JOUUNAL (i^'^i
.//^m^touts prestres qui dévotement, celui jour et chacun jour des octabes , célébreront en la révérkice de la feste pour chascun jour , cent jours de pardon.
Item , se aucunes églises sont enterdites par cas de chatif meschef, comme aucunes fois avient, ou aucunes terres, iloctroit que celui jour et les octabes, on pmsse célébrer ès dites terres ou églises, à portes toutes ouvertes , sains sonnants ; c'est assavoir touts excommuniés, et touts ceux pour qui l'enterdit seroit, seront hors bouttés deFégliise et du service .
Item , à tous ceux qui dévotement envoieront ou porteront lumière à convoïer le précieux sacrement le jour , ou quant on le porte à aucun malade par la ville, ou qui le convoiront allant et venant en dévotionetrévérance,poiir chascune fois cent jours, et pour tous ceux qui le feroient voulentiers, et ne peuvent , cinquante jours de pardon.
Item^ il ordonne que tous prélats ou curés, de quelque estât qu'ils soient, tous lés ans doresnavant, le dimanche des octaves de la Pentecoste , ils prononcent ou fassent prononcer le dessusdit pardon aux boi^s chrestiens, à ce que par négligence ne les perdent. Ainsi furent les dessusdit pardons publiés, premièrement en l'église de Sainct-Augustin à Paris le jour Saint- Urbain, pape et martyr, vingteinquiesme jour de juing quatorze cent trente-un.
Ilemy la.vigUle du Sainct-Sacrement en cellui an, qui fut le trentiesme jour de mai oudit an qua-
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torze cent trente-un , dame Jehanne, qui avoit esté prinse devant Compiegne , qu'on hommoit la Pucelle, icellui jour fut fait un preschement à Rouen , elle estant en ung eschafFaut que chascun la poveoit veoir bien clairement , vestue en habit d'homme ; et là lui fust démonstré les grants mau:!s: doloreux qui par elle estoient advenus en chrestienté,. espécialement ou royaume de France , comme chascun scet , et comment le jour de la sainte Nativité Nostre-Dame elle estoit venue assaillir la ville de Paris à feu et à sang, et plusieuss • grants péchés énormes qu'elle avoit fait et fait faire , et comment à Senlis et ailleurs elle avoit fait idolâtrer le simple peuple ; car, par sa fauce hypocrisie , ils la suivoient comme sainte pucelle ; car elle leur donnoit à entendre que le glorieux archange saint Michel , sainte Catherine et sainte Marguerite , et plusieurs autres saints et saintes se apparoient à lui souvent , et parloient à lui comme ami fait à l'autre^ et non pas comme Dieu a fait aucunes fois à ses amis par révélacions, mais corporellement et bouche à bouche, comme un ami à autre.
Item y vrai est qu'elle disoit estre âgée environ vingt-sept ans, sans avoir honte que maugré père et mère et parents et amis \ que souvent alloit à une belle fontaine ou pays de Lorraine , laquelle ellenommoil Bonne Fontaine aux Fées Nostre-Seigneur, et en icellui lieu tous ceux du pays, quant ils avoient fiebvre , ils alloient pour recouvrer garison^ et là alloit souvent ladite Jehanne la Pu-
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celle , sous un grand arbre qui la fontaiae ombroit ; et s'apparurent à lui sainte Catherine et sainte Marguerite, qui lui dirent qu'elle allast à ung cappitaine qu'ils lui nommèrent ; laquelle y alla sans prendre congé à père ne à mère; lequel cappitaine la vestit en guise d'homme , et lui çainct l'espée, et lui bailla ung escuier et quatre varlels , et en ce poinct fut montée sur ung bon cheval; et en ce point vint au roy de France, et lui dit que du commandement de lui estoit venue * à lui, et qu'elle le feroit estre le plus grapt seigneur du monde , et qu'il fust ordonné que tretous ceux qui lui désobéiroient fussent occis sans mercy ; et que sainct Michel et plusieurs anges lui avoient baillé une couronne moult riche pour lui, et si avoit une espéeen terre aussi pour lui; mais elle ne lui randroit tant que sa guerrie fust faillie ; et tous les jours chevauchoit avec le roy àgrant foison de gens d'armea, sans aucune femme vestue, attachée et armée en guise d'homme, ung gros baston en sa main ; et quant aucun de ses gens mesprenoit, elle frappoit dessus de son baston grants cous en manière de femme très cruelle» Item y dit que elle est certaine de estre en Paradis en la fin de ces jours.
Item y dist qu'elle est toute certaine que c'est saint Michel , sainte Catherine et sainte Marguerite qui à lui parlent souvent^ et quant elle veut, et que bien souvent les a veues avoit* couronnes d'or en leurs testes; et que tout ce qu'elle fait est
CMS^i) d'un bourgeois de paris.
du commandement de Dieu ; et plus fort dit qu'elle scet grant partie des choses à advenir.
/ife/w^ plusieurs fois a prins le précieux sacrement de Tau tel toute armée, vestue en guise d'homme, les cheveux rondiz, chaperon déchi-' quêté, gippon, chau&ses vermeilles attachées à foison aiguillettes, dont aucuns grans signeurs et dames lui disoient, en la reprenant de là dérision de sa vesture , que c'estoit peu priser Nostre-Seigneur de le recevoir en tel habit, femmé qu'elle estoit; laqijelle leur répondit promptement, car pour rien n'en feroit autre , et que mieux ameroit mourir que laisser l'habit d'homme par nulle défense 3 et que se elle vouloit , elle feroit tonner èt autres merveilles ; et qu'une fois on lui volt fairé de son corps desplaisir; mais elle saillit d'une haute tour en bas, sans soy blecier aucunement.
Item , en plusieurs lieux elle fist tuer hommes^ et femmes tout en bataille comme de vengeance voulentaire ; car qui n'obéissoit aux lettres qu'elle faisoit , elle faisoit tantost mourir sans pitié quant elle en avoit povoir; et disoit et alFermoit qu'elle ne faisoit nulle rien que par le commandement que Dieu lui mandoit très souvent par l'arcbange saint Michel , sainte Catherine et sainte Marguerite, lesquels lui faisoient ce faire, et non pas comme Nostre-Seigneur faisoit à Moyse au mont de Sinaï, mais proprement lui disoient des choses secrètes à advenir , et qu'ils lui avoient ordonné et ordonnoient toutes les choses qp'elle faisoit ^ fust
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en son habit ou autrement. Telles faulees erreurs, et pires avoit assez dame Jehanne ; et lesquelles lui furent, toutes déclairées devant tout le peuple, dont ils orent moult grant horreur, quant ils ouvrent raconter les grants erreurs qu'elle avoit eues contre nostre foi, et avoit encore; car pour chose qu'on luîdémontrast ses grants maléfices et erreurs, elle ne s'en effraioit ne esbahissoit, ains respondoit hardiment aux articles qu'on lui proposoit devant elle comme celle qui estoit toute pleine de l'ennemi d'enfer; et bien y parut ; car elle véoit les clercs de l'université de Paris , qui si huml>lement la prioient qu'elle se repentist , et révoquast de celle malle erreur, et que tout lui seroit pardonné, par pénitence , ou se non elle seroit devant tout le peuple arse , et son ame damnée ou fans d'enfer; et lui fust monstré l'ordonnance et la place où le feu devoit estre fait pour l'ardoir bientost , si elle ne se révoquoit. Quand elle vit que c'estoit à certes, elle crya merci , et soi revoca de bouche, et fut sa robe ostée et vestue en habit de femme; mais aussitost qu'elle se vit en tel estât elle recommença son erreur conmie devant, demandant son habit d'homme. Ettantost elle fut detous jugiée à mourir , et fust liée à une estache qui estoit sur l'eschafFault, qui estoit fait de piastre , et le feu sus lui; et là fut bientost estainte et sa robe toute arse, et puis fut le feu tiré arrière ; et fut veue de tout le peuple toute nue , et tous les secrez qui povent estre ou doivent en femme, pour oster les dobtes
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du peuple. Et quant ils Forent assez et à leur gré veue toute morte liée àFestâche, lebourrelremist le feu grant sur sa povre charognp, quitantost fut toute comburée, et os et char mises en cendres. Assez avoitlà et ailleurs, qui disoient qu'elle estoit martyre et pour son droit seigneur ; autres disoient que non , et que mal avoit fait qui tant Favoit gardée. Ainsi disoit le peuple ; mais quelle mauvesté ou bonté qu'elle eust faite , elle fut arse cellui jour; et celle sepmaine fut prins le plus mauvais et le plus tyrant et le mains piteux de tous les cappitaines qui fussent de tous les Arminaz, et estoit nommé pour sa mauvesté la Hire ; et fut prins par povres compaignies , et fut mis au çhastel de Dourdan.
