnée du
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Pendantque les capucins, qui s'étaient laissé gagner de vitesse par les émissaires de la connmune , recevaient à Paris cette réponse décevante , leurs confrères essayaient, à Toulon , de s'opposer à l'envahissement du couvent par les consuls. Le père gardien fît une belle résistance ; il dit à l'huissier, qui se présenta pour signifier l'arrêt du conseil ordonnant la remise de leur établissement , « que ceux qui l'envoyaient prendraient plutôt la province entière que le couvent des capucins. » Et le lendemain pendant que l'évêque , M. de Lascaris , faisait rédiger une ordonnance pour autoriser les consuls à pénétrer dans le jardin du couvent par une brèche , le même gardien déclara, après une scène violente , qu'il viendrait à bout « d'opposer la ville à la ville ». Le prélat , indigné de son audace , lui fit signe de se retirer et donna l'ordre de l'accompagner jusqu'à la porte de l'évôché *.
Cependant la population ne se laissa pas émouvoir par les clameurs des capucins ; elle assista au contraire, avec une sorte de satisfaction (la foule est souvent cruelle), à la démolition du mur de clôture de leur couvent. En efïet , le 21 novembre , les consuls écri-
départ des deux ctpucins , et le résultat de notre conférence a été que vous
ne devez pas redouter reffet de leurs réclamations Le ministre m'a dit
quMl était effectivement arrivé deux capucins pour lui demander des nouvelles de Tarrét du conseil , et qu'ils ont été fort surpris d'apprendre qu'il était parti et envoyé 4 M. Tintendant. i Lettre de M. de la Sablonnière , du ii novembre 1780. Série BB, art 259) ^ llémoiredutSmarslTSi.Arch.comm .série DD, art 106.
vanta leur collf^gue , M. Lantier de Villeblanche *, lui disaient : « Nous avons fait brèche à la nnuraille de leur jardin, hier à midi environ. Les habitants désiraient cette ouverture avec le plus grand empressement. Ils craignaient toujours quelque accroc de la part de ces religieux. Le nombre des spectateurs était très-considérable. La satisfaction qu'inspire cet événement éclate toujours davantage; les capucins ne s'imaginaient pas que l'universalité fut si peu sensible à leur malheur*. »
Dans les derniers jours du mois de février 1781 , il ne restait plus une pierre de l'ancienne église sur le Champ de Bataille , et la marine reprenait possession de l'emplacement concédé , en 1700, à Monseigneur de Chalucet •.
La nouvelle église^ bâtie sur l'emplacement du couvent des capucins, sous le vocable de Saint-Louis ,
fera l'objet d'un chapitre à part *.
^ 11 assistait , en ce moment, aux d(^lil)ératlons de l'assemblée générale des communautés , à Lambesc.
' Ke^'lstrede corrospondance, fol. 185. (Série BH, art. 112.)
' Les consuls écrivaient, le 13 février 1781, à M. Amelot : « L'édifice qui avait été construit sur une partie du Champ de Bataille delà Marine pour servir de paroisse, a été entièrement démoli et nous devons, dans la somaine, remettre à la Marine l'emplacement sur lequel il était construit, (Reg., série BB. art. 112, fal. 2i6)
^ Voir rue Saint-Louis.
PLAGE d'armes. 41
Hôtel de la Marine.
Quand radministration de la marine se vit en possession de tout le Champ de Bataille, elle eut la pensc^e d'en affecter une partie à la construction d'un hôtel. Mais, avant de rien entreprendre , M. le chevalier de Fabry, commandant supérieur, crut devoir demander un certificat de propriété à la municipalité. « Je me flatte , Messieurs , écrivait-il , le 14 mars 1783 , aux consuls de Toulon, que vous ne me refuserez pas une déclaration constatant que la propriété de la place , appelée le Champ de Bataille , est ù la marine; qu'elle faisait partie de l'arsenal , qu'elle a été formée de son terrain, construite et entretenue de ses fonds, sans que la ville et la communauté y soient entrées pour rien * . »
Les consuls n'hésitèrent pas h délivrer cette attestation à M. de Fabry V Mais les propriétaires des maisons situées sur le Champ de Bataille , comprenant le danger qui les menaçait , commencèrent une véritable campagne contre les projets de l'autorité maritime , et quand ils virent qu'il fallait se résigner à la construction d'un hôtel, ils se firent la guerre entre eux, chacun
^ Arch. comm , série EE, art. ô5.
