COMMENT NOUS SONT PARVENUS LES FRAGMENTS DE MANÉTHON
Abstraction faite des apocryphes, tels que le TiaXaiôv '/povoypacpetov dePanodore que le S y ne elle nous a conservés (Syrie., p. 95, 10 sqq., éd. Bonn), et le Livre deSothis (Sync.,
1. Hérodote et les arrangements de son histoire par Hécatëe d’Abdère, qui se trouvent par extraits dans Diodore, ne peuvent être regardés comme des sources. I.a tâche à faire ici est inverse : découvrir de quels faits historiques, de quelles légendes sont nés les récits d'IIérodote et des autres.
p. 32, 72sqq., 97, 1. 16 sqq., 193 sqq.), que le Syncelle tient pour du Manéthon authentique, nous ne possédons, de l'histoire d’Égypte en trois volumes (Top.oi) de Manéthon', que des extraits de deux sortes :
I. Les extraits donnés par Josèphe dans son écrit contre Apion — et qu’Eusèbe lui a empruntés en partie dans sa Praep. euang. et dans le premier livre de sa Chronique, et dont Théophile s’était déjà servi ( acl Autolycum , 111,20 sqq.).
II. L Epitomé, liste complète des dynasties avec les chiffres qui s’y rapportent, mais où les souverains ne sont énumérés un à un que pour les dynasties les plus importantes (Ie-VIe, XIIe, XVe, XVIIIe, XIXe, XXIe-XXXe) ; pour les autres (VIIe-XIe, XIIIe, XIVe, XVIe, XVIIe, XXe), on trouve seulement le total de la dynastie. On y a conservé aussi les sommes des règnes et des années données par les trois T6p.oi.
Pour beaucoup de rois, par exemple, ceux des premières dynasties comme aussi de la XIIe, de la XXIIIe à la XXVIe, et, ailleurs, pour des cas isolés de la XVIIIe, VIIIe, XIXe, VIe, et au commencement de la dynastie des Ilvksos (XVe). l’épitomé offre de courtes notices historiques et anecdotiques. Nous avons déjà vu que la notice sur Sésostris (dynastie XIIe, 3) n’est pas de Manéthon, mais qu’elic vient d’un arrangement fait d’après Hérodote par Hécatée d’Abdère; il y a pu se glisser ainsi plus d’une interpolation. 11 faut rapporter aussi à Hérodote l’identification justifiée du Souphis de Manéthon avec Chéops, et ce qui touche à Menés (du moins dans l’ëpitomé d’Eusèbe). Il faut également tenir compte pour la XXVIe dynastie, de l’Ancien Testament.
1. Cf., avant tout, Boeckli, Manctho und die Hundssternperiode ; l'nger, Chronologie des Manetho, 1867; sur les chonograplics, le livre fondamental de Gelzer, Srxlus Julius A frira nus und die hr/jaiilinische Chronographio, I, 1880; II, 1885. Les fragments de Manéthon sont réunis dans l’édition seule complète, mais peu commode pour un examen d’ensemble, de C. Müilcr, Fragm. Hist. Gr., IL p. 526 sqq.
ANNALES DU MUSÉE GUIMET
L’épitomé a passé clans les Chroniques de Julius Africanus (220 ap. J.-C.), et d’Eusèbe, qui use d’une recension parfois différente ; le Syncelle (p. 100-146) l’a pris dans ces deux ouvrages.
La Chronique d’Eusèbe se trouve aussi dans une traduction arménienne ( Chron ., 1, p. 133 sqcp, éd. Schoene), qui seule a gardé les dynasties des dieux. Il s’est conservé un extrait de Julius Africanus (jusqu’à la XVIIIe dynastie), dans les Excerpta Barbara, p. 38 a, b, (dans YEusebius de Schoene, I, p. 215, 214; Chronica minora, éd. Frick, I, p. 286 sqq.); il y a probablement des additions étrangères pour les noms des dynasties XIIe à XVIIIe (cf. p. 120). L’épitomé d’Eusèbe a gardé dans certains cas de meilleures leçons, et parfois des détails uniques, qui ont échappé à l’Africain (par exemple, ce qui concerne l’Ethiopien Ammerès, dynastie XXVIe, 1); mais en général, il est beaucoup plus négligé que celui de Julius Africanus; il omet des règnes ou en confond d’autres (ainsi les dynasties XIIe, 5-7, également les dynasties IIe, IIIe, IVe,Ve-VIIe, XXII et autres); et, là où il les change à dessein (dynastie XVe-XVIIe), c’est le domaine de l’invention pure. D’ailleurs, beaucoup de divergences s’expliquent par des fautes d’écriture. Pour certaines dates particulières (dynasties XXIVe, XXVe), Eusèbe parait avoir gardé une tradition différente et meilleure. Les deux totaux des dynasties XIIe et XVIIIe, qui ne concordent pas avec les chiffres des règnes pris séparément, sont tout à fait inexplicables ; les dynasties IIIe, XVe, XIXe, XXIIe, XXIIIe, XXIVe, XXVIe-XXXe montrent au contraire que les totaux sont calculés d’après les chiffres des règnes. Il est évident qu’Eusèbe n’a pas lui-même confectionné sa liste, mais qu’il l’a empruntée mécaniquement à une source antérieure (à moins qu’il ne l’ait lui-même abrégée et mutilée en la copiant)'.
1. Eusèbe ne paraît avoir directement consulté Julius Africanus qu'uni
Il en est de même pour l’Africain ; car rien ne donne à penser qu’il ait eu en main l’œuvre même de Manéthon. L’épitomé a été confectionné longtemps avant lui, et avait déjà reçu en complément la XXXIe dynastie (Ochos, Arsès, Darius III) ; il se terminait par une liste des Ptolémées. Dans cet état, il a encore été plusieurs fois retravaillé; l’Africain a pris une de ces rédactions, Eusèbe en a pris une autre.
L’étude suivante nous en apprendra davantage. L’analyse de la XIIe dynastie nous a déjà fait connaître plus d’une chose ; mais, pour porter un jugement vrai sur Manéthon lui-méme et sur le caractère de la tradition manéthonienne, il faut procéder à une analyse précise des fragments conservés par Josèphe et les comparer avec l’épitomé.