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CHRONOLOGIE NOVENAIBE BB PALMA CAYET

Ainsi que le Roy estoit encor à regarder le desordre'qu^ils avoient faict en ce fauxbourg, le roy de Navarre y arriva, puis tous deux rentrèrent dans la ville, et prirent telle resolution que l'union du depuis ne vid plus les bords de Loire avec une si puissante armée. Je diray aussi que le Boy commanda que Ton enterrast leurs morts, et qu'aucuns de leurs blessez qui se trouvèrent encore dans le fauxbourg, fussent menez à rhospital et pensez comme les autres, ce qui fut faict.

L'on fit plusieurs discours, tant d'un que d'autre party, sur cest exploict de guerre que fit H. de Mayenne. Les uns disoient que son dessein estoit Judicieux, en ce qu'ayant veu l'esmotion de tant de peuples contre leur roy, il estoit expédient qu'il tournas! toute leur furie contre Sa Majesté, et que ce n'estoit assez que l'on luy eut faict son procès à Paris, que l'on l'eust prononcé incapable et desgradé, si on ne luy ostoit son sceptre de ses propres mains ; et que ce fut pourquoy ledit duc alla droict à Tours, et que si la fortune n'avoit favorisé son dessein, quMi ne laissoit d'avoir esté Judicieusement pris. Les antres leur respondoîent que leur proposition eust esté bonne si le duc, après avoir vaincu le Roy, eust esté capable de tenir sa place ; mais qu'en ceste esmotion de peuples, les événements de son dessein ne pouvoient estre autres que de faire tomber le sceptre de son roy entre les mains du populaire, lequel se fust divisé incontinent par petits cantons ou gouvernements, à la ruine et dissipation de l'héritage des roys de France, et au mespris et des-honneur de la nation françoise, laquelle n'ayant plus de roy ni de chef, eust esté moquée et mesprisée par toutes les autres nations. Aucuns alleguoient qu'en France le nombre de cavalerie est ce qui fait gaigner ou perdre les batailles; que le duc de Mayenne n'eust sceu avoir douze cents chevaux, entre lesquels il n'y en avoit pas huict cents de combat; qu'il avoit un très-grand nombre d'infanterie, peu de vieux soldats et de vieux capitaines, et que c'estoient presque tous gens nouvellement levez parmy l'esmotion du peuple , nul chef de guerre en toute son armée que luy qui fust capable de la conduire , advenant faute de sa personne ; qui estoit la cause qu'il avoit tasché de l'employer avant que le Roy eust Joinct ses forces, lesquelles dans peu de temps dévoient estre grandes ; mais que, n'ayant peu faire réussir son dessein, il s'estoit retiré au Mayne, attendant encordes troupes de cavalerie qui lui venoient de Picardie et de Champagne, avec lesquelles il esperoit estre aussi fort que le Roy. Mais ces troupes ayant esté des-

faictespar les royaux, ainsi que nous dirons cy« après , il fut contraint de s'en retourner vers Paris.

Au contraire, sur le bruit de sa retraicte, toute la noblesse de France accourut auprès du Roy, qui, de resserré qu'il estoit presque dans la ville de Tours, devint en un moment lemaistre de la campagne : ce qui iBt que toutes dKH ses se changèrent Sa Majesté despeseba en Angleterre et en Allemagne pour avoir des gens di guerre. Il manda au sieur de Sancy quMl hastut la levée des six mille Suisses, et qu'il s'adieminast droict vers Paris, où il esperoit estre dau un mois. Il fltadvancer le roy de Navarre à Boisgency avec toutes ses troupes. Il envoyais comte de Soissons et le sieur de Laverdin sa Bretagne; et luy, sur le bmit qu'il tut que tel partizans de l'union se vouloient eslever daai Poictiers, il partit de Tours pour y donner (Nfdre et faire ad vancer les troupes qui luy venoicat de Guyenne. Du succez de toutes ces ehosa nous le dirons, mais que nous ayons dit ce qae ! fit le pape Sixte en ces remuements de la Francs. !

Le pape Sixte et toute la cour romaine furent fort faschez de la mort de messieurs de Gnise^ pour ce qu'ils les estimoient estre les fermes oelonnes pour soustenir la religion catholique sa France, et sur tout ils se sentoient oCfenaex delà mort du cardinal de Guise. Le Roy, d'nn eosté, et l'union de Tautre, envoyèrent leurs agents à | Rome pour faire entendre à Sa Saineteté Toecasion des troubles de la France. Le Roy y ^ voya M. l'evesque du Mans, et ceux de ronioa députèrent messieurs le commandeur de Dieu, l'abbé d'Orbays , le conseiller Goqueley, et le doyen de Reims, pour y aller. Ils arrivèrent teoi presque en mesme temps à Rome, et s'addresserent les uns et les autres aux cardinaux de Sainct Severin et de Montalto, qui avoient le charge des affaires de France prez Sa Saineteté.

M. l'evesque du Mans, en l'audience qui tq fiit donnée , présenta au Pape la lettre du Boy dans laquelle estoient les raisons qui avoientinei Sa Majesté de faire chastier les due et cardias de Guise d'une foçon extraordinaire, comme se ditieux; le priant de luy ayder pour reng^rl reste des rebelles de son royaume en leur de voir et le mettre en paix. Le Pape, à la lectur de ceste lettre, monstra un grand mesconteoti ment de visage et de parole , et, suy vaut Tof niqn qu'il en avoit prise dez les premières d( velTes qu'il receut de leur mort, il dit à Tevi du Mans qu'il n'estoit point question de Juger: messieurs de Guise estoient criminels de i< majesté contre le roy de France , mais si le fi< pou voit faire mourir un eardinal et en retenir o

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autre prisonnier sans son consentement, veu qnïl scavoit bien qa'il n'y avoit que les papes qui eussent puissance souveraine sur les cardinaux, et que le Boy ayant fait mourir un cardinal sans son consentement, et en tenant un autre prisonnier, il avoit offensé grandement le Saioct Siège, et que si le cardinal de Guise avoit conspiré contre luy , il le devoit faire mettre prisoQDïer comme il avoit iaict les autres princes. L ambassadeur de France, prenant la parole, reinoDStra à Sa Saincteté fort particulièrement la graode authorité qne messieurs de Guise avoient usurpée en France, le danger qu'il y eust eu de les tenir prisonniers, et mesmes que c'eust esté ehose impossible au Koy de le faire, et que si pour le faict du cardinal Sa Saincteté jugeoit que ieRoy meritast absolution, qu'il la luy demanderait. Les exemples de plusieurs empereurs et royg qui avoient fait mourir des cardinaux pour avoir entrepris contre leurs Estats furent remoDStrées à Sa Saincteté, et mesmes celle de Ferdinand dernier empereur, qui fit tuer le cardinal George en Hongrie , quoy que le consisloire fost fort aigry contre luy, pour ce que peu auparavant il avoit mesmes rescrit en sa faveQT poor le faire cardinal, et toutesfois, après qoe Ferdinand eut faict remonstrer au consistoire les intelligences particulières que le cardinal a voit avec ses ennemis, il en obtint absolution. Toutes ces raisons ne furent niées par le Pape absolument : aussi n'accordoit-il la deauDde du Roy, mais il remit la cognoissauce de eestaf&ireaux cardinaux de la congrégation de France.

Les agents de L'union à Rome cependant enflammèrent et accreurent fort par paroles le desdain que le Pape et les cardinaux avoient contre le Roy poar avoir fait tuer un cardinal. Ils disoient une infinité de circonstances pour exagérer la gravité du faict, et que le Roy, non content d'avoir fait tuer de tels princes très-utiles serviteurs de la religion et de l'Estat, avoit faict bmsler leurs corps après avoir esté estendus deux jours sur la place pour en faire trophée, ils exeosoîent feu messieurs de Guise, souste- Qoient qu'ils estoient innocents , et que le Roy avoit violé la foy publique , et la franchise et IIl^rté des estats généraux.

L*ambas8adeur de France se plaignit à Sa Siioctetédes paroles et des pratiques dont usoient ks agents de l'union , et le supplia de ne les eseouter, pour ce qu'ils estoient rebelles au Roy, et qu'il leur devoit desnier toute audience.

