XX. Quelesestatssontconvoquezau 15 juillet
dans Paris , attendant laquelle assemblée seront abolis , et ostez dès à présent , les receveurs et la recepte du parisis des espices, et les estats et offices de receveurs des consignations, et le quart des tailles diminué , suy vaut les commissions cy-devant expédiées par les princes catholiques unis avec les trois estats; et pour le surplus des trois autres quarts, ensemble pour tous les autres subsides et impositions, injonction est faicte à tous contribuables de les acquitter. Et que deffences seront faictes aux gentils-hommes et autres , de quelque qualité qu'ils soient, d'en empescher la levée et port ez mains des receveurs establis ez villes du party de l'union , ny de prendre les droicts de gabelle , et autres droicts destinez pour le payement des rentes de
la ville de Paris.
XXI. Que les aubeines et autres droicts du domaine de la couronne seront exactement recherchez, pour estre les deniers employez ez affaires
de l'union.
Ce règlement fût leu , publié et registre au parlement , à la chambre des comptes et à la chambre des aydes à Paris , sur un mandement que leur fit le duc de Mayenne et ledit conseil en ces termes : • Nous avons faict le règlement cy attaché sous le contreseel de la chancellerie , lequel nous vous prions faire lire, publier et enregistrer; et mandons aux baillifs , etc., le gar^ der et faire garder selon sa forme et teneur^ Signé Senault. » Et lesdites cours et chambre enjoignirent aux substituts du procureur gênerai de tenir la main à l'observation de ce reiglement , qui fut publié au commencement du mois
d'avril.
Or durant les quatre premiers mois de ceste année , le roy Très-Chrestien de jour en jour recevoit advis , tantost de la révolte de quelque ville , de quelque province lou»e entière qui s'estoit mise du party de l'union. Il pensoit avoir assez de serviteurs dans Lyon pour retenir ceste ville en son obeyssance, car presque toutes les bonnes et grandes villes de deçà Loire s'estoient rebellées contre luy. Il avoit envoyé mesme le colonel Alphonse d'Ornano pour commander en Dauphiné , et pensoit aussi que la crainte de ses troupes , qui n'estoient gueres loing de Lyon,
CU0N0L06IB NOVBIIAIBB DB PAIiMA CAYBT. [1689]
fereit maintenir ceste ville en son devoir ; mais ik en advint tout autrement. Le duc de Mayenne y avoit laissé de ses affectionnez quand il en sortit h Noël dernier. L'arehevesque de Lyon y avoit practiqué pour la ligue long temps auparavant, et gaigué quelques volontez. Le sieur deMandelot, leur gouverneur, qui n*a voit Jamais ad voué ce party, estoit mort dez le mois d'octobre dernier, et le duc de Nemours, ayant esté pourveu de nouveau de ce gouvernement par le Roy, s'estoit sauvé de Blois à Paris. Sur Fadvis que les Lyonnois eurent de sa liberté et de ce qui se passolt , Ils firent la mesme faute que font d'ordinaire les peuples , lesquels ne regardent jamais ny ne considèrent que les choses présentes. Le 24 février ils se déclarèrent du party de l'union , chassèrent de leur ville les principaux officiers et serviteurs du Roy, et firent serment de se maintenir en bonne intelligence avec les princes , seigneurs et habitans de Paris, capitale du royaume, et autres villes, et de faire tout ce qui leur seroit commandé par le duc de Nemours leur gouverneur, lequel, ayant reeeu ces nouvelles, peu après s'achemina à Lyon. Quelques-uns des plus remuans et des plus factieux de ce peuple allèrent au devant de loy Jusques en Bourgongne : la cause fut qu'ils avoient sceu que ledict sieur duc avoit longtemps recherché en mariage Christine, fille du duc de Lorraine , laquelle avoit tousjours esté nourrie en la cour de France prez la Royne mère , sa mère grand, peu auparavant la mort de laquelle elle avoit esté promise à Ferdinand, grand duc de Toscane, auquel, par ambassadeur, elle fut depuis espous^ à Blois en la présence du Boy, lequel , ne pensant point qu'il deust advenir une telle révolte de peuples en son royaume, la fit conduire pour aller s'embarquer à Marseille avec une belle compagnie : aussi estdt-il son oncle , et elle estoit fille de sa sœur ; mesmes messieurs les princes du sang l'allerent eonduire Jusques à deux lieues de Blois quand elle en partit. U estoit nécessaire à eeste grand duchesse espousée de passer par Lyon, où elle arriva au commencement du mois de mars , peu de Jours après que ceste ville se fut mise du party de l'union. Si tost que elle y fut , les plus factieux de ce party tindrent conseil s'ils la dévoient arrester : les uns soustindrent qu'ils le dévoient ftiire pour le contentement de leur gouverneur, qui Tavoit de si long-temps recherchée en mariage ; le plus grand nombre toutesfois fut d'opinion qu'il en falloit sçavoir sa volonté devant qu'entreprendre un tel faict, ce qui fut cause qu'aucuns d'entr'eux allèrent le trouver pour en avoir son advia , alBn d'exécuter ce qui leur se-
roit commandé de sa part, la grand duebene espousée , sur Tadvis qu'elle eut de ce complot, en entra en appréhension; mais le duc de Nemours la fit asseurer qu'elle ne seroit point of* fensée par les effects de ses prétentions passées, qui n'avoient jamais eu pour guide que Thoaneur. Geste mauvaise volonté de quelques factieux ne doit pas servir de loy pour juger que tous les Lyonnois fussent de ce complot ; carie Jugement est trop inique, qui pour un petit nombre condamne un gênerai. Puis que doqs sommes tombez sur ce discours, voyons toat d'une suitte le voyage de ceste grand duchesse , et sa réception à Florence.
