D*UJS BOURGEOIS DE PARIS
mettoieot. Or bien queLdommaige et quelle pitié par toute chrétienté ; car pou d'iceux cpii ainsi sont morts , ont petite souvenance de leur créateur à Teure , et ceux qui les occient aussi pou : car le plu3 . n'y vont que pour la convoitise , et non point pour l'amour de leurs signeurs, dont ils se renomment , ne pour l'amour de Dieu , ne pour charité aûcuûe jdont ilssont tousen péril d'estre bonteusement morts au siècle, et lés ames à perdicion .
Item y qu'aux lieux demourez inhabités, comme villes , chasteaux , moustiers , abbayes et autres , hélas ! quantes orphelins on peut én terre chrestienne trouver, et quantes pctorres femme^^veufves et chétives par telles occisionsîHélasîse ung chascun de nous regardoit bien se autel (semblable) douleur BOUS estoit advenue ou promise comme grant dfmleur et comme grant hayne nous perceroit les cuers de nos ventres , et com grant voulenté nous aurions de en estre vangez ; et tout pour ce nous n'a vous nul regart ou temps qui est à advenir ; lequel est moult doubteux tant au regart de cruelle mort par vengeance divine , pour, la joie que nous avons du mal d'autrui, et de la destruction dont on nous peut tous juger d'homicide ; car on dit que bonne voulenté est réputée pour fait. Et se dit Nostre-Seigneur parla bouche de. l'Apôtre : Qui de glawe ferra y de glaive mourra^ Nous faisons semblant , comme fist Galcas, ung devineur de Troyes la gran t , lequel alla à son Dieu qui estoit nommé AppôUo , par le congé du roy Priam , pour demander les-
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quels seroient vaincus , oq^ ceux de la grant Troye ou les Grégois ; si lui fusÇ respondu qu'en la fin' Troie seroit destruite , pourquoi jl laissa sa cité et ses amis , et s'en alla pai? devers lés Grégois , et leur dit le response d'Apollo; par^quoj ils firent moult grant jc^e pour celle pour le respons d'ApoUo , auquel AppoUo 1^ diable conversoit , qui dit'à Calcas que les Grçjgpoys vaincroient : ,inais il leur cela latrè^ grant àonleur qui leur en advint; car tous périrent ; car très pou en eschappa, que tous ne furent occis ou pprilliez en mer à leur retour , ne Calcas, n'ot oncques puis joye qui ung pou , quqint il vint avec les*Gregeoys ; ne oncques puis on se fia en lui. Or véez quelle douleur il en advint aux deux parties pour vouloir avoir vengeance; car l'écriture tesmoigne-que là moururent par glaive efpar Teu plus de vingt-deux milliersd'hommes, dont très grant partie d'orient demoura veufve et orpheline de toute chevalerie; car pou ou néant en eschappa qui peust rapporter les nouvelles plaines de douleur eô son pays. Et pour ce pour l'amour de Dieu ayons pitié de nousmêmes , en craignant la main de notre Sauveur Jésuà-Christ ; car nul ne scet que à l'œil lui pend; car à telle mesure que nous mesurons nous serons mesurés. / '
Iteruyldi darraine sepmaine d'aoust vint le duc de Bourgongne à Paris à petit preu (utilité) pour le peuple, car il avoitgrantcompaignie qui tout dégastoienl aux villaiges d'entour Paris, et le^ Anglois
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aussi y estoient. En icellui temps le vin estoit très cher plus que long-temps n*atoit esté , et si y avoit très poti raisins es vignes, et encore ce pou dégastoient lesdits Anglois et Bourguignons, comme eussent fait porcs ; et n'estoit nul qui en osast parler. Ainsi estoit le peuple mal gouverné par la malle et convoiteuse voulenté des gros, quigouvernoient Paris, qui toujours estoient avec les signeurs, et n'avoient nulle pitié du pouvre peuple qui tant avoit de pouvreté ; mais firent lesdits gouverneurs, pour complaire aux signeurs, à ung lundi sixiesme jour de septembre après disner,en viron trois heures, crier la monnoie que trois doubles ou niquets ne vauldroient que ung blanc, qui devant valloient six tournois; et de ce advint qu'on ne pot , celle journée ne lendemain ne pain , ne vin à Paris pour son argent finer.
Item y en ce temps les Anglois prenoient aucunes fois une forteresse sur les Aripinas au matin , et ils perdoient aucunes fois deux au soir ; ainsi duroit la guerre de Dieu mauçtilte.
liem^ en ce temps, ou mois de septembre, fist tant révesque de Paris , qui estoit patriarche, qu'if fut archevesque de Rouen par faute de soufisance; et le jour Saint-Denys ensuivant , neuviesme jour d'octobre , fut fait ung autre évesque de Paris, nommé Jehan de Vienne.
Item y en ce mois de septembre devant dit , orent journée de bataille ensemble les Arminas et les Anglois ; et fut en Normandie environ Avranches , et
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furent desconfits bien quatre mille Anglois, tous morts en la place ; dont ce fut pitié, et est , que il faut que chrestienté détruise ainsi l'ung et Vautre ; et certes ne fust pas sans grant destruction des autres ; car tout le peuple les avoit en trop mortelle haine les ungs et les autres.
Item y quant ledit évesque de Vienne fut receu évesque de Paris, il fist faire quarante jours tout ensuivant procession que Dieu par sa grâce voulsist mqtlre la paix en la chrétienlé, et appaiser le temps qui trop estoit contraire pour les semailles ; car il fut bien quatre mois tous entiers ou plus que oncques ne cessa de plouvoir et de jour et de nuit.
Item^ en ce temps avoit ou chastel d'Yvry-la- Gbaussée ung grant compaignie de larrons qui se disoient Arminas ou de la bande, auxquels rien, s'il n'estoittrop chaut ou trop pesant, ne leur échappoit ; et qui pis est , tuoient , boutoient feux , ^fforçoient femmes et filles, pendoient, s'ils ne payoient rançon à leur guise ; ne marchandise nulle par-là ne pouvoit eschapper.
Item^ en icellui temps le monde estoit moult esbahi pour le temps pluvieiïx qui t^^nt duroit, et le doux temps qu'il faisoit ; de la Saint-Remy jusqu'environ la Saint-Thomas l'apostre faisoit si trè3 doux temps, que la vioUette jaune estoit aussi commune, comme elle a esté aucunes fqis en mars; ne ne gella point en icellui temps; et disoit chascuii que y ver estoit tout passé ; mais Diei? qui ordonne, et nous devisons , commença à faire geler à la
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Saint-Thomas ; et gela de plus en plus fort , et dura jusques à la Chandelour sans cesser; et en ce temps, qui geloit si aspremtent, avoit si garant marché de choux à Paris, qu'on en avoit une charretée pour dou2e blancs ; on en avoit assez pour quatre ou six personnes pour ung noiret, qui ne vaUoit qu'une poictevine ou environ; et avoit-on pois, febves poiir deux sols parisis le boisseau.
Item^ de fruit en grand abondance et très bon \ on avoit à Nouël et après, ung quarteron de pommes de romeau du de capendu pour quatre deniers et pour moins.
Item y en ce temps , toutes gens qui avoient maisons y renonçoient, puisqu'elles estoient chargées de rentes ; car nuls des censiers ne vouloient rien laisser de leurs rentes , et amoient mieux tout perdre que faire humanité à ceux qui leur dévoient rente , tant estoit la foi petite ; et par celle deffaute de foi on eust trouvé à Paris de maisonis viiides et croisées saines et entières plus de vingt-quatre milliers où nuUi ne habitoit.
Item y en ce temps , bien pou après ou devant Nouël fut reprinse Compiègne par les Arminas ; et avecques ce prindrent très grant foison blés qu'on amenoit à Paris du pays de Picardie ; et tantost que les nouveiUes furent scènes à Paris, le prévost de Paris y mena grant foison gens de Paris pour les assiéger ; mais il ne fist chose dont on doie parler, que gaster finance , et donner peine aux pouVres gens.
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Item^ en ce temps n*avoit en France nul signeur, ne nul chevalier de nom , ne Anglois , ne autre , et pour ce estoient les Arminaz si hardis , et si entreprenants,
Item^ à l'issue de février pudit an quatorze cent vingt^trois, se rendirent ceux du Crotay et ceux de Montaguillon aux Angloys, leurs vies sauves, et s'en allèrent franchement qui tant de maux avoient fait : car ils s'estoient tenus plus d'ung an.
Item^en ce temps rien ne sefaisoit que par l'Anglois , ne nul des signeurs de France ne se mesloit du gouvernement du royaume. En icelui temps estoit la royne de France demourante à Paris, mais elle estoit si pouvrement gouvernée, qu'elle n'avoit tous les jours que huit sentiers de vin tout au plus pour elle* et son tynel (maison); ne le plus de ceux de Paris qui leur eust demandé où est la royne, ils n'en eussent sceu parler , tant en tenoit-on pou de compte qu'à peine en challoit-il au peuple, pour ce qu'on disoit qu'elle estoit cause des grants maux et douleurs qui pour lors estoient sur terre.
Item y tout l'y ver et tout le caresme jusques après Pasques , qui furent le vingt-troisiesme jour d'avril l'an quatorze cent vingt-quatre, environ le mai, on alla assiéger Gaillon, Sedane, Nangis, et autres forteresses, lesquelles furent toutes prinses des Anglpis ; et s'en allèrent les Arminaz desdites, leurs vies sauves, sinon ceux de la garnison du chastel de Sedane , qui furent tous mis à l'espée ,
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et les autres fireal pis la moitié qu'ils n'avoient fait devant.
Item y en ce temps, le régent de France fist assiéger à l'entrée de juillet ceux qbi estoient dedens Yvry-la-Chaussée, qui avoient pou de vivres ; et estoit leur espérance toute de eux garnir de vivres des biens qui estoient sur terre encellui mois, espécialement de tous blez et de potaigers pour toute l'année , car de char avoient-ils toujours assez ; mais on dit bien souvent que ung pansse ly asgne et l'autre ly asgnier ; et Dieu qui mua le propos de Oloferne.tourna leur joye, quant ils cuidèrent estre plus asseurez, en tristour; car ils furent de si près prins , qu'ils n'orent point de povoir de cueillir ne blé, ne vin , ne potaige ; pourquoi il convint qu'ils traitassent au régent. Et fut leur traité tel, qu'ils se dévoient rendre à la voulenté du prince , s'ils n'avoient dedens quinze jours secours au mois d'aoust, lequel leur (ut accordé. Et de ce en baillèrent ostaiges bons et sQuffisants tous gentilshommes ; car bien estoient oudit cbastel quatre cents hommes d'armes, tous de renom ; si prent grant espérance ou secours que point ne leur faudroit audit jour. Sisceurentles Arminaz; le jour; si firent grande assemblée de toute leur puissance, et eux mirent en chemin parrdevers Chartres, tuant, robant, pillant, prenant hommes et femmes, brief ilsfaisoient tout niai. D'autre part, le régent, qui estoit devant le chastel d' Yvry-la-Ghaussée, fist §emondre son ost partout; et qu^md ils feurent ve-
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nus y si furent armés à dix milliers tous hommes deffensables, lesquels il ordonna moult saigement; car il se mist en une plaine moult belle, et par-^ derrière lui avoit ung tertre moult hault , par quoi il n'avoit gardé par derrière, car nul ne peust bonnement descendre ' ladite mbntaigne par devers eux sans grant travail • Eh ce temps, les Arminaz approuchèrent plus et plus Tost du régent. Quant il le sceut , si fit ordonner ses batailles , et les pria de bien faire ^ et là les attendit de pié quoy en moult belle ordonnance. Les Arminaz envoyé-» rent coureux montez d'ayentaige pour aviser Tost dudit régent. Quant les coureux virent son ost en si belle ordonnance , si s'en retournèrent comme gens eflTrajés à leurs gens, en leur disant que très grant folie seroit d'assembler , et que le mieauç^ seroit de s'en retourner cbascun en sa garnison. Si s'advisèrent après d'une trayson; car ils envoyèrent k une lieue près de l'ost du régent environ cinq cents hommes d'armes bien montés et armés, lesquels firent semblant de venir pour lever le siège, dont ib n'a voient talent ne hardement; et ceux qui estoient dedens le chastel, euxorgueillirent et commencèrent à crier et braire, en disant paroles moult villeneuses et despites au régent et à ses gens ; car ils cuidèrent bien à cette fois estre secourus et deslivrés, quand ils virent les cinq cents hommes ; car leur pensée estoit que ce fust l'avant-r garde des Arminaz : mais autrement estoit ; car ils n'estoient ainsi venus que pour ce que bien sçavoient que le régent les attendroit en la pjacef Si
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ne se bougèrent du lieu où ils estoient , dont les deux osts povoient voir Tung l'autre. Et cependant que là se tenoient, les Arminaz faisoient retourner leur charroy et leur ttain le plus tost qu'ils povoient pour eux s'enfuir sans riens perdre, ne sans coup férir. Quant ceux qui devant l'ost du régent estoient venus orent tant esté illecq , que bien que fust l'ost à pié eslongné trois ou quatre grossses lieues, si montèrent moult tosl, ets'ènfouirent après leur gens, qui tiroient vers le Perche. Et ce jour estoit lundi, vigille de la Nostre- Dame mi-aoust. Quant ils furent près de Verneil, ou Perche , si firent une grand trayson ; car ils prindrent grand foison de leurs soudoyers Escossois , qui bien sçavoient parler lé langage de l'Angleterre / et leur lièrent les mains et les mirent aux queues des chevaux, et les touillèrent de sang, en manière de play es, en mains, en bras et en visaige, et ainsi les menèrent devant Verneil, criant et braiant à haut cris en langaige d'Ânglois : Mal veismes ceste douloureuse journée ! quant nous cessera cette douleur ? Quant les Ânglois qui dedans la ville estoient virent la douleur contrefaite , si furent moult esbahis , et fermèrent leurs portes , et se mirent en haut pour deflfendre leur ville ; et quant les Arminaz virent ceci, leur montrèrent le sire de Torcy , l'ung des bous et vrais chevaliers , qui s'estoit rendu à eux, qui estoit lié comme les autres par trayson , qui leur dit que toute la chevalerie d* Angleterre estoit morte en cellui jour
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devant Yvrj , et pour néant se tendroient que jamais n'auroient secours ; et ce tesmoignèrent les autres qui bien parloient anglois y et jurèrent par leur serment que ainsi estoit. Si ne se sceurent comment conseiller ; car ils tenoient le sire de Torcy Tung des bons et vrais chevaliers qui fust avecques le régent ; et véoient les autres liés aux queues des chevaux, qui parloient leurs langaiges, et leur aflfermoîent la chose estre toute vraie, et si avoient peu de vivres ; si s'accordèrent que ils se rendroient, leurs vies saulves :ainsileur futaccordé» Mais quant les Arminaz furent dedans la ville , si firert trop grand mal j car ils mirent tous ceux qu'ils porrerit attrapper à mort, et plusieurs femr mes et eufians , et se logèrent en la ville et tout leur train. Ceux qui porent eschappèrent qui mieux mieux ; les aucuns arrivèrent en l'ost du régent qui moult furent esbahis. Quant ils furent, ceux de l'ost (jui fiaisoient bonne chère et liée, si comptèrent leur adventure au regent ; et on avoit dit au régent , qu'ils faisoient semblant de fouir, afin qu'il donnastcongié à ses gens; et celle pensée avoientils de lui courir sur, s'il leur eust donné congié : mais aussitost qu'il sceust la chose , si soi départit, et parlementa à ceux du chastel qu'ils avoient pensée de faire, que bien sceussent que tous mourroient de malle mort, s'ils ne se rendoient; si se rendirent à lui , et en fist ce qu'il volt. Il en fist pendre, il en délivra la plus grant partie , quidepuis firent tant de maux , tant que ce hydeux dure
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temps. Après s'esmeut ledit régent, duc de Betfort, à tout son osf le plùstost qu'il pot, suivit les Arminaz jour et nuit , que le jeudi d'après la miaoust qui fut au mardi , approucha des Arminaz , tant qu'ils virent l'ung et l'autre. Quant ils virent le regent , si esmeurent leur gent , et virent qu'ils estoient bien dix-huit mille combattants ; et firent escrier par leurs héraux les gens dudit regent , qui dirent par leur foi qu'ils n'estoient pas dix mille au plus. Quant ce ouïrent les Arminaz, qui de Lombards avoient grand planté moult bien montés, si leur dirent : Nous ordonnerons en telle manière y que vous de Lombaidie , qui si bien estes montés y quant la bataille sera bien esmeue^ vous serez trois mille hommes de vous qui par derrière eux viendrez y et tuerez tout sans prendre homme à rançon. A ce s'accordèrent les Lombars : le régent d'autre part ordonna sa bataille, et fut en une belle plaine; si n'ot de quoi se fermer ; si fist descendre ses gens à pié , et fist lier tous les chevaux de son ost derrière l'ost, les testes devers le cul , trois ou quatre d'espès ; et tous furent ainsi liés ensemble , que mesme les chevaux ne se povoient mouvoir l'ung «ans l'autre ; car moult estoient court liés. Quant orent ainsi ordonné les deuxosts leurs batailles, et qu'ils furent en ordonnance, les Arminaz, qui moult estoient pécheurs, firent demander au régent qu'il avoit en pensée , et que il vaudroit mieux faire ung bon traité que combattre ; car moult se doubtoient pour leurs péchés, Le régent , tout assuré leur
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manda que tant de fois avoient leur foi mentie, que jamais on ne les devoit croire, et (jue bien sceussent que à lui jamais n'auroient traité ne paix tant qu'il les eust combattus. Adoncques il n'j ot plus parlé , les deuxosts vinrent l'ung contre l'autre, et commencèrent à frapper et mailler l'ung sur l'autre de toutes matiières d'armures de guerre que on peut penser, detraict ou d'autre chose. Là eussiez ouï tant douloureux cris et plaintes, tant hommes chéoir à terre , que puis n'en relevèrent, l'ung chacer , l'autre fouir, l'ung mort fust, l'autre gésir à terre gueuUe baiée , tant sang espandu de chrestiens qui oncqués n'avoient veu en leur vivant l'ung l'autre ; et si venoient ainsi tuer l'ung l'autre pour ung pou de pécune qu'ils en attendoient avoir. La bataille fut moult cruelle , quQ on ne sçavoit qui en aroit le meilleur. Les Arminaz avoient grand fiance aux Lombards qu'ils avoient ordonnés de venir par derrière rompre la bataille du régent de France , lesquels n'osèrent oncques ce faire quant ils virent la ha je des chevaux qui par derrière estoit; si ne leur fut à guères qui gaignast ou perdist, mais qu'ils eussent du pillage. Si tuèrent les pouvres varlets et paiges qui dessus les chevaux estoient , et orent le cuer failli de aider à leur gent, et prindrent tous les bons chevaux et tout ce qui dessus estoit troussé; et ainsi se enfuirent, sans plus revenir^ vers leurs pays. Ainsi s'en allèrent honteusement comme couars et convoiteux. Quant les Arminaz virent qu'ils ne venoient
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point , si furent moult esbahis. Si leur fut dit par ung hérault comment les Lombards s'en estoient enfouis sanscop férir pour le pillage; si furent les Arminazsi esbahis, qu'ils ne sorent quel conseil prendre , et si estoient entrés en bataille plus de quinze uiille : mais leur péché leur nuisoit tant, qu'ils nepovoient faire chose où ils eussent honneur ' oncques , puisque le duc de Bourgongne fut tué par eux. Quant les Anglois les virent esbahis , si se ralient et leur courent sur mpult asprement de tout leur povoir, et prennent terre sur eux plus et plus , si asprement que les Arminaz ne porent plus souffrir l'estour (combat): ainss'en commencèrent à fouir moult honteusement pour sauver leurs vies, et les gens du régent les poursuivent jusques devant Verneuil ou Perche; là fut grand l'occision et cruelle des Arminaz , car là furent morts par armes, par , ledit deshéraux, bien neuf milliers ; et si fut prins le duc d' Alençon, et mort le comte d'Aumalle, fils du comte de Harcourt , et le comte de Douglas' mort, et lecomtedeBoveau mort, et le comte de Tônnoire mort, et le comte de Wantadour mort, et le comte de Narbonne; lequel ot la teste coppée depuis qu'il futmort , et son corps pendu au gibet, et sa teste en une lance moult haut.