Le Tape , ayant entendu les grands remuements qui se falsoient en France , et voulant ^oir c« qu'il en adviendroit , luy dit qu'il estoit

père commun, qu'il escoutolt les oppressez, mais que d'embrasser leur cause qu'il ne le feroit pas sans l'avoir meurement advisé.

Les ministres de France à Rome trouvèrent ceste response de Sa Saincteté estre contraire à la souveraine puissance de leur prince , et qu'elle estoit contre ceste maxime générale observée entre tous les roys et princes souverains , qui est de ne supporter les subjects rebelles les uns des autres pour quelque occasion que ce soit; aussi que de tout temps il a esté observé en France que les subjects ne se peuvent addresser qu'au roy seul pour faire leurs plaintes, et luy seul y peut donner Tordre tel qu'il trouvera bon par son conseil.

Plus, ils advertirent incontinent le Roy de ceste response du Pape et des practiques des agents de l'union à Rome, et comme ils faisoient courir un bruit que Sa Majesté avoit joinct ses forces avec les huguenots, et qu'il n'y avoit plus de distinction des troupes les unes des autres ; item , que si Sa Majesté se servoit ouvertement du roy de Navarre , que le Pape sans doute approuveroit, au premier advis qu'il en recevroit, le party de Tunion. Ce futpourquoy quelques-uns du conseil du Roy, au commencement que l'on parloit de faire une trefve avec le roy de Navarre , n'estoient de ceste opinion.

L'union en France receut aussi cest advis , et que tout leur remuement ne se pouvoit approuver à Rome, si le Roy ne se servoit des hérétiques : ce fut aussi une des principales causes qui les fit haster d'aller assaillir le Roy, qu'ils sçavoient estre à Tours sans forces, et par ce moyen le contraindre de se servir des forces du roy de Navarre pour se deffendre d'eux , affln qu'ils obtinssent à Rome leurs intentions.

Le Roy, qui se void en nécessité , de deux maux se resoult d'esviter le pire; il accepte le secours du roy de Navarre pour se sauver de la fureur de l'union, ainsi que nous avons dit; et ceux qui le luy persuadèrent par raisons d'Estat luy remonstrerent que les derniers empereurs et roys s'estoient servis des hérétiques, et mesmes des Barbares et Turcs , pour se deslivrer de l'oppression de leurs ennemis.

Aussi-tost que la trefve fut publiée entre le Roy et le roy de Navarre, les agents de l'union à Rome poursuivirent, envers le Pape et les cardinaux, l'approbation de la levée de leurs armes, et de tout ce qu'ils avoient faict contre le Roy, requérons une bulle d'excommunication contre luy. Le Pape eut à grand courroux ceste trefve^ et d'autant plus qu'elle estoit avec le roy de Navarre, contre lequel il avoit fait publier une excommunication, laquelle il avoit tellement

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prise à cœur^ qu'il avoit faict réimprimer le Cours 'Canon exprès pour Vy faire insérer, et ereut lors tout ce que les agents de Tunion luy dirent touchant Testât de la France , et principalement que le Roy estoit perdu , et que tout son peuple s' estoit révolté , ce qui n^estoit qu'en partie : cela fut occasion qu'il dénia toute audience aux ministres de France, et que, le 24 may, il ât afficher dans Rome un monitoir^ dans lequel il commandoit que , deux jours après la publication de ce monitoire en six villes de France y dénommées, que le Roy eust à mettre en liberté M. le cardinal de Rourbon et Tarchevesque de Lyon , et Ten faire certain par instrument authentique, sinon qu'il Texcommunloit; et que, dans soixante Jours aussi après il eust à comparoir à Rome en personne ou par procureur pour luy, affin de déclarer les raisons pourquoy il ne devoit estre excommunié pour avoir faict tuer le cardinal de Guise; aussi qu'il eust à dire pourquoy ses subjects ne dévoient estre délivrez du serment qu'ils luy dévoient Plus, il cassoit tous les privilèges des roys de France par lesquels ils pouvoient, par d'autres que par Sa Saincteté , estre absous de telle excommunication.

A ce monitoire les catholiques royaux ont faict plusieurs responses depuis la mort du Roy, pour vérifier qu'il avoit esté donné contre toutes les formes et considérations en tel cas requises, quand mesmes il n'auroit esté faict que pour un simple particulier : aussi on en appella dèslors comme d'abus à un futur concile et au Pape mieux informé, ce qui se praticque d'ordinaire en France quand les papes entreprennent contre Tauthorité des roys et les privilèges de l'Eglise Gallicane , ou ordonnent quelque chose qui ne soit conforme aux saincls décrets. Et d'autre part les docteurs de la Sorbonne de Paris , qui estoientde l'union , et qui avoient déclaré le Roy absolument excommunié, ne l'appellant plus que Henry de Valois ; et mesmes qui avoient déclaré les François libres de tout serment de fidélité envers Sa Majesté, ne forent point aussi contens de ce monitoire, pource que dans iceluy Sa Saincteté appelloit le Roy Très-Chrestien , et ne le declaroit point absolument excommunié comme ils avoient faict; tellement que leur excommunication n'estant point confirmée par le Pape , ils demeuroient tousjours en qualité de rebelles.

Ce monitoire fut donné à la poursuitte des ennemis du Roy ; le pape Sixte le leur bailla pour le faire publier, et leur promit de les assister de biens spirituels et temporels. Nous verrons à la suite de ceste histoire ce qui en advint, et comme Sa Saincteté, ayant recogneu les sub-

tils desseins de ceux del'union, en eut de grosses paroles avec les ministres d'Espagne à Rome; ce que plusieurs ont escrit avoir esté cause de sa mort.

Nous avons dit que le Roy avoit envoyé pour tirer secours d'Angleterre, lequel n'arriva en France si tost que l'on esperoit, pour Testât auquel estoient lors les affaires d* Angleterre. L'an passé les Anglois avoient demeuré sur la deffensive contre les Espagnols , et la grande année navalle d'Espagne se trouva dissipée sans avoir faict aucun exploict mémorable , et au mois de may de ceste année les Anglois allèrent attaquer les Espagnols en Galice et en Portugal , où leur dessein ne leur succéda pas gueres mieux qu'il avoit faict aux Espagnols. Voicy ce qu'il en advint : Après qu'il eut esté disputé long temps au conseil d'Angleterre sur la requeste qui y fut présentée par les chevaliers Norreys et Drac , par laquelle ils supplioient la Royne de faire quelque entreprise contre TEspagnol, les uns soustenans qu'il estoit piusseur de n'entreprendre rien et de demeurer cois , les uns disans le contraire, et qu'il falloit tirer raison de l'Espagnol , qui estoit venu pour les attaquer jusques dans leur pays, en fin les Anglois tumberent d'accord de faire une armée de mer. Sur cest accord survint une difficulté pour résoudre quelle route prendroit leur armée. Bom Antoine, qui se disoit roy de Portugal , chassé par celoy d'Espagne, estoit lors en Angleterre. Il proposa au conseil que la noblesse et le peuple de Portugal ne desiroit rien tant que son retour, qu'infailliblement ils luy fourniroient argent, armes et vivres; qu'il ne demandoit autre chose aux Anglois, sinon qu'ils le missent à bord en sou royaume. D'autres au contraire proposèrent le voyage des Indes. On consulta long temps là 1 dessus. Il fut résolu de faire voile droict en Portugal : leurs raisons furent que , quand on an- ! roit taillé de la besongne au roy dTspagne en Portugal , il seroit plus aisé de Tassaillir er Indes , ou dedans TEspagne mesme. Ceste resotn-i tion prise , l'équipage se dressa , les chevaliersi Norreys et Drac furent esleus chefs, et le rendez^ vous pour faire voile fut donné à Plimouth.

Le dix-huictiesme d'avril , les chefs, capîtai^ nés et soldats entrèrent alaigrement dans les na^ vires, crianstous : Espagne/ Espagne/ La flotte se trouva composée de six grands navires d^ charge, de vingt navires de guerre , et de sepi vingts autres vaisseaux bien équipez , dans tes^ quels s'embarquèrent de quinze à seize mil homi mes de guerre. Outre les deux chefs , s'embar^ querent aussi ledit roy dom Antonio, Emaaaiiu^ son fils , le comte d'Essex , qui alla en ce voyage

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sans eoDgë de la Royne , Gauthier d'Ëvoreux soD frère, colonel de la cavalerie, Roger GuiU laame, colonel de rinfanterie, Edouard et Henry de Norreys, et plusieurs gentils -hommes et capitaines aogiois et hollandois, lesquels embarquez, la flotte partit du port de Plimouth , et , prenaDt la route d'Espagne , un vent de traverse lapoulsa, le 24 d'avril, vers le port de Grogne (l) CD Galice.

