X. C. n. H. T. XII
par Tordre chasse les desobeyssances et malignes humeurs, purge les corrompues, et les remplit de bon sang , de bonnes intentions , de bonnes volontez, qui, en somme, le fait vivre. C'est la paix qu'il faut demander à Dieu pour son seul remède , pour sa seule guerison. Qui en cherche d'autre , au lieu de le guérir le veut empoisonner.
» Je vous conjure donc tous par cest escrit, autant catholiques » serviteurs dû Roy mon seigneqr, comme ceux qui ne le sont pas; je vous appelle comme François ; je vous somme que vous ayez pitié de cest Estât, de vous-mesmes, qui , le sappans par le pied, ne vous sauverez Jamais que la ruine ne vous accable; de moy, encores que me contraigniez par force à voir, à souffrir, à faire des choses que sans les armes je mourrois mille fois plustost que de voir, de souffrir et de faire. Je vous conjure de despouiller à ce coup les misérables passions de guerres et de violences qui dissipent et démembrent ce bel Estât , et qui nous distrayent les uns par la force , les autres trop volontairement , de Tobeyssance de nostre Roy ; qui nous ensanglantent du sang les uns des autres , et qui nous ont desjà tant de fois fait la risée des estrangers , et à la fin nous feront leur conqueste; de quitter, dis-je , toutes nos aigreurs pour reprendre les haleines de paix et d'union, les volontez d*obeissance et d'ordre, les esprits de concorde par laquelle les moindres Estais deviennent puissans empires, et par laquelle le nostre a longuement fleuri le premier royaume de ceux de la chrestienté.
• Rien que j'aye mille et mille occasions de me plaindre en mon particulier de ceu\ de la maison de Guise , d'eux , dis-je, mes parens , et parens si proches, que, hors le nom que je porte, je n'en ay point de plus ; bien qu*en gênerai la France en ait encores plus de subjet que moy , Dieu sçait neantmoins le desplaisir que j'ay de les avoir veu entrer en ce chemin , dont le cœur m*a tousjours jugé que jamais ils n'en sortiroient k leur honneur. Dieu me soit tesmoin si, les cognoissant utiles au service du Roy, et , je puis dire encores, au mien , puis que j*ay cest honneur de Iuy appartenir de si près, et que mon rang précède le leur, je n'eusse esté et ne serois très-aise qu'ils employassent beaucoup de parties que Dieu et la nature leur ont donné, pour bien servir ceux à qui ils dévoient service : au lieu que les mauvais conseils les ont poussez au contraire. Tout le monde, hors-mis moy , se riroit de leur mal-heur , seroit bien ayse de voir l'indignation, les déclarations, les armes du Roy mon seigneur tournées contre eux. Moy certes je ne le puis faire , et ne le fais pas, sinon au-
CHBONOLOGIB NOVENAIBB
tant que des deux maux Je suis contraint de prendre le moindre. Je parleray donc librement , à moy premièrement, et puis à eux, afm que nous soyons sans excuse.
» Ne nous enorgueillissons ny les uns ny les autres. Quant à moy , encores que J*aye receu plus de faveur de Dieu en ceste guerre qu'en toutes les passées , et qu'au lieu que les deux autres partis [quel mal-heur qu'il les faille ainsi nommer] se |ont affoiblis, le mien en apparence s'est fortifié , je sçay bien neantmoins que toutes les fois que je sortiray de mon devoir Il ne me bénira plus ; et j'en sortiray quand , sans raison et de gayeté de cœur, je m'attaqueray à mon Roy et troubleray le repos de son royaume.
» De mesmes eux , qui , depuis ces quatre dernières années , ont mieux aimé les armes que la paix , qui les premiers ont remué en cest Estât et ont fait ce troisiesme party si indigne de la foy de France , et , je diray encores , de celle de I^urs ayeuls, puisque Dieu par ses jugemens leur monstre qu'il n'a pas eu aggreable ce qu'ils ont fait , puis qu'il touche l'esprit de nostre Roy pour les recevoir à sa douceur accoustumée, comme luy-mesme le déclare , qu'ils se conten* tent. Nous avons tous assez fait et souffert de mal. Nous avons esté quatre ans yvres, insen* sez et furieux : n*e$t-ce pas assez ? Dieu ne nous a il pas assez frappez les uns et les autres, pour nous faire revenir de nostre endormissement , pour nous rendre sages à la fin et pour appaiser nos furies?
» Or si après cela il est loisible que , comme très-humble et très-fidele sujet du Roy mon seigneur, je die quelque bon advis à ceux qui le conseillent : Qui a jamais ouy parler qu'un Estât puisse durer quand il y a deux partis dedans qui ont les armes à la main ? Que sera-ce de cestuy-cy, où il y en a trois? Gomment luy peut-on persuader de faire une guerre civile , et contre deux tout à un coup? Il n'y a point d'exemple, point d'histoire, point de raison qui luy promette une bonne issue de cela. Il faut qu'il face la paix , et la paix générale avec tous ses sujets, tant d'un costé que d'autre , tant d'une que d'autre religion , ou qu^il r'allie au moins avec luy ceux qui le moins s'escarteront de son obeyssance; et, à ce propos, qu'un chacun juge de mon intention. Yoylà comme je rends le mal pour le bien , comme j'entens l'animer contre ses subjets qui ont esté de ceste belle ligue. Et vous scavez tous, messieurs, neantmoins que quand je le voudrois faire , et en sa nécessité luy porter mon service , comme je le feray s'il me le commande , en apparence humaine je traverseray
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beaucoup leurs desseins , et leur tailleray bien '^ de la besongne. ^
» Mais quand Dieu bénira les desseins de nos- ^'^ tre Roy, et qu'il viendra à bout de tous les mu- ^' tins de son royaume , il est misérable s'il faat ^ qu'il les face tous punir comme ils le méritent "^ Quoy 1 punir une grande partie de ses villes , -^ une grande partie de ses subjets l ce seroit tro]^ -■'' C'est un malheur, c'est une rage que Dieu aea- ' voyée en ce royaume pour nous punir de nos ' fautes. Il le faut oublier, il le faut pardonner, et ^ ne sçavoir non plus mauvais gré à nos peuples , ^ à nos villes, qu'à un furieux quand il frappe, qu'à un insensé quand il se promené tout nud. -^ Soit au contraire , si ceux de la ligue se forUfteut ^ tellement qu'ils luy résistent , comme certes il y m a apparence, et j'ay peur que sa patienee soit '^ leur principale force. Dieu voulant peut estre i exercer sur nous des jugemens que nous ne sça» vous pas , que ce sera de nous et de luy ? quedi- t rons nous des François? Quelle honte que nous ayons chassé nos roys ! Tache qui ne souilla ja- ^ mais la robbe de nos pères , et le seul advantay '^ que nous avons sur tous les vassaux de la chres* i tienté. j
» Cependant n'est-ce pas un grand mal-beur pour moy que je sois contraint de demeurer oisif ? On m'a mis les armes en main par fofce. Contre qui les employeray-je à ceste heure? eon- ! tre mon Roy ? Dieu luy a touché le cœur . Faisanl pour luy, il a fait pour moy contre ceux de la i ligue. Pourquoy le mettray-Je au désespoir? i Pourquoy, moy qui presche la paix en France, aigriray-je le Roy contr'eux, et osteray, par l'appréhension de mes forces, à luy Tenvie^à eux l'espérance de réconciliation? Et voyez nui peine ; car, si je demeure oisif, il est à craindra qu'ils facent encores quelque accord, et à mes despens , comme j'ay veu deux oo trois fols avenir, ou qu'ils affoiblissent tellement le Rey et se rendent si forts , que moy , aprèe aa ndne, n'auray gueres de force ny de Yotonté pour e»pescher la mienne.
• Messieurs , je parle ainsi à vous , que Je sçay, à mon très grand regret, n'estre tous coo^ posez d'un humeur. Les déclarations du Roy mon seigneur, et principalement les deraieres , publient assez qu'il y en avoit entre vos députes, et quasi la plus grande partie , à la deTOtion d'autre que luy. Si vous avez tant soit peu de jugement , vous oonclurrez avee moy que je svia en grand hazard; aussi est le Roy^ aussi est le troisiesme party , aussy estes vous , et en gros et en détail. Nous sommes dans une malsoii qui va fondre, dans un batteau qui se pert, ^ n'y a nul remède que la paix; qu'on s'en imagitts
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qa*0D en cherche tant d'autres que Tod voudra.
• Pour eoDclusion donc , plus ailfectionné y Je le pois dire , et plus intéressé en cecy que vous tous, je la demande au nom de tous au Boy mon seigneur ; Je la demande pour moy, pour tous les François , pour la Fraoee : qui la fera autrement, elle n'est pas bien faite. Je proteste de me rendre eocores plus traictable que Je ne fus Ja« mais ai on pense que j'ay esté difficile ; Je veux lerrir d'exemple à tous par l'obeyssance que je monstre à mon Roy.
I Hais 9 après avoir tant et tant de fois protesté et déclaré ce qui est de mon devoir et de floitre proffît commun , je déclare donc à la fin , premièrement à ceux qui sont du party du Roy monseigneur^ que s'ils ne luy conseillent de se servir de moy et des moyens que Dieu m'a donnez, s'ils ne s'accordent à ceste saincte délibération, non de faire la guerre à ceux de Lorrune, non à Paris , à Orléans ou à Thoulouse , maisà eeox qui empescheront la paix et l'obeyssance âeoê à ceste couronne , qu'ils seront seuls eoDiptbIes des malheurs qui arriveront au Roy etiaropnme, et moy, au contraire , deschargé de ee blasme et acquitté de la foy que j 'ay à mon frinee, duquel j'ay» autant que j^ay peu , empoehéetempeseberay le mai , vueillent-ils ou
* Et quant à ceux qui retiennent encores le nom et le party de la ligue , Je les conjure comme François,, je leur commanderois volontiers encores comme à ceux qui ont cest bonneur de m'ippartenir , et de qui les pères eussent receu ce eommandement à beaucoup de faveur Je m'en aseare [si ce n'est de ceste façon , Je le feray au moins, après le Roy, comme le premier prince â le premier magistrat de France ] , qu'ils pensent à eux , qu'ils se contentent de leur perte , eomme je fais des miennes ; qu'ils donnent leurs passions, leurs querelles, leurs vengeances et ienrs ambitions au bien de la France leur mepe, au service deleur Roy, à leur repos et au nostre. S'ils font autrement, J'espère que Dieu n'abandonnera point tant le Roy qu'il n'achevé en luy soQoa?rage , et qu'il ne luy donne envie d'appeller ses serviteurs près de luy, et moy le preïïàtfj qui ne veux autre tiltre , et qui , y allant pour cest effet , auray assez de force et de bon droit pour Tassister, et luy ayder à oster ^u monde leur mémoire , et de la France leur party.
t Et bien que , plus que nul autre , J'aye regret de voir lesdifferens de la religion , et que, pins que nul autre, J'en soubaitte les remèdes , neantmoins, recognoissant bien que c'est de Dieu seul, et non des armes et de la violence , qu'il tes faut attendre, Je proteste devant luy, et à
ceste protestation j'engage ma foy et mon honneur, que par sa gracej'ay jusques icy conserveï entiers , que tout ainsi que Je n'ay peu souffrir que l'on m'ait contraint en ma conscience, aussi ne souffriray.Je ny ne permettray jamais que les catholiques soyent contraints en la leur, ny en leur exercice libre de leur religion. Déclarant en outre qu'aux villes qui avec moy s'uniront en ceste volonté , qui se mettront sous l'obeyssance du Roy mon seigneur et la mienne , je ne permettray qu'il soit innové aucune chose , ny en la police , ny en l'Eglise , sinon en tant que cela concernera la liberté d'un chacun. Prenant derechef, tant les personnes que les biens des catholiques , et mesmes des ecclésiastiques, sous ma protection et sauve-garde , ayant de longtemps appris que le vray et unique moyen de réunir les peuples au service de Dieu , et d'establir la pieté en un Estât, c'est la douceur, la paix, les bons exemples, non la guerre ny les desordres , par lesquels les vices et les meschancetez naissent au monde. Fait à Chastellerautle 4 mars 1589.
s Ainsi signé Henby; et plus bas, Dblomenie. •
Ceux qui conseillolent lors le Roy luy donnèrent de trois sortes de conseils : les uns estoieut d'advis que Sa Majesté devoit faire la guerre aux huguenots et à la ligue tout ensemble ; les autres , que l'on devoit accorder, à quelque prix que ce fust , avec les princes et villes de la ligue, et, suivant l'edict d'union , cobtinuêr la guerre aux beretiques ; d'autres soustenoient, par raisons d'Estat , que Sa Majesté se devoit servir du roy de Navarre et de ses forces, puis qu'il s'offroit si librement a luy faire service.