Iternyle jour Sainct-Martin-le-Bouillant fut faite une procession générale à Sainct- Martin -des - Champs; et fist-on uae prédication ; et la fist ung frère de l'ordre de Sainct-Dominique, qui estoit inquisiteur de la foy, maistre en théologie ; et prononpa de rechief tous les faits de Jehanne la Pucelle ; et disoit cju'elle avoit dit qu'elle estoit fille de très pouvre gens, et qu'environ l'aage de quatorze ans ellp s'estoit ainsi maintenue en guise d'homme , et que son père et sa mère l'eussent faite volontiers dès lors mourir, s'ils eussent peu sans blecier conscience ; et pour ce se desparty d'eux accompaignié de l'ennemi d'enfer, et depuis vesquit homicide de chrétienté, plaine de feu et de sang jusques à*tant qu'elle fust arse; et disoit qu'elle
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se fust révoquée, et qu'oQ lui ot baillé pénitence ; c'est à sçavoir quatre ans en prinson à pain et à eaue , dont elle ne fist oncques jour , mais se faisoit servir en la prinson comme une dame , et Tennemy s'apparu à lui troisiesme ; c'est à" sçavoir sainct Michel , saincte Katerine et saincte Marguerite, comme elle disoit, qui moult avoit grant paour que ne la perdist ; c'est à sçavoir iceux ennemi ou ennemys en la fourme de ces trois saincts, et lui dist : « Meschante créature, qui pour paour )) as laissé ton habit , n'aye pas paour, nous te gar- » derons moult bien de tous.» Parquoy , sans attendre se despouilla, et se revestit de toutes ses robbes qu'elle vestoit quant elle chevauchoit, qu'elle boutées avoil ou feure (paille) de son lict; et se fia en l'ennemi tellement, qu'elle disoit qu'elle se repentoit de ce que oncques avoit laissé son habit» Quant l'université, ou ceux de par elle, virentce, etqu'elle estoit ainsi obstinée , si fut livrée à la justice laïc pour mourir. Quant elle se vit en ce point, elle appella les ennemis qui se apparoient à lui en guise de saints ; mais oncques puis qu'elle fut jugée , nul ne s'apparut à elle pour invovation qu'elle sceust faire. Adoncques s'advisa, mais ce fut trop tard. Encore dist-ilen son sermon qu'ils estcâent quatre, dont les trois avoient été prinses ; c'est à sçavoir cette pucelle, et Péronne et sa compaigne, et une qui est avec les Arrainaz nommée Katerine de la Rochelle ; laquelle dit que quant on sacre le précieux corps Notre-Seigneur, qu'elle Wt merveilles
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du haut secret de Nostre-Seigneur Dieu; et disoit que toutes ces quatre pouvres femmes , frère Richart le cordelier, qui après lui avoit si grant suite quant il prescha à Paris aux Innocents et aillieurs , les avoit toutes^ ainsi gouvernées ; car il estoit leur beau-père ; et que le jour de Nouël en la ville de Jargiau il bailla à ceste dame Jehanne la Pucelle, trois fois le corps Nostre-Seigneur, dont il estoit moult à reprendre ; et l'avoit baillé à Péronne celui jour deux fois par letesmoingde leur confession, et d'aucuns qui présents furent aux heures qu'il leur bailla le précieux sacrement.
Item y celle année fut la Sainct-Dominique au * dimenche; et ce jour revint le régent à Paris, lequel avoit esté espié des Arminaz. Quant il cuida passer Mante, ils lecuidèrent prendre; mais comme bien advisé repassa la rivière , et vint jour et nuit, tant qu'il fut à Paris , et vint par la porte Sainct- Jacques le jour Sainct-Dominique , et ses gens tindrent pié à leufrs ennemis, tant que de toutes parts en denioura plus que mestier ne fut. La nouvelle de ce courut jusques à ceux de l'ost qui estoient devant Louviers. Si laissèrent deux ou trois cappitaines le siège à toutes leurs gens, qui cuidoient que le régent fust prins. Quant ils sorent que non estoit, si s'en hardirent et allèrent jusques devant Beauvojs, et s'embuschèrent. Si fust dit à ceux'de la cité , sisehastèrent d'issir qui mieux mieux. Les gens du régent sorent leur manière par leurs es- ♦ pies ; si en yssit une partie qui se mirent entre la
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ville et les Arminaz , et les autres vindrent par-devant , et les assaillirent moult asprement , et eux se deflPendirent moult bien ; maià quant ils virent venir par derrière les autres, si Guidèrent que plus feussent trop qu'ils n'estoient ; si se desconfirent d'eux-mesmes, et furent prins les plus gros cappitaines ou tués ; et entre les autres avoit ung meschant nommé Guillaume le Berger, qui faisoit les gens ydolatres en lui, et se chevaulchoit de costé, et monstroit de fois en autres ses mains etses piés et son costé , et estoient tachés de sang comme Saint- François; et fut prins ung capitaine nommé Poton
• de Santraille, de moult grant renommée, et autres assez , et furent menés à Rouen.
Item^ le jour de la my-aoust mil quatre cent trente-un, cuisi ung boulanger en la rue Sainct- Honoré du pain bien largement de très belle farine, et quant il fut cuit bien et bel, U fut de couleur de cendre; dont il fut si grant parler à Paris, que le plus disoient que c'estoit signifiance de très grant mal advenir; les autres disoient que c estoit miracle pour ce que cuist avoit esté le jour de l'Assomption de Nostre-Dame ; brief, Paris estoit tout esbahy de ceste merveille, et n'y avoit celui qui n'en jugeast en aucune manière ; et fut le boulanger prins et sa farine pareillement, et en fit le prévost de Paris cuire , et quant il fut cuit et ordonné le mieux que faire se povoit , il fut trouvé autel (sem-
^ blable)que l'autre ou plus lait. Si se conseilla la justice,etdublé veoir voldrent, et ne virent point oublé
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nulle defFaulte ; si en firent mouldre et cuire de rechef; mais il fut autel , comme devant est dit. Là avoit aucuns marchands qui blé cognoissoient , qui dirent que en aucuns pays où ils avoient esté avoient mangé de tel pain plusieurs fois, espécialement en aucunes contrées de Bourgongne, et est très-bon et savoureux à manger, et advient par une herbe qui croist avec le blé souvent que on nomme la roivoUe j et vrai estoit; mais le peuple de Paris ne* se povoit appaisier ; et n'çstoit pas fils de bonne mère qui n'avoit ung morcel de ce pain pgur monstrer l'ung à l'autre, pour la coulieur.
Item, en octobre ensuivant, le vingt-cinquiesme jour, se partirent de la ville de Louviers, qui bien l'avoient tenue cinq mois ou environ contre les Anglois , et l urent par composition qu'ils emportèrent tout ce qu'ils porent emporter; et si orent grant finance avecques; et encore estoit en la composicion que les Anglois ne dévoient à tous les habitants de la vilfe reproucher ne faire aucun grief par pillage ou autrement- Mais de ce se parjurèrent; car aussitost la garnison fut yssie, ils firent tout le contraire de ce qu'ils avoient promis; et si firent abattre les murs de tout en tout. Quant ils orent fait leur voulenté, qui ne fut guère à leur honneur, ils allèrent à Roueç ; c'est à sçavoir les plus grands pour eux aisier; et disoit-on qu'il viendroit tant de buche, mais que la ville de Louviers fust délivrée, que chacun en vauldroit mieux.
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Tantost après environ huit jours , elle enchérj de tournois à Paris ou plus ; et disoient les gouverneurs, et faisoient dire de jour en jour, que le duc de Bourgongne venoit à Paris , et que pour vrai il admenoit avecques lui ung légat du pape , et que eux deux dévoient mettre bonne paix entre Charles qui se disoit roy de France et d'Anglelerre, et Henry qui se disoit roy de France et d'Angleterre; mais cela n'estoit que pour appaisier le peuple, qui moult estoit en grant oppression ; car en vérité le duc de Bourgongne ne tenoit compte de tous ceux de Paris ne du royaume en rien qui soit ; et pour ce vint Henry à Paris bien accompaigné, et y fut sacré et couronné.
Item, le jour Saint- André, darrain jour de novembre, vint gésir Henry, âgé de neuf ansouenviron,en l'abbaye de Saint-Denis en France, à un vendredy, lequel se nommoit roy de France et d'Angleterre.
Item^ le dimenche ensuivant, premier jour des advents, vint ledit roy à Paris par la porte Sainct- Denis , laquelle porte devers les champs avoit les armes de la ville ; c'est à sçavoir ung escu si graut, qu'il couvroit toute maçonnerie de la porte; et estoit à moitié de rouge et le dessus d'azur semé de fleurs de lys , et ou travers de l'escu avoit une nef d'argent grande comme trois hommes.
Item, à l'entrée de la ville par dedans estoit le prévost des marchands et les échevins tous rouges, tous vestus de vermeil^ chascun ung chappel en sa teste ; et aussitost que le roy entra dedans la
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ville , ils lui misrent ung grant ciel d'azur sur la teste, semé de fleurs de lys d'or; et le portèrent sur lui les quatre échevins , en la forme et manière , comme on fait à Nostre-Seigneur à la Feste-Dieu , et plus, car chascun crioit Noël par où ilpassoit.
Item y devant lui avoit les neuf preux , et les neuf preues dame^, et après foison chevaliers et escuiers ; et entre les autres estoit Guillaume, qui se disoit le Berger, qui avoit monstré ses playes comme Sainct-Francois, dont devant est parié, mais il ne povoit iivoir joye, car il estoit fort lié de bonnes cordes comme ung larron.
Item y près devant le roy avoit quatre évesques , celui de Paris, le chancelier, celui dé Noyon et ung d'Angleterre , et après estoit le cardinal de Vincestfe.