Item y feurent trouvés morts de la part des Ar minaz, bien deux mille trois cent soixante et quinze cottes d'armes.
IterUyAe ceux du régent, feurent environ trouvés jtrois mille , et très pou j ot de morts de gens de
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nom. Quant ceux qui dedens la ville s*estoient mis, virent la grant desconfiture, ils ne se sceurent comment conseiller, fors que de eux rendre à la merci du régent, et ainsi le feirent. Si feurent les urtgs navrés , les autres bien demi-morts , et en ce point feurent bouttés hors de la ville à leur grant confusion, touts nuds de toutes leurs armures.
Item, les Lombards, quiavoient pillé les chevaux devantdits , ne tindrent pas touts ensemble leur chemin ; par quoi l'une partie fust encontrée devers Chartres, et feurent tôuts destroussés, et grant foison de tués et navrés. Laquelle bataille dessusdite fust le jeudi dix-septiesme jour du mois d'aoust l'an mil quatre cent vingt-quatre ; et le vendredi ensuivant, dix-huitiesme jour dudit mois, fist-on les feus par tout Paris , et moult grant feste pour la perte des Arminaz; car on disoit. qu'ils s'estoient vantés que se ils eussent eu le dessus de nos gens, qu'ils n'eussent épargné ne femmes, ne enflFents, ne héraulx , ne ménestriers, que tout ne fust mort à l'espée.
Item y le jour de la Nativité Nostre-Dame en septembre, vint le régent à Paris, et fust Paris paré partout où il devoit passer , et les rues parées, nestoyéesj et feurent au-devant de lui ceux de Paris vestus de vermeil ; et vint environ cinq heures après disner , et allèrent une partie des processions de Paris aux champs au-devant de lui jusques outre la Chapelle de Sainct-Denis ; et
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quant ils encontrèrent , si chantèrent hautement : Te Deum laudamus j et autres louanges à Dieu, Ainsi vint dedens Paris bien aconvoyé des processions et cfe ceux de la ville ; et partout où il passoit j on crioit hautement : Noûel I Quant il vint au coing de la rue aux Lombards^là joua un homme despartisé le plus habilement que on avoit oncques veu,
Iteniy devant le Chastelet avoit ung moult bel mystère du vieil Testament et du nouvel, que les enfients de Paris feirent : et fust fait sans parler ne sans signer , comme se ce feussent images enlevées contre ung mur. Après, quant il ot moult regardé le mystère, il s'en alla à Nostre-Dame , où il fust receu comme se ce fust Dieu ; car les processions cpi n'avoient pas esté aux champs, et les chanoines de Nostre-Dame le receurent à la plus grant honneur , en chantant hymnes et louanges que ils peurent, et jouoit-on des orgues et des trompes, et sonnèrent toutes les cloches. Brief , on ne veit oncques plus d'onneur faire quant les Roumains faisoient leur triumphe, qu'on lui fist à celle journée et à sa femme , qui toujours alloit après lui , quelque part qu'il allast.
Item y celle année feureift les plus belles vendanges que oncques on eust veu d'aage d'homme, et tant de vin, que la fustaille fust si chière, que l'onvendoit deux ou trois queues vuides une queue de vin , ung poirison sans loyer ^yseize ou dix-huit sols pariais ; et brief, plusieurs meirent leur vin
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en cuves quHls feirent enfoncer; et fust le vin à si grant marché , avant la fin de vendange^ que on avoit la pinte pour ung double , dont les trois ne valloient que un blanc ; et pour ung âenier en avoit-on la pinte environ la Sainct-Remy , qui fust au dimenche celle année.
Item y au soir que le régent fust entré à Paris, comme devant est dit , on fist partout Paris feux et très grant joie , et fust la Nativité de Nostre- Dame au vendredi.
Item y tout homme de quelque estât, se non les gouverneurs , de tant de queues de vin qu'ils cueillirent, chascun paja très grant rançon ; car touts ceux qui a voient vin devers la porte Sainct-Jacquès et celle de Bordelles , payoient de chacune queue trois sols parisis, forte monnoie, et de poinsons, de caques, de barils au fer des queues; et si avoient à leurs despens les Anglois par-delà la porte Sainct-Jacques , et l'autre porte pour les Ârnûnaz, qui toujours couroienten ce pays-là.
Item y au costé de deçà les ponts ne payoient que la moitié , pource que les faux mauvais n'y couroient point, et si ne avoient nulles gens d'armes.
Item y ou mois de Novembre , fust marié le sire de Toulongion en l'ostel du duc de Bourgongne, qui estoit frère au seigneur de la Trimouille , le-« quel y vint par sauf- conduit;] et si fust marié le sire de l'Escales , Anglois ; et feirent joustes plus de quinze jours touts les jours sans cesser; et puis
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s'en alla le duc de Bourgongne en son pays ; et quant il s'en fust allé , le régent print Fostel de Bourbon pour sien, la première sepmaine de décembre , et là feirent moult grant feste , quicousta moult ; et pour ce fust assise une très grosse taille et lourde , et fust quinze jours devant Noiiel ; et quant elle fust assise, touts les grands seigneurs s'en allèrent à Bouen,
Item , En ce temps couroient blancs de huit deniers parisis , petits blancs aux armes de France et d'Angleterre , et couroient niquez et noirez quatre pour ung niquet , niquez trois pour ung blanc ; et si a voit très granl foisoh de blancs de huit deniers aux armes de Bretaigne, dont plusieurs marchands, bourgeois et autres qui en avoient, furent trompés ; carsoudainenîent, leneuviesme jour de décembre, fut publié qu'ils ne côurroient que pour sept deniers parisis. Ainsi perdirent tous ceux qui en avoient la huittiesme partie de leur pecune.
Item , la royne de France ne se mouv^t de Paris ne tant ne quant , et estoit auss^ comme se ce fust une femme d'estrange pays , enférmée tout temps en rhostel de Sainct- Pcd , où le noble roy Charles VI trespassa de ce siècle , son bon mary, que Dieu pardoint! et bien gardoit son lieu, comme femme veufve doit faire.
Item^ en icelui temps s'en allèrent les Angloys en la comté de Hajnault; et là furent jusques après la Sainct-Jehan-Baptiste , pource qu'ils vouloient avoir la terre de la comtesse , que ung des
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frères du régent de France avoit prinse plus par voulenté que par raison , ét l'espousa ; et si estoitelle mariée en France au comte de Haynault, frère du comte de Sainct-Pol. Si en commencea une très douloureuse guerre.
lieiity après Pasques, l'an mil quatre cent vingtcinq , fut si grant année de hannetons en France , que tous les fruits furent gastés , et grant partie des vignes.
Item^ en ce temps rendirent ceux d'Estampes le chastel au duc de Bourgongne, et plusieurs forteresses d'entour, et après allèrent les Anglois, de par le régent, devant la cité du Mans.
Item^ l'an mil quatre cent vingt-quatre fut faite la dance macabre aux Innocents,et fut commencée environ le mois d'aoust, et achevée en karesme ensuivant.
Item^ après Pasques, pou devant la Sainct- Jehan , ceux de la rue Sainct-Martin et des rues d'entour qj^ent congié de faire ouvrir la porte Sainct- Martin à leurs cousts et despens , et de faire le pont-leveys, les barrières, brief, et tout ce que à la porte convenoit pour lors qui moult estoit endommaigiée ; car l'arche du pont estoit rompue , et les murs d'entour de toutes parts et toutes les barrières pourries, et toutes les serrures enrouilléesj brief, il sembloit que on ne l'eust point ouverte puys quarente ans , tant estoit tout desmoly et empiré ; mais les habitants de la grant rue Sainct- Marlin y firent si grant diligence €|t si bonne de
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leur peine et de leur argent, que on povoit bien dire que ils avoient le cueur à Teuvre ; car chacune dixaine àsontoury alloit; et portoient pelles, houes, et hottes et penniers, et emplirent et vuydèreiit ce que il falloit ainsi faire , et tiroient les grans pierres des fossés pesants une queue de vin ou plus ; et avec eux se mettoient prestres et clercs, qui de leur aider faisoient toute leur puissance, et firent par bonne diligence tant de leurs corps pener de bien paier ouvriers , qu'elle fut plus tost faite que chacun y povoit passer chevaux et charrettes sept sepmaines, que le commui^ du peuple ne la jugeoit ; car tous ou le plus disoient qu'il seroit avant la Sainct-Remy que on y pust passer; et gens et harnoys, comme dit est, y passèrent tout à leur aise l'an mil quatre cent vingt-cinq; et dit-on que passé avoit trente ans, on n'y avoit vu passer autant de personnes comme ce jour y passa; et cedit jour-là gardèrent les dizenniers du quartier, et le quartenier et les cinquanteniers , et firent bonne chère ce jour de Sainct-Laurens , quifustau mercredy.
Itenty le darrenier dimanche du mois d'aoust , fut fait un esbattement en l'ostel nommé d'Arminac, en la rue Sainct-Honoré , que onmeist quatre aveugles tpi^ armés en ung parc, chacun ung baston en sa main , et ea ce lieu avoit ung fort pourcel , lequel ils dévoient avoir s'ils le povoient tuer. Ainsi fut fait , et firent cçtte bataille si estrange ; car ils se donnèrent tant de grans cops de ces bastons, que de pis leur en fut; car quant le
MOKSTRELIT. XV. JoUIllf. d'uH BOURG. »! PaR^S. 23
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mieux caidoieot frapper le pourcel , ils frappoient Tutig sur l'autre; car se Us eussent esté armés pour vray, ils se fussent tués l'ung l'autre.
Item y Le sabmedy du dimenche devant dit furent menés lesdits aveugles parmi Paris, tous armés, une grant bannière devant, où il avoit ung pourcelet pourtrait, et devant eux unç homme jôuant du bedon (tambour).
Itemyïe jour Sainct-Leu et Saincf -Gilles, qui fut au sabmedy premier jour de septembre, proposèrent aucuns de la paroisse faire ung esbattement nouvel, et le firent; et fut tel ledit esbattement: ils prindrent une perche bien longue de six toises ou près, et la fichèrent en terre , et au droit bout de haut mirent ung pannier, et dedens une ^asse ouè et six blancs, et oingnirent très bien la perche; et puis fut crié que qui pourroit aller querre ladite ouè en rampeant contre mont sans aide, la perche et pannier il auroit, et l'oué et les six blancs; mais oncques nul, tant sceut-il bien gripper n'y pot avenir ; mais au soir ung jeune varlet qui avoit grippé le plus haut ot l'ouè , non pas le pannier, ne les six blancs, ne la perche ; et fut fait ce droit devant Quinquempoit, en la rue aux Ouès ; et le mercredy ensuivant ou coppa la teate à ung chevalier mauvés brigaiit, nommé messire Estienne de Favières , né de Brie, très mauvais larî^on ^ et pire que larron ; et furent pendus aucuns de ses disciples au gibet de Paris et en autres gibets.
Iteniy en celui mois les Arminaux laissèrent Pto-
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chefort, où ils estoiént assiégés de nos gens, et si vindrent plus quatre fois que nos gens n'estoient pour lever lé siège. Mais quatit les Arminaz virent que nos gens estoient de si bonne ordonnance , ils n'osèrent approucher se non de bien loing , et firent une escarmouche bien aspre de leur trait , et les autres contre eux moult asprement, et espécialement ceux de Paris, qui moult les grevèrent de leur trait , dont plusieurs de là furent navrés ; aussi furent plusieurs de nos gens. Mais quant les Arminaz virent la bonne voulenté que nos gens avoient deéulxdeffendre , comme il apparut à eux , ils orent paour^ et tindrent la chose en estât ; et en ce faisant, firent vuyder leur bagaige le plus tost qu'ils purent. Et cpiant ils sceurent que ce fut fait, ils firent manière d'entrer dedens Rochefort ; mais ils firent autrement ; car ils firent bouttër le feù dedans, et ardirent blés et lars, et autres biens qu'ils ne povoient emporter, à fin telle que les autres n'en admendassent de rien; et quant ils virent que le feu montoit haut , et qu'oji ne le pourroit estaindre, ils s^en allèrent; ainsi, sans plus faire, ung pou après, nos gens allèrent dedens; ils n'y trouvèrent que les paroys; si s'en revint chacun en son lieu.
Item y en ce temps fut ouverte la porte de Montmartre ou mois de septembre , et ou mois d'octobre fut fait le pont-leveis.
Item y en ce temps couroit une monnoie à Paris, nommée placques, pour douze deniers parisis, et
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estoient de par le duc de Boargogoe ; lesquelles placques, quant on vit que chacun en avoit ou pou ou grant y on les cria parftii Paris le samedi deuxiesme jour de novembre mil quatre cent vingt -cinq, à huit doubles , qui avoient esté prins pour neuf doubles, dont grant murmure fut; mais à sou£Prir le convint, quoique le cueur en doulust.
Item ^Isi première sepmaine de janvier mil quatre cent vingt-cinq , vint une grant planté à Paris de laboureurs, pour larrons brigands qui étoient entour à douze , à seize , à vingt lieues de Paris environ; et faisoient tant de maux, que nul ne le diroit; et û n'a voient point d'aveu et nul estendart , et estoient pouvres gentilshommes qui ainsi devenoient larrons de jour et de nuit. Quant le prévost de Paris ouït la plainte, si print la coinpaignie de la soixantaine de Paris, d'arbalestriers et d'archiers, et les mena hastivement où on lui avoit dit que ces larrons reposoient ; et tant fist qu'en mains de huit jours ils en prindrent plus de deux cents, et les envoya en diverses prinsons es bonnes villes dont plus prè^ estoit; et le mercredi, neufviesme jour du mois de janvier mil quatre cent vingt-cinq , en admena à Paris deux charretées des plus gros, et n'estoient que vingt ou environ.