De faire la guerre aux huguenots et à la ligue tout ensemble il fut Jugé du tout impossible ; mais Sa Majesté résolut de tenter les deux au très conseils en un mesme temps.
Pour traicter d^accord avec les princes de la ligue, le Roy en rescrivit , au commencement du mois de mars, à M. le duc de Lorraine, par le sieur de Lenoncourt, bailly de SainctMibei, qui l'estoit venu trouver de la part dudit duc de Lorraine son maistre pour les affaires de Sedan et Jamets; et du depuis, suivant l'offre que luy fit M. le légat Morosini de s'en entremettre, il luy permit d^aller trouver M. de Mayenne, et mesmes lui bailla IcM mesmes articles qu'il avoit envoyez audict duc de Lorraine. Le succez de ces procédures nous le dirons cy-après.
Pour aller vers le roy de Navarre , madame la duchesse d'Angoulesme en prit la charge , et alla vers luy à Chastelleraut, où elle le trouva
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du tout disposé au service qu'il dcvoit au Roy , ce qu'elle rapporta à Sa Majesté.
Cepeodaut que ces allées et venues se font, le Roy envoyé M. de Montpensler en son gouvernement de Normandie. Plusieurs princes et seigneurs aussi allèrent lever en diverses provinces leurs compagnies , où il se commença à faire des rencontres qui firent dès lors juger que ces troubles ne se pacifleroient si doucement qu'aucuns pensoient. M. le comte de Soissons estant allé à Nogeut le Retrou , sçachant que les compagnies de Sagonne, de Medavid et de Nicolo, pour le party de Tunion tenoient les champs , monta à cheval avec sa troupe qui estoit forte , et, les rencontrant à La Croix du Perche, les chargea. Le combat fut opiniastré du commencement. La mort de cinquante liguez fit songer les autres à leur retraicte ; aucuns se sauvèrent , quelques-uns demeurèrent prisonniers. Les cazaques noires semées de larmes et de croisettes de Lorraine blanches, ostées aux morts et aux prisonniers , servirent en ce commencement de parade et de trophée aux cavaliers qui se trouvèrent en ceste rencontre.
Par edict du mois de février , le Roy , estant encores à Blois, avoit transféré la cour de parlement et la chambre des comptes de Paris en la ville de Tours, enjoignant à tous les officiers desdites cours de s'y rendre pour y exercer leurs charges. Le 23 de mars, le lieu pour tenir le siège du parlement estant préparé dans une grand'sale à Tabbaye de Sainct Julien , après que le Roy , assisté de M. le cardinal de Vendosme, de plusieurs evcsques, maistres des requestes et conseillers , vestus en robe rouge , eurent tous oiiy la messe dans Teglise Sainct Julien , ils furent de Tegiise audit lieu préparé, là où Sa Majesté , séant en son lict de justice , lit lire, publier et enregistrer ledict edict de translaction et establissement de sa cour de parlement de Paris à Tours. Il pourveut de Testât de président M. Faye, sieur d'Espesses, qui estoit son advocat gênerai , homme d'une grande prudence et de beaucoup de doctrine , et expérimenté es affaires du monde. La chambre des comptes fut establie dans la thresorerie de Sainct Martin de Tours. Ces cours souveraines ont esté à Tours depuis le mois de mars an présent 1589, jusques au mois de mars Tan 1604.
Le parlement de Paris , l'an 1594 , fut aussi transféré à Poictiers durant les troubles entre les maisons d'Orléans et de Bourgongqe, où il fut vingt ans ou environs ; et pour mémoire de ceste traiislation , le jour et feste de Sainct Hilaire , qui est le sainct auquel est dedlé la grande église de Poictiers, messieurs de la cour ne vont
point au Palais , et gardent ceste feste : ce qu'ils observent aussi , à cause de ceste dernière translaction, le jour de la feste de Sainct Gatian,qttl est le sainct auquel est dédié Teglise archiépiscopale de Tours. Voylà les deux festes que messieurs de la cour gardent pour avoir esté transféré le parlement deux fois hors de son siège ordinaire.
Le sieur Pasquier, dans ses Recherches y a noté qu'à toutes ces deux fois que le parlement a esté transféré , il s'est remarqué comme des présages qui signifioient ces grands changements.
Pour la première fois , II dit que l'an 1 407 , qui fut l'année que commencèrent les troubles entre les maisons d'Orléans et de Bourgongne à cause de l'assassinat du duc d'Orléans , frère du roy Charles VI , falct par le commandement du duc de Bourgongne , qu'à l'ouverture du parlement , le lendemain de la Sainct Martin , il ne se trouva aucun des présidents de la grandchambre, quoy qu'il y en eust lors cinq, qui estoit nombre assez suffisant pour faire que l'un d'eux se trouvast en ceste cérémonie; si bien que , pour recevoir le serment des advocats et procureurs à la mode acconstumée , il fallut qne le Roy envoyast ses lettres au sieur du Drac, président aux enquestes, pour présider en la grand-chambre, et recevoir le serment d'enx tous : ce que plusieurs dèslors prirent pour un sinistre présage: aussi commencèrent en cest an les divisions de ces deux maisons , qui minèrent de fonds en comble la France; et peu s'en fallut que la couronne ne fost transportée en une main estrangere.
Pour la seconde fois, il dit qu'il remarqua qu'à l'ouverture du parlement, l'an 1687 , on n'apporta point la paix à baiser à messieurs les présidents et conseillers de la cour oyans la messe dans la grand-salle du Palais , avec leurs robbes d'escarlate et chapperons fourrez , combien que de tout temps et ancienneté on n'avoit point failly de l'apporter à baiser après l'esleTation du Saint Sacrement de l'autel , et que dtelors plusieurs conjecturèrent que ceste onbllance de leur avoir donné la paix à baiser promettoit je ne sçay quoy de mal-heureux à la France ; ce qui advint, au mofs de may ensuyvant, en la journée des Barricades, où le roy Henry III fat contraint de se retirer de Paris , et la mort des deux princes lorrains au mois de décembre, bref la révolte générale, non seulement de ta ville de Paris, mais des principales villes de France contre le Roy, ainsi qu'il se peut voir en lisant ceste histoire.
Le vingt ' huictiesme du mesme mois une
CHfiONOLOGI£ NOVSNÀIBB D£ PALMA CAYBT. [1589]
trefTe fut faicte en Dauphiné entre le colonel Alphonse Domano , gênerai pour le Roy en Tarmëe de Danphlné, qal raccorda à la réquisition des trois estats dudit pays de Dauphiné , par suthorité de la Cour, sous le bon plaisir du Roy, et le sieur Desdiguieres , commandant pour le roy de Navarre audit pays , assisté des gentilshommes de son party , qui Taccorda aussi sous le bon plaisir dudit sieur roy de Navarre. Les principaux points de ceste trefve furent :
Que tons actes d'hostiifté et ex ploits de guerre eesseroient, tant d'un party que d'autre , pour le temps de vingt et un mois , à commencer du premier jour d*avril an présent , Jusques en décembre 1690.
Que la liberté de conscience et de ragricol- Inre serolt restablle par tous les endroicts de ceste province, et que pour le trafflc on ne preodroit autre passeport que le beneflce de la
trefve.
Que les ecclésiastiques rentreroient en la jooyssanee de leurs biens , bénéfices et fruicts Vieeux , du Jour de la présente trefve , sans rien demander des fruicts payez ou qui restoient à payer des années précédentes , sauf dix-huict fflil fscns qui seroient pris par chasque année de la présente trefve , par le sieur Desdiguieres , «If la dixmes que le Roy a accoustumé prendre , pour estre employées en œuvres concernant ia j^eté , et autres pour le soulagement du peopie.
Que le receveur du Roy serolt restably en la pos»es>ion et Jouyssance de tous les droicts dolaaniaux de Sa Majesté , sans que ceux qui en Oui jooy durant les guerres en puissent estre recho^hez.
Que tons les habitans dudit pays , de quelque party qu'ils fussent , ou qui s'en estoient absentes depuis l'an 1585, rentreroient en la jouyssance de tous leurs biens.
Que poar reutrefenement des gens de guerre , tant d'un party que d'autre , seroit levé sur tous les latllables la somme de trente six mil escus, desquels ledit sieur Desdiguieres en prendroit dixhuict mil.
Que ia moitié des péages qui se leveroient en <^te province seroient baillez audit sieur Desd'gulercs.
Et que j dedans le premier jour de juillet prochain , il se tiendroit une conférence pour pro- «•cder , s'il estoit besoin , au retranchement des sens de guerre, plus au restablissement de i exercice de la religion catholique, apostolique ft romaine , ez lieux tenus par ledict sieur Desdiguieres, à laquelle conférence ledit sieur Des-
diguieres rapporteroit sur ce Tintention du roy de Navarre.
Si tost que ceste trefve fut publiée en la cour de parlement à Grenoble , ledit sienr colonel Alphonse mit aucunes de ses troupes en garnison ez prochaines places prez de Lyon pour faire la guerre aux Lyonnois , et envoya au Roy deux des vieux régiments de gens de pied , de l'un desquels estoit maistre de camp le sieur de La Garde, qui pouvoient estre en tout six cents hommes , lesquels passèrent depuis les bords du Rosne jusques à Tours , attaquez et poursuivis en Auvergne et en Rerry par le party de l'union. Les conducteurs furent fort estimez de leur resolntion en ce passage de prez de cent lieues de longueur sans aucune escorte de cavallerie , et arrivèrent seurement à Tours sur la fin d avril. Ainsi le Dauphiné eut un peu de repos jusques à la mort du Roy, cependant que les principales villes de Provence, savoir,. Marseille, Aix, Arles, Toulon, et autres, se déclarèrent du party de l'union par la persuasion des sieurs de Vins et de Carses^, seigneurs qui avoient de longtemps practiqué et désiré le gouvernement de ceste province , et ce dez que M. le mareschal de Rets en fut pourveu du gouvernement , auquel ils s'estoient opposez; car il s'engendra dans ce pays comme deux factions : ceux qui , obeyssans au Roy, suivoient le mareschal de Rets furent appelez les Razez, et les partisans de la maison de Garses estoient surnommez les Carses. Ledit sieur de Vins avoit esté des premiers du party de la ligue , pour l'opinion qu'il s*estoit formée dans l'esprit de n'avoir esté recompensé par le Roy des services qu'il disoit lui avoir faicts, veu»qu'à son occasion il avoit receu une harquebuzade au siège de La Rochelle , qui sans doute eust tué Sa Majesté si ledit sieur de Vins n'eust esté au devant de luy. Ge fut aussi luy qui le premier prit les armes contre le sieur de La Valette , gouverneur de Provence pour le Roy. Des exploicts militaires qui se sont passez en ceste province , nous le dirons cy-après.