Ledix-huictiesme de mars elle partit de Lyon pour aller à Marseille avec la duchesse Dorothée de Brunsvich sa tante paternelle , qui raccompagna Jusques en Italie. Arrivée à Marseille elle y trouva dom Pierre de Medicis, frère do grand duc son espoux , avec nombre de galères bien équipées, entre lesquelles il y en avoit une pour elle dont les espaliers estoient vestos de damas cramoisi, et au lieu de simples soldats un graod nombre de chevaliers de Sainct Ëstienne, armez de corselets et vestus de riches habits sur lesquels ils portoient la croix rouge. Il y avdt aussi quarante pages et quarante estaffiers pour servir Son Altezze, lesquels estoient tous vestus se Ion la dignité d'une telle espousée. Avec les galères du grand duc estoient celles du Pape, de Oennes et de Malte, lesquelles, estans toutes ensemblement parties de Marseille, parvindrent heureusement à Gènes, où peu auparavant estoit arrivée la royne Christierne de Dannemarcl^ ayeule paternelle de ladite grand duchesse espousée, qui la récent et vid d'une grande afte^ tion ; mais à cause de sa vieillesse elle ne la put accompagner Jusques à Florence. Les Genevois (1) la recueillirent benignement, avec beaucoup d'honneur et de courtoisie. De Gènes elle alla A Pise, et de là à Florence. Estant arrivéeà La Tour des Aux le penultieame d'avril, elle J disna avec le grand duc, et puis quitta le deui qu'elle portoit à cause de la Boy ne mereCathe rine de Medicis sa grand'mere maternelle, et I dimanche ensuivant fit son entrée dans Flo^ rence. Le grand duc, qui estoit rentré le samedj au soir dans la ville, alla au devant de son espouse Jusqu'à laporteduPréavec tout le clergé et là il luy mit la couronne sur la teste. Puis es tant montée sur une hacquenée richement en harnachée, elle entra dans la ville sous un poêsl de toille d'or, brodé de perles et entremesié d pierreries, porté par cinquante Jeune citoyen
«) LetGénoif.
CHmeifOI.ÛGU NOVlVrilBS DB PAtMA GAYXT. [1689]
lOT
(tonotioa, et aeeompagiiée de pias de deux mil ehevaoï. Estant entrée, elle fat conduite à l'église SaiDcto Marie de La Flear , et arrivée à la (wrte, eo desœndant de cheval , fut renoontrée par M. le cardinal de Florence, accompagné de tott les evesquea des pays du grand duc, qui «emblement, avec le duc de Mantouë et dom Pierre de Medlcis, la mirent au milieu d'eux, et aifiii la conduisirent Jusque» au grand autel, où lediet sjear cardinal ayant leu une oraison, et 1^ quelques louanges à Dieu qui furentchantéesen musique, il luy donna la bénédiction papiie, etpnis la reconduit jusques à la porte où il l'ivoit reeenê. De là elle fut menée au palais ducal, oà à son arrivée toute l'artillerie joiia en si- ^ d'allégresse. Après le festin la nuict leur donna la perfection de leur mariage. Les Jours NTTaots furent passez en diverses sortes de triomphes et d'exercices, où les ingénieux Flo- RfltiDs Gcent paroistre la sublilité de leur nation , et U richesse et puissance de leur prince.
Les cardinaux de Ck)lonne, de Gonzague, l' Alleuodrloet de Joyeuse se trouvèrent pour holureriesnopces, avec le duc de Mantouë, le àocdeBradano, dom Csesar d'Esté et plusieurs B^i&el seigneurs des plus grandes malsons d Italie. Le grand duc de Toscane, après les fessée les eierdces, voulut leur faire encor voir ^ gnodeor illustre de son Estât en la création et haict chevaliers de Saioct Estienne qu'il fit le 7 may en Teglise Sainct Laurent, sçavoir, les marquis de Riano, de Bagno et de La Comia, iecomtede Meldola, PhilipesdePepoli, Alexanbi Ursin de Petigliano, Ferrant Rossi et Jules Hiaoo, ausqneis il donna h chacun un coller d'or tbgraod valeur. En ceste création de chevaliers le grand due avoit son manteau , son sceptre et acoQroQue royale, ce que les grands ducs de îneane portent suivant la constitution et com- OMion qui leur a esté faicte par le pape Pie V. ^S^iocteté, pour honorer aussi ces nopces, en- ^«ya levesque de Yicenze pour nonce en la cour ^ Florence, lequel , de sa part , donna une es- P^ et un chapeau au grand duc, et une roze be- ^ste à la grand* duchesse : ce sont présents que '^ papes ont coustume d'envoyer aux grands priim souverains et affectionnez au Sainct Siège.