' Ils répondirent le même jour : • Nous vous adressons le certiûcat que vous nous avez fait 1 honneur de nous demander. Nous souhaitons bien sincèrement qu'il remplisse vos vues , auxquelles vous nous trouverez toujours disposés à concourir autant qu*il dépendra de nous. » (Lettre du 14 mars 1783. Reg BB, art. 111)
42 LES hi;es dk toulon
voulant octroycM' h son voisin , ce monument importun. Les propriétaires des nouvelles maisons construites sur l'emplacement des capucins finirent par triompher : riiôtel fut placé ft l'autre extrémité de la phice *. II n'y avait de ce coté du Champ de Bataille (jue le couvent des Carmes et la maison de M. Lantier de Villehlanche. Or ce dernier , ne pouvait, à lui seul, ([uelle que fut son influence personnelle % lutter avec
^ Les hositaiions de rauturité sont rapixiét s l'ans une leUre du 1i novomltre 1785, adresse c par M. Malouet aux consuls de Tuulon. « J*ai eflecti- . vemenl reçu l'ordre de faire conslruire, sur le Champ de Baiaille , un hôui pour le commandant de la Marine. LVmplacemenl n'est pas encore diUerminé. L'ayant fait tracer il y a quelques jours dans l'extrémité Ouest, un jîrand nombre de voix s'est élrvé pour me désijçner le cùlc Est M de Yilleblant hc et plusieurs autres particuliers nolaLles de notre ville, m'ont assuré q l'on verrait avec plus {\o peine arracher les arbres de lallée des Carmes que ceux que l'on a pl:intês parallèlement aux nouvelles maisons; j'ai désiré alors connaître le vœu l;( néral et j ai hW Uacev dans celte partie un nouvel emplacement ; mais je nauiaiseu garde de prendre aucun parti déiinitif avant de savoir positivement ce qui pouvait être plus ou moins désagréable à la ville et à ses représentants. Je suis fort aise, Me. sieurs , que vous me fassiez connaître votre opinion. Kn outre qu'il me s.'rait pénible de vous voir douter de ma déférence, je ne vous dissimule pas que j'aurais cédé à regret à la nécessité d'ordonner une construction da»s l'extrémité Lst du Champ de Bataille. Il me parait bien plus convenable qu'elle soit exécutée dans la partie Ouest. • (Lettre de M Malouet, intendant de la Marine, publiée par M. Henry dans son Eisloire de Toulon , tome I, page 405 )
- M Lniiller de ViJIeldanehe, ancien commissaire de marine et ancien consul, était à la tète de l'administration municipale, quand la ville obtint la con:!esslon de remplacement des Capucins et fit démolir l'église qui sVIevait sur le Champ de Bataille. Je suppose qu'en voyant le résultat final de cette combinaison , Il regrettait à part lui toute la peine qu'il s'était donnée pour la faire aboutir.
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avantage contre ses nombreux adversaires qui étaient vivement appuyés parles consuls *.
Cependant , avant de commencer les travaux, l'intendant essaya d'une nouvelle combinaison, qui aurait contenté l'Est et l'Ouest. Il proposa au ministre d'acquérir la belle maison de M. Manche, située rue Royale, faisant face au Champ de Bataille, et de l'affecter au logement du commandant de la marine. Mais le ministre ne voulut allouer que 50,000 livres pour cett(^ acquisition , et le propriétaire ayant élevé ses prétentions à un chiffre exagéré , il fallut revenir au premier
* « Nous apprenons par un murmure public , écrivaient les consuls à Tintendant Malouet, que Ton trace le projet d'un hôtel en face des malsons nouvellement construites vis à-vis le Champ de Bataille et précisément sur le même emplacement d'une paroisse, dont S. M. a exigé la démolition, pour le sol en être réuni à cette place. La profonde soumission de nos citoyens aux volontés de S- M. a pu seule déterminer l'administration de la communauté à exécuter sans réclamation Tarrêt du i août 1780 qui les lui manifesta. L>xécution de cet arrêt a occasionné et occasionnera à la ville une dépense qui s'élèvera à plus de 600,000 livres. - Si le rétrécissement de celte place, qui est une des plus belles du royaume, n>st pas une considération qui puisse arrêter la construction de cet hôtel . nous ne pouvons pas négliger. Monsieur, de vous faire connaître tous les regrets que la généralité aurait de le voir construire au-devant de la nouvelle lie de maisons. Cet hôtel, s'il pouvait exister là , les déprécierait de plus de la moitié de leur valeur; vous penserez sans doute. Monsieur, que la justice ne permet pas trop de causer un tel préjudice aux propriétaires de ces maisons que nous n'avons forcés à cet excès de dépenses que pour décorer la place, t (Lettre des consuls à M. Malouet, intendant de la marine, du ii novembre I7S5. Arch. comm. Série BB,art. 113, folio 312)
projet. L'hôtel fut construit sur le Champ de Bataille et coûta environ 100,000 livres.
