‹ Chronologie de la Vie et de l'Œuvre de Thomas GrayChapitre 28 sur 83 · I. — LE PREMIER SEJOUR A CAMBRIDGE · texte numérisé non relu

I. — LE PREMIER SEJOUR A CAMBRIDGE

Pendant ces quatre années, Gray fut étudiant au Collège de Peterhouse, à Cambridge. Sans sympathie pour l’enseignement de l’Université, il acquit, plutôt par des lectures et des travaux personnels, une solide culture classique, apprit les langues modernes et l’histoire. Sans inclination pour ses licences, il mena une vie retirée, méditative et mélancolique, où sa grande affection pour Horace Walpole tint une large place.

Tandis que Walpole quittait Eton (23 sept.) pour passer quelque temps à Londres chez son père (St James’ Square), que West restait à Eton jusqu’à l’année suivante, Gray rejoint Ashton à Cambridge, où celui-ci a déjà été admis à King's College.

Gray fut inscrit comme pensioner à Peterhouse ‘?, ancien collège de son oncle Robert, le 4 juillet. Il entra en résidence le-9 octobre et commença ses études sous la direction du tutor George Birkett. Le 17 octobre, il obtint une bourse (Cosin scholarship). 2

Gray fréquenta quelque peu Ashton, sans vouloir se joindre au club des anciens Etoniens. Mais s'il lui arrive de se trouver dans une tabagie, il préfère en général le calme de sa chambre. Son premier trimestre se passa dans l’adaptation à la vie universitaire. [l resta en correspondance suivie avec Walpole et

lui envoya des vers (Devil Tavern, CT I 125).

Gray s'ennuie à Cambridge, qu'il ne quitte pas pendant les vacances de la Noël; la ville lui paraît monotone, la philoso-

10. L'hypothèse admise par les biographes (GL 8; AB xxvii) que Gray ft un séjour à Pembroke avant d'entrer à Peterhouse est dénuée de fondement. Cf. CT I xx-xxii et T.A. Walker, Admissions to Peterhouse, CUP «19127267

PAL Les

phie qu’on l’oblige à apprendre dénuée de sens. Il envie Walpole qui, à Londres, court les théâtres et les mascarades, et projette avec Ashton d'aller le voir en février. Mais c'est Walpole qui viendra d’abord à Cambridge (entrée à King's College le 11 mars). Un autre camarade d'Eton, William Cole, se joignit à eux vers cette époque.

En juillet, Walpole partit en vacances (Londres et Houghton). Gray quitte Cambridge au début d'août et partage son temps entre Burnham et Londres, où le désaccord dans le ménage de Philip est à son comble.

Il rentra à Cambridge en octobre (s. 18), muni d'une nouvelle bourse (Hale scholarship), et y retrouva Walpole et Ashton qui demeurèrent à peu près ses seules relations. En décembre, Walpole s’absente encore; à la Noël (s. 19 déc.), Gray va à son tour passer un mois dans sa famille.

Bien qu'à Londres Gray ne partage pas les « distractions » de Walpole, qu'il ne semble pas rencontrer, il fréquente les théâtres, se tient au courant des pièces en vogue (King Arthur, de Dryden, musique de Purcell, à Goodman'’s Fields, 2 janv.; autres opéras avec le chanteur Farinelli).

De retour à Cambridge (s. 23 janv.), Gray y reste jusqu’au milieu de juin, regrettant avec Ashton l’absence de Walpole. En avril, il se signala en composant une pièce dans le style

. de Claudien en l'honneur du mariage du Prince de Galles (Hymeneal, AB 137-9). Il se plonge ensuite dans l’étude de Stace et envoie à West (8 mai) une traduction en vers rimés de deux passages de la Thébaïde (AB 105-8).

Parti de Cambridge dans la deuxième semaine de juin, il arrive à Londres pour assister à la clôture de la saison d'opéra à Covent Garden (Atalanta, de Hændel). Les distractions d’été des Vauxhall Gardens ne lui plaisant guère, il s’abandonna à une mélancolique oisiveté. En août il est à Burnham chez l'oncle Rogers, qui voudrait l'emmener à la chasse; lui préfère rêver, un Virgile à la main, dans la forêt. Il trompa l'ennui des jours pluvieux en composant des vers pour Walpole:‘rencontra le vieux dramaturge Southerne, alors en visite dans le voisinage. De retour à Londres le 27 septembre, il va à Covent Garden (The Way of the World, 1* oct.), à Drury Lane (Othello, 6 oct.), et passa sa dernière soirée de vacances avec West. Les deux amis, qui ne s'étaient pas revus depuis Eton,

Fo

CPAS Ue

soupèrent ensemble; mais leur conversation manqua de cordialité. Le 25 octobre, Gray rentrait à Peterhouse.

Le dernier trimestre de l’année fut consacré au travail. Eloigné de Walpole, demeuré à Londres: en proie à « l’hypochondrie »; maugréant contre les mathématiques et la métaphysique, Gray « subit des cours tous les jours et à toute heure ». Renonçant à prendre un grade, il sera bientôt libéré des études officielles et pourra se consacrer entièrement à ses amis et à ses classiques. En décembre, le Moderator le désigna pour composer le poème du Tripos.

Gray avait envisagé son départ de Cambridge pour février. Mais il y demeure sans interruption jusqu’en août. Tout en composant la pièce latine demandée (Luna Habitabilis, AB 140-4), il apprend l'italien « comme un dragon », lit en deux mois le Livre XVI de la Jérusalem Délivrée et traduit en vers anglais l'épisode d'Ugolin de l’Enfer (AB 119-23).

En juillet, il « oscille tristement » entre la Chapelle ou le Hall et sa chambre. I] attend en vain la visite de West, et, après quinze jours de désespoir, se trouve à Londres (s. 5 août), découragé et partageant la douleur de Walpole, qui perd sa, mère (20 août). Il va au théâtre, rencontre Ashton; en octobre revoit West, qui repart pour Oxford: cette fois, celui-ci lui parle abondamment de « ses œuvres », et ils promettent de s’écrire « tous les jours ». Retour à Cambridge le 15 novembre.

Résidence à Peterhouse jusqu'à la mi-septembre, sauf une absence (inexpliquée) de quinze jours au début de mai. Gray occupe son temps à railler en secret les membres de l'Université, à lire sans relâche des ouvrages classiques ou contemporains. Il compose des vers latins dédiés à West (Ode Saphique, AB 144-6: Fragment Alcaïque, AB 146). Cambridge, ville laide et sale, lui devient de plus en plus odieux, mais il y reste « comme un chou planté en terre ».

En septembre, le voici enfin « dans les affres du départ ». Il arrive à Londres le 17, y rencontre Ashton; West, qui entre au Temple; Waipole, qui va et vient de la ville au pavillon de New-Park. Il passa tout l'hiver à la maison de Cornhill. Peut-être songea-t-il à se joindre à West pour étudier le droit, mais aucun document ne le prouve.

Page 1