^ pape Sixte Yen mesme temps maria aussi deax de ses niepees, sœurs du cardinal de Mon- *aito, nommées Flavie etUrsine, avec chacune ^ni mil escns de dot. Flavie espousa Virginie desUrsIns, duc de Braciano, fils de Paul Joi^ ^t neveu du grand duc de par sa sœur, et Inine ibt mariée au duc de Tagliacozzo , con-
Witable de Naples , fils de Marc- Antoine C(h
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Tandis qu*on ne parloit à Rome et à Florence que de nopces et d'esbats, les plus grandes villes de France se mirent du party de l'union et se bandèrent contre le Roy , qui, estant encor À Blois sur la fin de février, eut advis certain que le peuple de Thoulouse, suivant l'exemple de Paris, s'estoit mis du parti de l'union. Or Paris n'usa que d'emprisonnemens : ceux de Thoulouse le surpassèrent en ceste esmotion populaire; car les plus remuans , sur un faux donné à entendre au menu peuple que les plus grands de la cour de parlement avoient rescrit des lettres à M. le mareschal de Montmorency, qui estoit du party du roy de Navarre , et qu'ils avoient intelligence avec luy, allèrent prendre M. le président Duranty, qu'ils mirent comme prisonnier en un monastère , ot peu après ils le massacrèrent, et l'ayant traisné par la ville, le pendirent. M. l'avocat gênerai d'Aphis fut aussi massacré par ces furieux après luy avoir dit une infinité d'injures. Plus, que, continuans leurs actions populaires, à l'exemple de Paris ils avoient envoyé des députez en toutes les villes voisines pour les £iire entrer au party de l'union , aucunes desquelles s'y estoient rengées, les autres non. Ces remuëmens advindrent sur la fin de janvier et en février.
Au commencement du mois de mars, le Roy ayant sceu aussi que quelques habitansde Tours, practiquez par l'union, avoient comploté d'appel 1er le sieur de La Bourdaisiere et se rendre de leur party, y envoya M. de Souvray, gouverneur de Touraine, qui donna tel ordre que la ville demeura asseuréeen i'obeyssance de Sa Majesté, qui partit incontinent de Blois pour s'y rendre.
Le jour de son départ, ainsi qu'il estoit prest à monter à cheval , ayant fiait passer le pont à toutes ses troupes pour aller droict à Montrichart, sur quelques advis qui luy furent donnez, les chevaux légers du comte de Sagonne, qui s'estoit allé rendre à l'union , vindrent donner jusques dans le fauxbourg de Boumeuf , et y prindrent des prisonniers, ce qui donna l'alarme; mesmes ceux qui estoient prez la porte du chasteau la fermèrent, mais, incontinent ouverte, quelques cavaliers ayant descouvert que ce n'estoit qu'une bravade, Sa Majesté partit de Blois et alla à Montrichart , le lendemain à Chenonceau et à Bleré ; le troisiesme jour il se rendit à Tours, et fit mettre les princes prisonniers au chasteau d'Azé le Rideau.
Or, comme quelqu'un a escrit, si le Roy se fùst résolu, après la mort de messieurs de Guise, de faire les choses entières et non à demy, selon ' sa eoustume, et si deux heures après cest efflset
CHBOROLOGIfi MOVBNAIHE DK PALMA CAYET. [1689]
II fu8t monté à cheval, et eust adjousté sa pre« sence et ses forces à la frayeur des viJles de la llgae, estODiiëes de ce grand accident, il est vraysemblable qu'il eust empesché la révolte de tant de peuples contre son authorité. Mais ce prince, qui ne manquoit ny de jugement ny de courage, n*eut pas piustost veu le duc de Guise mort, qu'il creut qu'il n'y avoit plus d'ennemy au monde pour luy. Le jour qu'il le fit mourir il dist à la Royne sa mère et à ses familiers : Àt^fourd'huy je suis roy. Geste confiance qu'il prit le fit aller si lentement en besogne, qu'il laissa perdre Orléans, qu'il eust sauvé en se monstrant seulement, laissa revenir le duc de Mayenne, qui se fortifia d'hommes et de moyens, se fascha contre ceux qui le conseilloient de se servir du roy de Navarre , et mesprisa de faire beaucoup de choses qu'il fut contraint de faire peu après , quand il se vid presque réduit à ne posséder plus de son royaume que les villes de Tours , Blois et Beaugency ; car, au mois de mars, les principales villes du Mayne, de Berry, d'Auvergne, d'Anjou et de Bretagne, se mirent aussi du party de l'union. £t ce qui fieucha le plus Sa Miyesté, fut que tous ceux qui firent souslever ces peuples luy estoient obligez par blen-faicts, ou luy avoient promis et juré de nouveau de lui estre fldelles.
La ville du Mans fut la première où plusieurs catholiques royaux furent arrestez prisonniers, entr'autres le sieur du Fargis, qui en estoit gouverneur, lequel ils envoyèrent à Paris. Le roy avoit fait repasser Loyre à ses troupes de gens de guerre que conduisoit M. le mareschal d'Aumont, et luy avoit commandé de s*advancer vers Le Mans sur l'advis qu'il avoit receu des entreprises des partisans de Tunlon ; mais ledit sieur mareschal ne put si tost y arriver , que le sieur de Bois-Dauphin, lequel , à la sortie des estats de Blois, s'estoit remis de la ligue, n'y fust receu gouverneur pour l'union. Les villes de Sablé, La Val, Mayenne et La Ferté se mirent de ce mesme party, comme aussi firent plusieurs de la noblesse de ceste province, entre autres les sieurs de Lansae, du Pesché , de Comeronde et de La Mothe-Serrand.
