‹ Chronologie égyptienneChapitre 10 sur 179 · I AU · texte numérisé non relu

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est tombé dans

la saison naturelle de l’été 0 somou, le temps de la plus grande

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chaleur.

ment qu’il est presque impossible de la remarquer dans un intervalle de 10 ans; car les phénomènes de la nature, qui appellent les travaux de la campagne, ne reviennent pas non plus au même jour dans le calendrier le plus régulier, vu qu’ils dépendent des influences atmosphériques. Mais d’un autre côté, dans le même espace de 8 ans, où l’assiette des mois égyptiens se déplace de 2 jours, leur position dans un calendrier lunaire bien réglé, comme celui de 1 ’octaeteris grecque, se déplace cinq fois en arrière de 11 jours et trois fois en avant de 18 ou 19 jours'.

Ainsi s’explique que, pour chaque Égyptien en particulier et pour chaque génération, l’idée d’une forme déterminée de l’année naturelle peut se rattacher avec chaque mois exactement, comme chez nous. Sous la VIe dynastie, Ouna, par exemple, admet comme normal qu’Épiphi soit un mois d’eau profonde (cf. IV, à la fin) et Hérodote, dans sa description de l’année égyptienne (II, 4) ne se doute pas que c’est une année vague, mais au contraire la considère comme beaucoup plus compréhensible que le système intercalaire grec, parce que le cercle des saisons y revient tous les ans à la même date du calendrier.

Mais, après un espace de temps plus long, ce déplacement s’est manifesté dans toute sa force. « Il arriva », dit le décret de Canope1 2, « que les fêtes que l’on devait célébrer en hiver tombaient en été, et que les fêtes d’été tombaient en hiver ». Chose plus caractéristique encore : les noms des trois saisons devinrent tout à fait conventionnels et ne concordèrent désormais pas plus avec les progrès de la nature qu’ils définissent, que les mois égyptiens ou les nôtres avec la lune.

1. Dans l’année mahométane, les mois dans le cours d’une génération de 33 ans parcourent l’année solaire entière, tandis que pour l’Égyptien le jour de l’an ne se déplace en ce temps que de 8 jours 1/4.

2. L. 41. De même, Gémi nos, Isag. in phœn., lü sqq., qui regarde comme intentionnel le fait que le cycle des fêtes est placé dans toutes les saisons.

ANNALES DU MUSÉE GUIMET

Ainsi, à côté de l’année vague, représentée en fait par le calendrier civil, existait une année fixe, uniquement théorique, et que le calendrier avait l’intention de représenter. Mais cette année fixe chez les Égyptiens n’est pas non plus l’année solaire vraie correspondant aux saisons. C’est l’année julienne de 365 jours 1/4, et elle ne se règle pas d’après le soleil, mais d’après Sirius; elle n’est donc pas déterminée par le retour du soleil au même point annuel [car on sait que ce point, par suite de la précession des équinoxes, se déplace en 2.200 ans environ de 30° vers le ciel des étoiles fixes, ou une constellation de l’écliptique] ; le point de repère, c’est quand le soleil revient à une même position par rapport à Sirius. Le jour où, après avoir été longtemps invisible, Sirius apparaît à l’orient du ciel, dans le crépuscule du matin, et effectue ce qu’on appelle le lever héliaque de Sirius, c’est le jour du nouvel an de l’année égyptienne fixe; — ou, pour s’exprimer plus correctement, c’est le jour où, selon la théorie, devait tomber le jour du nouvel an du calendrier civil, duquel il s’éloigne en réalité d’un jour tous les 4 ans.

On sait que Sirius, en égyptien Sopdet, HcoGiç,

avait son lever héliaque au temps où les eaux du Nil commençaient à monter lentement. Parla, cette étoile, qui déjà surpassait toutes les autres en éclat, obtint une place tout à fait exceptionnelle : elle annonçait l’arrivée de l’événement le plus important pour les Égyptiens, et semblait l’amener. Le calendrier voulait commencer la nouvelle année avec l’inondation : le lever de Sirius fut donc le jour normal pour le jour du nouvel an, le 1er Thoth. Les textes des pyramides indiquent déjà cette connexion : « Sothis, ta fille chérie (la fille d’Osiris), qui a fait tes fruits ( ronpowet ) (c’est-à-dire : qui par l’inondation a produit ta nourriture) en ce sien nom d’« année » ( ronpet ), c’est elle qui conduit N. (le mort), quand il vient devant toi’. » Sothis est l’étoile et

le siège d’Isis1, qui se manifeste en elle; nous voyons ici encore la connexion du calendrier et de l’année avec les divinités du cycle d’Osiris.