Les trefves aussi faictes entre le duc de Lorraine et mademoiselle la duchesse de Bouillon, le 26 décembre 1588, pour le terme de six semaines , furent continuées jusques au dix-septiesme de ce mois de mars , et depuis jusques au 1 3 d'avril, que la guerre recommença entr'eux. Il ne sera hors de propos en ce lieu de dire la cause et l'origine de leurs querelles, et comme ceste trefve fut faicte.
Après que le Roy , par Fedict du mois de juillet qu'il accorda avec les princes de la ligue l'an 1585 , eut commandé que tous ses subjects eussent à aller à la messe, ou sortir dans six mois
CHBONOLOGIfi NOVBNAIBB DE PALMA GAYBT. [1589]
de soa royaume , ceux de la religion prétendue reformée des provinces de Champagne, Picar* dîe , Isle de France, et d'autres endroicts , se retirèrent à Sedan et à Jamets, places appartenantes au duc de Bouillon^ lequel en estoit prince souverain : mais le terme de six mois fut réduit à trois, et de trois mois à quinze jours.
Les princes de la maison de Lorraine desiroient de n'avoir point de tels voisins auprès d'eux ; roesmes le duc de Guise supplia le Roy de luy permettre de foire la guerre aux terres du duc de Bouillon ; mais Sa Majesté ne luy voulut octroyer ceste demande. Soit à dessein ou autrement y la prise de Roeroy , foicte le 1 8 novembre 1586, fut le prétexte de la guerre que ledict sieur duc de Guise fit au duc de Bouillon.
Roeroy est une place du gouvernement de Champagne. Un gentil-homme françois, réfugié à Sedan, bien-aymé du duc de Bouillon , en partit avec quelques capitaines et bon nombre de soldats y avec lesquels il prit nuitamment la ville de Roeroy , et tuèrent le sieur de Chambery qui en estoit gouverneur. La prise de ceste ville fut Toccasion que le duc de Guise assembla en diligence ses forces, et reprit ceste place par composition le 24 décembre au mesme an.
Le due de Bouillon fut accusé d'estre autheur de ceste entreprise. Il envoya au Roy ses excuses , et luy manda qu'il n'en sçavoit rien , mesmes qu'il avoit deffendu à tous ses subjeets de donner aucun secours à tels entrepreneui^ , à quoy ses subjeets luy avoient obey ; aussi qu'il avoit tasché de faire avec eux à ce qu'ils remissent la place entre ses mains pour la rendre à Sa Majesté , ce qu'ils n'avoient voulu faire, et Tavoient rendue au duc de Guise qui y avoit mis un gouverneur à sa dévotion , ce qui donnoit assez à cognoistre que ceste surprise procedoit d'une double entreprise et practiqne de ses ennemis, qui avoient gaigné tels entrepreneurs dans Sedan pour frapper deux coups d'une mesme pierre , sçavoir : Tun , pour oster le sieur de Chambery de dedans Roeroy , pource qu'il estoit fort serviteur du Roy et n'estoit point de la ligue , et l'autre , pour faire croire à Sa Majesté que tels entrepreneurs , ainsi sortis de Sedan, n'avoient entrepris ceste surprise que par son ad vis , affin que le Roy commandast au duc de Guise de luy faire la guerre.
Au contraire de ses excuses , le duc de Guise manda au Roy que ceste surprise estoit de l'intelligence du duc de Bouillon , qui vouioit faire la guerre à la France sous main par les ennemis de Sa Majesté qu'il avoit retirez dans ses places, et leur avoit fait surprendre Roeroy et en tuer le gouverneur ; que ceste excuse qu'il ne leur
avoit donné secours depuis la surprise n'estoit une excuse valable, pource que Ton sçavoit assez que c'estoit une quantité d'hommes qu'il avoit bazardez pour faire ceste exécution , lesquels il eust supportez s'ils eussent peu garder ceste place ; mais, voyant la diligence du siège et qu'ils estoient contraints de se rendre, ils les avoit desadvoûez.
Le Roy, nonobstant toutes ces raisons, De veut point qu'on entreprenne la guerre sur les terres de Sedan ; toutéSfois la garnison de Jamets , nonobstant les deffences qui leur estoient faictes par le duc de Bouillon, ne pouvoit se maintenir en paix : mesmes quelques-uns ayant surprins et pillé une» maison d'un gentil-homme de Lorraine, desadvoûez, estans pris furent pendus. Toutes ces courses furent cause que le duc de Guise , quoyqu'il ne pust faire condescendre le Roy à ce qu'il hiy permist de faire la guerre à Sedan et à Jamets , s'en alla emparer de Raucour et entra dedans les terres de Sedan, où, en quatre mois que ses troupes y séjournèrent , il y fut commis une infinité d'actes dhpstilité, pendant lesquels la garnison de Jamets fit aussi la guerre à toute reste aux habitanUde Verdun, par le commandement du duc de Bouillon, jusques aux trefves qui furent Caictes, à l'instance de la Royne mère , en avril 1587 , et depuis continuées jusques' au mois de Janvier 1588.
Durant ces trefves le duc de Bouillon fut conducteur de ceste grande armée d'estrangers, après la desroute de laquelle , comme nous avons dit cy dessus, il mourut Tunziesme janvier 1588, laissant madamoiselle Charlotte de La Mark sa sœur son unique héritière, et M. le duc de Montpensier leur oucle , son tuteur.
Plusieurs pensoieut que les princes de la mai^ son de Lorraine ne voudroient faire la guerre à ceste pupille y mais il en advint au contraire ; ca^ audit mois de janvier la guerre se commença^ et le duc de Lorraine envoya le baron d^Baus sonville avec trois mille hommes de pied et huîc cents chevaux se loger autour de Jamets. L duc de Guise y envoya aussi une partie de se; troupes , qui firent un grand degast autour di Sedan , contre l'intention du Roy qui avoit ac' cordé à madamoiselle de Bouillon la continuai tion de la trefve encores pour un an.
Le baron d'Haussonville, tenant Jamets a^ siégé , somme le sieur de Schelandre de rendrl la place au duc de Lorraine, et fait offre qui ne seroit rien changé ny en la religion , ny en i police; mais il eut pour responce qu'il avoit ai faire à gens d'honneur qui ne sortiroient de ce:»^ place avec des paroles.
GHBONOtOGIE NOVKHAIBB D£ PALMA CAYET. [1589]
Aussi le Roy en ce temps envoya M . de Rieux , chevalier de ses ordres, à Sedan; il proposa au oooseil de la duchesse de Bouillon que Sa Majoté prendrait la protection de ses places, à la ebarge qu'il mettroit dedans tel gouverneur qn'il loy plairoit Le roy d*Ëspagne en mesme temps y envoya un agent leur faire des propositions. Mais le comte de Maulevrier , oncle du feu deroierdac de Bouillon, prétendant que Sedan etJametsluy appartenolent , escrivit à ceux qui yavoient le gouvernement des affaires , et les priade le recevoir, avec de belles promesses; outre tout cela , on parioit encor de plusieurs Biariages pour madamoiselle de Bouillon , tantostdoo des enEemts du duc de Guise, puis de fonde ceux du duc de Lorraine. Bref ces places estoient bien désirées et beaucoup affligées. Qoelqne travail et peine que M. de Montpensier priDst m la cour de France pour y apporter quelque délivrance et soulagement , il n'en put venir à bout.
Depuis le mois de Janvier jusques au mois d'avril, les assiegeans et assiégez en une infinité de Mtties et approches s'entremonstrerent leur vateor.U veille de Pasques , le baron d'Haussonville, après avoir fait bresche , fit donner en oitme temps Tassant et Tescalade ; mais les as- ^ims, repoulsez avec beaucoup de perte, Areot contraints de demander au duc de Lorraine nouvelles forces d'hommes et d'argent. Oem mois se passèrent en de sanglantes escar- OMnrehes et sorties que faisoient aucunefois ceux de Jamets avec des petites pièces de campagne, et endommageoient fort les assiegeans, qui re- ^rent, le premier juillet, trois mil lansquenets de renfort. Toutesfois, peu de jours après, un pourparier fut accordé entre les sieurs d'flaussoDTlIle et de Schelandre. En ce pourparler , dUaussonville dit qu'un mariage ou une hon- Be&te recompense leur pourroit donner la paix, ^helandre luy respondit que le desgast qu'on âTolt faict ne se pouvolt récompenser , et que la diversité de religion empescheroit un mariage. Après plusieurs discours, il fut arresté entr'eux qne Schelandre advertiroit M. de Montpensier , et d'Haossonville le duc de Lorraine , affin d'ad- Tiser s*il y avoit moyen de pacifier. En se disant Kadieu , le sieur d'Haussonville dit : « Monsieur de Schelandre, il vaut mieux, comme dit le proverbe , laisser son enfant morveux 9^ lui arracher le nez, » Mais le sieur baron de Schelandre lui repartit : a Monsieur, un ^n Joueur ne se retire jamais sur sa perte. » l^iis il adjousta : Quand le vin est tiré il le faut hre.
Nonobstant ce pourparler , chacun d'eux tas-
choit à faire réussir ses desseins. Les intelligences que Haussonville pensoit avoir avec quelquesuns de Jamets se trouvèrent doubles , et les voulant faire venir à effect , plusieurs des siens y perdirent la vie , et luy l'argent du duc de Lorraine, qui servit bien aux assiégez.
La continuation de ce siège résolue au conseil du duc de Lorraine , le sieur d'Haussonville fit faire neuf forts pour empescher les sorties des assiégez ; mais par la sage conduitte de leur gouverneur, ils ne laissèrent de faire encor des sorties, et plusieurs fois recbasserent les assiegeans jusques dedans leurs forts.