Le roy d^Espagne ayant eu advis de la levée deœste armée, et que leur dessein estoit de descendre eo Portugal , il manda premièrement au cardinal Albert d'Austriche , qui en estoit gou- Tcrneorpour luy, de 8*asi;eurer de tous ceux qu'il estimeroit favoriser le party de dom Antonio, de quelque qualité qu^ls fussent, et aussi qu'il desarmast le menu peuple, affin qu'il ne peostrien entreprendre, ny favoristT son ennemj. Le cardinal obeyt si bien à ces commandements, que l'exécution d'iceux fut la seule cause do peu d'effect que fit l'armée des Anglois en Portugal.

Secondement, pour opposer la force contre la force, il fit dresser une armée de laquelle il fit le eomte de Foentes chef et gênerai; mais, coromcil estoit un roy prévoyant et ad visé, il «fa de leurs charges tous ceux qui a voient mal /aict eoTarmée qu'il avolt envoyé en Angleterre /'au passé, et en leur place y en mit d'autres. Ferrand Lopez fîit desmis de sa charge de roaistre de camp gênerai, et en sa place il mit Francis de Padiglia; en Testât de François de Guevare, qui estoit pourvoyeur gênerai, il en poorveut André d'Alve, et donna la charge de colonel de la cavalerie à Alphonse Vargas, et de 'auditeur à Jean Maldonat. Toute son armée arrivée en Portugal fut mise comme en garnison aux principales places.

Aussi, le long des costes de la Biscaye et de la Galice, ledit roy d'Espagne a voit envoyé advenir ses gouverneurs de garnir tous les ports de mer, et de les faire munir de toutes choses owcssaires pour résister aux Anglois. Jean Pacbeco, marquis de Gerralvo, gouverneur de Galice, s'estoit rendu à Grogne, qui est un des principaux ports de Galice, et est une ville divi- 5 e en deux, sçavoir en haulte et basse ville, chacune desquelles a ses murailles et fossez à part, la basseestant ceinte tout autour de la mer, excepté du costéd*en haut; lequel, voyantqueles Anglois avoicnt pris terre et faisoient descendre dix mil hommes qu'il rengerent Incontinent en Piaille , fit sortir une troupe d'Espagnols à l*escarmoucbc; mais, ayans esté contraincts de se

M) UCorogne.

retirer, tout le reste de ce jour et le lendemain ce ne furent que sorties et escarmouches à la faveur du canon que l'on tiroit , tant des deux galleres et d'un gallion qui estolent au port, que de la haulte et basse ville et du fort. Les Anglois, en estans incommodez; se resouldent de se rendre malstresdecesteplaee : le 26 ils se préparèrent de donner, par terre et par mer, un assaut à la basse ville, ce qu'ils exécutèrent si courageusement qu'ils s'en rendirent maistres en moins d'une heure et demie , et contraignirent h s Espagnols qui eschaperent la fureur de leurs armes de se sauver en la haulte ville. Ainsi ceste place fut pillée, les vaisseaux qui e^^toient au port, gaigoez ; le galion de Ricalde fut bruslé par ceux qui estoient dedans , affin que les canons , les boulets et tout ce qui estoit dedans ne tumbast entre les mains de leurs ennemis. Les Anglois firent dans ceste basse ville un grand butin de vivres, de munitions de guerre, et de cent cinquante canons de tous qualibres. Les Espagnols qui s'estoient sauvez en la haute ville s'y remparerent, et bruslerent quelques maisons qu'ils jugèrent les pouvoir incommoder, et par ce moyen les assiégez et les assiegeans se préparèrent de se deffendre et d'assaillir.

Le marquis de Geralvo, sommé par un trompette anglois de rendre la haute ville, respondit quMl n*en ferait rien ; mais il advint que ce trompette en se retirant fut tué d'une mousquetade. Le marquis à l'heure mesme fit pendre sur la muraille celuy qui avoit tiré le coup , avec un escriteau : ce que les Anglois ayant veu , firent estime de la justice du marquis , et luy proposèrent l'eschange de quelques prisonniers. Il leur respondit qu'il n'avoit nulle charge de cela , les suppliant seulement qu'ils traictassent bien le capitaine Jean de Luna qui estoit tombé leur prisonnier, et qu'il en feroit de mesme aux Anglois qu'il tenoit, auxquels il feroit bonne guerre .

Les Anglois, ayant planté leur artillerie, battent la haute ville et font jouer une mine, laquelle ayant remply les fossez, ils se présentèrent pour aller à l'assaut ; mais ils furent vaillamment repoulsez par les Espagnols. Spencer, maistre de l'artillerie des Anglois, et le capitaine Goodvin, pensant monter à la bresche, furent tuez.

Norreys voulut tenter derechef, pour pouvoir gaigner ceste place, d*y faire donner un assaut; il fait derechef travailler à la mine et recommencer sa batterie ; mais, voyant qu'il coosumoit le temps et perdoit ses gens en vain , du nombre desquels il s'en falloit desjà plus de mille, se résolut de lever le siège , et de faire rembarquer ses gens, son artillerie et son butin.

Au levement de ce siège les Espagnols firent

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une sortie où de part et d'autre il y en eut beaucoup de tuez ; le frère du gênerai Norreys y fut blessé et plusieurs autres. Les Anglois ayans bruslé toute la basse ville firent voile le 19 may, et sept jours entiers les Espagnols n'eurent point 4e leurs nouvelles , jusques au 26 de may que toute la flote fut veuë vers la eoste de Portugal, où ils prirent terre prez le chasteau de Péniche, distant de treize lieues de Lisbone , et y firent descendre quatre mille soldats et quelque cavalerie, avec quelques pièces de canon dont ils battirent Péniche qui se rendit incontinent à eu^ ; puis ayans faict encor descendre six raille soldats en terre, lis donnèrent la chasse à quelque eavallerie espagnole qui estoit venue pour deffendre ces rivages.

Le gênerai Norreys, ayant laissé la conduite des navires à Drac [ lequel , suivant ce qu'ils avoient résolu, s'en alla à Gascals, où il se rendit maistre du chasteau et prit quantité de vaisseaux allemans et bretons qui estoient au port , chargez de plusieurs sortes de marchandises], mena Tarmée droict à Lisbone : il avoit avec luy ledit roy dom Antonio. Leur premier logis fut à Lorygna, le lendemain à Torres- Vedras , de là à Sainct Sebastien , et puis ils se vindrent loger aux fauxbourgs de Bonavista de Lisbone. Ils n'approchèrent point de si prez sans estre souvent attaquez de la cavalerie du comte de Foentes, qui, suivant le commandement qu'il avoit, ne hazardoit nullement ses troupes en gros, ains seulement par compagnies particulières, pour tenir tousjours en cervelle les Anglois, et leur empescher toutes les commodités qu'ils pourroient tirer des paysans, dont il y en eut quelques uns, mais en petit nombre et sans armes, qui s'en allèrent trouver leur roy dom Antonio en l'armée des Anglois.

Le gênerai Norreys, s'estant campé en lieu fort auprès de Lisbone, attendoit quelque remuement dans ceste ville par les partisans de dom Antonio; mais le bon ordre qu'y avoit donné le cardinal d'Austriche , comme nous avons dit, et la punition qu'il fit faire de quelques-uns qui se vouloient souslever, espouvanterent tellement les autres que pas un ne bougea. Sept Jours passés , Norreys , voyant les paroles et promesses de dom Antonio estre sans effect, et perdant tous les jours aux escarmouches quelques-uns des siens, entre lesquels avoit esté tué le colonel Beett et autres, se doutant bien que les Espagnols ne taschoient qu'à luy empescher de pouvoir recouvrir des vivres en son armée , et qu'ils ne vouloient bazarder un combat puis qu'ils avoient mis tous leurs gens de guerre dans )es forteresses, se résolut de se retirer. Dom An-

tonio le pria d'attendre encores un jour, ce qa'ii accorda ; mais durant ce jour n'y estant rien survenu de nouveau, Norreys avec Tannée se retira vers les navires à Cascais. Le comte de Fuentes ne le voulut laisser retirer sans compagnie : il mande son armée de tous costez pour l'incommoder en sa retraicte ; mais l'ordre et la diligence de Norreys fut telle, qu'à la barbe du comte de Fuentes et de Tadelantado de Castille, qui estoit descendu sur le Tage avec quelques vaisseaux armez pour donner sur la queue de ceste armée, Norreys fit rembarquer ses gens, dont il trouva faute de trois mille, mit le feu dans la forteresse de Cascais , et ainsi fit voile pour retourner en Angleterre, où il arriva au mois de juillet avec dom Antonio.

