V. IXue Hoyale , mais m n® "ï
La maison n® 12 bis a été vendue en 1841 , h M. Tingénieur Antoine Vincent, jjar la seconde fille de l'amiral , M*"* Jeanne-Marie de Missiessy , épouse de M. Rivoire , comte de la Tourrette.
Ces deux maisons, quoique appartenant à deux propriétaires diflFérents , sont encore réunies en grande partie. Ainsi les magasins sont loués à M. Moulard, restaurateur, et le deuxit'^me étage des deux maisons est occupé par le cercle de la Méditerranée.
Fondé depuis tros peu d'années, ce cercle compte déjà plus de 300 membres *. Il est installé si non avec luxe, du moins avec beaucoup de confortable. Ses fondateurs ont fait une large part à la bibliothèque et ont prouvé leur bon goût littéraire par Texcellent choix des ouvrages qui la composent.
Le président du cercle de la Méditerranée, où règne la plus parfaite cordialité , est lui-même un des hommes les plus sympathiques de Toulon. M. Jordany, très connu et très aimé , relève par un esprit charmant l'austérité de sa profession.
La maison n° 13, où nous voyons depuis longtentps déjft un magasin de musique, a été construite vers
* Sa fondation remonte à rannée 1864. H a été successivement présidé par MM. Gras , Bourgarel et Jordany ' Propriétaire : M"'* veuve Gourier , née Delacquis.
PLACE d'armes. 95
1698, par un maître forgeron, le sieur Pierre Escallon; le fils de ce dernier la vendit à M. Turc, négociant , et aujourd'hui encore l'arrière petite fille de M. Turc , en est en possession*. — Cette maison, depuis 174 ans , n'a donc appartenu qu'à deux familles. Dans un siècle combien de fois aura-t-elle changé de propriétaires ? Nous sommes loin de l'époque où l'enfant aimait à vivre là où son père avait vécu , dans la maison où il était né lui-même , où chaque pièce, chaque meuble lui rappelait un souvenir personnel ou une tradition de famille.
Avant d'être affectée à des bains publics , la maison n^' 14 était une charmante habitation, avec cour et jardin, que M. de Riez, procureur du roi à la prévôté , s'était fait bâtir en 1698; après lui, elle fut successivement possédée par M. d'Honoré , capitaine de vaisseau, M. Jeoffroy, directeur des fermes et MM. Lambert et Bouquet , officiers de marine. — M. Caillemer,
' M. Turc, négociant , eut un flls, ju^e royal, dont il sera parlé à la rue de TArsenal n* 3i. Le fils du juge laissa la maison du Champ de Baiaille à sa fille Marguerite Geneviève, qui épousa, le 6 nivôse an XI M. Aimé Delacquis. médecin. La propriétaire actuelle est la fille de ce médecin .
' Propriétaires : les héritiers de M. le curé Richard.
commissaire général de police, l'acheta de ce dernier , le 18 avril 1813.
M. Caillemer était venu à Toulon , en 1803; il avait remplacé un M. Pérard, qui n'avait pu s'entendre avec les autorités municipales.
M. Pérard était un de ces terribles gardiens de la tranquillité publique, qui font plus de bruit que de besogne et qui, sous prétexte de ramener Tordre dans l'Etat, mettraient volontiers tous les citoyens sous les verroux. Le caractère de ce fougueux fonctionnaire se révèle tout entier dons une lettre qu'il écrivit , le 12 janvier 1801 , au maire de Toulon , M. Martelli Chautard , pour lui signaler plusieurs vols et se plaindre de la négligence apportée par la garde nationale dans le service de la sûreté publique.
« Citoyen maire , lui disait-il, je vous ai dit et redit à l'ennui, je vous ai répété hier que si vous ne vouliez pas veiller à la sûreté de vos concitoyens , en vous conformant aux lois sur la garde nationale, il arriverait Nécessairement des malheurs. — Vous ne m'avez pas écouté et vous avez continué à encourager la négligence : — Les malheurs prédits arrivent. — Avant hier , un voleur s'est introduit rue Cicéron (rue des Beaux Esprits), dans la maison Déchainet; cette nuit, on a dévalisé entièrement un magasin rue de l'Egalité (rue de l'Intendance).
« Je n'ose croire que quelque raison particulière vous ait déterminé à favoriser ces événements affreux, mais je ne puis vous laisser ignorer que vous en de-
PLACE d'armes. 97
venez le complice , par votre mauvaise volonté. — Si demain , je n'ai pas de vous une réponse à mes sollicitations, si vous ne faites pas enfin ce que vous devez pour la sûreté de vos concitoyens , si vous persistez à abandonner leur propriété à la rapacité des brigands , je vous préviens que je vais vous dénoncer au gouvernement , à la France entière , et particulièrement aux habitants de cette malheureuse commune. — Pérard.»
Avec un pareil homme , les conflits ne pouvaient que se multiplier, et^ en effet , il en faisait naître un ou deux chaque jour. « Je vois avec une nouvelle peine, — écrivait le Préfet du Var, M. Fauchet, à M. Martelli- Chautard, le 2 février 1801, — les altercations qui s'élèvent journellement entre vous et le commissaire général de police. Votre lettre, du 9 pluviôse , me fait pressentir que Tévasion des détenus si elle avait lieu , devrait lui être imputée ; de son côté , il rejette tous les risques sur votre responsabilité. »
Les relations entre le maire et le commissaire général continuèrent à être des plus désagréables. Voici , entr'autres une lettre de M. Pérard , qui est un vrai modèle d'impertinence :
« J'ai reçu , citoyen maire , votre invitation à nos concitoyens, et je l'ai revêtue de mon visa.
ce Recevez mon conipliment sur l'attention que vous avez eue de vous occuper de ce qui me regarde , et d'ordonner ce que je fais faire journellement.