Item y encore devant le roy avoit vingt-cinq héraux et vingt-cinq trompettes. Et en ce poinct vint à Paris, et regarda moult les Serraines (Sirènes) du Poncean Sainct-Denis ; car là avoit trois serrainnés bien ordonnés; et ou milieu avoit ung lis qui, par ses fleurs et boutons jettoit vin et lait y et là buvoit qui voloit ou qui povoit ; et dessus avoit ung petit bois où il avoit hommes sauvaiges qui faisoient esbattements en plusieurs manières, et jouoient des escus moult joyeusement , que chascun véoit très voulentiers. Après s'en vint devant la Triiiité, où il avoit sus eschaffault le mistère depuis la conception Nostre-Dame jusques que Joseph la mena en Egypte, pour le roy Hérode qui fist descoller ou
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luer sept vingt-quatre milliers d'enffents masles. Tout cela est oj ou mystère ; et duroient les chauffaux depuis ung pou par-delà Saint- Sauveur jusques au bout de la rue d'Ernetal, où il a une fontaine que on dit la Fontaine de la Royne.
Item , vint de là à la porte Saint-Denys , où on fist la décollation du glorieux taartyr monsieur Saint-Denys; et à l'entrée de la porte, les échevins laissèrent le ciel qu'ils portoient ; et le prinrent les drappiers, etleportèrent jusques aux Innocents; et là fut faite une chasse d'ung cerf tout vif, qui fut moult plaisant à veoir.
Item y là laissèrent les drappiers le ciel , et le prindrent les espiciers jusques devant le Chastellet, où avoit moult bel mystère ; car là avoit droit encontre le Chastellet à venir de front le lit de justice. Là avoit ung enflPent du grand du roy et de son aàge, vestu en estât royal , housse vermeille et chapperon fourré^ deux couronnes pendans, qui estoient très riches à veoir à ung chascun sur sa teste ; à son costé dextre estoit tout le sang de France ; c'est assavoir tous les grands signeurs de France , comme Anjou, Berry, Bourgongne, etc., et ung peu loing de eux estoient les clercs , et après les bourgeois, et à sénestre estoient tous les grands signeurs d'Angleterre , qui tous faisoient manière de donner conseil au jeune roy bon et loyal ; et chacun avoit vestu sa cotte de ses armes, et estoient iceux de bonnes gens qui ce faisoient ; et là laissèrent les espiciers le ciel, et le prindrent
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les changeurs, et le portèrent jusqu'au Palais- Royal j et là baisa les saintes reliques , et puis se party ; et là. prindrent le ciel les orfèvres , et le portèrent parmi la rue de Kalénde et parmi la veille Juiverie , jusques devant Saint-Denis de la Chartre, et n'alla point à^Nostre-Dame celle journée. Quant ce vint devant Saint-Denis de la-Chartre , les orfèvres laissèrçnt le ciel , et le prindrent les merciers, quile portèrent jusques àl'ostel d'Anjou; et là le prindrent les pelletiers, qui le portèrent jusques devant Saint-Antoine le Petit ; et après le prindrent les bouchers , qui le portèrent jusques à ï'ostel des Tournelles. . Quant ils furent devant l'ostel de Saint -Paul, la royne de France Ysabel, femme de feu le rov Charles YI de ce nom, estoit aux fenestres , avecques elle dames et damoiselles. Quant elle vit le jeune i oy Henry fils de sa fille, à Jr'endroit d'elle, il osta tant(^st son chapperon, et la salua, et tantost elle s'inclina y^rs luy moult humblement, et se tourna d'autre part plorant ; et là prindrent les sergens d'armes le ciel ; car c'est leur droit ; et fut baillé au prieuï* de Sainte-Katherine dont ils sont fondeurs.
Item y le seize décembre à ung dimanche , vint ledit roy Henry du Palais Royal à Nostre-Dame de Paris ; c'est assavoir à pié bien matin , accompaigniédes processions de la bonne ville de Paris, qui tous chantoient moult mélodieusement ; et en ladite église avoit ung eschaffaut qui avoit bien de long et de Urge..... et montoit sus à bien grands
Moîf.STRELET. T^XV. — JoUBK. D ON BOURG. QE PàRIS.
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degrés larges que dix hommes et plus j pouvoient de front ; el quant on esloit dessus , on povoit aller par-dessous le crucifix , autant dedans le cœur , comme on avoit fait par dehors ; et estoit tout paint et couvert d'azur ; et là fut sacré de la main du cardinal de Vincestre.
Item, après son sacre vint au Palais disner lui et sa compaignie; et disna en la grande salle, à la grande table de marbre , et tout le remanant parmi la salle cà et là ; car il n'y avoit nulle ordonnance; car le commun de Paris y estoit entré dès le matin, les ungs pour veoir, les autres pour gourmander , les autres pour piller ou pour desrober viandes ou autre chose ; car icellui jour à icelle assemblée furent emblés en la presse plus de quarante chapperons et coppes et mordants de sainctures grand nombre ; car si grand presse y ôt pour le sacre du roy, que l'Université, ne le parlement , ne le prévost des marchands , ne èschevings n'osoient en- . treprendre à monter à mont pour le peuple , dont il y avoit très grand nombre. Et vrai est qu'ils cuidèrent monter devant deux ou trois fois à mont : mais le commun lesreboutoit arrière si fièrement, que par plusieurs fois leur convenoit tresbucher l'ung sur l'autre; voire quatre- vingt ou cent à une fois ; et là besoingnoient les larrons. Quant tout fut escoullé le commun , ils montèrent après ; et quant ils. furent en la salle , tout estoit si plain, que à peine trouvèrent-ils où ils peussent s'asseoir. Néantmoins s'assirent-ils aux tables qui pour eux ordonnées estoient ; mais ce fut avec savetiers,
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moustardiers , lieursou i^edeiirs de vin de buffet^ aides à maçons, que on cuida. faire lever : mais quant on en faisoit lever ung ou deux, il s'ei\ as^ seoit six ou huit d'autre costé.
Item y ils furent si mal servis que personne nulle ne s'en louoit; carie plus de la viande ^ «spéciaie*ment pour le commun , estoit cuite le jeudi devant , qui moult semWoit estrange chose aux Fran»cois; caries A^lmsestoient chefs de la besongne» et ne leur cballoitque honneur il y eust, mais qu'ils en fussent deslivrés , et vrayement quelque personne ne s'en loua; mesmemeot les malades de rOstel-Dieu disoient queoneque^sipouvre ne si nu relief de tout bien ils ne virent à Paris.
Item y le jour de Saint-Thomas l'apostçe ensuis vaut, à un vendredi, fut ditte une messe solempneile en la grant salle du Pallais , le roy estant «n e$tl^ royal , tout le parlement en estât , c'est assavoir à chapperons fourrez et manteaux ; et après la messe lui firent plusieurs <lemandes raisonnables , lesquelles il leur ottroya ; et aussi firent certains serments , qui leur furent demandez , qui sont selon Dieu et vérité ; car autrement ne voudroient41s.
Item y vrai est que ledit roy ne f lit à Paris xjuc jusquesau lendemain deNoueLIIsfirentunespetites joustes landemain de son sac^re : mais pour certain maintes fois on a vu à Pari^ enffents de bourgeois , que quant ils se marioient , tous mestiers, comme orfèvres, or-bateurs, brief, gens de lous joyeux mestiers admendoient pins qu'ils n'ont fait du
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sacre du roy et de ses joustes , et de tous ses Anglois : mais espoir c'est pource que on ne les entencl point parler , et ne nous entendent point. Je m'en rapporte à ce qui en est ; car pource qu'il faisoit trop grant froit en cellui temps, et que les jours çstoient courts, ils firetit ainsi pou de largesse.
Item , vrai est que lendemain de Nouël , jour Saint-Estienne , ledit roy se despartit de Paris sans faire aucuns biens à quoi cya s'attendoit y comme délivrer prisonniers, de faire cheoir uialtôttes , comme impositions, gabelles, quatriesmes, et telles mauvaises coustumes , qui sont contre loy et droit : m^is oncques personne , ne à secret ne en appert , on n'en ouy louer ; et si ne fist oncques à Paris autant d'honneur à roy, comme on lui fist à sa venue et à son sacre ; voire veu le pou de peuple , les malles gaignes , le cueur d'y ver, la grant charte de vivres, espécialement de bois ; car un meschant fagot tout vert valloit toujours quatre deniers ou six tournois; et vrai est qu'il faisoit si fort y ver, qu'il n'estoit sepmaine qu'il ne gelast très fort deux ou trois jours, ou il negeoit jour et nuit, et avecques toujours il plouvoit ; et si commença dès la Toussainct ; et le treiziesme jour de janvier après l'allée du roy, gela si asprement dix-sept jours ensuivants , que Saine, qui estoit très grande,^ comme ju^ues dèdans la Mortellerie , fut toute prinsê de la gelée jusquesà Corbeil^ et si print en une manière de admiration; car le lundi dont elle print , le mardi toute
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jour il pleut, et toutte nuit , et cessa un pou devant le jour , et faisoit chaut ; et au point du jour celui mardi , aussi tost que la pluie fut cessée , celle très mauvais^ et forte |^lée commença , qui dura , comme devant est dit , dix-sept jours ; et après celle gelée que la rivière estoit ainsi ptinse , le jour Sainct-Paul, il commença à déo^eler tant doucement et de nuit et de jour, que la rivière fut toute dégelée par pièces , sans faire quelque mal à pons ne à moulins , ayant qu'il fust six jours après ; et si disoient les mariniers qu'elle avoil plus de deux piés d'espais; et bien y apparoist ; car on alloit pardessus, on'^y charpentoit piex pour mettre au dedevant des moullins pour rompre la glace aoi dégel ; on y levoit engins pour frapper les piez : mais oncques ne s'en demantoit. Et pour vrai, pdf la grâce de Nostrcr-Seigneur , elle fut ainsi doucement dégelée , comme dit est ; mais moult grant doirimaige fist ; car il avoit grant foison de vins , blés , lars , œufs , fromaiges qui estoient arrivez à Mante pour venir à Paris : mais tout ou bien près fut perdu pour les marchans ; car mault avoit pl^ju devant qui tout empira par la longueur" du temps ; et si leur coustoit, tant en garde que autres frais, qu'ils perdirent presque tout.