Sur un autre advis que le Roy eut des practiques et grandes intelligences que M. le comte de Brissac avoit dans Angers avec plusieurs habitans, et qu'on avoit induit le peuple à se déclarer de Tunion, mesmes que l'on avoit proposé à M. de Pichery, gouverneur du chasteau d'Angers, que, s'il vouloit se mettre de leur party, qu'il en demeureroit tousjours gouverneur , et que l'on luy donnerait cent mil escus et Fentre- «enement d'un régiment de gens de pied, avec
offre d'un très-riche et grand mariage s'il se vouloit marier. Sa Majesté envoya commander au mareschal d'Aumont de descendre avec toutes ses troupes en diligence vers Angers, ce qu'il fit, et trouva que M. de Brissac avec les habitans s' estoient desjà barricadez contre le chasteau. Mais le sieur de Pichery luy ayant fait ouverture par la porte du grand pont du chasteau , ce fut au comte de Brissac à se retirer hastivement, en se sauvant avec fort peu d'hommes de sa suite, et laissant son bagage et plusieurs de ses amis prisonniers. Les barricades qu'ils avoient fait jusques sur le fossé contre le chasteau furent rompues. Les habitans d'Angers, pour avoir esté la sepmaine de devant Pasques du party de l'union, ayderent au Roy de la somme de cent mil escus. Le sieur de Pichery fit en cela un service très-signalé au Roy , et digne d'un gentil-homme. Il a tousjours du depuis gouverné ceste place sous l'obeyssance des roys.
En ce mesme temps le duc de Mercœur, beaufrere du Roy à cause delà Royne, qui estoit sœur dudit duc , se déclara aussi en ce mois de mars du party de l'union. Le Roy fut fort fasché de ceste nouvelle contre le duc , pour ce qu'il l'aimoit et luy avoit fait plusieurs bienfaicts. Il luy fit espouser la riche héritière de la maison de Martigues, et lui donna le gouvernement de Bretagne après la mort du feu bon duc Loys de Montpensier, et le préféra à M. de Montpensier son fils, ce qui ne se fit lors sans mescontentement. Tandis que M. de Nevers fut avec son armée vers La Ganache, il ne se remua nullement , et pensoit-on quMI se oontiendroit en paix : mais si tost qu'il vid les troupes remontées vers la Touraine , il commença , avec le sieur de Sainct Laurent et l'evesque de Dot , à faire souslever toutes les villes de la Bretaigne, jusques aux communes des villages. Les deux principales villes de ceste province sont Rennes, où est le parlement , et Nantes , où est la chambre des comptes : il desiroit s'en asseurer ea mesme temps. Le chasteau de Nantes estoit gou* verné par deux capitaines qui y commandoienl chacun en leur semestre : le capitaine Gassion , Bearnois, eslevé en la maison de Martigues , y estoit en son semestre ; le sieur de Cambouc es toit sorti du sien peu auparavant , pendant le^ quel le duc n'eust sceu exécuter ses desseins Tout luy venant donc à souhait, il fit amas d* plus de gens qu'il put et donna la charge à s femme et au capitaine Gassion de s'asseurer d la ville de Nantes ',puis, sous une feinte d^aller ; Vannes aux estats , estant à Redon il toumi droict à Rennes. L'evesque de Dol , de la mai son d'Espinay , et un nommé François Bonteit
CHBONOLOGIE ROYXNAIBB DE PALMA CAYKT. [1589]
1er, avecqaelqnes-ans du parlement et da presidial , le sentaos approcher , donnent courage àceax de leur party de prendre les armes; ils saisissent les places, barrieadentles rues , et font accroire ao menu peuple que le siear de La H uuttdaye , qui estoit dans Rennes , estant lieutenant gênerai pour le Roy au pays , vouloit introdaire des garnisons en la ville. A ce mot de garaisoD lepeuple s'anime, se met de leur costé, et tons ensônble reçoivent le duc avec beaucoup d'allegresBe, qui incontinent se rendit maistre dettoQrs au Foulon , de Sainct Georges et de la Porte Blanche. Le sieur de Montbarot, gou- Terneor de la ville , s*estant retiré dans la tour delaporteMordelese, est sommé de rendre ceste tour entre les mains du duc ; ce qu'ayant refusé de foire, on pointe le canon pour la battre : laais Montbarot , estant sans espérance d'un prompt secours , et n'y ayant apparence qu'il post tenir fort dans ceste tour , se rendit audict doc avec des conditions honnorables pour luy et pour ceux qui estoient avec luy. Ainsi le duc de Mereœur demeura maistre de ceste ville , et y mit an gouverneur à sa dévotion , cependant quenudamede Mereœur sa femme, et madame deMartigoes sa belle mère, s'asseurerent de ^<a<t, solvant leurs desseins, qu'ils executef^t de ceste foçon.
Ayant le capitaine du chasteau à leur dévotion, ilsenvoyerentquerir aucuns des capitaines de la Tille et qnelqnes-uns des principaux habi- ^qn'ilssçavoient porter de l'affection au party de la ligne, ausquels ils dirent que toutes les r^es et bonnes villes de France s'estoient Qoies et avoient pris les armes contre le Roy POQf avoir la vengeance de la mort de messieurs de Guise , et pour la conservation de la religion Qtiioiiqae, apostolique et romaine; qu'à leur ^umple lis en dévoient faire autant , et ne pas étendre que les partisans du Roy , dont il y en ivoit quantité dans la ville , se rendissent mais- ^ ^ exerçassent sur les bons catholiques leurs ^imositez par prisons et rançons , ainsi que les catlioliques d'Angers estoient à présent traictez Parles ofQders royaux. « Nous avons eu ad vis certain, leur dirent-ils, que quelques habitans de ceste ville , dont nous avons la liste , y veulent introduire le roy de Navarre avec ses treuils; s'ils exécutent leur dessein, ceste ville ne P^Qt esviter un sac gênerai et la perte de nostre ^i0on , avec la mort ou la prison des bons catboliqnes : on empeschera tous ces mauvais eve- ^ents en les prévenant par la prise des armes, €t en s* asseurant de quelques personnes, ce qu'il ^ besoin d'exécuter promptement pour ce que ^^ tarder en telles entreprises est périlleux. Le
capitaine Gassion vous servira de chef pour ceste exécution en l'absence de M. de Mereœur. • Ce discours Ony , toute l'assemblée approuva ce dessein , et promirent qu'ils s'y empioyeroient du tout pour l'exécuter. Suivant l'ordre que le capitaine Gassion leur donna pour le point de l'exécution , chacun s'en retourna en son quartier : ils prennent les armes , se barricadent par toutes les rués , font courir plusieurs bruits afin que le menu peuple se mist de leur costé , ce qu'il fit. En mesme temps ils se saisissent de quelques ofQciers royaux et autres personnes notables qui furent menez prisonniers au chasteau , entre lesquels furent le sieur Miron , l'un des généraux de Rretagne, lesieur Boutin, docte Jurisconsulte , et le sieur de Roques. Leurs maisons ne furent exemptes du pillage , ce qui advient d'ordinaire en tels remuements. Ainsi Nantes se mit du party de l'union, sous le commandement de M. de Mereœur leur gouverneur qui prit la qualité de protecteur de la religion catholique-romaine en ceste province.
