I.KS HL'KS DE TOILON
Siulan (Ardennos), profot maritime, du 20()ctol)ro 18il au 2f> juillet 1847; promu amiral, le 27 mai 1854; mort h Paris , le 7 juin suivant. Son nom a ét^* donné h unc^ rue de Paris.
V. A. Parseval-DeselièiHvs (Al(\\an{lre-Fenliu.»nd), né à Paris le 27 novembre 1790, préfet maritime, du 27 juill(»t 1847 nu 2(>juillet 1848 ; sénateur en 18ry2, amiral le 2 décembre 1854. Mort à Paris le 17 juin 1860.
C. A. Bruat (Armrmd-Josepb), né h Co'm u\ le 26 mai 17î)6, préf<4 maritime, du 27 juillet au Hoetobre 1848, vice-amiral en 1852, amiral en 1855;moi'tdu cboléra sur le Montrbello , le 19 nov(»mbM» 1855. Un monument éri^é à sa mémoire, ù Colmar , a été inau— guré le 21 août 1864.
V. A. C:isy , préfet nru'itinu», du 18 octobre 1848 nu :n aoiitl8i9!
V. II. Hamelin (Ferdinnnd-Alj)lions(M, né n Pont rKvé({ue (Calvados), le 2 se])tembre 1796; préf(*l niaritim(sdu 1*^*' S(*i)temb!*e 1849nu 8 juillet 1853; amind en 1854, ministre de la miuine , du 19 avril 1855 au 16 août 1856; nommé grand cbancelier de» la Légiond'IIonneur en 18()0; mort n Paris, le 16jnii\i(M' 1864.
V. A. Haroii Du Hourdieu (Louis-Tlioinns-Uose- Napoléon), né à Port de France (Mnrtini(jue), le 15 juin 1804; préfet mniitime, du9jnill(^t 1853 au 29 juin 1857; sénateur en 1856; mort le 29 juin 1857, fi Toulon.
V. A. Jacipiinot (Cbarles-IIector), né à Nevers , le 4 mars 1796 ; préfet maritime , du 29 juin 1857 au 29 mars 1861.
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V. A. Comte Bouët-Villauniez (Louis-Edouard) , Ile le 2i- avril 1808; préfet maritime, du 30 mars 1861 au 18 avril 1864.
V. A. Vicomte de Chabannes Curton-la-Palice , (Octave-Pierre-Antoine), né à Paris, le 16 mai 1803, préfet mai'itime du 19 avril 1864 au 15 février 1868.
V. A. Chopart (Louis-Narcisse), né le 6 mai 1806; préfet maritime, du 26 mars 1868 au lOseptembre 1870.
V. A. De la Grandière (Pierre-Paul-Marie), né le 28 juin 1807; préfet maritime, du 2 au 20 octobre 1870.
C. A. Baron Didelot (Octave-François-Charles), né le 2 décembre 1812; préfet maritime , du 22 octol)re 1870 au 5 juin 1871.
V. A. Jauréguiberry (Jean-Bernard) , né le 26 août 1815, nommé préfet maritime le 7 juin 1871.
MAISON iV I. •
La grande maison à balcon , située sur le Chani|) ch» Bataille, à l'angle de la rue Saint-Roch , est une des plus anciennes de ce quartier. 'Elle fut construite, vers la fin du XVII® sit'^cle , sur un terrain concédé par
^ Propriétaire actuti , H. Caire , Simon ; superficie, ai 7 mètres carrés.
Oi LES RUES DE TOULON.
Louis XIV h M. Ginirdiii do Vanné, intendant de la nnarine *.
Cette maison appartenait en 1707, à M. Honoré Ratouin, commissaire de marine, qui la laissa en mourant (24 mai 1720), ù sa fille LucnVe Urbaine Ratouin.
La veuvedeM. Ratouin, Marie Michelle de Fressine de Grandmaison , t'épousa , le 31 dc^cembre 1721 , M. Levasseur de Villeblanche , commissaire de marine ", et lui porta en dot la maison léguée à sa fille , mais raclietée par elle moyennant 6,000 livres '•
Nommé intendant de la marine, en 1737, M. Levasseur de Villeblanche , fit de grandes réparations ù la maison de sa femme et s'y installa avec un certain luxe. Il logea chez lui, en 1741 , M. le marquis de Maillebois, maréchal de France et en 1744, M. le comte de Maupas , ministre de la marine*.
L'intendant de Villeblanche fut un des meilleui's administrateurs du port de Toulon. Il était très zélé et ne pouvait supporter le moindre reproche. Un jour, M. de Maupas lui écrivit, pour l'inviter à activer Tarme— ment d'une escadre qui aurait du être à la mer depuis
^ Brevet du 18 avril 1595' L'emplacement concédé , dune cx)ntenance totale de 1 199 toises , formait toute 1 lie comprise entre le Champ de Bataille , la rue Saint Roch , la rire du Trésor et la rue Royale
' M. Noël François Laurent Levasseur de Villeblanche, fils de noble Noël Levasseur, commissaire général de la marine et de dame Jeanne Escolastique Hubac (acte de mariage).
' Archiveicomm. Suppl. série ii, art 32. Papiers de famille.
^ Guerrei maritimei T. i, p 281. lavent, des aroh. comm. p. 435.
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longtemps déjà. Il répondit vivement, qu'il avait fait l'impossible , qu'il s'était même exposé au mécontenlïiint de l'évêque en 'faisant travailler les ouvriers les jours de fête et les dimanches, et qu'ayani toujours bien servi pendant cinquante ans, il n'aurait pas commencé de négliger ses devoirs dans une circonstance aussi essentielle. Le ministre , regrettant de l'avoir ému , lui adressa quelques paroles affectueuses ; il lui rappela obligeamment que l'année précédente , dans une tournée d'inspection, il avait trouvé le service plus en règle à Toulon que dans les ports de Brest et'de Rochefort*.
M. de Villeblanche mourut le 10 août 1759 , après avoir rempli les fonctions d'intendant pendant plus de 20 ans; il était octogénaire et ne comptait pas moins de 63 ans de service'. Madame Levasseur de Villeblanche , sa veuve , ne lui survécut que deux ans ; elle laissa, par son testament, en date du 8 octobre 1761 , la maison du Champ de Bataille à M. Charles-Louis Lantier de Villeblanche , son arrière petit-fils.