IlerUy en cellui temps coustoit ung meschaînt coteret de vieux chevrons cinq ou six deniers , car autre bois n'y avoit, et pour ce le régent aban-^ donna le bois des bruyères aux bonnes gen^, qui secourut ung pou Paris^
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Item , le vin^iesme jdnr de février Taa mil quatre cent trente-un , arriva le cardîrval de Sainte- Croix de Jherusalem , légat du pape , pour faire la paix entre les deux rois, dontl'ung estoij riommé Charles de Valois , et se disoit par droite ligne estre roy de France, et Tautre estoit nommé Henrj, lequel se disoit roy d'Angleterre par succession de ligïie , et de France par le conquest de feu son père; lequel légat en fist très grandement devoir , que tous deux lui promisrent qu'ils s'en sou l>méttoient du tout sur ce qui ordonné en sevoit oir grand concile qui devoit éstre celle annéeî à Basle en AUemî^e, Après qu'il ot om leurs responees, il s'en partit de Paris, et allâ aux autres signenrs chrestieos partout*
/fe/w^ie mars ensuivant forent les eaux ^ grandes , car en Grève à Paris elle estoit devant l'ostel de la ville , en la place Maubert jusques à la moitié du marché a^ pain , et tous les marais depuis la porte Saint-Martin jnsques à nay-voje de Sajnt- Anthoine tous plains, jnsques à huit jours dw moia d'afvril ; ne depuiâ Nouël jùsques après Pasques de l'afï mil quatre cent trente -deux, qui forent le vingliesme jour d'avril, on ne mangea point de verdure ; car pour faire ime esenelle, coustoit uh^ blanc sans l'arppareilf et bonnes fèves coifôtoient doze blancs le boessel , poix quatorze oa quinze.
Itefny \di première sepmaine de mars vindrent Ic^s Arminaz euidfer pteÊrfre Rouent; et fureri* bieÉi; sept ou huit vingts, qui firedttant par l'addequ'oft
(i43a; d'un bourgeois de PAuis.
leur fîst, que par eschelles ils gai^uèreot la plus grosse tour du chastel. Mai» ceux de la ville le s^eurent tantost. Si gardèrent très bien le remenant du chastel , qu'il n'j en pot plus entfer , ne ils n^en porent issir. Si furent si esbahiz, qu'il convint (Qu'ils se rendisseiït àja voulenté de ceiix de la ville; el le seiziesme et le dix-septiesme jour duditmois de mars on en fit mourir cent quatorze , sans ceux qui furent à rançon ou noiez.
Item y toujours geloit ou gresloit, ou il faisoit trop grant froit outre mesure ; car le samedi cinqiiiesme jour d'avril , pxil quatre cent trente-ung , gresla et neigea toUle jour, et le dimanche ensuivant que oii dit le dimanche perài , gela si fort e,t si asprenient, qu'entre minuit et le poiiit du jour, que toupies bourgeons et fleurs d'arbres qui estoient issues dehors, et tous les noyers, tout fut ars ipt brui de la gelée.
Item y le samedi ensuivant, vigille.de Pasques fleuries , fut prinse la ville de Chartres par grant trajson \ car* il reparoit ung homme d'Orléans , qui moult semblait estre bon marchand , et pour ce avoit*-il sauf-conduit d'aller et venir à Chartres ; et jà estoit cogoeu* par toute la ville comme le méilleur bourgeois qui y fust. En cellui lemp% avoit en la cité grant faute de sel ; si lein* dit que lent én amèneroit dix ou doze charretées à ung jour ijb'il leur dist ; si s' j accordèrent. Si vint la vigille de Pasques fleurie», à toutes les charettes, en chacune deux grandes ^iieux. En chascune avoit deux hommes bien armés,
44o JOURTMAL (t45»)
et à chascune deux hommes d'armes comme charretiers vestus de roques, guiètres en leurs jambes, ung fouait chascun en leur main ; et si avoient celle nuit fait bien trois mille hommes d*armes embuschés es villaiges d'entour , et gardoient les chemins que nul ne le pust faire scavoir à ceux de la cité. Quant ils furent ainsi ordonnés , si se mirent au chemin lesdits charretiers, et vinrent à la porte. Letrai' tour (traître) appella les portier»<jjj'ilslni ouvrissent tantost la porte; car il leur amenoit, comme il leur dist,grant foison sel et des alouses. Si ils convoitèrent la vitaille^ etUallèrent dire ^capitaine, lequel vint tost et vit le traistre; si ne s'en deffia point, pour ce que souvent répairoit avec eux ; et lui fist ouvrir la porte , et lui donna ung panier d'alouses le traistre pour plus l'abuser. Quant ils orent mis deux ou trois de leura charrettes dedans , ils en arrestèrent une sur le pont-leveis, et tuèrent le limonier, et fut le pont arresté. Là issirent ceux qui estoient dedans les queux, à toutes grosses haches, et tuèrent les portiers; et tantost Tembusche vint accourrant qui mieux mieux ; et entrèrent en la ville à Jbrce , et gaignèrent les portes et la ville ; car si matin estoit, que les gens estoient encore en leurs lits. L'éyesque s'arma quant il ouït dire la chose, et vint contre eux atout ung pou degent : maiscene lui vallut ridi ; <îar il fut tué, et de ses gens, et la plus grant partie des bourgeois priûs et mis en diverses prinsons. Ainsi les tr^ahit le faux traistre; etdisoit-on qu'il en dievoit avoir quatre mille salus d'or. Poup
(i43a) d'un bourgeois DE PAHIS. 44 1
celle prinse de Chartres enchérit moult le pain à Paris ; car moult de bon en venoit avant la prinse.
Item^ avec ce faisoit si grant Croit tous les jours et ung vent si grant, que tant pou de fruit qui estoit demouré sur les arbres fut tout abattu par le vent, qui tant estoit grant et froit; et avec ce geloit tous ks matins très fort; et dura celle très grande froidure jusques après la translation Saint-Nicolas en mai; et vraiment on n'eust pas trouvé en cent amandiers cinquante amandes, ne prunes, ne quelque fruit que tout ne fust tout rompu du vent ou gasté ; ne desk noyers n'eust-on trouvé une toute seule noix, de la grant froidure qu'il faisoit tous les matins ; ne en cellui temps n'estoit encore aussi comme point de verdure , et ce qui en estoit , si ce n'estoit ce que vieille porée avoiLrejetté ; et vraiment deux ou trois personnes en eussent bien mangé pour ung J)Iano , ou de choux ; et si estoient fromaiges tant chers, que ung bien j^etit, qui estoit tout pissant , coustoit trois ou quatre blancs; et n'avoit-onyque cinq œufs pour deux blancs.
Item y le premier jour de maî mil quatre cent trente-4eux, fut fait le signeur de l'Isle-Adam mareschal de France ; et celle sepi^aine on alla assiéger Lagny , Et pour ce que le prévost dQ Paris eâtoit saige hom, il fut ordonné à garder vers Chartres ; et le cuida reprendre par l'aide de aucuns qui dedans estoient : mais onavisa leurs voulentés, dont ils furent morts honteusement , et faillit le prévost à son intention par celle causCt
44^2 JOUaNA.L (I43s:
Item ^la. première sepmaine de juing ensuivait, fui fait Gilles de Clamée j, chevalier, gardeou commis de la prévosté de Paris , tant que l'autre fust revenu.
Item y en celle sepmaine mesme cuidèrent livrer aux Ârminas, aucuns de Pontoise et aùcuos Anglois avecqu«$ eux alliés de la ville de Pontoise : màis ils furent apperceus et prins ; et recongneurent que leur voulenté estoit de tout tuer, hommes, et femmes, et enffents, pourquoi ils furent morts honteusement , et leur linaige à hontaige , et femmes et enfients mis à pouvreté* Ea cellui temps n'estoit nouvelle du duc dâ Bourgongne.
Item^ ea cellui an, le jôur Saint-Jeaii-Baptiste, fit une fortune de temps si grande de tonnoireet de foudre, laquelle fit moult de maux en -plusieurs lieux, et par espécial à Vitrj, car le clocher, qui estoit de pierre, fut atbattu et foudroyé, et au cheoir rompit ki couverture^ et puis les voustes, qui cheurent cledans le moustier, et aflPollèrent moult de créatures, et en tuèrent cinq tous morts, qui^ toient vçnus podr ouïr les vespres du four. Et le jour Saint-Pierre etSaint-Pol ensuivant, gresla si terriblement , qu'il fut trouvé gresle qui a voit seize pouces de tour, l'autre comme billes à biller, de plus menue et de plus grosse , et fut vers Lagny ^t Meaux.