Item y en ce temps avoit toujours guerre le frère du régent de France au duc de Bourgongne ; et firent plusieurs escarmouches les Flaments et les Anglois de la partie dudit frère du régent.
Item y en ce temps on crioit les harengs frois
{i\26) d'un BOURGEOIS DE PARIS.
parmi Paris à la moitié de caresme , environ la Saint-Benoist , et en vint ^ant foison à Paris.
Item y on avoit aussi bons pois qu'il en fust oneques nuls, le boissel pour trois blancs ou quatorze deniers , febves pour dix deniers ou pour doze der niers.
Item y en ce temps commença la guerre entre les Anglois et les Bretons ; et prindrent les Anglois la ville de Saint- Jaihe de Beuveron , et la garnirent de vivres et fortifièrent moult \ ei les Bretons les assiégèrent dedans la ville en mars Tan mil quatre cent vingt- cinq, et là furent jusques après Pasques l'an mil quatre cent vingt-six, qu'ils traitèrent ensemble sans cop férir ; et disoit-on communément que aucuns des grands de Bretaigne, évèsques ou autres, en orent de l'argent; dont la commune de, Bretaigne en fut trop mal comptente ; mais ils l'endurèrent pour celle fois.
Item y en ce temps estoit recommencée la guerre entre le duc de Bourgongne et le frère du rég^ent de France ; et fut adonq levée une grosse taille qui moult greva le menu peuple.
Item y ou mois de juing ensuivant furent les eaux si grandes par toute la France, que la, propre nuit de la Saint-Jehan, l'an mil quatre cent vingt-six, quant le feu fut bien allumé , et que les gens danssoient autour , et que le feu fut abattu, la rivière crut tant , qu'elle vint destaindre le feu ; et print-on ce qu'on pot avoir du feuhastivement, elle bois qui n'estoit pas encore tout ars et le pori a vers la croix^
358 JODRNAL (i4a6)
et là fut ars le remenaDt de la bûche ; mais avant qu*il fut quatre jours ou six après > elle fut si démesurée, qu'elle passa la croix, et furent les marais de Paris pleins d'eaue ; et commença à l'entrée de juing , et fut avant' dix ou doze jours ou mois de juillet, qui isont bienquarente jours, qu'elle fut tant appetissée que d'estre marchande; et furent les gaignages des pays bas avecques tous perdus. Pour ce fut faitte une procession générale la sepmaine d'après la Saint -Jehan, mercredi devant Saint-Pere et Saint -Pol^ qui fut moult solempnelle et piteuse, et allèrent les paroisses à Nostre- Dame et portèrent la chasse de la benoiste Vierge Marie ; c'est assavoir par le pont qui est derrière l'ostel-Dieu, et puis la rue première d'outre le petit Chastellet; et. allèrent par-dessus le pont Neuf, et après par le grant pont , et revindrent par le pont Nostre-Dame en la grant église ; et là chantèrent une messe de la Vierge Marie moult dévotement , et fist-on ung moult piteux serinon ; et le fist frère Jacques deTourraine , religieux de l'ordre de Saint - François.
Item , en ce temps fut le landit au lieu accoustumé, qui n'avoit mais sis puis l'an mil quatre cent dix-huit.
/^em^en celle année mil quatre cent vingt-six, fut tant de cerises, que maintes fois on avoit ès halles de Paris neuf livres pour upg blanc de quatre deniers ; mais tout courant plus de six sepmaines on avoit six livres pour quatre deniers parisis ; et du-
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rèrent jusqu'à la mi-aoust qu'on avoit toujours la livre pour deux deniers ou au plus pour deux doubles, qui ne valloient pas quatre tournois.
Item y en septembre, le jour Sainte-Croix, cpii fut au sabmedi, la porte Saint-Martin, comme devant, avcât esté fermée sans murer, et demeura fermée jusqu'au septiesme jour de décembre ensuivant, landemain de la feste Saint-Nicolas d'y ver; et furent les dizeniers du quartier et plusieurs autres gens d'onneur , à laquelle péticion et requestè ladite porte avoit esté ouverte. Là furent le prévost des marchants et lés escheyins , qui à la porte ouvrir dirent : Entre vous^ bourgeois et mesnai" giers y cette porte soit ouverte et gardée à vos périls. Et ainsi fut ouverte la porte Saint-Martin au sabmedi septiesme jour de décembre.
Item y le dimencbe, seiziesme jour dudit mois, fut faite procession générale à Saint-Magloire, encontre aucun héreses ( hérétiques ) qui avoient herré contre notre loi , comme devant est dit , ou mois de mai quatorze cent vingt-quatre , de leurs invocations et de ce qui fut fait ; c'est assavoir par maistre Guillaume l'Amy , maistre Angle du Temple, et plusieurs autres, en la prouchaine rue d'emprès le Tem^e, et est nommée la rue Portefin.
Item, y fut proposé à ladite procession que le Saint-Père vouloit que l'Université en fist son devoir ; et , à ce faire , leur ordonna trois ou quatre évesques pour être avec eux; c'est asçavoir l'évesque
56o JOURNA.I/ Ci4aQ
de Térouane , qui pour lors estoit chancelier de France, etrévesque de Beau vais.
hem^ le septiesme jour de janvier quatorze cent vingt-six , fut crié que les doubles du coing de France , les quatre ne vaudroient que ung blanc un denier la pièce, et que ceiix qui estoient signés aux armes d'Angleterre ne se changeroient point.
Item y écus qu'on prenoit pour ving-trois sols , furent mis à dix-huit sols.
Item y petits moutons d'or, pour ce qu'ils estoient aux armes de France comme les escus , furent mis à douze sols parîsis , qui devant en valloient quinze sols ; et ce vrai est, que le landemain que le cri fut fait, on n'eust eu ne pain ne vin, ne quelque nécessité des doubles françois, ne les changeurs n'en vouloient donner deniers ne oboles; et si n'avoit le peuple menu autre monnoie que celle qui rien ne Içur vallut ; et quant ce virent aucuns que la perte leur estoit grande, si maudissoient fortune en appert et à secret, disant les volontés des gouverneurs, et vrai fut que plusieurs jeltoient par-dessus les changes en la rivière Ifîur monnoie, pour ce que rien n'en povoient avoir : car de huit ou de dix sols parisis on n'eust eu que quatre blancs ou cinq au plus ; et eh fut jetté cette sepmaine , que la monnoie fut criée, en la rivière plus de cinquante florins ou la value en monnoie, par droit désespoir.
Item, en ce temps, le régent de France estoit
i (»4a6) d'un bourgeois DE PARIS. 36l
f toujours en Angleterre ne nul seigneur n'avoit
en France ; et se partit ledit régént, de Paris , le [ jour §aint-Eloy, premier jour de décembre qua-
t torze cent vingt-six.
[ lieriiy en ce temps, estoit le siège devant Moj-
mer en Champaigne , et là estoit le comte de Sal- [ cebry , qui estoit moult chevaleureux et bon homme
d'armes et subtil en tous ses fais.
Iteruy en celle année fut faite une ordonnance de par le prévost de Paris et de par les seigneurs de parlement, que nul sergent à cheval, ne nul sergent à verge , s'il n'estoit marié ou s'il ne se marioit , n'oflScieroit plus ; et fut le terme de eux marier depuis la Toussainct jusques à Quasimodo ou après , sans passer l'Ascension Nostre-Seigneur. Et en cel an fut très grand yver ; car le premier jour de l'an commença à geler , et dura trente-six jours sans cesser , et pour ce fut la verdure toute faillie; car il n'estoit nouvelle de choux, ne de porée , ne de persil , ne de herbes.
Iteifti^ en ce temps fut fait évesque de Paris, maîstre NicoUe Frallon; et fut receu à Notre-Dame de Paris le sabmedi vingt-huitiesme jour de décembre quatorze cent vingt-six.
Item /A fut avant la fin de mars que verdure yssist de terre , et encore n'en avoit-on point pour moins de deux deniers ; car il gela très fort à glace presque tout le mois de février ; pour ce fut verdure si chère.
Itemy\à cinquiesme jour d'avril, à ung sabmedi.
362 JOUUNAL (i4a7)
vi^le du dimenche perdu, vint le régent à Paris, qui avoit demoré en Angleterre sçize mois pour cuider traiter de paix entre le duc de Bourgongne, frère desa femme , et son frère leduc deGlocestre ; mais il n'y pot mettre paix à celle fois.
Itenij vint le cardinal de Vincestre le dàrraia jour d'avril ensuivant quatorze cent vingt-sept, lequel estoit oncle au régent de France ; et avoit plus grant tyflel (état) avecques lui quand il vint , que le régent de France qui estoit gouverneur de France et d'Angleterre.
Item^ le mens d'avril et du mois de mai jusqu'environ trois ou quatre jours en la fin , ne cessa de. faire très grand froit; et ne fut guères sepmaine qu'il ne gelast ou greslast très fort, et toujours pleuvoit; et le lundi devant l'Ascension de Nostre-Dame et sa compagnie furent à Montmartre , et ce jour ne cessa de pleuvoirdepuis environ neuf heures au matin jusques à trois heures après disner, non pas qu'ils se mussassent (cachassent) pour la pluie; mais pour certain les eschevins furent si très ïbrtenfondrez entre Montmartre et Paris , que nous mismes une heure largement à venir de Montmartre à Saint-Ladre ; et de là vint la procession par Sainct-Laurens ; et au départir de Sainct-Laurens , il estoit environ une. heure ou plus, la pluie s'efforça plus fort que devant; et à celle heure s'en alloit le régent et sa fename par la porte Sainct-Martin ; et encontrèrent la procession , dont ilstindrent moult pou de compte ; car ils chevaulchoient moult fort , et ceux
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de la procession ne porent recuUer; si furent moult touillez de la boue que les pies deschevaux jettoient par-devant et derrière : mais oncques n'y ot nul si gentil qui, pour chasse, ne pour procession, sedaingneast ung* pou arrester. Ainsi s*en vint à Paris la procession le plus tôt qu'eUe pot, et si fut entre deux et trois heures quant ils vinrent à Sainct- Merri. À cellui jour se partit le régent pour aller devers le duc de Bourgongne, comme devant est dit, qui fut le vingt-sixiesme jour de mai quatorze cent vingt-sept.
Item , le premier jour de juing, oudit an , fist l'évesque de Paris sa feste ^ et fut confermé évesque^et ne fut plus parlé de l'élection qui d'avant avoit esté faite ; c'est assavoir dè messire NicoUe Frallon , lequel avoit esté esleu de tout le chapitre de Nostre-Dame : mais nonobstant l'eslection du chapitre , ledit Nicolas Frallon en fut débouté , et l'autre dedens boutté ; car ainsi le plaisoit aux gouverneurs ; et estoit nommé le grand trésorier de Rains, et en son propre nom messirp Jacques.
Item 9 en cel an fut la rivière de Saine si très grande , car à la Pentecoste ^ qui fut le huitiesme jour de juing, estoit ladite rivière à la Croix de Grève , et se tint en ce point jusquesau bout des festes, et lé jeudi elle crut de près de pié et demi de haut, et fut l'isle de Nostre-Dame couverte; et aux Ourmétiaux, qui sont deçà de l'autre costé de la rivière , devers l'église de Saint-Paul, presque toute la terre estoit couverte ^ et ce n'estoit
364 Journal (t^a?)
mie trop grand merveille ; car depuis la moitié du mois d'avril jusques au lundi de la Pentecoste , qui fut le neufviesme jour de juing Tan mil quatre cent vingt-sept , rie fina de pleuvoir ; et toujours jusques à cellui jour faisoit très grand froid comme à l'entrée de mars ; et en ce temps faisoit-on processions moult piteuses, et dedans Paris et aux villaiges ; car le mercredi des fériés de la sainte feste de Pentecoste fut le jour de la beneisson dix gros villaiges de devers la porte Saint-Jacques, comme Vanvres, Meudon, Clamart , Yssi, etc.; et fijrent jusques à dix paroisses, tant qu'ils furent bien de cinq ou six cent personnes ou plus , fenames , enflFens , viels et jeunes , la plus grand partie nuds piés, à croix et bannières, chantants hymnes et louanges à Dieu nostre sire , pour la pitié de la grand eau et pour la pitié de la froidure qu'il faisoi^ car du jour n'eust point trouvé une vigne en fleur.
Item y en ce point vindrent à Paris , et de là à la beneisson au Landit,etpuis à Saint-Denis en France, et là firent leurs dévotions ; et puis s'en revindrent tous jeuns à Paris, et tels y eut jusques en leur lieu, qui sont près de dix lieues de terre ; et quant ils passèrent parmi Paris , au retourner, il avoit bien dur cueur à qui le sang ne muest en pitié jusques aux larmes ; car là eussiez veu tant de vieilles gens tous nuds piés, tant de petits enfFents, comme de douze ans ou de quatorze si travaillés; car cellui jour fit si grand chaut que merveilles.
(Uay) d'un bourgeois de paris. 365
Item , le jeudi ensuivant crut tant l'eau , que risle Nostre-Dame fut couverte , et devant Tisle aux Ounrietiaux estpit tant crue , que on y eust mené battéaux pu nacelles ; et toutes les maisons d'entour, qui basses estoiënt , conime le celier et le premier estaige estoient pleines : telles y avoit dont le celier estoit plein dii haut de deux hommes; et là estoit pitié ; car les vins y estoient par-dessus l'eau ; et en aucuns lieux , comme en estables qui estoient basses de trois ou quatre degrés, l'eau crut tant là entour, que les chevaux , qui fort liés là estoient, ne porent tous estre rescous , qu'ils ne fussent noyés , les aucuns par la grandeur de l'eau qui sourdit en mains de deux heures de plus du hault d'ung homme là en droit et ailleurs ; car elle crut tant le vendredi et le sabmedi ensuivant qu'elle s'espandit jusques devant l'os'el de la ville; et fut plus d'un haut pié largement en l'ostel du mâreschal quidemoure àl'opposite devant du costé de la Vannerie , et jusques au sixiesme degré de la croix de Grève, droit devant l'ostel de la ville au droit de la croix ; et fut ayant environ la Saint- Eloy que on peust aller en la Mortellerie; et brief elle fut plus grande près de deux pies de haut qu'elle n'avoit esté en l'année de devant , et par tous les lieux où elle fut, comme en blés, en avoines èsmarés, ellé degasta tout , et sécha tellement, que celle année ne firent oncques bien ; car elle y fut bien cinq ou six sepmaines.
Item , en ce fut ordonnée une grosse taille et cueillie sans merci.
Item^en ce temps ^ environ cpiinze jours en juillet, fist mettre le régent le siège devant Montargis, et le sixiestne jour d'aoust ensuivant fut ordonné qu'on ne feroit plus pain que de deux deniers pièce ou de ung denier pièce; et ainsi fut fait ; et bien avoit huit ou neuf ans qu'on n'en avoit point fait à Paris , qui mains vaulsist de deux deniers.
Item\ celle dite sepmaine mesme fut crié et publié que les escus d'or , ne les moutons d'or , n'auroient plus de cours pour nul prix que pour tant d'or. *
Item y celle année fut moult largement fruit et bon ; car on avoit le cent de bonnes prunes pour ung denier , et nulles n'estoient verrouses ; et de tout autre fruit largement, espécialement d'amendes avoit tant sur les arbres , qu'ils en rompoient tous; et fist aussi bel aoùst, qu'il fist oncques d'âge d'homme vivant, quoique devant eust fait grand froidure et grand pluie , comme dit est ; mais en pou d'heurs Dieu laboure , comme il appert celle année; càr les blés furent bons et largement.