En réalité, comme nous l’avons dit, le lever de Sirius tombe tous les 4 ans un jour plus tard; ce n’est qu’après le cours de 1457 années civiles que la connexion est rétablie. Ainsi

11 en résulte une année fixe de 365 jours 1/4 et l’équation appelée « période Sothiaque», c’est-à-dire 1461 années civiles = 1460 années Sothiaques (juliennes).

Après le cours d’une période Sothiaque, comme l’année solaire est un peu plus courte, le soleil (et avec lui les saisons) est, à dire vrai, par rapport à la position qu’il prit 1460 ans avant au commencement de cette période, en avance d’un peu plus de 11 jours 1/3. Mais par suite de la précession des équinoxes d’une part, et par le mouvement propre de Sirius d’autre part, la position du soleil par rapport à Sirius s’est aussi déplacée dans la même direction presque exactement de la même quotité; le lever de Sirius ne tombe plus à la même date de l’année solaire pure (grégorienne), mais 11 à

12 jours plus tard, mais toujours cependant à la même date du calendrier julien. Je suis redevable à M. le professeur W. Forster des dates suivantes, calculées d'après ses recherches personnelles en s’aidant du mémoire d’Oppolzer sur la longueur de l’année Sirius et de la période Sothiaque2. La durée de l’année Sirius comptait :

En l’année 4231 av. J.-C. 365 J 2498352

» 3231 » 365.2500000 iüUrs 1/4

AAAAAA dû

■f etc., ch. 258, Pôpi, 1. 189 = Merenre *, 1. 355

= Neferkcrc *, 1. 906 sqq.; cf. aussi Unas, 1. 390 sqq.

1. Déjà, dans les textes des Pyramides, ch. 154 ( Teti , 1. 276 sqq. = P épi, 1. 30 sqq. = Merenre 1. 40 sqq.).

2. Ber. Wicn. Al, ad. math.-phys. Classe, Bd. 90, 2, Abth., 1881, p. 557 sqq.

ANNALES DU MUSÉE GUIMET

En l’année 1231 » 365.2505225

» 770 ap. J. -C. 365.2513026

Ainsi l’année Sirius dans les 5e, 4e, 3e millénaires av. J.-C.

fut presque complètement identique avec l’année julienne,

et depuis elle est devenue très lentement un peu plus longue.

Le lever héliaque de Sirius est donc resté durant des siècles

à la même date julienne; à Memphis, par exemple, où en

l’an 4231 av. J.-C. (et depuis des siècles déjà) il tombait

au 19 juillet, il resta à cette date jusque bien au delà de

l’an 1000 av. J.-C., ensuite il se déplaça au 20 juillet'. Dans

ce même espace de temps de 4000 ans, de 4231 jusqu’à

231 av. J.-C., pendant lequel le lever de Sirius a retardé

d’un jour sur l’année julienne, le solstice d’été dans l’année

julienne s’est avancé de 31 jours, à savoir du 28 juillet

(année julienne) de l’an 4231, au 27 juin (année julienne) de

l’an 231 av. J.-C. Le solstice d’été survint donc dans le

XLIIIe siècle av. J.-C., à Memphis, 9 jours après le lever

de Sirius; dans le XXXIe siècle (3100-3001 av. J.-C.), il

tomba en même temps que lui au 19 juillet, et depuis lors

à chaque siècle il s’est avancé de 18 heures 2/3. Pour cette

raison, la fête du commencement de l’année ( ( ) est aussi

la fête de la naissance du Soleil ( Mesout Re‘ d’où dérive le nom Mesore donné d’abord au premier mois de l’année, et plus tard, dès le Nouvel Empire, au dernier mois. (Cf. l’appendice.)

1. Je suis redevable à M. le professeur Fôrster de la table suivante, dans laquelle les années avant l’ère chrétienne sont indiquées, suivant le procédé des astronomes, par le signe négatif et chacune par un nombre de 1 an moindre que dans la notation usuelle (parce que les astronomes indiquent l’an 1 av. J.-C. comme an 0) :

De — 4230 jusqu’à — 3230. Avance : 0 jour 08.

» — 4230 » — 2230. Retard : 0 » 03.