M. Albert de Rioms , comnnandant de la nnarine , qui avait présidé à Tédification de l'hôtel, n'eut pas la satisfaction de l'occuper le premier; il dut y installer, au moment même où on le terminait, une quarantaine d'indiens envoyés en ambassade à la cour de France par le sultan Tippoo-Saïb.
Ces ambassadeurs arrivèrent h Toulon, le 9 juin 1788. Le commandant de la marine, comme représentant la personne du roi , n'alla pas à leur rencontre ; il les reçut à la porte de l'hôtel , la tête couverte , leur donna l'accolade et les fit asseoir sur des fauteuils plus bas que le sien *. Après les compliments d'usage , on les conduisit dans les appartements qui avaient été préparés pour les recevoir et où ils trouvèrent tout ce qui pouvait flatter leurs goûts *.
Pendant le séjour de ces indiens à Toulon , la ville fut toujours en fête : joute *, feu d'artifice , simulacre
' Brun. Guerret matitiim'sde la France Tome 11, page 131.
* a L*hôtel du commandant, dit M. Orun, tétait le plus beau logement qu'on put leur donner. On flt de grandes dépenses pour son ameublement ; on trouva de beaux tapis; on se pourvut de porcelaines, de parfums , essences, café de Moka. • {Guerreê maritimeè. Tome 11, page 131.)
• t Se retiendra le Trésorier, Î94 livres, du coût du tendelrt en coltone, que la communauté a été dans le cas de faire pour le balcon du présent hôtel, à Toccasion du spectacle de la joule que la Marine fit donner à ces ambassadeurs, devant Thôtel-de-ville, et ce pour mettre à l'abrî des ardeurs du soleil , Madame de Coincy et beaucoup d autres personnes de considération qui vinrent se placer dans le présent hôtel. • (Délibération du SI Juin 17^8.)
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de combat*, rien ne fut oublié. Les consuls leur offrirent un présent, appelé rm d^honneurj composé de parfunns, de liqueurs et de dragées ", et M. de Possel , commissaire général delà marine, donna, à leur occasion, un bal magnifique V
Après le départ des ambassadeurs de Tippoo-Saïb , M. d'Albert de Rioms prit enfin possession du nouvel bôtel , mais ce ne fut pas pour longtemps; l'année suivante le peuple envahissait ses appartements et le traînait lui-même en prison.
Voici dans quelles circonstances se produisit cette arrestation , qui fut comme le prélude des terribles conflits dont notre ville fut agitée pendant toute la période révolutionnaire.
M. d'Albert avait renvoyé de l'arsenal deux maîtres d'équipage qui s'y étaient présentés avec une cocarde^ appelée Pouf, considérée à cette époque comme un insigne révolutionnaire. En vain, le consul Roubaud et
^ Ainsi que c^la arrive presque toujours , cette réjouissance fut attristée par un accident m;iIhourt'ux. Deux canonniers furent blessés sous les yc0k des ambassadeurs, qui s'informèrent avec empressement de leur état et leur remirent 60 louis. {Guerret maritimet. Tome II, page 131.)
* c Se retiendra le Trésorier, iAi liY. 12 sols, payés à la dame veuve Amiot, parfumeuse, pour la fourniture qu'elle a faite de tous les articles qui ont composé le vin d'honneur présenté aux ambassadeurs indiens, envoyas à la cour de France par Tippoo-Saïb, sultan, arrivés en ce port le 10 du présent mois. » (Délibéraiittn du 21 juin.)
