JOUR NORMAL DU LEVER DE SIRIUS ET PÉRIODE SOTHIAQUE
L’Egypte s’étend en longueur sur plus de 7 degrés de latitude : Alexandrie est à 31°, 9 de latitude, Sais et Tanis à 31°, Memphis et Héliopolis à 30°', Coptos à 26° (Abydos un peu plus au N., Thèbes un peu plus au S.), Syène à 24°. D'un degré de latitude à l’autre, la date du lever de Sirius se déplace, en chiffre rond, d’un jour; quand, par exemple, il se lève à Memphis le 19 juillet, Sirius était déjà visible à Coptos 4 jours plus tôt, c’est-à-dire le 15 juillet.
En théorie, le jour du nouvel an de l’année Sirius, c’està-dire le jour normal supposé pour le 1er Thotli, tombe, sous chaque degré de latitude, à un jour différent. Si donc l’on fêtait d’après l’observation réelle la fête du lever de Sirius <=> A keb peret Sopdet, elle se déplaçait, le long du
Nil, chaque fois de 7 jours d’un lieu à l’autre. Il est très invraisemblable qu’il en ait été ainsi pour une fête générale, surtout vu les liens étroits de cette fête avec le calendrier seul en usage dans tout le pays. Il faut alors admettre que toute l’Egypte avait adopté un jour normal, sans s’inquiéter si l’apparition céleste se faisait plus tôt ou plus tard dans des endroits particuliers. — En fait, il en est ainsi : preuves en sont les données du décret de Canope et celles des astronomes grecs qui, sans exception, indiquent une date fixe du calen-
1. Memphis est un peu plus au sud, Héliopolis un peu plus au nord; mais pour nous, dans le cas présent, peu importe cette légère différence.
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drier comme jour du lever de Sothis. « Le jour où l’étoile d’Isis se lève» ^ ^ i<, le jour du lever de Sothis)
était justement, d’après le décret de Canope, « indiqué dans les écrits sacrés comme fête du nouvel an l(/ keb wep ronpet » (r/j y)p.épa èv •/) ÈTCtTéXXsi tô âaxpov to "Iffioç, 7] vopàÇeTat, ôtà-rcov ispcov ypap-p-àvcov vsov é'toç elvai). Cette indication revient fréquemment sur les monuments. Là aussi, nous apprenons que la fête tombait le même jour (alors le 1er Payni) dans toute l’Égypte, et qu’elle se déplaçait d’un jour tous les quatre ans’.
Le même renseignement nous est donné à propos de la célébration de la fête en l’an 7 de Sésostris (Usertesen) III, de la XIIe dynastie, par un papyrus provenant de Kahoun (à l’entrée du Faijoum) et publié par Borchardt (ÀZ., 37, p. 99). Le corps des prêtres reçoit ici, du comte et administrateur du temple, à la date du 25 Phamenoth, l’avis suivant : « Tu dois savoir que le lever de Sirius a lieu le 16 Pharmouthi. » Conformément à cela, les « offrandes de la fête du lever de Sirius » étaient portées en compte dans les registres du temple le 17 Pharmuthi. Si le lever de Sirius a été indiqué 22 jours d’avance, c’est qu’il n’était pas observé, mais seulement calculé d’avance d’après le calendrier. On comprend fort bien aussi qu’on n’ait pas calculé d’autre date pour chaque temple d’Égypte, d’après sa latitude géographique, mais qu’on ait envoyé à tous le même avis.
Il résulte de ceci que toutes les dates Sothiaques sont établies sur un jour normal et ne reposent pas sur l’observation, et qu’il faut les comprendre en cycle, c’est-à-dire qu’elles sont comptées d’après le calendrier en tenant compte d’un déplacement qui a lieu tous les quatre ans, comme le dit le décret de Canope. Ceci a été contesté par les astro-
1. La fête nouvellement introduite des ©soi e-jspvéTat devra, au contraire, rester fixée au 1er Payni, même si <TU[xgat’vï) â7ciToXï)v toO aircpou p.ETagai'veiv elç erspav Ÿ||xépav Sià Tsaa-âpwv ÈTtov (1. 38; cf. 1. 41 SC].).
nomes, qui, depuis Oppolzer, se sont occupés de la période Sothiaque, et les historiens, les chronologues, les égyptologues les ont suivis pour la plupart1.