Item^ le dix-huictiesme jour d'aoust ensuivant mil quatre cent vingt-sept, se partit de Paris le régent, qui toujours enrichissoit son pays d'aucune chose de ce royaume , et si n'y rapportoit riens que une taille quant il revenoit; et tous les jours couroient les murtriers et larrons autour de Paris, comme toujours pillant et robbant , prenant ; ne nul ne disoit : DimiUe. Le dimenche d'après la iny-aoust, qui fut le dix-sèptiesme jour d'aoust ou-
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dit an mil quatre oent-vingt-sept , vindreot à Paris douze penanciers, cdmmeils disoient; c'est à scavoir ung duc et ung comte, e^ dix hommes tous à cheval, et lesquels sedisoient très bons cljrestiens, et estoient de la Basse-Egypté, et encore disoiênt qu'ils avoient esté chrestiens autrefois , et n'avoit pas grand temps que les chrestiens les avcâent subjugués et tout leur pays, et tous faits christianer, ou mourir ceux qui ne le vouloient estre; ceux qui furent battisés furent signeurs du pays comme devant, et promisrent d'estre bons et loyaux , et de garder la foy de Jésus-Christ jusques à la mort, et avoient roy et royne en leur \)ays qui demouroienten leur signorie, parce qu'ils furent chrestiennés«
Item y vrai est, comme ils disoient, /jue après aucun temps ils avoient prins la foy chrestienne, les Sarrazins les vindrent assaillir; quant ils se virent comme pou fermes en nostrç foy, à très pou d'achoison, sans endurer guèresia guerre, et sans l'aire leur devoir de leurs pays deflPendre, qui. très pou se rendirent à leurs ennemys, et de vindrent Sarrazins comme devant, et renvoyèrent Nostre- Signeur.
liemy il advint après que les chrestiens, comme l'empereur d'Allemagne , le roy de PouUaine et autres signeurs , quant ils sorent qu'ils orent ainsi faulcement et sans grant peine laissée nostre foy, et qu'ils estoient devenus sitost Sarrazins et idolâtres , leur courrurent sus, et les vainquirent tan-
tost y comme s'ils cuidoient que on laissast en leur pays, comme à l'autre fois pour devenir chrestiens; mais l'empereur et les autres signeurs, par délibéracion de conseil, dirent que jamais ne tenroient terre en leurt pays , se le pape ne le consentoit , et qu'il convenoit que là allassent au Sainct- Père, à Rome; et là a:llèrent tous , petits et grands, à moult grant peine pour les enflPents. Quant là furent, ils confessèrent en général leurs péchés. Quant le pape ot ouye leur confession^ par grant délibéracion de conseil, leur donna en penance d'aller sept ans ensuivant parmi le monde^ sans coucher en lict ; et pour avoir aucun confort pour leur despense, ordonna, comme on disoit, que tout évesque et abbé portant crosse leur donroit pour une fois dix livres tournois ; et leur bailla lettres faisant mencion de ce aux prélats d'église , et leur donna sa béneisson, puis se départirent; et furent avant cinq ans ^par le monde qu'ils venissent à Paris; - et vindrent le dix^Sj^ptiesme jour d'aoust, l'an mil quatre cent vingt-sept , les doze devant dits; et le jour Sainct- Jehan Decolace vint le commun , lequel on ne laissa point entrer dedens Paris ; mais par justice furent logés à la Chapelle Sainct -Denis ; et n'estoient point plus en tout d'homme», de femmes et d'enffents de' cent ou six vingts ou environ ; et quant ils se partirent de leur pays, estoient mille ou doze cents ; mais le remenant estoit mort en la voye> et leur roy et leur royne; et ceux qui estoient en vie avoient espérance
(i4a7) d'uW bourgeois DE PARIS. 56q
d'avoir encore des biens mondains ; car le Sainct- Père leur avoit promis qu'il leur donneroit pays pour habiter bon et fertile , mais qu'ils de bon cueur achevassent leur penance.
Item^ quant ils furent à la Chapelle, on ne vit onp ques plus grant allée de gens à la béneisson du Landit que là alloit de Paris, de Sainct-Denis et d'enlour Paris pour les voir. Et vrai est que les enffents d'iceux estoient tant habilles fils et filles , que nuh plus; et le plus et presque tous avoient les deux oreilles percées, et chacune oreille ung anel d'argent, ou deux en chacune, et disoient que c'estoit gentillesse en leur pays.
Itém^ les hommes estoient très noirs , les cheveux crespés, les plus laides femmes que on pust voir, et les plus noires; toutes avoient le visage de plaie , les cheveux noirs comme la queue d'ung cheval, pour toutes robbes une vieille flaussoie très grosse d'un lien de drap ou de corde liée sur l'espauUe, et dessous ung povre roquet ou chemise pour tous parements. Brief c'estoient plus pouvres créatures que on vitoncques veniren France de aage d'homme; et néanmoins lour pouvreté, en là compaignie avoit^ sorcières qui regardoient ès mains des gens, et disoient ce que advenu leur estolt ou à advenir, et mirent contans (querelles) en plusieurs mariaiges; car elles disoient : Ta femmes ta femme y ta femme a fait couxj ou à la femme : Ton mari t^ a fait coidpe. Et qui pis estoit, en parlant aux créatures par art magique ou autrement,
MoKSTriELET. 7*. XF* — JOUBV. D*I)K BOURG. PaBIS. 24
JOURNAL (i4a7>
OU par rennemi d'enfer, ou par entreget d'abilité , faisoieût vuides les bourses aux gens. Et le mettoient en leur bourse , comme on disoit ; et vrayement j'y fus trois ou quatre fois pour parler à eux ; mais oncques , ne tn'appcreu d'ung denier de perte, ne ne leh vys regarder en main ; mais ainsi le disoit le peuple partout; tant que la nouvelle eri vint à l'évesque de Paris , lequel y alla et mena avecques lui ung frère meneur, nommé le Petit , jacobin , lequel , par le commandement de l'évesque, fist là une belle prédication en excommuniant tous ceux €)t celles qui ce faisoient , et avoient cru et monstré leurs mains; et convinssent qu'ils s'en allassent , et se partirent le jour Nostre-Dame en septembre , et s'en allèrent vers PontoisCé
Jtem, le vendredi cinquiesme jour de septembre, l'an mil quatre cent vingt-sept , fust levé le siège par les gens de celui qui se dit dalpfain , qui estoit devant Montargis, et feurent les Anglois moult grevés ; car trop se fioient en leur force , et feurent trouvés désarmés de leurs ennemis, qui bien en tuèrent six cents ou plus, que marchants dé vivres , que hommes d'armes ; et leur convint laisser le siège ou droit temps que on cueille les biens.
Item^ en cel an faisoit aussi grant chaut à la Sainct-Reray , ou près, qu'il avoit fait à la Sainct- Jehan ; car en cel an ne fist pas plus d'un mois d'esté ; par quoi les vignes apportèrent si pou ,
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que le plus n'apportèrerit ijae un caque de vin en Tarpent, et encore maitïs tels y atdt; moult se tenoit heureux qui èn âvoit en l'arpent uiï mui ou une queue ; et tout pai* lé^lôû^ ytèt qui tànt dllrâ , qu'on veit oncques mais si lùûg * ét vraiment on trouvoit es alméndiers après la feste de Toussainct, des amendes toutes vertes bonnes à peler comiilé à la mi-aotist , et estoient de très bon gôti^t.
Item , en ce temps fust le Viti très cher ; car on aVoit très petit vin ptiut huit dèfiièi^s pofur pinte , et si estoit la monnoie ttks botttiè.
Itettèy en cel an , ou pou devant; viAt à Paris une femme nommée Margot , iûiez jeune, ^ômme de vingt-huit à trente ans , qui estoit du payà de Renault , laquelle jouoit le mieux à la palme que oncques homme eust vu ; et avec ce jouoit devant main dètrièré main très ptiistomtnent , très malicieusement y ttei habillement , comme povoit faire homme ; et poti Venoit d'hommes à qui ellene gaiiignast, se ce n'éstoit les plùs puissants joueurs j et estoit le jeu de Paris où le mieux jotioit en rue Grenier-Sàitict-Ladre , qui estoit notfimé le petit Temple.
Item y ènaviron quinze jours devant la Sainct- Rérfiy , chéut ung mauvais air corrompu , dont une très triauvàisé maladie advint , que on appelloit la dando/ et n'estoit nùl rte niïlle qui aucunement ne S'en seùtist dedaftS lë temps qu'elle dui^a ; et la maniéré comment elle prenoit , elle comméncoit ès rains et ès e^^aules, et n'estoit nul quant
JOTJUNAL (1427)
elle preuoit , qui ne cuidast avoir la gravelle, tant faisoit cruelle douleur ; et après ce à tous venoient les assées ou fortes frissons , et estoit-on bien huit ou dix ou quinze jours qu'on ne povoit ne boire ne menger , ne dormir , les ungs plus , les autres moins ; après ce venoit une toux si très mauvaise à chacun , que quant on estoit au sermon , on ne povoit entendre ce que le sermonneur disoit^ pour la grant noise des tousse urs.
Iterriy elle ot très forte durée jusqu'après la Toussainct , biea quinze jours ou plus, et ne eusses guères trouvé homme ne femme qui ne eust la bouche ou le nez tout eslevé de grosse rongne ; et quant on encontroit l'ung l'autre , on demaodoit : As-tu point eu de la dando? s'il disoit non, on lui respondoit tantost : Or te garde bien. que vraiment tu en bouiteras ung morcelet. Et vraiment on ne meatoit pas , que pour vrai il fust pou , fust petit oy grant , femme ou enflPent , quin'eust en ce temps ou frissons, ou la toux, qui trop duroit longuement.
Item , le quinziesme jour de décembre ensuivant , fust prins ung escuyer nommé Sauvage de Fromonville , dedans le chastel de l'Isle-Adam , par force , lui et deux varlets; car plus n'y àvoit de gens quant il fust prins. Assez fust qui le lia , et fust mis sur ung cheval , les piés liés et les mains, sans chaperon ; en ce point admené à BaignoUet où le régent estoit , qui tantost commanda que sans nul délai on l'allast pendre au gibet has-
(i4a8) 1>'U1N BOURGEOIS DE P-VIUS. SyS
tivèment ? sans estre ouy en ses deflfiçnses ; car on avoit grant paour qu'il ne fust rescoux ; car de très grantlijjnaige estoit. Ainsi fust admené au gibet acCompaigné du prévost de Paris, et de plusieurs gens ; et avec ce estoit ung nommé Pierre Baille , qui avoit esté varlet cordouannier à Paris , et puis fust sergent à verge , et puis recèpveur de Paris , et lors esloit grant trésorier du Meinne ; lequel Pierre Baille ne ^ volt oncques , quant ledit Sauvaige demanda confession, qu*il requist si longuement, mais lui fist tantost monter l'eschelle, et monta après en deux ou trois escheloris, en lui disant grosses paroles. Lédit Sauvaige ne lui respondi t pas à sa voulenté , pourquoi ledit Pierre lui donna un grant cop de baston, et en donnoit cinq ou six au bourrel pour ce qu'il interrogeoit du sauvement de son ame. Quant le botirrel veit que l'autre avôit si mal voulenté, si ot paour que ledit Baille ne lui fist pis; sisehasfcaplustost qu'il ne de voit pour la paouir , et le pendit : mais pour ce que trop se basta , ïa corde rompit au se desnoua , et cbuL ledit jugié sur les rains , et feutent touts rompus et une jambe brisée ; mais en celle douleur lui convint remonter , et fust pendu et estranglé ; et pour vrai dire, on lui portoit une très mal graçe, espécialement de plusieurs meurtres très horribles , et disoit-on qu'il avoit tué de sa main ou pays de Flandres , ou de Haynault, un évesque.
Item y en cel an après Pasques , qui feurent le ^uatriesme jour d'avril l'an nîil quatre cet)t vingt*
JOURJSAIi (lia»)
huit, fust si grant foison de hannetons / que avoit oncques vu; et prolongèrent tellement vignes , almendiers^ noyers, let autres arbres, que par les contrées om ils feurenf;, n'avoit,' espéciale^ient ès nojers, milles feuilles quinze jours devant la Sainct- Jehan-Bapti$te«
Item^ le duc de Bourgongne vint à Paris, le vingt^euxiesme jour de mai à ung sabmedi, vigile de la Pentecoste ; el vint sur ung petit çheval en guise d'qng archer ; et n'eust point esté cogneu du peuple , se n'eust est^ le régent qui le compaignoit , et la régente après,
Item y il p'en alla le deuxiesme jour de juing (^n^uivant, veille du Sainct-Sacrement , qui fust le troisiesiue jour de juing*
Item y en celle année fut tant de hannetons , que les an:idens disoient avoir Qucques vu ; et durèrent jusques iipr^s la Sainct-Jehan , et gastèrent toutes le;$ vignes , et les uoyers , et tes amandiers, et fut av^nt }a S^inct-Pièrre que on s'en pust délivr^r; et si laisoit très grant froit à la Sainct-Jehan, et tOu» jours pleuvoit , tOQUoit , espartissoit ; et a4?int que le treiziesme jour de juing le tonpoire cheut à Paris sur le clocher d^^s 4"gu^tios, et foudroya ledit clocher . toute la couverture, qurestpit d'ardoise, et le noerrien par deden^, que on ^stimoit le dpininaige qu'il iîst à huit c^nt^ ou mille francs.
Item y le vingt-cinqui^sme jourde naai, le ppardi diesfestes de Ja Peutecoste, l'an quatorze cent vingthuit , pripdreflt par trayçQij 1^ Aripina?^ la cité du
(i4a8) d'un bourgeois DE PARIS. ZyH
M am ; et cfu prendre furent plusieurs de la ville consentants, par ainsi que lesdits Arminaz promisrent qu'ils les garderoiènt" en leurs franchises; et qu'ils seroient avecques eux comme amis : mais silost qu'ils orent la seigneurie de la ville, ils pillèrent^ robèrent, efforcèrent filles et femmes, et firent tous les maux qu'on peut faire à ses ennemis, à ceux qui les cuidoient amis.
Item y qudLJxd ladite cité fut prinse, le capitaine qui y estoit de par le régent ordonné , estoit allé en ung sien affaire, environ vingt lieues loin de la cité ; quant il scut la chose cooiment elle estoit , si ce fut moult cour se nul ne demande , il fist finance de trois cents hommes d'armes, et s'en vint le vendredi ensuivant environ mynuit ; et fist tant qu'il regaigua la cité avant qu'il fust guères grant jour ; car quant la commune vit la cruauté des Arminaz, ils les prindrent en si grant hayne, qu'ils laissèrent entrer dedans le capitaine , ou au moins. ne se deffendirent que bien pou. Quand ils furent dedens, ils commencèrent à crier 2 Ville gaignée! et le cry du capitaine dedans la forteresse , où quantité de ses gens s'estoient retraits , quant la cité fut trahie premier. Quand ils ouyrent le cry de leur cappitainç ou bannière, si se mirent à lancier et jetter , et à laisser cheoir grosses pierres sur les Arminaz qui les avôient assiégés; et leur cappitaine leur vint par darrière , qui avoit avec lui trois cents hommes, cotfime devant est dit, de bonne étoffe, et comprindrent toute la
076 JOURNAL (ifaS)
place tellemeut^ quelles Arminaz neporent reculer ne entrer ou chastel^ si se combattirent main à main moult longuement; mais en la fin furent desconfiz les Arminaz; car la commune les avoit en si grant bajne pour leur mauvaisetié^^ue par les fenestres ils leur jettoient grosses pierres dont ils tuoient eux et leur chevaux ; et quant aucun des Arminaz eschappoit par bon cheval ou autrement, tantost estoit tué du commun. Et tant firent, c'est ascavoir le cappitaine, nommé messire Talebot, et ceux du Chastel , et la commune que doze cents des Arminaz demourèrent en la place , sans ceux qui furent décollés , qui avoient esté consentants des entrées des Arminaz par trayson , et sans les prisonniers qui furent très grand nombre; car il y avoit vingt^eux ou vingt-Kjuatre cappitaines d'Arpiina;c qui estoient accompagnés de trois mille hommes d'arn^s et plus ; dont il appert bien clèrement qu'ils sont bien malheureux quant trois cents hommes les desconfirent silaidement , et pour leur péché ; car se ils se fussent bien portés vers ceux de la ville, selon qu'ils avoient juré, ils eussent fait que sages.
Item y fut l'année si froide longuement , que tout le Landit, ne à la Sainct- Jehan , n'avoiten-? core nulles bonnes cerises, ne bien pou encore de fèves nouvelles , ne blé , ne vignes en fleur.
Item y le jour Sainct-LeuflFrey, qui fut au lundi vingt-uniesmejour de juing, fut la plus somptueuse f^ste faite au palais à Paris, que homme qui poup
ri4«S) D*UN BOURGEOIS DK PARIS,
lors vec|uist, eust oncques veue; car toute personne ^ de qnelcpie estât qb'il fust, estoit rece'u à disner selon son estât ; car le régent de France et sa femme, et la chevallerie furent servis en lieu et Je viande selon leur estât ; le clergé premièrement, cooHne évesques , prélats , abbés , prieurs ; après , docteurs de toutes sciences; parlemeiit après; le prévost de Paris et ceuxduChastelet; après le prévost des marchands , les eschevins et bourgeois et marchands ensemble ; et après le commun de tous estats. Et furent bien à cellui disner, que ungs que autres ; plus de huit milliers séants à table ; car il y ot de pain distribué de environ trois deniers la pièce, qui pour lors estoit moult grant; car on avoit ung sexlier de très bon froment pour doze sols parisis, si y en ot bien sept cents dozaines.
Item^ on y but de vin bien quarente muids.
Iteniy y ot bien huit cents plats de viande , sans le bœuf et mouton , qui fut sans nombre.
Item y environ le moisd'aoust, l'an quatorze cent vingt-huit, le comte de Salcebry, avec sa compaignie , print la ville de Nbgent-le-Roy , print Cauville en Beausse, print Rochefort, et de là alla à Ghasteaudun et à Orléans, voire devant la ville ; et fut faite une grosse taille aussi-bien aux villaijges comme ès. cités, et si leur convint faire finance de bien de,ux cents voitures^ chacune à trois ou quatre chevaux , pour mener vivres et artillerie, et pour mener bien deux cents queues de vin ou plus, qui furent prinses dedens Paris; et si estoit
5y8 JOURNAL (i4a8)
le vin si cher , que nul ou pou de mesuaiges n*en bu^oient; car la pinte de moyen vin ^ ou moys de septembre , coustoit dobze deniers de très forte monnoie.