ce Ce soin , étranger ù vos fonctions et à vos devoirs me fait espérer qu'un jour vous vous donnerez la peine
100 LES RUES DE TOULON. i
cien fonctionnaire , qui porte vaillamment un grand nombre d'années et qui a connu M. Caillemer, me racontait dernièrement comment s'y prenait ce commissaire général, pour se débarrasser d'un adversaire* de son gouvernement. »
M. B... avait alors une vingtaine d'années. Il se promenait sur le Champ de Bataille avec un aspirant de marine et un sous-lieutenant de hussards , nommé Boisquet, qui avait manifesté, dans quelques circonstances, un certain mécontentement; il disait, sans trop se gêner, ce qu'il pensait de l'Empereur, à propos des dernières guerres; mais , en somme , ce n'était pas un conspirateur , et ses jeunes compagnons de plaisir , flânant avec lui , sous les fenêtres des dames de leurs pensées, étaient bien loin de s'occuper de politique, lorsque M. Caillemer, sortant de chez lui, (il demeurait avons nous dit, dans la maison n^ 14), s'approcha d'eux et, frappant sur l'épaule du sous-lieutenant de hussards le pria, avec un aimable sourire, de le suivre dans son cabinet. — M. B. . . et l'aspirant de marine attendirent en vain le retour de leur ami. Après une heure de promenade^ ils se séparèrent avec l'espoir de se trouver tous réunis le soir chez l'un d'eux. Mais la soirée se passa et la journée du lendemain , sans qu'il leur fut possible de rencontrer M. Boisquet. — Très inquiet sur le sort de ce jeune officier , M. B. . . eut la pensée de prier son père , qui était reçu chez le commissaire général, de lui demander des nouvelles de M. Boisquet que l'on n'avait plus revu , depuis le moment oCi il
PLACE d'armes. 101
l'avait appelé dans son cabinet. M. Caillemer lui répondit que ce jeune homme causait trop volontiers , et que , dans son intérêt, il l'avait envoyé au fort Lamalgue , où il aurait le loisir de parler politique avec les murs de sa petite chambre , sans troubler l'esprit des paisibles Toulonnais, qui ne demandaient qu'à vivre en paix sous le meilleur des gouvernements. Du fort Lamalgue , Boisquet fut expédié en Corse , et y demeura sous la surveillance de la police jusqu'à la Restauration *.
La jeunesse toulonnaise se tint pour avertie , elle évita d'appeler l'attention de ce grave fonctionnaire qui, sans éclat, simplement, en faisant un signe, pouvait vous envoyer à cent lieues, ou vous faire enfermer dans un fort, quand il le jugeait à propos, dans l'intérêt de S. M. l'empereur et roi. Mais il faut ajouter, pour être juste, que ces arrestations arbitraires étaient rares et que M. Caillemer n'y mettait aucune passion personnelle. C'est ce qui explique l'estime générale dont il jouissait, tout en inspirant une certaine terreur. Les anciens Toulonnais n'ont pas oublié avec quel respect empressé, dans lequel se mêlait peut-être un sentiment de crainte , tous les passants saluaient M. le commissaire général ; les boutiquiers eux-mêmes , venaient sur le seuil de leurs portes pour avoir
^ J'ai entendu raconter qus le même commissaire général avait envoyé au fort Lamalgue un ecclésiastique , H. Tabbé Desmazures , qui avait fait , en chaire» une critique trop sévère des actes du gouvernement.
riionneur de lui prése:iter leurs devoirs; ils étaient bien aise de demeurer en bons termes avec le représentant de S. M.
M. Caillemer s'était créé quelques amitiés fort honorables ; il avait été reçu membre de l'académie de Toulon , et il en était président en 1813. L'année suivante, quand la loi du 10 avril, eut supprimé les fonctions de commissaire général , il écrivit au maire , M. Trulet, une lettre, qui témoigne des bonnes relations qu'il avait su conserver avec les autorités municipnlos : «je ne (juitterai point Toulon , lui disait-il, sans aller vous exprimer, Monsieur le Maire, cpmbien l(\s relations que j'ai eues avec vous m'ont été agréables, combien je vous serai toute ma vie attaché, parce que j'ni éti» a portée d'apprécier vos excellentes qualités. Au reste , l'absence que je vais faire ne sera que momentanée , puisque je laisse ma famille et qu'il faudra bien que je revienne la chercher^ si je ne me détermine 5 fixer mon séjour en Provence *. »
M. Caillemer ne donna pas suite au projet qu'il manifestait dans cette lettre; appelé bientôt à d'autres fonctions, il ne revint plus à Toulon*. Il vendit sa
' Lettre du 2i avril 1814.
' Pendant les cpnt jours, il fut un des sept lieutenants généraux de police instituas par le décret du 28 mars 1815 —La restauration lui offrit une place de conseiller à la Cour de cassation, dont il avait déjà fait partie en 1791 ; il refusa et se flt modestement inscrire au tableau des avocats près le tribunal di' Saiut-Lô (Mancbe) — Ce ne fut quen 1830 , qu il consentit à tixepter da gouvernement de juillet le titre de Juge de paix du caulon de Tessy. A S4
PLACE d'armes. 103
maison du Champ de Batîûlle^le 18 août 1814 , h M. Antoine Perret , qui la coda, trois ans apr^s , le 15 drcembre 1817, h M™® Henriette Claire Chautard, épouse de M. Jean-Baptiste Richard.
Cette maison a été ensuite habitée par M. le général baron de Beurniann * , qui fut maire de la ville de Toulon pendant 6 ans , du 20 septembre 1840 au 20 septembre 1846; il mourut le 11 octobre 1850.
Le général avait un fîls^ Joseph de Beurmann, qui publia, en 1836, étant capitaine du 55® de ligne, un Traité sur l'infanterie légère '. Ce petit ouvrage rempli d'idées ingénieuses et pratiques, valut à son auteur les félicitations du général Schramm, directeur du ])ersonnel au minist(>re de la guerre, mais on ne songea pas ù lui donner de l'avancement; vingt ans apr^s , il était encore capitaine. Je serais tenté de croire que^ loin de lui être profitable, cette publication fut la cause indirecte de l'oubli dans lequel on laissa ses longs services. Très souvent^ les fonctionnaires civils ou militaires qui livrent leurs travaux h la publicité, sont mal vus et mal notés. Ce n'est pas, assurément, le moyen de relever le niveau de l'instruction dans l'armée ni dans les administrations civiles; mais,
ans, il oci'upait encore cvxw hnm!)le magistrature. Il mourut dans le courant du mois d'octobre 1843 — 11 était né , le 15 novembre 1757 , à Carentan (Manche'.
' Jran Ernest de Beurmann , ne , le 25 octobre 1775, à Strasl)Ourg
' Pans Anselin Jil>raire 1836. 1 vol in-32.