Les historiens espagnols ont escrit que le plus grand trophée que les Anglois laissèrent en Portugal de tout ce grand appareil , fût la ruine qu'ik firent de plusieurs belles églises. Or les Anglois s'estoient mocquez l'an passé des Espagnols, qui pensoient que l'Angleterre n'eust la force de résister à leur grand'armée , avec laquelle ils vouloient y mettre pied, et, par la prise des armes que feroient les catholiques anglois en mesme temps , se faciliter la conqueste de ceste Isie; mais, par la vigilance de la Royne, nul catholique ne s'y remua, et les Espagnols y perdirent leur peine et plusieurs vaisseaux , avec quelques milliers de soldats , dont le mauvais temps qu'ils eurent en mer fut la principale cause. Les Anglois avoient ceste erreur pour se donner garde de faire la mesme faute ; mais elle ne leur profita de rien , et allèrent broncher à la mesme pierre , qui fut de penser conquester le Portugal sons opinion de faire révolter quelques Portugais du party de dom Antonio ; et , voulans exécuter leur entreprise , ils furent contraints, après la perte des frais d*une si grande armée, s'en retourner en Angleterre, ayantperdu la moitié de leur armée, plus par maladies qui s'engendrèrent parmy eux, que non pas par Tespée , et sans avoir faict aucun effect de profit Voylà tout ce qui advint ceste année en l'entreprise que firent les Anglois contre les Espagnols. Voyons, devant que retourner en France, ce qui se passa aussi au commencement de ceste année entre ledit roy d'Espagne et les estats des Provinces-Unies de Rolande.

Affin de mieux entendre en quel estât estoieut les affaires des Pavs-Bas en ceste année , il oe sera hors de propos de faire un petit récit de ce qui s'y est passé aux années précédentes. Après la mort, advenue l'an 1 584 à Cbasteau-Thierry, de M. le duc d'Anjou frère du Roy, qui avoit esté déclaré et receu dans Anvers duc de Brabant

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et eomte de Flandres, et de celle du prince d'Oreage, assassiné un mois après dans Délit, lequel estoit capitaine gênerai et gouverneur des provinces et villes qui avoient secoué Le Joug de l^Espagnol aux Pays-Bas, les estats généraux desdites provinces et villes se trouvèrent, sur la fin de ladite année, bien troublez pour estre destituez de jffince et de gouverneur. Toutesfois, pour résister aux puissants efforts du roy d'Espagne, ils nommèrent pour leur gouverneur et capitaine gênerai le prince Maurice, second fils dudit feu prince d^Orenge , aagé seulement de dix-iiuict ans, et pour son lieutenant le comte de Hohenloo.

Le prince de Parme, lieutenant gênerai pour le roy d'Espagne, ayant prins Dendermonde, recen Gand par accord, assiégé Anvers, et estant maistre de la campagne, donna merveilleusement à penser auxdits estats , lesquels , après plusieurs assemblées pour se résoudre à qui ils se dévoient donner, sçavoir : ou à la couronne des roys de France, dont la plus-part de leurs provinces avoient de tout temps relevé comme en estans seigneurs et princes souverains, et auxquels les comtes de Flandres et d'Artois avoient toujours faict hommage, Jusques au dernier empereur Charles Y, ou bien de se donner à la couronne des roys d'Angleterre ; leur resolution fbt longue, pource que les uns souste- Doient pour la France, les autres pour l'Angleterre. Les affections d'un party et d'autre estdait fondées sur plusieurs raisons d'Ëstat. Enfin ils résolurent de se donner à la France et non à l'Angleterre , pource que la Royne n'a- Toit point de successeur asseuré, et que la France n'en manquoit Jamais par Tordre ancien du royaume, auquel le premier prince du sang soecede tousjours , et aussi que le roy de Navarre, qui estoit le successeur du roy de France, eitoit de leur religion.

En ce mesme temps iesdits estats envoyèrent vers la royne Elisabeth d'Angleterre la supplier de leur donner secours ; mais elle, ayant eu advis que les députez desdits estats s'estoient acheminez en France pour s'offrir au Roy, y envoya le comte d'Erby, prince du sang royal d'Angleterre, tant pour confirmation d'amitié avec le ftoy, que pour loy apporter Tordre de la Jartiere , et pour luy reconmiander la cause des Pays-Bas , laquelle elle luy conseilloit d'embrasse pour beaucoup de raisons qu'elle luy fit proposer.

Le 13 février Tan 1585, le prince d'Espinoy,

portant la parole comme chef desdits députez des

estats généraux en l'audience que le Boy leur

donna , luy dit qu'il pleust à Sa Majesté les

prendre tous, eux et leurs provinces et conmiu-

nautez, comme ses subjects et vassaux qu'ils desiroient e&tre, et que, sous certaines bonnes conditions, ils estoient prêts de s'obliger à luy, sans aucune restriction ny reserve, mesmesde la Holande et Zelande , qu'ils avoient autresfois accordée au prince d'Orenge et à ses hoirs, laquelle réservation ils avoient recognu avoir esté le seul motif de la jalousie conceue contre eux par le conseil de feu Monsieur, frère de Sa Majesté, et leur dernier duc.

Ces députez furent receus benignement, et donnèrent leurs propositions par escrit ; mais le roy d'Espagne, qui vid que le Roy pouvoit en acceptant cest offre réduire sous sa puissance les Pays-Bas , practiqua par intelligences plusieurs princes et seigneurs en France pour faire une ligue sur les prétextes que nous avons dit cy-dessus , et traicta avec eux et leur bailla de Targent.

Le Roy, qui est adverty de ces practiques faictes par l'Espagnol en son royaume, fut conseillé de ne se mesler nullement des affaires des Pays-Bas , et de n'innover rien en la paix qu'il avoit avec l'Espagne. Ce fut pourquoy il leur fit response qu'il ne les pouvoit recevoir sous sa protection, ny ne leur pouvoit donner secours en aucune façon , et ne vouloit enfraindre la paix entre la France etTEspagne. Mais quoy que Sa Majesté rescrivist depuis au roy d'Espagne et au duc de Parme , et leur mandast qu'il avoit refusé l'offre des Flamans, les Espagnols ne laissèrent de continuer leurs practiques en France , et ont entretenu , par le moyen de leurs doublons, la rébellion d'une partie des François contre leur Roy, qui par ce moyen a tousjours eu du depuis la guerre jusques à sa mort.

Ainsi les Flamans, refusez par le roy de France , eurent recours à la royne d'Angleterre , laquelle, après plusieurs raisoiv» et difficultez disputées en son conseil , ne les voulut recevoir pour subjects et vassaux ; mais elle se déclara bien protectrice des Pays-Bas restez en l'union générale, sçavoir de la Holande, Zelande, Utrecht , Frise, et autres pays unis, et ce , sous certaines conditions. Les principales estoient que Iesdits estats luy delivreroient, pourl'asseurance des deniers qu'elle desfrayeroit , pour l'entretien de l'armée qu'elle en voy croit ez Pays-Bas , les places de Flessingue , Rameken et La Briele : ce qu ils firent le 29 d'octobre. Et ainsi la royne d'Angleterre fut déclarée protectrice desditsestats,où elle envoya le comte de Leycestre, fils du duc de Northumbellant, avec une armée, lequel y fut déclaré gouverneur gênerai de la part de iadicte Royne. Et ainsi le prince Maurice se desmit de la charge

CHBONOLOGIE NOVENÀIBB

de capitaine gênerai qae les estats iuy avoient donnée après la mort de son père.

