C. D. M. T. XII
avoient pris du bagage de M. d^Ëspemon lors* qu'il alla surprendre Montereau-Fautyonne ; il leur avoit envoyé redemander avec courtoisie, mais ils luy respondirent des injures, dont ils se trouvèrent mal : aussi il est dangereux à un peuple de s'attaquer aux grands. Ceste place fut aussi . tost emportée de force et pillée que recognuê.
Tout d'une suitte Tarmée s'achemina à Estampes. M. de Mayenne y envoya le baron de Sainct Germain, et manda à M. de La Chastre qu'il s'allast Jetter dedans Chartres , ce qu'il fit. Ceux d'Estampes, sommez de se rendre, respondirent mille villenies, comme c'est i^ordinaire des peuples mutinez , et crioient que le canon du Roy avoit les gouttes, que Ton avoit creuzé des moyaux de charrue pour leur faire peur. Ceste ville est assez grande et à my-chemin d'Orléans et de Paris, située au bord d'une petite rivière fort estroite et creuze. Cependant que Ton parlementoit après quelques volées de canon qui furent tirées , les gens du roy de Navarre trouvèrent l'invention, par le moyen de quelques arbres coupez, de traverser la rivière, et, en un endroit du costé de l'eau où les murailles estoient fort basses, entrèrent dans la ville, crianS; pour espouvanter les habitans, que leurs compagnons estoient desjà entrez par la bresche. Ainsi Estampes se vid prins et pillé en une heure, sans qu'en toutes ces prises de villes le Roy perdist un homme. Le baron de Sainct Germain , qui avoit esté nourry page du Roy , dévalé du chasteau avec une cordé, pensoit se sauver par le moyen de quelques amis qu'il avoit en l'armée royale; mais, amené à Sa Majesté, il eut la teste tranchée. Bergeroueau, procureur du Roy audit bailliage d'Estampes, fut aussi pendu avec quelques autres. Il avoit usé d'une finesse pour se sauver , et s'estoit fait mettre en la prison dans une basse fosse les fers aux pieds, où il fut trouvé. Amené au Roy , il dit que les mutins l'avoleot mis en tel estât pour avoir voulu soustenir le service de Sa Majesté. Plusieurs habitans prisonniers et les gentils-hommes du pays ayans asseuré le Roy du contraire , et qu'il estoit la cause de la perte du pays. Sa Majesté, qui avoit ouy parler de ses comportemens, commanda qu'on en fist Justice.
Les habitaos de Dourdan, p^ite ville, mais où il y a un assez bon chasteau, furent plus ad vises que ceux d'Estampes , et ne receurent aucune incommodité, car ils vindrent en l'armée du Roy avec la marque royale, qui estoit la croix blanche ou l'escharpe blanche [ en quoy ils employèrent leurs belles serviettes de lin], au contraire deceux de l'union , qui portoient des croix de Lorraine ou des escharpes de toutes sortes de couleurs.
QHBONOLOGIB NOTBNÀIES U PALVA CAYKT. [l6ft9]
D'Estampes l^armée tira droict à Poissy, où il y a ua pont sur la rivière de Seioe : les habitans sommez s'oplniastrerent , et voulurent voir le canon ; mais en un instant on entra par dessus les murailles dans la ville, et d'un mesme temps ceux qui s'estoient retirez au pont s'estans rendus, six d'entr*eux furent pendus. Ainsi le Roy ayant gaigné ce pont, il y fit passer à son armée la rivière de Seine , et s'alla camper devant la villede Pontolse qui n'en est distaute quede trois petites lieues. I^e duc de Mayenne estoit à Paris, où entendant que le dessein du Roy estoit d'ossieger Pontoise , il y envoya deux mille hommes de guerre, et le sieur de Hautefort pour y commander , lequel luy promit de deffendre ctste place contre Tarmée royale, ou d'y mourir. Les approches faictes , ceux de Pontoise tascheut à se deffendre, et, sommez de rendre la place au Boy, ne respondent qu'injures. Ils avoient logé dans l'eglIse Nostre Dame , qui est hors la ville , plusieurs gens de guerre; aussicefutdececosté où il y eut le plus d*effort. Hautefort, du party de l'union, fut tué dans ceste église, et du party du Roy le sieur de Charbonnières fut blessé d'un coup qui en fut tiré , dont il mourut : quand il fut. blessé, le roy de Navarre avoit sa main sur son espaule. Le Roy fût contraint de faire pointer sou canon contre ceste église, et la battit si furieusement qu'elle fut ruinée , ce que voyant les assiégez se rendirent le 25 de juillet. Après ceste reddition, le Roy, ayant passé la rivière d'Oyse ,alla voir l'armée des Suisses au devant de laquelle M. de Longueville avoit esté jusqu'à ChastiUon sur Seine , ainsi que nous avons dit. Or, devant que de reciter ce qui advint en la mort du Roy , sept jours après la reddition de Pontoise, voyons les effects qu'avoit faict ceste armée de Suisses conduite par M. de Sancy , et comme elle empescha le duc de Savoye dexecater beaucoup de desseins qu'il avoit contre la France , après la surprise qu'il avoit faicte du marquisat de Salusses.
Le sieur de Sancy ayant demandé pour le Roy une levée À tous les cantons des Suisses, l'obtint d'une partie d'eux seulement , les autres cantons ayans accordé gens à l'union. Or les cantons où ladite levée fut faicte estoient ceux deRerne, de Basie, deSolcure, de Valay et des Grisons. Ledit sieur de Sancy , négociant avec messieurs de Berne, conclut avec eux de commencer la guerre ea places que le duc possedoit autour de Genève, affln que luy ayant Ià taillé de la besongne, qu'il «ostpluBdecommoditédepasseroutre,ets'estant facilité les passages , approcher duLyonnois, et y attendre le commandement du Boy, cependant q«e de Tantre costé les sieurs Alphonse Corse,
Desdiguleres et le baron de La Roebe, atlsqinroient ledit duc par le Dauphiné , qui seroit le moyen de Tarrester eu son pays, sans luy donner la commodité d'exécuter les entreprises qo*}! avoit, tant sur plusieurs placesdelacourooDede France, que sur Lauzane et autres terres 8ppa^ tenaiites ausdits seigneurs de Berne, et sur la villede Genève. Maisafân d'entendre mieux ee que nous avons à dire au récit des exploits mili» talres qui se passèrent lors autour de Genève, il est nécessaire de sçavoir quels pays envirooMAt de tous costez ceste ville.
La ville de Genève est assise an bout da lac Leroan , et a du costé de septentrion ce lac qui luy sert de fossé et muraille ; à l'orient le bailliage de Thonon et Chablais, le pays de Fossigoy à deux , trois et quatre lieues de ses portes; aa midy les montagnes de Saleve et le bailliage de Teruierenune riche plaine d'environ trotalieuês de pays , et la rivière d' Arve à deux portées de mousquet de ses murailles ; à l'occident le Rosne qui passe au bout de la ville, la séparant par on pont du bourg de Sainct Gervals An long da Rosne vers Toccident est le bailliage de6eais(tl contenant quatre lieues de longueur et deux de largeur, borné du mont Jura , à l'un de» boots est la ville et chasteau de Geais À trois grandes lleuês de Genève ; à l'autre, tendant à Lyon, est le destroit et pas de La Cluse (2) , lieu fort d'art et de nature entre deux montagnes et le Bosue. Thonon est à cinq lieues de Genève sur le lac, tendant sur le pays de Valay (8). Par ainsi Ge« neve est comme ceinte de trois bailliages rendus au feu duc de Savoye par les seigneurs de Berne l'an 15G7, sous certaines conditions.
Or, ceux de Genève estoient grandemcnl pressez par le moyen des grandes garnisons qnt le duc de Savoye tenoit dans les chasteaux dij Geais et de Thonon, au pas de La Cluse, et pris* cipalement à cause de celles du fort de Ripaliie^ proche dudict Thonon, dans lequel il yavoilci cents Picdmontols, soldats d'esHte, et au port ce fort deux galères bien armées, et deux ceni soldats dedans.
Le sieur de Sancy ayant receu advis qnc duc de Savoye avoit faict passer sa cavalerie milice de Piedmont au deçà des monts, qn avoit de nouveau faict lever deux reglm«n chacun de mil hommes de pied, par les coiot de Martinengue et Ottavio Sanvitali , et q tous les pays dudit duc estoient en armes sor commun bruit quMl venoit assiéger Genève
(2) L'Eclate.
(S) Yalals.
CHBOROLOeiB lVOTË|ViIlS DS PlVU CAYBT. [1($0]
OMieilli mx de Genève de n'attendre que les forces da duc les tinssent d'avantage à la gorge, qo'il valoit mieux qu'ilscommeoçassent la guerre ladacdeSavoyecomme les plus proches, et qu'il prenoit sur soy tout le bazard de cest affaire ; à qooyceuxdeGeneves'accorderentaisementpour iToiriaTfDgeaDoe des oppressions qu'ils disoient aToirreceoésdu duc, et ce aussi suyvant Fadvis des BerooiSy qui leur promirent de les assister. Solvant eeste résolution , le s d'avril , M. de Qnitri^qui eommandoit aux troupes de Genève, avec trois cornettes de cavalerie et six compa- {Oies d'infanterie , qui pouvoient estre en tout doQze cents combattans, sortit de Genève sur le soir, et piint le chasteau de Monthou, la ville de Boom et le chasteaa de Salnct Jolre, qui furent piliez, et oà fut mis garnison , puis fit rompre les poDts de Tremblieres et de Buringe sur la riricred'Arvey affio de couper les passages de es costé là ; ce qu'ayant faict, il s'en retourna le s d'avril à Genève.
Le lendeffiaitt ledit sieur de Quitry , ayant fait sortir les compagnies de Genève avec deux coulevrines et trois canons, tira droit à Geais qu'il prit, et le baron dePlobel, qui estoit gouverneur dans le chasteau , se rendit à sa discrétion , et demeori prisonnier de ceux de Genève.
Ainsi Geais estant pris, il s'achemina pour se ttnûn maistre du pas de La Cluse, mais après foelqucs escarmouches, et que le baron de Sonas, gouvemeor de Remiily pour le duc de Savoye , avee trois cents chevaux et quelques gens de pied, eut donné la chasse aux soldats de Genève qui s'estûient émancipez défaire quelques courts Iwrs de leur armée, et aussi à cause que ï. de Saney, lieutenant gênerai pour le Roy en l'armée des Suisses , arriva à Golonges , et le co- M d*Erlae avec un régiment de Bernois , les- (piela après avoir pris conseil de ce qu'il estoit ^0 de faire, il fut résolu de laisser le pas de U Qose, et d'aller an devant du reste de la levte des Suisses qni venoient de Soleurre, Valais et des Grisons» et de quelques gens de cheval qni dévoient venir d'Allemagne; ce qu'ils firent ^ s'cQ retournèrent à Genève, d'où ils partirent le 23 pour aller assiéger Thonon, qui , trois jours après avoir estéinvesty, fut rendu à M. de ^cy, comme aussi se rendirent à luy en mesme temps les ehasteaux de Salaison et d'Ivoire.
Le fort de Bipaille fut en mesme temps invçst)'. Or larmée royale estoit lors composée de dix mille hommes de pied , Suisses et Grisons , de Uasquenets et des troupes de Genève , fort peo de cavalerie. Ce fort de Bipaille estoit importaot an doc de Savoye , lequel avoit envoyé ^ comte de Ifartinengue et le sieur de Sonas
avec douze cents lances , cinq cents argoulets et mil hommes de pied , pour empescher les desseins de M. de Sancy , et faire divertir ce siège. Us vindrent passer à demy quart de lieue de Ge<neve , et se rendirent à Lullins , pays de montagne, à deux lieues de Thonon, et usèrent d'une telle vigilance et diligence, que, devant que les Suisses se fussent rengez pour soustenir le choc, un gros de quatre cents lances poursuivit si chaudement la cavalerie de Genève , qu'elle fût contrainte de se sauver au galop dedans Thonon, où les Savoyards la poursuivirent si vivement, qu'ils vinrent Jusques à la barrière contre la porte, là où le fils du baron de Viry fut tué d'une mousquetade tirée de dessus les murailles, lesquelles incontinent furent garnies de harquebuziers ; ce qui fut la cause que les Savoyards retournèrent en arrière sans estre suivis.
Mais la cavalerie de Genève , ressortie de Thonon par une autre porte , avec quelque infanterie allèrent pour charger ceux qui les venoient de faire si bien courir : les Savoyards firent semblant de reculer , mais en un instant ils tournèrent visage et firent recourir encor la cavalerie de Genève vers Thonon : une pluye qui survint , accompagnée d'esclaira et tonnerres , fut la cause qu'il n'y en eut gueres de tuez de part ny d'autre. Ledict comte de Martinengue en mesme temps voulut tenter de deffaire le régiment de Soleurre ; mais les Suisses, s'estans rengez et renforcez Ineontinent de lansquenets et de François, soustindrent le choc avec leurs picques , tellement que ledit comte, se voyant blessé à la Jambe, quelques uns des siens tuez et plusieurs chevaux blessez, fut contraint de se retirer aux environs du mont de Sion par chemins bien rudes et difficiles , sans pouvoir secourir ledit fort de Bipaille, que l'on commença à battre le dernier Jour d'avril. Mais le premier jour de may les assiégez, voyans leur secours reculé , sommez par M. de Sancy de se rendre , luy demandèrent composition, laquelle il leur accorda : puis estans sortisse troisiesme jour de may on mit le feu par toutes les sept tours de ce fort , et aux galères et esquilb du duc de Savoye, qui y estoient au port, lesquelles furent aussi brusiées.
Les bailliages de Thonon et de Geais ayans esté ainsi conquis sur le duc de Savoye, M. de Sancy alla en Suisse , pour resouidre avec les Bernois de son acheminement avec l'armée des Suisses en France , et de la conservation desdicts deux bailliages conquis contre l'armée du duc de Savoye, qui s'apprestoit À Remiily et vers le Fossigny. Il fut résolu entr*eux que le colonel d'Erlac , avec cinq enseignes de son re-
CaBÛNOLOOlB MOVBNAIBS DB PALMA CAYBT. [l5S^]
gimeoti et trois mil Bernois qui seroient levez de nouveau et envoyez , garderoient lesdits deux bailliages conquis ; et que les trois cornettes de Genève, conduites par le sieur de Quilry , avec les six compagnies de gens de pied , et les garnisons de Monthou et de Bonne, demeureroient en ces quartiers-là , et s*entresecourreroient mutuellement contre le duc de Savoye leur ennemy commun , et que , suivant le commandement exprès que M. de Sancy avoit de mener la levée des Suisses en France , qu'il s*y achemineroit par Genève tirant vers Neufchatel et Montbelliard pour entrer par la Franche-Comté vers Langres, ville frontière de France en Champaigne , qui s'estoit maintenue en Tobeyssaoce du Boy , et qui s*est toujours depuis conservée au party royal par la conduite du lieutenant Roussard, qui asceu sidextrement manier le&Langrois. qu'il les a conservez contre une infinité d'entreprises ; et peut on dire de luy qu'il a maintenu la ville de Langres en son devoir.
