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II — VOYAGE EN FRANCE ET EN ITALIE

En quittant l’Université, Gray put faire, grâce à son ami Walpole, ce qu’on appelait alors le Grand Tour, voyage éducatif dans les pays latins. Ce voyage contribua largement à son développement intellectuel. Tandis que Walpole, plus frivole, recherchait surtout les plaisirs et les relations mondaines, Gray, dont l'esprit curieux était toujours en éveil, voulut s’instruire, faire provision d’impressions qu'il enregistrait méthodiquement dans son journal paysages, villes pittoresques de France et d'Italie, monuments, antiquités, musées. Cette différence de caractère et de point de vue entre les deux amis fut la cause d’un désaccord qui alla en s’accentuant, jusqu’àäu jour où un incident provoqua la rupture. Ils se séparèrent, et Gray rentra seul en Angleterre.

Au début de l’année, Horace Walpole propose à Gray de l'emmener sur le Continent; il paiera les frais du voyage. Gray accepte; ils s'embarquent à Douvres le dimanche 29 mars (NS.).

Après cinq heures de traversée, où, malgré le beau temps, Gray eut le mal de mer, ils débarquèrent à Calais. Ils parcoururent la ville le lendemain matin, 30 mars (couvents des Capucins et des Sœurs de St-Dominique), assistèrent à la messe du lundi de Pâques à Notre-Dame. Dans l'après-midi, en chaise de poste, de Calais à Boulogne, d’où ils repartent le lendemain de bonne heure (mardi 31). Dîner à Montreuil-sur-Mer, arrivée le soir à Abbeville, qu'ils visitent rapidement le mercredi matin (Chapelles des Minimes, des Carmélites); dans l’aprèsmidi, Amiens (Cathédrale; Chapelles des Jésuites, des Ursulines). Le jeudi ils couchent à Clermont; passent le vendredi à Saint-Denis (Abbaye, tombeaux et trésor). Arrivée à Paris le samedi soir 4 avril.

Paris. Trois amis les attendent : le Comte de Holdernesse, le Baron Francis Seymour Conway, cousin de Walpole, et son frère Henry Seymour Conway. Ceux-ci les invitèrent à souper et les présentèrent dans la société : dîner chez Holdernesse

avec l'Abbé Prévost, féerie de Pandore à la Salle des Machines (dim. 5); dîner chez le Comte Waldegrave, ambassadeur anglais à Paris, soirée à l'Opéra (lundi 6). :

Gray et Walpole passèrent deux mois à Paris (avril et mai), logeant à l'Hôtel du Luxembourg, rue des Petits-Augustins. Ils voient peu de Français, car pour être admis dans les milieux mondains il faut bien savoir la langue et être grand joueur de cartes, mais beaucoup d’Anglais qui vivent groupés. Walpole ne se lasse pas des réceptions et des festins. Gray, vite rassasié, reste chez lui ou se promène dans les rues: c'est pour lui une distraction toujours nouvelle d'observer le mouvement, les voitures, les gens: il aime à aller sur le Pont- Neuf contempler le panorama de la Seine.

En avril, leurs matinées furent très occupées à visiter les monuments sous la conduite de Conway ‘’. Ils fréquentèrent les théâtres (Mahomet, de Lanoue, à la Comédie-Française; Le Philosophe Marié, de Destouches, avec Quinault Cadette et Charles Grandval; L’Avare: Le Cid, en avril. En mai : Britannicus, Phèdre, avec la Dumesnil). Vers la fin de leur séjour, visite de Versailles (16 mai). Gray n'aime pas le château, mais admire les lignes majestueuses du parc. Le 17 (dim. de la Pentecôte), ils assistèrent à la Grand'Messe, avec le Roi et la Cour.

À la fin de mai, Gray et Walpole décidèrent d'aller à Reims, accompagnés d'Henry Seymour Conway. Ils y passeront un ou deux mois, traverseront la Bourgogne et le Dauphiné, gagneront la Provence à l’entrée de l'hiver.

Reims. Gray, Walpole et Conway quittent Paris le 1° juin et séjournent trois mois à Reims, chez M. Hébert, rue Saint- Denis. Malgré la cathédrale et quelques belles églises (Saint- Rémi, Saint-Nicaise, Saint-Pierre-aux-Dames), Gray n’apprécie ni la ville elle-même, morne avec ses remparts, ni les environs, couverts de vignobles. Grâce aux relations de Conway, on les présenta dans la haute société de la ville; mais s'ils furent une fois régalés d’un élégant souper, ils trouvèrent terne dans l’ensemble cette vie de province, avec ses vains papotages et ses monotones parties de quadrille.

Leur départ était fixé au 20 juillet; à leur grand regret, ils durent attendre deux anciens camarades d'Eton, George Selwyn et George Montagu, qui avaient projeté de passer quel-

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