M. Lantier de Villeblanche, commissaire de marine en 1755 , contrôleur en 1771, fut mis ù la retraite le 1"
' Brun. Guerres marilimes de la France, T. i. p. '1^\S ' Ibid. Guerres maritimes. T. i. p. 39i.
Nota. Deux noms ont été mal écrit ci-dessus , page 64 ; il faut lire , ligne première , M. de VAUVRâ et non Vamé, et , lignes 16 et 20, Maurepas , au lieu de : Maupas.
décembre 1777 *. Il rendit ensuite des services à la ville de Toulon en qualité de l^"^ consul , 1780-1782 '.
C'est sous l'administration de M. de VilleblancUe , que fut enfin démolie l'église du Champ de Bataille. Après avoir débarrassé la place d'Armes des ruines de cet édifice, il fit adopter, non sans difficulté, les plans présentés par M. Sigaud, architecte de la province, pour la construction de la nouvelle église , sur l'emplacement des Pères Capucins. Une partie du Conseil, subissant l'influence d'un architecte toulonnais , M. Votier , aurait voulu que l'entrée principale s'ouvrit sur la rue Saint-Sébastien; mais M. Lantierde Villeblanche fit prévaloir le projet de M. Sigaud, qui plaçait la grande porte au Nord, c'est-ù-dire, sur la rue Saint Louis , là même où nous la voyons aujourd'hui.
D'autres travaux, non moins importants, furent entroi)ris sous l'administration de M. de Villeblanche. L'abattoir , qui avait été construit en 1715, aune époque où on ne tuait que 340 moutons et 20 bœufs par semaine, était devenu insuffisant en 1780, alors que la consommation hebdomadaire s'élevait h 840 mou-
^ Il était Ûls do M. Louis Lantier et de dame Jeanne- Françoise rilcrmitte de Tamagnon ; qui, elle-même, était fille de demoiselle Ralouin, fille de H"*** de Villeblanche, née de Grandmaison et de M Ratouin, son premier mari.
' Les administrateurs municipaux de la ville de Toulon n'étaient élus que pour une année, mais, par mesure exceptionnelle, et pour lui permettre de terminer Tafl'aire relative à la construction de la nouvelle paroisse , l'intendant de Provence fit proroger le consulat de M. Lantierde Villeblanche jusqu*au !•' janvier 1783.
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tons et 50 bœufs *. On dépensa 22,000 livres pour réparer cet établissement.
Les bureaux de l'intendance sanitaire avaient également besoin de grandes réparations, on y consacra plus de 12,000 livres '. Deux nouvelles fontaines furent construites, l'une ô la rue Sainte-Ursule (rue Lafayette), l'autre sur la place de la Halle (place Puget). Cette dernière, ornée de trois dauphins dûs au ciseau d'un artiste de mérite, « le sieur Cliastel, sculpteur de la province » ne coûta pas moins de 6,000 livres.
M. de Villeblanche essaya, mais en vain, d'apporter quelque amélioration dans le service du nettoiement des rues , qui laissait beaucoup à désirer. Le ministre de la marine , sur la plainte qui lui avait été adressée par le chevalier de Fabry, commandant supérieur du port, demanda des explications à M. de Latour, intendant de Provence, qui lui répondit, le 20 octobre 1782: a Les consuls de Toulon reconnaissent qu'il y a beaucoup d'immondices dans les rues , attendu qu'ils n'ont qu'un charriot pour les enlever ; mais ils ajoutent que les choses sont à cet égard comme elles ont toujours été et que l'air n'en est pas affecté quoiqu'on en ait dit. » Cependant M. de Villeblanche proposa aucon-
. ^ Aujourd'hui cette consommation est , en moyenne , de 100 bœufs et de 5(K) moutons par semaine ; mais, en y joignant les brebis et les autres bestiaux, on compte 1462 têtes par semaine.
' Archives communales. Reg. BB. IH. fol. 283. Lettre du 21 juin 1781 adressée à M . de Latour, intendant de Provence.
seil (l'imposer une légère redevance^ de 5 sous sur chaquo fenêtre prenantjoursur unerue, j)Ouren employer le produit au nettoiement de la ville; mais sa proposition fut rejett'e il une assez forte majorité.
Il fut plus heureux , quelques jours après, quand il demanda des fonds pour créer un nouvel emploi, sous le titre significatif de « chasse-mendiant ». Il formula sa proposition en ces termes :
« La multiplicité des meiKliants étrangers et vagabonds qui assaillissent nos citoyens, soit dans les églises , soit dans les rues , les a mis dans le cas de requérir l'administration d'aviser aux movens efficaces d'en purger la ville. Il ne s'en présente aucun de plus assuré que la création d'un serviteur aux gages de la conununauté , dont la principale occupation soit de parcourir journellement, non seulement les églises et les rues, mais encore les asiles où les mendiants se retirent pendant la nuit, pour les obliger à déguerpir de la ville. En cas de résistance , de les traduire aux prisons royaux, pour y être détenus au pain et à l'eau jusqu'à ce qu'ils promettent de se retirer dans le lieu de leur origine *. »
Le conseil accorda sans hésiter 360 livres pour les gages de l'agent et 40 livres pour son uniforme. Le chasse-mendiants se mit à l'œuvre avec tout le zèle d'un serviteur fraîchement promu à des fonctions publiques , et fit si bien que bientôt toutes les prisons de
' Archives communales. Reg BR. 95. foL 101.
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la ville furent pleines de mendiants, de vagabonds et de filles prostituées. La récolte fut si copieuse que l'intendant de Pror\e-ice dut inviter les consuls à y mettre plus de modération, s'ils ne voulaient ruiner la commune en frais de nourriture. «Il m'a paru, leur écrivait-il, que cette dépense devenait trop onéreuse à la communauté. Il est nécessaire d'y mettre des bornes^ autrement je ne pourrais me déterminer ù l'autoriser.» Répondant ensuite à M, Lantier de Villeblanche, qui lui fît connaître que les femmes prostituées très nombreuses à Toulon, avaient été comprises dans le coup de balai du chasse-mendiants, l'intendant répliqua : « Il convient , en effet , de faire enfermer les femmes de cette espèce , nfîn d'empêcher le scandale et les troubles qu'elles occasionnent; mais il ne doit être question que de les détenir cinq à six jours, au pain et ù l'eau , la première fois, et en récidive ce serait le cas de les déférer au procureur du roi *. »
Il paraît que les prisons étaient devenues des auberges trop hospitalières pour les mendiants et les petites dames. On leur fournissait de la soupe et du vin. Aussi l'intendant faisait-il remarquer que certains vagabonds y avaient séjourné plus d'un mois '.
