‹ Chronologie égyptienneChapitre 49 sur 179 · LES FRAGMENTS DE MANÉTHON DANS JOSÈPHE · texte numérisé non relu

LES FRAGMENTS DE MANÉTHON DANS JOSÈPHE

Josèphe a-t-il eu en sa possession un exemplaire de Manéthon, et en a-t-il extrait lui-même les morceaux qu’il cite? Cette opinion, après un examen attentif, ne peut absolument plus se soutenir.

Les fragments qu’il a conservés sont fort souvent de source très différente. L’histoire en est longue, depuis qu’ils sont entrés dans la copieuse littérature qui traite de l’origine des Juifs, jusqu’à leur incorporation dans l’écrit apologétique de Josèphe : ce qui explique l’état confus dans lequel ils se sont présentés à lui. On y peut distinguer trois morceaux :

I. Le premier consiste dans une citation textuelle de Manéthon (c. Ap., I, 14, $ 75-82, éd. Niesc), sur l’invasion

fois : c’est dans la remarque sur le Livre de Chèops (voir plus loin, il la IV' dynastie).

ANNALES DU MUSÉE GUIMET

des Pasteurs', la fondation -d’Avaris et le règne de Salitis (I a) ; puis vient (I b) une liste de ses 5 successeurs et ensuite l’explication du nom Hyksos1 2 3, traduit par BaatXsïçTrotpivEç.

II. Immédiatement après vient le §83 : tivsç <$s Xéyouatv aÛTOÙç ’Apaëaç fivcu, év ô’àXXto âvttypàçq) où (BaaiXeft; cr/]p.aivs(70at êià T7}£ u y. 7rpo(77)yoptàç âXXà TOuvavTÔov at)([xaXé)TOuç Ô7]Xoü(70at Trotptévaç, etc., une opinion que Josèphe tient pour la plus digne de foi. Ainsi : « Certains disent que ce sont des Arabes et prétendent que, dans un autre manuscrit, le nom est rendu par at)(p.aXwTOt uotfjtéveç. » Si Josèphe avait lui-même comparé divers codices de Manéthon, il se serait exprimé d’une façon tout autre; mais il ignore complètement ce qu’ilfaut entendre par cet àXXo à'myparpov. Au § 91, où il revient au même sujet il le considère comme « quelque autre livre des Aïyuimaxà de Manéthon », — alors lequel des trois livres est-ce? On le voit, jamais il n’a eu l’ouvrage en main, mais il a trouvé la variante citée dans sa source. Évidemment, l’autre étymologie ne vient pas de Manéthon, mais d’un autre auteur. La source que suit Josèphe l’avait primitivement rattachée comme variante à l’extrait authentique de Manéthon, et Josèphe (ou son auteur) l’a prise pour une variante de Manéthon lui-même, variante qui « aurait été dans un autre manuscrit ». L’opinion que les Hyksos auraient été des Arabes appartient aussi à cette note pseudo-manéthonienne

1. On sait que le début est mutilé dans toutes les leçons lWfy.<xw; ovoaa- È7ti to’jto'j, etc. (Cod. >„ que suivent tous les autres, trad. latine Eusèbe, Prœp. étang., X, 13, 2; Chronique arménienne d’Eusèbe, 1,151).

2. Dans les deux passages où le mot apparaît, les lectures sont : 'Txorô); L. ; Sesos et Ycsos Lut.; 'Thouctc rwç, Eusèbe, Prœp. étang.; Hikkusin et Hykusôs Arm. CL Steindorff, dans ses Kleineren Bcitragen zur Geschielitc, Leipzig, 1894, p. 2 sqq.; Wilcken, Archio fiir Papgrusforschung , III, 189, Anm. 3, 4.

3. ’Ev a à/.y) Zi xivi |3i6X(p tüv AiyjTmay.div Mave6â>; tovto çïjfftv ~b e'6vo; toj;

xaXouptivov; Ttoipisvai; aîxp-aXwTOVç èv Ta;ÿ ispaï; a-jiiov jlcëXotç ^£"fuv

ôpOài;, ce qui est démontré par l’Ancien Testament. • ‘

et non pas au texte même de Manéthon : de Ttvèç Xéyoucrcv dépend aussi le G7]|J.atv£a9ai suivant1.