Tusage le veut ainsi. Beaucoup de chefs d'administration sont môme persuadés que , si leurs eniployés étaient trop instruits , le service en souffrirait.
Le 11 avril 1781 , MM. de Villeblanche , Bourguignon et Caire, maire et consuls de Toulon , qui étaient parvenus^ non sans peine^ à faire concéder ù la ville le couvent des Pères Capucins , faisaient connaître à leurs concitoyens, par la voix du crieur public, que les terrains disponibles , provenant de ce couvent et de ses annexes , seraient exposés aux enchères le 23 avril et les l®*" et 10 mai suivants.
Aux jours indiqués , et en présence de M. Laugier subdélégué de l'intendant de Provence, les terrains situés sur la place d'Armes , entre les rues St-Louis et St-Sébastien , furent adjugés , après diverses enchères, à M™® Joyeuse de Lépine et à MM. Romain , Baudin, Manche, La Poype de Vertrieux, d'Evant et de Pézénas , qui avaient fait les offres les plus avantageuses. L'adjudication eut lieu au prix moyen de 80 livres la toise carrée; cependant, le premier lot, à
^ Cette maison , qui portait autrefois le n<> 15 sur la place d'Armes , a son entrée, aujourd'hui, dans la rue Saint-Louis; elle est possédée par M. Tbou* ron notaire.
PLACE d'armes. 105
cause de sa situation à l'angle de deux rues, (place d'Armes et rue St-Louis), fut poussé jusqu'à 100 livres la toise, et resta à M'"^ Joyeuse de Lépine, qui acquit ensuite la petite maison voisine , portant le n*' 1 bis de la rue St-Louis.
Tous les acquéreurs furent soumis aux mêmes conditions générales : 1° construire immédiatement; 2^ se conformer au plan dressé par M. Sigaud , architecte de la province, et approuvé par délibération du conseil du 21 avril 1781 ; 3*^ faire piloter les fondations dans le cas où la nature du sol l'exigerait ; 4*^ ne donner à chaque maison qu'une profondeur de neuf toises^ entre l'alignement de la rue du Champ de Bataille et celui des cours intérieures ; sauf ù ne pas occuper In totalité des 9 toises , mais sous la condition expresse de ne pas dépasser cette profondeur, indiquée du reste par une ligne rouge sur le plan d'alignement *.
De leur côté^ les acquéreurs exigèrent^ de la municipalité, la promesse formelle de ne placer qu'une seule cloche sur l'église en construction. Le conseil ne fît aucune difficulté pour prendre cet engagement : « l'assemblée^ considérant que le désir des acquéreurs sur cet article, se concilie très fort (lisons-nous dans la délibération du 12 mai 1781) avec l'intérêt pécuniaire de la communauté, a unanimement ratifié la réponse déjà faite aux requérants^ à Teffet de quoi elle donne
* Acte de vente du 29 mai 1781 , notaire Girard.
pouvoir à MM. les moire et consuls de souscrire à cette condition dans l'acte de vente. »
D'autres difficultés plus sérieuses surgirent après l'adjudication. Le plan uniforme^ adopté pour la façade^ ne se prétait pas aux différentes combinaisons des acquéreurs. Los uns ne voulaient bâtir que trois étages, d'autres trouvaient les plafonds trop élevés; d'autres , enfin , prétendaient que le couronnement de la façade était trop lourde et que le poids de la construction ferait fléchir le terrain peu solide sur lequel il fallait s'établir.
M. Sigaud, architecte de la province*, auteur du projet, fut chargé par le conseil municipal d'apporter au plan les modifications demandées ; mais , les divers acquéreurs ne s'entendant pas entr'eux, il était impossible de leur donner satisfaction , à moins de renoncer à l'uniformité du dessin , ce qui aurait enlevé ft la façade l'aspect monumental que l'administration tenait ù lui conserver. Tout ce que l'architecte put faire sans détruire l'harmonie de l'édifice , ce fut de réduire la hauteur du quatrième étage. Quant ù la solidité des fondations , il répondit avec raison , que c'était aux constructeurs à prendre les précautions nécessaires pour les asseoir convenablement.
Il y avait , évidemment , dans les critiques adressées au projet de M. Sigaud , une certaine jalousie de mé—
^ Ce fonctîonniiire désigné par rinteiulant, administrateur g(^n<^ral de la province , résidait à Aix .
PLACE d'armes. 107
lier ; car l'un des acquéreurs , M. Pierre Romain, était lui-même architecte et Toccasion était trop belle de faire valoir ses propres talents, au détriment d'un confrère, pour la laisser échapper *. Il dut cependant exécuter le plan de M. Sigaud , qui était bien conçu et auquel nous devons la belle apparence de cette partie du Champ de Bataille.
Vers la fin de 1783, toutes ces maisons étaient construites et la plupart d'entr'elles étaient habitées par leur propriétaires. La première maison^ qui porte aujourd'hui le n° 1 de la rue St-Louis, mais qui s'ouvrait à cette époque, sur le Champ de Bataille, était occupée, en 1790, par M™« Claire de Joyeuse , veuve de M. Jean Denis de Lépine, directeur des vivres de la marine , et par ses deux filles : Sophie et Louise. Cette dernière avait épousé M. le comte Louis Marie de Simony de Broutière, lieutenant de vaisseau, frère de l'abbé Jules François de Simony, qui devint évoque de Soissons.
L'abbé Jules François de Simony , né à Toulon , le 29 juillet 1770, était fils de François de Simony, aide major de la place et de Marie Charlotte d'Astour. Il fut
^ M. Romain fut un d«8 siguataires et peut être Tiospirateur d'une protestation adressée à l'intendant, dans laquelle on allait jusqu'à dire que si la marine faisait faire une plantation sur le Champ de Bataille , c'était en grande partie pour atténuer le m -tu vais effet de celte façade : • Le corps de la marine , autant pour cacher le mauvais goût de ces façades « que pour rendre plus régulière la place à laquelle font face ces maisons , a formé précisément à quatre toises de distance une allée d'arbres qui , dans peu de temps , les couvrira entièrement. * (Archives de Tintendance à Draguignan )
sacré évoque de Soissoiis, le 24 avril 1825, et administra ce diocèse pendant plus de vingt ans *.