' « Il y eut un bal ^rintendance et les honneurs en furent felts, en Tabsence de llnlendant, |)ar M. de Possel, ordonnateur général. » (Mercure^ Juin 1788 )
plusieurs conseillers lui avaient demandé le pardon de ces deux marins , il avait été inexorable. C'était le 30 novembre 1789. Le lendemain , l®*" décembre , l'arsenal fut presque désert ; des attroupements se formèrent autour de la porte d'entrée. Le comte d'Albert fut serré de près à son passage, et des officiers crurent qu'il était prudent de rescorter à son retour ùriiotel. Le consul et son cortège de la veille , renouvelant leurs instances, allèrent le supplier plus vivement encore de ne pas refuser h la commune une grâce qui pouvait ramener le calme dans la ville et prévenir une insurrection générale; il n'écouta ni prières, ni considérations. Il comptait alors , pour la garde de son hôtel, sur l'appui d'un détachement de 100 canonniers matelots , auxquels les exhortations n'avaient pas été épargnées; mais sa confiance en eux fut trompée. La foule grossissait sur le Champ de Bataille ; un officier major de la marine, qui la menaça et la poussa, fut désarmé et son épée mise en pièces. L'efïervescenc(î s'accrut; un ordre fut donné de la galerie de l'hôtel et répété sur la place à la troupe par M. de Broves, major de la marine, commandant le détachement; on crut entendre, après le commandement de porter les armes, celui de les charger et même de faire feu.
Dans les écrits publiés par le comte d'Albert h la suite de cette affaire , il est dit cependant que l'ordre avait été donné seulement de porter les armes.
Quoiqu'il en soit , les canonniers sympathisant mieux avec les hommes du peuple, ou craignant j^eut-
FMACE d'armes. 47
être pour oux-m^*»mes devant cotte multitude , laissèrent tomber leurs armes, refusant d'obéir; ils furent couverts d'ap[)laudissemeîits. Leur défection inattendue fit revenir h lui le comte d'Albert, qui promit enfin i\o faire rentrer les d"ux marins dans l'arsenal. Mais cette promesse , donnée de mauvaise j^ràce était tro[) tardive pour ramener le calme; ce n'était j)lus ce que l'on demandait.
Le commandement, vrai ou faux , de faire feu, avait exaspéré le peuple, qui envaliil les portes de l'hôtel et demanda qu'on lui livrât le major de Broves,qui l'avait prononcé. La foule proférait de sinistres paroles, lorsrpi'un détachement de la jzarde nationale*., auquel le consul venait de faire prendi'e les armes, accourut pour la protection commune. Mais chaque heure ame*nait son événement ; des députations émanées du peuple montèrent Tescaliei' de l'hôtel et obtinrent l'arrestation du major d(* Broves, qui se livra lui-même. Devenant plus exigeantes de moment en moment , elles demandèrent d'autres officiers ; ils furent refusés par le commandant de la marine; dès lors la clameur publique augmenta, (^t h» comte d' Albert fut lui-même enlevé ave(î Messirnirs du Castelet , de Bonneval et du Village, et conduit dans les prisons du palais de la ville par le même détachement de la garde nationale qui était venu pour le protéger *.
* Ce récit est f niprunlé presque Icxturllemcnt à l'excellent ouvrage de M. f^run , commissaire général de la Marine : Les Guerres marilimes de la France. Tome II, page U9.
Les deux successeurs de M. le comte d'Albert , MM. de Glandevès et de Flottes , ne profitèrent pas plus longtemps que lui du somptueux hôtel du Champ de Bataille. Le premier, insulté et maltraité par des ouvriers qui demandaient la liberté de trois matelots , ne dut son salut qu'à la protection de quelques officiers de la milice bourgeoise qui parvinrent à le dégager- (3 mai 1791). Le second fut assassiné devant la porte de Tarsenal , le 10 septembre 1792.
Pendant ces troubles, Thotel avait été pillé et dévasté de fond en comble. Mais ce n'était pas assez , la foule égarée, excitée, dit-on, parles amis des capucins et par les propriétaires des maisons du Champ de Bataille , qui s'étaient opposés h la construction de cet édifice , demandait à grands cris sa démolition *. Une pétition fut même remise, dans ce but, aux commissaires de l'Assemblée nationale arrivés depuis peu de jours à Toulon. Ces commissaires n'osèrent pas prendre sur eux une pareille détermination; mais ils promirent, dans une proclamation qui fut immédiatement affichée dans toutes les rues, d'appuyer la demande des Tou-
^ t Les propriétaires des maisons de la partie occidentale voyant leurs immeubles sacrifiés dans ce qui leur donnait le plus de valeur. la vue sur la place, s'exhalèrent en plaintes très vives, et leur mécontenti'ment fi! (l*autant plus de rumeur, qu'il vint faire écho avec celui des Capucins dépossédés de leur vaste domaine , et des Carmes , contraints eux-mêmes de délaisser leur établissement pour se réléguer dans dos maisons plus exiguës. L'hôtel di* la Marine avait donc toujours été mal vu de la population. «(Henry, 1. 1, p. iT:>.)
FLACK d'aIIMES. 49
lonnais auprès de TAssomblre *.