Item^ en ce temps ^ pour la charte du vin , plusieurs se mirent à brasser cervoise', et avant que la Toussaint en ot bien à Paris trente brasseurs; et si la ammenoit-on tous les jours à charrettées de Saiat-Denis et d'ailleurs, et que on la crioit parmi Paris / comme on a accoustumé à crier le vin ; et si n'estoit ceUe de Paris qu'à deux doubles, et celle de Saint-Denis à trois doubles, qui valloient quatre deniers parisis.
Item^ en ce temps on avoit bons pois pour dix deniers le bbissel , bonnes fèves pour dix deniers , le quartercji d'œufs pour doze deniers parisis.
Itemj en icellui mois de septembre mil quatre cent vingt-huit, à la Sainte-Croix", n'avoit encore nuls raisins que on eust pu dire : Veez-cy une grapppe noire entièrement ! tant fut l'année froide longuement et tardive.
Item , en icellui temps, ou mois d'aoust , fut faite une ordonnance sur les rentes, que chacun qui auroit puissance , pouvoit avoir la livre pour quinze livres tournois, pour tant qu'ils fussent ou eussent esté grand témps cueillies ; et aussi en furent mis hors de ladite ordonnance , enffens mineurs d'ans , femmes vefves , égHses ; et plusieurs autres ordonnances furent faittes sur^esdites rentes, lesquelles on peut sçavoirouChastellet qui veult.
(ïiaS) d'un bourgeois db pakis. 5jg
Item y ladite ordonnance fut publiée le darrain jour de juillet , l'an mil quatre cent vingt-huit.
Item y le vendredi dixième jour de septembre , mil quatre cent vingt-huit, fut despendu du gibet
Paris ung nommé Sauvaige de Fromonville , à qui Pierre Baille fit tant de déplaisir, quant on le pendoit ; car il le frappa en l'eschellè moult cruellement, et si battit le bourrel d^un gros baston qu'il tenoit ; et estoit pour lors ledit Pierre receveur de Paris.
Item y en cellui temps estoit toujours le comte de Salcebry sur la rivière de Loire , et prenoit chasteaux et villes à son vouloir , car moult estoit expert en armes ; si s'en vint devant Orléans, et l'assit de toutes parts ; mais fortune, qui à nully n'est seure amie, luimonstra de sonmestier, dont elle sert sesamez sans deffier; car plus cuidoit estre plus seurement^ comme à siège, une pierre de canon lui fut présentée qui lui donna le cop de la mort , dont moult grant dommaige orent les Anglois, espf cialement le régent de France ; car il se repo-^ soit ès citez de France , à son aise lui et sa femme , qui partout où il alloit le suivoit ; et quant l'autre fut mort , il lui convint maintenir la guerre ; et partist de Paris pour y aller le mercredi^ veille de Saint ^Martin d'y ver mil quatre cent vingt 4mit. Et le comte de Sajçebry estoit mort la sepmaine devant.
Item y en ce temps le quatriesme de la cervoise h Paris ^ à six mille six cent francs, et cellui du
38o JOURNAL (i4a8)
vin n*estoit mie à la troisiesme partie : car le via nouvel estoitsi petit et sifoible , qu*on n'en tenoit compte , car tout le meilleur ou la plus grant partie se sentoit plus de verjus que de vin , et si estoit si cher que on faisoit le caque , qui estoit ung pou plus fort, que despence , quatre tournois parisis , et ne eussiez eu nul à moins de quatre francs. En icellui temps convint faire par les bourgeois de Paris finance de farine pour mener en Tost devant Orléans; et en firent finance déplus de trois cents chariots chargez , lesquels chariots et chevaulx et touttes choses appartenants à charroy , ceulx du plat pays d'entour Paris payèrent , se non qu'ils furent qu^nd ils vinrent à Paris assignez de leurs despens jusques à neuf jours ensuivants ; et n'y dévoient plus demourer, mais ils y furent après les neuf jours autres neuf à leurs despens , et leurs chevaux, qui moult les greva ; et le douziesme jour de févrter, se partirent à grant compaignie de gçns d'armes , et allèrent jusques à Estampes sans danger. Quant ils furent ung pou par-delà entre Cauville en Beausse et ung villaige nommé Tomray Saint-Denis , il leur vint bien sept mille Arminaz qui les amenèrent comme une dance fait ung des petits enflfens. Quant nos gens virent ce , ils se ordonnèrent au mieux qu'ils porent et ne se h obèrent; ils avoient foisons grans pieux agus à ung bout et ferrez à l'autre , qu'ils fichèrent en terre en penchant devers leurs ennemis , et furent mis les archers et ârbalestriersde Paris à ung costé.
(i4a8) t)*UN BOIJROEOIS DE PARTS. 58 i
ausquebfot ordonné une elle (aile) de nos gens , et l'autre elle fut de archiers anglois, et ou inillieu fut ce qu'ils pouvoient avoir de grosse bataille ; car ils n'estoient en tout pas plus de quinze cents contre sept mille ; qui estaient treize Arminaz contre deux de nos gens ; ils se hourdèrent par derrière de leur charroy , et se recommandèrent à Nostre- Seigneur , et prièrent Tung l'autre de- bien faire , et puis ordonnèrent bonne garde pour le charroy avec les charretiers , pour le grand péril eschever (éviter) qui pouvoit advenir, et comme il advint, car aucuns et grant quantité des Arminaz vindrent par derrière, cuidaQt piller les biens de nos gens, et aucuns des Voituriers les virent venir ; ils destellèrent leurs chevaux et s'en voldrent fuir, mais les Arminaz leur furent au-dcfvant, quimoult les dommaigèrpnt du corps , et aucuns de la vie ; et après Guidèrent venir au pillage , mais ils furent si bien receus , quie moult fut joyeux qui pot se sauver. En tant que les larrons ifurent ainsi gardez de piller , les Arminaz approchèrent nos gens , et furent les Gascons qui estoient bien montez , et la greigneur (majeure) partie de leurs gens ordonnez encontre les arbalestriers et archers, et compaignons de Paris, et les Escossois contre les Anglois, et la grosse bataille contre la grosse bataille. Quant ceux de Paris virent que ceux à cheval venoient vers eiix , ils commencèrent à traire de arcs et de arbaJestres moult asprement. Quant Gascons virent ce , ils baissèrent la chère , et tour-
582 JOURNAL (i4>&)
noièrent leurs lances devant eux pour garder leurs chevaux du trait , et les poignèrent de Fesperon moult fort , comme cils qui avoient espcratnce de les mettre tous à mort, mais qu'ils fussent près ; mais les maleureux , les me%chants , les maudits ne véoient pas le mal qui estoit devant leurs yeux ; car comme ils approuchoient de nos gens à pointe d'esperon, leurs chevaux entrèrent dedans les pieux fichés y et Jes pieux dedans leurs poitrines , ventres et en jambes , si ne porent en avant , mais churent les aucuns tous morts, et les maisttes après. G*ux qui furent altérés , crioient aux autres viras y viras ^ c'est-à-dire, retowTies, retournez j si s'en cuidèrent tantost fuir, mais leurs chevaux qui navrés estCHent dés {»eux devant chts, chéoient tous morts sous eux, qui en abbattoient deux ou trois , et faisoient trébucher leurs gens qui après venoient. Quant les Ecossois et les autres virent ce , moult furent esbahis , et eux prindrent à fuir çomme bestes que ung loup espart çà et là; et nos gens à les suivir de près , et à occire et battre ce qu'ils porent atteindre ; et en demoura en 1 a place de morts quatre cents et plus, et de priqs grant quantité; et comme les meschants eux cuidèrent sauver à entrer à Orléans , ils furent appercus de ceux du siège, qui leur allèrent aai-devant, et en tuèrent autaùt ou plus qu'on a voit fait en la bataille devant dite. Ainsi leur advint pour leur péché qu'ils avoient eu pensée que tout fust mis à Tespée : mais tout bel leur fut quant ils se porent garder que Tespée de leurs en-
(a4a9) n'uN BOUUGEOIS PE PARIS. ^83
Demi$ ne les tuast. Quant nos gens ofrent mené leurs vivres en l'ost, ils s'en revindrent à Paris, le dii^neufviesme jour de février, l'an milquatre cent vingt-huit ; et fut trouvé que de ceux de Paris n'estoit môrt en bataille que quatre hommes et des voituriers qui s'en cuidèrent fuir, plus, et moult de navrés , dont c'est grant pitié , et d'unç part et d'autre ^ qu'il faut que chrétienté tue ainsi l'ung l'autre sans avoir cause pourquoi ; car l'ung sera de cent lieues loing de l'autre , qui se veddroit entretuer pour gaigner ung pou d'argent , ou le gibet au corps, ou enfer à la pouvre ame.
Item y én ce temps furent commencées à Saint- Jacques de la Boucherie à dire les heures canoniaux comme à Nostre-Dame, le seiziesme jour de janvier mil quatre cent vingt-huit , jour de dimanche , qui estoit par cinq .
Item y le duc de Bourgongne revint à Paris le quatriesme jour d'avril , jour Saint-Ambroise,, à moult belle complignie de chevaliers et d'escuyers; et après environ huit jours vint à Paris ung cordelier nommé frère Richard , homme de très grant prudence, scèvant à oraison , semeur dé bonne doctrine pour édiffier son proxisme, et tant y labouroit fort que enuis (à peine) le creroit qui ne l'auroit veu : car tant comme il fut à Paris , il ne fut qu'une jôrnée sans faire prédicatiqp ; ét commença le samedi seiziesme jour d'avril milquatre cent vingt-neuf, à Sainte-Geneviève , et le dimanche ensuivant, et la sepmaine ënsuivant; c'est assavoir, le lundi, le
mardi, le mercredi, le jeudi, le venderdi, le samedi, le dimanche aux Innocents; et commencoit son sermon environ cinq heures au matin , et duroit jusques entre dix et onze heures ; et y avoit toujours quelque cinq ou six mille personnes à son sermon; etestoit monté, quant il prescboit, sur ung^ haut eschaffaut qui estoit près de toise et demie de haut , le dos tourné vers les charniers encontre la charronnerie, à Tendrait de la danse macabre*
/temple jour de l'Invention Saint' Denys, s'en retourna le duc de Bourgongne en son pays de Flandres; et toujours estoit le siège devant Orléans, dont les vivres enchérirent fort à Paris; car par contrainte il y convenoit souvent mener grant foison de farines et d'autres vivres , et choses qui sont nécessaires pour guerre ou siège ; brief , on en mena tant, que le blé enchérit à Paris, de samedi à autre , de vingt sols parisis à quarente sols parisis, et toutes choses dont homme povoit vivre par cas pareil. Ainsi, comme devant est dit, se départit le duc de Bourgongne , sans ce qu'il feist aucun bien au regard de la paiît ou du pouvre peuple, et disoit-on qu'il alloit combattré les Liégeois.
Item j le cordelier devant dit prescha le jour de Saint-Marc ensuivant à Boulongne-la- Petite j et là ot tant de peuple, ^comme devant est dit; et pour vrai celle journée , au revenir dudit sermon , furent les gens de Paris tellement tournés en déSrolion et esmeus^ qu'en moins de trois heures
(i4a9) I>'UN BOURGEOIS DE PARIS. 385
OU de quatre eussiez veus plus de cent feus , en quoi les hommes ardoient tables et tabliers, des cartes, billes et billars, nurelis et toutes choses à quoi on se pouvoit courbucer à maugrer à jeux convoiteuXt
Item y les femmes, cellui jour et lendemain, ardoient devant tous les attours de leurs testes comme bourreaux, truflPaux, pièces de cuir ou de baleine^ qu'ils mettoient en leurs chapperons poui" estre plus roides au rebras davant ; les damoiselles laissèrent leurs cornes et leurs queues et grant foison de leurs pompes. Et vr^iiiient dix sef^mons qu'il fist à Paris et ung à Boulongne , tournèrent pour le peuple à dévocion que tous les sermoneùrs qui puis cent ans avoient presché à Paris.
Item y il disoit pour vrai que depuis ung pou il estoit venu de Cirie comme de Hiérusalem ; et là rencontra plusieurs tourbes de Juifs qu'il interrogea , et ils lui dirent pour vray que Messias estoit né , lequel Messias leur de voit rendre leur héritage; c'est assavoir la terre de promission , et s'en allaient vers Bàbylone à tourbes ; et selon la Sainte Ecriture, celui Messias est Antéchrist, lequel doit naistreen la cité de Babylone, qui jadis fut chef des royaumes des Persans , et doit estre nourri en Betsaaida , et converser en Corozaim.
Item , ledit frère Richart prescha le darrain serndon à Paris, le mardi lendemain de Saint-Marc^ vingt-sixiesme jour dudit avril mil quatre cent vingt-neuf ; et dist au départir que l'an qui seroit
M011ST11ELF.T. 7*. XV* — JooRM. d'ijn bourg, de Paum. 25
386 jouhnAl (1429)
après , c'est assavoir Tan trentiesme , que on verroit les plus grandes merveilles que on eust oncques veues, et que son maistre frère Vincent le tesmoigne selon FApocalipse, et les escriptures pionsieur Saint -Paul, et aussi le tesmoigne frère Bernart, ung des bons prescheurs du monde ^ si comme disoit cestui frère Richart. Et en iceUui temps estoit cellui frère Bernart en prédication par-delà les Alpes en Italie , où il avoit plus converti de peuple à dévotion que tous les prescheurs qui depuis deux cents ans devant y avoient presché. Et pour vrai , le mardi qué cestui frère Ricbart se partit de son sermon , que plus n'avoit congié d'en faire à Paris, quant il comiinanda sa bonne recoramendation, et qu'il commendaà Dieu ou peuple de Paris , et qu'ils priassent pour lui , et il prieroit Dieu pour eux, les gens grans , et petits, plouroient si piteusement , comme s'ils veissent porter en terre leurs meilleurs amis et lui aussi. Et atant , cellui jour ou lendemain , se cuidoit partir le proudomme , et s'en alla vers les parties de Bourgongne ; mais ses frères firent tant par prières que encore demoura-il à Paris , pour confermer par prédication le bon édiffiementqu'il avoitcommencé. Et en ce temps fist ardre plusieurs madagoires (mandragores) que maintes sortes gens gardoient en lieux repos; et avoient si grand foi en celle ordure, que pour vrai ils croyoient fermement que tant comme ils l'avoient , mais qu'il fust bien nettement en beaux drapeaux de soie ou de lin enveloppé , que
(]4a9) d'un bourgeois DE PARIS. ZSj
jamais jour de leurs vies ne seroient pouvres ; et pour certain , tels y avoil qui les baillèrent de leur gré , quant ils orent ouï comment le preudomme blasmoit tout ceux qui ainsi follement crioient ; ils jurèrent que oncques puis qu'ils les gardèrent , ils ne se virent ung jours qu'ils ne deussent toujours plus que vaillant ils n'avoient ; mais très grand espérance avoient qu'ils les eussent moult riches ou temps advenir , par le maulvais conseil d'aucunes vieilles femmes , qui trop cuident scavoir quant ils se bouttent en telles meschancetés, qui sont droites sorceries et hérésies.
Iiem^ en cellui temps avoit une pucelle , comme on disoit , sur la rivière de Loire qui se disoit prophète , et disoit : telle chose adviendra pour vrai ; et estoit contraire au régent de France et à ses aidants ; et dîsoit-on que maugré tous ceux qui tenoient le siège devant Orléans , elle entra en la cité atout grand foison d'Arminaz et grand quantité de vivres", que oncques ceux de l'ost ne s'en murent; et si les véoient passer à ungtrait ou deux d'arc près d'eux; et si avoient si grand pécessité de vivres , que ung homme eust bien mangé pour trois blancs de pain à son disner ; et plusieurs autres choses de elle racontoient ceux qui mieux aimoient les Arminaz que les Bourguignons, ne que le régent de France, Ils aflTermoient que quant elle estoit bien petite qu'elle gardoit les brebis ; que les oiseaux des bois et des champs , quant les appelloit, ils venoient mangor son pain dans son
388 JOURNAL («4a9)
giron comme privés. In veritate apocriphuni est.
Item y -en cellui temps levèrent le siège les Arminaz^ et firent partir les Anglois par force de devant Orléans, mais ils allèrent devant Vendosme, et la prindrent , comme on disoit ; et par tout alloit cette pucelle armée avec les Arminaz , et por^ toitson estendart, où estoit tant seulement en escript Jhesus ! et disoit-on qu'elle avoit dit à ung capitaine Anglois qu'il se departist du siège avec , sa compaignie , ou mal leur vendroit et honte à tretous; lequel la diffama moult delangaige comme clamer ribaulde et putain ; et elle lui dist que maugré eux tous ils partiroient bien bref, mais il ne le ver« roit jà, et si seroient grand partie de sa gent tués; et ainsi en advint-i) , car il se noja le jour devant que Foccision fut faite; et depuis fut pesché et fut despécé par quartiers et boUu et embosmé et apporté à Saint-Merry , et fut huit ou dix jours en la chapelle devant le cellier ; et nuit et jour ardoient devant son corps quatre cierges ou torches, et après fut emporté en son pays pour enterrer.