Item y le vingt- troisiesme jour dé juillet fut mis hors de la prevosté des marchands^ Guillaume Sanguin, et y fut ordonné ung seigneur du parle-
(43i) d'un bourgeois de pari>k '
ment nommé maistre Hugues Rappiot ; et ungpoa devant Cm avoit changé des eschevius deux.
Item y le dimenche, jout Sainct-L^uteent , Guidèrent prendre Jes Anglois Lagn j , et gaignèrent le boullevart, etfust mise la bannière du régent de^ sus : mais guères li'y demoura ; ôar ceux de dedens issirent qui estoient reposes , et vindrent sur eux par-devant ; et ceux qui venus estoient à Faide de ceux de Lagny , vindrent hastitement p«tr-derrière. Si orènt les Anglois trop à taire; et avec ce leva une si grant chaïlonr celui jour, à Teufe qu'ils s'entre-encontrèrent^ qu'on avôit , grant temps avoit *, ne v^u ne sentie , doiit les Anglois orent pis que de leurs ennemis ; et le^r convint ï^eculer par force. Et là feurent bien mk>rts, tant par leurs ennemis que par la chaleur du temps^ trois ceïïls Anglois ou plus ; et ce fte l'ust mie grant merveille; car les Arminaz estoient bien, si comme on témoignoit, cinq contre deux , qui est grant choie à telle be$ong»nef. Et côi^ivint qu'ils missent leurs tantes bà preiMers s'estoieÉi* logés quant ils mirent le siège devant Laigny ; et le maleur comme fôrfcrne, quant elle cowjimance à-ntiire, elle fait d!e mal en? pis ; çar èlîe leur f^si cùiîiraàte êt\ plusiéuts^ mamères ; car , entre le lun* et le mardi ensuivaût, de^nuit, lativière de Marne si di?^îvâ, par telle manière^ qu'elle criH? celle nuit de quatre piés de hafult. Et vrai fust que le' mois de juillet fust Û pluvieux, «fu'il plut bien vingtquatre jfcmts t<>ut de rafiïg ; et pt*is si vînt ati mois
444 IOUANÀ.L (i43a)
d'aoust une challeur trop rtaerveilleuse plus que accoustuinance ; car elle ardoit toutes les vignes en verjus; et pour ce, et pour le vin que on menoit en l'ost , enchérit tant le vin à Paris , que celui qui en donnoit pour six deniers en juillet , à la mi-aoust il cg^stoit trois blancs i et encore n'en pouvoit finer pour son argent ; car chacun doit sa taverne à cop*
Item, le mercredi des octaves de l'Assomption de Nostre-Dame , joup Sainct-Bernard , laissa le duc de Betfort régent, lui et sa compaignie, le siège de Laigny; et feurent si près prins^ qu'ils laissèrent leurs canons et leurs vikndes toutes prèstes à manger , et grant foison de queues de vin dont on avoit si «grant disette à Paris, et de pain par cas pareil , doht le blé enchérit à Paris tellement ; car le sextier monta le sabmedi ensuivant , de seize sols parisis. Véez-là comme tout en alloit. Quant toule la Brie fust destruite des uugs , les autres gasteient Beausse et Gastinois, et tout le pays. De quelque pârt qu'ils tournassent , estoit pis que les Sarrazins, qui contre la loi de Dieu sont , y feussent entrés ; cas il n'estoit rien qui tant leur pleust que tyranner les pouvres laboureurs de droite ; tyrannie. Et pource que le siège fust levé si honteusement, ceux que on disoit Arminaz feurent hardis à mal faire, que on n'osoit issir de Paris ; et si estoit cominancement de faire les vendanges , qui trop grant dommaige estoit à Paris $Lprès le sié^e de Laigny , qui tant l'avoit
(i43^) d'un bourgeois de paris.
dommaigé <le tout bien dont on eust pnst vivre , et de toutes manières de estions et d^attillefie dont on peut grever ses ^nemis ; car vraiment gens à ce cognoissants , juroient et affermoient que bien avoit cousté plus de cent-cinquante mille salus d'or , dont la pièce valloit vingt-deux sols parisis y bonne monnoie.
Item y il y avoit en ce tejnps tlne pièce d'or qui n'estoit pas de fin or , et les nommoit-on dourdères , et valloit seize sols parisi^; tantost après feurent criées à quatorze sols parisis ,*et non plus ; et moult y en avoit, par quoi on perdist moult.
Item y en la fin d'aoust fust mise en prinson l'abbesse de Sainct-Anthoine, et aucunes de ses nonnains , que on disoit qu'ils avoient esté consentants de vouloir , à la faveur du nepveu de ladite abbesse, qui se faisoit moqlt ami de la cité de Paris, trahir la4ite ville de Paris par la porte Sainct- Anthoine; et dévoient premier tuer les pôrtiers , et après tout tuer sans rien espargner, comme il estoit après la prinse d'eux commune renpmmée.
Item y le onziesme jour de septembre prindrent les Anglois en une forte maison, nommée Mâurepas , le seigneur de Macy , le plus cruri tyran de sang humain qut fust en France, et bien cent larrons avecques lui , ?ntre lesquels en avoit ung nommé Mainguet , qui recognut que dedans ung vieux puis avoit getté en ung jour, sept hommes l'un après l'autre ; et après les tuoit de grosses pierres , sans plusieurs autres meurdres (ju'il recongnul.
lOURNAL (i4X,)
Item, en celui an faillirent les h\é% , et fust â grant charte , que un j^xtier de bon blé vailoit sept francs forte monnoie , et l'orge vailoit quatre francs ^ et estoit à la Toussains.
Item^ en eelui temps estoit très grant mortalité sur jeunes gens et sur petits enffents, et tout d'épidimie.
Item y le deuxiesme jour d'octobre ensuivant , fust prinse la ville de Provins et le chastel par les Ânglois, et fust pillée et robée, et tué gens, comme coutume esf à tels gens de faire , et dient que c'est droit de guerre.
lum, ea celui temps fust faite à Ausserre ung concile pour traiter de la paix des deux roys ; et plusieurs seigneurs de toutes les deux parties y feurent , et de par le duc de Bourgongne plusieurs,
Itenij en celui temps estoit toujours la mortalité à Paris, laquelle assaillit la duchesse de Betfort , femme du régent de France , sœur du duc de Bourgongne , nommtée Anne , la plus plaisante de toutes dames qui adoncqoes feussent en France; car elle estoit b<Snne et belle , et de belle aage ; car elle n'avoit que vingt-huit ans quant elle tres^ passa , et certes elle estoit bien amée du peuple de Paris ; et vrai est qu'elle trespassa en l'ostel de Bourbon , emprès le Louvre , le treiziesme- jour de novembre, deux eures après minuit, entre Iç îeudi et le vendredi , dont ceux de Paris perdirent moult de leur espérance ; mais à souffrir leur , convint. ,
(USa; D UIN BOURGEOIS DE PARIS. 5^7
Item y le sâbmedi ensuivant, elle fust enterrée aux Célèstins , et son cueur fust enterré aux Augustins; et au porter le corps en terre estoient touts ceux de Sainct-Gerniain , et les prestres de la Gonfrairie des bourgeois , chascun une étoile noire et un cierge ardent en leur main , et ils chantoient en allant^ en portant le corps en terre seulement , les Anglois en la guise du pays motilt piteusement.
Item y s'en alla la" sepmaine d'après le régent à Mante , et y demoura environ trois sepinaines , et puis revint à Paris. En icelle sepmaine , ceux qui estoient allés à Ausserre pôHr traiter de la paix , revindrent ^ et ne feirent rien que despendre bien largement , et g'aster le temps. Et quant ils feurent revenus , on fist entendre au peuple que très bien besongné avoient : mais le contraire esloit. Et quant le peuple le sceut au vrai , si commencèrent à murmurer moult fort contre ceux qui y avoient esté , dont plusieurs feurent mis en priiison, dissimulants que c'estoit à fin telle que le peuple ne s'esmeut; et quant ils avoient payé leurs despens largement , on les inettoit hors.
Item y quant les larrons qui estoient sur les champs sceurent de vrai qu^ils n'orent rien fait , et la mort de la régente , ils devindrent si esragés , que oncques ne payens ne loups esragés ne feurent pires à chrestiens, qu'ils faisoient aux bonnes gens de labour et aux bons marchands. Et , pour certain, il n'estoit sepmaine qu'ils ne venisscnt
448 lOUHNAL (14S1)
deux ou trois fois jusques aux portes de Paris ; et faisoient si grant cruauté, qu'ils prenoient moines )>noanaius^ prestres, femmes, petits enffents , hommes vielx de soixante ou quatre-vingts ans; et nul n'esc^appoit de leurs mains sans payer grant rançon ou mourir ; et si n'estoit nul seigneur , quel qui fbst , qui y mist tant soit peu de contredit.
Item y le jeudi huitiesme de janvier, fist le ré gent l'obsèqué de sa femme aux Célestins , et fist faire une donnée à chascun de deux blancs ; et feurent bien quatorze milliers à la donnée ; et y ot bien quatre cent luminaires de cire.