L'Assemblée nationale refusa son co'isentenKMit et rhùtel demeura debout; mais il cessa d'être occupé par les commandants de la marine; il ne rei)rit son ancienne affectation que dix ans après, h l'époque où furent créées les préfectures maritimes.
Les Projets maritÎDirs.
Le premier préfet qui reprit possession de l'hôtel du Champ de Bataille , f;it le contre-amiral Vence , nommé par décret du 1®^ septembre 1800.
Le contre-amiral Ganteaume (Honoré-Joseph-Antoine), né à La Ciotat, le 13 mai 1755, remphu;^ , au mois de juillet 1802, l'amiral Vence, api)elé à commander une escadre qui s'armait ù Brest.
Ancien chef d'état-major de l'amiral Brueys, chargé ensuite du commandement en chef des forces navales sur le Nil et sur les côtes d'Egypte , Ganteaume avait
* « Les commissaires de FAsscmblée nationale à rurnïc du Midi, prenant en considéiaiion la pétition qui leur a etè faite |ar des citoyens, pour la sonstraotion [m) de 1 luHel de la Marine de la plare du Champ de Hataille, sont faciles que leur pou\oir ne puisse pas s'étendre jusques à ordoi ner la démolition d'un effet nntionnl , sans Texainen préalable des ineonvénienis et de rutilité dont peut être crlle d< molilion | our la elTose publique; mais ils assurent les citoyens de Toulon qu'ils ne né^lif^c ont rien auprès du corps le^MSIatif pour faire réussir leur dem;inde. » [Uisloire de Toulon depuis 1789 jusqu'au Consulat, par Henry Tome 1, |)age i73 )
r>() LKS IU:KS I)K TOILON.
pris port h prosquo toutos les opérations cb^Tarmép (le toiT(\ Il était connu et apprécié du général Bonaparte, et il eut la hoinie fortune de Ic^ ramener ei France*, ccMjui lui valut uii rapide avancemeit. Cependant de Rourie:nie y (pii était emhar({ué sur le» Moui— ron , a pivtendu cpic*, pendî^nt la traverséi^ rannrnl , effray('' des conséepiences possibles de l'acte auquel il s'était associé , avait tellement perdu la tétc» , que Bonaparte^ avait seul dirigé la marche des navires composant Te^scadrequi l'accompagnait; mais les I io;zraplies de Gantcvumie opposent les faveurs dont il ne cessa d'être comblé sous le Consulat et rKmpiie comme preuve du peu de fondement de ces assertioîis et comme démenti du jugement que Napoléon aurait porté de lui ù Sainte Hélène, en le qualifiant de « matelot nul et
sansmovens *. »
Comme pour donner raison ft la mauvaise plaisanterie éditée par de Bourienne,le brave amiral avait fait graver sur son papier h lettre une vigne^tte, qui représentait sa division ù la voile, avec cette épigra[)lie : nous rjoffro/'nons soifs son (Hoile; et, en e(Tet, les vaisseaux se dirigeaient vers une étoile au cevitre de* laquelle se voyait la lettre B (Bonaparte*).
Evidemment le nouveau préfet maritime avait un culte pour le l**" consul. C'était un esprit droit et honuHe. Il mit beaucoup d'énergie à réprimer les abus
* Nouvelle Biographie générale ytuhWh* par MM Firmin Dielul Toim* XIX, page 12\ .
pf.ACE d'aiwiks. 51
qui s'étaient introduits dans l'administration du port pendant les troubles de la révolution : « Depuis que je commande en ce port, disait-il , j'ai eu de fréquentes occasions de reconnaître que le vol des matières était organisé dans l'arsenal. Je suis peut-être parvenu à diminuer le mal , mais non à le détruire ; pour y arriver il faudrait exercer une surveillance impossible , c'est-à-dire déshabiller h la porte tout ce qui sort. »
Stimulé par l^amiral Décrés , ministre de la marine , qui voulait rétablir la discipline et attacher les officiers à leur bord, le Préfet essaya de faire fermer les maisons de jeux, où les officiers et les ouvriers, pèle-mèle, allaient se dissiper et se ruiner. Mais il rencontra une vive résistance chez le commissaire général de police avec lequel il se prit de querelle ; il l'accusait de soutenir et d'affermer ces maisons. Pour en finir, il se décida ù faire lui-même une descente dans un de ces tripots , d'où l'on vit des officiers , honteux d'être surpris en pareille compagnie, s'évader par toutes les issues et même par les fenêtres.
