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En dehors des poèmes et des lettres, Sir Edmund Gosse publiait encore un Journal inédit de Gray en France (GW 1 237-46). Mais quand il en arriva aux essais, il devint perplexe et prit un singulier parti.
Sans s’attarder à un examen attentif des manuscrits euxmêmes, tout au moins des Commonplace Books, il considéra dans son Mathias « le triste contenu du soi-disant second volume des Œuvres, fait de fragments et de notes qui sont à la littérature ce que la pâte est au pain » (GL 74). Il en détacha d’abord ce que Mitford avait accepté : l’essai sur l’architecture ** et les six essais sur la poésie, dont il abrégea encore les citations (GW I 325 & sq.). Ensuite, chose surpre- - nante de sa part, il consacra tout son volume [V aux notes sur Aristophane et Platon, étala sur plus de trois cents pages une médiocrité qui n'avait jamais été plus flagrante. Il fallait choisir. Ou bien, comme Mitford, n’adopter que les morceaux d’une réelle valeur intrinsèque; et en cela Sir Edmund Gosse eût été plus logique avec lui-même. Ou bien suivre Mathias, ou faire mieux que lui, en donnant un choix de fragments plus sévère, plus varié, plus représentatif. En voulant éditer un Gray complet, mais en conservant au fond de lui le souci de sauvegarder le poète, Sir Edmund Gosse adopte une solution fausse, à la fois hâtive et injuste.
Plus nouvelle, plus conforme à son talent est son étude sur la vie de Gray. Ce livre a beaucoup vieilli. Son information inadéquate se prête à une critique de détail qui ne lui a été épargnée ni dans l’ Ancien Monde, ni dans le Nouveau. Les initiés d'aujourd'hui n’en parlent que d’un air entendu”
Un sentiment de gêne règne sur l’ensemble. Sir Edmund Gosse a conscience de la pauvreté de la matière et de la do-
66. Gosse reproche à Mathias d’avoir donné à cet essai « le titre inepte d'Architectura Gothica » (GW I 294). Ce titre était de Gray lui-même... (Commonpl. Bk III, 943.)
67. Léon Morel (James Thomson, Paris, 1895, p. 6, n. 1) fut un de ses premiers détracteurs. Tovey le traite avec une aimable ironie (TL 1 viii: TP 134). Les Américains sont plus sévères: cf. W. L. Phelps, Selections from Thomas Gray (BN 46), vii
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cumentation: les sources sont rares; la correspondance, incomplète et mal datée, laisse entrevoir de béantes lacunes. Pour la première fois, dit-il, dans ces petits manuels, la méthode «sera plutôt de développer que de condenser » (GL v).
À qui veut l’examiner de près, cette biographie peut apparaître désormais comme un tissu d'erreurs. Pour avoir baptisé Thomas un des oncles de Gray, et transformé Mrs. Oliffe en tante paternelle *; pour avoir parlé un peu inconsidérément de sa science en scandinave et en celtique, Sir Edmund Gosse s’est fait rappeler à l’ordre et a provoqué des débordements d’érudition *”. Les raisons de la querelle avec Walpole, la fable de l'échelle de corde, sont des points d’histoire sur lesquels on discutera longtemps encore". Sir Edmund, il est. vrai, est d'une impardonnable distraction. Voir en Stonhewer, qui vient de naître, un camarade de Gray à Eton (GL 5); placer en Suisse la Grande-Chartreuse et le Mont-Cenis (GL 33); expliquer comment la Long Story, écrite de son propre aveu en août 1750, retrace des événements qui se seraient déroulés en août 1751 (GL 103), sont quelques-unes de ses bévues . Il lit les lettres trop vite, les interprète avec trop de précipitation. S'il est vémiel de faire du pacifique Thomas Lyon un officier (GL 170), il est plus fâcheux pour l’histoire littéraire de supposer, par exemple, que Gray ait eu quelque rapport avec Sterne ou Rousseau”. Le peintre est trahi à l’occasion par sa culture raffinée. Voici Gray à Paris aux soupers de la Quinault, dans un brillant entourage d’élégants et de lettrés, figurant avec les Marivaux, les Caylus et les Voi-
CAC CESTP 20e DIEM App. VII; H. P. Stokes, Thomas Gray and his Cambridge relations, Cambridge Review, 17 jan. 19W7, pp. 1647.
69. G. L. Kittredge, Gray’s knowledge of Old Norse, dans W. L. Phelps, o. c., xli-l.
70. Cf. CT, I, xxiv-xxix; G. L. Kittredge, Gray’s ladder of ropes, The Nation, 27 Sept. 1900, 251; OG, App. Il, 188-92.
71. La dernière erreur est corrigée dans la Préface de l'édition scolaire des poèmes de Gray, O.U.P., 1884, p. 10. È