En mesme temps le sieur de Sainct Laurent s'asseura de Dinan et de Dol pour le party de Tunion. Sur l'advis qu'il eut que le baron de Maulac s'estoit mis dans Josselin pour le Roy, il s'y achemina avec quelques troupes qu*il avoit levées : le vendredy sainct il surprint la ville de Josselin ; mais ledit sieur de Maulac , retiré au chasteau , contraignit Sainct Laurent d'y tenir un siège, ce qu'il fit , assisté des communes du pays. Il se fit en ee temps là de terribles remuements en toute la basse Bretaigne : Brest, Tarsenal de la Bretagne, se conserva tousjours pour le Roy par la fidélité du gouverneur. M. de Fontaines maintint Sainct Malo en son devoir Jusques à ce qu'il fût tué par les Maloùins , ainsi que nous dirons cy après.
Cependant M. de Mereœur ayant donné à plusieurs capitaines des commissions pour lever le plus de gens de guerre qu'ils pourroient , et envoyé quelques-uns des principaux officiers du parlement de Rennes prisonniers au chasteau de Nantes, pour avoir estérecognus affectionnez au party du Roy , il s'achemina à Fougères , où il fut bien receu par les habitans : le capitaine du chasteau, aprèsquelque résistance, luy rendit la place, avec les biens du marquis de La Roche son maistre qui estoient dedans , pour la somme de quinze cents escus qu'il toucha. Tous les gentils-hommes de la haute Rretaigne qui ne voulurent prendre les armes pour le party du duc furent contraints d'abandonner leurs maisons à la discrétion de ces gens de guerre : ledict marquis de La Roche et plusisurs autres furent menez prisonniers au chasteau de Nantes ; mais le sieur
CHBONOLOGhIB MOTERAIBB Ot PALMA CAYBT. [lS89]
da Bordage et quelques autres geotils-hommes se Jetterent dedans Vitré, et unanimement avec les habitans asseurerent ceste ville et le chasteau au service du Roy. Le duc de Mercœur en receut les nouvelles à Fougères, qui n*en est distant que de sept lieues; il y envoya incontinent le sieur de Tallouet avec quelques compagnies de gens de guerre , lequel fit prendre les armes à toutes les parroisses de quatre lieues aux environs de Vitré , Jusques au nombre de plus de six mil hommeS; lesquels tindrentun long temps assiégée ceste ville. La longueur de ce siège alentit les boutades de ces paysans , qui avoient remply les chemins creux ) qui sont fort communs en ce pays là, d'arbres qu'ils avoient coupés pour empescher le secours que Fou pourroit donner aux assiégez , lequel ne laissa toutesfois de leur estre donné par plusieurs gentils-hommes qui se bazardèrent d'y entrer , ce qui fut cause de la levée de ce siège ; aussi que , durant ice> luy , les habitans de Rennes, qui s'estoient laissez aller aux persuasions des partisans du duc de Mercœur qui estolt lors à Fougères , sur des lettres qu'ils receurent du Roy de n'obéir au duc de Mercœur, ains de s'opposer à ses entreprises, estans à ce encouragez par aucuns officiers du parlement et par quelques gentils-hommes de Bretagne, ils prirent les armes et se saisirent du sieur de La Gharrovinere que leur avoit donné le duc de Mercœur pour gouverneur , et d'un capitaine Joan, espagnol, et de tous ceux qu'ils pensèrent estre du party de l'union ; envoyèrent appeller M. de Moutbarot leur gouverneur pour revenir en la ville , lequel , rentré dans Rennes, a maintenu tousjours depuis ceste ville en Vobeissance desroys. Les seigneurs de La Hunaudaye , le marquis d'Asserae , le baron du Pont et les principaux seigneurs bretons tenans le party du Roy s'y rendirent aussi. La Bretagne fut du depuis divisée presque en deux partis : le duc de Mercœur, les sieurs de Quebrian , de Gouleneset autres seigneurs se retirèrent à Nan. tes, où fus estably une cour des officiers du parlement qui estoient de leur party ; et Rennes servit de retraicte aux catholiques royaux et aux officiers de la chambre des comptes de Nantes. Voyià comme furent les cours souveraines de Bretagne divisées en deux partys, et peu après les officiers royaux firent pendre en effigie ceux de l'union pour cause de rébellion , et ceux de l'union en firent de mesme de eenx qui tenoient les principaux offices royaux. G*est assez traicté pour ceste fois des remuements de la Bretagne. Voyons ceux qui se firent en Berry.