Cependant que Jamets estoit pressé par un si long siège , madame d'Aremberg se trouva au mois d'octobre à Sedan pour adviser , avec le conseil de mademoiselle de Bouillon, s'il y auroit moyen de faire quelque accord avec le duc de Lorraine. Le sieur de Schelandre s'y rendit aussi; quelques articles furent dressez, que ledit sieur de Schelandre porta au baron d'Haussonville qui estoit au camp devant Jamets , lequel les envoya au duc de Lorraine à Nancy , se chargeant d'en rendre response dans trois semaines; mais ledit baron se trouvant malade y il quitta la conduicte de Tarmée au seneschal de Lenoncourt , qui ayant pris ceste charge resserra d*abordée fort les assiégez. Le 17 novembre le sieur l'Afferté , de la part du duc , ayant apporté la responce, il la communiqua au sieur de Schelandre; mais ayant pris temps pour en délibérer , il advint que la cavalerie de Sedan , qui pouvoit estre de cent bons chevaux , fut deffalcteprès d'Ëstenay; fort peu se sauvèrent de la mort ou de la prison. Gela recula un peu ceste negotiation, qui fut peu après reprise, et ledit sieur de l'Afferté alla avec le sieur de Marolles à Sedan, où estant arrivé il communiqua la response dudit duc son maistre au conseil de mademoiselle de Bouillon. Geste response veué et regardée audit conseil, le sieur de TAfiferté fut chargé de porter leur resolution au duc de Lorraine, de laquelle il promit rendre response dansle cinquiesme décembre. Au lieu de revenir, le duc de Lorraine envoya le sieur de Lenoncourt , baillif de Sainct Mihel , frère dudit sieur seneschal , gênerai de l'armée de devant Jamets» qui mit la dernière main à une trefve qui fut publiée le 28 décembre 1588, pour le temps de six semaines.
Par ceste trefve, la ville de Jamets , ne pouvant plus tenir à cause de la famine et des maladies, fut rendue au duc de Lorraine. Le sieur de Schelandre se retira avec les gens de guerre au chasteau pour madamoiselle de Bouillon, ayant promis de ne mettre de nouveau aucun<j
chronoloctIB novenaibe de PALUA CAYKT. [1589]
vivres dedans ceste place, ny munitions, ny gens de guerre.
II fut aussi accordé de part et d'autre qu'il ne se feroit aucuns ouvrages en la ville qui pussent nuire au chasteau , ny dans le chasteau qui pussent nuire à la ville.
Que les gens de guerre et liabitans de Jamets qui ne voudroient faire serment au duc de Lorraine sortiroîent, et seroient conduits seurement. Que mademoiselle de Bouillon pendant la trefve neserolt empeschée de recevoir ses di'oicts et revenus.
Et pour remettre un bon repos ez terres de mademoiselle de Bouillon , que, dedans le 10 de janvier , ses députez , avec ceux du duc de Lorraioe , s^assembleroient à Inaut pour adviser à faire une bonne paix par le moyen d'un mariage, pour le bien et contentement de ladite damoiselle et seureté de ses subjets, sans toutesfois y rien oooclurre ny resouidre que premièrement cbacun d'eux n'eust envoyé vers le Roy et M. de Montpensier pour avoir leur consentement , et obtenir d'eux procuration.
Le 23 janvier 1589, les députez, tant d'une part que d'autre, se trouvèrent à Fnaul. Plusieurs articles furent dressez, mais pour les faire entendre au Roy. on prolongea la trefve jusques au premier jour du mois de mars.
Pendant ceste trefve, les gens de guerre de part et d'autre prindrent party. Le duc de Lorraine , qui ne se vouloit après la mort de ses cousins de Guise déclarer ouvertement contre le Roy, licentia une partie de ses troupes, lesquelles furent trouver le capitaine Sainct Paul en Champagne , qui tenoit pour le party de l'union.
D'autre costé , aucuns gens de guerre de Sedan et de ceux qui estoient sortis de Jamets, sçachants que le sieur dlnte ville, lieutenant gênerai pour le Roy en Champagne, levoit des hommes pour s'opposer aux remuements du capitaine Sainct Paul, vindrent le trouver en Champagne, et se mirent sous la conduitte du sieur d'Amblize et du baron de Terme. Le capitaine Sainct Paul, ayant ramassé le plus de gens qu'il put, sçachant que ledit sieur d'Amblise tenoit les champs , alla pour le deffaire. Les royaux et les liguez se rencontrèrent entre Sainct Gevin et Sainct George, où il y eut un grand combat. Du commencement la compagnie d'Amblize prit Tespouvante , et demeura avec fort peu des siens au combat ; mais , après ce premier choc , les sieurs de Chaumont, de Vandy et de Loupes avec leurs compagnies chargèrent tellement les troupes de Sainct Paul, qu'ils les rompirent et mirent en fuite , après en avoir tué et pris prison-
niers plusieurs, entre lesquels estoient le sieur d'Artigoti , Lorrain, et quinze capitaines. Ceste deffaicte vint bien à propos pour les affaires da Roy, car, si ceux qui tenoient son party y eussent esté desfaicts , il y avolt grande apparence que presque toute la Champagne eust pris le party de l'union; car ceste province fut grandement divisée ; mesmes les habitans de "Troye vindrent à Paris demander le tils puisné de feu M. de Guise, appelle depuis la mort de son père M. le prince de Ginvilie, afiin d'estre leur gouverneur ; mais, ainsi que tous peuples font d*ordinaire en tels remuements, les Troyens luy portèrent une fort grande affection à ce commencement, et à la suitte de ceste histoire il se verra qu*au déclin de la ligue ils le firent sortir si soudainement de leur ville, qu^ilsne luy donnèrent le loisir quasi de monter à cheval. Le sieur de Hautefort , qui se qualifloit lieutenant gênerai en Champagne et Brie pour l'union, fut à Troye avec des troupes de gens de guerre , lequel traicta rudement les chasteaux des seigneurs qui s estoient déclarés pour le party du Rey, entr'autresleschasteaux de Chapes, Brienne et Marsac. Il alla faire lever le siège au sieur de Sautour , qui avoit assiégé Mery sur Seine, et le chargea de telle façon que tous les siens furent deffaicts , et luy-mesme eut assez de peine à se sauver au travers des eaux et des marets où il pensa se noyer. Les villes de Reims , Troyes , Meaux , Mezieres . Yltry et autres, se mirent du party de l'union. Chaalons, Langres, Chasteau- Thierry , Saincte Menehoust et autres , tindrent le party du Roy. Voylà comment les villes de ce gouvernement furent divisées en deux partys. Dans Cbaalons il fut du depuis estably une chambre du parlement de Paris transféré à Tours, pour rendre la justice aux catholiques royaux des provinces de Champagne, Brie , Picardie et autres pays qui sont enclavez entre la rivière de Seine, le pays de Caux en Normandie, et les frontières des Pays-Bas, Lorraine et Bourgongne.
Or , pour retourner au discours de ce qui se passoit entre le duc de Lorraine et mademoiselle de Bouillon, pendant leur trefve ledit duc dq Lorraine envoya le sieur de Lenoncourt , bailiil de Sainct Mihel, pour avoir i'advis et volontéi du Roy et de M. de Montpensier touchant le mariage proposé par leurdite trefve, et de la comi position à l'amiable de leurs différents : mais S^ Majesté escrivit au duc de Lorraine qu'il vouloi^ que la trefve fust continuéejusques à son arrivé^ en Champagne, où 1! esperoit estre au plustarij dans deux mois, et que luy mesmes vouloit estr^ sur les lieux arbitre de leurs differeitts pour le^
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terminer à l*amiable. Geste responce ne plut au dae,et du depuis, voyant lesgrands remuements qui se faisoient en France , il ne voulut continuer liitrefve,si bien que le treiziesme d'avril la guerre recommença, et le siège du chasteau de Jamets fut continué» de la reddition duquel nous parleroDS ey après.
Après que M. le duc de Mayenne eut juré et fait serment au parlement de Paris , entre les mains du président Brisson , d'employer jusques à ta dernière goutte de son sang pour maintenir Urdigion caiholique, apostolique et romaine, et conserver TËstat royal en son entier , Tauthorité des cours souveraines , les privilèges du dergé et de la noblesse , de &ire garder et observer les loix et ordonnances du royaume et l'obeyssance denê aux magistrats , de préserver le peuple de France de toute oppression , et d'employer les forces et la puissance qui luy avoit tAé octroyée à Tbonneur de Dieu et au bien du royaume , il partit de Paris pour aller faire un corps d'armée de toutes ses troupes, lesquelles duraot le mois de mars s'estoient rendues en la Beaotse. On Tattendoit à Orléans, et les babitans eussent bien désiré qu'il y eust esté pour les délivrer des royaux de fioisgency , lesquels ne bouceoioit de leurs portes ; mais Tentreprise de VfDdosme et de Tours luy fit prendre le cbemin de Chasteaudun , où M. le légat Morosini du coQsentement du Roy rallaexpressement trouver.
Ledit sieur légat, prenant congé de Sa Majesté sa légation finie, entendant que l'on proposoit au Roy qu'il falloitquMl appellastprez de luy le roy de Navarre et ses forces pour résister 3Q doc de Mayenne et au party de Punion , le supplia de ne le vouloir faire , mais piustost pacifîer son royaume avec les catholiques de Tuliion, et s'offrit luy-mesme de s'y entremettre : ce que le Roy récent de bonne part, et accepta WQ offre , et luy permit d'aller trouver M. de Mayenne la part où il seroit pour le persuader a la paix et à un accord, duquel Sadite Majesté avoit desjà escrit à M. le duc de Lorraine, affin qall y preparast tous les autres princes de sa maison. £t pour accélérer piustost cest affaire , Sa Majesté bailla audit sieur légat par escrit l'accord qu'il desiroit faire avec ledit duc de Mayenne et avec tous les princes et seigneurs du party -do Tunion, dans lequel il leur promettoit de délivrer tous les prisonniers qu'il tenoit, de continuer tous les princes et seigneurs de ce party en tous leurs gouvernements , leur laisser les villes de seureté , et les faire payer de leurs pensions : au pied duquel escrit Sa Majesté mit que pour les difficultez qui pourroient advenir sur l'exécution de son offre , qu'il s'en remettoit
du tout à Sa Salncteté pour en estre amiable compositeur , prenant pour adjoincts messieurs le grand'duc de Toscane , le duc de Lorraine, la seigneurie de Yenize et M. le duc de Ferrare. Le Roy par ceste proposition fit paroistre audit sieur légat le désir qu'il avoit d'appaiser ces nouveaux troubles : mais , ayant sceu que M. de Mayenne estoit party de Paris pour le venir as* saillir, et craignant qu'il ne le prinst à son des advantage , il dit audit sieur légat qu'il le prioit d'effectuer ceste negotiation dans quinze jours, ou de faire faire quelque trefve dans ledit temps ; mais que si cela ne se pouvoit faire qu'il le luy mandast incontinent , affin qu'il pensast à ses affaires.
M. le légat le luy promit , et s'estant basté pour aller à Orléans, pensant y rencontrer M. de Mayenne, fut contraint de rebrousser cbemin et le venir trouver à Cbasteaudun , où il luy proposa les articles et les conditions que le Roy luy avoit baillées, et n'oublia rien de ce qu'il pensoit pouvoir apporter advancement à un tel œuvre, mais M. de Mayenne luy dit : • Je ne peux entendre à nul accord qu'auparavant je n'aye ad vis de tous ceux qui ont interest au party de l'union aussi bien que moy. Quand bien j'aurois accordé toutes ces propositions. Sa Saineteté ne me voudroit contraindre de luy obeyr ; aussi suis-je résolu dé piustost mourir que de le faire. >> M. le légat se trouva lors bien estonné et lolng de son attente; il ouyt des propos que les plus grands de ce party de l'union disoient si librement contre le Roy, avec une infinité d'injures , ne le nommant jamais par roy , qu'il n'osa plus parler de paix au duc de Mayenne , ny à aucun de son conseil, considérant que ce seroit temps perdu. Il en advertit incontinent Sa Majesté suivant ce qu'il luy avoit promis, luy mandant qu'il pourveust à ce qu'il adviseroit estre bon pour ses affaires; quand à luy , qu'il estoit bien marry de n'avoir peu rien faire de bon avec M. de Mayenne, duquel il avoit pris congé pour s'en retourner à Orléans, et continuer son voyage jusques à Lyon , où il altendrolt ce qu'il plairoit à Sa Saincteté luy commander.