Je trouve dans l'ouvrage de M. Brun , auquel j'ai emprunté ces détails, le récit d'un autre conflit, qui met parfaitement en lumière la susceptibilité exagérée des administrateurs de la marine et Tesprit de fiscalité des agents du domaine.
Le domaine était chargé , d'après la loi , de la vente des objets hors de service. Après l'adjudication de la vieille corvette la Bretonne^ le vérificateur de cette administration avait écrit au contre-amiral Ganteau-
52 LES nUKS DE TOULON.
mo, préfet maritime, le priant, et requérant au besoin^ de prêter aux acquéreurs tous les olyets nécessaires à la translation et à la démolition de ce bâtiment, parce que, disait-il, il avait fait insérer cette condition afin de faire renchérir la vente.
« Le vérificateur des domaines Billon , dont vous m'envoyez la correspondance , me paraît un fou , répondit le ministre. Il y a du délire dans cette phrase qu'il vous adresse : je vous fais en tant que de besoin la réquisition. Il y en a encore d'avantage , s'il est possible, dans rinterprétation qu'il se permet de mes instructions , lorsqu'il dit: ce le ministre de la marine a mis ou a entendu mettre à la disposition du ministre (les finances les a|)paraux de l'arsenal. Je trouve sa lettre si extravagante, que je suis fâché que vous vous soyez donné la peine d'y répondre. »
Je n'ai pas besoin d'ajouter que rien ne fut prêté à M. Billon. Ce vérificateur n'avait pas eu l'intention, j'en suis convaincu , de soulever une pareille tempête dans les hautes régions administratives de la marine. Il avait essayé tout simplement de faire rentrer quelques écus de plus dans les caisses du Trésor , et il ne pouvait prévoir que le même préfet maritime», qui veillait avec tant de soin h la conservation du matériel de l'arsenal , lui ferait un crime de son zèle pour les intérêts de l'Etat. Mais l'Etat et la Marine, ce n'est pas tout-ù-fait la même chose. Toutes les administrations, du reste, établissent entre elles et l'Etat une distinction que je n'ai jamais bien comprise , mais qui existe réellement.
Le contre-omiral Ganteaume quitta la préfecture maritime, en 1804. II accomplit plusieurs missions et fut nommé successivement vice-amiral , inspecteur des classes, comte de l'Empire et^enfin,pair de France.
Le successeur immédiat deM. Ganteaume, le contreamiral Emeriau, fut également un administrateur distingué *. Il réalisa des économies importantes et parvint ainsi à faire payer la solde des ouvriers , qui ne l'avait pas été depuis plus de six mois. Ennemi des abus , il surveillait avec un soin extrême l'exécution des marchés et fît cesser les nombreuses malversations qui se cemmettaient journellement dans les divers services. Aussi s'était-il créé des ennemis et ne fut-il pas épargné dans le fameux libelle de 1809, dont l'origine n'a jamais été bien connue *.
Ce libelle, dans lequel tous les hauts fonctionnaires, leurs filles et leurs femmes sont tour à tour mis ei» scène et cruellement maltraités, parut le lendemain d'un bal , donné à l'hôtel de ville par les officier de la marine russe % dont les vaisseaux étaient en réparation dans le port *.
* Emeriau (Maurice-Julien), né le 20 oclobrc 1702 à Corbois (Finislèrv) . fut nommé pnfet maritime à Toulon, le 6 novembre 1804
' On FaUri me généralement à un commis du marine nommé Chardon , qui rimaillait avec une certaine facilité Cependant il ne s'en est jamais avoué Fauteur comme on lo pensif bien.
' Galerie des Dames de Toulon, à V occasion (Tun bal donné par les officiers de la marine russe, le 9 mars iSOO , à l'hôtel de nlle. Manuscrit assez rare , quoiqu'il fut répandu à profusion à 1 époque où il parut.
* Voyez dans les Guerres Maritimes , par M. Brun, Fbistoire de ces vaisseaux. T. ii. p. 4i(6 et 511.