* Li*Urt»s iW rinleihlaiit aux consuls de Toulon. Arch. coniin. Srric llB. art. l-tO. Le.itrcs «1rs 4 tl 22 juin 1782.
' « Jai observe par IKlnl, que plusieurs de ces mendiants ont (^tëd^'tonus
dans les prisons plus d'un mois Il ne faut retenir les mendiants que
trois <ju quatre jours . en ayant attention de ne leur faire donner que du pain et de leau , au lieu de la soupe et du vin. » (Lettres du 4 et du 26 juin 1782.)
70 LES nUES DE TOULON.
Les Toulonnais, voyant avec plaisir que la municipalité (.Hait parvenue h débarrasser la voie publique des mendiants et des filles prostituées, adress(>reiit une pétition aux consuls pour obtenir le renvoi , hors delà ville, des chaudronniers et de quehiues autres industriels dont les marteaux retentissants rendaient certaines rues inhabitables. M. de Villeblanche ne pouvait pas ordonner une pareille mesure; mais il "appuya la requête des plaignants , et , par un arrêt du 26 novembre 1781 , la cour d'Aix condamna « les chaudronniers et autres artisans ayant des j)rofcssions bruyantes », ù aller s'établir sous les remparts de la ville.
L'année suivante, les consuls eurent à s'occuper d'une autre réclamation analogue , formulée par les habitants de la rue des Marchands. Le domestique d'un officier, logé dans cette rue , avait la déplorable habitude de jouer du cor et il se livrait à cet exercice agaçant avec une persévérance désespérante^ malgré les plaintes des voisins et les ordres de son maître. M. de Villeblanche crut devoir informer ce dernier, qu'il était responsable des actes de ses domestiques et qu'il se verrait dans la nécessité de l'actionner personnellement, s'il ne parvenait pas ù faire taire cet ennuyeux personnage *. Le domestique prétendait que le cor était son gagne pain et qu'on ne pou-
^ Lettre du 7 septcmhrc 1782 adn ssôe à M ilo Uoi>sinet, capitaine au rég.
! de PiêDiont. Arch. B. 1 12 fui ibd
PLACE d'armes. 71
vait le forcer h y renoncer. C'était probablement un musicien ambulant^ que M. de Boissinet^ capitaine du rovaume de Piémont, avait arraché à ses chères habitudes pour en faire son vaLet de chambre. On eut raison enfin de sa résistance^ mais ce ne fut pas sans peine.
Les questions de personnes et surtout celles qui se rattachent aux préséances ont toujours été la pierre d'achoppement des administrateurs. M. Lantier de Villeblanche subit le sort commun. Il se brouilla ^ sans y avoir mis la moindre intention , avec le parlement d'Aix^ pour ne s'être pas conformé au cérémonial adopté dans quelques autres villes^ à l'égard des conseillers en mission. Mais^ avant de raconter ce mémorable conflit, il est juste de rappeler^ à la décharge du premier consul de Toulon, les diff'érentes circonstances dans lesquelles il s'était montré conciliant et rempli de déférence pour les autorités locales.
Un jour , M. le chevalier de Fabry, commandant de la marine, vint lui dire que les ingénieurs avaient besoin d'une belle pièce de bois d'orme , pour confectionner le second bossoir du vaisseau le Majestueuœ , et qu'il espérait que la communauté voudrait bien offrir à la marine un arbre assez grand pour remplir cet objet. M. de Villeblanche transmit immédiatement cette demande h ses administrés; mais ils répondirent tous, invariablement, que les beaux arbres étaient rares et figuraient trop bien devant leurs bastides, pour songer à en faire hommage à M. le chevalier de Fabry.
Quelques-uns ajoutaient même que le commandant de la marine était un homme difficile et désagréable et qu'ils n'éprouvaient pas le désir de l'obliger *.
M. de Villeblanche^jancien commissaire de marine, connaissait de longue date le chevalier de Fabry et savait qu'il ne fallait pas l'avoir pour ennemi. D'ailleurs , la communauté avait besoin du concours de la marine, pour l'affaire de la nouvelle paroisse et il eut été très impolitique de ne pas tenter au moins de rendre au chef de cette administration le petit service qu'il demandait. Sans hésiter et surtout sans consulter le conseil municipal, M. de Villeblanche répondit ù M. de Fabry , qu'il pouvait choisir parmi les plus beaux arbres des rues et places de Toulon^ et faire couper celui qui lui conviendrait. « La communauté, lui écrivait-il, le 20 décembre 1780, sera enchantée de donner, en cette occasion, de nouvelles preuves du zèle dont elle a toujours été animée pour le service du roi. Aussi, Monsieur, sans aucun égard pour les décorations publiques, si, parmi les arbres épars dans la ville, il s'en rencontre quelqu'un de configuration propre ù vous procurer une pièce aussi essentielle, vous pouvez la regarder comme à votre disposition *. »
Le marquis de Coincy, comniandant la place, adressa, de son côté, une requête non moins embar-
' Voyez Hue Royale^ maison d^' 49, quelques détails sur le caractère do ce brave officier qui , en elTct . n'était pas des plus sympathiques. ' Reg. BB. 112. fol. â03.
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rossante à M. Lantier de Villehlanclie. Il le fit prier par M. de Latour, intendant de Provence^ de lui allouer une indemnité, pour le dédommager du paiement des droits de piquet '. Le premier consul répondit qu'il n'était pas possible d'accorder une sorte d'exemption au commandant de place sans s'exposer à recevoir, le lendemain, des réclamations analogues de la i)art de tous les autres fonctionnaires. M. de Latour insista^ disant qu'il n'avait pas eu l'intention d'engager la communauté à déroger à l'arrêt du conseil qui supprimait toutes les franchises^ mais qu'il serait facile de procurer l'équivalent à M. de Coincy ^ sous un titre différent, soit comme supplément de logement ou de toute autre manière. Et il ajoutait: « c'est ainsi que je l'ai entendu, quand je vous ai exhorté à faire ce i)etit sacrifice i)Ourdes raisons de convenance que vous sentez aussi bien que moi. »
M. de Villeblanche trouva une vive opposition dans le sein du conseil municipal, mais il parvint à faire entendre raison h tous ses collègues, h rexce[)tion d'un seul, M. Turc, qui motiva son refus par écrit. La majorité prît néanmoins la délibération suivante :
« Le conseil, pénétré des bontés et de la protection que M. le marquis de Coincy , lieutenant général des
^ C'était un droit sur les 1 lés portrs au moulin. Pendant très lon^'tcmps h»s hauls funr.tionnuiros , oRîriiTs de Irrre , aHiciers de mari no ri .autres , avaient trouvé le moyen de se fnire exempter de ce droit de consom malien ; mais un arrêt du conseil d'fitat , avait supprimé , en 17C8, tout' s les exemp lions.