Puand le Roy alla de Rlois à Tours, M. le légat fut logé durant le caresme de ceste année dans l'abbaye de Marmoustier, où il n'avoit point entendu les termes et paroles dont usoient ceux de l'union; mais il fut fort estonné, estant à Orléans, de ce qu'ouvertement et affirmativement plusieurs grands de ce party ne vouloient plus recognoistre le Roy pour souverain, et que le clergé, devant qu'avoir eu mandement du Pape, s'estoit émancipé de faire beaucoup de choses nouvelles de leur authorité, obeyssans à
CHBONOLOGIB NOVENAIBE DB PALMA CAYBT. [1589]
la résolution faicte par aucuns docteurs qui prenoient le nom de la Faculté de Paris , par laquelle ils arresterent que ces mots |3ro Rege nostro seroient obmis et passez sous silence par tous les prestres qui chanteroient la messe , comme n'estans de l'essence propre du canon , mais que Ton diroit au lieu : Pro Christianis nostris principibus. Geste resolution portoit aussi que , s'il y avoit aucuns docteurs qui ne fussent de leur opinion, qu'ils seroient privez des prières et droicts de la Faculté , effacez et rejettez du sein d'icelle y comme coulpables et participans de crime et d'excommunication. Plus, que, sans mandement de Sa Saincteté, ils avoient coliigé de nouveau certaines prières que les prestres de ce party disoient en célébrant la messe. Bref, il vid tant de choses inventées aux églises des villes qui tenoient ce party, que non seulement luy , mais tous ceux qui n'avoient aucune passion en ces remuements , les blasmerent comme tenans partrop d'une sédition populaire : ear, outre telles prières nouvelles, ils avoient fiiit des tableaux ez églises principales pour animer le peuple contre le Roy, où le duc de Guise estoit peint tué de dagues, avec ces mots : Prince de farce , et son frère le cardinal de Guise estoit tué de coups d'hallebardes, avec ceste inscription : Prince de patience. Ces peintures esmeurent merveilleusement les peuples à se Aesbaucher de Pobeyssance de leur souverain. Or, le Roy ayant receu les lettres de M. le légat comme il n'avoit peu faire condescendre le due de Mayenne à un bon accord, fut contraint de se servir du roy de Navarre, auquel incontinent il manda un gentil-homme pour le semondre de mettre en effect les offres qu'il luy avoit plusieurs fois faictes de luy obeyr. Le roy de Navarre envoya M. de Ghastillon à Tours. La nécessité où les affaires s'alloîent réduire ne requeroit pas grande contestation. Le Roy promit de luy bailler un passage sur la rivière de Loire, et que l'on feroit publier une trefve pour un an , pendant laquelle on traicteroit d'une paix asseurée. Pour la délivrance d'un pont sur la rivière de Loire, le Roy avoit promis le pont de Ce : celuy qui en estoit gouverneur fit quelque difficulté de se desfaire de ceste place ; ce que voyant le Roy, il envoya quérir le sieur de Lessar, gouverneur de Saumur, qui luy promit de délivrer la ville et le pont de Saumur au roy de Navarre ; mais il supplia Sa Majesté de luy faire délivrer dix mille francs , à quoy se montoient quelques réparations qu'il avoit fait faire. Les finances de i'espargne du Roy estoient taries pource que les deniers des receptes générales n'y venoient plus , car le party de l'union en
possedoit d'aucunes : les deniers de celles qui estoient encor en Tobeyssance de Sa Majesté ne pouvoient estre amenez à Tours pour la difficulté des chemins; quelques-unes estoient retenues pour les affaires en chasque province : ce qui fut cause que les trésoriers refusèrent de payer lesdits dix mille francs au sieur de Lessar faute de finance royale. Un seigneur itaiien les presta au Roy. Le sieur de Lessar contenté , il délivra la ville et le pont de Saumur au roy de Navarre, qui mit pour commander dans ceste place le sieur du Plessis Mornay.
Or , en ce mesme temps que le Roy estoit eo nécessité d'argent, le party de l'union ne manquoit point de moyens, et, comme plusieurs ont dit, a les thresors cachez furent lors descouverts pour eux comme si le destin leur eust exprès nourry des gens pour leur faire une espargne et un magasin d'or ; » car ils trouvèrent en un seul endroit dans Paris , au logis du sieur Molan , thresorier de I'espargne , plus d'un milion de livres qu'il avoit foit cacher et enterrer dans sa maison. Ce thresorier estoit à Tours, et avoit de belles seigneuries en Touraine : 11 se plalgnoit plus du temps et du peu de moyens qu'il avoit que nul autre des réfugiez. Outre le Roy, beaucoup de ses particuliers amis durant ces calamitez publiques l'avoient requis de leur prester de Targent : plusieurs sçavoient ses commoditez ; il les avoit refusées à tous. Sur la nouvelle qui vint au Roy d'un si grand nombre d'or que ceux de Tunion avoient trouvé caché dans sa maison, il le fit mettre prisonnier. Les justes courroux des roys sont excusables. Molao dit que cest argent' ne luy appartenoit , alns à des particuliers dont il estoit responsable. Les siens s'employèrent pour luy. Pour sortir de peine il bjiilla encor au Roy trente-mil escus, et perdit sou estât , qui valoit bien autant. Uue mauvaise fortune suit l'autre : il luy en advint de mesme, car M. de Mayenne prenant Sainct Ouyn , toutes ses terres qu'il avoit en Touraine furent ravagées.
Le 2 1 d'avril le roy de Navarre, estant à Saumur, fit une déclaration sur son passage de la rivière de Loire pour faire service à Sa Majesté. Il dit dans ceste déclaration qu'estant premier prince du sang de France, que la loy et son devoir robllgent de défendre son Roy , et que , quelque prétexte que les chefe de la ligue prennent, qu'ils ne sont que perturbateurs du repos public, et n'ont d'autre but que la vie et couronne du Roy , la dissipation et usurpation de cest Estât;
Qu'il n'a et ne veut tenir pour ennemis que ceux qui se sont rebellez contre le Roy , et def-
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M I (ouf 868 gens de guerre de rien entrependre oy attenter sur les bons sujets da Roy , flC spedalement 8or oenx du clergé, pourveu qQiis M eontiennent modestement en leur vocatioo, priaiittouslesordres et estats de ceroyaume d'adviser au mal qu^apportera la continuation de '
Ceux dn clergé , de considérer la pieté estoui^dans les armes, le nom de Dieu en Maspheflie,et la religion en mespris, s^accoustùmant oncfaacaD de se jouer du sacré nom de foy, lors qu'il voidque les plus grands le prennent pour prctexte des plus exécrables infidelitez qui puisiffitestre;
Geu de la noblesse, de remarquer quelle dwQte a prios leur ordre en peu de temps, quand IcsinneS; marques ou de la noblesse héréditaire, M loyers de vertu, sont comme traînées dedans i« fange , mises ez mains d'une populace qui de liberté passera en licence, de licence à Tabandon de toate Insolence , sans plus respecter, comme ji OD le void, ny mérites ny qualitez ;
Cfu de la justice, de considérer quel briganda?eest entré par la porte du bien public, quand ealachimbre des pairs de France , où les plus gnods laissent leur espée pour la révérence de Mce, est entré on procureur armé , accompagne de vingt marauts, portant Tespée à la gorge an paHement de France , remmenant en triomphe en robbes rouges à la Bastille ; quand un pra&i'er président est assommé , trainé et pendu à Ihoalonze [zélateur de la religion catholiquenMoaioe, et le plus formel ennemy de la contraire] par le monopole d*un evesque ;
Ceux du tiers-estat , qui tout au moins dévoient tirer profût de ces dommages, advisent s*iis sont soulagez des tailles et subsides , s'ils MQt desehargez de la gendarmerie, si leurs boutiques ez villes et leurs mestairies ez champs s'en portent mieux.
• Unroy, dit-il, ne peut souffrir d'estre degradé par ses subjects ; et pour Tempescher il Mra renger rigueur contre rigueur , et force contre force. Contre l'usurpation desestrangers, il fandra que Sa Majesté soit secourue d'estrangers, ceqni sera la cause que les champs deviendront en forests , et les guerets en friche : mal qui sera commun au laboureur et au bourgeois, an i^tilbomme et au clergé.
• Il seroit bien plus à propos d'abréger tant de calamitez par une paix , en rendant l'obéissance et la fidélité que l'on doit au Roy. C'est ponrquoy je prie tous les serviteurs de Sa Majoté de redoubler leur affection et courage à le ^rvir de bien en mieux contre ses ennemis , et exhorte ceux qui se sont laissez aller à une telle
rébellion , de n'estre instrumens de leur propre ruine , et de se désister d'un si mauvais parfy , et recourir à la clémence de Sa Majesté. »
Peu après la publication de ceste déclaration, le Boy en fit publier deux en un mesme temps. Dans la première il déclare tous les biens meubles du duc de Mayenne, et des princes et babitans des villes qui tenoient son party , acquis et confisquez, pour estre les deniers provenans de la vente d'i ceux employez aux frais de la guerre, puis que dans le 15 d'avril, terme qu'il leuravoit prefix pour se recognoistre, ils n'estoient venus se remettre en l'obéissance que justement ils luy dévoient.