voyait prendre sur les affaires de Tadministration , et il choisit des prétexte ù son mécontentement. » *
Le même auteur rappelle, ù ce sujet, une correspondance dans laquelle le ministre de la marine , habitué à ne voir autour de lui que des subordonnés, s'étonne d'un refus de M. Aguillon , qui n'avait pas voulu souscrire ù une réduction de prix dans un marché, et l'accuse naïvement de préférer ses intérêts « au bien du service. » « Le refus du sieur Aguillon, écrivait-il, au contre-amiral l'Hermitte, a d'autant plus lieu de me surprendre, que les prix auxquels il ne veut pas souscrire sont plus élevés que tous ceux qui existaient ou port de Toulon , à l'époque où il a été traité. On ne peut plus s'abuser sur les intentions de ce fournisseur, c'est un homme qui n'a que son intérêt en vue , et jamais le bien du service n'est entré dans ses spéculations. Veuillez , au reste , lui témoigner mon mécontentement sur la lettre peu réfléchie qu'il vous a écrite, et le rappeler au respect qu'il doit à mes décisions , sur lesquelles mes bureaux n'ont pas l'influence qu'il se permet de leur attribuer *. »
Quelques jours après , le ministre , toujours sous l'influence de ce sentiment d'irritation , blâmait vertement le Préfet maritime d'avoir fait payer à M. Aguillon unù-compte de 100,000 fr. « Ce fournisseur, disait-il , ne méritait pas une pareille faveur. »
' V. Brun Guerres maritimes de la France. Port de Toulon. T. ii. p. 576 ' Ibidem, p 576.
PLACE d'armes. 57
Or cette faveur consistait , pour M. Aguillon , à recevoir la diœ-huitidme partie de sa créance: il lui était dû à cette date, un million huit cent mille francs.! * En vérité, Thonorable négociant, s'il eut connaissance de la lettre du ministre , dût trouver la plaisanterie assez mauvaise.
Les exigences du ministre , les retards éprouvés dans la liquidation des comptes et, surtout, le mauvais état des affaires, éloignèrent peu ù peu tous les fournisseurs. Mais l'amiral Décrès n'entrait pas dans ces considérations ; il s'irritait contre tout le monde, et, se persuadant que les fournisseurs s'étaient ligués entr'eux , pour imposera la marine des conditions inacceptables, en rendait responsable le malheureux Préfet maritime , qui aurait dû , selon lui , prévoir et empêcher cette coupable coalition. Le contre-amiral THermitte s'afflgeait des reproches du ministre et lui repondait avec une certaine amertume qu'il n'existait aucune ligue , que la répugnance excessive que montraient les fournisseurs tenait aux appréhensions du moment. Mais c'est cela que le ministre de l'Empereur ne voulait pas s'avouer , ni avouer dans sa correspondance; il trouva qu'il régnait en toutes choses un très mauvais esprit *, et continua à tracasser son pauvre subordonné qui ne savait plus comment s'en tirer.
' Ibidem, p. 577.
' Guerres marilimet, p. 605.
58 LES nUES DE TOULON.
Sur ces entrefaites arrivèrent les grands désastres de la fin de l'Empire et la Restauration. Le Préfet maritime fut maintenu par les Bourbons ; mais, au retour de nie d'Elbe , l'Empereur ordonna à l'amiral Décris de le remplacer immédiatement; il lui écrivit, le 9 avril 1815 : « Otez sur-le-champ l'Hermittedu port de Toulon; il est mauvais; remplacez-le par un homme de mérite , sur lequel on puisse compter. * »
Le contre-amiral baron Duperré (Victor-Guy) , nommé Préfet maritime en remplacement de M.
rilermitte , arriva à Toulon , le 18 avril 1815. Son administration fut de courte durée; il n'eut, en quelque sorte, qu'à mettre et ù enlever le drapeau tricolore , et à prendre des dispositions pour s'opposer ù une surprise de la place par les escadres étrangères , qui rodaient autour de Toulon, n'attendant qu'un moment favorable pour s'emparer de nouveau de cette proie trop facile. L'amiral Duperré écrivait le 29 juin , au ministre de la marine: « mon plus ardent désir, comme mon devoir, est de conserver à la France l'important dépôt de l'arsenal de Toulon; je ne négligerai rien pour que l'étranger n'y mette pas les pieds.»
Cette honte, heureusement, fut épargnée fl notre ville; les troupes alliées n'y entrèrent pas. On eut même quelque difficulté à y faire arborer le drapeau blanc. « Ce changement de couleurs, dit M. Brun , ne pouvait s'effectuer qu'avec beaucoup de prudence et
* CuerreimarUimes. T. ii. p. 649
PLACE d'aumes. * 59
après y avoir prépan^ les esprits pendant quelques jours ; la garnison à Toulon était devenue très nombreuse, elle comptait 5 à 6,000 hommes^ qui révoquaient en doute les grands événements arrivés, et élisaient difficilement le sacrifice de lejars anciennes affections *. »
Le drapeau blanc fut enfin arboré à la préfecture maritime et sur tous les forts , le 21 juillet; mais le roi qui était rentré à Paris depuis le 8 , ne comprenait pas toutes ces lenteurs , ot les attribuait au peu de zèle du baron Duperré; le même jour, 21 juillet, il signait une ordonnance nommant M. le vice-amiral Burgues de Missicssy, à la préfecture de Toulon, et faisait donner Tordre^ à M. le baron Duperré , d'avoir à quitter cette ville sans retard; il était autorisé à fixer son domicile où bon lui sem])lerait, à l'exception de Toulon.