armées du roi^ n'a cessé d'accorder à la ville en général et à ses citoyens en particulier, depuis plus de vingt ans qu'il a plu à Sa Majesté de le nommer au commandement de la place, a délibéré, à la pluralité des suffrages, fors M. Turc, qui motivera son opinion ciapr^s, de charger MM, les consuls de faire agréer à ce commandant qu'il lui soit présenté, au nom de la ville et comme bieYî faible remarquage de la reconnaissance de ses habitants, à l'époque des fêtes de la Noël de chaque année, un quintal de bougies pour l'usage de sa maison *. »
M. Turc, juge honoraire et très ferme observateur des lois et règlements , motiva son refus sur l'art. VI d'une déclaration du roi, du 16 décembre 1764, qui prononçait la nullité de toutes délibérations relatives à des dons ou gratifications. — M. de Latour ne tenant aucun compte de cette opposition, approuva la délibération du conseil municipal. M. de Villeblanche fit porter immédiatement , chez M. le marquis de Coincy, un quintal de bougies, qui coûta h la commune 210 livres.
A la même époque, M. Lantier de Villeblanche eut à se disculper d'un défaut de surveillance à l'égard de certains marchands, qui n'observaient pas les fêtes et les dimanches. « Il n'est jamais venu à notre connaissance, écrivait-il à l'intendant, que des marchands de Toulon aient ouvert leurs boutiques, pour vendre les jours de fête et les dimanches. Les consciences timo-
' Délib. du i décembre i782. fol. 237.
rées qui ont cru devoir vous donner cet avis eussent beaucoup mieux fait de nous en informer tout de suite^ pour faire punir les contrevenants de manière à leur ôter l'envie de récidiver. Nous en avons usé de même envers un détailleur de blé, qui prenait sur lui de vendre les jours de fête. — M. de Villeblanche fut moins heureux vis-ù-vis du parlement, qu'il mécontenta dans la personne d'un de ses membres.
Le mardi, 14 mai, M. de Ramatuelle, conseiller à la cour d'Aix^ vint à Toulon; il était chargé d'une mission , et avait par conséquent un caractère officiel. Les consuls attendaient qu'il leur fît connaître son arrivée pour lui rendre visite. Avertis, le jeudi soir^ qu'ils seraient reçus le lendemain matin; ils se présentèrent à l'heure indiquée; mais le conseiller, qui était en habit de ville ^ ne leur fit qu'un «demi accueil »; quand ils se retirèrent^ il ne les accompagna que jusqu'à la porte de la chambre , tandis qu'il avait accompagné les officiers de la sénéchaussée jusqu'à la porte de la rue.
M. de Ramatuelle rendit leur visite aux consuls à l'instant même. Mais ici il convient de laisser la parole à M. de Villeblanche , rendant compte à M. de Latour^ intendant de Provence et premier président du Parlement^ des circonstances du conflit que fit naître l'exi— gence du conseiller.
« Nous retournâmes à l'hôtel-de-ville , où M. de Ramatuelle arriva quelques minutes après nous. Il s'arrêta à la porte d'entrée de l'hôtel et se fit annoncer
par son garde. Nous nous revêtîmes aussitôt de nos chaperons et nous avançâmes jusque sur le pallier de rcscalier, pour le recevoir et le conduire dans la salle consulaire. Ne le voyant pas paraître nous nous arrêtâmes dans cet endroit et son garde ayant été Tinformer que nous l'attendions , il le renvoya pour nous dire de descendre jusqu'au rez-de-chaussée^ à défaut de quoi, il ne nous verrait point. Nous chargeâmes son message de lui rapporter que nos usages et nos coutumes ne nous fournissaient pas l'exemple de l'excès d'un pareil cérémonial ;.(ju'il ne nous appartenait en aucune façon d'y rien innover et (pie quelque llattés que nous puissions être personnellement de l'honneur de sa visite, il ne nous était pns i)0ssihle de rol)tenir au prix qu'il y mettait. N'ayant plus vu revenir le garde ^ après nous être assurés qu'il s'était effectivement retiré , nous rentrâmes dans la salle consulaire pour reprendre nos occupations journalières *» M. de Latour, toujours très affectueux pour les consuls de Toulon, et qui, dans toutes les circonstances leur avait prêté un appui bienveillant, n'hésita i)as à leur donner tort. Sa réponse témoigne de l'importance extrême que l'on accordait encore , à cette é])oque si voisine de la Révolution , aux questions d'étiquette et de préséance. « Quelque favorablement disposé que je sois pour tout ce qui peut vous intéresser, leur disaitil, dans une lettre entièrement écrite de sa main , je ne
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saurais approuver la conduite que vous avez tenue; en sui>posant vos prétentions les mieux établies^ je n'aurais pas halancê, h votre j)lacc, de descendre Tescalier pour recevoir M. de Ramatuelle que vous saviez en bas. Vons lui auriez fait valoir vos usages et cette démarche n'aurait pu vous nuire en aucune manière. Tous les consuls des villes principales de la Provence, comme Arles et Tarascon, n'ont foit aucune difficulté d'aller recevoir ù la porte MM. lea conseillers au parlement qui venaient les visiter. Je serais lâché qu'il en résultat quelque désagrément pour vous , tandis qu'il vous était si facile de le prévenir et de l'éviter *. »
La commune de Toulon, qui avait en ce moment plusieurs procès en appel , et qui venait de souinottre à l'arbitrage de deux présidents une prétention soutenue par M.deMagalon, avocat général, au sujet de la jouissance des eaux de la ville , avait tout à ci^aindre , en effet, du ressentiment des membres d'une cour dont la fierté et la susceptibilité n'étaient que trop connues. Aussi M. de Villeblanche essaya-t-il d'obtenir l'appui de M. de Latour qui , en sa double qualité d'intendant et de premier président et par son influence personnelle, pouvait ramener le parlement à des sentiments moins hostiles. Il lui écrivit une longue lettre, pour lui expliquer , qu'avant 1702 les consuls n'avaient jamais rendu de visite aux conseillers ; que , depuis 80 ans , aucun consul n'était allé recevoir ù la porte de l'hôtel
' Lettre du 28 mai 1782 Série BB. art 140.