Item, en ce temps s'en alla frère Richart ; et le dimanche devant qu'il s'en devoit aller , fut dit parmi Paris qu'il devoit prescher au lieu ou bien près où le glorieux martyr monsieur saint Denis avoit esté descollé et maint autre martyr ; si y alla plus de six mille personnes de Paris , et partit la plus grand partie de sabmedi au soir à grands tourbes, pour avoir meilleure place le dimanche au matin , etcouchèrent aux« champs en vieilles mazures
(i4a^) d'un B0UIIGJ50IS DE PARIS. SSq
et OÙ ils porent mieux , mais son fait fut empeschié ; comment ce fut , atant m'en tais ; mais il ne prescha point ; dont les bonnes gens furent moult troublés ; ne plus ne prescha pour celle saison à Paris , et lui convint partir.
Jtemy en cellui temps tenoienl les Arminaz les champs, qui tout destruisoient ; si y furent commis Anglois environ huit mille. Mais quant ce vint au jour que les Anglois trouvèrent les Arminaz , ils n'estoient pas plus de six mille , et les Armiuaz estoient dix mille. Si coururent sus aux Anglois moult asprement , et les Anglois ne les refusèrent mie. Là ot grant desconfiture d'un lèz et d'autre, mais en la fin ne le porent les Anglois souffrir ; car les 'Arminaz qui plus estoient de la moitié que n'estoient les Anglois , les encloyrent de toutes parts; là furent Anglois diesconfits; et furent bien, comme on disoit , trouvés morts des Anglois quatre mille ou plus, des autres ne sot-on le nombre à Paris.
Item y le dimanche dîx-neuviesme jour de juing, l'an mil quatre cent vingt-neuf, fut dédiée l'église Sainct-Laurens dehors Paris, par révérend père en Dieu Tévesque de Paris, et autres prélats.
Item y le sixiesme jour de juin, oudit an mil quatre cent vingt-neuf, furent nés à ïïebarviHiiers deux enffents qui estoient proprement ; car pour vrai je les vis et les tins entre mes mains , et avoient deux testes, quatre bras, deux couls, quatre jambes, quatre pieds, et n'avoient qu'un ventre
590 jourhal (1499)
ne qu'un nombril^ deux testes, deux dos; et furent chrestiennés , et furent trois jours sur terre pour voir la grant merveille au peuple de Paris. Et pour vrai, du peuple de Paris , y fut les veoir plus de dix mille personnes, que hommes que fem^ mes ; et par la grâce de Nostre-Seigneur, la mère en délivra* saine et sauve. Ils furent nez environ sept heures au matin , et furent chrestiennés en la parroisse Sainct-Christoufle , et Tune fut nommée Agnez, l'autre Jehanne, leur père Jehan Discret, la mère Gillette, et vesquirent après le battesme une heure.
Iterriy en celle propre sepmaine, le dimenche en* suivant , fut né en la Ghaumerie, derrière Sainct- Jehan , ung veel qui avoit deux testes, huict piés , et deux queux ; et la sepmaine ensuivant fut né vers Sainct^Huistace ung pourcelet qnî avoit deux testes, mais il n'avoit que quatre piés.
Iterriy le mardy devant la Sainct-Jehan , fut grant esmeute que les Arminaz dévoient entrer celle nuit à Paris, mais il n'en fut rien.
Iterriy depuisj, sans cesser jour ne nuit , ceux de Paris enforcèrent le guet et firent fortifier les murs , et y mirent foison canons et autre artillerie , et changèrent le prévost des marchands et les eschevins, et firent ung nommé Guillaume Sanguin prévost des marchands ; et les eschevins furent , c'est à sçavoir : Imbert des Champs , mercier et tapissier-. Colin de Neufville, poissonnier; Jehan de Dampierre, mercier; Remon Marc, drappier ;
(•4^9) VVIS BOUKGEOIS DIS PAtUS. 39 1
et furent faits et institués la première sepmaine de juillet; et le dixiesme jour dudit mois vint le duc de Bourgongne à Paris, à ung jour de dimenche , environ six heures après disner , et nj demoura que cinq jours, èsquels cinq jours y ol moult grant conseil , et fut faite procession générale , et fut fait bien moult bel sermon à Noslre- Dame de Paris, et au palais fut publiée la chartre ou lettres comment les Arminaz traitèrent jadis la paix en la main du légat du pape , et en outre que tout estoit pardonné d'ung eosté et d'ung autre , et comment ils firent les grands serments ; c'est à sca,voir : le dalphin et le duc de Bourgongne , et comment ils receurent le précieux corps dè Nostre- S^gneur ensemble, et le nombre de chevaliers de nom d'ung lez et d'autre. En ladite lettre ou charte mirent tous leurs signes et seaulx et après^ comme le duc de Bourgongne voulant et désirant ta paix dudit xoyaume, et voulant accomplir la promesse qu'il avoit faite , se submist à aller en quelque lieu que le dalphin et son conseil voldroient ordonner, si fut ordonné par ledit dalphin ou ses complices la place, en laquelle place le duc de Bourgongne se comparut , lui dixiesme, des plus privés chevaliers qu'il eust , lequel duc de Bourgongne, lui estant à genoux devant le dalphin, fut ainsi traitreus^c^nt imîurdri , comme chacun scet. Après la conclusion de ladite lettre , grant murmure commença , et tels avoient grant alliance aux Arminaz qui les prindrent en très grant
JOUaJlfAL (1439)
hayiie. Après la murmure, le régent de France et duc de Betfort fit faire silence , et le duc de Bourgongne se plaint de la paix ainsi enfrainte^ et en après , de la mort de son père , et adoncques on fist lever les mains au peuple que tous seroient bons et loyaux au régent et au duc de Bourgongne; lesdits seigneurs leur promisrent par leurs foys garder la bonne ville de Paris ; et le sabmedi ensuivant le duc de Bourgongne se partit de Paris , et emmena sa sœur, la femme du régent avec lui, et le régent s'en alla d'autre part à Pontoise, lui et ses gens, et fut ordonné cappitaine de Paris le signeur de risle-Adam , et les Arminaz entrèrent celle sepmaine en la cité d'Ausserre , et puis vindrent à Troyes, et entrèrent dedens, sans ce qu'on leur def-r fendit; et quant ceux des villaiges de Paris à l'entour sceurent comment ils oonquestèrent ainsi pays , ils laissèrent leurs maisons , et apportèrent leurs biens ès bonnes villes, et soièrent leurs blés avant qu'ils fussent meurs, et apportèrent à la bonne ville. Après, tantost après, entrèrent en Compiègne , et gaignèrent les chastelenies d'entour sans nulle deflPense, et entour Paris prirent-ils Luzarches et Dampmartin , et plusieurs autres fortes villes; et ceux de Paris, qui moult avoient grant paour, car nul signeur n'y avoit; mais le Jour Saint- Jacques , en juillet , furent ung pou reconfortés ; car ce jour vint à Paris le cardinal de Vincestre et le régent de France, et avoient en leur compaignie foison de gens d'armes et archiers , bien environ
(i4a9) I>'UN BOUKGËOIS DB PARIS. SqS
quatre mille, et le sire de risle-Adam , qui en avoit de Piccars bien environ sept cent, sans la commune de Paris.
Item^ pour vray, le cor délier qui prescha aux Innocents, qui tant âssembloit de peuple à son sermon^ comme devant est dit, pourH^ray chevaulchoit avec eux; et aussitost que ceux de Paris furent certains qu'il chevauchoit ainsi ^ et que par son langaige il faisoit ainsi tourner les cités qui avoient fait les serments au régent de France ou à ses commis , ils le maudissoient de Dieu et de ses saints ; et qui pis est, les jeux des tables^ de boules, dés , brief, tous autres jeux qu'il avoit deffendu , recommencèrent en despit de lui; et mesme ung meriau (plaque) d'estaing où estoit emprint le nom de Jésus, qu 'il leur avoitfait prendre, laissèrent-ils, et prindrent tretous la croix Sainct-Andry.
Item y environ la fin , se rendit aux Arminaz la cité de Beauvais et la cité de Senlis.
Item y le vingt-cinquiesme jour d'aousl, fust prinse par eux la ville de Sainct-Denis ; et le landemain couroient jusques aux portes de Paris; et n'osoit homme issir pour vendanger vigne ou verjus , ne aller aux marais riens cueillir, dont tout enchérit bien tost.
Item y la vigile Sainct-Laurens , fust fermée la porte Sainct-Martin , et fust crié que nul ne fust si osé d'aller à Sainct-Laurens par dévocion, ne pour nulle marchandise sur la hart ; aussi ne fiston ; et la feste Sainct-Laurens fust en la grande
094 JOuanÂL («4^)
cour Sainct-Martio , et là fust grant foison de peuple } mais nulle marchandise ne s'y vendoit , se non des fromaiges et œufs ^ et de fruit de toutes manières, selon la saison.
Item^ la première sepmaine de septembre^ l'an mil quatre cent vingt-neuf, lesquarfeniers^ chascun en son endroit , commencèrent à fortifier Paris , aux portes de bouUevars , ès maisons qui estoientsur les murs affûter canons et queues pleines de pierres sur les murs , redrecer les fossés dehors la ville , et faire barrières dehors la ville et dedens. Et en icelui temps, les Arminaz feirent escrire lettres scellées du scel du comte d'Alenchon j et les lettres disoient : A voiis^ prés^ost de Paris et préuost des marchants et eschevins j et les nommoient par leurs noms , et leur mandoient de salus par bel langaige largement, pour cuider esmouvoir le peuple l'ung contre l'autre et contre eux : mais on apperçut bien leur malice ; et leur fust mandé que plus ne gettassent leur papier pour ce faire, et n'en tint oncques compte.
Item^ la vigile de la Nativité de Nostre-Dame en septembre , vindrent assaillir aux murs de Paris les Arminaux , et le cuidoient prendre d'assaut ; mais pou j conquestèrent, se ce ne fust douleur, honte et meschef ; car plusieurs d'eux feurent navrés pour toute leur vie , qui, par avant l'assaut, estoient touts sains : mais fol ne croit jà tant qu'il prent pour eux le dy , qui estoient pleins de si grant maleur et de si malle créance , que pour le
(i4a9} I>'UI^ BOURGBQIS DG PARIS. 3^5
dy d'une créature qui estoit en forme de femme avec eux, que on nommoit la Pucelle, que e'estoit , Dieu le scet. Le jour de la Nativité Nostre- Dame^ feirent conjuracion, tout d'uog accord , de celui jour assaillir Paris , et s'assemblèrent bien douze mille ou plus , et vindrent environ heure de grant messe, entre onze et douze, leur Pucelle avecques eux, et très grant foison chariots, charettes et chevaux touts chargés de grants bourées à trois harts pour emplir les fossés de Paris ; et commencèrent à assaillir entre la porte Sainct- Honoré et la porte Sainct-Denis ; et fust l'assaut très cruel ; et en assaillant disoient moult de villeines paroles à ceux de Paris, et là estoit leur Pucelle, atout son estendart, sur les conclos des fossés, qui disoit à ceux de Paris i Rendez-^ous de par Jésus a nous tostj car se vous ne vous rendez avant qu^il soit la nuict , nous j entrerons par force y veuillez ou non , et touts serez mis h mort sansmercjr : — Voire y ^stung, paillarde ribaulde! et trait de son arbalestre droite à elle , et lui perce la jambe tout oultre, et elle de s'enfouir; ung autre percea le pié tout oultre à celui qui portoit son estendart. Quant il se sentist navré , il leva sa visière pour veoir à oster le vireton de son jné , et ung autre lui trait , et le saingne entre les deux yeux, et le navre à mort, dont la Pucelle et le duc d'Alençon jurèrent depuis que mieux ils aimassent avoir perdus quarente des meilleurs hom* mes d'armes de leur compaignie. L'assaut fust
396 JOURNi^L (»4a9)
moult cruel d'une part et d'autre , et dura bien jusques à quatre heures après disner , sans ce qu'on sceust qui eust le meilleur ; ung pou après quatre heures ceux de Paris prindrent cueur en eux, et tellement les versèrent de canons et d'autres traits , qu'il leur convint par force reculer et laisser leur assaut, et eux en aller. Qui mieux s'en pouvoit aller estoit le plus heureux: car ceux de Paris avoient de grants canons qui gettoient de la porte Sainct-Denis , jusques parde là Sainct-Ladre largement, qui leur gettoient au dos, dont moult feurent espouvantés; ainsi feureni. mis à la fuite ; mais homme n'issi de Paris pour les suivir, pour paour de leurs embusches. Eux en allant , ils bouttèrent le feu en la grange des Mathurins , emprès les Porcherons , et meirent de leurs gens qui morts estoient à l'assaut, qu'ils avoient troussés sur leurs chevaux, dedans celui feu grant foison , comme faisoient les payens à Rome jadis ; et maudissoient moult leur jPucelle , qui leur avoit promis que sans nulle faute ils gaigneroient à celui assaut la ville de Paris par force, et qu'elle geyroit celle nuit, et eux touts, et qu'ils seroient touts enrichis des biens de la cité , et que touts seroient mis , qui j mettroient aucune deffence , à l'espée , ou ars en sa maison. Mais Dieu qui mua la grant entreprinse d'Oloferne, par une femme nommée Judith , ordonna par sa pitié autrement qu'ils ne pensoient ; car le landemain y vindrent quérir par sauf leurs morts , et le hérauLt
(i429) I>'t1W BOURGEOIS DE PARIS.
qui vint avecques eux , fust sermenté du cappitaine de Paris , combien il y avoit eu de navrés de leurs gens : lequel jura qu'ils estoient bien quinze cents, dont bien cinq cents ou plus estoient morts ou navrés à mort. Et vrai qu'en celui assaut n'a voit aussi comme nuls hommes d'armes , qu'environ quarente ou cinquante Anglois, qui moult y feirent bien leur devoir ; car la plus grant partie de leur charroi, en quoi ils avoient amenés leurs bourrées , ceux de Paris leur ostèrent ; car bien ne leur devoit pas venir de vouloir faire telle occision , le joiir de la saincte Nativité de Nostre- Dame.
Item , environ trois ou quatre jours après , vint le régent à Paris, et envoya de ses gens à Sainl- Denis : mais les Arminaz s'en estoient partis sans riens payer de leurs despens; car ils promettoient à ceux de Saint-Denis de les payer des biens de Paris quant ils seroient entrés dedans : mais ils faillirent à leur intencion , pourquoi ils trompèrent leurs hostes de Saint-Denis et d'ailleurs ; et qui fut pour eux, le régent et les prévosts de Paris, et des marchands et eschevins, de Paris , les orent en grant indignacion, pour ce que sitost se rendirent aux Arminaz sans cop férir ; et en furent condamnés en très grandes amendes , comme vous oïrez ci après déclaré pour vrai.
Item y le vendredi darrenier jour de septembre de l'an quatorze cent vingt-neuf, vint à Pans le duc de Bourgogne , à moult belle compaignie »
SqS jouahal
et tant grant, qu'il convint qu'on les logeast es maisons des mesnaigiers et en maisons vuides^ dont moult avoit à Paris ; et avecques porcs et vaches couchoient leurs chevaux ; et vint par la rue Saint- Martin ; et amena avecques lui sa sœur , femme du duc de Betfort, régent de France , qui avecques lui estoit , et avoit devant lui dix hérauts , tous vestus de cottes d'armes du seigneur à qui chascun estoit, et autant de trompettes , et en celle pompe ou vaine gloire allèrent par la rue M aubué à madame Sainte- Avoye faire leurs oblacions , et de là allèrent à Sainct-Paul. Environ huit jours après, vint le cardinal de Vincestre à belle compagnie , et firent plusieurs conseils , tant qu'enfin, à la requeste de l'Université , de parlement , de la bourgeoisie de Paris fut ordonné que leducanglojsde Bedfort seroit gouverneur de Normandie,et le duc de Bourgogne seroit régent de France. Ainsifut fait : mais moult laissoit ennuis (avec peine) le duc de Bedfortleditgouvernement;sifaisoitsafemme:mais à faire leur convint. Et quant les Angloys furent partis, qui partirent à ung sabmedi au soir, et allèrent àSainct-Denis, faisant du mal assez , le duc de Bourgongne se partit après, etprint trêve aux Arminaz jusques à Noiiel ensuivant ; c'est asçavoir pour la ville de Paris et pourles faubourgs d'autour tant seulement, et tous les villaiges d'entour Paris estoient apactiz aux Armioaz ; ne homme de Paris n'osoit mettre le pié hors des faubourgs, qui ne fust mort, ou perdu, ou rançonné déplus qu'il
(i4a9) O'UN BOURGEOIS DE PARIS. 699
n'avoit vaillant, ne ne s'osoit revancher, et sine venoit riens à Paris pour vie de corps d'homme y qui ne fust rançonné deux ou trois fois plus qu'elle ne valloit. Le cent de petit cotterez valoit vingtquatre sols parisis, le molle sept sols ou huit sols , deux œufs quatre deniers parisis; ung petit fromaige, tout nouvel fait, quatre blancs; le boisseau de pojs quatorze ou quinze blancs ; et si couroittrès forte monnoye, ne il n'estoit nouvelle^ ne pour Tou^sains , ne pour autre feste en cellui temps de harenc froys, ne de quelque marée à Paris,
Iterrij le duc de Bourgongne, quant il ot esté environ quinze jours à Paris, il se despartit la vigille Sainct-Luc , et emmena avecques^ lui ses Piquait qu'il avoit amenés, environ six mille au$si fort larrons qu'il avoit entrés à Paris , puis que la maleureuse guerre estoit commancée ; et comme il parut bien en toutes les maisons où ils furent logés. Et aussitost qu'ils furent partis hors des portes de Paris, ils n'encontraient hommes qu'ils ne desrobassent ou battissent. Quant l'avant-garde fut partie, le duc de Bourgogne fist crier, comme une manière d'apaiser gens simples , que se on véoit que les Arminaz venoiént assaillir Paris, que on soy deffendist le mieux que on pourroit, et laissa sans garnison la ville de Paris. Véez là tout le bien ainsi qu'il fist pour la ville. Si n'estoient point les Angloys nos amys y pour ce que on les mist hors du gouvernement.