Ces Messieurs de Simony étaient quatre frères : le comte Louis Marie , époux de M"® de Lepine , mourut en 1816 , étant capitaine de vaisseau. Il n'avait eu que deux filles : Tune, Louise Victoire , était mariée à M. Amédée Louis Henri Joseph de Gantés , seigneur de Roquefure, officier de marine; Tautre, Françoise, épousa, le 15 janvier 1819, M. de Celles de Montredon, capitaine d'état-major. Le contrat de mariage fut signé dans le grand salon du premier étage de la maison n^ 15^ en présence de M. le marquis de Castellane La Valette , contre-amiral en retraite , et de plusieurs autres personnages.
Un autre frère de l'évêque , M. Charles de Simony , jeune officier de marine, à peine âgé de 18 ans^ fut tué, le 14 octobre 1793, pendant le siège de Toulon.
Enfin, le quatrième frère, M. Louis Victor de Simony , contre-amiral , n'a laissé qu'un fils , le comte Alphonse de Simony encore vivant.
Cette famille est aujourd'hui dispersée. Le comte Alphonse de Simony , a épousé sa cousine , M"® Elisa de Villers et habite le Nord de la France ; le fils de M. de Celles de Montredon, qui a vendu en 1851, la maison du Champ de Bataille à M. Thouron, résidait à cette époque à Marseille; l'autre gendre de M. de Si-
^ Il mourut à Soissons , le 2G février 1849. (Biographie inédite, rédigée par M Tabbè Grisolle , aumônier de la marine.)
PLACE d'armes. 109
mony de Broutiere , M. de Gantés est mort , et son fils , le vicomte de Gantés , vit en Algf^rie^ où il a exercé, pendant plus de 15 ans y avec distinction, les fonctions de sous-préfet. Je suis bien persuadé que le jeune fils de ce dernier, élève du lycée de Toulon , ne se doute pas^ quand il va rendre visite à son camarade Piétra , qui habite la maison n^ 15 , qu'il est peut-être dans la chambre où (»st née sa grand'mère.
Cette maison ne rappelle aucun souvenir historique. Il semble donc que le chroniqueur n'a rien ù y voir. Cependant, l'événement actuel, le fait qui se passe aujourd'hui, sera oublié demain et deviendra de l'histoire» dans très peu de temps. Pourquoi ne me serait-il pas permis de le consigner ici; pourquoi ne donnerais-je pas quelques renseignements, quelques détails biographiques sur les personnes que nous avons connues et aimées et qui , hier encore , étaient parmi nous ?
Est-il sans intérêt , par exemple , de rappeler que la maison n° 16, a abrité, pendant de longues années , une sainte femme , charitable entre toutes , simple et bonne , qui fit le bien sans bruit , avec discernement et
' Propriétaire aciaei : M. Louis Faochier.
sans jamais se lasser? Dans la haute société, à laquelle elle aj)partenait par sa naissance et par sa fortune, elle a passé presque inaperçue^ mais dans les mansardes , d'où bien souvent je l'ai vue descendre, on savaitqu'elle existait, et quand son petit pas alerte et ferme encore, malgré son grand âge , se faisait entendre dans l'escalier, les voisins disaient voici la bonne darne ^ qui va porter des secours aux pauvres gens du 5®. — Ce nom de Bonne Dame lui était resté, et, dans les vieux quartiers, on n'appelait jamais autrement M"*® Fauchier , née Deydier de Pierrefeu.
y[m<^ Faucliier , décédée le 9 novembre 1866 *, était
' t Avant hier, dimanche, lisons nous dans le Tou^onnuif du 42 novembre 1866, un nombreux cortège accompagnait à sa dernière demeure , !!■"* veuve Fauchier, née Deydier de Pierrefeu. . . La femme excellente et distinguée , l'octogénaire vénérée , qui vient de s'éteindre , méritait au plus haut degré cette honorable sympathie. Sa vie a été remplie de bonnes œuvres et de bonnes actions. >
Le Propagateur du Var publia quelques jours après une pièce de vers , intitulée : la Bonne Dame , dans laquelle tout le monde reconnut Madame Fauchier.
Elle était d'illustre maison
A quoi bon vous dire son nom ? . . .
Rien des gens l'ignoraient sans doute. .
Le bon riche qu'elle implorait ,
Les pauvres qu'elle secourait ,
Sans compt<T ni le temps , ni la route.
Tous l'appelaient la Bonne Dame.
Ce beau nom , la voix populaire , La voix de Dieu le lui donnait ; La bonne dame en plaisantait , Et n'en était jamais plus fière.
PLACE d'armes. 111
la fille de M. Louis Joseph François Deydier de Pierrefeu , chef d'escadre, et de dame Gahrielle RosaHe Le Blanc de Castillon. — Son grand père, Jean François Le Blanc de Castillon, procureur général au parlement de Provence, fut un des magistrats les plus distingués de nos anciennes cours '. Mais bien qu'elle fut heureuse d'entendre louer l'éloquence de son aïeul , elle avait une prédilection marquée pour un autre membre de sa famille, pour le vénérable évêque d'Ascalon^ M^"^ Deydier , son grand oncle paternel , qui fut un des premiers apôtres des missions étrangères *.
Elle avait épousé , le 29 janvier 1806, M. Jean Louis Bernard Fauchier , négociant de cette ville , fils de M. Louis Antoine Fauchier et de D"® Marie Madeleine Panon. — Un des messieurs Panon, cousin germain de M. Fauchier, épousa , vers la même époque , M"® Charlotte Thiers, sœur du président actuel de la République •.
Je ne dirai rien de M. Adrien Fauchier , digne fils de la Bonne Dame; il est peu de personnes de notre ville qui ne l'aient connu et apprécié.
^ Biographie de M de Castillon , procureur général de Provence , par M. J. de S^ranon Aix. Aubin 1847.
' Biographie de Mgr Deydier , par M. rabbé Yerlaque.
* Mlle Marie-CharloUe Rosalie-Victoire Thiers , flile de Plerre-Louis- Marie Thiers et de Marie-Claudine Fougasse , née à Marseille le 21 Juillet 1786, épousa, le 29 juillet 1807, M. Jea/i-Pierre-Félix Panon, né k Toulon, le 10 mai 1781 , fils de Félix- Antoine Panon « bijuutic r « et de Marie-Anne- Suzanne Caron.