de ville les membres du parlement; et qu'il se serait exposé au mépris de ses concitoyens , s'il n'avait pas soutenu les prérogatives municipales que tous ses prédécesseurs avaient su faire respecter. Cependant , en terminant, il lui disait: « veuillez bien nous juger vous même , Monseigneur; si vous nous condamnez , entraînés par la confiance que nous avons en vos décisions , nous nous avouerons coupables. »
M. de Latour ne répondit pas et laissa tomber Fincident; mais j'ai pu me convaincre, en voyant les conclusions de certaines instances, que Messieurs du parlement n'avaient point pardonné, aux bourgeois de Toulon , la raideur de leurs magistrats municipaux, qui n'avaient pas su s'incliner suffisamment devant les représentants de la cour souveraine.
A la fin de 1782 , M. Lantier de Villeblanclie quitta leconsulat, après avoir vu ses pouvoirs prorogés exceptionnellement pendant trois ans *. Il fut réélu premier consul, en 1788, et présida, en cette qualité, l'assemblée générale de la communauté, du 2 décembre, dans laquelle furent émis, sur sa proposition, les vœux suivants , relatifs à la convocation des états généraux: 1° Que le nombre des députés de la Provence soit proportionné ô la masse de ses impositions; 2^ que le
^ Les charges municipales étaient soumises à une élection annuelle , mais le roi s'était réservé le droit de suspendre les élections et il avait prorogé , Jusqu'en 1783, les pouvoirs des consuls de Toulon, élus en 1780, afin de leur permettre do terminer Taflalre relative à la construction de la nouvelle paroisse.
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tiers état fournisse des députés au moins en nombre égal à celui des deux autres ordres réunis; 3° que la charge des impots soit répartie également sur les trois ordres, le tiers ayant jusqu'à ce jour porté le plus grand poid des impôts, etc., etc. »
Malgré son dévouement pour la cause populaire , M. de Villeblanclie subit les rigueurs de la Révolution. Sa maison fut dévastée et lui même courut les plus grands dangers. Il s'était réfugié h rhôtel-de-viTe où les émeutiers vinrent le chercher. « Les émeutiers, lisons nous dans un document ofiRciel , ayant soupçonné que les sieurs Lantier et Beaudin pouvaient bien être cachés dans la petite chambre , se portèrent avec fureur vers cet endroit , en brisèrent la porte , et en ayant arraché les sieurs Lantier et Beaudin presque mourants , ils exercèrent sur leurs personnes toutes les horreurs imaginables. Le sieur Lantier s'étant échappé des mains de ces furieux , prit retraite dans le secrétariat et se cacha dans un petit cabinet masqué par la tapisserie. Quelques-uns de ceux qui l'avaient excédé se portèrent au secrétariat, enfoncèrent la porte du cabinet dans lequel le sieur Lantier s'était caché , l'en arrachèrent avec violence , le renversèrent par terre , le foulèrent aux pieds et l'accablèrent d'injures et de coups *. »
M. Lantier de Villeblanclie, élu plusieurs fois par
^ Procêi'Verhal de$ évènementi du 93 man i789^ dressé par les consuls de Toulon , à la reqaéle du parlement d'Alx.
SOS concitoyens aux fonctions honorables de premier consul, avait toujours administré les aiîaires de la commune de Toulon avec un dévouement éclairé ; c'était d'ailleurs un homme doux et conciliant; il n'avait donc rien fait pour exciter la haine populaire. Il disait , lui ihême , deux mois après cette scène : « je n'ai jamais fait que le bien de la communauté , et on n'a (pi'ù ouvrir les roLçistres pour s'en convaincre. J'ai augmenté ses revenus annuels de plus de 40,000 livres, sans Tétalilissement d'aucun impôt; mais bien par la suppression de quelques abus dont aucun de mes prédécesseurs n'avait osé entreprendre la destruction*. »
Un écrivain consciencieux, très bien renseigné sur les événements de cette époque , suppose que les personnes qui avaient eu à souffrir de la suppression des abus dont parle M. Lantier de Villeblanche , n'étaient pas restées étrangères aux excès auxquels la foule aveugle s'était portée vis-ù-vis de cet administrateur.
Ce qui a pu donner quelque crédit à cette supposition , c'est que parmi les industriels les plus atteints par les réformes opérées par M. Lantier, se trouvaient lies maçons, et que l'un des premiers attentats des révolutionnaires eut pour objet le pillage et un essai de démolition de la maison de l'ancien consul, de celle de son secrétaire, M. Baudin^ et de l'hôtel de la préfec-
^ Voir la leltre de M. de Villeblanche dans IHiitoire de Toulon , publiée par M. Henry. T. i, p. 49.
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-turc maritime. Or qui , plus que les mnçoris , avaient intérêt à détruire pour réédifier. Ils ne pouvaient pardonner d'ailleurs à M. de Villeblanche , d'avoir fait annuler, par la cour d'Aix, un article de leur règlement^ en vertu duquel le corps des maîtres maçons prélevait un droit de un pour cent sur les travaux communaux effectués h l'entreprise '.
La maison de M. Lantier de Villeblanche a été successivement possédée^ depuis la Révolution , par M. Chaubry , trésorier delà guerre, par M. Thaneron , capitaine de vaisseau , et par M. Caire (Simon) , propriétaire actuel.
Pendant 15 ou 20 ans, le premier étage de cotte ancienne maison a été occupé par la bibliothèque de la ville. Le savant et sympathique bibliothécaire, M. Charles Laindetde la Londe, y avait son logement. Qui de nous (je parle de tous ceux qui aiment les livres), n'a connu et apprécié cet homme distingué , cet aimable érudit? Quant à moi, je ne saurais oublier avec quelle obligeance affectueuse^ il a guidé mes premières recherches sur l'histoire de Toulon. Et quel maître dans l'art de bien dire^ quel causeur agréable! J'ai toujours eu, je l'avoue , un penchant très vif pour la so-
* • Un arrêt qui întcr>int sur notre requête , fit cesser rhumiliante obligation qui résultait d'une délibératio.i prisi>, depuis 70 ans, par le corps des maîtres maçons, laquelle assujettissait au paiement des droits de 1 p. O/q le montant de tous les ouvrages de maçonnerie que la «communauté faisait construire à Fentreprise. » (llap|)ort lu an conseil municipal par M. de Yilleblanche , le 28 décembre 178i.)