4oO JOURJSAL (Ma9)
Item y avant queNoiiel fust, et que les trêves faillissenl, firent tant de maux les Arminaz eritour Paris , que oncques les tyrans de RomC', ne larrons de bois, ne meurdriers, ne firent oncques plus grant tyrannie souflPrir à chrestiens qu'ils faisoient; et avec la tyrannie prenoient quan que avoient ceux qui chéoient en leurs mains, jusques à vendre femmes et enffants , qui les eust pu vendre, et personne nulle les contredisoit ; car le régent de France , duc de Bedfort , n'a voit cause de s'en mesler , pour ce qu'oji avoit fait le duc de Bo'urgongne régent, lequel ot en icellui terminé grant tribulacion. Car comme il ot fait tout bien et bel ordonner et appareiller tout, quan que puet, et doit appartenir à nopce de si grant prince ; et, comme tout fust appresté qu'il n'attendoit de jour en jour la dame qu'il devoit prendre à femme, qui estoit fille duroy de Portugal , laquelle s'estoit mise en mer; et quant ellçfut et sa mesniée (suite) près de l'Ecluse , aussi comme à une vexie, et qu'on commençoit jà la feste de sa venue, il vint un vent qui lui fut si contraire, que elle fut esloingnéeen peu d'heures en un loingtain pays , qu'il fut plus de quarente jours avant qu'on sceut la certeneté en quel pays elle estoit arrivée; et lui convint par force, en la terre son père arriver en Portugal } et après fut-elle ramenée au duc de Bourgongne saine et sauve. Et ce estoit la cause pourquoi il entrelaissa ainsi Paris celui temps , et par celle faute que nul gouverneur avoit à Paris , ne qui obviast
(i4i9) I>*UN BOURGEOIS DE PAAIS. J^Ol
à Uentontre des ennemis ; et "(que rien ne venoit à Paris (jui ne fust rançonné deux ou trois fois ; et • le convenoit vendre quant il estoit arrivé , si cher, que pouvres gens n'en povoient avoir. Si en advint ung graut douleur; car grand foison de pouvres mesnaigiers, dont les aucuns avoient femmes et enflfiants, les autres non, s'en yssirent grand foison de Paris , comme par manière d'aller esbattre ou gaignier ; et se désespérèrent pour la grant pou vreté qu'ils souflProiént; et s'accompaignèrent avecques autres qu'ils trouvèrent ; et commencèrent, parl'ennortemenl de l'ennemi, à faire tous les maux que peuvent faire chrèstiens , dont il convint par force t^non s'assemblast pourj les prendre. Et en print-ofl à la première fois quatre-vingt-dixhuit; et ung pou de jours après, on en pendit douze au gibet de Paris le déuxiesme jour de janvier ; et le dix , ensuivant , on en mena onze ès halles de Paris, et leur*coppa-t-on les testes à tous ,dix. Le onziesme estoit un très bel jeune filx d'environ vingt-quatre ans; il fut despouillé et prest pour bander ses yeux, quand une jeune fille, née des halles , le vint hardiement demander , et tant fit par son bon pourchas, qu'il fut remené ou Chastelet, et depuis furent espousés ensemble.
Item y en cellui temps fut la Pasques le dixseptiesme jour d'avril ; et fut si très cher et très froit, que valloit le molle de bûche neuf sols parisis, et le cotteret et le charbon ainsi cher ou plus, et toutes choses dont on povoit vivre , se non pom-
MOKSTftELtT. T,Xy.^ JODBN. d'oM BOURG. DE PaRI». 26
402 JOURNAL (;4l9)
me» dont les pouVres gens avoient tant seulement admendement; et pour la defiaulte d'huile on mangeoit du beurre en cellui karesme , ès halles comme en charnaige«
/tem, le vingt-uniesme jour de mars vinrent les Arminaz proier gens et bestail , et firent cellui jour moult de maux ; si le vint-on dire à Paris au sire de Saveuse, Igquel s'arma lui et sa gent, et avecques lui plusieurs de Paris, avec lesquels avoit ung quartenier, ung eschevîn et receveur des aides, nommé Colline^ de Neuville , le bastart de Saint-Paul, le bastart de Saveuse , tout fut prins. Lesquels , aussitost qu'ils furent aux champs , se desroyèrent sans eux tenir ensemble , et tous furent prins en moins d'une heure ; dont Tes Arminaz eurent très -grand finance.
Item^ quant les Arminaz virent que leurs choses de toutes parts leurs venoient si bien à poinct , si s'enhardirent et vinrent le vendredi ensuivant ,vingttroisiesme jour de mars, environ minuit, à toutes eschelles devant Saint-Denis , et reschellèrent , et entrèrent dedans, et tuèrent les bonnes gens qui faisoient celle nuit le guet sans merci ; et après allèrent parmi la ville tuant et occiant quanque ils encontroient ; et pillèrent cette nuit la ville , et tuèrent grand foison des Piquars qui y estoient en garnison , et emmenèrent presque tous leurs chevaux ; et quant ils furent bien troussés , ils laissèrent la ville , et s'en allèrent a tout leur pillage , qui moult grand estoii et trop.
Oi^9) t)'UN BOURGEOIS DE PARIS. 4^5
Item , en celui temps furent aucuns des grans de Paria, coij^me du parlement et du ChasteUet, el marchands et gens de mestier , qui firent ensemble conjuracion de i^ettre les Arminaz d^diaQS Paris, à quelque dommsig^ que ce fust^ et dévoient estre signés de certains^^j^ipe^ quant les Arminaz entwroi^l à P^uii^; et qui n'auroit ce 3igoe estoit en péril de aiort* Et y Aïoit un c|irpie non^mé frère Pierre d'Allée , qui çstoît porteur et rapporteur de lettres de jjng l^-et d'iîutre : mais Dieu ne volt pas souffrir que si grand homicide fust feite en la hoHfie cité de Paris ; car le carmiç fut prias, qui moult ei\ encusa par géhenne qu'on lui fist Et vrai fut que la sepmaine de la Passjx)a , ejilre Pasques fleuries et le dimanche devant, on en prfrfl plus de cent cinqua&l;^ , et la vigille de Pasques fleuries on en coppa à six la teste es halles , et on en noya. Aucuns moururent par force de géhenne , «aucuns finèrentpar cK^vance , aucuns s'en* fouirept sans revenir. Quant les Arminaz virent qu'ils or«&t faillis à leur entreprise , ils furent tous désespérés, et ne trouvaient ne femnîjes ne ^nffents qu'ils ne prinssent / et venoierft jusque au^ portes de Pa^is sans contredit de nulli ; mais on ,attendoit de jour en jour le du^ de Bourgoôgne qui n'alla , ne vint , passa janvier , février , mars et avril. Le vingt^uniesme jour d'aVril , allèrent bien tr<Hs cent Anglois ou finvironpour cuider prendre un cbastel nomnîé la Chasse : mais par leur convoitise ils se transportèrent k Chèle Sainte-Badour,
4o4 JOUR N Ali (i45o1
et pillèrent la ville , puis l'abbaye , et s'en vindrent devant ledit chastel ainsi troussés des biens de l'église et des laboureurs, dont il leur mesebut trèsgrièvement; car cependant qu'ils pillèrent ladite abbaye , les** Arminaz eux assemblèrent des garnisons d'autour , et les encloyèrent entrç le chastel et eux. Si ne sçurent oncqpaes les enteùdre ; car ceux de dedans les grevèrent moult de traits , et ceux de derrière les assaillirent si asprement , que en bien pou d'heureS furent tous môrts ou prins; et ainsi doncques les Arminaz fuçient moult enrichis ; car ils orent tous leurs chevaux et tout ce qu'ils avoient pillé à Chèle , et les rançons des vivants , et la dépouille des morts.
**/(em^ le vingt-cinquiesme jour dudit mois, lendemain de Saint-Marc , ijrent tant les Arminaz , par leur force ou par trayson , qu'ils gaignèrent l'abbaye de Saint-Mor-des-Fossés , et partout leur venoil bien ; ne oncques, puis que le comte de Salcebry ftit tué devant Orléans , ne furent les Anglois en place dont il ne leur convint partir à très grand dommaige ou à très^grand honte pour eux.
Item y celle année avoit foison roses blanches au jour de Pasques fleuries , qui furent le huitiesme jour d'avril mil quatre cent vingt-neuf , tantestoit l'année hastive.
liem^ le vingt-sixiesme dudit mois, l'an mil quatre cent trente , firent faire les gouverneurs de Paris grands feus, comme on fait' à la Saint-Jehan d'esté, pource que le peuple s'esbahissoit de ce que
(i43o) d'un UOUnCEOIS DE PAUIS. • 4o5
les Arminaz avoient partout le meilleur ouï , venoient el firent entendre au j)euple que c'estoit pour le jeune roy Henrj* qui se tenoitroy de France et d'Angleterre, qui esloit arrivé à Boulongne, lui et grand foison de souldbyers y pour combattre les Arrainaz ; dont il n'estoit rien , ne du duc de Bourgongne nouvelle nulle n'estoit ; si estoit le monde aussi Comme au désespoir de ce que on ne gaignoit rien, et que les gouverneurs leur faisoient ainsi, entendant que brief ils auroient secours , dont quelque seigneur ne Taisoit nul semblant de secours , ne d'aucun traité ; par quoi des mesnaigers de Paris se despartoient , de quoi Paris affeblissoit moult.
Iterriy la sepmaine de may , avoijt à la porte Sain t- Anthoine prinsonniers, dqnt l'ung avoit payé sa rançon, et esjoit eslargi, et allpit avec les gens du à son plaisir ; si trouva, ung jour que cellui qui gardoit les prinsons. s'endormy àprës disner sur ung banc, comme on fait en esté,* si lui ostaJes clefs ainsi comme il dormoit, et ouvry la prinson , et en deslia trois avecques lui ; et vindrent où il dormoit encore , et autres, l'ung çà, l'autre là, et frappèrent sur eux pour les tuer, et en navrèrent à mort deux ou trois avant (jue les gens qui estoient du chastel en peussent rien ouyr. Quant ils sorent comment lesdits prisonniers avoient ouvré, ils accoururent à l'aide de leurs compagnons hastivement , et le seigneur de l'Isle-Adam qui léans. estoit , qui en estoit cappitaine, et de ville
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Paris, vint tost où cils estoienl. Si les escrie, et lîert d'une hache qu'il tenoit le premier qu'il trouve , si l'abat mort. Les autres ne porent fuir , ii furent trestous prins , et recongneurent qu'ils avoient en pensée de tuer tous ceux qui estoient dedans le chastel, et de livrer le chastel aux Arminaz pour prendre Paris par trayson ou autrement. Et tanlost que ils orent ce dit, si lesf fist le cappitaine, tous tués , traisner en la rivière.
Item y en celle année, le douziesme et le treiziesme jour de may^ gelèrent toutes les vignes, qui estoient les plus belles par apparence de foison de grappes et grotees que homme les eust veues puis Irente ans devant. Ainsi plust à Dieu qu'il advenist pour nous donner exemple que en ce monde n'a rien seur, comme il appert de jour en jour.
Item y le vingt-troisiesme jour de may fut prinse devant Compiégne dame Jehanne la Pucelle aux Arminaz, par messire Jehan de Luxembourg et ses gens , et bien mille Anglois qui venoient à Paris ; et furent bien quatre cents des hommes à laTucelle que tués que noyés. Après ce, ledîtnenche ensuivant, vindretit les mille Anglois à Paris, et allèrent assiéger les Arminaz qui estoient dedens l'abbaye de Sainct-Mor-des-Fossés. Ils ne se tindreht point et rendirent laditç abbaye, sauvé leur vie, sans rien etnporter que ung baston én leur poing, et estoient bien cent, et fut le' deuliesriie jour de jtling mil quatre cent trente.
Itèm^ en tellui temp^, la livre de beurre salé va^
(t43o) d'ln bourgeois de paris. 4<>7
loit trois sols parisis dé très forte monnoye, et la pinte d'huile de noix six sols parisis. Et pour certain , aussi tost quenles Arminaz furent départits , les Anglois , bon gré ou mal gré de leurs cappitainés, pillèrent toute Tabbaye et la ville si au net, qu'ils n'y laissèrent pas les cuUières au pot , qu'ils n'apportassent ; et çeux de datant à leur entrée avoient bien pillé, et les darraiirs encore riens n'y laissèrent : quelle pitié !
Item y en cellui mois de juingn'estoit encore aucune nouvelle du roy Henry d'Angleterre, qu'il fust point passé la mer, *et les gouverneurs de Paris firent entendant au peuple, dès le jour Saint- Georges, quj^îl avoit passé la mer par deçà , dont ils firent faire des feux parmi Paris, dont le menu peuple n'estoit pas bien comptent, pour la bûche qui tant estoit chère, et que bien soavoient les aucuns qn'il n'estoit point pa;ssé deçà la mer.
Item , du duc de Bourgongne n'estoit nulle nouvelle qu'il deuist venir, et si n'estoit-il-sepmainë qu'on ne l'attendist depuis^ janvier , et c'estoit près de la Sainct-Jehan ; mais ainsi le donnoient à entendre les gouV'erneurs au peuple pour les appaiser ; mais ils disoient, quant on pai^loit de son venir, et le.plus : Patrem sequitur sua pwles. Vrayement les enfiens ensuivent voulentiers leur père , et plus n'en disoient* Et vrayement passa encore juillet que de lui n'estoit nouvelle , fors qu'il avoit grant foison Piquars, qui dès le mois d'avril avoient mis le siège devant Compiégne , mais encore n'y avoient
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rien fait ou mois d'aoust* Et vrayement trois cents Anglois faisoient plus en armes que cinq cents Piquars ; et si n'estoit nuls plus forts larrons et moqueurs de gens; et les Anglois gaig-nèrent bien douze forteresses entour Paris en ung mois, et après allèrent à G>rbeil la seconde sepmaine de juillet.
Item y le dix-septiesme jour de juillet , à ung jeud j , vigille Sainct-Arnoul , fut la cloche Nostre- Dame fondue et nommée Jacqueline ; et fut faite par ung fondeur nommé Guillaume Sifflet, et pesoit quinze quille ou environ.
Item y le sire de Roz , ung chevalier Anglois, vint à Paris le mercredy, seixiesme jour d'aoust , l'an mil quatre cent trente, le plus pompeusement que on vit oncques , s'il n'estoit roy, ou duc^ ou comte ; car il air oit devant lui quatre ménestrels jouants trompes, clerons, tous jouants de leurs instruments. Mais le vendredy ensuivant fortune lui fut trop contraire ; car les Arminaz vindrent prendre la proie devant la porte Sainct-Anthoine ; et prindrent bœufs > vaches et autre bétail , et s'en retournèrent atout (avec). Quant le sire de Roz le sceut , il alla à toutes ses gens après , et poursuivi fort, et ung autre chevalier anglois, qui estoit cappitaine du bois de Vincennes , qui le suivit de près, et autres; et virent les Arminaz qui passoient Marne par-delà Saint-Mor, si les suivirent; et aucuns se misrent en la rivière , qui bien virent le gué par où les Arminaz passèrent, et allè-r
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rent outre. Le sire de Roz faill)^ à trouver le gué , et soi boutta en la rivière trop haVdiment , et le cappitaine du bois de VinceriDes , qui aussi faillit , et ung autre chevalier nommé monsieur de Moiicy, et plusieurs autres . qui tous furent noyés; et grant foison d'Armi»az aussi le furent; mais ceux qui passèrent besoingnèrent si bien ^ qu'ils recouvrèrent tous les prisonniers et la ptoye, et avecques ce prindrent le cappitaine de Langny, messire Jehan Foucault, et plusieurs autres tuèrent, et plusieurs d'eux furent tués ; et n'estoit guères quinzfe jours qu'il ne venist à Pari^ trois, ou quatre cent, ' plusoumoins,d'Anglois; mais aussi tostqu'ilalloient surles Arminaz, toujours perdoient aussitost qu'ils frappoient ensemble , et les- Arminaz les metloient tous à mort ; et disoient que c'estbit pour ce que , puis le siège fut mis devait Orléans , que le comte de Salcebry pilla et fist piller l'église Nbslre-Dame de Cléry ; lequel mourut tanlost après par cas de meschief,^'unè pièce de canon qui rompit.