MALSÔN N- 17 «.
M. Beaudin, avocat, archiviste delà municipalité, qui se rendit acquéreur, en 1782, du terrain sur lequel cette maison a été construite, fut une des premières victimes de la révolution de 1789. — Peu de jours après Ténieute populaire du 23 mars , dans laquelle il faillit périr ^ les consuls rendirent compte en ces termes de cet événement dramatique :
« Le 23 mars 1789, nous trouvant assemblés dans l'hôtel de ville , avec les délégués des corporations , des citoyens et des paysans^ pour procéder à l'élection des députés de la cité , le peuple remplit peu à peu la salle basse de l'hôtel de ville, l'escalier, la salle joignant celle où nous étions assemblés , et enfin la rue et le quai ; à des rumeurs sourdes succédèrent des cris effrayants , et la population annonça par des injures^ des invectives de toute espèce, le projet affreux de prendre pour victimes le sieur Lantier de Villeblanche, ci-devant maire premier consul, l'un des membres de l'assemblée , et le sieur Beaudin , avocat en la cour, archiviste de la communauté. Pour parvenir à ce double but , les mutins tentèrent de forcer les
^ Propriétaire actuel : M<»« de Combaud , née Fauchier.
PLACE d'armes. H3
portes du secrétariat et celle de la salle où se tenait rassemblée.
« Le péril croissant , nous et tous les membres de l'assemblée , dans le but de soustraire à la fureur du peuple les deux personnes qu'il désignait, nous les fîmes cacber dans une petite cbambre dont la porte donne dans la salle où nous étions. Cela fait, reconnaissant que le courroux de la populace était excité par la cherté des denrées de première nécessité , nous lui fîmes annoncer une diminution de prix sur le pain ,. la viande et l'huile.
« L'annonce de cette diminution fut insuffisante pour arrêter les effets de la sédition. Sans respect pour le lieu , méprisant tous les avis , la populace continua à exhaler sa fureur contre les dits sieurs Lantier et Beaudin, et menaça de se porter aux derniers excès.
a Cependant la porte extérieure du secrétariat fut forcée ; la populace s'introduisit dans la salle de l'assemblée. Elle demanda à grand cris les sieurs Beaudin et Lantier , et refusa de se retirer, bien qu'on l'assurât que ces messieurs n'étaient point à l'hôtel de ville. Quelques soldats du corps de garde de St-Jean étant accourus pour essayer de ramener l'ordre , le peuple les désarma.
<c Les mutins ayant soupçonné que les sieurs Lantier et Beaudin pouvaient bien être cachés dans la petite chambre, se portèrent avec fureur vers cet endroit, en brisèrent la porte, et en ayant arraché les sieurs Lantier.et Beaudin presque mourants , ils exercèrent sur leurs personnes toutes les horreurs imaginables.
Le sieur Lantier s'étant échappé des mains de ces furieux , prit retraite dans le secrétariat , et se cacha dans un petit cabinet masqué par la tapisserie. Quelques-uns de ceux qui TaVaient excédé se portèrent au secrétariat , enfoncèrent la porte du cabinet dans laquelle le sieur Lantier s'était caché , l'en arrachèrent avec violence , le renversèrent par terre , le foulèrent aux pieds et l'accablèrent d'injures et de coups. Les mêmes horreurs étaient exercées sur la personne du sieur Beaudin, qui était resté dans la salle de l'assemblée.
et Cependant , quelques personnes courageuses et honnêtes qui , au péril de leur vie , avaient arrêté en partie la fureur du peuple , parvinrent à enlever les sieurs Lantier et Beaudin; ils les firent monter au haut de l'hôtel de ville et évader par les toits *. »
Pendant ce temps , une autre partie de l'émeute se dirigeait vers la place d'Armes , envahissait la maison de M. Beaudin , la pillait et la démolissait ensuite. « En quelques heures dit l'auteur de V Histoire de la Révolution dans le département du Var , la maison Beaudin , sise sur le Champ de Bataille , n'était plus même une ruine. Au milieu d'une grêle de cailloux, on vit sortir des décombres une dame suivie de sept enfants , c'était madame Beaudin ... V »
^ Procès- verbal dressé, le 6 avril 1789 , par les eonsuls , à la requête du Parlement d'Aix. (Henry. Histoire de Toulon. T. i. p. 43.)
' H. Lauvergne. Uisloire de la Résolution française dans le département du Var. p. 11,
PLACE d'armes. 115
La maison de M. Beaudin ne fut reconstruite qu'en 1809. Une note mise en marge des registres du cadastre de cette année , fait connaître que l'immeuble vient d'être réédifié et que Beaudin n'est pas riche : « cet homme étant dans un état de disgrâce , les autorités décideront la manière selon laquelle sa propriété doit être traitée. » On eut égard à cette recommandation , en ne taxant l'immeuble que d'aprôs la valeur du terrain.
^ine Malauss(>ne Victoire, épouse Snpet, possédait cette maison en 1828 ; sa fille M™® Verse , la vendit en 1856, à M"'« Breton , épouse Boisselin. C'est de M"^« Boisselin que M'"^ Angèle de Combaud , née Fauchier, l'a acquise il y a quatre ans environ.
MAISON NM8 i.
Il n'est pas , à Toulon , de maison plus connue que celle-ci. Amiral ou matelot , commissaire général ou magasinier, ouvrier de l'arsenal ou garde chiourme , riche négociant ou marchand au détail, grand propriétaire ou laboureur, chacun y est venu, tour à tour, pendant plus de soixante ans, apporter ses économies, retirer ses revenus , toucher son salaire ou recevoir le prix de ses fournitures. — Il a été compté , dans cette
^ Propriétaire actuel : H. Louis Goulombeau.
maison , occupée successivement par quatre receveurs généraux et aujourd'hui par un banquier, plus d'argent qu'il n'en faudrait pour débarrasser la France de ses envahisseurs.
Au commencement de ce siècle, M. Cagniard s'y installait avec M. Armand, son teneur de livres et plus tard son caissier *. Les premiers, ils établirent à Toulon la nouvelle comptabilité publique de Tan VIII , (jue M. le comte Corvetto devait perfectionner en 1816 ' et M. de Villelle en 1820.
