‹ Chronologie égyptienneChapitre 16 sur 179 · P. 88 sqq. — 157 sqq., éd Breysig · texte numérisé non relu

P. 88 sqq. — 157 sqq., éd Breysig

ANNALES DU MUSÉE GUIMET

entre les dates macédoniennes et les dates égyptiennes du temps des sis premiers Ptolémées, offrent de grandes difficultés qui restent jusqu’à présent inexpliquées’. Elles montrent une forte oscillation et un déplacement extrêmement rapide de l’année lunisolaire macédonienne par rapport à l’année égyptienne et de l’année fixe*.

Straclc1 2 3 propose cette solution : « il y a eu dans le royaume des Lagides, pendant la première moitié de leur règne, deux années égyptiennes et deux années macédoniennes en usage. » Mais cette hypothèse n’a trouvé d’adhésion nulle part. C’est une idée absolument insoutenable que les mêmes noms de mois, tant égyptiens que macédoniens, aient pu avoir des significations tout à fait différentes dans les documents de même époque, sans aucune indication qui les distingue. Strack affirme plus loin : « Les deux années égyptiennes, nous les connaissons parfaitement; c’est l’année vague de 365 jours et l’année fixe de Sirius de 365 jours 1/4, commençant au 19 juillet. » Cette affirmation est erronée. On ne connaît pas de dates égyptiennes de calendrier qui soient datées d’après l'année Sirius, et, avant d’opérer avec elles pour éclairer des questions incertaines et difficiles, il serait à souhaiter que, parmi les centaines de dates égyptiennes avec donnée exacte de mois et de jour, on montrât un seul cas certain où, avant l’époque d’Auguste, on aurait compté d’après les années fixes. L’année alexandrine, introduite par Auguste, prouve d’ailleurs justement que l’année fixe n’exis-

1. Belocli, Griech. Gcsch., III, 2 (1904), p. 21 sqq., a réuni dans un résumé très clair tous les matériaux sur cette question.

2. Autant qu’on peut le voir dans le détail, il y a un fait certain, c’est que l’intercalation dans l’année macédonienne a eu lieu sans aucun ordre. On a, dès le début, accordé très peu d’importance aux dates macédoniennes; au contraire, dans la vie pratique, on a toujours compté exclusivement avec le calendrier égyptien universellement préféré.

3. Der Kalender im Ptolemaerreich, ap. Rlicin. Mus., LIII, 1898, p. 399 sqq.

tait pas précédemment dans le calendrier; car elle consiste exclusivement en ceci, comme nous l’avons vu, que le jour du lever de Sirius, à partir de l’an 26/25, est fixé au 25 Épiphi ; en conséquence, avant l’année où ce jour est avancé dans le calendrier égyptien, on doit intercaler un 6e épagomène. Vis-à-vis de l’année vague égyptienne, les mois alexandrins se déplacent, à partir de l’an 22/21, d’un jour tous les quatre ans. Mais comme les noms des mois sont identiques dans les deux calendriers, il est nécessaire désormais, en datant, d’indiquer la différence par l’addition de xavàTOÙç AiyuTmouç ou xax’ àp)(afouç.

Si donc au temps des Ptolémées, en dépit de l’essai de Ptolémée III, il n’y a pas eu d’interruption dans le cours régulier de l’année vague, il est encore beaucoup moins probable qu’il y en ait eu dans les temps plus anciens.

Et pourtant on essaye toujours à nouveau de démontrer qu’une année fixe a été pratiquement en usage dans le calendrier, dès les temps beaucoup antérieurs. Pour y arriver, Brugsch a déployé une énergie étonnante à rassembler et mettre en valeur des matériaux très importants1. Il a été in-

1. La conclusion de ses travaux sur le calendrier se trouve dans les deux premiers volumes de son Thésaurus inscr. cigj/pt. (I. Astronomische und astrologische Inschrifte.n , 1883; II. Kalendarische Inschrijïen, 1883). Dans son dernier ouvrage Die Æggptologie, 1891, il a résumé avec une clarté et une précision remarquables ses travaux. Il est très significatif qu'il s’y soit montré beaucoup plus réservé que dans le Thésaurus , et il laisse ouverte la question de l'existence d’une année fixe (p. 356 sqq.). Elles lui paraissaient, pourtant, tout à fait définitives, les constructions hardies qu'il présente comme faits certains dans le Thésaurus, et elles méritaient la plus grande attention. Il a du se dire qu’avec l’admission d’une année fixe, il n’y avait absolument rien à faire vis-à-vis des dates historiques. Il ne faut pas oublier ici que la force de Brugsch, à laquelle nous sommes redevables de ses admirables travaux, reposait sur un instinct divinatoire, que fortifiait une connaissance supérieure des monuments et des textes. Malgré son sérieux, il n’était pas l’homme qu’il fallait pour des recherches prosaïqueset rigoureusement méthodiques, comme cellesque réclament les problèmes chronologiques. Il serait hautement désirable que

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fatigable dans ses recherches. D’autres savants ont déployé beaucoup d’activité et de perspicacité dans cette même direction, et il y a lieu de penser que ces efforts ne seront pas les derniers.

En effet, quiconque part non pas des dates isolées, mais des calendriers et des textes calendériques, trouvés dans les inscriptions, se laissera toujours trop facilement induire en erreur par le fantôme de l’année fixe qu’il poursuit toujours sans pouvoir l’atteindre jamais.

Par exemple, dans ce qu’on appelle le calendrier de Médinet-Habou, dénombrement des dons et offrandes que le roi Ramsès III faisait apporter aux dieux de Thèbes, à chaque jour, aux huit fêtes lunaires du mois et à tous les jours de fête du calendrier annuel, — parmi ces derniers, en première

place1, — on cite le (( lever de Sothis » pour le

1er Thoth2. De ce fait on pourrait au besoin déduire que le règne de Ramsès III appartenait à une époque où le lever de Sirius tombait réellement pendant quatre ans au 1er Thoth, et que le calendrier se rapportait justement à ces quatre ans, — deux choses invraisemblables et même impossibles3. Mais Dümichen ' a découvert que toute l’inscription n’est qu’une copie littérale d’une inscription fragmentaire de Ramsès II; puisque, dans cette inscription, le lever de Sirius est indiqué positivement au 1er Thoth, il ne peut y avoir aucun doute possible que « le calendrier ne peut se rapporter qu’à une année fixe ».

la grande quantité des matériaux qu’il a si bien réunis fût une fois encore remise en œuvre par un égyptologue, qui aurait acquis les connaissances astronomiques nécessaires.

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