Suy vaut ceste resolution, M. de Sancy revint à Thonon , et mena toute Tarmée vers Genève , où ayant fort accortement communiqué avec le sieur de Quitry et les principaux de Genève la resolution qu'il avoit prise avec les Bernois pour acconduire Tarmée en France par le commandement qu'il en avoit receu du Roy, il fut advisé entr'eux de faire courir un bruit que Tarmée s*en alloit au pays de Genevois comme pour tirer à Ghambery , et mesmes quelques uns furent envoyez recognoistre quelques ponts et passages. Ce bruit fut semé par beaucoup de raisons, et principalement aflln que les espions ne se doutassent aucunement du chemin que tiendrolt ceste armée , laquelle cependant , après un long chemin , avec douze canons , se fit voye par tout , et arriva à Langres , et de là tira vers Chastillon sur Seine, où ayant rencontré M. de Longueville et son armée, ils traversèrent ensemblement la Champagne, passèrent la Marne, et arrivèrent sans aucun destourbier en l'armée du Roy à Conflans, à deux lieues au dessous de Pontoise , où le Roy les receut tous avec beaucoup de démonstration de joye , principalement envers ledit sieur de Sancy, qui fut grandement loué de plusieurs pour la grande prudence et dextérité dont il avoit usé, amenant un tel secours au Roy après une infinité de difficultez qui se presentereot en ceste négociation , et aussi d'avoir practiqué des affaii^s pour quatre mois au duc de Sa voye et à toutes ses troupes, affin de Tempescher de troubler ses voisins, ainsi qu'il avoit dessigné , ce qui avoit esté descouvert par plusieurs mémoires et lettres Interceptées. Nous dirons cy après ce qui advint en la guerre
du duc de Savoy e contre les Bemds et Genevois. Voyons comme le Boy s'achemina ayant reeeo ceste armée pour assiéger Paris, et comme il y fut assassiné, qui estoit cest assassin, et des maux qui en sont depuis arrivez.
Après tant d'heureux succez , tons les vceax des royaux furent tournez pour aller devant Paris , et disoient tous que de la réduction de c(ste ville dependoit la ruine de l'union , aussi que rentrée en seroit facile, veu le grand nombre de serviteurs que Sa Majesté y ayoil encores,car toutes les bonnes famillesn'avi^nt, disoient-ils, adhéré à l'union que pour sauver le pillage de leurs maisons et la prison.
Le Roy , approchant de Paris , desiroit se rendre maidtre des passages sur les rivières de Seioe et de Marne, aussi bien qu'il avoit fait de ceux de la rivière d'Oy se. Il voulut s'asseurer du pont Sainct Clou. Le dernier de juillet , après avoir fait tirer quelques volées de canon, il s'en rendit malstre, et radvant«£arde de son armée, que conduisait le roy de Navarre , fut logée À Meudon et aux environs.
M. de Mayenue estoit à Paris , et avoit logé toute son armée dans les Ceiux-bourgs : il se doutait bien que les royaux ne faudrolent de faire quelque entreprise pour l'y venir attaquer; ee fut pourquoy il ordonna M. de La Chastre pour commander aux gens de guerre logez aux fauxbourgs Sainct Jacques et Sainct Germain , et luj s'asseuroit qu'il empescheroit bien que Ton ne se viendroit loger dans les faux-bourgs de Saioet Denis et de Sainct Honoré, espérant que M. de Nemours estant venu , qui amenoit des troupes du Lyonnois et les forces de Lorraine « qu'il douneroit bataille, ou feroit retirer le Roy, lequel, au dire de l'union, n'avoit plus de pouidres ni de boulets pour entreprendre un grand effort.
Maisil advint,au contraire de tantdedessrinsj que, le premier jour d*aou8t, entre sept et huit heures du malin, le Roy estant logé à Sainct Clou dans la belle maison du sieur Hierosme de Gondy , un jacobin , sorty de Paris exprès fm le tuer, en luy présentant une lettre, tira u Cousteau de sa manche , duquel il luy donna u coup daus le petit ventre. Le Roy , se senUui blessé , tira luy-mesme le Cousteau que ce ja bin avoit laissé dans la playe, et l'en frap d'un coup au dessus de l'oeil. Plusieurs genti hommes, qui à l'instant entrèrent dans la cba bre du Roy , se jetterent sur ce jacobin et I tuèrent, puis le jetterent du haut en bas de fenestre de la chambre dans la court, où il fu assez long temps, les uns dlsans que c'estoi un soldat desguisé en jacobin, les autres non jusques à ce qu'il fut recogna estre d'asseu]
CHBOlfOLOGIB ffOYENAIBB OB PALMA CAYET. [1589]
raoee on Jacobin appelle frère Jacques Clément. Le Boy, se sentant ainsi blessé, se recommaDda tout anssi tost à Dieu, comme au souvenio mededn. II fut porté incontluent en son Det, et, après qoe le premier appareil luy eut esté appliqué, il demanda à son premier chirurgien quel jugement il faisoit de sa playe , et luy commanda de ne luy celer le mal , afOn qu^il ne fust prévenu de la mort sans avoir recours aux remèdes de Taroe , et|eeevoir lessalncts sacremmrs de l*E^lise : le^el loy respondit , avec le jogemeot qu*il avoit pris de ses autres compa* goons, qu*on ne cognoissoit pas qu'il fust en danger, et qu'ils esperoient, avec la grâce de Dieu, qoe dans dix jours au plus tard il monterait à cheval ; ce qui fut l'occasion que Sa Majost^ iocontînent fit advertir par lettres tous les princes estrangers et tous les gouverneurs des protioces, et leur mandoit en ces termes ce qui otoit advenu en sa blessure :
< Ce matin un Jeune Jacobin , amené par mon procureur gênerai pour me bailler, disoiMI , des \ttim do sieur de Harlay , premier président en ma coorde parlement , mon bon et fidèle servitt'ar, détenu pour ceste occasion prisonnier à Pans, et pour me dire quelque chose de sa part, a esté introduit en ma chambre par mon commuodement, ny ayant personne que le sieur de fie legarde, premier gentil-homme, et monditprocareur gênerai. Après m'avoir salué, et feiimant à me dire quelque chose de secret , J'ay Caict retirer les deux dessus nommez , et lors ce mal heoreux m'a donné un coup de cousteau, pensant bien me tuer ; mais Dieu, qui a soin des siens, n'a voulu que, sous la révérence que je poi^ei ceux qui se disent vouez à son service , te perd'sse la vie ; ains me Ta conservée par sa S^ce, et empesché son damnable dessein , fai- ^t glisser le Cousteau, de façon que ce ne sera fi^, s'il plaîst à Dieu, espérant que dedans peu de jours il me donnera ma première santé. Je ne doute que telle voye ne soit en telle horreur ip'elie mérite à tous les gens de bien, et prlncips'emeDtaux princes, pour l'iniquitéet mauvais exemple d'icelle. Et d'autant que Je vous tiens pour Ton de mes bons parens et amis, |e vous ay bien voulu advertir de cest accident , m'asseu- [3ntque vous blasmerez l'acte, et ceux desquels ^I pent procéder. Vous serez bien aise aussi d'entendre l'espoir de ma brlefve guerison avec l'aide de Dicoj lequel Je prie vous avoir , mon cousin , ea sa garde. Du pont Sainct Clou , le premier d'aoost 1 689. •
Telles estoient lettres et espérances du Roy , fui fit incontinent aussi mander son chapelain P^rouyr la saincte messe, lequel venu, et ayant
fait dresser un autel vis à vis du lict de Sa Majesté et dans sa chambre, commença à la dire, et le Roy l'oûit avec toute l'attention et dévotion qu'on sçauroit désirer : au temps de Teslevation du corps et sang de nostresauveur Jésus Christ, il dit tout haut , la larme à l'œil : • Seigneur Dieu, si tu cognois que ma vie soit utile et profitable à mon peuple et à mon Estât que tu m'as mis en charge , conserve moy , et me prolonge mes jours, sinon, mon Dieu, prends mon corps et mon ame, et la mets en ton paradis. Ta volonté soit faite, n Pui^ il dit ces beaux mots que T Eglise chante en telle action : O salutaris hostia. La messe finie , il print quelque rafraischlssement pour pouvoir reposer.
Il fut ad visé par le roy de Navarre et par les princes et seigneurs qui avoientcharge en l'armée que Ton devoit se tenir en armes et prests , de peur d'une surprise du costé de Paris , ce qu'ils firent tous. Leur raison estoit que l'assassinateor enestant sorty , il n'y avoit pointdedoute quec'estoit un faiet prémédité dans ceste ville, etque les chefs deguerre qui y estoient estans advertis de la blessure du Roy, presumeroient qu'il adviendroit du trouble en Tarmée, sous la faveur duquel, en attaquant quelque quartier , ils pourroient faire quelque effort notable. Mais tout ce Jour II ne sortit rien de Paris , et les Seize s'empescherent tous, depuis le matin Jusques sur le midy qu'ils ouyrent que Jacques Clément avoit esté tué , à emplir les prisons du grand et petit Chastelet de tous ceux qu'ils pensoient avoir des parens en l'armée du Roy. Plusieurs furent aussi mis dans le Louvre et à la Rastille.
Tout le long du jour le Roy ne parla que de Dieu avec M. Loy s de Parade , son aumosnier , et avec plusieurs princes et seigneurs qui ne bougèrent de sa chambre depuis qu'il fut blessé jusques à sa mort, entr'autres M. le grand prieur de France, qui depuis a esté aopellé M. le comte d'Auvergne, lequel il aymoit fort pour estre fils naturel du feu roy (i) Charles neufiesme son frère, M. le duc d'Espernon , messieurs de Bellegarde , et d'O , lessleurs de Chasteauvieux , de Clermont, d'Antragueset de Manou , capitaines des gardes du corps, de Lyencourt, premier escuyer, et de Beaulieu Ruzé , premier secrétaire d'Estat, auxquels il fit plusieurs beaux d'scours sur l'estime qu*il faisoit de ceux qui mouroient en la gracede Dieu,etcombien il les croyoit heureux, qu'il desiroit s'y disposer pour estre plus asseuré, encores que, le 23 de juillet dernier , estant au campdevant Pontoîse, il eusl receu son Créateur.
(I) De Charles IX et de Marie Toucbot. 11 est ploR connu sous le lllrc d? dnc d'Angonïème.
CHAONOLOGIB NÔVCIfÀIBE DB IPÀLMA CAYST. [1589]
Après qu6 l'ordre eut esté donné par toute Tarmée , messieurs les princes du sang et autres ducs et princes, les mareschaux de Biron et d' Aumont, et les principaux seigneurs deVarmée^se rendirent au logis du Roy , où ils entendirent qu'il estoit blessé à mort : la tristesse fut alors grande. Le Roy ayant fait aprocher M. Estienne Bolongne, chapelain de son cabinet, pour se confesser, et luy ayant demandé Tabsolution, il luy dit : a Sire , le bruit est que Sa Saincteté a envoyé une monition contre vous sur les choses qui se sont passées aux estais de Biois dernièrement; toutesrois, luy dit-il, Je ne sçay pas la clause de ladite monition, et ne peux sans manquer à mon devoir de vous exhorter de satisfaire à la demande de Sa Saincteté; autrement Je ne peux vous donner absolution de vostre confession. » A quoy le Roy respondit hautement devant tous les princes et seigneurs : a Je suis te premier fils de TEglise catholique, apostolique et romaine, et veux mourir tel. Je promets, devant Dieu et devant vous tous , que mon desîr n'a esté et n'est encores que de contenter Sa Saincteté en tout ce qu^elle désire de moy. o Ce qu'ayant dit; ledit Bolongne luy donna Tabsolution.
Peu après Ton luy dit que le roy de Navarre estoit là. Or il sentoit desjà quelques douleurs et grandes tranchées | pour avoir esté blessé au petit ventre, ce qui le fît conjecturer qu'il estoit plus blessé que Ton ne luy avoit dit, et que Dieu le vouloit tirer à luy. Il fit appeller le roy de Navarre, auquel il dit ; « Mon frère, vous voyez Testât auquel Je suis ; puis qu'il plaist à Dieu de m*appeller, je meurs content en vous voyant auprès de moy. Dieu en a ainsi disposé , ayant eu soing de ce royaume, lequel Je vous laisse en grand trouble. La couronne est vostre après que Dieu aura fait sa volonté de moy. Je le prie qu'il vous face la graced'en jouyr en bonne paix. A la mienne volonté qu'elle fust aussi florissante sur vostre teste comme elle a esté sur celle de Charlemagne. J'ay commandé à tous les officiers de la couronne de vous recognoistre pour leur roy après moy. »
Le roy de Navarre «'estant mis de genoux , les yeux pleins de chaudes larmes et le cœur de gros sanglots, ne luy put dire un seul mot, et ayant pris les mains du Roy les baisa. Sa Majesté , voyant qu'il ne luy pouvoit rien respondre à cause de ses larmes, l'embrassa par la teste, et l'ayant baisé lui donna sa bénédiction ; puis, luy ayant dit qu'il se ievast, il fit approcher tous les princes et seigneurs qui estoient là présents, et leur dit : « Je vousay tantost dit que je désire que vous demeuriez tous unb ;
pour la conservation de ce qui reste d'entier en mon Estât, car la division entre les grands d'un royaume est la ruyne des monarchies , et que le roy de Navarre est le légitime successeur de ceste couronne. Vous n'ignorez pas la juste obeyssance que vous luy devez après moy; et, affln que vous demeuriez tous unis au deToir que vous devez à la couronne , je vous commande à tous présentement de luy jurer et promettre obeyssance et fidélité. » Suivant le commandement du Roy , tous les princes et officiers de la couronne qui estoient là presens mirent à l'instant un genouii en terre, et promirent et jurèrent obeyssance et fidélité au roy de î^avarre après qu'il auroit pieu à Dieu de faire sa volonté du Roy : ce fait, Sa Majesté commanda qu'on le laissast en repos. Le roy de Navarre se retira pleurant, comme aussi firent tous les princes les larmes aux yeux : les officiers domestiques avec les aumosniers demeurèrent seulement dans la chambre.
Sur les deux heures après minuit son mal rengregea si fort, que luy mesme commanda audit Boulogne , son chapelain du cabinet, d'aller prendre le Sainct Sacrement, affin que s' estant encore confessé il le pust adorer et recevoir pour viatique : « Car, disoit-il, je juge que l'heure est venue que Dieu veut faire sa volonté de moy. » Ce qui fat cause que les officiers qui l'assîstoient luy dirent plusieurs choses, affia de le consoler pour attendre la mort en patient, et luy leur respondit : « Je recognois, mes amis, que Dieu me pardonnera mes péchez par le mérite de la mort et passion de son fils nostre Seigneur Jésus Christ. » Puis incontinent il leur dit : « Je veux mourir en la créance de l'Eglise catholique, apostolique et romaine. Mon Dieu, pardonne moy , et me pardonne mes péchés. » K ayant dit In manus tuas , Domine, etc., et le psalme Miserere met, Deus, lequel llnepntda tout achever pour ce que Ton luy dit : « Sire, puis que vous désirez que Dieu vous pardonne i il faut premièrement que vous pardonniez à voj ennemis. » Surquoy il respondit : « Ouy, jelenl pardonne de bien bon cœur. — Ne pardonna vous pas aussi à ceux qui ont pourchassé vostrj blessure ? — Je leur pardonne aussi , respondij il , et prie Dieu leur vouloir pardonner kur fautes, comme je désire qu'il me pardonne I« miennes. » Après s'estre encor confessé aud Boulogne , la parole luy estant devenue basse ledit Boulogne luy donna Tabsolution, et après , ayant perdu du tout la parole , il ^^^ l'ame à Dieu , faisant par deux fois le signe la croix, et ainsi mourut, au grand regret plusieurs de ses officiers et subjects.