Mais il est complètement indifférent, au point de vue chronologique, que le lever de Sirius ait été, oui ou non, observé réellement sous le parallèle normal au jour où la fête de Sothis est célébrée, — c’est aussi indifférent, pour la date d’une Noup.£v£a, que la lune ait été vue réellement ou non le soir même du premier jour du mois. On ne lit plus les mois dans le ciel, et quand vient le bon crépuscule du soir, on ne sait pas si le jour qui commence est le trentième du mois finissant ou le premier du nouveau mois2 ; mais, la chose est calculée d’avance d’après un calendrier, comme Yoctaeteris ou le cycle de Méton. Du jour où le calendrier égyptien fut institué, la période Sothiaque continua de courir sans pouvoir être changée ; c’est dire que tous les quatre ans, la fête de Sothis avança d’un jour sur le calendrier civil, jusqu’à ce que, au bout de la 1461e année, elle ne trouve plus à se placer. L’an 1460, elle était encore tombée sur les cinq épagomènes, mais la fête suivante tombait déjà au 1er Thoth de l’an 1462, c’est-à-dire l’an 1 d’une nouvelle période. En d’autres termes : la période Sothiaque est née sans doute d’une observation astronomique, mais, une fois cette observation prise pour base du calendrier, elle continua de courir d’après le calendrier, sans dépendre aucunement de toute
1. Borchardt, ÀZ., XXXVII, p. 101, pour qui Brix a calculé astronomiquement la date Sothiaque de Kahun, a exprimé exactement les considérations ci-dessus indiquées. Il est curieux qu’un chronologue de profession comme Mailler, ÀZ., XXVII, p. 08 sqq.; XL, p. 78 sqq., ait fait la faute comme les autres et calculé les dates astronomiquement. Voilà pourquoi toutes ses conclusions sont devenues insoutenables. C’est avec beaucoup de raison que Sethe, ÀZ., XLI, s'est déclaré contre cette manière de calculer.
2. Ainsi procèdent les Musulmans encore aujourd’hui. Ce n’est qu’au moment où le coup de canon annonce l'apparition de la nouvelle lune que les habitants de Constantinople savent que le mois de jeûne du Ramadan a commencé.
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astronomie, avec cette règle que la fête de Sothis ou du « nouvel an » se déplace d’un jour tous les quatre ans'.
L’application de cette règle est aussi le moment unique, où nous apparaisse l’année fixe ou Sothiaque, car cette année est exclusivement théorique. L’idée très répandue qu’il y ait eu en Égypte, à côté de l’année vague civile, une année Sothiaque fixe, avec calendrier propre, est fausse. Un tel calendrier et l’usage de dater d’après les années fixes ne se présentent nulle part, pas même au papyrus Ebers (cf. p. 46s.), et quand nous considérons une année fixe à côté de l’année civile, ce n’est qu’une sorte d’expédient, une conception moderne, comme si nous voulions placer le calendrier intercalaire d’une année lunisolaire fictive, avec ses mois lunaires, en regard de notre calendrier julien ou grégorien, pour faire mieux comprendre le rapport des fêtes de Pâques et de Pentecôte à l’année fixe.
Afin de déterminer exactement la date normale du lever de Sirius, il nous faut aborder la question du commencement du jour égyptien. Dans un calendrier lunaire, le jour commence avec le crépuscule du soir : et c’est ainsi que comptent les Israélites et les Juifs, les Mahométans, les Grecs. Avec le calendrier des paysans, au contraire, le paysan, à son lever, lit dans le ciel matinal, d’après la position des étoiles pâlissantes, l’état de la saison (et les pronostics du temps) : il est très naturel qu’il considère alors la nuit comme la limite qui sépare deux jours. « Dans la vie
1. La supposition basée sur le calcul astronomique que le jour normal de la fête de Sothis se serait déplacé, dans le cours de l’histoire égyptienne, du 19 au 20 juillet (Jul.) doit impliquer qu’à un moment donné la « fête du nouvel an » ne s’est pas une fois avancée d’un jour, mais bien de deux jours, environ du 4e épagomène au 1" Tlioth. Il est évident que cela est inimaginable; la conséquence unique du déplacement du lever, c’est que, — pour s'exprimer en langage moderne, — la parallèle normale de la fête de Sothis se déplaçait vers le nord, du 30e au 31e degré de latitude, ce qui pouvait être tout à fait indifférent aux Égyptiens.
