‹ Chronologie de la Vie et de l'Œuvre de Thomas GrayChapitre 21 sur 83 · GL 14; cf. TL II 137. — GL 141; nous sommes en 1759, et · texte numérisé non relu

GL 14; cf. TL II 137. — GL 141; nous sommes en 1759, et

Rousseau ne vint en Angleterre qu'en 1766.

senon dans le salon mémorable où siègera bientôt la Société du Bout-du-Banc. Passons aux faits : un soir du mois d’avril, Gray est allé voir Quinault Cadette jouer dans le Philosophe Marié à la Comédie-Française

Cette fausse reconstitution des milieux n’est pourtant, en un sens, que l'abus d’une qualité. Car, après tout ce qu’on en a pu dire, cette biographie possède d’autres mérites que celui d'être la seule à remplir un volume *. Ce livre est vivant, construit avec art. Sir Edmund Gosse a su, avec un doigté et une souplesse où il excelle, passer du récit des événements à la délicate appréciation des œuvres; et dans cette alternance habilement exploitée, il a su noyer la monotonie ou la confusion des faits, la pénurie de l'information. Il sait trouver la formule lumineuse, jeter le coup d’œil circulaire qui replace l’homme; brosser des tableaux artistement disposés, qui ani- El cdi ont. grave Etonien, le jeune insulaire émerveillé des nuits de Versailles ou de Naples; le salon rustique des tantes de Stoke, parfumé de musc; les splendeurs de Strawberry Hill, où, dans une princière hospitalité, on occupe des heures paisibles à feuilleter des estampes; la morne tristesse des collèges gothiques, où l’homme se ronge d’ennui : tout cela Sir Edmund Gosse sait le voir et le faire voir. Il a su montrer au passage les aspects curieux de la culture et du goût de Gray; il a su faire entendre avec une régulière cadence le refrain de cette vie, refrain d’abattement et de mélancolie. Pour être inexact, ce portrait n’en est pas moins ressemblant.

L'étude ‘est surtout en surface; et c’est ce qu'on lui a le moins reproché. Plus de patience à suivre Gray dans ses lettres, à reconstruire ses amitiés, lui eût assuré un relief plus conforme à la vérité. S'il avait voulu se libérer davantage du préjugé qui dure depuis Mason, peut-être Sir Edmund Gosse aurait-il pu tracer autrement que par fragments son portrait intellectuel. S'il n’avait pas redouté de soulever le voile, peut-

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74. Dans une collection populaire bien connue, le petit livre de W. H. Hudson, Gray and his poetry, Londres, 1918, ne manque pas d'intérêt, mais ne vise qu'à la vulgarisation.

être aurait-il surpris le secret de cet étrange pessimisme; peutêtre n’aurait-il pas, dans sa psychologie simpliste, affirmé que Gray tenait de sa mère la « capacité de souffrir en silence » (GL 10). Il y a là une incompréhension fondamentale du personnage, plus grave à vrai dire que la somme des inexactitudes de détail qui, de toute façon, font de l’ouvrage un livre périmé..

Nul, depuis Sir Edmund Gosse, ne s’est érigé en biographe de Gray. Mais deux nouveaux éditeurs de sa correspondance, inaugurant une méthode rigoureusement scientifique, se sont consacrés à leur tâche avec tant de précision qu’ils ont renouvelé notre connaissance de sa vie.

Ancien étudiant de Trinity College, à Cambridge, professeur à Eton de 1874 à 1886, Duncan C. Tovey, lorsqu'il se retira dans sa cure de Worplesdon (Surrey), avait derrière lui tout un passé de contact direct et sympathique avec les lieux familiers à Gray. Une riche bibliothèque, la proximité de Londres et du Musée Britannique, l’aide de son fils aîné pour toute recherche matérielle, lui permirent de poursuivre à loisir sa vaste entreprise. À Eton, où le souvenir de Gray, de Walpole et de West est l’objet d’une pieuse vénération, il songeait déjà à célébrer leur mémorable amitié. Cette idée initiale donnera un ton particulier à ses travaux ”*.

Son premier ouvrage, intitulé Gray and his Friends, Letters and Relics in great part hitherto unpublished, parut en 1890 (BN 45). Ce livre réalisait en substance le dernier projet de Mitford, dont il reprenait les documents encore inutilisés. La partie principale comprenait les lettres et poésies de West, replacées dans leur alternance chronologique, avec les lettres de Gray, de Walpole et d’Ashton. C'était la reconstitution partielle des relations de la « Quadruple Alliance ». D’autres documents nouveaux complétaient heureusement divers aspects de la vie de Gray : trois lettres inédites à Chute: deux lettres de Miss Speed; d'importantes notes de voyage en France, en

- 75. Le Professeur D. F. Tovey, de l'Université d'Edimbourg, a bien voulu me fournir ces renseignements sur son père.

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Italie et en Ecosse, d'après la collection John Mortis: d’intéressants fragments". Dans une introduction, quatre portraits soigneusement informés présentaient les personnages; quelques difficultés biographiques étaient examinées.

En 1898, Tovey publie les poèmes anglais de Gray pour la Pitt Press Series. Son recueil, chargé d’une annotation méticuleuse et savante, dépasse le niveau ordinaire des éditions scolaires (BN 284). Dans le chapitre sur Gray de la Cambridge History of English Literature, publié en 1913, un an après sa mort, 1l retrace la carrière du poète scrupuleusement mise à jour (X 130-55). Mais l'œuvre essentielle de Tovey, le terme de ses efforts, est son édition des Lettres en trois volumes, publiés respectivement en 1900, 1904 et 1912 (BN 1226).

Tovey apporte peu de lettres nouvelles”. Considérant le travail de Mitford en quelque sorte comme définitif (TF x-xi), il poussera ailleurs ses recherches. Son texte n’est supérieur aux précédents que pour les lettres à Wharton, dont il lit les autographes : vocabulaire, orthographe, ponctuation, abréviations, tous les détails, et jusqu’à l'emploi fantaisiste des majuscules, sont pareillement respectés. Point par point, il réalise la transcription intégrale que Sir Edmund Gosse avait annoncée ‘.

Mais le grand progrès accompli par Tovey est en premier lieu d’avoir reclassé les lettres. « La correspondance de Gray, avait-il déclaré, n’a jamais été publiée avec le moindre souci de l’ordre chronologique » (TP xi, n. 2). Eliminant toute indication douteuse, se défiant des endos approximatifs de Wharton, il fonde sa méthode sur la recherche et la vérification mutuelle des preuves internes et externes. Certains de ses redressements,

76. Pour tous ces détails, voir la notice préliminaire, vii-xii. Les Notes de voyage en Ecosse en 1764 (pp. 260-5), bien qu'écrites de la main de Gray, n'ont pu être rédigées par lui; cf. infra, Chronologie générale, 1764, l'emploi de son temps pendant la période correspondante.

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