CHBONÛLOGIB NOVBNAUl BB PALU A CAVST. [1589]
Voytà eomne nonrat te roy Très-Chrestien
Heoiy troisiesme. En ce prince défaillirent les reys de la famille des Valois , après avoir régné en France plus de deux cents soixante ans, de* pois le roy Ptiilippes de Valois , fils de Charles , comte de Valois, Josques en eeste présente année. Si, durant la vie de ce prince, ceux qui ont eserit en faveur de ces deux grands partis formés en France, seavolr de ligueurs et d'hugoenots, Tont attaqué par leurs escrits , ils n'ont eneor laisié , après sa mort , de troubler son repos; et toutesfbls les uns et les autres en leurs CMiiti n*0Dt aucune apparence de vérité, car de tt mort chacun d'eux s'en fait accroire un mincie pour ftvoriser son party. Les huguenots disent : < La mort a emporté ce Roy de ce monde en Tautre , mais, circonstance notahie, en la ehambre mesme où Ton tient avoir esté prins le conseil de eeste furieuse Journée de la SalDot Barthélémy , Tan 1572. » Ces paroles font couchées dans l'adjonction fhicte à Tinventaire de l'Histoire de France par Montliard. Le Dm du Beeoell des Cinq Boys , imprimé à Genève, aseeure le mesme en presque semblables termes. Et dans le livre de FEstat de TEglise , iaict par Jean Taffin , ministre , sont ces mots : < Oo a remarqué , avec providence de Dieu , qoe cela advint en la chambre mesme en la- <raelle, ran 1573, avoit esté prins le conseil de cttte fbrieuse Journée de Salnct Barthélémy, v Vojrlà des circonstances notables et des remarques de la providence de Dieu, légèrement et, J'userayde ce mot, faulsement publiées, car, À la Sainct Barthélémy , le lieu où fut blessé le Boy appartenoit à un bourgeois de Paris nommé Chapelier, et le posséda encor plus de deux ans après, où Sa Majesté n'avoit Jamais entré estant duc d* Anjou , et n'y entra que long temps après son retour de Pologne. Quand la Boyne tt mcre Tacheta, ce fût après la mort du feu roy Charles, en intention d'y faire bastir; mais comme elle vid que ce lieu estoit trop petit , elle le bailla, Tan 1577 , à la femme du sieur Hlerosme de Gondy , lequel fit abbattre le logis, et le changer tout de nouveau, Tayant embelli de grottes et fontaines , et rendu tel , que depuis ii a esté fréquenté par les princes et seigneurs^ ce qu'il n'estoit auparavant. Or celuy qui a compilé le susdit Recueil des Cinq Roys, duquel Montliard et Taffin ont tiré ce qu'ils ont mis dans leurs livres, car il avoit premièrement eserit qu'eux, use de ces termes : On dit qu'en eeste mesme chambre avaient esté prins les conseils des massacres, etc. Voyià un ouy dire ioveoté par l'autheur dudit Recueil : son inveniion est prise dans les mémoires et petits dis-
cours Imprimez Tan 1579 A Genève, touchant ce qui estoit advenu à la journée de Salnct Barthélémy , où Ils disent que les conseils en furent pris à Sainct Clou et aux Tuilleries. Pour les Tuilleries , ii a esté ainsi eserit par plusieurs his« toriens et tenu pour véritable , à cause du Jour qu'ils disent que ledit conseil a esté tenu , qui a esté la veille de eeste Journée; mais pour Salnot Clou , ii a esté et est réputé faux. Les uns n^ont point nommé la maison où fut tenu ce conseil ; les autres ont dit qu*il avoit esté tenu dans le logis de Gondy, evesque de Paris, frère du comte de Rets, ce qu'ils escrivoient lors pour Tanimosité que telles gens portoient h M. de Rets, favorit et bien-aymé du roy Charles, et aftln de mettre sa maison en une haine mortelle de ceux de leur party. Or , pour trouver quelque couleur à eeste calomnie, l'autheur dudit Recueil, sur ce que le Roy a esté tué en la maison de Gondy , en tire eeste conjecture , et coule ce mot de on dit qu'en eeste mesme chambre, etc. Montliard, qui a eserit depuis luy, passe plus avant, et dit : On tient etc. : ce n*est plus desjà un ouy dire, à son compte il y en a qui le croyent; mais le ministre TafOn , plus asseuré , et qui en a eserit le dernier, Tasseure, et dit que c*est une providence de Dieu. Quel mensonge I
Aussi M. le procureur gênerai en ayant fhit sa plainte h la cour contre Montliard , ces mots furent rayez de son livre avec beaucoup d'autres, et luy en fut en une grande peine , s'excusnnt sur Toiiy dire ; mais depuis son livre estant réimprimé à Genève, tout y a esté remis, et passe pour croyance parmy les gens de ce costé là. Yoylà quelle a esté la passion de ces escrlvains sur la mort du roy Henry III. Et toutesfois ils sont comme contraints, ne pouvant taire la grandeur et bonté de ce Roy , de dire de luy que c*estoit un prince débonnaire et docile, courtois, accoii;, disert, grave, mais de facile accez , devotieux , aymant les lettres , avançant les gens d'esprit, libéral et rémunérateur des hommes de mérite, désireux de reformation ez abus et malversations de ses ofQcierS; amy de paix, et capable de conseil.
Si les huguenots ont pensé faire accroire que la mort de ce Roy estoit advenue par une providence divine, les ligueurs on ceux de Tunion, de l'autre costé , ont publié que Dieu mesmes l'avoit commandé par un ange , et qu'une nuict, Jacques Clément estant en son iict, Dieu luy envoya son ange en vision , lequel avec grande lumière se présenta à luy , et luy monstra un glaive nud, lui disant ces mots : « Frère Jacques , Je suis messager de Dieu tout-puissant ,
CHRONOLOGIX NOTBIVÀIBB I>E PALMA CÀYET. [1689]
qui te viens acertener que par toy le tyran de France doit estre mis à mort ; pense donc à toy comme la couronne de martire t'est aussi pre« parée. » Gela dit, l*ange se disparut; et frère Jacques s'estant remis devant les yeux ceste apparition , douteux de ce qu'il devoit faire, s'addressa à un antre religieux, homme docte , auquel il déclara ceste vision , lequel luy dit qu'il estoit deffendu de Dieu d'estre homicide ; mais , d autant qae le Roy estoit distrait et séparé de r£glise, qui bouffait de tyrannies exécrables, qu'il estimoit que celuy qui le mettroit à mort, comme lit jadis Judith un Holoferne, feroit chose sainte et recommandable , et que, s'il estoit mis à mort exécutant un si bon œuvre, il seroit bien-heureux ; lesquelles paroles furent si aggreables à frère Jacques , qu*il se proposa dèslors de faire mourir Henry de Valois. Et, après plusieurs jeusnes et abstinences qu'il fit au pain et à Peau, s'estant confessé et fait communier , fit tantt qu'il eut des lettres addressantes à Henry de Valois; et ainsi, ayans pris congé de qui bon luy sembla . et fait provision d'un Cousteau bien long et pointu qu'il mit dans sa manche, s*en alla à Sainct Clou, où il arriva le mardy au matin, premier jour d'aoust , là où estant par son addresse introduit dans la chambre du Roy , ii se présenta à genoux ; puis ayant baisé la missive en la présentant au Roy , par mesme moyen il tira le Cousteau de sa manche , dont il blessa le Roy : ce qu'estant veu par les gardes, il fut par eux à l'instant tué de divers coups; puis, ayant esté recognu estre un jacobin, il Ait, tout mort, tiré à quatre chevaux, et bruslé par après ; son ame cependant ne laissant de monter au ciel avec les bien-heureux.
Ce discours fut fâict et composé mesmes par un jacobin, imprimé, tant à Paris qu'à Lyon, par les libraires et imprimeurs de l'union , sur lequel dèslors on remarqua à la vérité comme l'assassinat de ce prince avoit esté comploté, et aux sermons que fit depuis le prieur des jacobins , nommé Rourgoûin , sur cest assassinat . louant l'acte et le meurtrier , l'appellant enfant bien- heureux et martyr, avec une infinité d'exclamations en sa louange, on présuma que c'estoit luy qui avoit fait ce discours, et aussi que c*estoit luy qui avoit persuadé ce Jacques Clément à commettre ce parricide , et Tavoit deceu , le voyant fort dévot et niais, luy faisant boire quelque bruvage pour le faire resver, et puis, estant eodormy, luy avoit fait ouïr, par quelque subtil moyen , une voix qui lui auroit commandé de tuer le Roy. Bourgoûin n'a esté le premier qui par une telle ruse a persuadé d'exécuter de telles entreprises à des niais sous umbre de reli-
gion , ainsi qu*il se peut voir en plusieurs histoires, sans préjudice à l'Ordre et antres religieux dlceluy : aussi l'on a tenu qu'il estoitceloy à qui Jacques Clément avoit esté dire sa resverie, comme estant son prieur, et que ce fbt luy qui luy donna le conseil et le moyen de Texecater, ayant faict surprendre les lettres qu'en* voyoit M. le comte de Brienne, prisonnier à Paris, à M. le procureur gênerai, et celles que M. le premier président envoyoit au Boy, par les plus factieux qui estoient dans Paris, desquels il estoit , et l'un des principaux prédicateurs de la faction des Seize, lesquels, désespérez de la clémence du Roy, résolurent de le faire tuer d'on Cousteau empoisonné , afdn qu'en quelque endroit qu'il pust toucher Sa Majesté, que le coupfost mortel.
Cependant que Bourgoin practiqnoit d'avoir ces lettres telles qu*il les failloit pour faire réussir leur dessein , Jacques Clément frequentoit les voisins d'auprès les jacobins, et leur disoH tous les jours : t Ayez patience* je taêray flenry de Valois en bref , Dieu me Fa commandé, i Ils se mocquoient de luy à cause de sa stupidité, et luy leur respondoit : « Vous ne sçavez pas tout; vous verrez ce qui en sera. »
Les lettres , le passeport , et le coustean empoisonné prests, Jacques Clément s*acbemioa asseurement à Sainct Clou, et ayant présenté les lettres à M. le procureur gênerai , et luy ayant dit qu'il en avoit une à donner au Roy de la part de M. le premier président, laquelle il avoit charge de luy donner en main propre, et luy dire quelque chose de grande importance, ille mena parler au Roy.
Par la grande familiarité et accez que le Boy avoit accoustumé de donner aux gens d^e^lise qui luy desiroient parler, ce moine eut moyen d'exécuter son dessein ; mais conduit, ainsi qu'il a été dit cy-dessus, tout tremblant en voyant Sa Majesté, il n'eut la force de pousser son Cousteau assez avant pour le tuer , quoy qu'il n'y eust que la chemise au devant du ventre du Boy, qui venoit lors de lagarderobe; aussi, si le Cousteau n'eust esté empoisonné, le Boy ne fust mort de ce coup là , puis que les intestins n'es* toient nullement offensez , ce qui fut cause de taire juger à ses chirurgiens, au premier appareil , qu'il n y avoit point de mal; neauimoios. tout aussi tost le poison parvint aux parties nobles, à cause que la pane qui couvre les intestins estant toute tissuë de fibres et petites veines qoi respondent aux veines meseraiques dans le fonds des reins , facilement ladite pane s'enflamba^et incontinent le moserée en estant infecté, ren* voya soudain au foye, et le foye l'espandit pa'
CHBOirOLOOIB HOVBNÀIBB BB PALMA CAYBT. [lô89]
tootto draphragme et alla frapper au cœor ; ce qui fat cause pourquoy par plusieurs fois le Roy tomba en syncope, et finalemeot s*eD ensuivit la mort sans aucun remède; car les antidotes et contrepoisons ne furent assez suffisanspour contregarder les parties nobles , et aussi que le lieu delà blessure n'estoit capable d*extirpatioo.
Voylà comme le Roy a esté 08sas!>iné par un moyoe, avec le fer et le poison , sorty exprès de Pvis poor ce faire, à ce solicité par son prieur, IqQel toutesfois fut pris trois mois après , sçavorie premier jour de novembre, à la prise des fenxbourgs de Paris, ayant les armes au poing poor deffendre les tranchées. Il fut conduit et méfié an parlement à Tours. Un grand nombre detrsmoios luy furent confrontez, qui luy sousborent les choses qu'il avoit dictes de Jacques Ciemeot après sa mort. Il ne respondit autre ebose, sinon quUl estoit prisonnier de guerre. De Paris on envoya à Tours offrir pour luy de rendre on homme de lettres prisonnier à la Bastille. Il fut enjoinct au trompette de se retirer. Le prieur, contraint de respondre à la cour , le fit comme en riant : nonobstant il fut condamné à estre tiré à quatre chevaux. Estant conduit pourcstre exécuté au grand marché de Tours, il dit ao people qu'il avoit esté des plus doux predicafeors, pois pria Dieu d'avoir pitié de son ame pour ses grands péchez. Le greffier , ainsi qu'il avoit desjà un linge sur la face prest à estre tiré, le iny fît o^ter, et luy dit : « Vous estes prest de ooou^r à Dieu, et sçavez bien que, si nous ne eoDfessoQs nos péchez en ce monde, nous nous reoJoQs grandement coulpables, et encourons la âvnoatloQ éternelle. Vous estiez le prieur et comme le père de Jacques Clément qui a assassiné ieRoy; vous sçavez qu'il estoit sorty du coovent dont vous estiez prieur , vous y estant, et, après le malheureux parricide qu'il a corn- OQù, vous avez dict qu*il estoit saioct en paradis: vous ne pouvez nier cela. Il n'estoit point 9Q»tioQ que vous appel lassiez les tesmoings devant Dieu, pour ce, dites- vous, quMIs ont tessoigné faulx, et que toutesfois les Juges vous «ût bien jugé : il n'y a celuy qui ait oùy vos ser- BioDsqui ne vous ayt entendu approuver et louer tootce deqnoy vous estes accusé et convaincu. ^ous vous opioiasfrez, et ne voulez confesser le swret de ce parricide , ny ne voulez dire vos •^njplices, et toutesfois vous espérez aller devant ï^i«u, et desirez qu'il vous pardonne vos péchez : <^laest bien douteux pour vous, et devez prac- ^«er en cest endroict ce que vous a appris la (beologie depuis le long temps que vous en avez to profession. • Bourgoin luy respondit lors, rommeen colère : Nous avons bienfaict ce que
nous avons peu , et non pas ce que nous avons rou/z^.Cefurent ses dernières paroles, car, le linge remis sur sa face, il fut tiré, escartelé, et puis bruslé presque en mesme temps. Voylà la fin du prieur et du moyne qui ont commis Tassassinat et le parricide contre le roy Henry troisiesme.
Sur ces dernières paroles , nous avons bien faict ce que nous avons peu, et non pas ce que nous avons voulu, plusieurs discours en furent tenus par les catholiques royaux , désireux de sçavoir ce que le prieur avoit voulu dire; mais la plus grand part jugèrent qu*il les avoit dictes pour les deux assassinats résolus en mesme temps, tant contre le Roy que contre le roy de Navarre, car le lendemain que fut prins ce prieur , ftit aussi arresté le sieur de fiougemont, lequel, ayant entendu que le roy Henry IV estoit aux fauxbourgs de Paris , s'y estoit rendu , mais , sur un ad vis que ledict sieur Roy avoit eu de son entreprise, fut pris, mené et conduit en mesme temps que ledit prieur à la Conciergerie de Tours. Interrogé, confesse qu'estant de la religion prétendue reformée, il s'estoitdez Tan 1586 retiré h Sedan, d*où la nécessité qu'avoit sa famille Tavolt faict revenir en sa maison en se faisant catholique; mais qu'au mois de juillet dernier estant à Paris , rencontré par le petit Feuillan, après pinsieurs paroles qu'il luy dit touchant sa conversion, estans tombez , de propos en autre , sur la nécessité et le peu de moyens duditRougeroont, il luy dit qu'il pouvoit fnire un service à Dieu et à TEglise, et qu'il luy avoit rrspondu qu'il seroit très-heureux s'il le pouvoit faire : ledit Feuillan luy dit qu'oùy , en tiiant le roy de Navarre, ce qu'exécutant il se pouvoit asseurer qu'il ne manquerolt de commoditez; mais que, sur ceste proposition , ayant eu plusieurs paroles en diverses fois avec ledit Feuillan comment cela se pourroit aysement faire , enfin ils s'accordèrent qu'il s'en iroit en l'armée royale, et que, faisant semblant d'estre derechef hérétique, il trouveroit le moyen de tuer le roy de Navarre d'un coup de pistole , et que luy ayant dit qu'il n'avoit point d'argent pour se mettre en esquipage affin d'aller en Tarmée, que le petit Feuillan luy bailla quatre cents escus, lesquels ayant receus^ il se retira en sa maison prez de Corbeil avec promesse d'exécuter leur complot, mais qu'au contraire II en fitadvertir M; de La Noué pour le faire sçavoir au Roy ; aussi que ledit petit Feuillan, quelque temps après, luy avoit rescrit, et le sollicifoit d'exécuter leur dessein; mais qu'il avoit gardé ses lettres, et ne luy avoit envoyé que des excuses pour son argent, et n'estoit point venu aux fauxbourgs de Paris que I pour faire service au Roy.
tu
eiUONOLOOlB NOVENAIBE DB PALMA CAYBT. [1689J
la tranqullité de TEstat du Roy],estDllrll pmak de le tuer? Peut-on tuer ou faire tu«r inipune* ment et sans péché les excommunies? Où en sont les pas8a<;es en la salncte Escriture? Car quand il est dit [l . Cor. 15], en parlant de Tincestueux Corinthien, Çn't/ a esté excùmmimti pour la desiruction de la chair , affin que /'«prit soit sauvé au jour du Seigneur ^ la glose de Lyra dit : A la destruction de la chair y c'est à dire pour rafOIction de la chair , afin que le pécheur se repente et que la peine luy ramentélTe
sacoulpe.