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rirt(^d<^s vieillards instruits et commuiiicntifs; mais je n'ai jamais (^coutc'* personne avec pins crinténH qno ce (liii:ne et spiritnel ami, qui avait Ix'anconp lu, heaii— coup vu et beaucoup retenu. Des plumes aussi dévouées , mais plus exercées (jue la mienne ont raconté sa vi(* utile et sans reproche. Je n'ajouterai donc rien A cesquelcjues mots de souvenir , renvoyant le lecteur à la charmante hiofrraphie émue et vraie, publiée par M. Pietra *, et au discours, vraiment remarquable , prononcé sur sa tombe par M. .\udemar, alors maire de Toulon \
Lo Comment drs Pi^/rs de La Merci.
Sur l'emplacement occupé aujourd'hui par les trois petites maisons n^'^ 2 , 3 et 4 , situées derrière riiotel de la préfecture , et par la grande maison de M. Adrien Bourgarel , formant l'angle du Champ de Bataille et de la rue Royale , s'élevait autrefois le couvent des Pt'îres de Notre-Dame de La Merci.
Les Pères de La Merci , voués îi l'œuvre de la rédemption des captifs, étaient venus à Toulon, en 1646. Accueillis avec empressement par la population , ils avaient obtenu de la municipalité la concession d'un ancien hôpital, dit de Saint-Lazare ou de Saint-Ladre,
^ Sii.MOUbTTES Touu»NNAisr:s. {VroQTés du Vnr, du i5 mars I8T0.) ' M. Charii s Laiiaiet de la Loiide , est mort lo i3 octohro 18C9.
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situé près du pont de rEygoutier et s'y étaient installés '. Mais, pendant le siège de 1707, cet édifice ayant été démoli pour les besoins de la défense , ils fun*nt obligés de rentrer en ville , et comme ils n'avaient pas d'asile , Tévèque mit ù leur disposition la plus grande partie du palais épiscopal , où ils demeurèrent pendant plusieurs années; ce ne fut qu'en 1719, qu'ils vinrent s'établir sur le Cbamp de Bataille. Ils construisirent leur couvent sur l'emplacement de trois maisons appartenant, l'une , ?i M. le comte de Sabran ' et les deux autres ô M. François Aguillon *.
' a Nous , Jean Garnier , Antoine Nfai tiny et Antoine Gavot , consuls <1e la ville de Toulon attestons que le 13 mars 1646, suivant délil;ération du conseil de la commune , et ayant été très nécessaire et utile d'établir dans la ville les RK. PP. de i\ -l) de la Merci, de la rédemption des captif* rhrétiens, pour être la plus grande partie du peuple adonnés et sujets à la navigition, dont aucuns tombent bien souvent dans les mains d< s Turcs, qui les font esclaves et les traitent fort mal , nous être transportés le même jour à la maison St Lazare, et aurions mis ( t instalhs Irs UR PP. en 1 1 réelle vi actuelle possession de la dite maison , église et jardin , pour y d**meurer et exercer le ministère de leur ordre, et faire 1rs foncticns du racliat des esclaves chrétiens et captifs » (Arch. Série B» art 59 U 416.)
* « Dame Claire Dasque, épouse de messire Nicolas -de Sabran, de-> comtes de Forcalquier , capitaine de vaisseau , vend aux RR PP de U Merci , une maison au Champ de Bataille, et la même qui lui a été donnée en collocation en qualité de créancière de Julien Sénéquier , moyennant 2, 800 livn s. » (Acledu 3 août 1719.)
' • Le sieur François Aguillon vend aux Pères de La Merci , moyennant 48,400 livres, deux maisons situées au quartier neuf, une , faisant coin au (Ihamp de Bataille , et une autre jointe à eelle-ci ; lesquelles fur'^nl l^àties par le sieur César Aguillon son père , qui acheta le U rraiii d • M de \a\}\ ré ,
i Ll'.S HLKS DE TOI LON.
Dans ce nouvel établissement, comme dans leur ancien couvent, les religieux de La Merci n'eurent qu'une seule pensée , qu'un seul objectif, racheter le plus grand nombre possible d'esclaves chrétiens. Et, malgi'é les dangers auxquels ils étaient sans cesse exposés , malgré les plus cruels traitements que les Turcs leur faisaient subir ', au prix même de leur liberté, ils poursuivaient l'œuvre admirable du rachat des captifs et méritaient le beau titre des Pères rédempteurs que le peuple leur avait décerné.
Quelle émouvante histoire n'écrirait-on pas avec les traits de dévouement accomplis par ces courageux missionnaires ! Combien de mères désolées vinrent tour à tour , dans le couvent du Champ de Bataille , implorer leur secours, et combien en sortirent consolées î car , ces religieuXj vraiment animés de l'esprit de charité , parvenaient toujours à briser les fers des malheureux qu'on leur signalait, dussent-ils les remplacer eux-môme dans les bagnes. Le fondateur du couvent de Toulon , le R. P. Brugières leur en avait donné l'exemple. Retenu en otage à Alger, en 1644, il y était encore en 1647 , quand le roi Louis XIV
intendant de la marine , par contrats des 26 n ars li>96 , 3 janvier 1097 et 3 mai 1699, not Arnaud. » (Acte du 9 juin 1717.)
^ t Qu<'lqoes menus gens de la populace , lisons nous dans le coniple rendu d*une mission des religieux de cet ordre, les traitaient avec outrage , les poussant et tirant par leurs habits . leur crachant au visage, et entreprenant de leur arracher les poils de la barlie. > Récit rériiMt. etc Revue
DE MaHSKILLE et DE PROVENCE . p. 525.
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adressa la circulaire suivante à tous les évêques, pour obtenir, de la charité des fidèles , la somme nécessaire à son rachat.