Item y en celui temps gela si fort, que Saine, qui moult grant estoit^ car elle*passoit la Mortellerie en Grève , et pour certain y geïa si fort , que en deux jours et e» une nuit , elle fust si fermement gelée , qu'elle dura jusques après la Sainct- Vincent; et poui**ce enchérirent touts vivres, espécialement tout grain dont on povoit faire farine ; car le froment coustoit huit francs y petites fèves de deux ans ou de trois , que on soulloit donner aux pourceaux , coustèrent cinq francs le sextièr; orge cinq ou six francs; vesse, nelle, tout se vandoit ainsi cher à là vallue , ne on ne mangeoit à Paris que pain que on souUoit faire pour les chien^ ;.et estoit si petit de quatre deniers, qu'il passôit bien par -dessous la main d'ung homme.
Item . le quatriesme jour de février , se partis!
(i433) d'un bourgeois d£ paris.
le régént , et alla en Normandie cuillir une grosse taille de quatre cent mille francs que on lui a voit oltroyée quant il fust à Mante, comme dit est pardevanl.
Item y en celle sepmaine fust deppointé de toutes oflices royales le président ; c'est assavoir Philippe de Morvillier ; et fust ordonné en son lieu comme commis, maistre Robert Pié-de-Fer, demourant pour lors erpprès la porte Sainct- Martin.
Itmiiy la darraine sepmaine de mars fust fait un concile à Corbeil ; et là feurent en celui temps tout le remenant (le reste)du karesme,etplus. Ad ce concile estoit de la Croix et l'évesque de Paris , et plusieurs autres évesques et grans seigneurs, et gran^ clercs d'une part et d'autre; et fust envoyé à Paris par le concile , un évesque qui estoit venu avec le cardinal à Corbeil, lequel fist le divin office la semaine peneuse, comme d'assoultes, comme du chresme , prestres, diacres , soudiacres, accolithes , courronnés : mais il les fist si matin , que grant partie de toutes ordres à ce jour faillirent. Après s'en alla à Corbeil celui jour mesme.
Item y en celle année l'an mil quatre cent trente-deux, fust si grant froit, que jusques bien près de Pasques mil quatre cent trente-trois , geioit touts les jours; mesme le jour Sainct-Marc fist-il si grant froit , que on le portoit à grant peine \ car , après disner , negea et gresla moult terriblement.
Item y faisoit très grant froit à la Penthecoste ,
MoNSTRELET. T. XV. — JoURK. d'uN BOURG, DE PARIS. 2 Q
4^5o JOURNAL (i455)
qui fust cel an le darrain jour de mai mil quatre H^ent trente-trois.
Iterti) en ce temps se maria nostre régent de Prance , le duc de Betfort , le vingtiesme; jour d'avril, le landemain de Quasimodo; et pririt par mariaige la fille au comte de Sainct-Pol, niepce du chancelier de France.
Item^ le septiesme jour de mai vindrent les Arminaz à minuit , çn la ville de Sainct-Marcel lez Paris, et feirent moult de maux ; car ils printlrent hommes, femmes et enffenls, dont ils orent moult grant finance ; et ainsi eux en allèrent tuant, occiant , bouttant Teuz en moustiers. Et à celle fois cueillirent moult grant proye qui moult greva Paris ; car pour ceste prinse enchéri tout plus que devant , et ainsi s'en allèrent à Chartres. Tantost après allèrent devers Crespj en Vallois , laquelle ville les Anglois avoient prinse ung pou devant : mais elle fust par trayson rendue aux Arminaz; qui fust douleur sur douleur , aux bons mesnaigiers de la ville.
Item^ en juing ensuivant fut fait de rechief ung conseil à Corbeil, lequel devoit estre pour faire trêve ou abstinence de guerre entre les deux rojs; mais l'évesque de Terouenne, chancelier de par le roy Henry en France , en cel espace de temps qui fut entre le premier conseil èt cestui dernier , alla cestui évesque , et assembla les garnisons de Normandie, et les admena à Paris la première sepmaine de juillet, et après alla au conseil à Corbeil,
(i43S) D*t)JN BOÙRGKOIS DE PARIS.
et quant on cnida qu'il deust sceller ledit traité qui devant avoit esté accordé par le cardinal et par le chancelier du roy Charles , évesque de Reims et par les autres signeurs, il ne volt rien faire, dont chacun se despartit comfae par mal talent; ^t s*en alla le cardinal au grand concile à Basic, pour rapporter comme ledit conseil s'estoit desparti ^ et l'archevesquede Reims se despartit moult doulant, et monstroit son volt et sa manière qu'il fut moult couroucé de ce que la chose ainsi alloit ; mais autre chose n'eu pot faire. Gestui chancelier de par le roy Henrj, après le despartement, mena ou envoya ces gens qu'il |avoit admené droit à NuUy en Gastinois; etgaignèrent moustiers et ville, et ardirent tout ; et firent pis que Sarrazins, ne que payens aux- Sarrazins.
Itenij en ce temps de l'an mil quatre cent trentetrois, coustoit le blé seigle quatre francs parisis ou plus, et l'autre au cas pareil, La darraine sepmaine de juing arriva^ à Normandie tant grand foison blé, que le premier sabmedy de juillet on cria parmi Paris, bon blé métail à vingt-quatre sols parisis, ce qu*on avoit oncques mais vu crier le blé comme charbon ; et le mercredi ensuivant fut le pain de huit deniers mis à quatre deniers , car il fut ce dit an très bon blé et grand foison ; et si fist moult bel aoust, mais très grand mortalité éstoit en celui temps, espécialement sur petits enffenfs de boce ou de veroUe platte. Et encore en celui temps n'estoil oncques puis venu le duc de Bourgongne
à Paris que vous avez devant ouï; ne le régent, depuis qu'il fut marié , n'estoit retourné à Paris ; et laissoit du tout régenter le devantdit évesque de Terouanne lui et ses alliés.
Item , en cel an fist ]§ plus aoust que on eust oncques vu d'âge d'homme ; et furent les blés et les potaigers très bons ; mais si grand mortalité esloit de boce et d'épidimie , que puis Ja grand mortalité qui fut l'an mil trois cent quarante-huit , ne fut veue si grande ne si drue ; car pour saignée ne pour cristoire . ne pour bonne ^arde , nul ne nulle qui fut frappé de la boce qui pour lors couroit n'en povoit eschapper , se non par la mort ; et commença dès le mois de mars l'an mil quatre cent trente-trois, et dura ainsi cruellement jusques à bien près de l'an mil quatre cent trente-quatre , car toujours jeunes gens mouroient.
Item, en celui temps, en la darrainesepmjaine de septembre , firent aucuns de Paris, gens qui a voient bonne, chevance, une conjuraciou ensemble bien maudite ; car ils avoient ordonné qu'ils feroient entrer à Paris grand foison d'Escossois qui avoient la croix rouge , et seroient deux cents ou plus ; et admeneroient cent des plus forts et hardis de leurs gens qui auroient la croix blanche, et auroient la croix blanche , et auroient les mains liées bien simplement, et armés à couvert; et dévoient venir par la porte Saint-Denis et par la pôrte Saint-Anthoine, et dévoient embuscher en tour Paris bien près trois ou quatre mille Arminaz en querrières
(1435) d'un BOUUGlîOlS DE PARIS. 453
et ailleurs en destours, dont assez et trop avoit* entour Paris ; et puis dévoient admener leurs prisonniers environ midi, que les portiers disnent, et dévoient tous les portiers tuer , et tous ceux qu'ils eussent trouvé allants ou venants, fust aux champs ou à la ville ; et dévoient gaigner les deux bastides devant dites , et envoyer tantost quérir leurs armes , et mettre tout à l'espée ; mais Dieu qui ot pitié de la cité, donna cognoissance de leur dampnable conseil , et leur tourna leur fait, comme dit le Psalmiste : locum aperuit et fodit , et incidit in foveam quant fecit j car les ungs furent décollés , les autres bannis , et perdirent leur chevance , et mirent leurs femmes etenffens en mendicité, et enreprouche eux et leurs hoirs , et furent en haine de toutes les deux parties.
/^^m , celle sepmaine mesme a voit autres qui avoient vendus ladite ville pour payement d'argent qu'ils en dévoient avoir , et dévoient venir la vigille Saint-Denis atout nacelles , et entrer par les fossés d'entre la porte Saint-Denis et la porte Samt- Honoré, pour ce que il ne demeure personne là en droit; et dévoient tout tuer, comme devant est dit ; et pour Vrai ils ne sçavoient rien l'ung de l'autre , selon leur confession, et selon le cri que on fist ès halles , quant on les descolla ; et iceux de ces nacelles dévoient entrer le jour de Saint- Denis, et avoiçnt pansée moult cruelle et plaine de sang et aux champs et à la ville et à femmes etenffents; mais le glorieux martyr monsieur Saint-
454 * JOURNAl, (i455)
Denis ne volt pas souflFrir qu'ils feissent telle cruauté en la bonne cité de Paris-, qui l'a autrefois gardée par sa saincte prière de tel péril et de plusieurs autres plus grands. V
ItêrUy le vendredi, vingt-neuviesme jourde janvier mil quatre cent trente-trois , venoient à Paris grand foison de bestal , comme bien deux mille porcs, grand foison l)estes â cornes et grand foison brebis. Les Arminaz, qui avoient leurs espies, vindrent au-devant ung pou par de4à Saint-Denis, dont capitaine estoit ung nommé la Hire, plus deux fois que ceux qui convoioient le bestail. Si furent tous desconfits , et tuèrent là plus grand partie , et prindrent la proie et les marchands, et les mirent à très grand rançon ; et quant ils orent tout tué , ils firent sercher le champ , et les prisonniers et tous ceux qu'ils trouvèrent morts ou vifs qui portoient ou par saing d' Anglois, ou parloient Anglois , ils leur coppèrent les gorges et aux toorts et aux vifs ; qui estoit grand inhumanité de retourner ou ^ champs , et copper la gorge aux chrestiens qu'ils avoient tué.