L'autre déclaration estoit sur la trefve quUl avoit accordée avec le roy de Navarre, dans laquelle il dit que l'on avolt de longue-main essayé de séduire la plus-part de ses subjects catholiques par ligues et associations secrettes, sous un faux prétexte de zèle et de la conservation de la religion catholique-romaine , contre ceux de la nouvelle opinion qui pourroient prétendre de luy succéder ; mais que le but des chefe de telles ligues tendoit à l'usurpation et partage de sa couronne entr'eux , après s'estre formé un party entre ses subjects catholiques , et s'estre appuyez d'intelligences avec les estrangers;
Que les chefs de ceste ligue avoient commencé tels mauvais desseins par detractions et mesdisancesde sesactions, pour le rendre odieux à son peuple, et tirer à eux l'affection d'iceluy , sous prétexte de le soulager des charges que l'injure du temps leur auroit apportées , et que tels desseins avoient continué par la levée de leurs premières armes : ce qui n'avoit apporté autre effect, sinon la destruction de ses subjects par les entreprises qu'ils faisoient contre son authorité ; mais que si les essays de la prise de leurs premières armes avoient esté pernicieux , que la suitte en estoit encores plus dommageable, et cause de toutes les iohumanitez et desordres qui se commettoient en la France , telles que l'on n'en avoit jamais veu ny ouy parler de semblables. « Nous avons, dit-il, du commencement recherché tous moyens à nous possibles pour, par douceur , r'amener tous nos sujets catholiques à une bonne et ferme reunion sous nostre obéissance, et par le moyen d'icelle exécuter ce que à leur instante prière nous leur aurions promis en l'assemblée de nos estats. Mais, tant s'en faut que par ceste voye la dureté de leurs cœurs ait peu estre amollie et fleschie à quelque compassion de tant de maux dont ils sont cause, non contens des desordres passez , mesmes d'avoir souslevé contre nous la pluspart de nos villes , toé, emprisonné ou déposé nos offlders , rao-
CHBONOLOGIE NOVBNAIBE DE PALIIA GAYET. [l589]
çonné lés plus aisez de nostre royaume, de quelque ordre, estât, qualité, sexe, condition et ' aage qu'ils puissent estre, mesmes les personnes ecclésiastiques, rompu nos seaux, effacé nos armoiries, deschiré et ignominieusement traîné nos effigies, estably des conseils et officiers à leur fantasie , ravy nos finances et exercé contre nous et nos bons sujets tous actes de mespris , dérision, hostilité et inhumanité, qu'adjoustans injure sur injure, ils s'apprestent à venir assaillir nostre propre personne avec artillerie tirée de nos areenaux, et armée composée , tant de nos sujets rebelles qued'estrangers en partie de religion contraire à la catholique, apostolique et romaine, de laquelle neantmoins ils se disent seuls protecteurs, pour avec nous opprimer tous nos bons sujets et serviteurs catholiques, au lieu de s'addresser à ceux de Topinion contraire, qu'ils laissent en paix et liberté de s'estendre à leur plaisir, comme ils n'en ont perdu Toccasion, ayant le roy de Navarre , pendant que nous estions à nous préparer et fournir de forces pour nous garentir des mauvaises intentions desdits rebelles, prins et saisi nos villes de Mort, Salnct Mâixant, Maillezais , Chastelleraut , Loudun, risle Bouchard , MontreuiUBellai , Argenton et Le Blanc en Berry , et advancé ses forces prez de ceste ville, où nous nous estions acheminez sur le premier advis de sesdits exploits, pour donner tout Tordre que nous pourrions à empescher qu'il ne les poursuivist plus avant. Ce qu'en fin cognoissant ne pouvoir faire par les armes en mesme temps que nous sommes en nécessité de les employer pour la conservation et défense de nostre propre personne et de nos bons serviteurs et sujets , contre la rage et violence des rebelles, après les avoir recognu inflexibles à aucunes conditions de réconciliation sur les ouvertures que leur en avons fait faire , et considérant qu'ores qu'il n'eust voulu comme eux s'attacher à nostre vie , nosdits bons subjects pouvoient neantmoins estre grandement molestez de ses armes > si nous ne luy ostions l'occasion de les employer selon que Testât présent des affaires de ce royaume luy en donnoit la commodité; d'autre part, estans pressez et interpellez par les clameurs et requestes de nos provinces travaillées de ceux de son party d'y remédier, et piustost par une surceance d'hostilité qu'autrement, sans laquelle , leur défaillant la force de se défendre , et le moyen d'entretenir les gens de guerre , toute espérance de pouvoir plus substanter leurs vies et de leurs familles leur estoit ostée , et qu'aucunes d'icelles, contraintes par la violence du mai , avoient jà accordée d'elles mesmes ; toutes les susdites raisons
ayant esté par nous mises en délibération avec les princes de nostre sang, officiers de nostre couronne, et autres seigneurs et personnages de nostre conseil estans près de nous , n'aurions trouvé autre moyen entre ces extremitez que de prendre et donner à nosdits subjects quelque relasche de guerre de la partdudit roy de Navarre. Et pour cest effect loy avons accordé , pour luy et pour tous ceux de son party , trefve et surceance d'armes et de toute hostilité , suivant Tinstance qu'il nous en a faite, recognoissant son devoir envers nous , esmeu de compassion de la misère où ce royaume est de présent réduit, qui incite tous ceux qui retiennent le sentiment de bons François d'ayder à esteindre le feu de division qui le consume et menace de sa dernière ruine , dont toutesfois nous espérons que Dieu , par sa bonté, le voudra encores préserver, pour sa gloire , contre les machinations et efforts de ceux qui en desh'ent et pourchassent la dissipation pour leur ambition particulière. Laquelle trefve et surceance d'armes nous entendons estre générale par tout nostre royaume durant un an entier , à commencer du troisiesme jour de ce mois , et finir à semblable jour , l'un et l'antre inclus, pour tous nos bons et fidèles subjets qui recognoissent nostre authorité en nous rendant Tobeyssance qu'ils nous doivent; ensemble pour Testât d'Avignon et comté de Venisse (l), appartenant à nostre très-sainct père le Pape , que nous avons voulu y estre comprins , et les subjets d'iceluy en jouyr , comme estans sous nostre protection, etc. Aussi qu'en conséquence de ce que dessus , ledit roy de Navarre et ceux de son party auront main -levée de leur biens , pour en jouyr tant que ladite trefve durera; comme aussi réciproquement ils laisseront jouyr les catholiques , tant ecclésiastiques qu'autres nos bons serviteurs , de leurs biens et revenus ez lieux par eux tenus. Si voulons, etc.
En mesme temps aussi le roy de Navarre commanda à tous ceux de son party l'observation de ceste trefve , et dans la publieation qn*il en fit il dit: « Comme il soit notoire à un chacun que nous n'avons pris ny retenu les armes en ceste misérable guerre qu'autant que la nécessité nous y auroit contraint, aussi avons nous assez tesmoigné par nos actions Textreme regret que nous avions de nous y voir enveloppez etoUigez par la malice desennemis de ce royaume, le désir au contraire que nous aurions de pouvoir servir Sa Majesté encontre eux , pour le restablissement de son authorité, repos et tranquilitéde ses bons subjets ; le malheur cependant auroit esté tel que
(I) Comté Venaissin.
CHBOIfOLOGIB NOrBNAIfiB DE PALMÀ CAYET. [1689]
Dûstre bonne mteotion auroit esté desguisée par plusieurs artifices; la mauvaise volonté desdits eonemis, converte de prétextes spécieux et fa- Torables, si avant , que ce royaumç auroit esté redoit jasqnes sur le bord d'une ruine inévitable, si la prudence du Roy, nostredit sou- Terain seigneur, combatuè toutesfois et traversée d'infinis obstacles , n'eust sceu demesler Dostre JDnoeence de leurs calomnies , n'eust veu sQSsiiear malignité invétérée au travers de leurs coQieors et palliations. Et est évident que ceste pmtj commencée sous ombre de religion, s*est trouvée tont à coup pure guerre d* Estât; que tm de ia ligne ne sont point allez chercher ny attaqoer ceni de la religion dont nous faisons profession, ains ont abusé des armes et de Tautborité qui leur avoit esté baillée à ceste fin , poaroccnper les villes de ce royaume plus esloogDées et moins suspectes de ladite religion : aussi peu ont ils employé leurs prescheurs à la eoQversion de ceux qu'ils pretendoient hereti* qses; au contraire s'en sont servis, par toutes les ailles, àla subversion de ce royaume, comme de iMQtefeox pour embraser TEstat , suborner les objets contre leur prince, les desbaucber de tobeyssanee de leurs magistrats , les disposer à ttditioos et changements, à confondre sans aunifliespeet toutes choses divines et humaines ; <ioQtsenHt advenu, au grand regret de tous les pi de bien, une révolte non croyable en ceste Dâdon contre le Roy nostre souverain seigneur , ^' eo conséquence d'icelle une telle confusion en piosiears villes et provinces, que Tombre preteodaéde pieté et de justice en auroit du tout *^xan(y et effacé le corps , la crainte de Dieu et is révérence de sa vraye image, du magistrat l^iffle et souverain institué de luy. En ces extremitez donc , recognolssans nostredit souverain seigneur, et déplorant au fonds de nostre ^e la calamité de oest Estât et de ce peuple, QOQsnous serions retirez devers Sa Majesté, luy iDrions présenté à ses pieds nos vies et moyens pour l'assister, contre ses ennemis, au restablisscment de son authorité et de ses bons subjects, pnïtestans, comme ores nous faisons, de n'avoir sutre intention que son service, et comme aussi chacun peut juger évidemment que si autre elle (fistesté, nous avions Toccasion tout à propos ^ nous ayder des misères publiques. Ce que voyant. Sa Majesté nousauroit fait cest honneur derecognoistre et accepter benignement nostre bonne volonté ; et , pour nous donner meilleur Q^yeu de la ser \ ir , se seroit résolue h une trefve •asorceance d'armes et de toutes hostilitez, de Joëlle nous espérons, avec Tayde de Dieu, une t^ne paix à Tadvenir. Pource est-il que nous
vous faisons sçavolr , à tons et chacun de vous qui recognoissez nostre authorité et protection , et qui avez suivy et suivez le party que nous soustenons chacun en droit soy, que nous avons traicté, arresté et conclud avec le Roy, nostre souverain seigneur, une trefve et surceance d'armes générale par tout ce royaume pour un an entier, à commencer dutroisiesme du présent mois d'avril , et finir à semblable Jour , l'un et Kautre inclus ; en laquelle aussi nous entendons estre comprins i'estat et comté de Venisse, et les subjects d'iceluy , comme estant sous la protection du Roy nostredit souverain seigneur. Deffcndons, etc. »
Voilà les déclarations que les deux Roys firent contre le party de l'union. Nous dirons cy-après comme leur accord servit d'un spécieux prétexte de révolte aux factieux de Poictiers , d'Agen et d'autres endroits. Devant qu'entrer en ce qui se passa au mois de may en France , voyons ce que fit M. de Montpensier en son gouvernement de Normandie au mois d'avril.
Nous avons dit que le Roy avoit envoyé M. de Montpensier en son gouvernement de Normandie , où le party de l'union avoit faict sousièver Rouen , qui est la ville capitalle de ceste province, Faiaize, Lizieux , Argentan, et tous les poiits et villes de dessus la rivière de Seine, fors le Pont de L'Arche. La ville de Caên , qui tient le second Heu des villes de Normandie , Sainct Lo , Aiençon , et autres places et chasteaux , furent maintenus en l'obeyssance du Roy par les catholiques royaux. Diepe , entr'autres places , leur servit bien de retraicte pour le pays de Gaux . Ainsi la Normandie fut divisée presque esgalement en deux partys. M. de Montpensier estant arrivé à Aiençon , le sieur de Larchan , gouverneur d^Evreux, et le sieur de fiacquevllle, le vindrent trouver avec leurs compagnies. Il en partit le 4 d'avril , et s'en alla passer à Sez , où il fut bien receu par M. Tevesque de Sez et par les principaux habitans ; et là le vindrent trouver les sieurs de Halot de Montmorency et de Crevecœur son frère , avec leurs compagnies. De Sez 11 passa à Escouchey , et , en s'en allant à Gaén , il rencontra cinquante lances et cent barquebuziers à cheval de la garnison de Faiaize , qu'il deffit; la plus-part furent tuez , et le capitaine Touchet qui les conduisoit pris prison-, niers.
M. de Montpensier, voyant que le party de l'union s'eslevoit et s'aggrandissoit de plus eu plus en ces quartiers là , advisa qu'il estoit nécessaire de prendre quelques-unes des places qui s'estoient si soudainement eslevées. La plus grand part de la noblesse du pays l'estott venu
CHRONOLOOIB NÛVBNAIRE DE VklMk CAYKT. [1589]
trouver , ce fut ce qui le fit résoudre d'assiéger Falaize ; et ayant fait partir de Gaën deux canons et une coulevrine avec quelques gens de pied , le 20 d'avril il s'y rendit. La batterie fut incontinent dressée, et sur le soir, deux tours ayans esté ouvertes, il fit commander à quelques gens de pied de s'y aller loger pour favoriser le lendemain Tassant. Ils s'y acheminèrent, et plusieurs de la noblesse qui les y vid aller , sans en avoir eu commandement , les suivit , en sorte qu'ils allèrent tous donner du ventre contre la muraille , car on ne se put loger dans les deux tours pour estre trop profondes , si bien qu'ils furent contraints de se retirer avec perte de quelques uns.