« Les religieux de Notre-Dame de la Merci, disaitil , firent une rédemption en Tan 1644 , dans la ville d'Alger en Barbarie , d'où ils retirèrent et menèrent en notre ville de Toulon 184 français, mes sujets, desquels 53 avaient été pris sur un vaisseau de mon armée navale , et^ parce que les dits religieux n'avaient en main la somme requise pour le rachat d'un si grand nombre d'esclaves, ils laissèrent en otage au dit Alger un de leurs religieux , nommé le P. Brugières , pour la somme de 37,500 livres , laquelle n'étant encore payée , les Turcs d'Alger font souffrir beaucoup de tourments au dit religieux^ pour la délivrance duquel j'ai cherché plusieurs moyens. Mais comme il n'en a pas été proposé de plus facile que de permettre une quête extraordinaire par toutes les villes de mon royaume , je vous écris celle-ci , par l'avis de la reine régente madame ma mère , pour vous dire que vous avez à faire exhorter, parles curés et prédicateurs, les peuples de votre diocèse , de contribuer à cette bonne œuvre , m'assurant de votre piété que vous contribuerez de tout ce qui dépendra de vous pour faire réussir la délivrance de ce bon religieux. »
M. le docteur Lambert , dans une excellente notice intitulée : U œuvre de la rédemption des captifs à Toulon y s'étonne, avec raison, qu'on ait attendu trois ans pour s'occuper de la délivrance du père Brugiè-
ros *. Cot oubli est d'autnnt plus singulier que, parmi les esclaves rachetés , se trouvaient un grand nombre de marins , appartenant à « l'armée du roi » et qu'à cette époque, malgré le désordre des finances, la France payait cent millions d'impôts *, sur lesquels Louis XIII aurait bien pu prélever, sans recourir à une souscription publique, 37,000 livres, pour délivrer le [)ére Brugiôres.
Pendant longtemps, l'œuvre de la Merci recueillit assez d'aumônes pour effectuer de nombreux rachats; mais, ensuite , la charité privée , excitée par d'autres malheurs plus voisins et plus pressants en quelque sorte , s'éloigna des pères rédempteurs pour secourir les pauvres qui étalaient leur misère dans les rues. D'autres établissements , récemment créés et ayant l'attrait de la nouveauté, appelèrent h eux les ressources de la charité ; le bureau de la miséricorde, notamment , fondé vers le milieu du XVIII* siècle, eut bientôt des revenus suffisants pour faire construire un hôpital et une chapelle; il centralisa presque tous les secours et reçut même des legs ayant pour objet la rédemption des captifs. D'ailleurs, l'initiative privée avait plus d'énergie et plus de ressources ; des assurances maritimes s'étaient formées pour racheter les
* Rëtue de Provence. Année 1864. — Vœuvre de la rédcmpiion dei cap^ Hfi à Toulon.
' FORBONNOis. •— Recherchée 9ur la financée de la France depuis 1595 jusgiiVtt i7Si T. i,p. 2Ô0.
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navigateurs , qui tombaient au pouvoir des Algériens. Les pères de La Merci connprirent qu'ils n'étaient plus d'aucune utilité à Toulon , et n'hésitèrent pas à céder leur couvent à la marine, en échange d'une petite pension viagère, qui leur permit de finir leurs jours dans le repos et la prière. — La pension du commandeur de Tordre, le R. P. Joseph de Beaussier, fut fixée, comme celle des autres religieux , à 400 livres *.
Leur couvent servit d'entrepôt pendant quelques années ; mais quand les grands établissements , que l'on construisait dans l'arsenal , furent terminés , la marine céda cet édifice à la municipalité , sous la condition, parcelle-ci, de démolir l'église que l'on essayait d'élever sur le Champ de Bataille depuis près de 80 ans.
Dès que l'administration municipale eut pris possession de l'ancien couvent des pères de La Merci , elle s'empressa d'y installer les Carmes déchaussés et d'offrir le couvent de ces derniers aux pères Capucins, qui venaient d'être expropriés à leur grand regret.
' c Le 3 août 1773, M de Guendreville , intendaDt de la marine , agissant en vertu d'un arrêt du conseil d'Ftat du i^ juillet, passa, au nom du roi, avec les religieux de la Merci , un acte par lequel ceux ci lui cédèrent , en retour de 400 livres de pension viagère pour les 7 pères et de ÎOO livres pour le frère , qui composaient en ce moment la communauté , leur église , maison et dépendances, i (Lcsuvre de la rédemption dei captifi à Toulon par le docteur G. Lambert). **
En 1707 , au moment où venait d'être cj'éée la place d'Armes , la maison n° 9 appartenait à M. Josué de Simonet de la Grossinière , capitaine de vaisseau ", qui l'habitait avec sa femme, Anne de Grion. — Leur fille, Anne de Simonet, épousa, le 10 août 1726, M. Annibal de Chabert, officier de marine , fils de Gaspard de Chabert , lieutenant de vaisseau et de demoiselle Jeanne de Burgues.
Annibal de Chabert de Burgues (il avait ajouté à son nom Celui de son beau-père) , mourut le 11 octobre 1744, d'une fiùvre épidémique , qui faisait les plus grands ravages à Toulon *. Il laissa un fils : Michel Annibal de Chabert de Burgues , co-seigneur de Léry, qui épousa M"® Anne Marguerite Chapelle.
De ce mariage sont nées trois filles : 1° Marguerite^ qui apporta en dot à son mari , Charles-Marie Vidal ,
^ Les maisons n«* 6, 7 el 8 ont leur enlrc principale diins la rue Royale.
' II fut nommé gouverneur de la ville de Castellane , le 11 août 1711. (Arch. comra., papiers de famille .art. 11).
' En annonçant au Ministre de la marine, le 13 octobre 1744 , que cet officier était mort des fièvres régnantes, M. Levasseurde Villeblanche , iotendant de la marine , lui disait : « Ceux qui n>n meurent pas ont des convalescences très ]un<;ues, les trois quarts de la ville en ont été affligés. (Vrchives de la préfocture maritime.;
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la seigneurie de Léry; 2^ Marie j mariée le 26 juillet 1773, à M. de Venel, lieutenant de vaisseau ; 3^ Sophie, qui légua la maison n° 9, le 28 octobre 1851 , à M. Vidal de Léry , général de brigade , son neveu , à M"° de Venel , sa nièce , et à M. le baron Godinot , son petit neveu; lesquels l'ont vendue , le 9 avril 1857, à M. le docteur Turrel.
En résumé , cette maison est restée dans la même famille pendant un siècle et demi. C'était l'usage, avant la Révolution , de ne pas aliéner les biens patrimoniaux; nous en rencontrerons de nombreux exemples dans les autres rues.
