I. — LES ANNEES D'ENFANCE
Londres. Thomas Gray naquit à Londres le 26 décembre 1716, dans une maison de Cornhill, où sa mère et sa tante, Mary Antrobus, tenaient un magasin de modes’.
Son grand-père paternel était négociant. Son père, Philip, exerçait la profession de scrivener. Il possédait un certain avoir, mais dirigeait mal ses affaires et menait une vie déréglée. Violent, neurasthénique, probablement buveur, peut-être fou, il traitait indignement sa femme et se désintéressait de ses enfants.
La mère de Thomas, née Dorothy Antrobus, appartenait à une honorable famille du Middlesex. Son père, William, était courtier de change à Londres. Elle avait deux frères : Robert. fellow de Peterhouse, Cambridge, et William, fellow de King's, ibid.; trois sœurs : Anna (Mrs. Rogers), Jane (Mrs. Oliffe) et Mary, qui ne se maria pas et vécut avec elle jusqu’à la fin de ses jours.
Thomas eut onze frères et sœurs. Pour une cause vraisemblablement héréditaire, ces enfants moururent très jeunes. Si Thomas survécut seul, la tradition veut qu'il faillit mourir luimême de convulsions. Il dut la vie au sang-froid de sa mère qui, au cours d'une crise, lui ouvrit une veine avec des ciseaux.
Ses premières années se passèrent à la maison de Cornhill, dans la tristesse du ménage désuni. Cependant il fut entouré de la tendre affection de sa mère et de sa tante Mary. Une amie, Mrs. Bonfoy, semble avoir contribué à sa première éducation.
Eton. Dorothy, qui sacrifia ses économies pour élever son fils, l'envoya à ses frais au collège d'Eton, où ses deux frères
1. Sources principales pour cette période : MM II 3-4; MW I ii; xcvi-xcviii. <
2. On voit aujourd'hui une plaque commémorative au n° 39 de la rue. Cette plaque marque l'emplacement de la maison natale, qui fut incendiée du vivant de Gray, en 1748 (TL 1 175. Cf. lettre du Dr. Toynbee au Times, 29 juin 1927).
3. Pour les détails de parenté, cf. infra, Tableaux annexes, I.
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enseignaient. Il y entra comme oppidan, peut-être dès 1725. li était en Troisième en 1728, en Cinquième en 1732*.
Gray fut bon élève, studieux, sinon très brillant. [l aimait les lettres, faisait, à quinze ans, des vers latins remarqués*. Ses oncles dirigeaient son travail, lui donnaient des livres®. William fut son premier tutor, et continua à s'occuper de lui après sa retraite (nov. 1728). Robert, de son côté, lui inculqua le goût de la botanique ”, mais ne put le suivre longtemps, car il mourut en 1730.
De constitution malingie, Gray ne participait pas aux exercices physiques. Il préférait se promener à l'écart, fréquenter des camarades de son tempérament. Il rencontrait à Eton des fils de familles illustres (les Townshend, les Conway, les Montagu), des enfants appelés à jouer un rôle et qu'il devait retrouver dans la vie (Clarke, William Cole, Jacob Bryant). Mais il forma surtout avec Horace Walpole, entré en avril 1727, Richard West et Thomas Ashton, une association intitulée la « Quadruple Alliance » (Orozmades, Celadon; Favonius, Almanzor)*. Ces amis se distinguaient par leurs prétentions littéraires, leurs manières efféminées. West était le mieux doué des quatre et jouissait du plus grand prestige aux yeux des autres; mais c'est avec Walpole que Gray se lia plus parti: culièrement.
Burnham. Dès cette époque, Gray allait en vacances à Burnham, village du Buckinghamshire situé près de Slough et à quelques milles d’Eton. Il était reçu chez son oncle maternel par alliance Jonathan Rogers, attorñey, qui occupait une maison isolée dans la campagne (Cant’s Hill, aujourd’hui Burnham Grove) ?. Cette maison était voisine de la fameuse forêt de hêtres (Burnham Beeches), où Gray aimait à se promener.