• Quant à la tyrannie , chacun sçalt bien, disoient-lls, que le tyran est celuy qui usurpe II royauté au préjudice des légitimes sueoessears, et contre le gré et volonté des trois ordres d'im royaume , ou qui faict mourir ses subjects pour , et recogneu pour moy ne , confessa ce 1 s'approprier la confiscation de leurs biens. Pour loy il estolt venu, et qu'il avoit promis à le premier , Henry III estoit roy de France par
succession légitime. Pour le second , ebacan a cogneu qu'il estoit plustost immense que libéral
Toutes œs excuses eussent esté impertinentes s'il n>ust vérifié l'advls par luy donné à M. de La Noué; et, après une longue prison, par arrest il luy ftit falct deffences d'approcher le Roy de dix lieues. Ce sont là de terribles desseins pour gens d'église, et, sans mentir, ce Ait un des malheurs de ce siècle , auquel il sembloit que tout deust aller sans dessus dessous par le moyen de ces assassinats ; car Jessé, cordelier à Yendosme, en mesme temps practiquaun autre Jeune cordelier, et le disposa de telle façon, qu'il s'offlrit d'assassiner celuy des politiques on hérétiques qu'on loy diroit. Jessé l*envoya à Tours, en habit desguisé, pour i*execution de Tentreprise que nous dirons cy après, avec charge quMl se logeast an logis d'un nommé Godo ; mais entrant dans Tours en habit desguisé par la Porte Neufve pour quoy
Jessé de tuer M. le cardinal de Yendosme , ou M. le président dTspesses, selon ce qui luy seroit commandé. Le lendemain de sa prise II fbt pendu, et Jessé le tût aussi à la prise de Yendosme, tant pour ceste mauvaise procédure que pour ses deportemens. J'ayestécomme contraint, en parlant de la mort du Roy, de dire tout d*une suitte les assassinats qui furent entrepris en ce temps-là, affin que ceux qui liront ceste histoire voyent combien ce siècle en fût abondant, et la punition qu*ils en receurent. Aussi tous les gens de bien abhorrèrent ces procédures, et mesmes il fut lors publié un livre de la deploratlon de la mort du Roy et du scandale qu'en avoit l'Eglise ; car c'est un très-meschant et dangereux exemple aux peuples d'attenter À la vie de leurs princes souverains, pource qu'il est très-expressement prohibé de Dieu de mettre les mains sur l'oinct du Seigneur, et, quelques prétextes que ceux de l'union ayent feict publier en ce tempslà qu'il estoit permis de le tuer pource, disoientils, qu'il estoit excommunié, tyran et perfide ^ ils parloient très-mal , et plusieurs catholiques royaux leur firent de tres-amples responces , et monstrerent qu'il n'estoit aucunement entaché de ces vices.
« Car, disoienl-ils , quant à l'excommunication , ores que la monltion de Sa Saincteté eust esté Juste [ce que non], et qu'elle fost venue à la cognoissance du Roy, et qu'il eust encouru excommunication pour n'avoir relasché le cardinal de Rourbon et l'archevesque de Lyon [cestuy-cy n'estant plus en sa puissance , ains prisonnier dans le fort chasteau d'Amboise que tenolt le capitaine Guast qui en voulolt disposer à sa volon^, et ledit sieur cardinal à Chinon en prison large , la délivrance duquel Importolt de
et si en chose quelconque il a mérité d^estre blasmé , ç*a esté pour avoir benignement pa^ donné et donné grâce et redonné les biens à plusieurs qui a voient mérité la mort ou qui y avolent esté condamnez , et est vray que sa trop grande bonté l'a falct mespriser et desdalguer à plusieurs personnes , ce qui a esté cause que l'on s'est si hardiment rebellé contre luy , et que Ton a entrepris si librement contre sa personne. N'cust-fl pas eu, disoient-ils, un Juste subject de faire punir le docteur Roucher , curé de Sainct Benoist, le premier des prédicateurs de la faction des Seize, lequel, l'an 1687 , prescha dans Sainct Rerthelemy , que la France s'en alloit porter droict à la tyrannie , et que le Roy vouloH cmpescher les prédicateurs de dire la vérité , et i cest effect qu'il avoit falct mourir le docteur Hugues Rurlart, théologal d'Orléans? ce qu'il imprima tellement en Tesprlt de ses auditeurs, qu'ils le creurent fermement, et le rapportèrent partout iParls pour chose très-veritable. Le flt*B punir pour ce mensonge? Non. Sa Majesté » contenta d'envoyer quérir plusieurs docteurs et prédicateurs de Sorbonne , et entr^autres ledlrt Roucher, auquel il demanda pourquoy il «▼^'J^ presché qu'il avoit faict mourir ledict ibeolj^- Roucher luy respondit : • On le m'a asseuré.— L'avez-vous veu mort?dlstle Roy.—NoD,Sire, respond Roucher; mais il m'a esté affermé pour chose véritable. » Lors le Roy loy repHtpaj a Pourquoy voulez- vous plustost croire le ma que le bien, et prescher en la chaire de vérité une menterie si évidente? » Roucher, à ces paroles, demeura comme un muet, et le Roy fit venlrle^ci théologal se portant bien, l'ayaut faict fort wcn
OUONOIÛGIII NOVBNAIBB M PÀLMA CAYBt. [15S9]
traiefer dans une chambre au chasteau d'Amboise, où il Tavoit fiiiet mettre poar avoir en ce temps-là presché , comme ledict Boucher et plusieurs aatres , une infinité de menteries aussi claires que œste-cy. Boucher et tous les assistans ihrent estonnez. Plusieurs princes moindres que le roy de France n'eussent laissé passer cela sans punitioo; mais la bonté de ce Boy ne voulut que BoQcheren eust autre chastiment, sinon qu'il pria M. Tevesque de Paris de luy interdire la chaire pour quelque temps.
I Test-ce pas là une grande l)onté? n'est-ce pas ooe grande clémence? disoient les catholiques royaux ; et toutefois Boucher n'a laissé de continaer ses mauvais deportemens, asseuré de l'assistance du party de la ligue dans Paris, où les factieux ont estimé ceste bonté du Roy à une timidité, et qn'il n'eust osé le faire punir.
> Les tyrans tirent et prennent toij^ours et ne payent aucun debte. Au contraire, disoient-îls, le Roy a acquitté et payé plusieurs debtes de ses prédécesseurs, et quand on luy a eu preste de l'argent par le moyen de rentes constituées et d antres partis faits avec Sadite Majesté, affln d'avoir de l'argent pour faire la guerre, et qnW estats de l*an 1 577 on luy eut allégué que ces constitutions estoient usuraires , et qu'il les faJJloit casser, et supprimer sans remboursement les officiers qui luy avoient de bonne foy fourny leurs deniers sous sa promesse de les garantir, il n*y a jamais voulu entendre, comme beaucoup d'autres eussent faict, pour s'acquitter tout à au coup de trente ou quarante millions de livres tournois : ce qu'il eust peu faire, et prendre le snbject de la réquisition des estats, sur le prétexte que ces rentes estoient à seize pour cent : ce qu'il n'a voulu faire, comme firent en ce temps là aucuns princes ses voisins, et mesme l'Espagnol À l'endroit des Genevois (1), pour la somme de quatorze milions.
> Où, sont, disoient les royaux, les thresors qoe Sa Majesté a recueillis durant quatorze ans qui! a esté roy? Où sont les grands duchez, comtez, terres et maisons bien basties qu'il a achetées durant son règne? Où sont les beaux et précieux joyaux qu'il a achetez et fait faire pour soy depuis son advenement à la couronne? Que l'on nous monstre de telles acquisitions , afûn d'advoùer que s'il a levé beaucoup d'argent «ir son peuple et sur l'Eglise durant son règne, qu'il a faict acte de tyran de n'avoir voulu se contenter de tondre ses brebis pour se servir de la ialue, et qu'il a voulu les eseorcher pour en *'w la peau et la chair. Vous ne trouverez rien
<M)etGéiioU.
en luy de tout cela , et l'argent qu'il a retiré de ses subjects n'a pas esté levé par luy pour cupidité de tyrannie ; il y a esté contraint par la nécessité des grandes debtes et grosses guerres qu'il a eu sur les bras : on sçait comme ces choses se sont passées. Il n'est question de particulari* ser ny les personnes ny les dons, ny les edicts et levées faictes de son règne sur le peuple, ny le consentement que plusieurs juges y ont preste; mais, s'il a esté levé sur le peuple beaucoup de deniers, ç*a esté de l'invention d'autruy et non du Boy , et spécialement par Timportunité de quelques-uns, et principalement par la pluspart de ceux qui se disent aujourd'huy de l'union. L'on sçait que les deniers de telles levées ne sont tombez au profit de Sa Majesté, mais d'une milliace de personnes, ainsi qu'il est très-veritable.
i Si l'on dit qu'il ne devoit adhérer aux importunitez que luy faisoient ses favorits, chacuu l'advouê ; mais pour cela il n'estoit point tyran, car ce n'estoit point pour s'enrichir ny pour avoir des thresors en son particulier, ains seulement pour la facilité et bonté qui estoient en luy de contenter un chacun , et le désir qu'il avolt de gratifier tout le monde, voire jusques A ses propres ennemis. »
Quant à la calomnie que ceux de l'union im* putoient au Roy d'avoir esté perfide aux estats de Blois, et d'y avoir violé son edict d'union par la mort de messieurs les cardinal et duc de GuisCi et de l'emprisonnement de plusieurs princes et seigneurs,les catholiques royaux disoient : t Vous estes d'adcord avec nous, messieurs de l'union^ que le Roy a satisfaict à ce qu'il avoit promis par son edict d'union aux princes de la ligue, et n'y a point contrevenu depuis qu'il l'a faict jusques à Noël dernier : comme aussi est-il vray ; mais au contraire les contraventions que les princes, seigneurs, villes et communautez de la ligue ont fiiict à l'edict d'union, ne sont que trop cogneuës ; leurs intelligences qu'ils ont continué avec les princes estrangers, dont ils avoient promis de se despartir, la continuation de leur ligue, la practique de leurs brigues faictes aux estats, la délibération prise de se saisir de la personne du Roy, et le mettre comme en tutelle, à ce que par ce moyen ils peussent eflTectuer leur resolution, puis qu'ils estoient hors d'espérance de le faire aller à Paris, n'en sont que trop de preuves véritables : qui est ce qui a contraint Sa Majesté de faire mourir messieurs de Guise, non pas de gayeté de cœur , mais pour sauver sa vie , son honneur et sa couronne.
» Quelle raison donc, messieurs de la ligue, avez vous eu d'aroir esté si furieux contre vostre vray roy, naturel et légitime, quand bien il euSt
CHBOnOLOGIB NOVfiRAIBE
esté tel qoe vous Tavei publié et presché, de chanter des Te Deum pour son massacre , et d'en louer le meurtrier, et restiroer estre heureux et en paradis? Quand tout ce que vous en avez dit eust esté vray, tousjours estes vous dignes de la malédiction de Cbam et de Gbaoaan, pour avoir descouvert et publié les hontes de vostre superleur et de vostre roy. Où avez vous leu en toute la saiucte Escriture qu'il y ait un commandement de se rebeller et user de voyes de fdict contre son roy? où est-il escrit? Tous les docteurs delà Sorbonne qui se sont mis de vostre ligue ne nous le sçauroient monstrer. Il n'y a qu'un seul point pour n'obeyr pas au roy ; c'est quand par force il contraint ses subjects de faire choses contraires à Dieu : lors et en ce cas nous ne doutons point que sa supériorité ne cesse, pource que la puissance du roy est subalterne à celle de Dieu, comme aussi nos roys de France le recogooisseot, se disans roys par la grâce de Dieu; car Dieu est leur supérieur : aussi nous n'obeyssons aux roys que pour obeyr à Dieu qui le commnode et les a instalez, car sa parole nous a dit : Ilfautplustost obeyr à Dieu qu'attx hommes. Mais comment peut on desobeyr aux roys? Fugere aul pati. Desguerpir, quitter son pays et sa terre, ou souffrir et endurer toutes choses. Nostre Seigneur Jesus-Christ nous l'a monstre de faict et de parole : « Si Ton vous persécute, dit-il , en une ville, fuyez en une autre : vous estes bienheureux si vous souffrez pour mon nom ; ainsi ont faict les gens de bien, ainsi nostre créateur a faict. • Voyià ce que disoient les royaux à ceux de l'union. Il fut faict beaucoup d'escrits en ce temps-ià sur ce subject, tant d'une part que d*autre, chacun soustenant son opinion. A la suitte de ceste histoire l'on Terra le fruict de toutes leurs escritures.
Par toutes les églises cathédrales des villes royales l'on fit le service du roy Henry III, ainsi que l'on a accoutusmé à faire aux roys de France, où il fut prononcé de très-belles oraisons funèbres par de bons et sçavans docteurs en théologie, lesquels, après avoir remonstré l'inhumanité d'un tel parricide, et qu'il n'estoit loi-
(1) Il a ttAi basUr plusieurs monastères au i>ots de Vincenoes, ans faux-boargs Sainct Honoré, ci antrps endroicU. II a faict aussi reparer Nostre Dame de Clery, ruinée par les lieretiquc*^. ( iVofi* de t'Avtevr.)
(2) Il TiToit en re1<(?ieiix aax Ilieronimites et aux Penitens. (Ibid.)
(3? n alloit en procession à Nostre Dsme de Chartres, à Nostre Dame de (Acry, et a Nostre Dame de Boulongne. (Ibid,)
(4) D falsoit Tisiter les prisonniers , et donnoit de Fargentà madame de Boulencourt , et à nn nommé Le Gois ,
OK PALIfA CAYBT. [l589]
sible au subject d*attenter à la personne de son roy , ny de le troubler par armes en ses pro» vinces, et que, quiconque estoit si téméraire de l'entreprendre, il estoit hérétique, maudit, excommunié et damné comme Judas, s quel opinion disoient-ils, pouvez-vous doue avoir de ceux qui dans les chaires ont alumé le feo des guerres civiles, trompeté les séditions, approuvé les emprisonnements et assassinats des magistrats, et, ce qui surmonte toute impieté, le parricide commis en la personne de nostre Roy légitime, nombrans entre les martyrs Passassinateur, veu neantmoins qu'il est condamné par tous les conciles comme hérétique, maudit, excommunié, et ayant part avec Judas? La postérité croira-elle que l'impudence de tels liarangueurs mercenaires se soit Jusques là desbordée? Quant bien un roy seroit meschant et inique, si n'est-il pas loisible Feulement de murmurer à rencontre de loy , selon If s conciles : que sera-ce donc s'il est tout bon , tout sage , tout débonnaire, comme estoit le feu Roy ? car son zèle, sa dévotion et sa pieté, estoient en loy si extrêmes, que penser l'esgaler de paroles il se peut plustost désirer qu'espérer.