Le comte de Leycestre fut receu fort magnifiquement par toutes les villes de Holande etdes autres Provinces Unies; mais , voulant tenir absolument le gouvernement de toutes leurs affaires , il s'engendra entre Iuy et lesdits estats une infinité de Jalousies, et des desfiances si grandes, que tout alla de mal en pis pour eux. Or le prince de Parme, dez le mois d'aoust en 1585, avoit pris Anvers, et chassé ceux du party des estats hors de Bruxelles et de plusieurs villes qu'ils tenoient. Plusieurs mesmes de la noblesse desdits estats s^estoient raccommodez avec le roy d'Espagne. £t, en Tan 1586, ledit prince de Parme, continuant ses exploicts, avoit reprins Grave, Venloo, Nuys, et pln^ieurs autres places, cependant que le comte de Leycestre, estant à Utrecbt, vouloiC exécuter son premier dessein de cognoistre de toutes choses concernant l'estat des Pays-Bas, et ayant fait mettre prisonniers quelques uns dudit conseil d'Estat des Provinces Unies qui Iuy avoient esté ordonnez pour conseillers , et ce suivant leurs privilèges et libertez qu'ils disent avoir; ce qui fut un commencement de la haine qu'ils Iuy portèrent, et qui continua à cause qu*il donna aux Anglois les principaux estats et charges de la guerre, dont les seigneurs qui avoient tousjours esté affectionnez à la maison de Nassau s'en plaignirent.

Sur la fin de Tan 1586, ledit comte de Leycestre estant mandé par la Roy ne d'aller en Angleterre, il s'y en retourna. Peu après qu'il y fut, les estats des Provinces Unies escrivirent à la Hoyne plusieurs plaintes touchant son gouvernement; et du depuis la Royne, pour estre mieux informée de tout, envoya à La Haye en Holande le sieur de Buchort et quelques siens conseillers pour entendre et appaiser ces différents. Mais les plaintes des estats furent augmentées par la perte du grand fort de Zutphen et de Deventer que deux Anglois rendirent à l'Espagnol , lesquels ledit comte de Leycestre y avoit mis pour y commander, ce qui fut suivy par la reddition aussi de la ville de Gueldres par un Escossois que le comte de Leycestre avoit eu envie de desapointer de son régiment. Et pour combler le boisseau de l'infortune des estats, le duc de Parme mit le siège devant l'Eseluse.

Or les estats qui s'estoient assemblez à La Haye au mois de février en ceste année 1587 , pour remédier à leurs affaires, créèrent gouverneur gênerai le prince Maurice en l'absence du comte de Leycestre, avec commandement à tous leurs gens de guerre, et non à ceux de la royne

ne PALMA CAYBT. [l589]

d'Angleterre , de Iuy obeyr. Le prince Maurice et le comte de Hohenlo , pensant destourner Le siège de L'Ecluse, font une course en Brabant, et portent le feu par où ils passent : tout cela n'estoit assez pour faire lever le siège au prince de Parme; les estats avoient bonne volonté, mais ils n'estoient assez forts d'eux mesmes sans le secours d'autruy.

La royne d'Angleterre jugeant, par le siège de L'Escluse^ que le duc de Parme avoit ses desseins tournez pour se rendre maistre des villes et ports le long des costes de la mer de Flandres , et que cela Iuy importeroit de beaucoup, y envoya du secours promptement , lequel y entra ; plus, elle fit lever nouvelles troupes, et renvoya aux Pays-Bas le comte de Leycestre, lequel arrivé en Zelande, pensant recouvrir l'honneur que Ton Iuy avoit intéressé par les plaintes qu'aucuns des estats avoient faictes de ses deportements , entreprint de secourir L'Escluse par mer , et d'assaillir le havre occupé par l'Espagnol; mais les capitaines zelandois, mal volontaires en son endroit, furent cause que son dessein ne fut exécuté : nonobstant ceste desobeyssance , il va à Osteude , et espère secourir par terre L'Escluse. Avec cinq mil hommes de pied il tire vers le fort de Blankeberghe , qu'il assiégea avec deux pièces de campagne. Le duc de Parme eu estant adverty, avec une partie de son armée Iuy vint au devant, et le comte de Leycestre le sentant approcher leva sa batterie, et se retira dans Ostende ; mais son arrieregarde fut très mal traictée par le duc de Parme , qui peu après ceste retraicte receut L'Escluse à composition.

Ceste perte augmenta de beaucoup les murmures entre le comte de Leycestre et les estats, et, en l'assemblée générale qui fut tenue à Dordrecht de toutes les Provinces Unies , pour accorder leurs différents et donner un bon ordre à l'advenir, on Iuy présenta par escrit quelle estoit l'authoritédes estats des Pays-Bas, et quelle devoit estre sa charge de gouverneur gênerai. Mais , au contraire de se pouvoir accorder , te comte de Hohenlo refusa d'obeyr audit comte de Leycestre, et ceste assemblée se finit par apologies et Invectives qu'ils firent imprimer les uns contre les autres, et continuèrent tellement^ que Leycestre se voulut emparer de Leydeu pour la royne d'Angleterre. L'entreprise descouverte, et les entrepreneurs, desad vouez dudit comte , forent exécutez par justice. Mais de plus en plus les divisions et partialitez se continuèrent eutr'eux , et la Royne fut contraincte de r'appeller du tout Leycestre en Angleterre» lequel, obeyssant à ce commandement, partit

CHltOlfOLOGIB NOVBNAIBB DE PALMA CAYBT. [1589]

'e 14 Dovembre de Zelande, et se rendit incontinent à Londres.

Les estats et la plus-part de leurs gens de mrre, résolus de n'obeyr plus à Leycestre comme à leur gouverneur, se trouvent en non- (die peine, car les capitaines de plusieurs places fortes ne veulent recognoistre d'autre gouveroeur que Iny. Ils sont tous à la veille de jouer des eoQSteaux les uns contre les autres : ce qui eastesté un grand advantage pour l'Espagnol y qui cependant entretenoit la royne d'Angleterre d on accord , et mesmes les députez d'une part et d'autre se trouvèrent à Bourbourg en Flandres : mais n'ayans peu rien faire , Ton ne parla plus en Angleterre que de se préparer à se defft!Qdre contre la grande année que Ton dressoit eo Espagne pour la venir envahir.

Le prince de Parme d'autre costé faisoit fouyr des nouveaux canaux en Flandres, et y faisoit faire noe sorte de navires à fond plat, appelles pleytes, pour en garnir les villes maritimes de Dnnqaerke et Nieuport, et aussi afûn de s'en servir pour se Joindre à l'armée d'Espagne. Bref, les préparatifs de ceste grande armée ser- ^nrentde beaucoup aux estats des Provinces Lniesponr reprendre leur authorité; car quelqnes-oQs ont estimé que le voyage que fit en ce temps là /'admirai Haward en l'isle de Yalchren d>ec dix navires de guerre , n'estoit que pour se ^'^ir da prince Maurice, accusé en la cour d'An- ^eterre, par le comte de Leycestre et par le âenr de Rossel, de s'estre voulu rendre maistre dt Flessinghe , et d'estre la cause , avec ceux (pil le supportoient , des exécutions à mort que 1 00 avoit faictes à Leyden , et de ce qu'ils teooient comme assiégé Medemblyk , et declaroient ennemis tous ceux qui portoient de Taffection 3ii Angl<Hs. Mais le prince à Tarrivée de i'admlral se retira vistement à Middelbourg, et en partit à Tinstant pour s'en aller en la flotte des fiàrir^ de guerre que les estats entretenoient lievant le fort de Lilloo , où ledit sieur admirai fiivoyavers luydeux siens parens pour luy dire *yïi\ avoit charge de la part de la Royne de traicter avec luy, afiin de faire mettre bas toutes les defGances et jalousies. Le prince s'en ex- «'Qsa honnestement d'y aller, et fit response que ct& accords se dévoient faire avec les estats généraux, et non avec luy. Peu après il rescrivit a ia Royne plusieurs plaintes touchant ses terres patnmooiales, occupées par ceux qui se disoient MTvitears de Sa Majesté, et sur tout contre les accusations de Russel , dont il la supplioit luy en fiire faire réparation.

La Boyne, considérant le danger de toutes eesdeffiani^, voyant Fermée navalled'Espagne

si proche , et qu'elle ne pouvoit la repoulser et conserver Testât de ses pays que par une union avec ses voisins, et aussi pour se servir des navires de guerre des estats , respondit fort courtoisement au prince , et desadvoiia tous ceux qui voudroient se couvrir du manteau de son service ; et , pour d*avîmtage appaiser ces partialitez , elle envoya la résignation du gouvernement de Leycestre , qui fut publiée par toutes les villes de l'obeyssance des estats.