Or , comme M. de Montpensier deliberoit de continuer le lendemain la batterie et faire bresche , il receut la nuict un advertissement que les sieurs comte de Brissac, Pierre Court, Lonchan, le baron d'Ëschaufour, le baron de Tubeuf , le sieur de Roquenval et de Beaulîen, avoient amassé du costé de l'Aigle et Agentan grand nombre de gens , tant de cavalerie que d'infanterie, et mesmes avoient avec eux certaines communes de ce pays , que l'on appeloit les Gauthiers , qui s'estoient dez l'an passé eslevez pour ne payer point de tailles, et qu'ils s'assemblolent tous pour luy faire lever le siège. Il advisa que de les attendre audit Falaize , veu le grand nombre d'infanterie qu'ils avoient, il y auroit danger qu'il fust forcé à lever le siège ; surquoy il résolut d'aller combattre ce secours : ce qu'il fit le lendemain. Et ayant trouvé en trois villages de cinq à six mille bommes logez, entre lesquels il y avoit de deux à trois cents gentils -hommes et quelques gens d'église , les ayant fait recognoistre par le sieur d'Eméry, il envoyâtes sieurs comte de Torigny , Lonquaunay et de Vignes l'aisné j se loger entre lesdits villages et Argentan, et les fit soustenii* des sieurs de Baqueville et de Larchan d'un costé , et de l'autre du sieur de Beveron ; et luy alla avec tout le reste droit àeuxy lesquels le soustindrentpour quelque temps; mais en fin, oyans le bruit d'une coulevrine qu'il y avoit fait conduire , ils commencèrent à bransler , puis furent chargez si vivement , que ceux qui estoient au premier village, nommé Pierrefite, furent tous rompuz et taillez en pièces, ou prins prisonniers. De là il fit cheminer droit au second village, nommé Yiliers, lequel fut forcé, et ceux qui estoient dedans traictez comme les premiers. La nuict estoît proche ; il n'y avoit point d'apparence pour ce Jour de forcer le troisiesme village , nommé Comneaux. M. de Montpensier les fit sommer de se rendre ; mais, voyant qu'ils es- |Oient lenta à respondroi il fit attaquer leur fort,
et l'un de leurs chefs , nommé Beaulien , qui eo estoit sorty , estant pris et amené , ils se reodirent. M. de Brissac et quelque cavalerie, voyant l'effort fait à Pierrefite , firent leur retraicte à Argentan. Le nombre des morts fut de trois mille; il y eut de mille à douze cens prisonniers , entre lesquels se trouvèrent environ trente gentitohommes. Les principaux estoient le baron deTnbeuf et Beaulieu. Après ceste desfaicte M. de Montpensier s*en retourna à Caên, où du d^ puis fut transféré la cour de parlement et les autres cours souveraines de Rouen. M. le premier président de Rouen et plusieurs autres présidents et conseillers tenans le party du Roy s'y rendirent pour y exercer leurs charges etoffices.
Le Roy , estant à Tours , receut les nouyelles des exploicta de M. de Montpensier en Normaodie , et en rendit grâces à Dieu ; mais, lemesme jour qu'il en eut l'advis , M. de Mayenne, le 35 avril , desfit le comte de Brienne auprès d'Amboise avec ses troupes, composées de plus de mil hommes de pied et de deux cents chevaux. Geste desfaicte advint de ceste façon. Nous avons dit que M. de Mayenne ne voulut passer par Orléans , de peur de perdre le temps de l'exécution de ses entreprises qu'il avoit sur Vendosme et sur Tours, Dez qu'il fut arrivé à Chartres pottr aller à Chasteau-Don, il faitadvancer sonadvaQtgarde, conduite par M. de Rosne, vers le Yendosmois; \e sieur de Maillé Benehard , gouferneur de Vendosme, practiqué de longue main pour estre du parti de l'union , suivant son intelligence , donne entrée à Rosne dans la ville de Vendosme, où il prit prisonniers aucuns de messieurs du grand conseil estimez serviteurs du Roy. Ceste vendition luy cousta toutesfols depuis la vie , car , ayant esté continué gouverneur dan» Vendosme pour l'union , sept mois après le roy Henry IV ayant repris ceste ville , il y fat prii prisonnier en estant encor gouverneur, etvov^ tant implorer pour luy sauver la vie la faveur des grands, l'on luy fit reproche quMI avoit vendi^ ceste place à l'union. Il s'excusa qu'il n'avoitdH forces pour résister à leur armée; mais il de^ meura comme un muet à ce qui luy fut dit que^ le 2 avril , M. le comte de Soissons , par con^ mandement du Roy , passant à Vendosme, lQ)J avoit offert des gens de guerre, et qu'il luy ^yw fait responce qu'il n'en avoit que faire. Geste ob^ jection fut la principale cause qu'il eut la test^ tranchée.
I^ prise de Vendosme par l'union incommodii lors grandement les desseins du Roy; car, ootrj la prison des principaux de messieurs du grand conseil. M. de Mayenne, estant party de Cbai^
CHROHOLOGIE ROYENAIfiK DE PALMÀ CÀYET. [lôS9]
tean-Dan, s*y vint rendre incontinent avec tonte soo armée. Geste ville n'est distante que d'une journée de Toars : entre ces deux villes ce ne sont que campagnes. Le Roy , ayant adTîs de la perte de ceste place , avoit envoyé YOT toutes ses troupes qui tenoient Ips ciiamps de cecosté-là , afin de les faire retirer ez villes qu'il teooit sor la rivière de Loire. M. de Brienne avoit eo commandement de se retirer à Blois , 00 M. d'E^rnon son beaufrere estoit arrivé avec des troopes qu'il avoit amenées de la Guienne afk de deffendre ceste ville, si M. de Mayenne ia Tooloit attaquer , pou;*ce que le commun bruit entre ceox de Tunion estoit qu'ils vouloient razer en mémoire perpétuelle le chasteau de Blois , à caose que messieurs de Guise y avoient esté tuez etbnulez; mais M. de Mayenne, adverty que le comte de Brienne estoit logé à Sainct Ouyn , à we iieuê d'Amboise, là où il vouloit aller passer la rivière de Loire , fit partir M. de Canillac de oaiet, et luy le sayvit avec deux canons. Ils oaereot d'une telle diligence, qu'ils surprinrent, desfirent et taillèrent en pièces six cents hommes des troupes du comte de Brienne ; peu se sauvèrent à Âfflboise : luy et quelques-uns des siens K jttterent dans le chasteau de Sainct Ouyn ; inajsle doc de Mayenne ayant fait tirer deux roJtode canon , il se rendit à luy, à la charge (j^'ii feroit mettre en liberté le duc d'Ëlbeuf , on bien qu'il se remettroit son prisonnier, et que tons ceux qui estoient avec luy auroient la liberté , à condition de ne porter d'un an les armes contre Funion. Le duc de Mayenne fit cest Kcord avec le comte de Brienne, pensant retirer de prison le duc d'Elbeuf , sur Tadvis qu1l eut ^k Roy avoR envoyé M. le cardinal de Bourbon au chasteau de Chinon , que le duc de Guise SToit esté mis aa chasteau de Tours , et le duc d'Elbeuf à la tour de Loches , qui estoit en la poissance du duc d*Espernon , beaufrere dudit comte de Brienne ; lequel toutesfoisn'en put rien obtenir : aussi du depuis il fut long temps prisonnier à Paris. M. de Mayenne en cest exploict perdit le marquis de Canillac , qui fut fort re- ^^ de tous ceux de son party. Dix sept en- ^es qui forent portées à iParis, firent changer ^ ceux de Funion la tristesse qu'ils avoient eue de la perte receuê en Normandie. Apres la def- ^^^ de Sainct Ouyn le duc de Mayenne se lo- ^ea autour de Chasteau -Regnaud; mais, sur Tadvis qu'il récent que le roy de Navarre estoit P^y de Saumur avec quatre cents chevaux et OUI harquebusiers à cheval , il s'alla loger avec tontes ses troupes le long de la rivière du Loir. U vingt-huictiesme d'avril, le roy de Navarre «sta&t par^ de Saumur en intention d'enlever
quelques uns des logis du duc de Mayenne, ^ alla jusques à Chasteaux en Anjou, où faisant repaistre les siens , il eut advis que le duc de Mayenne n'estoit plus vers Chasteau-Regnaut : ce qu'entendant il tourna bride, et vint loger à Maillé, deux lieues prez de Tours, où estant il en donna advis au Roy.
Le dimanche, dernier jour d'avril, le Roy, allant ouyr la messe à Marmoustier, envoya dire au roy de Navarre qu'il avoit très-agreable qu'il fust si prez de luy , et qu'il desiroit de le voir et de luy parler. Le roy de Navarre luy manda qu'il ne feroit faute de se rendre au Pont de La Motte, à un quart de lieuë de Tours, pour y re • cevoir ses commandements : ce qu'il fit, et s'y rendit à une heure après midy avec toutes ses trouppes. Mais M. le mareschal d'Aumont, de la part du Roy, l'ai la trouver au Pont de La Motte, et luy dit que Sa Majesté et toute la Cour Fattendroit au chasteau du Plessis , et le prioit de passer Feau dans des bateaux qui furent incontinent menez de Tours pour cest effect au dessous des faux-bourgs de Sainct- Syphorian.
Quelques-uns des siens le vouloient divertir de passer l'eau , et le prièrent de considérer qu'il alloit sans aucunes forces se mettre, comme en une isle entre les rivières de Cher et Loire, en la puissance du Roy. Tous ces discours n'empescherent sa resolution; et faisant passer premierement l'eau à une bonne partie de sa noblesse, il passa puis après avec ses gardes que conduisoit le capitaine Vignelles. De toute sa troupe nul n'avoit de manteau et de pannache que luy ; tous avoient l'escharpe blanche, et luy, vestu en soldat, le pourpoint tout usé sur les espaules et aux costez de porter la cuirasse , le hault de chausses de velours de feuille morte, le manteau d'escarlate , le chapeau gris avec un grand peunache blanc, où il y avoit une très-belle médaille, -estant accompagné de messieurs le duc de Mont* bazon et du mareschal d'Aumont, qui Festoient venu trouver de la part du Roy, arriva au chasteau du Plessis. Le Roy y estoit venu une heure auparavant avec tous les princes et toute sa noblesse, et, en attendant l'arrivée dudit roy de Navarre il alla aux Bons Hommes. Toute la noblesse estoit dans le parc avec une multitude de peuple curieux de voir ceste entreveuë. Incontinent que le roy de Navarre fut entré dans le chasteau, on alla advertir le Roy, lequel s'achemina le long du jeu de Paillemail, cependant que le roy de Navarre et les siens descendoient Fescalier par lequel on sortoit du chasteau pour entrer dans leparc. Au pied des degrez, le graiid prieur de France , depuis appelle M. le oomie
CHRONOLOCxIB N0VBNA1RB DE PALIfA CAYET. [l589l
d'Auvergne, assisté de messieurs de Sourdis, de Liancourt etautres chevaliers des ordres du Roy, le receurent , et l'accompagnans pour aller vers Sa Majesté, au bruit que les archers firent, crians place! place f voicy le Roy\ la presse se fendit, et si tost que le roy de Navarre vid Sa Majesté, il s'inclina , et le Roy vint Tembrassér.