ordinaire», dit Pline (II, 188), « on compte le jour de l’aurore à la tombée de l’obscurité ( oui gus onine [observât diem ] a luce ad occasion). » Cela nous amène, pour être plus précis, à prendre minuit pour point de départ de la date du jour nouveau. Ainsi ont compté les Romains, ainsi nous comptons encore. Il est plus artificiel de compter du lever du soleil à un autre lever, — ■ mais cela offre l’avantage d’avoir pour point de départ un moment du temps qu’il est facile de déterminer avec une exactitude suffisante. C’est la méthode suivie par les Babyloniens1, et les astronomes ont fait couramment de même. Au contraire, Ptolémée, que suivent les astronomes modernes, fait commencer le jour avec midi ; ce qui est absurde pour la vie pratique2.
Il n'est pas possible de déterminer a priori à quel moment les Égyptiens faisaient commencer le jour, mais il y a une chose certaine, c’est l’invraisemblance de la supposition de certains modernes3, que les Égyptiens auraient compté le lever de Sirius au crépuscule du matin, lever qui devait leur annoncer le commencement de l’année fixe, comme appartenant au jour précédent; pour eux, le « jour du nouvel an «aurait été celui à la fin duquel, et non au début duquel, Sirius redevenait visible. Cette hypothèse est contredite par tous les témoignages. D’après Pline (II, 188), les Égyptiens, comme les Romains, commençaient le jour à minuit. Dans le calendrier sidéral du tombeau de Ramsès IX (L., D., III, 22 8 bis), le 1er Thoth porte, à la première heure de la nuit, la légende « commencement de l’année » Ce calendrier,
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1. Varro, ap. Aulu-Gelle, III, 2= Plin., II, 188 = Censorin 28, le passage principal sur le commencement du jour chez les différents peuples. Cf. aussi Plutarque, Quœst. Rom., 88.
2. C’est une idée populaire, si l’on en croit Varron, mais seulement chez les Ombriens, qui paraissent avoir eu un penchant très fortement marqué pour les absurdités.
8. Hypothèse d’Ideler, Handbuch, I, p. 1 00 ; présentée comme expli cation du passage de Censorin sur la période Sothiaque, dans Oppolzer, Bcr.Wien. Acad, math.. Cl. 91). 2, 558.
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dont on a une meilleure copie au tombeau de Ramsès VI (L., D., III, 227, 228), donne la position des étoiles, d’après laquelle l’horoscope déterminait et annonçait les heures de la nuit1 2, pour le commencement et le milieu de chaque mois, d’heure en heure, et même pour le « commencement de la nuit » et les heures de 1 à 12. Il est donc évident que les Égyptiens ont considéré comme « nuit » seulement le temps d’obscurité effective, de la première apparition des étoiles dans le crépuscule du soir, jusqu’à leur extinction dans l’aurore matinale, car si l’on comptait ici la nuit du coucher du soleil à son lever, les étoiles indiquées pour le « commencement de la nuit » et les étoiles spécifiées pour la 12e heure de la nuit auraient été invisibles. Les jours du mois pour lesquels on donne la liste des 13 étoiles, ont été désignés généralement comme premier et comme © n 1 1 1 i i i « 16e avec le 15e jour » \ c’està-dire que la nuit appartient dans sa plus grande partie au 16e, et son commencement encore au 15e. D’où il résulte clairement que la nuit du premier jour du mois n’est pas celle qui le suit, mais celle qui le précède ; et la remarque faite plus haut pour le 1er Thotli montre, dans un calcul plus précis, que le jour nouveau commençait à la lre heure de la nuit, c’est-à-dire à l’entrée complète de l’obscurité. La rubrique citée ci-dessus prouve qu’on croyait que la nuit se tenait entre les deux jours.
C’est de la même façon que Hapzefa de Siut (Moyen Empire), dans les conventions qu’il a conclues avec le collège des prêtres pour son culte funéraire3, se réserve des mèches de lampe pour le service nocturne « au 5e jour intercalaire, la nuit du nouvel an ( ' ) » et « au 17 Thoth,
nuit de la fête Ouaga », laquelle fête se célèbre le 18 Thoth. Les deux vigiles de ces grands jours de fête commencent