Ainsi les estats, ayans repris leur première authorité , restablirent aussi le prince Maurice en ses gouvernements de Hollande et de toutes les Provinces Unies, en son admirante, et en son estât de capitaine gênerai de toute leur pendarmerie ; lequel en ceste qualité a mis à fin beaucoup de beaux exploicts militaires , comme il se peut voir à la suitte de ceste histoire.

Après que le duc de Parme , qui estoit à Dunquerke avec une belle armée, pensant se joindre à la grande flote d Espagne, eut entendu pour certain que les vents et le mauvais temps de la mer se joiioient de toute ceste grande armée d'Espagnols , et que , n'osans repasser dans la Manche d' Angleterre où ilsavoient esté si bien canonnez , ils prenoient leur chemin pour , en tournoyant l'Escosse et l'Irlande , reprendre la route d'Espagne, ce prince donc, voyant qu'il n*eust sceu rien exécuter du dessein que le roy d'Espagne avoit contre l'Angleterre sans ceste grande flote , ny elle sans luy, ramena son armée de Flandres en Brabant , et alla pour assiéger la ville de Berg sur le Soom ; mais , voulant s'emparer de risledeTer-Tolen, le marquis de Renty et le comte Octavien, conduisans huict cens hommes à la faveur de deux mil mousquetaires qui estoient sur la digue de Berg, furent contralncts de se retirer après y avoir perdu quatre cents hommes. Le duc voyant qu'il n'avoit peu prendre ceste isle , sans laquelle il ne pouvoir empescher le prince Maurice de secourir par mer ceux de Bergh , il voulut tenter d'avoir ceste place par la practique de Batfort, Escossois, qui luy devoit livrer le grand fort qui estoit à la teste de Bergh , ayant lequel il eust facilement peu se rendre maistre de ceste ville. Mais Batfort en ayant adverty les chefs de la garnison , on luy joua d'une double entreprise, et trois mil soldats choisis de son armée que Batfort avoit introduit dans le fort furent durement traictez par le canon et par les mousquetades que l'on tiroit au travers d'eux , en teste et en flanc ; et ceux qui se pensoient sauver furent tellement canonnez à dos par ceux de la ville, que peu s'eschapperent.

Le duc après ceste perte leva son camp', et le

CMBONOLOGIB NOYENAIBB OB PALMA CAYBT. [1589]

repartit par les garnisons pour le reste de Thyver. Le comte Charles de Mansfel en ce mesme temps assiégea Yathendonk, qu'il prit, et Bonne se rendit aussi après un long siège : ces deux prises servirent de consolation aux Espagnols de leurs pertes passées.

Cependant le prince et les estats n'avoient autre dessein que de s'asseurer et restablir en leur première authorité. Les partisans des Ânglois y furent quelque peu plus doucement traictez que ne furent les François à Anvers, quand feu M. le due fut contrainci d*en sortir, et toutesfois leurs historiens ont mesme escrit que, si les soldats des garnisons angloises , que la force et la présence du prince Maurice fit venir à la raison , ne se fussent voulu contenter, et que Leycestre n'eust bientost remis son gouvernement ez mains des estats généraux , il en fust advenu plus grand mal. Aussi, après que les garnisons angloises de La Vere et d'Arnemuyden furent appaisées par argent, le prince Maurice y alla, et prit possession de son marquisat de La Vere.

Le 7 d'octobre aussi le comte de Mœurs , qui tenoit le party du prince et des estats, se trouva dans la ville d'Utrecht, où un tumulte populaire s'esleva contre les partisans anglois. En ceste esmotion le capitaine Cleerhagen , pourveu du gouvernement de Gorcun par le comte de Leycestre, y fut percé de part en part au travers du corps. Ledit comte de Mœurs se saisit du capitaine Terlo, escoutete (i ) d*Utrech, et du bourgmaistre de Deventer , et s'asseura de ceste ville, où depuis il fit rappeller les bourgeois que les partisans du comte de Leycestre avoient bannis de la ville , et réunit tous les Trajectins (2) en Tunion avec les Holandols et les autres provinces confédérées.

Au commencement de Tan 1589 , le prince Maurice désira de r'avoir Gertruydemberghe , ville du domaine de la maison de Nassau , dans laquelle le comte de Leycestre avoit mis un gouverneur et garnison à sa dévotion : ils avoient esté appaisez comme ceux de La Vere avec une somme d'argent ; toutesfois on ne les sceut tirer dehors comme on avoit fait ceux-là , et prirent pour prétexte qu'ils n'estoient pasdu tout payez. A l'instigation d'un d'entr'eux appelle Neus, ils se mirent à courir et piller les navires et les marchands qui traflquoient.

Le prince et les estats se resouldent , pour monstrer un bon exemple d'obeyssance à toutes leurs garnisons, de chastier ces mutinez, et d'assiéger ceste place par mer et par terre : ce qu'ils firent au commencement d'avril , et la bat-

(1) Sorte de juge chez les Walloos.

(2) HabitanU d'Utrecbl.

tirent de telle furie , qu'en deux Jours ils firent brèche si raisonnable que ceux de dedans demandèrent à composer : ce que leur ayant esté accordé et les articles dressez , le prince pensant le lendemain les signer, l'eau devint en ceste nuict là si haute , que ledit sieur prince fut oontraintd'enlevermesmesson canon: ceque voyant les assiégez , ils remparerent la brèche et ne voulurent plus de composition , voyant le siège levé à cause des eaux. Les habitans de Dordrecht voisins de Gertruydemberghe , tascherent lors, par belles offres et promesses , de raccommoder ces garnisons mutinées; mais ils aymerent mieux s'accommoder avec le duc de Parme qui estoit venu Jusques à Breda , et avoit campé son armée au mesme lieu d'où les eaux avoient &ict retirer le camp du prince. Les articles de la composition dressez , tant pour les habitans que pour la garnison , laquelle receut quinze mois de paye , avec permission de se retirer où ils vondroient , ou bien de prendre les armes pour l'Espagnol , Jean AVinkelvelde et Charles Honning, chefs desdites garnisons , sortirent et demeurèrent au service de l'Espagnol , riches du butin qu'ils avoient faict dans ceste place, laquelle ils livrèrent ainsi au duc de Parme; lequel, après ceste reddition , envoya le 33 d'avril une partie de son armée, sous la conduite [de Cliarles de Mansfeld , pour aller s'emparer d'aucuns chasteaux vers Bosleduc et sur la rivière de Meuse, plusieurs desquels il rengea à la dévotion de l'Espagnol ; mais , estant campé devant la ville de Hesdeim , il fut contraint d'en lever le siège et faire place au secours que leur envoyoit le prince Maurice. Voylà tout ce qui s'est passé de plus remarquable ez Pays-Bas jusques au 8 de may que le prince de Parme s*en alla au pays du Lie^ boire de l'eau des fontaines de Spa , à cause de son indisposition que l'ondisoit procéder de poison par la meschanceté de ses ennemis; car en ce temps il fut contraint d'envoyer le président Richardot en la cour d'Espagne pour se Justifier de ce qui avoit esté dit et escrit contre luy au roy d*Espagne par plusieurs Espagnols et par le sieur de Champigny , l'accusans de n'avoir faict son devoir lors que la flote d'Espagne estoit auprès de Calais , ny en ,la conférence de Bourbourg avec les Anglois , et qu'il avoit esté seul la cause de la perte de tant de soldats à Berg sur le Zoom , ayant fait ceste entreprise contre l'advls du conseil de guerre qui estoit prez de luy. Mais toutes ces accusations s'en allèrent en fumée. Richardot luy rapporta d'Espagne l'ordre de ce qu'il devoit faire à l'advenir , et la continuation de ses gouvernements. Champigny, pour s'exempter de tumber sous sa puissance, fut coa<

CHRONOLOGIE NOVENAIBE DE PALMA CAYET. [lÔ89]

tniot de sortir des Pays-Bas et se retirer en la comté de Bonrgongne.