Bourges est la capitale ville de Berry dont M. de La Ghastre estoit gouverneur. Le Roy
avoit esté adverty que ce 'seigneur vouloit se remettre de la ligue, ce qui fut cause que Sa Majesté n'alla à Bourges , comme nous avons dit cy-dessus. Aucuns gentils-hommes de ceste province serviteurs du Roy , qui voyoient son dessein, s'emparèrent de Sanserre, et se fortifièrent en leurs chasteaux. Quand M. de La Ghastre se fut asseuré de Vierzon , de Selles , de Meun sur Yevre, de Dun le Roy et de la tour de Bourges, le 4 avril il fit assembler en corps de ville les habitans de Bourges » et leur dit : c Vous voyez les troubles où nous sommes, ce n*est rien encores au prix des maux qui nous menacent» vous ensçavez assez les causes. Vous voyez toutes les provinces de ce royaume armées , qui pour un party, qui pour l'autre. J'eusse fort désiré maintenir le repos entre les voisins, ce qui ne se peut plus espérer , ny mesmes de conserver les villes que par la force et l'appuy de l'un des deux partis , à sçavolr de celuy du Roy ou de celuy des princes catholiques et villes unies. G'est chose assez notoire qu'il est impossible de demeurer entre les deux sans entrer en Tun ou en l'autre de ces deux partys. Il faut donc se déclarer pour l'un ou pour l'autre. J'ay voulu recognolstre quelle seroit la volonté du Roy et ses deportements, pouree que j'ay tousjours révéré son nom , sa dignité et la personne qui a régné sur nous Jusques à ceste heure ; et ne me voudrois encores départir de ceste affection , ny de Pobeyssance qui nous est commandée luy rendre , si la seule cause de Dieu , son honneur , ma conscience et religion ne m'en dispensoient. Vous s^vez que les huguenots se sont empares des deux meilleures places et fortes d'assiette de ce gouvernement, qui sont Argenton et Sancerre : en Tune et en Tautre se void l'assistance et €H>nsentement qu'ils ont eu du Roy : Arquien , Tnn des Montigny , est dans Sancerre parmy eux ; ils sont advoûez du Roy , ftivorisez et secourus de poudres , munitions , hommes et argent q[ue l'aisné Montigny y a conduits. Nous sçaTons aussi comme le roy de Navarre et le Roy ont si bonne intelligence ensemble, que leurs trouppes de gens de guerre logent pesie mësie sans se mesfaire les uns aux autres, mais plustost s*accordent à piller et courre sus aux bons catholiques. Toutes ces considérations, messieurs, m'ont fait ouvrir les yeux et penser que Dieu ro*a fait naistre sa créature pour le servir , aymer et honorer sur toutes choses , m'a donné une ame que je désire sauver pour le louer un jour dans son paradis, et penserois n'y parvenir Jamais, si de tout mon cœur, de toutes mes forces et puissances, et de ce qu'il luy a pieu mettre en moy de ses grâces et bénéfices y Je ne les
CHBMOtOea ROTSICAIBB BB PALMA GAYBT. [1689]
employois à la conservation de sa gtoire et de ia religion catholique , apostolique et romaine , et eiUrpatioQ de Tlieresie. Si Je vous trouve disposez en mesme volonté et affection que moy , je demoureray parmy vous pour vous assister et servir de ma vie et de tout ce qui dépend de mes forces et pouvoir : si vous prenez autre idvis y je suis résolu de cherctier ma seureté et conservation avec ceux qui combattent pour ie maiotien de la religion cathdique ^ ou mourir glorieusement avec eux.
U n'y a si foible persuasion qui ne soit assez forte quand la haine persuade à croire. Ceux aussi qui avoient esté practiquez de longue-main dans Bourges dez le commencemeot de ia ligue, pleins de haine et de courroux qu'ils avoient contre le Roy pour la mort de messieurs de Goise, eurent très-aggreable ceste déclaration de M. de La La Chastre^ et creurent que le Roy s e&toit accordé avec le roy de Navarre , ce qui Destoit pas , et ne ie fut que sur la fin d'avril , aprèsqu*il eutreceu advis que le duc de Mayenne avoit refusé toutes les propositions d'accord qu'il Iny avdt fiiict faire par M. le légat Morosini , ainsi que noua dirons cy après.
Aucuns eussent bien désiré que l'on se fust comporté dans Bourges comme on avoit faict inz antres villes de la ligue ; mais , après le serment faict de vivre et mourir en leur union, ceux fBJne le voulurent &ire furent chassez : ce qu'ils firent sons quelque forme de Justice. M. l'arche* vesque de Bourges se retira peu après à Blois; plusieurs ecclésiastiques et officiers royaux se retirèrent aussi à Issoudun, à Vatan, à Aubigny, et aux villes et chasteaux les plus proches qui se maintindrent en l'obéissance du Boy. Et le Berry eomme les autres provinces fut divisé en deux partis.
Le sieur de Randan, gouverneur pour le Roy au bas pays d'Auvergne, avoit esté des premiers de la ligue dez l*an 1585 , et avoit, avec messieurs ses frères i'evesque de Clermont et l'abbé de Saioct Martin , praticqué de iongue-maln en ceste province le plus de partisans qu'ils avoient peu. Dez qu'il eut receu les nouvelles de la mort de messieurs de Guise et de la prise des armes par les Parisiens contre le Roy, il se résolut de faire le semblable en son gouvernement, ce qu'il fit avec aucuns de la noblesse. Plusieurs villes se rendirent de son party ; les autres se maintin* drent en Tobeyssance du Roy : les deux principales villes de son gouvernement estoient Cler- ] moDt et Rion. Clermont est le siège de i'evesché. RioD est le bureau des thresorlers généraux, qui
e rengea du tout à la dévotion du sieur de BâBdan.