Les embrassements et salutations réitérées plusieurs fois avec une mutuelle démonstration d'un grand contentement de part et d'autre , le Roy pensant avec le roy de Navarre faire un tour de promenade dans le parc, il luy fut impossible pour la multitude du peuple , dont \es arbres mesmes estolent tous chargez. L'on n'entendoit par tout que ces cris d'allégresse de Vive le Roy! Quelques-uns crioient aussi Vivent les Roy s! Ainsi Leurs Majestez , ne pouvans aller de part ny d'autre , rentrèrent dans le chasteau , où se tiut le conseil , et y demeurèrent l'espace de deux heures.
Au sortir du conseil ils montèrent à cheval , et le roy de Navarre reconduit le Roy Jusques au pont Sainct Anne, à my-chemin du faux-bourg de La Riche , et prenant contre de Sa Majesté , il s'en retourna passer la rivière de Loire, et alla loger au faux-bourg Sainct Symphorien, en une maison vis à vis du pont de Tours.
Le premier Jour de may il entra à pied sur les six heures du matin dans la ville, et vint donner le bonjour au Roy. Toute ceste matinée fut employée en conseil et délibérations d'affaires, Jusques sur les dix heures que le Roy alla à la messe, et fut accompagné Jusques à la porte de l'église Sainct Gatian parle roy de Navarre, qui de là s'en alla visiter les princesses de Condé et de Gonty. L*apresdinée se passa à courir la bague le long des murs du parc du Plessis , où le roy de Navarre et tous les princes et grands seigneurs s'exercèrent cependant que'le Roy estoit À vespres aux Rons- Hommes. Deux Jours se passèrent en ceste entrevue, durant lesquels le Roy résolut de faire une armée forte et puissante pour aller assiéger Paris.
Pendant ceste entreveuë le duc de Mayenne et son armée estoit au Yendosmois et sur les marches de la Touraine. L'on a escritque ledit duc avoit de grandes intelligences dans Tours pour y surprendre le Roy, qu'il y avoit nombre de partizans, plusieurs mesmes desquels furent desoouverts et punis au moisd'aoust ensuivant, ainsi que nous dirons cy après, et que par leur moyen il pensoit se rendre maistre de Tours, et prendre le roy sans beaucoup de hazard; plus , qde , sur l'advis qu'il rcceut que le roy de Navarre n*estoit plus à Tours, s'en estant allé à Chinon pour faire advancer son infanterie ^ et
voyant que le Roy n'avoit prez de luy dans la ville que sa noblesse, et qu'au faux -bourg de Sainct Symphorien estoient seulement logez douze cents hommes de gens de pied et quelque cinquante, chevaux légers, et au faux-bourg Sainct Pierre des Corps le régiment des Suisses du colonel Galatis, qui pouvoit estre de quelque deux mil cinq cents hommes, il jugea que Tabsencedudict roy de Navarre luy Caciliteroit ^ex^ cution de deux desseins qu'il avoit : l'un avec quelques-uns qui estoient auprès du Roy , lesquels dévoient mener Sa Majesté se promener aux champs de là le pont , où il seroit fort facile au duc de le prendre par le moyen d'un embuscade. L'autre dessein estoit qu'en casque lep^^ mier ne reûssist, qu'il meneroit toute son armée pour attaquer le faux-bourg Sainct Synapborien, où estoient logez trois régiments françois, et que l'escarmouche se feroit lentement , affin que le Roy pour les secourir y envoyast sa noblesse et les Suisses, et qu'au mesme temps quesespartizans qu'il avoit dans Tours prendroient les armes et sonneroient le tocsain, que luy donneroit de Tautre costé avec toute son armée daus ie faux-bourg , qui seroit aisé à prendre pour ce qu'il n'est nullement fermé , estant au pied d*un costeau , et très-facile à y entrer de tous coûtez, et que, l'ayant pris, la division des habitansloj faciliteroit la prise de la ville et du Boy. Voyla ce qu'ils disent, et voicy ce qu'il advint :
Le 7 de may le duc de Mayenne fit cheminer toute la nuict son armée, et le lundy au matin, après lui avoir faict faire dix grandes lieuës. m avantgarde parut sur les huict heures à la portée d'un mousquet du faux-bourg Sainct Symphorien. Le Roy estoit monté à cheval ce mesme matin, à ce persuadé pour la beauté du temps qu'il faisoit ; il passe le pont et va droit monter comme pour aller vers I^ Membrolle. Pro^be le corps de garde qui estoit au haut du costeau, il y avoit une barricade à l'endroit où le chemin commence à devenir creux , à trente pas de Inquelle il rencontra un homme qui revenoitdeU Membrole, lequel, le recognoissant, luy dit: « Sire, où allez-vous? Voylàsans doute des cavaliers de la ligue, retirez-vous ; » et, ce disant, les luy monslra de si prez, quMIs se levèrent de leur embuscade à cent pas de luy. Le Roy, q"' les vid venir droict à luy, se retire : on crie aux armes au premier corps de garde; les soldats bordent incontinent la barricade , là où les cavaliers de la ligue vîndrent tirer le coup de pistolet, et y laissèrent mort un de leurs capitaines de chevaux légers nommé La Fontaine. Ils se retirèrent ayant ainsi failly à prendre le Roy ; Çt Falarme estant donnée, tous les soldats se rend!-
CHBONOLOOIB IfOYENAIllB DE PALICÀ CAYET. [l589]
eot eo lears corps de garde. C'est ce qui a faict croire à plusieurs qu'il y avoit intelligence et trahison particulière.
L'infanterie du duc de Mayenne arrivée, Tescarmouche se continua depuis le matin jusques sur les quatre heures après midy. Le sieur de Grillon, maistre de camp du régiment des garde dn Roy, le sieur de Rubempré et le sieur de Gêné, aussi maistresde camp des régiments qui fstoient dans ce fauxbourg, s'y rendirent. Le Roy se retira en la ville, et, suyvant un ad vis tfQÏ loy fut donné, commanda au mareschal d'Âomontde demeurer k la porte du pont, et de De laisser aller personne , de quelque qualité qtili fust, de la ville dans le fauxbourg, sans son exprès commandement ; plus, il fit entrer les Soisses dans la ville, et les fît mettre en armes aox principales places et advenues : tout cela se passa sans qu'aucun habitant se meslast de rien. Ayant ainsi asseuré la ville , il manda eo diligence de tous costez, tant vers le roy de Navarre que au duc d'Espernon à Blois, et autres sdgneursy pour le venir trouver en dilig»ice. Tandis que tous ses serviteurs se hastent de se rendre auprès de luy, le duc de Mayenne, ayant fakt entretenir lentement Tescarmouche , entre quatre et cinq heures après midy, entra par trois endroicts dans le fauxbourg, où il peosoit trouver une plus grande résistance qu*il De fit, car 11 avoit faict eslection à chacun des trois endroicts de deux mille de ses meilleurs soldats, et avoit departy sa cavalerie en trois ^ pour les soustenir avec le canon» et les piocmiers pour le conduire; bref tout estoit si bien ordonné, que les barricades furent incontioeot rompues, les corps de garde gaignez et bnislez, et en moins d'une demie heure il se troava maistre du fauxbourg. Si la rivière eust ^é grosse, comme elle le devint douze Jours iprès à cause des neiges qui se fondirent en Auergne, peu de soldats se fussent sauvez ; mais eaa estant basse ils eurent moyen de se retirer ans la première isle du pont, au travers de la rêve. En cest exploict le duc de Mayenne périt plus de cent soldats, et le Roy prez de deux fnts. Tous les trois maistres de camp furent ^ ou blessez; Gerzé fut tué; Grillon eut un mp d^arquebuze au travers du corps , dont il a ^é iroery, et est eocores à présent en vie, quoy le tous les historiens estrangers escrivent qu'il mourut; et Rubempré y fut blessé aux deux mbes. Un des quarante*cinq (1) gentils-homts du Roy fut recogneu mort : ils le pendirent
i Saiot-Malio. On l'acciuoit d*aToir porté les preers coaps an duc de Guise.
i. C* D. M. T. XII.
par les pieds, et loi coupèrent la nature. Tout ce fauxbourg fut pillé, et s*y commit beaucoup de desordre, mesmes dans Teglise.
Sur les sept heures du soir rin&nterie du roy de Navarre arrivée, une partie fut logée au faux* bourg de La Riche, Fautre fut logée dans deux isles proches du fauxbourg Sainct Symphorien. Toute lauuict arrivèrent gens de guerre au Roy. La lune estoit belle et claire : les sentinelles du duc de Mayenne voyoient que les sentinelles qui estoient dans les isles avoient des escharpes blanches ; ils Jugèrent incontinent que les troupes du roy de Navarre estoient arrivées : leur proximité lesfit parler les uns aux autres; quelques-uns mesmes de commandement d'une part et d'autre s'en meslerent ; ceux de l'union leur dirent mille vilenies du Roy, et leur demandèrent s'ils n'avoient point souvenance delà Sainct Barthélémy; les autres leur repartirent qu'il estoit leur roy et à eux aussi, et qu'il n'appartenoit qu'à des femmes à dire des injures et non à des soldats, et que, le jour venu, ils verroient s'ils estoient aussi vaillans que mesdisans.
Le duc de Mayenne, asseuré par ces paroles que les troupes du roy de Navarre estoient arrivées, tint conseil, où il prit la resolution de se retirer. Sur les quatre heures du matin, le bouteselle sonné, ceux qui .firent l'arriere-garde mirent le feu aux maisons qui estoient des deux costez de l'entrée du pont, et en brusierent les deux premières arches. Ainsi le duc de Mayenne partit du fauxl)ourg Sainct Symphorien , et son armée retourna d'une mesme traicte au mesme lieu d'où elle estoit partie. Le lendemain il la fit passer la rivière du Loir, et tirer droict au Mans, où il fut très-bien receu par les Manceaux : de là il alla à Alençon, qu'il assiégea ; et après avoir tenu quelque temps elle se rendit à lui. Par ceste reddition le duc r'asseura tous ceux de son party de ces quartiers là, qui sans sa présence estoient fort esbranlez : mais sur la fin du mois de may il fut contraint de s'en retourner vers Paris sur l'advis qu'il receut de plusieurs choses qui y estoient survenues, ainsi que nous dirons cyaprès.
Le Roy voyant le feu aux maisons du bout du pont de Tours, pensoit que le duc l'eust aussi fait mettre dans tout le fauxbourg; mais incontinent i'advis luy estant venu certain de sa retraicte, il y alla, et fit donner ordre d'esteindre ce feu, et n'y eut que douze maisons bruslées. Il envoya prendre langue quel chemin tenoit le duc. Ceux qui y allèrent en amenèrent quelques soldats prisonniers, et asseurerent le Roy qu'il n'y avoit pas moyen de le suivre, et qu'il tenoit le chemin comme pour aller à Chasteau du Loir.