CRÉES
littéraire l’emportait. Certes, il fut des gens pour admettre l'importance des essais sur la vieille poésie anglaise, pour reconnaître que si « la personnalité du poète, aimable et sans reproche », apparaissait dans le ( portrait de Mason tracé par la main de l’amitié », on devait à Mathias la révélation de son «talent de prodigieux érudit » **. Mais on notait d'autre part la médiocrité des pièces, on regrettait « de découvrir dans cette masse de résumés, d’extraits et de notes fragmentaires, le gouffre fatal où la flamme et le génie de Gray avaient sombré ». Le poète passait ( au rang de pédagogue » ; « le pesant second volume de Mathias n'avait été ajouté au premier que pour rabaisser plus près de terre celui qu’on avait vu jusqu'ici sur son nuage d’or ». Les suffrages allaient à « l'édition vraiment distinguée et classique de Mr. Mason »*.
Aünsi se marquaient deux tendances adverses dans l’interprétation de Gray.
Au moment où Mathias publiait son édition, paraissait un recueil des Poèmes de Gray (BN 101), dû à un jeune critique de trente-trois ans, John Mitford*. Ancien étudiant d’Oriel College, à Oxford, prêtre pluraliste et amateur de littérature, Mitford se consacrait, dans sa résidence de Benhall, à l’étude de la poésie. Il devint le principal collaborateur de la série des Aldine Poets, et devait diriger le Gentleman s Magazine de 1834 à 1850.
Son édition des poèmes de Gray de 1814 marquait le début d’une étude qui devait se prolonger pendant quarante ans de sa vie; œuvre de critique patient et de chercheur, toute de dévouement et d’admiration sans partialité.
On peut compter quatre étapes principales dans ses travaux. L'édition de 1814 comprenait les poèmes, copieusement annotés; une biographie de Gray suivie de six appendices documentaires, et un essai sur sa poésie (BN 101). En 1816, Mitford publia les œuvres de Gray en deux volumes (BN 19). La