» Les beaux et superbes monastères (l)qu*il a bastis, la poussière desquels, quand bien, par le temps devorateur de toutes choses. Ils seroient retournez en leur première forme, tesmoignera tousjours quel estoit l'intérieur de ceste saiocte ame, et comme elle brusloit d'un zèle qui n'a eu et n'aura Jamais son semblable.
» Ses austeritez et jeusnes (2) qu'il a volontairement pratiqué durant sa vie, et plus austerement que ceux qui se sont confinez dans quelque estroit monastère, ne sont que trop de preuves de sa religion.
• Les processions (3) et pellerinages que tant de fois il a fait à pieds nuds ;
• Les charitables visitations (4) à l'endroict des prisonniers, malades ou autres nécessiteux;
• Les honneurs (5) et carresses qu'il fanolt aux ecclésiastiques, les égalant en telles fa^ean à tous les princes , dequoy peuvent porter tesmoignage de cecy infinis docteurs qu'il a retirei
drapier ft Paris , et h cenx qu'il sçatoit eslre charitables, pour le distribuer aux pauvres nécessiteux booteux, ci ans pauvres malades. ( ibid. )
i5) II advaDçoIl les docteurs en tbeoloi^e , entr'antres le docteur de Saint Gerniaiu , eve>que de Ce»arée . qu'il pourveut de l^bbaye de Chai); aussi ce bon e^e^ii^f docteur l'a tousjours suivy, car il esloit son predicatctir. et , depuis la nii;rt de ce prince , il se ivUra à Tours, rt ne ressembla an docteur Roze , aussi predicateor dadici sieur Roy, nomme par luy à re?esrhé de Seolisift * plusieurs autres ecclésiastiques à qui il aïoit fiait du txen. qni se mirent du oosté de ses ennemis. ( fblé. \
CHBOHOLOaiB NOVERAIBS DE PALMA CAYST. [l589]
de la poussière scholastiqae et de la nécessité domestiqQe pour les eslever , sans qu'ils y soqgras8eot,aax dignitez de TEglise, et lesquels neantrooios, exceptez quelques-uns, et fort peu, ootesté les premiers à mesdire de luy contre lear propre conscience, et inciter le peuple par jDjorcs atroces à secouer le Joug d*obeyssance, soat asses de tesmoignages de ia bonne vie de ce Boy.
I Oo laisse infloies autres choses recommandableseo lay poar le respect de la pieté, et qui ootrendasa \ieesg|ileà celle de sainct Loys (I) etdetoQscenx qui sont tant renommez pour la pieté qui reluisoit en leurs actions. Aussi on n'a ^0 la religion tant florir que de son temps, et I iieresie plos abbatué , sans user ny de fer ny de flamme; car, comme le peuple de son naturel soit les mcears et humeurs de son prince par DO oatorel désir de luy complaire, on voyoit cbacao , non par la force d'un edit rigoureux , mais par une gentille et vertueuse émulation, suivre tes traces de ce Roy , et s'addonner du toDt à une vraye et entière dévotion.
• Or, d^autant que ses ennemis ne peuvent nier Qoe chose si notoire, ils ont attribué telles dévotions à une lascheté qui amollist le cœur des graods, et les retire du maniement des affaires; mais les effects de la vie de ce Roy OM)D»treQtqoe, dez sa jeunesse, ce zèle et devotiûQ furent nez en luy avec une générosité royale qui fie loy faillit qu*à sa mort.
> La plus-part de ceux à qui la fortune amie et ISivurable a departy les grandeurs de ce i^de, employent leur Jeunesse es délices et mollesses de la Court , qui souvent corrompent Itsplus nobles et généreux esprits: mais, tout au eoDtraire, le feu Roy à grand peine estoit-il ^rtydeson enfance, qu'il fut faict lieutenant ^eaeral de Charles IX son frère, auquel temps ii quitta l*ombre et les ténèbres des parroys, et K présenta aux durs assauts et sanglantes batailles qui forent données en plusieurs endroicts, tandis que la discorde civile faisoit Jouer à ses partisans, maintes piteuses tragédies sur Teschaf-
fautdetaFrance.
• Tesmoios en sont les batailles de Jarnac et HoQcoutour, les sièges de tant de villes, et plusieurs autres endroicts où sa vertu martiale et i)t;lliqoeu8e parut par dessus les forces humaines.
> Eu toutes ces rencontres, touché de l'esprit àt la sapience de Dieu, il coujoignit avec la force <^rporel;e la prudence et le conseil ; mais, poussé delà vigueur et générosité de ses ancestres, il porta, ainsi que le Jeune aigle, oyseau céleste, sortant du nid, le foudre de la punition divine iasqucs sur le front des ennemis. Tels exploicts
admirables firent voler le renom de sa gloire jusques aux Polonois, que les anciens estimoient faire un bout du monde.
» Les Polonois , par le récit qui leur en ftat fait, amoureux de sa vertu, le rechercberent, et , par importunes sollicitations , le contraignirent l'i) d'abandonner son pays natal pour régner en Pologne et Lituanie, où il commanda à ces peuples septentrionaux avec si grande sagesse, qu'ils le regrettent encore pour le Jourd'huy, et font un reproche d'ingratitude aux François de n'avoir sceu conserver un ttl prince.
• Mais il sembloit, dorant ce temps, que tout rioit à la France , qui avoit esté si long temps travaillée et quasi désolée sous le pesant faix de ses armes, et qu'elle commençoit à jouyr de quelque sérénité et tranquillité , non seulement assez suffisante pour respirer et reprendre haleine, mais aussi pour embrasser le reste de l'Europe , quand un triste et déplorable malheur pensa accabler la France par la mort du roy Charles IX; car lors la France, destituée de son prince légitime , couvoit plusieurs trahisons et perfidies, desquelles il nepouvoit réussir qu'une désolation universelle. Mais voici de bonne fortune revenir le Roy, quittant la Pologne pour laftection qu'il nous avoit tousjours portée ; l'aspect seul duquel, tant honoré des siens, rasséréna le ciel de la France , et aceoisa les flots et tempestes violentes qui commençolent à surgir de toutes parts.
• A cecy servit de beaucoup le renom qu*il avoit acquis es guerres précédentes, et l'expérience qu'il avoit aux affaires, qui s'accreut de beaucoup en luy après avoir veu les mœurs et façons de faire de plusieurs et diverses nations.
• La première chose qu'il fit, ce fut d'assembler les estats pour medeciner ce pauvre corps malade de la France, qui , tout vitië et corrompu d'humeurs ordeset pestilentielles, estoit proche de son trespas. Il n'y a rien, à la vérité, qui soit plus salutaire à un royaume que telle assemblée ; mais aussi n'y a-il rien qu'aucuns roys rejettent d'avantage, d'autant qu'il semble que cela diminue quelque peu de leur auctorité. Le feu Roy n'eut point ceste appréhension, ains, visant à ce qui estoit du bien public, fit de son propre mouvement convoquer les estats, où mille belles et sainctes constitutions y furent establies, qui ramenèrent pour quelque temps la paix , ou plustosts l'aage doré en ce royaume de France. Mais
(I) Ce passage paroitra fort étrange , car Henri III ne peut être en rieo comparé à saint Loais.
Voyei k ce sajet les Mémoires de Choiioio.
CHBONÛLOOn NÛTBNiXU Dl PÀLXÀ CAYST. [I5ft9]
qnoy 1 la condition des choses humaines porte ordinairement que ce qui est monté à un bien haut degré de félicité n'y peut pas long temps demeurer, et y a je ne sçay quel ennuieui malheur qui cueille les espérances des hommes en leur première fleur, de peur quMIs ne se poussent plus avant qu'il n'est permis à Thumanité.
9 Aussi, incontinent après la mort de Monsieur, son frère, à Cbasteau-Tierry, commencèrent les discordes civiles à s'espandre parmy ce royaume ; la guerre plus que jamais s'y alluma
f>ar Tambition de quelques chefs, et sembloit que a fortune, jalouse de nostre bon-heur, voulust triompher de la couronne de France , et quasi comme planter sur nostre front, à la veuê de toutes les autres nations, les trophées de la vicissitude des choses humaines.
» 0 Dieu immortel 1 que de choses tristes et funestes ! Les villes se divisèrent en factions les unes contre les autres ; la majesté royale commença à servir de risée dans les chaires; toute raison humaine fut renversée , tous droicts violez, et ne regnoit plus en France que la fureur. Ce fut lors que de TAllemagne descendit une effroyable armée, laquelle neantmoins fut incontinent dissipée par le conseil et la valeur du feu Roy, lequel paroissant comme un esclair brillant les remplit de frayeurs et terreurs paniques. Toutesfois cest explolct miraculeux ne put rabbattre la malice de ses adversaires, au contraire raugmenta de telle sorte, qu'ils commencèrent à pratiquer toute sorte de gens, molester les magistrats et officiers de la couronne qu'ils recognoissoient fidèles serviteurs du Boy, bref, mettre la France en telle confusion, qu'il n'y eut mal qui ne tombast sur nostre chef.
• Le mal fut si grand, que le corps qui de tout temps avoit esté réputé par nos François sacré, saioct, auguste, vénérable» inviolable, fut violé par mille outrages et indignitez non croyables. La cour de parlement, lumière de toute la chrestienté, ame de ce royaume, œil de la France, temple de conseil et d'équité, port et refuge des affligez, fut menée par des faquins, lye du peuple , dans une bastille , pour servir de jouet et de spectacle à une troupe enragée , et d'assouvissement à l'ambition et avarice des mutins; et cest acte fut loué et approuvé par ceux qui se disoient annoncer la vérité de la parole de Dieu, lequel toutesfois ne recommande rien tant à son peuple que l'obeyssance qui est due aux magistrats.
» Le Roy voyant l'opiniastreté des rebelles et le peu de puissance qu'avoit sa douceur à fléchir le coeur des mutins, il se résolut d'user du glaive que Dieu luy «v^t nais outre les naint^ et
à ceste fin mit une armée en campagne , et ai' siégea Paris.
9 Tout lespressoltsifort, que les gens de bioi avoient espérance qu'il en seroit le maistre, et dans peu de jours. Ce qu'advisans, les eimemis suscitèrent plusieurs prédicateurs qui, avec leurs langues mercenaires , heretiquement et diaboliquement enseignèrent qu'il estoit permis de toêr son roy. Sur ces entrefaictes on cherche des gens qui le voulussent entreprendre. PlDsIevrs, quoy qu'ils eussent très-mauvaise volonté, ton* tesfois se trouvèrent tout confus dez la première parole, et rejetteront loin un tel dessein, qooy que quelques docteurs et jesuistes les y voqIosseut induire, jusques à œ qu'il s'est trouvé on misérable moyne qui entreprit l'affaire, soqsu habit de pieté couvrant une impieté détestable, et alla trouver le Boy, qui dez la première veuè, comme il aymoitaffectionnément les religieux', te salue, le carrosse, l'embrasse, lèchent de l'œil et de la main ; mais ce meschant moyne mit en oubly toutes ces faveurs et grâces royales, s'approche, et tire de sa manche le cousteau dootil frappa le Roy, et si malheureusement, que la mort s'en ensuivit par après; Voylà uo catholique, à tout le moins se disant tel, qui frappe un prince Très-Chrestlen, un religieux qui attente à la personne du père et protecteur de la religion; c'est, pour le faire court, un subject [se peat-il dire meschanceté plus grande 1] qui assassine son seigneur souverain.
» Ainsi ce prince mourut, et le nom de tant de roys ses prédécesseurs, la souvenance da re^ gne trèe-auguate de son grand père le roy François 1er, père des armes , père des sciences, et père du peuple, et de Henry II son père, laflear deschevaliers, l'ornement de son aage, et le coa* ble de toute perfection, n'ont peu retenir ny a^ rester les mauvais desseins des fiictieux qo'iis n'ayent exécuté leur conspiration contre sa vieet son Estât. Les victoires et trophées que ce prince avoit emportez sur les ennemis de la religion catholique, l'onction dont Dieu l'avoit sacré deox fois roy, la mémoire de ses vertus et mérites , si pieté et son zèle à l'honneur de Dieu, l'authorité des saincts canons et conciles, rinterestcoffltnnn de tous les princes de la chrestienté, n*oot pca empescher que la rage de ce moyne perfide ne violai d'un coup funeste son corps, nerespandit son sang, et ne loy apportast la mort. •
Et pour conclusion de tant de beaax discours ils disoient : « Pleure donc , ô France t pleure, et croys que tu n'en eus jamais pins de subject pour perte que tu ayes reeeoé; et neantmoins rends à ton Roy deSùnt le ser* ?ioe que tu peux el lay dois rendre, pris W^
catoKOLOeiB iroTiirÀi»v m falica cayit. [ua9]
do foodf do GQMir pour k repos de son ame. » VoyIA les regrets que les catholiques royaax ootfaictsarletrespasdu roy Henry III, lequel, iprès sa mort, Ait mis en un cercueil, et con- (luict à Gompiegne par son successeur Henry IV, m de France et de Navarre, pour y demeurer en despost de seureté jusques à ce que la commodité se presentast de luy faire faire ses funérailles dans la grande église Nostre-Dame de Pirfs, pour estre de là porté à Saioct Denis , où sont enterrés les roys de France, et où la royne Citherioe de Medieis sa mère a feit faire un si beau sepulchre, où repose le roy Henry II son nary, et oà doivent estre mis tous leurs enfans. û deuil fut grand en l'armée royale pour la nort de ce bon Roy, le lendemain de laquelle , sui>ai)t la supplication falote au roy Henry IV par messiears les princes de Conty et duc de MoDtpeoaier, princes du sang, et par les princes, docB, maresehaux de France, et autres officiers de la oouroone estans en Tarmée, Sa Majesté fit oae déclaration par laquelle il promit de se faire iofitroiredaDSSix mois en la religion catholiqueromaiDe. Geste déclaration fut vérifiée aux parlements qui tenoient pour le party royal, et envoyée par tous les bailliages : ainsi toutes les ailles (piiavolent tenu pour le feu Roy seconserrerent eu Tobeyssance de son successeur. Mais, avant que de parler plus avant de ce qui advint au commencement du règne du roy Henry IV en France, il sera très-utile de faire «('nuneuQ recueil de sa généalogie paternelle et naternelle, de sa naissance, comme il a esté esieré et nourry, et de dire plusieurs choses renarqnattleB qui luy sont advenues auparavant m advenement à la couronne de France.
la DQict de Saincte Luce, an mois de decem- ^ l'ao 1553, Henry de Bourbon, à présent roy de France et de Navarre , et appelle lors de sa bai^saoce prince de Viane et duc de Beaumont ^ Sonnois, fut né dans Pau en Bearn. Anthoine deBoQrl)on, duc de Vendosme, et Jeanne d'Al- ^t, princesse de Navarre, furent ses père et oere. Ducosté de son père il est le premier roy <le France de la maison des Bourbons, yssus de ^'B&le en masie de sainct Loy s , roy de France , (t dn costé de sa mère ii a esté héritier des malins de Navarre , Bearn , Albret , Foix , Arma- ?^c, Figorre,et autres principautez et souveraiwtez, car sa mère estoit fille de Henry d' Albret, y de Navarre et duc d* Albret , et de Marguefitc de Valois, sœur du grand roy François, et ^i estoit rellete (i) du comte d'AIençon. Quand ledict roy Henry de Bourbon fut né ,
(t^ Héritière,
ledict roy Henry d' Albret son père grand regnoit dans la basse Navarre et en Bearn , et aux autres souverainetez qu'il tenoit le long des monts Pyrénées, car il estoit fils du roy dom Jean d' Albret et de Catherine de Foix , à laquelle estoit escheu le royaume de Navarre par la mort du roy Phœbus de Foix son frerc, qui mourut à la chasse auprès de Pau, son cheval s'estant eabré sous luy.