Les habitans de Clermont, voyant ledit sieur de Randan déclaré du party de TuRlon, et battre le chasteau du Mas de Sainct Jus, qu'il prit peti après, sur les lettres qu*ib receurent du Roy, luy envoyèrent dire par le sieur d'Auterac: « Nous avons un roy de l'obeyssanee duqud nous ne nous despartirons jamais, a Luy , qui ne pensoit à rien moins qu'à ceste nouvelle, leur envoya ceste response par d'Auterac : a Je vous prie, messieurs, de vous maintenir en la religion catholique-apostolique, romaine. J'espère de conserver ceste province au repos auquel, Die^ mercy , je l'ay maintenue par les troubles passez de ce royaume, et plustost Je feray sortir de ceste province et oonduiray moy mesme dehors les troupes que j'ay &it lever pour reprendre les chasteaux du Mas de Sainct Jus , etc. a Cestë response ne contenta ceux de Clermont, et ju* gèrent que ce n'estoit que pour les amuser cependant que les partisans de l'union practiqueroient pour faire entrer ledit sieur de Randan le plus fort dans leur ville. Ils ne voulurent estre subjets aux accidents ausquels les neutres qui ne tenoient ne l'un ne l'autre party tumberent ; IM firent publier une déclaration de vivre et mourir en l'obeyssanee du Roy, et plusieurs grands seigneurs du pays se vindrent jetter dans ceste villU comme à sauveté. Ceux que l'on pensoit estre du party de l'union, ou affectionnez au sieur de Randan et à ses frères, en furent chassez. Ils s'asseurerent aussi des lieux fbrts de la ville, qui n'a du depuis changé de party durant ces derniers troubles.
M. de Randan , voyant que ceux de Clermont et de Montferrant s' estoient bandez contre Ib party de l'union , convoqua au commencement d'avril, en la ville de Billom, une assemblée en forme des trois estats du pays d'Auvergne. Leà partizans qu'il avoit en ceste province s'y trouvèrent. A l'ouverture de ceste assemblée ledit sieur de Randan leur dit qu'il eroployeroit tous les moyens que Dieu luy avoit donnez avec la vie 'pour son service et pour le bien particulier et repos du pays, tant pour l'obligation naturelle qu'il y avoit, que pour celle que luy donnoit le tiltre et honneur qu'il avoit d'en estre gouverneur. M. Tevesque de Clermont le remercia de sa bonne affection au nom de ceste assemblée. Et après son remerciement, M. l'evesque de Castres et les sieurs de Vigneaux et de Calle<^ mets, conseillers au parlement deThoolouze, députez de Thoulouze et des villes du pays de Languedoc qui s'estoient déclarées de Tuoion , se présentèrent: ledit sieur de Vigneaux, portant la parole, leur dit que la resolution du parlement et de la ville de Thoulouse, avec toutes les villes
CHRONOLOGIB NOVENAIBB DB PALMA CAYBT. [l589]
du pays de Langaedoc qui estoient de leur party , avoient juré de vivre et mourir eu la religioa ca« tholique, apostolique et romaine , et union de tous les bous catholiques, et spécialement de ceux de la province d'Auvergne , ausqueis ils venoient de leur part offrir et donner asseurance de tous les moyens de ceux dont ils estoient députez, et qu'en faisant avec eux l'union réciproque, il ne s'en despartiroient jamais, et n'en feroient aucune antre, ny chose qui pust concerner l'interest desdits unis, sans leur advis et consentement.
Les prétextes qui manquent de raison ont besoin de beaucoup de paroles : aussi ceux qui firent les propositions en ceste assemblée ne manquèrent de parer le commencement de leurs discours du zèle de feu messieurs de Guise envers la religion catholique , et puis tout d'une suitte ils lascherent une infinité de mesdisances contre le Roy. Suivant la resolution dudit sieur de Bandan, toute ceste assemblée jura en l'église des Jesuistes de Billom, ez mains de l'evesque de Glermont, le serment de F union, et chacun d'eux promit de luy obeyr comme estant leur gouverneur. Du depuis il asseura lesdits députez de Thoulouze d'une union réciproque entr'eux, et qu'il les ayderoit de tout ce qu'il luy seroit possible.
Sous le nom de ceste assemblée ledit sieur de Randan fut prié de prendre les armes pour réduire tout le bas pays d'Auvergne du party de l'union, et donner tout l'ordre requis aux affaires de la guerre et de la police. Puis ceste assemblée, ù l'in&tar des republiques libres et souveraines d* Allemagne ou d'Italie, fit publier une déclaration contre les villes de Glermont et de Montferrand, les déclarant descheuës de tous privilèges, privées de tout commerce, de toutes cours et jurisdictions, et de la qualité et pouvoir d'estre des treize bonnes villes du pays bas d'Auvergne ; aussi que la ville de Rion seroit à perpétuité la principale et la capitale ville de la province , et à laquelle ils attribuèrent et transférèrent toutes les jurisdictions et privilèges des villes de Glermont et Montferrand.
D'un autre costé ceux de Glermont eurent recours au Roy, qui , le dix-septiesme d'avril, déclara les habitans de Riom rebelles et criminels de leze majesté, et par les roesmes lettres transfera la recepte générale et bureau des thresoriers généraux d'Auvergne establis à Riom, en la ville de Glermont. Yoylà en quel estât estoit le bas pays d'Auvei^ne au commencement de ceste année. Nous rapporterons cy -après les effects sanglans de leurs remuements.
