‹ Chronologie de la Vie et de l'Œuvre de Thomas GrayChapitre 9 sur 83 · CS · texte numérisé non relu

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au monde un aperçu sans équivalent alors de sa vie recluse. Il eut le tort de trop arranger; de ne tirer, par maladresse, qu’un mauvais parti de ses vastes ressources. Son témoignage pouvait être précieux, car il avait vu l’homme de près. Trop de préjugés, trop de considérations extérieures le détournaient de son sujet. Toute concession faite aux idées de son temps, avec plus de tact et de modestie, avec l'effacement d’un Boswell, Mason eût tracé un portrait plus vivant et fidèle. Si l’on juge son œuvre d'après son propre idéal, la physionomie littéraire de Gray y était trop simplifiée, trop affadie pour être vraie.

À voir les choses absolument, son travail fut néfaste. On éprouve un indicible regret, un sentiment de révolte, lorsqu'on songe aux précieux documents qu’il détenait, et qu'il prit sur lui de mutiler ou de considérer comme sans valeur. Ces trésors, légués de mains en mains, soldés dans les ventes publiques, se dispersèrent après lui aux quatre coins du monde. La tâche de ses successeurs sera en grande partie de reconstruire ce qu’il a détruit; 1l a fallu plus d’un siècle de travaux, de recherches et de démarches patientes pour rassembler les documents perdus, rétablir les textes, les dates, les faits. Cette tâche se poursuit encore; mais la restauration ne sera jamais complète. Car Mason, d'accord du reste avec Walpole, avait commis la maladresse insigne de donner aux manuscrits de Gray d’irréparables coups de ciseaux (CT [ 1, n. 2).

Le premier effort conscient pour tirer de l’imprécision et de l’inexactitude le portrait de Gray légué par Mason est l’œuvre de Thomas James Mathias, Fellow de Trinity College, à Cambridge, et bibliothécaire de Buckingham Palace **, qui publia à grands frais, en 1814, une édition de luxe des écrits de Gray, en deux volumes in-4° (BN 18).

Mathias était un homme fort cultivé; il passait pour le meilleur italianiste anglais depuis Milton. Il avait des idées, un certain sens littéraire, un jugement prompt à l’enthousiasme, sinon toujours très sûr. De son époque il tenait le lyrisme emphatique de l'expression, le goût abusif de la citation latine et

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