M. Cagniard conserva la recette générale jusqu'en 1823 ; il fut remplacé, Tannée suivante, par M. le comte Littardi, auditeur au conseil d'Etat, gendre de M. le comte Corvetto, qui avait quitté le ministère des finances depuis quelque temps V
^ M. Armand fils , qui ctiit oncore caissier (h; la Trrsorrrtc ^éiiônih' Tannée dernière , avait sacrcilé à son |)(>rc ni 1823. CVst entre leurs mains honnêtes que tant d** milliuns ont passé depuis (>0 ans.
* « Un arrélé du 10 novenilire 18tG, n ndn par le mini.stre des finances , M le comte Corvetto, fit suc(*éder un mode régulier et uniforme dVcritures aux méthodes insuffisantes et vaiialles, qui étaient autrefois suivies par chaque réj^le financière et par leurs nombreux prépcsrs (Mauquis d'Audiffret. Système financier de la France. "T. i. p. 3::9.)
' M. le baron Nervo rappelant , <ians une remarquable étude sur le comte Corvetto, la dernière entrevue du roi avec soh minis're, fait connaître, en ces termes, dans quelles circonstances eut lieu la nomination de M Littardi.
• Louis XVIII , entrant dans un détail de famille qui fait un bien grand honneur à M. Corvetto lui dit : < Tant que vous avez prdé le portefeuille
• des flnanc^s, vous n'avez as voulu uie pro.M.ser pour receveur général M.
• Littardi. .actuellement , je ne tro:iverai plus d'obstacle en vous, et je vous
PLACE d'armes. 117
Bien que M. le comte Littardi nous ait quittés depuis près de 14 ans, et qu'il se soit éteint loin de nous, dans un âge très avancé *, son souvenir est si vivant à Toulon, qu'une biographie n'apprendrait rien à personne. Pendant trente-cinq ans, il a eu des relations avec la population tout entière, et a su gagner l'estime et l'affection de toutes les classes de la société. Son abord aimable et bon , est encore présent à la mémoire de nous tous; il joignait , à une haute distinction^ une charmante affabilité^ qui le faisait aimer surtout de ceux qui avaient besoin de lui. Fondateur et bienfaiteur de plusieurs œuvres de charité, il faisait le bien avec une grâce parfaite. Combien de pauvres familles ont perdu en lui un ami et un soutien !
La sympathie dont il était entouré et qu'il méritait à tant de titres , se manifesta avec une touchante unanimité, en 1848, quand une crise financière irrésistible le força ù suspendre ses paiements. Ses créanciers vinrent en masse lui offrir du temps pour s'acquitter. 11 était ruiné, mais aidé par le gouvernement qui le laissa en fonctions et fortement soutenu par le crédit que son honorable caractère lui assurait partout , il reprit les affaires et parvint en très peu de temps à rembourser tout ce qu'il devait , capital et intérêts ;
« annonce que jr» lui rrserve la preii.ièrc rpcctte {:éi.érale vacante. » Le CoMiK CoRVETTo, ministre des finances sous Louis XVIII , par M le baron de Servo , trésorier général, \). 467.
' Il est mort A Gènes, le 28 frvricr 1871 , à 1 âge de 82 ans.
mais il n'avait reculé devant aucun sacrifice pour atteindre i)rom})tement ce résultat; il avait aliéné l'immeuble qu'il occupait , réduit son train de maison , vendu sa voiture , ses chevaux , ses bijoux et jusqu'à son argenterie.
Tout cela se fit simplement, naturellement, sans modifier en rien l'aménité et l'égalité de son caractère. Il fut aussi accueillant, aussi charitable que par le passé, et quand il eut reconquis sa fortune il en fit encore un noble usage. C'est de cette époque que date la fondation de l'œuvre des Sœurs de l'Espérance , qui a pour but de donner des soins aux malades ; il leur procura les ressources nécessaires pour s'établir , et y contril)ua personnellement dans une large mesure.
M. le comte Littardi ne fut propriétaire de la maison n° 18 que pendant une douzaine d'années , de 1837 à 1849; mais il l'habita si longtemps, qu'elle a conservé son souvenir et en quelque sorte son empreinte ; pour beaucoup de Toulonnais, elle demeurera la maison Littardi pendant bien des années encore.
M. le marquis Louis Armand La Poype de Vertrieux, chef d'escadre, qui fit bâtir cette maison , en
^ Propriétaires actuels : IIM. Legras.
PLACE d'armes. 119
1782, appartenait à une très ancienne famille du Dauphiné. Il était seigneur de Vertrieux, et c'est sur ses terres que les religieuses de Salettes avaient élevé leur couvent *.
Elu député par la noblesse de la sénéchaussée de Toulon , en 1789, M. La Poype de Vertrieux siégea à l'assemblée nationale et ne revint plus dans notre ville. Sa maison fut acquise, le 29 juillet 1796, parla dame Marianne Blancard , veuve Orange, qui la revendit , le 2 janvier 1822, à M. Désiré Legras, capitaine de Vaisseau, père de Tamiral.
Le premier propriétaire de cette maison , fut M. François Armand d'Evant , ancien sous-commissaire de marine , qui la vendit le 11 novembre 1807 , à M. Jean-Baptiste Crassous, négociant. Elle appartient aujourd'hui à M"**^ Henri Aguillon.
^ < Il y a différend entre M. de Vertrieux et les religieuses du couvent de Salettes , sur ce qu>n l'année 16C6 , les religieux et religieuses du dit couvent, passèrent reconnaissance au proût du seigneur de Vertrieux . » Délibéré à Grtnoble, le 20 juin 1661. {Arch. comm. de Toulon. Suppl. il art 8 )
* Propriétaire actuel : 11°*® Aguillon.
MAISON N« i4 '.
M. Laurent-François-Xavier de Pézénas , lieutenant de vaisseau^ acquit, en 1781 , remplacement formant l'angle du Champ de Bataille et de la rue Saint— Si^hastien^ et y fitbAtir deux maisons qui sontaujourd'huiréunies. Il avait deux filles : 1*^ Olympe-Marguerite Marie, à laquelle il laissa la maison située sur le Champ de Bataille ; 2°Gabrielle-Thérèse-Ursule, qui rc(;utla petite maison delà rue Saint-Sébastien. (Acte de partage du l^*"" juillet 1800.)