Il est temps que noos retournions voir ce qui sepassoiten France. Nous avons dit qu'après que le'dac de Mayenne se fut retiré du fauxboorgde Tours, le Roy fit advancer le roy de NftTarre à Boisgency avec toutes ses troupes. Aossi tost qu'il y fut, il envoya tous les siens à la goerre. Chasteaudun fat incontinent surpris par k capitaine Lorges ; le sieur de Chastillon fut par iuy envoyé avec deux cents chevaux et trois ecDts harquebuziers pour une entreprise sur Chartres : mais voicy ce qu'il en advint le dixhoictiesme may.

Les troupes de cavalerie de la Picardie que eondaMt le sieur de Saveuze , gouverneur de Doorleos, pour aller trouver Tarmée de M. de Mayeûne , s'estoient venues loger à Liplantin , a quatre iieuës et demie de Chartres , et à deux Geoés et demie de Bonneval. Sur le bruit que le sourde Lorges avoit batu lestrade le Jour d*aupanvant vers Bonneval , le sieur d'Arclinville , ii^vemeor de Chartres pour Tuoion , avec sa eofflpagDîe , partit de Chartres pour s'y achemioer,etp(mry mettre des gens de guerre dans Tabbaje; mais , estant près de Bonneval , il rencootraTingt gentils-hommes menez par le sieur <ieFoQqaerolles , qui estolent pour coureurs de iatroape de M. de Chastillon, lesquels sans marchander le chargèrent si rudement , que six des siens estans demeurez sur la place , il se retira et s'en alla sauver à Liplantin , où il donna Talarme au sieur de Saveuze , qui incontinent fit monter tous les siens à cheval.

Le sieur de Chastillon , poursuivant son che- >nm pour aller vers Chartres , et ayant passé deux bonnes lieues outre Bonneval , descouvrit d'une grand'demie lieuê le sieur de Saveuze et toutes ses troupes à cheval. Les uns et les autres rapprochent, et chacun des chefs se mit à ia teste de sa troupe. Bans celle de Saveuze estoient les compagnies des sieurs des Brosses , «Hnposées de six à sept vingts gentils-hommes , et c'estoit toute Feslite de la noblesse de Picardie da party de l'union , en nombre de trois cens chevaux, avec vingt -cinq ou trente harquebttsiers.

Desjà le sieur de Chastillon changeoit lepas au trot pour les recevoir. Charbonnière et Harambore avec leurs compagnies de chevaux légers estoient sur la gauche de l'autre costé. Quand ^Teuze jetta devant ses harquebusiers , et ordonna sa troupe de lanciers en baye , puis vint ^s se desbander un grand quart de lieuê au pas , alors les trompettes sonnèrent à la charge (iesdeuxeostez, et le sieur de Chastillon, ayant

fait une petite alte pour attendre son harquebuserie , l'ayant mise en son lieu , et fait deux hosts de ce qu'il avoit de cavalerie , prend la charge, où Saveuze vint fort bravement etprint le gallop de trente pas, ses harquebusiers faisant leur salve tout à cheval d'assez près. L'infanterie du sieur de Chastillon les receut, qui, après avoir tiré leurs premières harquebusades , se mesla durant la charge dedans toute ceste cavallerie, où ils tuèrent force chevaux de coups d'espées dedans les flancs , et s'y en perdit trois d'entr'eux seulement. Saveuze , qui d'abordade avoit la teste tournée contre les chevaux légers, print sur la droite , et chargea de telle furie le sieur de Chastillon , que ses premiers rangs furent rompus, luy chocqué et porté par terre, et huict ou dix gentils-hommes des siens coururent ceste mesme fortune. Les sieurs des Brosses chargèrent le sieur de Chastillon en flanc tout d'un temps, en sorte que le reste de sa troupe fut fort esbranlée. Tandis que le sieur de Chastillon et ceux qui avoient esté renversez avec lui , s'estans relevez , combattoient à pied , Harambure, qui menoit la compagnie de chevaux légers du roy de Navarre , auprès duquel s'estoit rangé Fouquerolles , chargea Saveuze et les siens de telle furie qu'il les perça. Après que le combat eut esté longuement opiniastré, et que les Picards pensoient tousjours se pouvoir r'allier , ce qu'ils ne peurent faire , ils furent tellement chargez qu'il y demeura plusde six vingts gentils-hommes morts sur la place, et les fuyards furent chassez plus d'une grande lieuê , où il en fut encore tué quelque soixante. Entre quarante gentils-hommes prisonniers se trouva le sieur de Saveuze bien blessé , et le siêur de Forceville , lesquels furent menez par le sieur de Chastillon à Boisgency où estoit le roy de Navarre ; mais Saveuze, ayant sceu la mort des sieurs des Brosses et de tant d'amis qu'il perdit en ceste charge , ne voulut endurer que ses playes fussent pensées , dont il mourut.

Le roy de Navarre envoya incontinent ledict sieur de Chastillon au Roy luy porter l'advis de ceste rencontre , avec les deux cornettes qui y furent gaignées; lequel trouva Sa Majesté à Chastelleraut, qui receut ceste nouvelle avec joye , et dit aux siens en particulier : « J'ay souvenance d'avoir dit, quand Chastillon ayma mieux se faire voyepar les armes en saretraicte de l'armée des reistres, que non pas de me rendre ses drapeaux, qu'il avoit du courage et de la valeur pour s'estre sauvé de ceste meslée , et que , s'il estoit catholique , J'estimerois un Jour qu'il me feroit service. Je voudrois qu'il le fùst. Les deux services qu'il m'a foits depuis quinze jours ne

CHBONOLOGIB NOVBNAIRB DK PALMA CAYET. [1589]

sortiront Jamais de ma mémoire , celuy-cy et cestuy-làqull me fit aux faux-bourgs de Tours.» Puis se tournant vers Bellanger; jacobin, il luy dit : « Nostremaistre, taschez À me faire ce service. » Beliauger s'y employa depuis ; il y eut quelques commencements de conférences pour cest effect à Tours, mais rien n'en reiissit, le soing des armes en fut la cause.

La translation du parlement de Paris à Tours fut publiée au commencement d'avril en la ville de Poictlers. Plusieurs babitaus pensoient que comme leur ville avoit esté une fois la retraicte du parlement y qu'elle le devoit encor estre à ceste fols cy. Uevesque de Poictîers , de la maison de Sainct Belin, le sieur de Boisseguin, gouverneur du chasteau , le vicomte de La Guierche son gendre ; et un cordelier nommé Protasius , affectionnez au party de Tunion , affin de faire esmouvoir le peuple contre le Roy , se servirent de trois subjects : que le Roy ne leur vouloit point de bien , puis qu'il avoit mis son parlement à Tours et nou à Poictlers ; qu'il avoit faict Irefve avec le roy de Navarre contre son edict d'union, et qu'il estoit excommunié par le Pape, leur ville estant une des six nommées par Sa Saincteté pour faire la publication du monitoire contre Sa Majesté. Ceste ville estoit presque également divisée en deux partys. Le Roy y avoit de bons serviteurs qui le supplièrent de s'y transporter, et luy mandèrent que sa présence seroit Tasseurance de leur ville à son service, et qu ils s'empareroient de quelques portes affin de luy donner plus seure entrée : ce fut ce qui fit acheminer le Roy à Poictlers, et commander au mareschal de Biron, au comte de La Vauguyon, et À plusieurs seigneurs qui avoient levé des troupes en Guyenne , de s'y rendre : ce qu'ils firent et luy aussi. Mais au lieu de trouver les portes ouvertes , estant dans les fauxbourgs, il trouva que ceux de l'union s'estoient rendus maislres de la ville et de toutes les portes. Protasitts j sçachant que le Roy estoit dans les fauxbourgs , y fit tirer quelques coups de canon sans effect. Le Roy, voyant ceste rébellion, se retira à Chasteileraut , où plusieurs habitans , tant de la justice qu'autres que l'union mit bors de Pôletiers, le viudrent trouver. Du depuis il en transfera le siège presldial , qui est le plus beau de toute la France , à Niort , où ils se retirèrent tous; et le Poictou fut alors divisé en deux partys, comme fut aussi la Guyenne : car en mesme temps la ville d'Agen , l'une aussi des six villes nommées pour la publication dudit monitoire , sur les prétextes de ceux de Poictlers , suivant les intelligences practiquées de longue main par le sieur de Villars , evesque d^Âgen , et par le

sieur de Montluc , se déclara de l'union , el les habitans mirent dehors leur ville le sieur de Sainct Chameran, seneschal d'Agenols, et tons les royaux. Blaye , où commandoit le sieur de Lussan , se déclara aussi de ce mesme party. Bourdeaux , la ville capitale où est le parlement de la Gascongne, par la conduite du mareschal de Matignon , fut conservée au service du Roy , lequel , affin de maintenir la ville en paix, en fit depuis sortir les Jésuites, lesquels il envoya faire leur demeure à Sainct Macary. La ville de Limoges pensa aussi se mettre de l'union , et en eust esté sans Tordre qu*y mit M. le comte de La Voûte, fils de M. de Ventadour. Bref, toutes ces provinces furent lors fort affligées en ceste division de partis.