La maison n° 9 mérite d'être signalée à un autre point de vue; elle a été le berceau d'un peintre de grand mérite, qui fait honneur ù notre ville : M. Charles Emile Vacher de Tournemine y est né en 1814.
Le Musée deToulon possède une des œuvres les plus estimées de M. de Tournemine : un très beau paysage qui a figuré, à l'exposition de 1865, sous ce titre : Rue conduisant au ba^ar de Chabran—el—Kebir.
Il n'est pas hors de propos de consigner ici l'opinion émise sur les œuvres de notre compatriote, par M. Ernest Chesnau , le savant critique du Constitutionnel. « Je ne connais pas beaucoup de tableaux plus aimables , plus agréables à regarder et à posséder , écrivait-il le 15 juin 1865, que ceux de M. de Tournemine. On ne se fatigue point de les voir, parce que le peintre, amoureux de son art , jette à profusion dans ses œuvres une multiplicité , un fourmillement de détails
d'une exécution spirituelle , qui soutiennent et retiennent l'attention. L'impression de ces paysages d'Orient est toujours vivace et toute pleine d'émotions gracieuses, on sent, en présence de ces toiles, ce que le peintre a senti en présence de la nature, et c'est là le privilège de l'artiste intelligent et conscient de ses propres émotions , il nous impose comme une réalité les transformations que subit le réel à travers son imagination. »
La maison n° 10 a presque toujours été possédée ou occupée par des officiers de marine. En 1707, elle appartenait à la veuve d'un officier supérieur , M™® de Ligondès , qui l'avait louée h M. le commandeur de Bethune de Selle , filleul de Louis XIV '.
Depuis 1759 , jusqu'à la fin du siècle , cette maison demeura dans la famille des de Cuers de Cogolin , qui a fourni à la marine de nombreux officiers de plume ' et d'épée. Après la Révolution, elle a appartenu, il est
* Propriétaires actuels : les héritiers de M. Barry , lieutenant de vaisseau ' Dénombrement de la population , efïeciué en i707.Reg. CC 50. fol. Î89.
Histoire de Vordre de Saint-Louis par Mazas et Théod. Anne T. 2, p. t(»8. ' Avant la Révolution, on appelait ainsi les employés et officiers du com
missariat de la marine.
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vrai, à un négociant, M. Louis Cadière , mais la marine y avait ses grandes entrées. M"™® Cadière , femme très aimable et très galante, avait un faible particulier pour les jeunes officiers , qui remplissaient ses apparments du matin au soir. Affligée d'un énorme embonpoint * , elle sortait peu et recevait volontiers. On faisait la partie chez elle.
La chronique s'occupa beaucoup de cette dame, dont le nom rappelait d'ailleurs un procès scandaleux. Son mari était le neveu germain de la trop célèbre Catherine Cadière , qui accusa le père Girard , supérieur des jésuites , de l'avoir ensorcelée '.
MAISON NMl ».
Réédifiée depuis un an, cette maison^ si bien divisée , si fraîchement décorée, ne rappelle en rien la très modeste demeure de l'humble famille de travailleurs, qui la possjda pendant plus d'un siècle. — Pierre Aycard , maître poulieur en était propriétaire en 1698 ;
' « Vous riez à Taspect de cette femme énorme < D'un vaste monument , ruine trop informe, i
(Galerie des Dames de Toulon M» de i809.) ' Le père de Catherine Cadière possédait la maison située rue Royale n*' 81, qui appartient encore aujourd'hui A M"** Saurin , héritière des MM. Cadière. V. cette maison pour les détails du procès. ' Propriétaire actuel: M. Victor Fauchier.
son fils , son petit fils et son arrière petit fils , tous poulieurs ou charpentiers y demeurèrent. Elle était indivise , en 1770 , entre Alphonse Aycard , charpentier et la veuve de Julien le poulieur. Le fils de cette dernière, Louis Julien , maître charpentier , y mourut le 19 mai 1804.
Vers les derniers temps de sa vie , M. Louis Julien avait acquis une certaine fortune ; il était consul général de Gênes et vivait fort honorablement. Son fils , Claude-Nicolas Julien, élevé avec soin fut un homme distingué. Il est mort, le 28 décembre 1852, âgé de 89 ans , dans la maison située sur la place Blancard , où est aujourd'hui la librairie Monge et qui appartenait à M™® Julien, fille de M. Pons Arnoux, pharmacien de la marine.
MAISONS N" < 2 ET 18 (bis). «
L'emplacement de ces deux maisons était occupé autrefois par des greniers à sel. M™® de Bideau , veuve d'un officier de marine , qui en était propriétaire en 1728, possédait, en outre, la grande maison de la souspréfecture (rue Royale n^ 51), dont le jardin , situé dans la rue Possel , venait joindre la cour et les dépendances de l'immeuble du Champ de Bataille.
^ Propriétaires actuels : MM. de Mérona et Vincent.
L'ouverture de la petite rue Possel remonte à cette époque. On l'appela d'abord la rue de la Gabelle du sel * , ^t > pïus tard ^ quand le jardin et la maison de la sous-préfecture devinrent la propriété de M. de Possel , commissaire ordonnateur de la marine *, on lui donna le nom de cet administrateur.
M. le contre-amiral Duquesne et ses héritiers possédèrent les greniers à sel, depuis 1759 jusqu'à la Révolution. Le 9 prairial an XI, le citoyen Pierre-Michel Ravel , aubergiste, s'en rendit acquéreur et les revendit, le 2 mars 1807, à M. le comte Edouard Thomas de Burgues de Missiessy , alors contre-amiral.
M. de Missiessy , qui naviguait et qui vint ensuite occuper à Toulon les hautes fonctions de préfet maritime, ne prit pas grand soin de cet immeuble, dont une partie servait de corps de garde à l'état-major de la place ; l'autre partie était louée à tous les saltimbanques de passage.
Ce ne fut que vers la fin de sa vie , en 1834, que M. le vice-amiral de Missiessy songea à tirer parti de ce grand emplacement. Il y fit bâtir deux mai^ns , qui étaient à peine achevées, lorsqu'il mourut , âgé de 80 ans, le 24 mars 1837.
L'une de cesnriaisons, portant le n° 12, appartient à M. Tissot de Mérona , petit fils , par sa mère , de l'amiral de Missiessy.
' V. ipRej;. (lu cndaslrc de 1728 fo'. :215