III. Le troisième extrait, § 84-90, qui suit en discours indirect avec plusieurs tp7)CT, est plus court : les rois pasteurs régnent sur l’Égypte 511 ans; ensuite les rois de la Thébaïde et du reste de l'Égypte se soulèvent, et il en résulte une longue guerre. Le roi Misphragmoutliosis2 les enferme dans Avaris, qui est encore une fois décrit ici, comme s’il n’en avait pas été question au § 78, et à peu près dans les mêmes termes3. Son fils Thoummosis assiège la ville et force la garnison à capituler et à se retirer en Syrie. Par crainte des Assyriens, ils fondent Jérusalem, comme, au § 77, pour la même raison Salitis a fondé Avaris.

IV. Et maintenant, arrive comme une citation textuelle I de Manéthon, en vue de la twv ypôvcov § 94-102, une

longue liste de rois, qui, dès le début, est rattachée en discours indirect à ce qui a été raconté précédemment : p.£Tà t o êÇsXQsïv èÇ AiyÛTCTOU tôv Xaôv tcov -iroipivcov 'lepoa6Xu[i.a ô éxêaXcbv olùtoùç èc, Aiyuirrou [BacjtXeùç TsG- [icoaiç éêasîXsucjôv [xerà xauxa bit] sixocriTrévTS xai p.rjva^ TÉacrapa' xai éTsXeùr/jGcv. Le premier roi de la liste, Tetli-

1. C’est ce qu’a bien vu Gutschmidt, Kl. Sc/ir., IV, p. 431. — Wilcken, Archic fur Papyrusfor \s chung, III, p. 188 sqq., a trouvé aussi, dans les restes d’un tarif douanier de l’époque impériale, nommé parmi les articles d’importation arabes, une ap.p.0; vxtiwux(ï)), qu’il a correctement traduit par l’aloès, apportée du territoire d’une tribu que les Egyptiens appelaient Hyksiotes. Cette tribu est encore complètement inconnue; mais Wilckcn pense à bon droit que les nvs; de Josèphe ont rapproché de cette tribu le nom énigmatique des Hyksos chez Manéthon.

2. Ainsi dans Eusèbe, Prœp. coang. et Arm.; cod. L. et Lut., V/Unrçp. Au § 95, toutes les sources donnent MïiçpaypioOOwaiî, avec de petites variantes.

3. T#-jïï)v êy.TiTEv tï xai toïç tety£7iv ôyvjpoxârr,-; èirofY)<xgv § 78 = toîtov Tî'./ei te (jL£yâX(;) /.ai tirjçjpcji irepiêaXeïv t/jv ; Trot p.£va; § 87. Même le chiffre des émigrants 240.000 au § 89 est le même que celui des guerriers

Hyksos au § 78.

ANNALES DU MUSÉE GUIMET

mosis', e.st donc identifié avec le Thoummosis1 2, précédemment nommé, qui a fait la conquête d’Avaris; cette dernière graphie est simplement une faute d’écriture, ce qui arrive aussi dans le texte de Josèphe, les deux fois où l’on a Toutlimosis, comme l’a certainement écrit Manéthon (v. note 2). Mais il y a justement ici une affreuse confusion; car le premier roi de la liste s’appelait en réalité, dans Manéthon, Amosis, comme Jules l’Africain et Faisèbe le disent justement et en conformité avec les monuments, et les rois Misphragmouthosis et Thoutmosis paraissent sur la liste comme 6e et 7e rois3.

Par conséquent, les nos III et IV furent à l’origine deux extraits parallèles, qu’on a tort de considérer comme se suivant l’un l’autre, et liés par un récit continu.

Une chose qui prouve que la liaison n’est pas due à Josèphe, mais avait été faite avant lui, c’est la transformation du nom Amosis en Tethmosis, et l’introduction de l’extrait qui les concerne, arrangement certainement fait après coup, mais que Josèphe tenait pour l’œuvre authentique de Manéthon. L’extrait III va de pair avec le pseudomanéthonien extrait II; il n’a peut-être rien à faire avec Manéthon ; c’est une très mauvaise version de l’expulsion des Hyksos, qu’on attribue à Misphragmouthosis (= Thoutmosis III, v. plus loin), et à son fils Thoutmosis (c’est en réalité Thoutmosis IV, v. plus loin), mais pour le reste, dans la description d’Avaris et pour ce qui concerne les Assyriens, elle met à profit le vrai Manéthon. Manéthon lui-même est

1. Téôpudffiç L.; Themusis Lut.; Sethmôsis, Eus., Ann., p. 155; Mwarj; (mais plus tard TeSixaxri;), Théoph., Ad Autol., m, 20; Té0|j.(o<7i;, aussi § 231, 241.

2. ©oj^tAouiv L.; Thumnosim Lut-; ©y. o-iOtouiv, Eus., Prœp. cvang., Thmôsim Eus., Arm.

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