Si t<)st que le Roy fût à Tours de retour de son peu heureux voyage de Poictlers , il receut les nouvelles delà deffaicte du duc d'Aumalle et de toutes ses troupes qui avoient assiégé la ville de Senlis pour l'union , dont il fit rendre grâces à Dieu dans Teglise Sainct Gatian, où le Te Deum fut chanté. Or, affin d'entendre mieax comment Senlis fut assiégé, et par qui, coaiment il fut délivré du siège , et qui ce fut qui le fit lever, il est besoin de sçavoir conmieDt Senlis se déclara du party du Roy.

M. de Mayenne , devant que partir de Paris pour aller en Touraine , avoit donné ordre que toutes les places à dix lieues autour de Paris eussent faict le serment de l'union : mesmes M. de Rostin , ayant tenu près de deux mois la ville de Melun pour le Roy , la rendit enfinàl'unioo ; si bien qu'il n'y avoit plus que le chasteau du bois de Vincennes auquel, de tous les seize quartiers de Paris, par chacun jour , ainsi que nous avons dit , estoit envoyé pour la garde des avenues dudit chasteau la colonelle de chacun desdits quartiers avec mille ou douze cents hommes, estimans prendre ceste place à faute de vivres. Et affin que les affaires de l'union fussent plus asseurées , ils résolurent que le duc d'Aumalle demeureroit en l'isle de France et en Picardie, cependant que le duc de Mayenne iroit contre le Roy en Touraine, pour donner ordre si quelqu'un s'esmouvoit dedans ou autour de Paris, et qu'en ce faisant rien ne pourroit traverser leurs desseins : mais il en advint tout autrement. Le duc de Mayenne ne se fut si tost acheminé vers la Touraine , que les sieurs de Givry , La Grange-Le Roy et autres seigneurs s'esleverent du costé de la Brie : de l'autre costé , en Tlsle de France, sur la fin du mois d'avril , M. de Thoré , frère de M. de Montmorency , par Inintelligence qu'il eut dans Senlis, s'empara de ceste place y où les sieurs de Fontenay , de Moussy,

CHBOnOLOGIE NOVBNATBK DE PALMA CAYBT. [1589]

le baron de Bondy , et bien cent gentils-hommes du pays et quatre cents hommes de pied, se Jetterent incontinent, résolus avec tous leshabitans de Sentis de tenir pour le Roy.

Senlis n'est qu*à dix lieues de Paris : la redoetion de ceste Tille au party du Roy estouna les Parisiens. Trois Jours qu'ils furent à se résoudre eommeils dévoient reprendre ceste place, doona le loisir au sieur de Thoré de Tenvltailier et monir. Celuy qoi s'achemina des premiers pour faire les approehes à Senlis fut le sieur de Mayneville, gouverneur de Paris pour Tunion. M. d^Aumalie s'y rendit presque aussi tost avec quatre mil hommes , tant de cavalerie que d'infonterie. Plusieurs Parisiens y accoururent , et autres de plusieurs endroits des villes proches dadit party de funioU; si quUI s'y trouva en peu de temps de cinq à six mille hommes assiegeans eo bonne conche (1). Le cinquiesme may deux oiQonset une coulevrine, avec poudres et boulets , partirent de Paris sous la charge de Bripird , procureur de TUostel de Ville ; mais ne se trouvant gens de guerre pour les conduire promptement, la compagnie colonelle d'Aubret , allant en garde au bois de Yincennes, suivant son ordre, an lieu de tourner par la Grève estant au hout da pont Nostre-Dame , fut conduite droict par la porte Sainct Martin au Bourget , où le canoD et les munitions les atlendoient ; et ainsi, aa Kea d'aller à Vincennes, ils allèrent conduire le canoQ à Senlis , où ils arrivèrent le lendemain sâmedy au soir. De prime arrivée ils saluèrent la n'ile d*iia coup de canon , et les assiégez furent sommez de se rendre , lesquels firent responce qullsy adviseroient le lendemain. Sur ceste responce il courut pour nouvelles & Paris qu'ils offroient une quantité d'argent pour sauver leurs Ties et le pillage de la ville : ce n'estoit qu'un vau de ville , et estoit ce que les assiégez avoient le moins en intention ; aussi leur responce ne fut autre qu'ils conserveroient leur ville pour le service du Roy. Pendant ce pourparler, le sieur d'Armentleres arriva de Compiegne , qui entra dans la ville de Senlis avec quelques chevaux , et y apporta mesroes quelques poudres. Or la Tille de Compiegne , qui n'est distante de Senlis que de huict lieues , s'estoit maintenue en i'obeyssance du Roy , et , quoy que les principales villes de Picardie se fussent montrées fort affectionnées au party de l'union , il se trouva pluseurs bonnes places qui se tindrent en leur devoir. Du long des costes de la mer, Calais et Bologne servit de retraicte aux royaux de ces costez-là; de l'autre costé , Sainct Quentin sur

J) En boQiie tenue.

In Somme, et, sur la rivière d*Oise, Compiegne, Chauny et La Fere , servirent de retraicte à M. le duc de Longueville , au sieur de Humieres , au comte de Chaunes , au sieur d'Estrée, au vicomte d'Auchy , et autres seigneurs. Les places du Castellet et de LaCapelle en Tierascbe ser\irent pour faciliter le secours que ces seigneurs et lesdites villes pourroient tirer des villes de la Champat^ne et des frontières qui tenoient encor pour le Roy ou favorisoient son party , 1 1 avoir entre eux une communication : ce qui succéda fort heureusement alors pour le service du Roy; car M. de La Noué, qui avoit pris en charge la deffence des terres de la duchesse de Bouillon après la trefve accordée avec le duc de Lorraine et ladite duchesse , vint trouver M. le duc de Longueville à Sainct Quentin, suivant le commandement qu*il en receut du Boy, et amena avec lui plusieurs gentils-hommes et soldats qui avoient durant ces troubles tousjours practiqué les armes ez guerres de Sedan et Jamets. Toutes ces choses advinrent assez heureusement en ces pays-là pour le service du Roy. Si bien que d'Armentleres estant envoyé de Compiegne à Senlis , il asseura les assiégez d'un prompt secours : tous les royaux de ceste province montèrent incontioent à cheval pour secourir Seuils, et leur rendez- vous leur fut donné à Compiegne , où le sieur de Givry et autres seigneursde la Brie se trouvèrent aussi. Cependant le duc d'Aumale , adverty de cest amas de pens de guerre , mande à tous les partisans de l'union de ces quartiers-là de le venir trouver à ce siège. Le sieur de Balagny , avec la cavalerie de Cambray et autres troupes levées piomptement ez villes du party de l'union en Picardie, s'y vint rendre avec sept pièces de canon , sçavoir, six qu'il avoit prises à Peronne, et une à Amiens. Les assiégez , sur la nouvelle de sa venue et de tant de pièces de canon , firent une sortie de cent chevaux , avec cinquante desquels Armentieres reprint la campagne pour advertir le duc de Longueville , qui estoit arrivé à Compiegne , du besoin que les assiégez avoient d'un prompt secours.

Le duc d'Aumale , ayant faict commencer la batterie avec dix pièces de canon le mercredy 17 may au matin, pensoit emporter ceste ville de force devant que le secours fust approché ; et quelques gens de guerre, estlmans que la bresche fust raisonnable pour un assaut, le donnèrent avec telle confusion, sans l'ordonnance dudit duc d'Aumale, qu'ils en furent repoulsez avec perte.

Mais, sur le midy de ce mesme Jour , le duc d'Aumale eut advis que le duc de Longueville

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