^pie oiynipe de Pézénas épousa , le 11 mars 1807, M. Jean-Baptiste Lacroix, vicomte de Charrier Moissard^ capitaine de frégate '.
M. le vicomte de Charrier Moissard était contreamiral honoraire, en 1822, quand il plut à S. M. Louis XVIII de lui confier l'administration de sa bonne ville de Toulon. Le contre-amiral acc(^pta cette mission sans hésiter et ne la remplit pas plus mal qu'un autre. Secondé par des adjoints expérimentés*, entouré d'un conseil royaliste avec lequel il était en parfaite com-
* Propriétaire actuel : M. Mourraille.
* No à Haj^qiuls (Gard), le 14 sej Irnibre 1765
* M>l Gairoaril , François-A.itoine âgé de 75 ans adjoint d'imis If O-iii»vombre 1815 et Laiijîier, Jeaii-Jos/ph , âgé de 70 ans, adjoint «Irpris W 1 fé vrier 1816
PLACE d'armes. 121
munauté d'idées, il géra les affaires de la ville de manière à ne mécontenter que ses adversaires politiques. Ce conseil, comme on le pense bien, accueillait plus volontiers les demandes de crédit^ ayant pour objet la restauration et l'embellissement des églises^ que les demandes de subvention pour le théâtre. Cependant, il serait inexact de dire qu'un de ces intérêts fut sacrifié à l'autre. Ainsi , après avoir voté avec empressement 3,000 francs pour acheter un orgue à l'église de Saint-Pierre^ 5,400 francs pour carreler en marbre la grande nef de la cathédrale , et 300 fr. pour aider les Trappistes établis à la Sainte-Baume à relever leur monastère, le conseil fit quelques difficultés pour accorder une subvention de 3,000 fr. au direct leur du théâtre ; mais ensuite il porta cette subvention à 7,000 fr. et s'occupa avec ardeur d'un projet pour la construction d'une nouvelle salle de spectacle.
Cette question si souvent et si longtemps débattue , fut cause d'une division dans le conseil , qui était resté uni jusqu'alors. Tous les conseillers reconnaissaient l'utilité de la dépense et se montraient disposés à voter les fonds nécessaires , mais ils n'étaient pas d'accord sur le choix de l'emplacement. On en proposait cinq : le premier et le second , rue Lafayette , entre les rues Maireau et Roche , ou entre les rues Fougassière et des Trois Mulets ; le troisième et le quatrième , sur la Place Puget; au nord , en face de la fontaine , ou au sud , entre les rues de la Miséricorde et du Pradet ; le cinquième , sur le Champ de Bataille , à l'angle de la rue de l'Intendance.
L'emplacement situé entre les rues Roche et Maireau (aujourd'hui rue de Lorgnes), fut adopté à une assez grande majorité ; mais le sous-préfet fit connaître au Maire, que ce choix était généralement désapprouvé et que l'opinion publique^ à laquelle il se rangeait personnellement , se prononçait en faveur de l'emplacement situé au nord de la place du Lys (Place Puget).
M. de Charrier Moissard, en communiquant au conseil municipal les observations du Sous-Préfet, fit remarquer que les immeubles situés sur la place du Lys avaient une grande valeur , et qu'il faudrait consacrer au moins 345,000 francs à l'acquisition des 23 maisons comprises dans ce projet ; il ajouta , qu'à défaut de l'emplacement de la rue Lafayette, il n'en trouvait pas de plus avantageux que celui du Champ de Bataille , où on n'aurait à acquérir que sept maisons d'une valeur totale de 160,000 francs ; sa situation sur une belle place permettant, du reste, de louer à bon prix les magasins que l'on avait l'intention de construire au-dessous de la nouvelle salle de spectacle.
Cet emplacement offrait de grands avantages et paraissait devoir être préféré aux autres ; mais les conseillers n'oublièrent pas assez qu'ils étaient propriétaires dans les vieux quartiers ; ils remarquèrent un peu trop , peut-être , que le Maire , qui défendait ardemment ce projet^ possédait une maison sur le Champ de Bataille, et qu'il devait profiter de la plus value que procurerait aux immeubles situés sur cette place , la
PLACE d'armes. 123
construction d'un beau monument. Sa proposition fut donc accueillie avec froideur. Après s'être rapidement consultés du regard , les conseillers demandèrent la nomination d'une commission , pour étudier l'affaire qui ne leur paraissait pas suffisamment instruite.
Les membres de cette commission, MM. Gérard^ Pignol , Trabaud , Henry et Julien se livrèrent à de nombreux calculs et s'attachèrent surtout à démontrer que les chiffres présentés par M. de Charrier Moissard étaient erronés. Ainsi, ils firent ressortir que le Maire portait le prix de la toise des terrains de la place du Lys à 1,212 fr., tandis qu'il n'évaluait le prix des terrains du Champ de Bataille, qu'à 673 fr. la toise carrée.
M. de Charrier Moissard expliqua , en peu do mots , que la différence signalée portait entièrement sur la valeur des constructions : qu'il n'existait sur l'emplacement du Champ de Bataille que quatre maisons^ deux greniers et un jardin , tandis que celui de la place du Lys était occupé par 23 maisons; puis, entrant dans un autre ordre d'idées , il dit que^ dans le premier cas, on n'aurait à déloger que 37 locataires et dans le second 327; que les experts et les architectes avaient évalué la dépense totale (acquisition du terrain et construction de l'édifice) ô 711,000 ou à 1,200,000 francs, suivant que l'on choisirait le premier emplacement ou le second , et, enfin , que sur le Champ de Bataille on pourrait donner à la principale façade du monument un développement de 45 mètres , tandis qu'il serait impossible de lui en donner plus de 24 sur la place du Lys.
124 LES nUES DE TOULON.
Aprùs une longue discussion, on alla aux voix et les deux projets furent successivement repoussés par un égal nombre de suiîrages.
Le projet de construire une nouvelle salle de spectacle fut donc abandonné. Mais la question s'imposait chaque année , à propos de la location de l'ancien théâtre. Les propriétaires de cet édifice ne voulaient plus traiter directement avec les artistes, ils ne consentaient à le louer qu*à la ville et moyennant le prix exagéré de 7,000 francs. Leur but était connu ^ ils entendaient forcer la municipalité à acquérir leur théâtre. Ils Testimaient 100,000 fr. On leur offrit 60,000 fr., et , aprt^s deux ans de négociations , l'affaire fut conclue à' ce prix *. C'est ainsi que la commune de Toulon est devenue propriétaire de ce vaste immeuble qui n'est utilisé que pendant la période électorale.