Et le roy dom Jean d'AIbret estoit fils d'Alain, duc dominant en Albret, tuteur honorable de iadicte dame Catherine de Foix , qu'il fit espouser audict roy Jean d'Albret son fils. Cet Alain d' Albret estoit un prince grandement respecté de tous les roys et princes de son temps. Il eut aussi la tutelle de la princesse de Bretagne qui estoit sa proche parente. Gomme le royaume de Navarre fut envahy par les Espagnols sur le roy dom Jean d'Albret et sur la royne dona Catherine de Foix , et tout ce qui est advenu pour tascher à recouvrer ledit royaume , est amplement escrit aux histoires de Navarre ; cela n'est de nostre subject.
Le roy Henry d* Albret, père de la royne Jeanne d'Aibret , mère du roy Henry IV, vescut cinquante-trois ans ou environ, car ii nasquit dans Sangoisse , ville de la haute Navarre, Tan 150S, et n'est mort que l'an 1555. C*estoit un prince de grand courage et d'un esprit vif. Au passage que fit l'empereur Charles le Quint au travers de la France, sous la permission que luy en donna le grand roy François, pour aller mettre ordre aux révoltes des Flamands , il dit , en parlant dudit sieur roy Henry d* Albret, qu'il n'avoit veu qu'un homme en France , qui estoit le roy de Navarre. Aussi estoit-ce un grand prince , qui pour ne Jouyr pas de la haute Navarre, n'estoit nullement abbaissé de son courage royal. Or il n'eut que cestedite seulle fille Jeanne, princesse de Navarre, laquelle fut en son Jeune aage appellée la mignonne des roys, d'autant que le grand roy François I son oncle la cherissoit d'une amour comme paternelle , et son père le roy Henry d'Albret ne la pouvoit eslolgner de sa présence.
La maison d'Austriche, qui, par mariages et par choses qui luy sont advenues autres que de leur estoc, s'est accreuë en la grandeur que Ton la void aujourd'huy , eut l'œil sur ceste princesse Jeanne. L'empereur Charles le Quint en fit faire la proposition audit sieur roy Henry d'Albret pour son fils Philippe II, dernier roy d'Espagne, et disoit que c'estoit un moyen pour pacifier les differensde la Navarre. Mais le roy Très-Chrestien François I fut conseillé de ne laisser introduire un tel allié dans le eorar de la France,
CaRONOLOOIB NOVENAIBE
pource que ledict sieur roy Henry d'Albret y possedoit de belles seigneuries, ce qui eust peu eauser de grandes révoltes. Or la princesse Jeanne estant venue à la cour de France , qui estoit lors à Ghastelieraut , avec la royne Marguerite sa mère, ledict sieur roy Très-Clirestien traicta pour la bailler en mariage à Guillaume duc de Cleves, affin de s*ayder de ceste alliance contre ledict empereur Charles le Quint : ce qu'il fit nonobstant Topposition qu'y fai&oit ladicte royne Marguerite, tant en son nom qu'au nom du roy son mary. Il y eut quelque cérémonie pour ce mariage : toutesfois il n'y eut point d'effect, et ne tira à conséquence , ladicte princesse ne pouvant avoir encor douze ans.
Ledit duc de Cleves s'estant raccommodé avec ledit sieur Empereur, il se maria du depuis en Allemagne; et, du consentement du roy François et desdits roy et royne de Navarre , ladicte princesse Jeanne fut mariée à M. le duc de Vendosme, Anthoinede Bourbon, premier prince du sang de France , bien-aymé du roy Très- Chrestîen pour les belles et rares vertus de ce prince , et les nopces en furent faictes à Moulins l'an 1547, la mesme année que ledit sieur roy François I mourut à RamI)ouillet.
On tient que par le rapport d'aucuns vieux ofllciers de la maison de Navarre, que M. le duc de Vendosme et la princesse Jeanne eurent bien-tost lignée , par ia grâce de Dieu , mesmes deux beaux princes , dont Tun fut nommé duc de Beaumont , Tautre porta le tiltrede comte de Marie , terre de Picardie de Tancien domaine du comte de Sainct Paul , dont la fille fut mariée à François de Bourbon » ayeui de Charles duc de Vendosme, père du duc Anthoine dont nous parlons. Mais ces deux beaux princes ne purent estreeslevez, ains par grand inconvénient moururent en bas aage , assavoir : le duc de Beaumont ayant esté mis ez mains de ia baillive d'Orléans, qui fut grand*mere du mareschal de Martigoon, laquelle ftisoit sa résidence en ladite ville, estant fort aagée et frilleuse extrêmement, selon qu'elle , pour sa condition , se tenoit close et tapissée de toutes parts avec un grand feu , elle en faisoit encores plus à l'endroit de ce petit corps de prUice , le faisant haleter et suer de chaleur à toute outrance , sans qu'elle souffrist air, vent ny haleine estre donné ny entrer en la chambre ; ce qu'elle fit si opiniastrement , quoy qu'on luy en seeust dire , qu'en fin le petit duc de Beaumont estouffa peu à peu dans ses langes , et si tousjours ceste bonne femme disoit : « Laissez-le, il vaut mieux suer que trembler. » La princesse Jeanne , qui estoit à la Cour d'ordinaire pour le rang qu'elle y tenoit , en receut la
DB PALMA CAYBT. [l589j
triste nouvelle de sa mort , s'estant du tout confiée en ceste balliyve comme ancienne servante de la maison de Navarre, et notamment de la royne Marguerite pendant le mariage du comte d'Alençon et d'elle.
Le comte de Marie expérimenta une autre affliction , qui fut qu'estant, M. de Vendosme et ladite princesse son espouse, allé voir le roy Henry d'Albret en Bearn , ils le trouvèrent au Mont de Marsan, là où ils séjournèrent; et, y ayans mené le comte de Marie en son maillot, ainsi que ledict sieur Roy l'avoit désiré , ils le luy présentèrent , de quoy il receut un merveilleux contentement [ lors e&toit ia royne Marguerite decedée en Bigorre en sonchasteau d'Audo, près de Tarbes]. Mais , comme ce prince e&tolt très-beau , désiré d'estre tenu d'un chacun , m gentil-homme se jouant à luy dans la croisée de la fenestre de sa chambre, luy estant entre les bras de sa nourrice , le gentil-homme et la nour* rice se le baillèrent plusieurs fois de l'un à Taatre d'une fenestre en l'autre par le dehors de ia croisée, quelquefois feignant de le prendre, ce qui fut cause du malheur qui en arriva ; car, le gentil-homme feignant de le prendre, et ne p^^ nant pas de faict, la nourrisse, s'attendant qu'il le prist , lasche prise, et le petit prince comte de Marie tomba de la fenestre en bas sur uo pernn, où il se froissa unecoste. Le gentil-homme saute aussi- tost de ia fenestre en bas , car c'estoit du premier estage, et , relevant le prince , il le reporte à la nourrisse toute espleurée, qui Tappaisa du mieux qu'elle put, luy baillant à teter. Le Boy, M. de Vendosme et la princesse estoient allez à la chasse. On teut cest accident. J*ay ouy dire à ses anciens serviteurs valets de chambre que, si la nourrisse eust adverty de cest inconvénient, il y eust eu moyen de le rablller; mais son mal rengregeant en pis, finalement 11 mourut au grand regret du Boy, de M. de Vendosme et de la princesse ses père et mère. Mais advenant puis après que cela eust esté descouvert , le Boy se mit en une grande cholere contre la princesse sa fille, luy reprochant qu'elle iresiort pas digne d'avoir des enfans puis qu*elle n*y prenoit mieux garde : mesmes, comme elle voulut retourner en France avec son mary, il loy dit que si elle devenoit grosse, qu'elle luy apportast sa groisse en son ventre pour enfeuater en sa maison, et que luy feroit nourrir Tenfant, fils ou fille ; si elle n'y venoit, et qu'elle ne fist en cela son commandement, qu'il se remarieroit , et qu'il ne vouloit pas mourir sans héritiers. Quelques-uns ont voulu dire que le Roy à présent régnant estoit le fils aisné de ladite princesse , et que lesdits sieurs ducs de Beaumont
tHUONOLOâlli NOVfiTfÀlBE M PÀLVÀ CÀYBt. [l589]
idi
et comte de Marie sont nais depuis luy ; mais il se trouve, dans les registres du thresor de la maison de Navarre, que ladite royne Jeanne , depuis ledit sieur Roy à présent régnant , n'a eu que deux filles , madame Magdelaine, qui mourut eooores jeune, et madame Catherine, qui est decedée duchesse de Bar, ainsi q ue nous avons dit eu son lieu dans nostre Histoire de la paix.
la princesse Jeanne doncques ayant pris eoi^é de son père avec pleurs et larmes pour la perte de ces deux princes , et voyant que M. de Veodosme estoit appelle par le roy Henry II poor les guerres de Picardie , dont il estoit gou- Teroeur, elle se résolut de le suivre et à la Cour et au camp, dont il advint que Dieu la consola, et qu'au milieu de tant d'exploicts militaires dont sou mary vint à heureuse fin contre les eoQemis de la France , elle se trouva enceinte ; et, quand elle se sentit approcher de son terme et dans le neufiesme mois, elle prend congé de mmàiy, qui luy voulut difilcillement accorder; mais luy représentant Timportance et les dernières paroles du roy Henry son père , et aussi qu'elle avoit descouvert , par une certaine dasoiselle, que le Roy sondit père avoit faict un testament dont elle desiroit sur tout d'en scavoir le contenu, à cause qu'une grande dame s'estoit >eo(ée et s'en promettoit une grande faveur; pour ces raisons donc » M. de Vendosme luy accorda de s'en aller en Bearn , où elle fut en quinze jours, traversant toute la France, depuis Compiegne en Picardie, d*où elle partit jusques uux monts Pyrénées dans Pau , ou estoit le roy Henry son père. Ceste princesse fit ce voyage sQr le milieu de novembre , car elle ne demeura au plus que dix jours après son arrivée, qui fut le 4 décembre 1553, qu'elle mit au monde le roy Très-Chrestien à présent régnant , par un tres-heureux enfantement.
Le Roy son père estoit un peu malade , mesmes la contagion eourolt en ce pays-là; mais la >euê de sa bonne fille, comme il Tappeloit d'ortere, luy rendit sa santé parfaicle, et luy osta toute appréhension et crainte du danger.
Ce fut durant ces dix jours à tascher de voir ce testament par tous les moyens qu'il luy fut possible : ce qu'elle obtint sans louvrir. Il estoit dans une grosse boëste d'or, et dessus une grosse chaisne d'or qui eust peu faire vingt cinq ou trente tours à l'entour du col. Elle la demanda; il luy promit , disant en langage beamois : • Elle sera tienne, mais que tu m'ayes monstre
0) Notre Dame do bout da pool, aidex-moi à cette
ft-'urc.
(?) Mirade ! la lache a fait une brebis. I, C. D. K. T. XIU
ce que tu portes ; et affin que tu ne me faces point une pleureuse ny un enfant rechigné , Je te promets de te donner tout, pourveu qu'en en* fantant tu chantes une chanson en biamois , et si quand tu enfanteras j'y veux estre. • Pour cest effectil commanda à un sien valet de cham* bre nommé Cotin, vieux serviteur, qu'il la servist à la chambre ^ et, à l'heure qu'elle seroit en travail d'enfant , qu'il le vinst appeller à quelque heure que ce fust, mesme en son plus profond sommeil , ce qu'il luy enchargea expresse^ ment.
Entre minuict et une heure, le treizfesme jour de décembre 1553, les douleurs pour enfanter prirent à la princesse. Au dessus de sa chambre estoit celle du Roy son père, qui, adverty par Cotin , soudain descend. Elle l'oyant , commence à chanter en musique ce motet en langue biarnoise : Nostre Donne deu cap deupon, qfuda mi en aquete houre (i). Cest Nostre-Dame estoit une église de dévotion dédiée à la saincto Vierge , laquelle estoit au bout du pont du Gave en allant vers Juranson , à laquelle les femmes en travail d'enfant avoient accoustumé de se vouer, et en leur travail la reclamer; dont elles estoient souverainement assistées , et delivroient heureusement. Aussi n'eut-elle pas plus-tost parachevé ce motet, que nasquit le prince qui commande aujourd'huy, par la grâce de Dieu, à la France et à la Navarre.
Estant délivrée, le Roy mit la chaisne d'or au col de la princesse , et luy donna la boëste d'or où estoit son testament , dont toutesfols il em-« porta la clef, luy disant : t Voylà qui est à vous, ma fille, mais cecy est à moy, • prenant l'enfant dans sa grand robbe, sans attendre qu'O fust bonnement accommodé, et l'emporta en sa chambre.
Quand ladicte princesse Jeanne nasquit , les Espagnols firent un brocard sur sa naissance , et disoient : Milagro! la vacahijà vna oveja{2), C'estoit une allusion aux armes de Bearn , où il y a deux vaches encornées et clarJnées d'or en champ de gueules. Ils appelloient aussi ordinairement ledit sieur roy Henry son père , ei vaquero (3), pour la mesme raison. Mais ledit sieur Roy tenant entre ses bras le prince son petit fils, et le baisant d'affection, se remémorant des brocards espagnols , disoit de joye à ceux qui le venoient congratuler d'un si heureux enfantement : Ahora, mire qtie aquesta oveja pariù un kon (4).
(3) LeTadier.
(4) Maintenant, regardez que cette brebis a enfanté un lioD.
CmOlfÛLOOIS irOV«llAIBB DS PAtMA OÀYBT. [15S0]
Ainsi vint ce petit prince au monde , sans pleurer ny crier, et la première viande qu'il récent fut de la main de son grand père ledit sieur roy Henry, qui luy bailla une pillule de la theriaque des gens de village , qui est un cap d*ail , dont il luy frotta ses petites lèvres, lesquelles il se frippa Tune contre Tautre comme pour succer; ce qu'ayant veu le Roy et prenant de là une bonne conjecture qu'il seroit d'un bon naturel , il luy présenta du vin dans sa coupe; à l'odeur ce petit prince bransla la teste comme peut faire un enfant, et lors ledit sieur Roy dit : Tu seras un vray Siamois. Tous ces propos soient dits avec la révérence deuê à Leurs Majestés; mais c^est aussi pour monstrer que les princes ont des affections semblables aux autres , et neantmoins qui importent principalement quand il y va de rinterest de leurs Estats.
Le baptistère de ce petit prince de Navarre fut faict dans Pau où il estoit né , en la mesme année qu'il nasquit, ainsi que l'on comptoit alors, car Ton commençoit les années à Pasques , depuis le vingt-clnquiesme de mars disant avant Pasques f iu%(iues au jour qu'elles estoient chacune année ; et après Pasques jusques au vingtclnquiesrae d'avril , l'on disoit ai^rès Pasques. Mais, selon que l'on compte à présent, ce prince futbaptizéenl'an 1554, le propre jour des Roys. Ses parrains furent le roy Très-Cbrestien Henry II et le roy de Navarre , et la marrine fut madame Claude de France , qui depuis a esté duchesse de Lorraine , pour la grande amitié qui estoit entre elle et la princesse Jeanne. Le cardinal d'Armagnac le baptiza dans la chapelle du chasteau de Pau ; M. Jacques de Foix, evesque de Lessar, qui depuis a esté cardinal, le présenta aux saincts fonds de baptesme pour le roy Très- Ghrestien , et la comtesse d'Andouyns servit de marrine pour madame Claude. Ce prince fut nommé Henry; les fonds sur lesquels il fut baptizé fàrent expressément faicts , et estoient d'argent doré. Une infinité de vers furent faicta fur sa naissance et sur son baptesme , tant en grec qu'en latin y françois, allemand, italien, espagnol , gascon , breton et basque , lesquels tous furent imprimez en ce temps-là en un recueil que Ton en fit à Thoulouze l'an 1554.