Cependant que le party de l'union faict sous-
lever tant de provinces contre le Roy, et qu'ils l'entourèrent de tous costez, excepté en la province de Poictou, le roy de Navarre, revenu en convalescence de la maladie qui luy print au bourg de Sainct Père en pensant aller secourir La Ganache, comme nous avons dit , ne demeura de ce costé là long temps sans se rendre maistre de plusieurs places ; et ayant mis ses troupes en campagne, prit Sainct Maixent, Maillezay, Ghastelleraut, Loudun, Lisle-Bouchard , Mirebeau , Yivonne et autres places voisines. Un docte personnage, escrivant sur les malheurs de ce temps là , dit : « Ge que la ligue faict souslever tant de peuples contre le Roy est par meschanceté; ce que les huguenots prennent tant de places est par nécessité ; et toutesfois toutes ces choses sont esgales au Roy et à sa couronne : elle est aussi bien dissipée et desmembrée des uns que des autres, son peuple autant foulé par les huguenots que par la ligue; etn'estoit que ceux-là se deffendent , et ceux-cy attaquent , qu'on poursuit ceux-là, et ceux-cy poursuivent, bref, que ceux-là se soumettent tousjours au Roy, et ceux-cy le veulent tousjours assnjef tir à eux, on pourroit dire que le mal que les huguenots font par force au royaume, est aussi grand que celuy que la ligue faict pour assouvir le courroux d'aucuns d'entr'eux et l'amlûtion des autres. •
Or le roy de Navarre, estant à Ghastellerault, entendit qu'il y avoit du trouble à Argenton en Berry entre les habitans et la garnison du chasteau. Les habitans, estans supportez de quelques gentils-hommes du pays, vouloient tenir pour le Roy, et le capitaine du chasteau, qui y avoit esté mis par madame la douairière de Montpensier, soeur de messieurs de Guise, qui jouyssoît de ceste place à cause de son douaire , vouloit tenir pour l'union. Sur ceste contestation , ledit capitaine du chasteau attendant secours d'Orléans où il avoit envoyé en demander, et les habitans ayans aussi envoyé vers le Roy, le roy de Navarre , en usant de sa diligence accou^tumée, les alla mettre d'accord : il surprend la ville, et dès que le secours qui venoit d*Orleans pour entrer dans le chasteau se fot retiré, le capitaine, qui s'estoit monstre au commencement fort résolu de deffendre ceste place, peu après se rendit , et le roy de Navarre mit dedans le sieur de Beaupré pour gouverneur.
Retourné à Ghastelleraut , il fit une déclaration assez ample sur les choses advenues en France depuis la mort de messieurs de Guise, et l'adressa en forme de lettre aux trois estats de la France, où il leur dit :
« S'il eust pieu à Dieu toucher le cœur du
CHB0N0L06IE NOYENAIBB DB J^ÀLMÀ CAYET. [1589]
Roj mon seigneur et les vostres, et qu*en rassemblée que quelques-uns de vos députez ont feite à Blols près Sa Majesté j'eusse esté appelle, comme certes 11 roe semble qu'il se devoit, et qo'il m*eust esté permis librement de proposer ce que J'eusse pensé estre de Tutilité de cest Estât, j'eusse faict voir que j'en avois non seulement le désir au cœur, les paroles à la boucbe, mais encore les effects aux mains, et que je n'ay point des ouvertures à dessein , des propositions conditionnées , de beaux mots ausquels je ne Tondrols pas pourtant m'obliger ; au contraire, de bonnes resolutions, de Taffectlon à la grandeur du Roy et du royaume, autant qu'il se pentj voire aux despens de la mienne, et que quand tout le monde y sera disposé, il ne faudra ny traicter ny capituler avec moy, ma conscience m'asseurant que rien ne m'a rendu difOcile , sinon sa considération et celle de mon honneur. Puis que cela ne s'est point faict, ce que peutestre la France contera pour une de ses fautes, n'y ayant point de si bon médecin que celuy qui aiœe le malade, je veux donc au moins vous faire entendre à ce dernier coup, et ce que je pense esut de mon devoir, et ce que j'estime nécessaire auwrvlce de Dieu, du Roy mon souverain, et an hitu de ce royaume , afin que tous les subj^tsât ceste couronne en soient instruits, et qne tous, pour ma descharge, sçacbent mon in- (eation , et par mon intention mon innocence.
t Dieu a fait voir au jour le fond des desseins de tous ceux qui pouvoient remuer en cest Estât 11 a descouvert les miens aussi. Nul de vous» fioi de la France les ignore. N'est-ce pas une nûsere qa'il n'y ait si petit ne si grand en ce royaume qui ne voye le mal , qui ne crie contre l«s armes , qui ne les nomme la fièvre continue et mortelle de cest Estât , et neantmoins jusques ky nul n'a ouvert la bouche pour y trouver le remède ? qu'en toute ceste assemblée de Rlois qdI D*ait osé prononcer ce sacré mot de paix, ce mot dans Teffect duquel consiste le bien de ce np\aume? Croyez , messieurs , que ceste admirake et fiitale stupidité est un des plus grands l>resages que Dieu nous ait donné du deciin de ce ovaume. Nostre Estât est extrêmement maade : chacun le void. Par tous les signes on juge {ue la cause du mal est la guerre civile, maladie }nH[ue incurable , de laquelle nul Estât n'es- *happa januiis; ou, s'il en est relevé, si ceste ipopAexie ne Ta emporté du tout, elle s'est au noiDs temninée en la perte entière de la moitié lu corps.
> Quel remède? Nul autre que la paix, la paîx , qni remet l'ordre au cœur de ce royaume, |Qi par Tordre iuy rend sa force naturelle, qui