On remarquera , peut-être , avec quelque étonnement, que les mêmes conseillersqui avaient refusé, en 1823 et 1824, d'allouer au directeur du théâtre une subvention de 3,000 fr., n'hésitèrent pas, en 1829, à voter 60,000 fr. pour l'acquisition d'une salle de spectacle. C'est que l'exercice prolongé du pouvoir avait modifié leurs idées sur beaucoup de questions. Ils ne croyaient plus, comme aux premiers jours de leur installation ,
^ Délibération du 8 mai 18^9 Le crédit fut volé par les conseillers dout les noms suivent : MM. Bourges , Court , Aug Pignol . Th, Arnaud , Gabriel Honorât, Uacord, Cauvin, Ventre, Trabaud, Julien, marquis de Clinchamp, Henry, Jean Gérard , Verse , Ferrand , Godet , Duplessis-OIlivaut, Sermet , Colle, Fournier, Gaillard, Sénés et vicomte de Charrier Moissard.
PLACE d'armes. 125
que ce qui était très utile la veille était devenu complètement inutile le lendemain , par ce seul fait qu'il avait plu au souverain de les placer à la tête de l'administration communale ; ils ne disaient plus , avec la même conviction, que tous leurs prédécesseurs avaient marché dans une voie déploral)le et qu'eux seuls étaient entrés dans la ])onne voie.
M. de Charrier Moissard et son conseil, obéissant à la loi commune, ne s'étaient préoccupés, au début de leur gestion , que d'une seule chose : affirmer leurs convictions politiques et prouver leur dévouement au Roi. Le 23 mai 1823, ils votaient 20^000 fr. pour organiser des fêtes à l'occasion du voyage de la duchesse d'Angoulême ; le 23 décembre ils en dépensaient 5,000 pour recevoir le 7™® régiment de ligne, qui venait de combattre sous les ordres du duc d'Angoulême , et, le 30 mars 1824, ils s'associaient ù la souscription ouverte pour élever un monument à la mémoire du général Pichegru; enfin, le 30 décembre de la même année, ils faisaient rédiger par M. Pons, professeur de rhétorique , un mémoire tendant à prouver , <c que la contre-révolution, opérée en 1793 , n'avait eu pour but que le rétablissement de la monarchie légitime, et que les vaisseaux et les troupes des puissances coalisées n'avaient été introduits dans notre port et dans nos murs^ que comme auxiliaires et alliés du souverain légitime *. »
' Cet ouvrage fut imprimé à Paris , chfz Trouvé , aix frais de la ville , et publié sous ce titre : Mémoire pour servir à iliùioire de la ville de Toulon , en i793. Les frais de cette publication s'élevèrent k 5,065 fr.
Satisfaction ^tant donnc'îe « ù Topinion publique » (toutes les délibérations d'un conseil récemment installé t(îndent vers ce but)^ MM. les conseillers songèrent enfin aux intérêts matériels de la cité^ et comme ils étaient intelligents^ instruits et dévoués, ils n'administrèrent pas plus mal que leurs prédécesseurs. Ils ont même laissé quelques bons souvenirs de leur passage aux affaires. Nous leur devons, notamment, la restauration des caryatides, qu'ils eurent la sagesse et le bonlieur de confier ft un artiste vraiment digne , par son talent, de toucher à cette œuvre immortelle. Louis Hubac, notre illustre compatriote parvint, non sans peine , h réparer les parties du monument qui avaient été endommagées , et il le fit avec une telle sûreté de main , avec un soin si délicat , que l'œuvre du grand maître revint en quelque sorte à la vie et nous fut rendue dans toute sa splendeur primitive *.
Louis Hubac fut ensuite chargé par M. de Charrier Moissard d'exécuter un ornement pour la fontaine du port, située à l'extrémité de la rue de l'hôtel de ville, et il fit cette belle tète de Jaims, qui a été transportée au Musée sous l'administration de M. Audemaret remplacée par un moulage en plâtre.
La reconstruction de la fontaine de la rue des Bons frères fut également exécutée d'après les ordres de
' Y. les délibérations du conseil maaicipal des 9 mars et 30 novembre 18i7 •t 7 Janvier 4828.
PLACE d'armes. 127
M. Charrier Moissard *, ainsi que la n'^paration du pavé du Cours Lafayetle '.
C'est sous la même administration , que la caisse d'épargne a été fondée ù Toulon *, et que le Mont de piété a acquis la maison qu'il occupe sur la place St- Jean *. Enfin , M. de Charrier Moissard fit , le premier, des démarches auprès de la Marine, pour obtenir l'autorisation de construire le port marchand dit de La Rode *, qui n'a ét^^ ouvert, cependant, qu'en 1835.
A cette date, le vicomte de Charrier Moissard n'était plus à la mairie ; il avait été remplacé, le 5 août 1830, par M. Fournior, notaire, qui ne consentit à y demeurer quelques semaines, que pour donner le temps aux nouvelles autorités de se reconnaître et de reconstituer la municipalité *.
M. de Charrier Moissard vendit sa maison à M. le docteur Reynaud et s'éloigna de Toulon.
M. Reynaud, l®*" chirurgien en chef de la marine , membre de l'académie de médecine de Paris, que l'école de médecine navale de notre ville est heureuse
' Délibéralion du Si avril 1824
' Déliliération des 22 avril et 10 novembre 1824.
' Délib< ration du 8 septembre 1826.
4 f Le conseil délibère, le 3 novembre 1829 , qu il y a lieu d'autoriser radministiaiion du Mont de Piété à acquêt ir, moyeni ant 35,600 fr la mai- <on de M. de Missiessy. • (M. de Missicssy venait de la vendre à M. Charles Senès, qui la céda au Mont de piété.)
' Dêlibéniliou du 20 novembre 1825
* Y. rue Bourbon, n^' 62, maison de M. Fuurnler , notaire.
do compter pninii ses illustrcitions , était aussi bienveillant, aussi aimable qu'il était savant et distingué '.