Item / apr^s fut levé le siège qui tant avoit cousté, citant de leurs gens prins et morts.
Item ^ depuis que ce qu'il fist à JLuzarches en l'église de Saint-Cosme , puis à Chèle-Sainte- Baudour, et tantost après furent presque^tous prins et tuez : et puis que ont-ils fait à Saii)l-Mor-des- Fossez en l'église et partout où ils peurent avoir le dessus? Les églises sont pillées qu'il n'y demeure ni livres , ni la boueste ou couppe où le corps de Pîostre-Seigneur repose , ne reliques , pour tant
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qu'il y ait or ou argent , ou aucun raétal , qulls ne jettent , soit le corps de Nostre-Seigneur , soient les reliques. Tout ne leuf chault , ou des corporeaux , n'y laissent-ils nuls qui pèsent ; et n y a aucun^ qui soit maintenant aux armes, de quelque costé qu'il soit , François , ou Anglois , ou Arminac , ou Bourguignon, ou Piquart, à qui il eschappe rien qu'ils puissent , s'il n'est trop chaut ou trop pesant ; dont est grant pitié et dommaige que les seigneurs ne sont d'accord. Mais se Dieu n'en a pitié , toutte France est en grant danger d'estre perdue ; car de touttes parts on y gaste les biens , on y tue les hommes , ou y boute feuz ; et n'est estrange ne privé qui point en die , DimitXe : mais toujours va de mal en pis, comme il appert. Vray est que le jour de Saint-Augustin , en aoust mil quatre cent trente , cinquante ou soixante* voituriers ou environ , que de Paris , que d'entour , allèrent querre des blez, qui près du Bourgel estoient nouveaux soyers , et estoient aux bourgeois de Paris, l-ics Arminaz le sceurent par leurs espies , dont ils avoient assez à Paris ; si parvindrent sur eiwc à grant puissance; si se combattirent le mieux qu'ils porent nos gens de Paris. Mais rien ne leur vallut , car tant est que les Arminaz les desconfîrent , et er\ tuèrent moult ; et tout le remenant (reste) qu'ils ne tuèrent, mirenten leurs prinsons , et par lôut grant màuvfesetié mirent le feu dedans les bléz qui ès chariots et charrettes estoient , et tout ardoient que rien n'en fut rescous
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que les ferrures; et quant ils véoient aucun de ceux quiestoit à la terre navré à mort ou mains que mort, qu'il remuoit , ils le prenoient et le jet^oient dedens le feu , qui moult grant estoit ; c&t tout le blé et tout le charroy estoit en feu et en flambe*
Item y sans ceux qui furent morts , ils en prindrent bien six vingts ou plus et tous les chevaux , et les rençonnèrent ; et à celle heure de maleur arrivale connestable de France à Paris, nommé le signeur de Stanfort, atout une très grant compàignie d'Anglois ; et passa à une lieue ou environ ou près la place où ils se combattoient ; et si n'en sot rien, dont ce fut granl pitié et grant dôramaige ; car la plus grant partie <le ceux qui furent prins estoient tous mesnaigiers ayant femmes et enfFents, qui furent oncques lousà pouyreté par les ralicons quHl lëur convint payeir ou estre mors sans merci.
lieHt y le troiziesme jour de septembre j à ung dimanche , furent preschées au Puis-Nostre-Dame deux femmes, qui eiiviron demr-an devant ftvoient esté prinsfts à Corbeil et adxtienées à Paris ; dont la plus aisnée, Pierronïie, et estoit de BretaigneBrelonnant, elle disoit, et vrai prôposavoit, que dame Jehanne^ qui s'armoit avecques les Arminaz, estoit bonne, et ce qu'elle faisoit estoit bien fait et selon Dieu*
Item , èlle recogneut avoir deux fois receu le pfécieux corps de Nostre- Seigneur en ung jour. Item , ellè aflfermoit èt juroit que Dieu s'appa-^
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roist souvent à elle en humanité , et parloit à elle comme ami fait à autre , et que la derraine fois qu'elle^ l'avoit veu , il estoit long vestu de robe blanche,- et avoit une huque vermeille par-dessous, qui est aussi comme blasphème. Si ne s'en volt oncques revoquer de l'aflfermer en son propos qu'elle véoit Dieu souvent vestu ainsi ; par quoi cedit jour fut jugée à estre àrse; et mourut en ce propos cedit jour de dimenche , et l'autre fut délivrée pour celle heure.
Jtem^ le lendemain, jour de lundi, quâtriesme jour de septembre mil quatre cent trftnte , venoit par la rivière vingt-trois fonces (bateaux) chargées de vivres et d'autres marchandises. Si ot grosse3 paroles eatre les gens d'armes et mariniers ; et à celle heure arrivèrent les Arminaz moult cruellement sur eux: ; et pour le descort qui entr'eux estoit , et espécialement/en treize de leurs fonces, ils orent trop pou de deffense en eux , et furent prins six vingt et plus sans les morts ; et les dii qui n'a voient point de descort le firent si bien qu'As passèrent eux et leursdiz fonces, et vinrent à port sainement ; et pour ce descort entre gens et doubte est trop grant péril , comme il appert à ce royaume de France.
Item , lèndemain que le sire de Stanfort fut arrivé à Paris, il vît aller assiéger la ville ^ de Brie- Comte-Robert , et la prit d'assaut au deuxiesme jour , mais il n'ot pas sitost le chastel , mais tost après se rendirent ceux de dedans. Quant est de
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monsieur de Bourgongne , n'estoit nulle notlveIl(^ grand pièce après la Saint-Remy , ne dé personne qui bien voulsist à la bonne ville de Paris ; et bien y apparoit; car il n'y avoit que ung pou de ne sçoi quels larrons à Laingny , mais nul n'y remettoit remède que toutes les sepinaines ne prinssent à quelque porte de Paris , ou bien près, hommes , femmes, enffents, bestail sans nombre, dont ils a voient grand finance , et toujours or ou argent ; et ceux qui ne povoient payer leurs rançons, estoient accouplés à cordes, et gettés en la rivière de Marne, ou pendiis par les gorges, ou*en vieilles cave^ liés, sans jamais donner manger. Et si n'estoil rien qui de quelque bien pour corps humain qui pust arjiver à Paris, sans estre en leur danger , tant gardoient bien toijs les passaiges et parterre et par eau ^ et tellement à Fa Saint-Remy mil quatre pen^trente , la buche^ estoit si chèra que le cent de petits cotierets de Bondi ou de Boulongne-la-Pçtite coustoft vingt-quatre sols parisis forte monnoie , qu'on souUoit avoir pour six ou pour sept sols, et le molle de huche dix sols parisis qu'on soulloit avoir pour huit ou pour neuf blancs.
Item y en celui an fut très bel aoust et très belles vendanges , et furent les verjus hastifs ; car aussitost qu'ils estoient entonnés, ils commençoient à bouilUr ou à getter pour mieux dire ; et furent le§ vins très bons , et en avoit-on assez bon compte ; car on avoit une pinte de bon vin pour tout homme d'honneur pour six denier? la pinte , aussi comme
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l'avoit à Rouen pour six blancs ; et tesmoignoient ceux qui en beuvoiènt , très bien congnoissoient que estoit bon vin.
liem^ passa septembre, ottobre, novembre, décembre, janvier jusques au pénultiesme jour, qui estoit la feste Sainte-Bauldour^ que le doc de Betfort , lequel on disoit le régent de France , vint à très h^Ue compaignie ; car il amena avecque lui bien cinquante-six bdtteaux , et Joze fonses tous chargés de biens , de quoi corps d'homme doit vivre , et ne les volt oncqùes laisser qu'il ne les vist toujours, 40U fist voir tant qu'ils fissent à Pari»; et disoit tout le peuple que passé a quatre cents ans, ne vint si grand foison de biens pour une fois ; et disoit^on par manière de esbattenient : « Le duc de » Betfort a amené par Iç plus fort temps pour estre » en rivière que on vit oncquesgueres faire. wCatt" le ,vent fut sans cesser bien troi* gepmaines si trè» cruel qu'on le vit oncques; et toujours il plouvoit, et les eaux très parfaiterlïent grande? ; et les Arminaz, qui de toutes parts mettoient grands embu^ ches pour fe destruire et sa compaignie , mais oncques ne l'osèrent assaillir , et si fut tesmoigné par les héraux qu'ils estoient bien quatre contre img ; et on disoit pour ce que en ce fort temps , et contre : « mont l'eau que le duc de Bourgpngne en . w fairoit venir en val eau dupajs d'âmont deux tel» » temps , car il est régent de France , et verra-t-on » bien comment il besoignera bien ; niais il sera » avant après Pasques Fin mil quatre cent trente-un.
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» car à présent il est trop embesongné pour sa femme » qui ageu d'un beau fils, qui fut chiistianné le jour » Saint-Anthoine en janvier ; et on dit communé- » ment que la première anné^ du mariage on doit » complaire à l'espousée , et que ce sont tretoutes » nopces ; et pour celle cause n'a pu vacquer devant M Compiégne tant qu'il l'eust prinse.» Ainsi disoiton du duc deBourg(Kigne, et pis assez ; car ceux de Paris espécialement Tamoient tant comme on povoit amer prince ; et en vérité il n'en tenoit compte, s'ils avoient faim ou soif ; car tout se perdoÎÉ par sa négligence , aussi-biea en son pays de Bourgongne, comme entour Paris. Et pour ce disoientils ainsi, comme gens mgult troublés, .pour ce qu'on ne gagnoitrien, car marchandise ne couroit point. Par ce mouroient les pauvres gens de faim et de pouvreté, dont ils le maudipsoient souvent et menu moult douloureusement et^ à secret et en appert , comme désespéré et non créants qu'il tiengne jamais nulle chose quHl promets
, Item ^ après la venue du régent ^ bien pou de temps, enchérit tant le blé à Paris , que le sextier de blé,xjui ne valloit devant sa venue que quarante sols parisis ou quarante-deux ou environ, valut ou mois ensuivant soixante-douze ou cinq francs tout mesalé (gâté) ; dont le pain appe tissa tant , que le pain blàne très noir et très mésïile ne pesoit guères plgs de douze onces ; et en mangeoit bien ung laboureur trois ou quatre par jour, car pou vres gens n'avoîent ne vin ne pitance , se non ung pou de noix
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et du pain et de Teau ; car pour fois ne fèves ne mangeoient point, car ils coustoient trop en achapt^ et plus en cuii^e ; et pour 'ce s'appetissoit moult Paris de gens,^
Item, en celui mars le régent fest faire auxpouvres gens de Paris, certains gens d'armes dont trop furent grevés^ mais à faire leur convint. Après on alla à Gournay et fut prins ; et aprè$ alla-t-on à la tour de Montgay , et fut prinse par composition le dix-huitiesme jour (te mars; et puis allèrent devant Langny , et là firent par ^usieurs fois grans assauts; mais à la fin n'y ot point d'onneur, car ceste mal euvre se faisoit la sepmaine peneuse; mais ceux de dedeas se daifendirëjit si bien, que pour certain fut getté en la ville quatre cent et douze pierres de canon en ung jour, qui ne firent oncquçs mal à personne que à ps seul coq qui en fut tué , dont fut grand merveille , que bel fut à ceux du régent et de Paris de laisser leur siège et s'en venir; et s'en vindrent la veille de Pasques, qui furent, celui an, le premier jour d'avriï mil quatre cent trente-un, et disoit-on par moquerie qu'ils estoient ainsi revenus pour eux confesser et ordonner à Pâques en leurs paroisses.
Item y environ la mi-aVtil, pour la charté de touts vivres , et pour les mauvaises gaignes qui pour lors à Paris estoient , à ung sabmedi , quatorziesme jour dudit mois d'avril , la vigile de misericordia Dominiy fusf nombré que par eaue que par terré se paî'tit de Paris, bien douze cents per-
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sonnes sans les enfFents, parce qu'ils n'avoient de quoi vivre , et qui pâtissoient de faim.
Item y le lundi ensuivant se partirent environ cent hommes d'armes de Paris, et allèrent vers Chevreuse , à une vieille forte maison nommé Dannette, où avoit tien quarante larrons dedens qui faisoient touts les maux qui peuvent estre faits ; et feurent prins et admenés à Paris le jeudi ensuivant; çt feurent par nombre touts accouplés ensemble vingt-neuf, touts jeunes gens, que Je plus vieil n*avoit point trente-six ans.
Item y lesabmedi ensuivant feurent pendus treize au gibet de Paris , et deux quant on les print devant leur forteresse , et neuf qui eschappèrent comme saiges.
Item^ le vingt-deuxiesme jour d'avril l'an mil quatre cent trente-un , allèrent les gens du régent, qui avoient esté à Dannette, à La Motte, et prindrent cent meurdriers qui là estoient , dont on en pendit six oudit lieu; et on adm^na à Paris touts, comme devant est dit, touts accouplés et liés de cordes , le vingt-sixiesme jourdudit mois , le nombre de nonante-quatre.
Item , le lundi ensuivant , darrain jour d'avril , on pendit au gibet de Paris, des larrons qui estoient de la prinse de La Motte, trente-deux.
Item y le vendredi ensuivant, quatriesme jour de mai , des larrons qui à La Motte avoient esté prins , on en pendit au gibet de Paris trente; ainsi
Moksthelet. T, X — Journ. d'un boubg. de Paris. 2 7
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feurent pendus en ce lundi et vendredi , soixante-» deux de ces larrons.
Item y le vingt-cinquiesme jour de mai, vendredi ensuivant , fust faite une procession générale à Nostre-Dame de Paris , et de là on alla aux Augustins ; là fust faite une prédication ; en laquelle prédication fust monstré et décleré le très haut bien espirituel, que pape Martin cinq de nom avoit donné et ottroyé à la feste du très Sainct-Sacrement à touts loyaux chrestiens qui seroient en estât d'avoir celui bien; c'est assavoir vrai con les et repentant. Vrai fust que celui vingt-cinquiesme jour fust le vendredi devant la Feste-Dieu. Ce jour prescha un maistre en théologie ; et devisa au peuple comme pape Urbain , quart de ce nom , ordonna premièrement à célébrer ladite solempnité touts temps , le jeudi , premier après les octaves de Penthecostes et les pardons qu'il y donna ; c'est assavoir aux premières vespres, à matines, à la procession , à la grant messe , aux vespres du jour pour chascune* de ces quatre , cent jours de leurs pénitences enjointes.
Item, à ceux qui seroient à prime , tierce , sexte, none et complies, ledit jour, pour chascune heure quarante jours , et pour ceux qui seront auxdites heures durant les octaves, pour chascun jour, cents jours de pardon.
Item y ladite feste fust premièrement par Gilles r Augustin, mil trois cent dix -huit ; en celui an, l'ordonna ledit pape UAain, quatriesme de ce
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nom, et le jour Sai net-Urbain fu^t faite la prédication.
Item j que le pape Martin, cinquiesme de ce nom, lequel trespassa en l'an mÛ quatre cent trente , donna et ottroya à touts ceux qui , en estât de grâce, jeusneroient la vigile du Sainct- Sacre* ment , ou feroient autre pénitence par le conseil de leur confesseur, pour ce qu'en icelui temps il fait chaut, et gresve fort à jeusner à aucjunes gens, il donna à chascun qui bonnement fera icelui jour ladite pénitence, cents jours de pardon : et qui sera aux premières vespres , à matines , à la messe , aux secondes vespres, à chascune heure, deux cents jours de pardon ; et qui sera à toutes les autres heures du jour , pour chascune heure , quatre^ vingt jours de pardon ; pour chascune heure des octabes; c'est assavoir matines, messe et vespres, cent jours de pardon ; et pour les autres heures pour chascune , quarante jours.
Iterrij à touts prélats qui ont dignité, qui seroient aucunement empeschés pour le bien de l'église, ou pour le bien commun , ou pour la foy , qui ne peuvent estre au Sainct-Sacrement celui jour, ou les octabes, il leur octroit autel (semblable) pardon , comme s'ils eussent esté présents; car bonne volenté est réputée pour le fait.
Item y à touts ceux qui dévotement et à jeun sans fabler^ ne sans boutter l'ung l'autre, cent jours de pardon ; et pour touts ceux qui ce jour recevront Nostre-Seigneur , cent jours de pardon.