Le vice-amiral Burgues de Missiessy appartenait à une famille très ancienne et très estimée de Toulon ; il y reçut cependant un accueil assez froid. Son attachement pour les Bourbons auxquels il était resté fidèle pendant les cent jours, prévenait naturellement contre lui tous les partisans de l'Empire. Mais il avait du tact et de la fermeté et il sut bientôt dominer la situation ; du reste, ses adversaires politiques, eux-mêmes, rendaient justice à l'habile et brave marin , qui avait eu le rare bonheur de battre les anglais et de leur faire
* Guerres nuifUimes. T ii. |>. 663.
éprouver un terrible échec dans le port d'Anvers *
Le 29 novembre 1815 , parut une ordonnance royale réorganisant les divers services de la marine. Les préfectures maritimes, créées en 1801 , furent supprimées et M. de Missiessy dut échanger son titre de Préfet contre celui de commandant delà marine. Après lui , en 1824, M. le vice-amiral Daugier ' exerça le commandement sous le même titre; mais^ par une nouvelle ordonnance du 27 décembre 1826 , les préfectures maritimes furent rétablies.
Le cadre de cet ouvrage ne me permet pas d'écrire ici la biographie des nombreux préfets maritimes qui se sont succédé à Toulon , depuis la réorganisation du service jusqu'à ce jour; je ne puis qu'en donner une chronologie très brève, faisant connaître cej)endant les noms et prénoms de ces fonctionnaires, la date de leur naissance , ce le de leur nomination et le
' C'était en 1808; les An. lais «laiis h* but do iletruiiv Auveis, a\aient armé 40 vaisseaux , 30 frégates et 4i)0 transporls L^ainiral sir Kirhard Slni cham dirii>eait les furces de mer . 1 1 lord Chatan eumniaiidat l'rxi édition. Ils débarquèrent au nord de 1 il<' <le Wali-lieren qui uYlait pas fortifiée < t assiégèrent Flessin^ue qui se rendit après une vive rcsistanct* . Mais, |>endant ce temps, Missiissy avait mis son ehcadre en sur. lé à Anvers, et, quand Ti nnemi voulut remonter 1 Kscaut , la \ilie était garnie d»* troup. s 1 1 le fleuve bordé de latteries Les anj^lais durent se d< cider à la rtiia'.t<' . n.nis clb fbt désastreuse, ils y laissèrent près de 10,000 hommes {Gloins mantiwes de Ui France, p 34.)
* Oaugier (François- Vane-Eut:èiie Comte), vire amiral , né le ii septem» bre 17C4 à Courtezon (Yaurluse).
PLACE d'armes. 61
temps pendant lequel ils ont occupé rhôtel du Champ de Bataille.
Le vice-amiralJacob (Louis-Léon), né le 11 novembre f768 à Tonnay-Charente , préfet maritime, du 11 mars 1827 au 31 août 1829 , ministre de la marine en 1834, est ensuite élevé à la dignité de pair de France , reçoit le titre de comte et devient aide-de-comp du roi Louis-Philippe. Il meurt à Paris, le 6 mars 1854.
V. A. comte de Rigny (Henri-Gauthier), né le 2 février 1782, à Toul (Meurthe), préfet maritime , du l**" septembre 1829 au 14 décembre 1830 ; ministre de la marine, du 13 mn:s 1831 au 4 avril 1834; nommé ensuite ministre des affaires étrangères ; mort à Paris , le 7 novembre 1835.
V. A. Du Campe de Uosamcl (Claude-Charles- Marie) , né le 12 juin 1774 , à Rosamel (Pas de Calais) préfet maritime, du 15 décembre 1830 au 19 juillet 1834 ; député de Toulon , en 1833 ; ministre de la marine, du 6 septembre 1836 au 30 mars 1839. Mort A Paris, le 17 mars 1848.
V. A. Jurien de la Gravière (Pierre-Roch) , né le 5 novembre 1772 à Gannat (Allier), préfet maritime, du 19 juin 1834 au 19 octobre 1841. Mort ù Paris le 14 janvier 1849 *.