Item y la sepmaine d'après vindrent à Vitrj , par nuit, et pillèrent etardirent tout. Si furent landemain suivis ung pou de ceux de Paris, Si et treize pouvres laboureurs qui allèrent après ceux de Paris, et laissèrent ung pou la compagnie pour cui-n der gaigner et recouvrer» aucune chose du leur. Si les advisèrent les Arminaz, et vindrent à eux ; -et tantost les prindrent et leur coppèrçnt les gorges.
(1434) d'un bourgeois Dli PARIS, 4^>5
Kn cellui temps , ils gaignèrent la viUe et le chastel de Beaumont ; et le vingt-septiesme jôur de février fut faite prinse de chevaux et de gens dedans Paris, le plus que on pot; et quant ils furent là , tout bel de eux en refonir bientost^ et ceux qui s'en refuoient ne s'en faingnirent pas de piller en revenant vaches, bœufs et tout ce qu'ils porent, non pas ce qu'ils voldrent , comme il appert clerement que le meilleur ne vaut rien.
Item y en celui temps, il n'estoit nulle nouvelle du régent ; ne homme ne gouvernoit que l'évesque de Terouanne, chancelier de France , lequel estoit moult haï du peuple ; car on disoit à secret •et hien souvent à appert , qu'il ne tenoit que à lui que la paix n'estoit en France ; dont il estoit tant maudit et tous ses complices que fut oncques l'empereur Noiron, mais je ne scai s'il avoit desservi ou non , mois Dieu le scet bien.-
Item y en l'an mil quatre cent trente-quatre , furent Pasques le vingt-septiesme jour de mars l'an mil quatre cent trente-quatre, et fut très fort y ver et aspre en gelée , car il commença à geler environ nuit ou neuf jours devapt Nouël ; et dura bien trente jours san;s cesser jour qu'il ne gelast fort ; et aucuns des clercs de Paris qui estoient enflés de science , affermèrent que pour certain celle grand froidure dureroit jusques à la mi-mai oa plus; mais Dieu^ qui tout scet, fist autrement, que poui%vrai oncque^ homme n'avoit veu à son vivant tel mars; car oncques ne plut tout le mois de mars;.
et si fist si très chault, que par maintes fois on n'avoit vil faire plus chautà la Saint- Jehan d'esté qu'il fist tout ledit mois; et le karesme fut si planteureux de harengs sors et blancs , que à la mi-karesme on avoit la cacque de bon hareng blanc pour vingtquatre sols , ou pour vingt-six sols parisis; on avoit le quarteron de bons harengs sors pour dix deniers ou pour deux blancs et du blanc pareillement; bons pois pour six blancs ou pour sept blancs ; fèves pour quati^ blancs ; l'huille pDur sept blancs la pinte, toute la meilleure qu'on pust trouver à Paris.
Item y tout le mois d'avril il ne plut point, mais
ladarraine sepmainedudit mois, le vingt-huitiesme*
jour, le jour Sainte Vital , gela tant fort que toutes
les viornes ftirent celle nuit ofelées et tous les maïs o
rais, et si y avoit adoncques la plus belle apparence de foison de vin que on eust vu dix ans devant ; mais bien apparut que pou sont les choses de ce monde seures , car avecques la gelée vint tant de hannetons et de chenilles , que tout le fruit fut tout dégasté d'icelle vermine; et estoient les pommjers, les pruniers sans feuilles comme à Noël. Et en cellui temps croissoit plus et plus fort la guerre ; car ceux qui se disoieht François , comme de Lagny et des autres forteresses d'entour Paris , couroient tous les jours jusques aux portes de Paris, pilloient, tuoient hommes pour ce que à nul des seigneurs ne chaleoit de mettre la guerre à fin, pour c^que leurs souldoyer^ point ne payoient, et qu'ils n'a-^
(i435) D*UN BOURGEOIS DB PARIS.
voient autre clioseque ce qu'ils embloient en tuant, en prenant hommes de tous estats, femi^es et enflTents. -
Item ^ à l'entrée de mai , l'an mil quatre ^cent trente-quatre, vint le comte d'Arondel et ung chevalier d' Angleterre nommé Talbot, etreprindrent par force Beaumont; et furent pendus aucuns des larrons, qui dedans furent prins ; et après allèrent devant le chastel de Craiul en Beau voisin, et puis s'en revindrent sans riens faire.
Item y en qè mois de juillet fut dépose de la prévosté des marchands , maistre^Hugues Rappiot, et changé . deux escbevins.
Iterriyexx cellui temps n'estoit nulle jiouvelle du régent ne du duc de Bourgongne , ne que si fussent morts , et donnoil-on tous les jours à entendre, au peuple (Qu'ils Revoient venir bien brief , puis l'ung puis l'autre; et le^ennemîs venoient tous les jours âu plus près de Paris prendre les proyes; car nul n'y rçmédîbit, ne Anglois ne François, ne quelque chevalier ou seigneur; et si estoit toujours le conseil à Bwsle ^ AU^tn^na, dont on n'avoit aussi nulles nouvelles.
Itemy en ce temps , à la Saint-Remy , on nvoit bon blé froment pour vingt-quatre sols parisis.
Item y ou -fnois d'aôust, le deuxiesme j(|ïir, se trouvèrent en la Normandie, les Anglois à aucunes communes de Pîprmans , et en mirent bien à l'espée douze cents, et fut emprès Saint-Sauveur 3ur Dyve,
458 JonaNAii (i434)
Item y le septiesme jour d'octobre ^ qui lut au jeudi, commença le plus terrible veni de quoj ou eust point vu depuis cinqliante ai^s devant ; et estoit environ deux heures après disner; et dura jusques entre djx et onze de nuit ; et en ce pou de temps fist cheoir à Paris , maisons et cheminées sans nombre; et pour certain il fist cheoir une veille salle près de ma maison , où il s^voit de grosses pierres de taille , mais le vent en jetta trois pesants comme one cacque d'eau ou dé vin^ plus de quatorze piés de loing en ung autre jardin, et il leva une poutre toute eu l'air de ladite salle ; et fut assise sur les murs d'ung jardin chascun bout , portant sur l'ung des nmrs, sans aui^unement grever les murs, comme si yingt hommes l'eussent assise le jrfus doucement que faire s^ peut ; et si avoit bien quatre toi$^s de longueur ; et si fat bien portée du vent , comme dit est , cinq ou six toisés loing delà où elle fut levée du vent; e^ je vous jure ' que ce vys-je à mes yeux, aussi bien que oncques je vis rien de ce monde ; ne je n'ea^^reusse homme, si veu ne l'eusse.
Ilem^ dedens les bois de Vincennes j $st si grant tempestC o q\ie en mains de cinq heures abati.ledit vent plus d€i trois cent soixante des plus gros arbres qui y fussent, les racines contre mont, sans les petiz arbi^es dont on^e parle pas \ brief il fisb tant de maux en bien pou d'heuç^s , que c'est une grande admiracion.
Item, le vin fut si cher, qu'on ne beuvoit point
(1454) d'un bourgeois de paris.
à moins de trois blancs yiu qui valust rien y maïs on avoit à la Sainte-An<frey le meilleur froument pour vingt-deux sols parisis , et autre grain à bon marché au cas par^l.
Item^ le régent revint de Normandie à Paris ^ et admena sa femme le sabmedi dix-huitiesme joui^^ décembre, l'an mil quatre cent trente-quatre, en« yiron , entre une et deux beures après disner ; eP fist-on aller au-deyant dte lui aux champs les processions des mendiants e^des paroisses reVestus et portants croix, et encensiez», comme on feroit à Dieu; et à la bastide Sairft-Denisestoientles enffents decueur de Nostre-Dame, qui moult chantoient mélodieusement quant il entra, à la porte Saint- Denis avec sa femme ; et crioit le peuple abwé à haute voix Noël ! Briéf on lui faisoit telle honneur comme on doit faire à Dieu.
Item , desdites communes qui furent tuées emprès Saint-Sauveur sur Dive des Anglois , n'estoit plus parlé, fors que quant on parloit à, Paris que c'esloit pitié, aucuns disoient que bie» l'avoient desservi ; aucuns Anglois disoient, quant on en par»loit que ça avoit esté à bonne cause , et que les villains vouloient destourber aux gentilshonames à faire leur youlenté, et que ce avoit esté à bon droit.
Item y en cellui temps n'estoit nulle nouvelle du conseil de Basle ne en sermon , ne autre part à Paris, ne que s'ils fussent tous en Jherusalem.
Item y en cellui an fist moult doux temps jusques H la Sainte A ndry , et cellui jour commença à geler
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si fort que merveilles ; et dura ung quart d'an, neuf jours moins, sans point dégeler. Si negea bien quarante jours sans cesser ou de jour ou de nuit. Et fut abandonnée la place de Grève pour la porter à lomberaux ; car il fut commandé de par le roy que on l'osta^t hors des rues , mais on n'en scavoit pint oster , que landemafîn n'en eust comme de- S/ant , et la convint mettre à val les rues en grans tas comme mules de foing tout parmi Paris ; car oncques tant comme il gela et négea si fort , ne plust ne dégela. Et pour vrài la glace, avant qu'elle fut toutte fondue , il fut l' Annonciation Nestre- Dame en mars , qui est sept jours à l'issue. ^
Item, le régent se partit de Paris, lui et sa femme, le diziesme jour de février.
