MM III 51 et 69. Cf. TP 128 & sq
18. Préambule de la Section III (MM III 1-5), et les 9 lettres de cette
section.
discussions littéraires entre Gray et West. Ailleurs, et partout, les questions littéraires importent seules. S'il s’attarde à quelque exposé détaillé, c'est pour raconter la préparation de l’édition Bentley, la composition de la Long Story ou des « pièces lyriques » inachevées (MM III 125-39; 157-66). En somme, c'est la carrière du poète qu’il veut retracer, en en déformant les actes essentiels tant par les proportions qu’il leur donne que par la place qu'il leur assigne; sans les envisager autrement, d’ailleurs, que comme de simples anecdotes.
C'est bien là l'impression dernière : l’idéal de Mason était celui d’un médiocre écrivain du XVHI° siècle, pompeux, pédant, tout plein d’un sentiment étroit de la dignité du style. Il ne s’en défend pas, et ses concessions mêmes, exprimées en termes spécifiques, sont des aveux : « Je promets au lecteur de ne lui montrer que rarement Mr. Gray sous un autre jour que celui du lettré et du poète; je voudrais bien découvrir l’homme vertueux, cordial et aimable: maïs ce souci devient inutile. puisque dans les lettres que j’arrange ici ces qualités de tête et de cœur apparaissent si constamment réunies » (MM II 2). Ainsi dit-il dans sa Préface: et plus tard : « Je vais pouvoir choisir désormais maint spécimen excellent d’un jugement plus mûri, d’un goût plus correct, d’un savoir plus étendu, mêlé à plus d’un exemple aimable de’sa sensibilité » (MM JII 67). Son idéal comporte une double application : faire revivre le seul homme digne de paraître, sans doute; mais aussi faire œuvre de goût en polissant les phrases, en rognant, en triant, en sélectionnant les passages « écrits »; en fabriquant des lettres équilibrées, châtiées, formant un tout. Il était sot, mais bien intentionné: la pensée ne lui vint jamais qu’en osant corriger Les écrits de Gray il accomplissait une œuvre sacrilège; il avait bien plutôt le sentiment de remplir un devoir.
Reconnaissons qu’il a droit aux circonstances atténuantes, et qu’il est injuste de le juger d’après nos conceptions modernes du rôle de l’éditeur, ou même du biographe. La propriété d’un auteur ne s’étendait pas alors à ses lettres familières; on ne percevait pas de rapport étroit entre l’homme et l’écrivain; sur la vie privée des hommes, même des grands hommes, des
discrétions s’imposaient. Certains événements étaient trop près, intéressaient des vivants, comme Horace Walpole, qu’il fallait ménager. Îl y avait même chez Mason une part de considération pour la mémoire de son ami; il savait fort bien que lui, si réservé, si discret, si méticuleux, qui remettait cent fois sur le métier chacune des phrases livrées à la publicité, « aurait été frappé de paralysie » (MM III 146) s’il avait su que ses lettres intimes seraient jamais imprimées.
Quelques-uns de ces arguments sont ingénieusement développés par un héroïque défenseur de Mason”. Les contemporains auraient même trouvé que Mason montrait trop de Gray. Ce n’est pas tout à fait ce que révèle une lecture plus attentive des articles de revue invoqués par Mr. Draper. La Monthly Review ne reprochait pas absolument à Mason d’avoir placé « à côté du grand génie l’homme aux violentes bizarreries » ”’; elle applaudissait même aux « maintes anecdotes intéressantes pour les gens de goût » aui révélaient un Gray ignoré du public”. Ce que l’on condamnait surtout, c'était les jugements littéraires de Gray, souvent irrévérencieux pour leur objet, où il « touchait aux réputations établies », celles d’un Waterland, d’un Akenside, d’un Shenstone *”. Préoccupé de poser Gray en arbitre du monde des lettres, Mason voyait ses conceptions mêmes se retourner contre lui.
Il y a encore un autre point. Les intentions de Mason n'étaient pas toujours nobles. [| y avait en lui un fond de prétentieuse fatuité, et, s’il s’appliquait à nous montrer en Gray l’homme de lettres, il ne dédaignait pas de souligner la présence dans son entourage d’un autre homme de lettres, presque son égal, William Mason lui-même. Rien ne compte entre la mort de West ei l’année où 1l eut « le bonheur d’être présenté à Mr. Gray »; et les excuses qu’il donne de sa Joie ont un ton
19. J. W. Draper, William Mason, New-York U. P., 1924, 264 & sq. 20. Ibid., 273.