Il y en a qui ont voulu dire que ce prince estoit né à La Flèche en Anjou ; mais ces vers , qui furent publiez par tout au temps de sa naissance , leur peuvent oster ceste opinion , et les faire certains de la vérité.
Bearn , ainsi enricby saiactemcnl Par ccst eofant , dresse si bantcment Son clief eu l'air , qu'il baize jà les cienx.
O Paa heureax ! heureasement cbanté l Mais plus heareax qui s'en est contenté Pour Tesgaler au lieu natal des dienx.
Auger Ferrier, et autres excellens mathematiciens et astrologues , rectifièrent la geoitorede ce prince , et firent imprimer plusieurs belles chosessur ceste naissance ; tous luy promettoiat qu'il seroit sauvé d'une infinité d'attentats , <t que les deux infortunes joinctes le feroient riche au lieu qu'elles sembloient le destruire : aucaDei desquelles prédictions furent dédiées à la royne Catherine de Medicis , princesse amatrice et fort studieuse des bonnes lettres et des sciences ptai
exquises.
Ce petit prince fit toutesfois de la peine i ei* lever, estant passé par les mains de buictDOll^ risses, dont la huictiesme gaignaleprix, et laquelle aussi il a depuis grandement honorée, et luy a donné recompense honneste de ses labeurs et peines qu'elle avoit prises envers luy, et ae«levé tous ses enfans en offices. La cause prineipalede telle variété fut ceste maladie contagleose qui régna pour lors au pays de Bearn , depuis le mois de septembre jusqnes à la fin de mars, le prince eschappé et hors de la mamelle, le Roy son grand père le mit entre les mains de madame la baronne de Miossans [Miossans est une des premières baronies de Bearn] , qui deraeuroit à Coirraze près de la petite et jolie ville de Nay, que les Beamois disent estre de todas las villas la may, là où ce prince fût eslevé et nourry dignement en prince , mais en sorte qa'il estoit doit au labeur et mangeoit souvent du pain commun, le grand père le voulant ainsi, afin qnc de jeunesse il s'apprist à la nécessité. Tant que vesquit ledit bon roy Henry d'Albrct , il ne voulut que son petit fils fùst mignardé délicatement, et a esté veu à la mode du pays parmy les auW enfans du village , quelques fois pied descaux et nud teste , tant en hyver qu'en esté , qui est une des causes pour lesquelles les Biamois sont lo* bustes et agiles singulièrement.
Après le deccz du roy Henry d'Albrct, M. de Yendosme et la princesse Jeanne, luyayans succédé à la couronne de Navarre, et en toutes ses autres souverainetez et biens, allèrent en Bearn après avoir eu de la peine pour obtenir du roy Très-Chrestien Henry II un congé d'y aller.
Car aucuns des grands du conseil de Fran« avoient persuadé audit roy Henry que tout ce qui estoit au deçà des monts Pyrénées devolt estre aux roys de France , aussi bien que tout ce qui estoit au delà estoit de l'Espagne. Plusieurs propos furent tenus sur ce subject par le roy Très-Chrestien aux nouveaux roy et royne de Navarre , avec offire de leur donner en
CBftOlVOIOOIB NÛVBHiIBS DS PÀLMÀ CÀYBT. £1569]
France reeompenae plus grande que ne valoient toutes leurs souverainetés. La royne de Navarre s*advi8ad*ttn expédient pour ne le pas faire, qui fat de faire opposer ses sul^ects au changement que i*on y desiroit faire, ce qu'ils firent avec re^ ûlalion, et dirent qu'ils ne vouloient changer de souverains. Sur ceste responce, et voyant que ce changement ne se pouvoit faire sans un grand remuement, ceste proposition fut laissée, non nos estre cause d'une arrière pensée contre la maison de Navarre; car du gouvernement de la Guyenne, dont estoit gouverneur le feu roy Heory d' Albret , et duquel en fut pourveu le roy Anthoine son gendre, le Langueduc en fut séparé, et en fut faict un gouvernement à part dont M. le connestable de Montmorency en fut pourveu, et n'a depuis ce gouvernement bougé de ceste maison.
Ainsi Anthoine , roy de Navarre , et la royne Jeanne sa femme, estans arrivez à Pau, et ayans visité les places de leurs souverainetez , voulu* rent, suyvant les desseins du feu roy Henry d'Albret , recouvrer la haute Navarre. On tient que si ce prince eust vescu encor un mois , qu'il en fost venu à son honneur ; aussi avoit-il faict de grands préparatifs et y avoit de grandes intelligenees. L'empeschement que Tempereur Charles le Quint avoit contre les princes prêtestaosaJicmans eust favorisé beaucoup ceste entreprise. Mais le nouveau roy Anthoine n'estant eaeor bien recogneu en ces pays là, il ne put laire réussir ses desseins; et outre ce que les grandes pluyes qu'il fit en ceste année empeseherent que son entreprise, qui fut appel lée la guerre mouillée , ne reùssist , un sien favorit la descouvrit à l'Espagnol ; qui fut cause que rien ne put venir à effect.
Josques k l'arrivée de Leurs Majestés en Beam, le petit prince de Navarre leur fils n'avoit bougé du chasteau de Couayraze , où il fut eslevé à la biamoise , et devint merveilleusement dispost. Après que le roy et la royne de Navarre eurent donné Tordre requis à leurs nouvelles SQceeasions, ils retournèrent en la Court de France , et y amenèrent le prince leur fils avec eux.
Or la Court estoit à Amiens, et le roy de Navarre , passant par Paris pour y aller, à la requeste et priore de la mareschale de Sainct André, qui favorisoitsecrettementceux qui estoient îors de la nouvelle opinion, tira de la Conciergerie le sieur de La Rochechampdieu , qui estoit de ce^te nouvelle opinion, après avoir commufiiqué de ce &ict avec quelques-uns des juges, I^ eonemis du roy de Navarre firent entendre an roy Henry II que ce fait estoit passé d'une
tes
autre façon ; si bien que le roy de Navarre arrivé à Amiens, le Roy luy en tint de rudes paroles et luy dit : t Comment ! ne vous ay-Je point dit qu^il n'y avoit qu'un roy en France? 9 C'estoît les** propos qu'il luy avoit dits lors qu'il luy vou* loit persuader de quitter la Navarre et ses sou* verainetez. « Sire, dist le roy Anthoine, devant Vostre Majesté mon soleil est en l'eclipse , et ne suis que vostre serviteur en vostre royaume. — Pourquoy donc, dist Henry, ouvrez- voua mes prisons de puissance absolue? Qui vous a fait faire cela? » Anthoine luy respondit: « Sire c'a esté à la prière de madame la mareschale 4e Sainct André, d'autant que ce gentil-homme luy appartient, et ne Tay faict sans l'advis de vos officiers, ausquels j'ay parlé, ce que Je maintien* dray estre vray, et aussi que ce gentil-homme ne s'est point trouvé coupable de rien. » Mais le Roy luy repartit : « On me Ta bien dit autrement que vous ne dites ; toutesfois Je veux qu'il n'en soit plus parlé, gardez vostre rang en France; et vous ferez bien. » Sur ces propos arrive dans la chambre le petit prince de Navarre. Si tost que le roy Henry Peut veu si esveillé et si gentil , il le print et le balsa , puis luy demanda : Voulez-vous estre monftls? Mais le petit prince luy respondit : Edqtteeslopay (1), Le roy Très-Chrestien, prenant plaisir à la naïfveté de sa response, luy demanda encores: Et bien, voulez-vous estre mon gendre? Il regarda son père, et puis luy respondit : Obé (2), Du depuis aussi les deux Roys se promirent que , leurs enfans venus en aage , ledict sieur prince espouseroit madame Marguerite de France , plus aagée que luy d'environ six mois.
Après que le roy et la royne de Navarre eurent esté quelque temps à la Court de France ils s'en retournèrent en Bearn , où , cependant qu'ils y furent , le roy Henry II maria M. le dauphin François à la royne d'Escosse , niepce de messieurs de Guise , lesquels devindrent par ce moyen les maistres de la Court; et le furent encor plus après la mort du roy Henry II , lora que le roy François il luy eut succédé. Ce Roy estoit jeune , et se laissoit gouverner par sfi mère et par les oncles de sa femme. Les princes du sang , faschez de ce gouvernement, mandèrent au roy de Navarre que sa présence estoit nécessaire en Court. Suyvant leur advis il se rendit à Vendosme , et de là à la Court , où ses ennemis luy firent aussi-tost donner la charge de mener madame Elizabeth, sœur aisnée du Roy, et espousée au roy d'Espagne; ce qu'ils fi-
(1) C'est celui-là qui est mon père.
(2) Oui bien,
CHHONOLOOtB ROTBlfAlBB DB PALMA CÀTBT. [1689]
reat à deax desseins : Tun , affln de le reculer loiog de la Goart , l^autre» pour ce qu*il ne pouvoit faire ceste charge sans mescontenter le roy d* Espagne, comme il fit, et par conséquent ie roy Très-Chrestien \ car le Koy ayant conduit la Roy ne sa sœur, espouse du roy d*Espagne , Jusques à Chenonceau , il print congé d*elle, et elle s'acliemina avec le roy de Navarre par la Guyenne, où la roy ne de Navarre et le prince json fils vindrent au devant, et la recourent fort magnifiquement par toutes leurs maisons où elle passa. Elle atloit en Espagne avec un regret» et mesmes ne faisoit que demander, si tost qu*elle * voyoit quelque beau chasteau, ou que Ton luy presentoit quelque chose de gentil : « Y a-t-11 d'aussi belles malsons en Espagne ? y a-t-il de cela en Espagne? »
Arrivez en Bearn, le roy de Navarre fit marquer le premier logis pour luy, comme roy absolu, et ie second pour la royne d*Espagne , et fut ainsi marqué : quoy que les mareschaux des logis, tant françois qu'espagnols, le contestassent, Il leur fallut endurer ; mesmes dedans Roncevaux , qui est terre du roy d* Espagne, le logis dudit sieur roy de Navarre Ait marqué absolument pour le Roy, et falut que l'archevesque de Tolède et Tevesque de Burgos Tappellassent et recogneussent roy d» Navarre auparavant que Jamais il leur voulust délivrer ladicte madame Elizabeth, leur royne promise. Son fils le prince de Navarre y estoit tenant son rang près de la royne Jeanne sa mère , et cela fut ainsi enregistré , et ce d'autant que ladite terre de Roncevaux est de Tancien domaine de la haute Navarre.
La royne EHzabeth estant délivrée en leurs mains, où estoit aussi le duc d'Alve, le Roy, la Royne et le prince la baisèrent pour luy dire à Dieu, ce que ledict sieur duc d'Alve faisoit semblant de ne trouver nullement bon ; et ladicte princesse oyant ces mots, que luy dirent Tarchevesque de Tolède : Audi, fllia , et vide, inclina auremtuam, et Tevesque de Burgos : Obliviscere populum tuum , et domum patris lui, elle se pasroa entre les bras du roy de Navarre , et de fait aussi elle sortit de France avec un grand regret. Estant revenue de pasmoison elle partit , et le roy de Navarre , repassant par la basse Navarre, s*en vint à Pau , où il demeura Jusques à tant que M. le cardinal de Bourbon son frère et le cardinal d'Armagnac allèrent le quérir, à cause de la prévention intentée contre M. le prince de Condé son frère , et contre luy-mesmes. Quant audit sieur prince , on luy imputoit d'estre chef muet de Tentreprise d'Amboise , laquelle avoit esté brassée contre le Roy par au- ^
cuns soy disans esmeus pour le bien de TEstat, affln de deschasser les princes de Guise d*aaprèi du Roy, et y approcher les princes de son sang. On appella ces remuêurs en ce temps-là les frlboux , qui est un mot équivalent à libertin.
Or ledit sieur prince estoit lors à Ambolse, où son logis fut visité exactement chez un mededD nommé La Gardette. Il fut enquis par le Roy; mais il s*excusa fort bien, et n'eurent ses eDD^ mis aucune prise sur luy : et depuis il s'en alla en Bearn vers le roy de Navarre son frère. Ea son absence on fit telle recherche sur luy, qa'il eut assignation à comparoistre devant le Roy.
Quant au roy de Navarre, lequel avoit fait le roy envers la royne d'Espagne, ce qui fut noté, il y en eut divers bruicts ; on presomoit aussi qu'il estoit de l'intelligence susdite. Le point plus important contre luy fut qu'il avoit preste l'oreille à uu nommé Bois- normand, surnommé La Pierre , et , par sa persuasion , à Théodore de Beze, qui estoit aile de Genève en Bearo. Os vindrent donc pour se Justifier, et y eut lors grand danger pour tous les deux.
Le prince de Condé fut arresté prisonnière Orléans, et, pendant que Ton luy faisoit son procès , le Roy fut conseillé par les ennemis de la maison de Bourbon qu'il failloit se desfisire des deux frères. Pour ce faire, il Ait résolu de faire trancher la teste à M. le prince de Condé, et de tuer le roy de Navarre. De celuy-là ie procès se faisoit , et n'y avoit plus que le point de l'exécution. De celuy-ey la Royne-mcre l'enpescha , à cause que l'on avoit resoin que le Roy mesme donneroit un coup de dague au roy de Navarre en le faisant venir parler à loy, et qu'Incontinent gens attitrez sortirolent pour IV chever. Elle ne put consentir qu'il flst un td meurtre de sa main propre : elle luy deffend. Le roy de Navarre est adverty de ceste entreprise, et qu'il se gardast, s'il estoit mandé pooff parler au Roy, de parler hautement , et que ses douces paroles dependoit sa vie. Ayant ceu cest advis , il dit à Cotin , qui depuis mort du roy Henry d'Albret le servoit d'hom de chambre, car il estoit un des anciens leurs domestiques de la maison de Navarre « Cotin , si on me tue de sang froid , ainsi J'ay eu advis que mes ennemis ont résolu faire , Je t'encharge qu'estant tué , tu trou moyen d'avoir ma chemise avec mon sangi que tu la monstres à mon fils. •
Ce prince prejugeoit dèslors la valeur et le eoi rage de son fils pour ne laisser nn tel acte sai vengeance. Le roy de Navarre fut mandé parler au Roy : oultre qu'il estoit courtois doux naturellement ; il se disposa du tout d*
CHBONOIiOGlE NOVfiMAïaS DE PALMA GAYET. [1589]
discret en paroles. Ce ne furent qne mdes paroles que le Roy luy tint touchant ce qu*il avoit &jd le roy à Roncevaux en la conduite de la royoe d'Espagne, et de plus, qu'il avolt retiré eo ses pays de Bearn ceux qui estoient Infectez de la nouvelle opinion , et qu*il les supportolt. Oo tient que la modestie dont usa alors le roy de Navarre en ses respooces , fut la principale csQseque le dessein pris de le tuer ne fut exécuté. Et peu de Jours après le roy François II mourut.
Par son decez le roy Charles IX vint à la couronne en bas aage. Les estats estoient assemblez à Orléans. Antboine , roy de Navarre , voyant le cours des affaires, céda par saprudesoe à la Royne mère du Roy, Catherine de Medicis , la qualité de régente ( l ) , et luy se contenta d'estre lieutenant gênerai, à la charge qa'ils ne feroient rien, luy ny elle, Tun sans l'antre. Par mesme moyen le prince de Condé ht jostiOé. La royne Jeanne de Navarre durant ce temps estoit demeurée en Beam avec le prince de Navarre et madame Catherine ses enfans. Le Boy son mary la manda lors, et ses enfans aussi. Cest la seconde fois que le Roy à présent rêvant vint en France estant encore enfant.