Item y le duc de Bourgongne ne vint ne alla à Paris , depuis que devant est dit.
Item y le vin fut si cher celle année , que du plus petit on n'avoit point la pinte à moins de trois blancs ; eVsi ne pouvoit-on finer point de servoi^e qui vaulslst ,*pour les maudittes subsides qui furent dessus mises ; ne vendoit servoise qui ne payast sept blancs pour chascune sepmaine, et sans le quatriesme et l'imposition.
Item , le fruit fut tant cher, que on vendoit ung cent de bonnes pommes de cappendu ung peu grosses, seize solsparisis.
Item , il recommença à geler à la fin de mars , et ne fut jour qu'il ne gelast jusques après Pasques , qui furent le dix-sepliesmè jour d'avril; et furent
(435) d'uw bourgeois de pahis. ,
les vignes qui estoient en vallées , et les mares tous gelez , et tous les bourdelais qui es trailles des jardins estoient, et tous les figuiers morts, et tous les loriers grans et petiz ; et le bel pin de Saint- Victor, qui estoit le plus bel qu'on sceusten France, et la plus grant partie des serisiers aussi moururent celle année , pour la grant froidure qui dura sans pleuveoir ne sans desgeler, que trop pou plus d'uAg quart d'an.
Item, en celle année eust-on trouvé en cours umbraiges dessoubs fyens de grands glaçons ; et en vérité je en vis le jour SaÎQt-Yves ; et furent trouvez en un arbre creux, en <îel an, par compte fait , sept vingts oiseaux morts de froit et plus.
Item ^ en celle année les almendiçrs ne fleurirent que pou ou néant pour vrai.
Item, le jeudi absolu que on vent le lart, qui est le quatorziesme jour du mois d'avril , vint à Paris le duc de Bourgongne, à moult noble compaignie de seigneurs et de dames ; et admena avecques lui sa femme la duchesse , et ung bel filx qu'elle avoit eue de lui en mariaige ; et avec ce admena trois jeunes jouvenceaux qui moult beaux estoient , qui n'estoient pas de marisdge , et une belle pucelle ; et le plus vieux n'a voit pas plus de dix ans ou environ , et avoit en sa compaignie trois chariots tous couverts de drap d'or , et une littière pour son fils de mariaige , car les autres chevauchoiént trèsbien ; et pour sa gouvernante de lui et ses gens avoient bien cent chariots, et quelques vingt char-
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rettes tout chargea d'armures , d'artillerie , de char salle ^ de poisson salle, de frommaiges, de vins de Bourgongne ; brief îl avoit toutte pottrvéauce qu'on peut ou doit avoir au temps de guerre ou de paix ; car aussi il avoit foison pavillons pour loger aux champs , se mestier eœt esté ; et chascun chariot avoit tous les jours quarante sols parisis , et les charrettes deux francs.
Item , il fist sa Pasque à Paris ^ et tint cour plénière à tous venants ; et landemain l'Université proposa devant lui , sur le fait de la paix ; et le mardi ensuivant il fist faire ung moult bel obsèque aux Cëlestins, pour feue la ductesse de Betfort sa sœur, qui là estoit enterrée; et là fist moult riche offrande d'acgent et de luminaire 5 et tous prestres qui là voldrent aller, orent messe.
Item , le mercredi ensuivant , les damoiselles et bourgeoises de Paris allèrent prier moult piteusement à la duchesse qu'elle eusl la paix du royaume pour recommandée; laquelle leur fist response moult douce et moult bénigne , eu disant : « Mes » bonnes amies, c'est une des choses de ce monde » dont j'ai plus grand désir, et dont je prie plus » monseigneur et jour et nuy t pour le très grand be- » soing que je crois qu'il en est; et pour certain je » scai bien que monsieur en a très grand voulenté » d'yexposer corpsetchevance.wSila remercièrent moult , et prindrent congié et se départirent.
Item y le jeudi ensuivant , vingt-uniesme jour d'avril , se despartit de Paris le dric et sa femme ,
(i435) d'un bourgeois DE PARIS. /^G^
pour estre le premier jour juillet à Arras, au conseil ; et la première sepmaine de mai fut desconfit et prins le comte d'Arondel , et ses gens mors de par les Armina?;; et fut navré; et fut devant Gerberoyé
Item y de huyt entre le darrain jour de maive.t le premier jour de juing, après minuit fut prinse la vville de Saint-I)enis par les Arminaz , dont tant mal s'ensuivit , que la ville de Paris fut si assiégée, que de nulle part n'y povoient venir ritils biens par rivière , ne paî: autre part ; et veooient tous Jes^ jours «jusques aux portes de Patîs; et à tous ceux qu'ils tr€>uvoieût eu allant ou en venant qui estoient de Pans, ils lestuoient ; etlemmeset fille^ prenoierit à force; et faisoient soyer les blés auprès de Paris, , ne nul n'y mettoi^ contredit ; et apr^s s'accoutumèrent que tous ceux qu'ils prenoienf, ils leur coppoient les gprges , fiassent laboureurs ou autres, et les mettoient en mille chemins , et à femmes. Aussi-bien après , yers la fin d'aoust vint grant foison d'Angloys ; c'est asçavôir le sire de Haullebit, le sire d'Escalle , le sire d'Estanfort et son nepveu le bastard de Saint-Paul; et plusieurs autres seigneurs d'Angleterre ; et la diarraine sepmaine d'aoust assiégèrent ceux qui dedens Saint-Denis estoient , et leur ostèrent la rivière qu'on ^nomme Crout ; et à faire leur logeys y despécèrent les maisons de Saint-Ouin , de Haubervilliers , de là Chapelle ; brief de tous les villaiges'd'entour, qu'il n'y demeura ni huis , ni fenêtre», ni traillis de fer, ne
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quelque chose qu'on pust emporter; ne nV demoura aux champs, depuis qu'ils furent logés, fèves, ne pois, ne quelque autre chose; et se y avqit encore des biens sur terre , mais quelque chose n'y demoura ; et coppoient les vignes alout le-^ain, et en couvf oient leurs logeys; et quant ilsestoient un pou à séjour, ils alloient piller tous les Villaiges d'entour Saint-Denis. Quant ceux qui dedans Saint-Denis estoient, se virent ainsi enclos , ils yssoient lOuvent sur eux, et en tuoient très grajit foison; et quant dedensesjtoiejît, ils les tuoient par canons grans et petits ; et espécialement par petits longs canons qu'ils appeloientcouleirvrines; et qui en e^oit frappé , à peine povoitril eschapper sans mort.
liem, landemain de la Nativité de NostrcrDame, levèrent ung ^ssaut à ceux de Saint-Denis ; mais tant bien se dçffendirent, qu'ils tuçrent grant foison d'Angloys et de bien gros chevaliers et autres; et fut tué le nepveu au sire de Faleton ; et^ après fut despécé par parties et cuit en'une chaudière ou cymetière de Saint-Nicolas, tant et largement, que les os laissèrent la char , et puis furent très bien nétoyés; ils fureqj mis en ung coffre pour porter en Angleterre , et les tripes et la char et l'eaue furent enfouis en une grant fosse oudit cimetière Saint-Nicolas.
Item y celle année fist le plus bel aoust et bon blé et foison.
Item ^ celle année les moriers ne portèrent
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nulles nK)res ; mais ils fut tant de pesches,. que on n'en vit oncquôs mais tant , car on avoit le cent de très belles pour deux deniers piairisis Oii deux tournois , ou pour moins.
Item^ il oe fut nulles amandes.
Item, encore estoit le conseil à Arras, et on n'en ayoit aucunes nouvelles à Paris en cellui tempsé
Item, le duc de Betfort, qui avoit esté régent de France depuis la mort du roy d'Angleterre Henri, estoit trespassé à Rouen le quatorziesme jour de septembre , jour Sainte-Croix.
Item y les Arminaz de Saint-Denis prirent le dimanche, vingt-quatriesme jour de septembre l'an quatorze cent trente-cinq , trêves ; et celle propre nuyt ceux de son parti prirent le pont de Meulen ; dont ceux qui estoient dedans Sainct-Denis, quant on cuida traiter avécques eux, ib furent pires que devant ; et convint à eux traiter par ainsi qu'ils s'en iroient atout ce qu'ils voudroient ou pourroient emporter sons quelque contre leur dit denuUy; et aussi fut accordé par les signeurs qui tenoient te siège ; et se pairtirent le jour Sainte-Anne, quatriesme jour d'octobre, tout mocquant des Angloys, en disant: «Recommandez- nous aux roys qui sont en- » terrés en l'abbaye de Saint-Denis ejt à tous nos » compaignons, cappitaines et autres qui sont là-de^- ^» densenterrés. »Et estoient bien dequatorzeà quinze cents très bien montés et hkbillés j et aux escarmourches et assauts, en ipourutbien environ quatre cents ; et se n'eust esté qu'ils avoient très grant
MONSTRELET. T, Xf» — JoURK. d'oH BOtJltG. DE PaBIS. OO