Ces dates montrent que les Égyptiens avaient complètement raison en pratique, lorsqu’ils considéraient l’année Sirius comme une année fixe de 365 jours 1/4; d’autre part, on devait s’attendre à ce que le déplacement de l’année solaire vraie par rapport à l’année Sirius eût dû venir peu a peu à leur connaissance, en même temps que, dans le cours des siècles et dans la vie pratique aussi, ce déplacement se faisait remarquer pour les dates des travaux de la campagne et de l’inondation, comme le déplacement de l’année julienne chez les peuples chrétiens. Pourtant cet exemple montre justement combien ce déplacement séculaire a peu d’importance. Pour le paysan d’aujourd’hui, c’est chose absolument indifférente de savoir que ses ancêtres, il y a 1000 ans, commençaient leurs travaux une semaine plus tard, d’après le calendrier. En fait, sauf l’intérêt religieux qu’offrait la fixation de la fête de Pâques, on en serait venu difficilement au calendrier grégorien. Nous savons maintenant que les prêtres égyptiens, qui s’occupaient sérieusement d’astronomie, avaient tiré, pour la durée de la véritable année solaire, une conséquence de ce fait que le lever de Sirius tombait alors notablement plus tard que le solstice d’été et à un moment où le Nil était plus avancé qu’autrefois dans son débordement et que cela a influencé les noms donnés aux mois et les fêtes mensuelles (voir l’appendice). Mais rien ne peut nous faire douter qu’ils n’aient pas regardé la durée de 365 jours 1/4 comme la durée vraie de l’année' : il est très possible que sur ce terrain la tradition consacrée ait eu plus de force pour leur esprit que toute expérience. En tout cas, Sirius, qui, de toute antiquité déjà, s’était rapproché d’une manière si étonnante de l’année vraie5, devenait pour la suite des temps un obstacle d’autant plus fort pour des déterminations plus exactes.

1. Cf. le décret de Canope et la réforme du calendrier césarien.

2. Chez les Grecs, Oïnopidès fixe à l’année une durée notablement plus grande que l’année julienne, à savoir : 365 jours 22/59. Méton, même,

ANNALES DU MUSÉE GUI MET

En résumé, chez les Égyptiens, abstraction faite des mois lunaires purs, qui survécurent dins les fêtes lunaires, il est trois formes d’année à considérer :

1° L’année vague civile de 365 jours, d’après laquelle tous les actes sont datés ;

2° L’année Sirius (julienne) de 365 jours 1/4, qui, pour la vie civile, a cette importance que le jour de fête du lever de Sirius lui appartient ;

3° L’année solaire vraie (grégorienne) d’après laquelle se règle la marche des travaux agricoles (et de l’inondation), et qui, d’après le sentiment populaire, est identique à l’année Sirius, mais en réalité s’en détache peu à peu.

La coexistence de ces formes d’année n’est pas plus incommode que, chez nous, l’année solaire civile à côté de l’année lunisolaire intercalaire, à laquelle appartiennent les fêtes mobiles, — (ou plutôt le déplacement continu de ces fêtes est beaucoup plus incommode que la lente discordance de l’année vague égyptienne). Voyez aussi les pays où l’on se sert du calendrier julien et où, en réalité, pour l’économie rurale, intervient encore l’année solaire vraie. Comparez les Athéniens du Ve siècle qui avaient à compter avec trois années tout à fait différentes, à savoir :

1° L’année civile (des Archontes) du calendrier, qui est une année luni-solaire intercalaire de 12 et 13 mois alternatifs, — réduite par nous à des dates juliennes;

2° L’année du Conseil, alternativement de 360 et de 390 jours1 ;

3° L’année naturelle, ou des paysans, qui se règle d’après les étoiles et les signes de changement de saisons (arrivée des hirondelles, etc., etc.), et d’après laquelle seule les histo-

n 'arrive qu’à 365 5/19, c’est-à-dire 30' 9" de trop, tandis que l’année julienne, adoptée par Eudoxos et Kallippos, n’est que d’environ 11’ 13” trop longue. Hipparque est le premier, on le sait, qui en soit arrivé là.

1. Ajoutez encore l’année panathénéenne, de panathénées en panathénées.

riens, comme Thucydide, ont daté. Nous réduisons cette dernière d’abord à l’année julienne et ensuite, quand nous voulons rendre clair l’état des saisons de ce temps-là, nous la réduisons en dates grégoriennes.

Ce n’est que par de telles comparaisons, que l’on arrive à rendre réellement saisissable la puissante supériorité de l’année égyptienne qui a fait une si grande impression sur Hérodote.

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