De ee temps- là il y eut de grands remuêmensàcanse des opinions de Calvin et Beze, prioerpaox authenrs de ceste religion que l'on appelle aujourd'huy la religion prétendue reformée. Plusieurs grands et petits suivirent ceste nouveauté. Le Roy de Navarre s'y cuyda embrouiller, de quoy la royne Jeanne ïen destonma du commencement que de Beze et La Pierre furent en Beam , et ne consentoit point à ces noQvelles opinions, pour une particularité ^ elle disolt avoir veu durant le vivant de la feoè royne Marguerite sa mère, touchant une anmoene de deux mil escus que ladlcte Royne avolt haillez pour secourir les affligez de ces nouvelles opinions , dont les ministres qui en (vent la charge en avoient grandement abusé &Q contraire de son intention : ce qu'ayant sceu die les en avoit repris ; mais que sa mère, pour ce bienfait, n^avoit receu d'eux que du blasme ^s certaines lettres qu'ils avoient envoyées pour se purger de ce fait aux autres ministres de ceste religion. C'estoient lors les raisons de 'a royne Jeanne : neantmoins elle s'y laissa aller après qu'elle eut veu le colloque de Poissi , et puis Tedict de Janvier ; et mesmes aussi la Royne niere , Catherine de MedlcIs , en ce temps là voulut voir que c'estoit d'une telle doctrine, ^s elle ne se deparUt point de l'Eglise.
<>) Elle eo eot l'aotorité; mBu elle n*en prit le titre 1«»prtsla mort de Charles IX.
Après que la royne Jeanne eut veu que le roy de Navarre son mary s'estoit résolu de demeurer en France , et qu'il s'accordoit avec le triumvirat, que l'on appella lors ainsi pour-ce que c'estoit une association qu'avoient faicte messieurs le connestable de Montmorency, le duc de Guise et le mareschal de Sainct André , pour faire vui« der la France à tous ceux de ladite religion prétendue reformée [car ceux-lk se trompent qui ont compris le roy de Navarre au nombre des trois; mais il y adhéra par le moyen que trouva le connestable de luy faire commander parle roy Charles, dans Meleun^ de ne Tabandonner pas]. Lors donc la royne Jeanne se retira en ses pays de Bearn pour y vivre librement en la nouvelle religion, laissant toutesfois, à son grand regret , le prince de Navarre son fils en la court de France près du roy Charles, auquel on le fit retenir, et le Roy son père le voulut bien aussi ; mais elle luy bailla pour précepteur le sieur de La Gaucherie , fort docte aux langues grecques , qui estoit de l'opinion nouvelle, lequel renseigna par forme d*usage sans préceptes , comme nous apprenons nos langues maternelles, et principalement il luy enseignoit des sentences grecques sélectes, qu'il luy faisoit dire par cœur sans les escrire ny les lire, et les luy faisoit apprendre par fréquente recitation , dont J'ay eu cest honneur en ce temps -là de servir ce prince, en escrlvant lesdites sentences pour luy en faire faire les répétitions. Entr'autres il le tint fort long temps sur celle qui dit :
Sel foyaZtûitv tv^v araatv aito tiîi 7roAe&)$,qui CStà dire l
Il faut chasser la sédition de la ville, etc.
Après les prises de Blois, Poictiers et Bourges, tout le royaume estant en armes, le roy de Navarre alla avec l'armée royale, dont il estoit chef, assiéger Rouen , où , estant blessé d*une harquebuzadeparrespaulc, il mourut fortcatholiqoement et chrestiennement à Andelis dans quelques Jours après sa blessure, ayant de grands regrets de laisser le royaume de France en tels troubles, et ses enfans si petits et en bas aage comme ils estoient.
La royne de Navarre, après son decez, renouvella avec les pays de là les Pirenées leurs pazeries anciennes , qui est de se maintenir les uns les autres réciproquement , en cas que le roy de France et celuy d'Espagne se voulussent faire guerre l'un à l'autre entr'eux , tant deçà que delà les monts. Elle s'entretint aussi en bonne amitié avec le roy de France et la Royuc sa mère. Le roy d'Espagne mesmes la rechercha encore après la mort de sa femme la royne Elizabeth ; mais elle se contenta d'estre asseurée de sa bonne volonté.
CHHONOLOOlfi NOVfilTAI&K DS PAIMA CÀYElf. [1589]
Cependant le prince de Navarre estoit eslevé près le roy Charles , et monstroit en son Jeune aage d'enfance une grande dextérité d'esprit : ^e toutes les sentences qu'il a apprises , il n'en a affecté pas nue tant comme celle qui dit : tî V»*; ttàino9atvsXv; aui vincere , aut mort, de laquelle il usa en une blancque qui fut ouverte , l'an ^d6a et 1564, dans le cloistre Sainct Germain de l'Auxerrois , là où par plusieurs fois ce 'billet fut leu , et emporta plusieurs bénéfices. La Royne mère, Catlierine de Medicis, vouloit sçavoir de luy mesmes que c'estoit à dire , ce qu'elle ne put jamais obtenir de luy, et ne voulut s'expliquer, quoy qu'il ne fust lors qu'un enfant. Neantmoius elle en sçavoit bien le sens, jcar elle estoit trop bien assistée ; mais elle défendit de luy en apprendre plus de telles , disant que c'estoit pour le rendre opiniastre.
En tout le grand voyage que le roy Charles fit autour de son royaume l'an 1564 et 1565, le prince de Navarre raccompagna , et se monstra courageux à se représenter au rang qui luy appartenoit en toute révérence , si bien qu'on ne le pouvoit vaincre dbonnesteté ny emporter de bravade, prévoyant tousjours le but des actions ; et sur tout, estant en ses terres durant ce grand voyage , il se fit admirer des François et redouter des Espagnols dez son bas aage, si bien qu'à Bayonne le duc de Médina de Hioseco, le voyant si gaillard, dit ces mots : Meparece este principe à es imperador àlo ha de ser(i).
En l'an 1566 la royne de Navarre vint en Court y où le cardinal de Bourbon » son beau frère , luy suscita procès pour sa légitime de la maison de Vendosme, à laquelle toutesfois il avoit renoncé en faveur de son mariage avec le feu roy de Navarre, Anthoine, aisué de ladite malson ; mais , pour la hayne qu'il portoit à ceux de la religion prétendue , dont la Royne estoit, il s*en pretendoit révoqué. Le roy Charles , en son conseil, y interposa son authorité, et elle, sur ces occurrences, requit Sa Majesté d'aller voir ses maisons de Marie en Picardie , là où elle mena le prince son fils, d'où elle revint en Court. Peu après elle prit aussi congé d'aller voir ses malsons de Vendosme , Beaumont , Salncte Suzanne , La Flesche , et autres belles terres en ces quartiers là , appartenantes au prince son fils, qu'elle menoit avec elle; mais aussi-tost qu'elle fat passée en Poictou , elle se relira en ses pays au delà de la Garonne, emmenanl son fils avec elle , qui estoit le principal dessein pour lequel elle estoit venue en la court
(I) Il m'csl avis que ce prince est empereur ou doit l'clrc.
de France, lequel elle fit depuis instruire par ses ministres en leur religion , et le pourveut d'un autre précepteur que le sieur de La Gaucherie, d'autant qu'il estoit decedé, et luy bailla Florent Chrestien , Ton des anciens serviteurs de la maison de Vendosme , homme versé en toutes bonnes lettres et en la poésie, à quoy la Royne se plaisoit : et , pour instruire madame sa fille, elle luy bailla le sieur de La Roche, fils du docte Salmonée Macrin , compagnon de Budée.
La royne de Navarre, n'ayant pris congé du roy Charles et de sa Court que par lettres qu*elie rescrivit du milieu de son chemin, fit dèslors conjecturer à plusieurs ce qui advint depuis aux troubles de Tan 1567, durant lesquels se donna la bataille de Sainct Denis , où mourut M. le connestable d'une blessure qu'il y receut. Mais la paix faicte durant le siège de Chartres mit fin aux seconds troubles de la France, commencez par ceux de la religion prétendue reformée.
Les huguenots , qui avoient contraint le Roy et les catholiques de se sauver de Meaux dans Paris au commencement des seconds troubles , et qui avoient les premiers rompu le premier edict de pacification , furent estonnez que les catholiques rompirent le second edict de pacification en septembre l'an 1568, et voulurent avoir leur revanche , pour les faire courir à leur tour , au commencement des troisiesmes troubles. La prise des armes des uns et des autres, et les propos communs qui en furent publiez lors, et ce qui s'y passa, est escrit en plusieurs bistoircs , et tous s'accordent que les huguenots furent contraincts de s'esloigner de Paris , et passer la Loire où ils peurent. Orléans qui leur avoit servy de retraicte aux premiers et seconds troubles leur estant osté, ils se retirèrent à La Rochelle, qui leur servit de seure retraicte.
Au commencement de ces troisiesmes troubles, la royne Jeanne de Navarre et le prince son fils estoient en leurs pays au delà de la Garonne. Le mareschal de Monluc avoit eu charge d'y prendre garde et de s'en asseurer, avec commandement de les amener tous deux en Cour auprès du Roy. Elle en fut advertie, estant à Nerac, par ledit sieur de Monluc, auquel elle dit qu'elle estoit disposée de faire la volonté du Roy; mais, après qu'elle eut eu advis que M. le prince de Condé, avec madame la princesse sa femme, et messieurs les princes ses enfans, s'estolent sauvez de Noyers, comme avoit fait aussi M. l'admirai de Chastillon et son frère, le sieur d'Andelot, qui estoit lors auprès de Vitré en Bretagne, et qu'ils avoient passé Loire et estoient en Poictou, elle se résolut de les aller trouver, et laisser le mareschal de Monluc avec
CHBONOLOGIS nOTBNAIAl M PALHA GAYST. [1689]
M pretoiskmfl, exeentant son dessein, elle prit on soir le chemin avec M. le prince de Navarre et madame Catherine ses enfens, laissant tout ion train à Nerac comme si elle y eust encore esté, et ftit incontinent coulée en trente* six heures Jnaques à Monlien en Xaintonge, de là où M. le prince , M. l'admirai et le comte de La Rodiefoncault, bien accompagnez, Tallerent recevoir, d*où elle se rendit avec eux À Goignac en Augoumois , et de là à Tonné-Charente en Xaintonge, où elle dédia M. le prince de Navarre son fils à deffendre la religion qu'elle suivoit, et à venger Thonnenr des princes du sang dont 11 tenoit le premier rang, et envoya au roy Charles la déclaration des causes et raisons qpii l'avoient meuê à ce faire.
Cestoit une royne d'un bel esprit ; elle fit ellemesme une deploration, tant en prose qu'en ▼en françois, de ce que Ton avoit poursuivy à mort et contraint messieurs les princes du sang de se sauver avec leur père , et mesmes M. le comte deSoIssons qui estoit encor au berceau. Ces troisiesmes troubles donc se commencèrent sous sa protection, et tout se fit tant en son nom que de messieurs les princes de Navarre et de Condé.
Le Boy fût estonné de cela. M. le prince de Navarre donc estoit chef de toutes les expéditions de guerre , et luy en Ait déféré Fhonneur par M. le prince de Coudé son oncle, comme à luy appartenant de droict d'aynesse , et comme estant fils de roy et royne souverains.
Ce prince avoit esté nourry dès le berceau à la peine ; depuis la mort de son père il avoit reoeu plusieurs afflictions domestiques , et main*» tenant le voicy comme à Teschole sous la conduitte de deux grands chefs d'armées , tels qu'estoient M. le prince de Condé son oncle et Tadmirai de Chastillon , affln d*estre instruit à la guerre. Il estoit Jeune , mais il avoit beaucoup de valeur, accompagnée d'une naïveté d'esprit et d'un bon Jugement. Aux endroicts où il se trouva durant ces troisiesmes troubles, si ce qu'il dit aux plus vieux capitaines de l'armée enst esté suivy , les événements n'eussent esté tels qu'ils furent depuis, ny ceux de son party n'eussent rcceu tant de pertes et ruynes comme Us receurent alors. L'on a remarqué que quand les deux armées se voulurent combattre à Loudon , où il faisoit un extrême froid , que ledict sieur prince de Navarre Jugea que si M. le duc d'Anjou eust eu dequoy il eust attaqué , ce que ne ûdsant pas qu'il falloit Pattaquer , et que la victoire leur en demeureroit. Surquoy plusieurs ont depuis tenu que si on Teust creu, que Monsieur, fireredu Roy, estoit en danger d*estre pris.
En la Journée de Basaac, quand il vid qu'on
se résolut au combat il leur dit : « Quel moyen de combattre? nos troupes sont trop divisées et celles des ennemis sont Joinctes, et leur force est trop grande ; de combattre à ceste heure, c*est perdre des gens à crédit. J'avois bien dit que nous nous amusions trop de voir Jouer des comédies à Nyort au lieu de faire assembler nos troupes puisque Tennemy amassoit les siennes. » Aussi ceste bataille ftat perdue par ceux de la religion prétendue reformée, et M. le prince de Condé y fut tué.
Pour la bataille deMontcontour, tous les hom^ mes qui s'entendent en lart militaire ont remarqué que l'admirai ne devoit pas faire venir en l'armée ledit sieur prince de Navarre, s'il ne vouloit qu'il combatist, ny M^ le prince de Condé dernier decedé, et ont noté que M. l'admirai, en dressant la bataille , les fit tenir avec M. le comte Ludovic sur lacoline qui avoit esté gaignée le vendredy précèdent, pour contenter ledit sieur prince de Navarre, qui vouloit voir la bataille et s'y vouloit mesler à toute force ; et mesmes, quand il vit au commencement du combat que l'admirai, faisant une charge à l'advantgarde de monseigneur le duc d'Anjou, Tavoit enfoncée, le prince, qui voyoit ceste charge , disoit : « Donnons, mes amis, voyià le point de la victoire , ils branslent. » Ce qui estoit vray , car si le comte Ludovic au lieu de se tenir coy, voulant garder lesdits sieurs princes, eust fait une charge avec tout ce bot qui estoit de quatre mil chevaux , il eust merveilleusement esbranlé Tarmée de Monseigneur, et Otte Flotte^ aleman , qui conduisoit les reistres catholiques pour le comte de Mansfeld, lequel rompit la bataille huguenote, n'eust passé plus outre, et n'eussent eu loisir les sieurs de Biron et Carnavalet de faire mettre bas à l'infanterie, qui se vid incontinent dénuée de cavalerie par la belle charge que luy avoit faicte Otte Flotte, qui la bouleversa , dont s'ensuivit la route entière de la bataille; neantmoins ledit comte Ludovic ne laissa de faire une belle retraite avec son hot.
Ceste nourriture comme à la rustique que le roy Henry d'AIbret , père grand dodict sieur prince de Navarre , luy avoit fait donner en sa Jeunesse , fit qu'il supporta avec plus de patience les veilles et la fatigue qu'il endura en ce grand et laborieux circuit du royaume qu'il fit, commandant à l'armée avec la conduitte de l'admirai , Jusqu'à tant que la paix fut faicte à René le Duc (1).
Après ceste paix, ce prince revint trouver la
(I) Arnay-Ie-Bnc. C'est à Saint Germain que la paix fut signée le 8 août f i!^0.
CHBONOLOGIB NOTBNAUUB DE PÀLKA CAY£T. [1686]
Boyne sa mère à La Rochelle » de là où pour la troisiesme fois avec elle il retourna en Bearn , où estant Tan 1571 et 1672 , il revint encor par le commandement de ladite Royne sa mère, qui estolt venue la première à Paris. Mais il récent les nouvelles de sa mort dans Ghaunay en Poictou, au mesme lieu où son père le roy Ântholne avoit esté appelle roy.
Ce prince n'avoit que dix-neuf ans quand il fat appelle roy de Navarre, et, lors que la Royne sa mère loy faisoit pins de besoin, Dieu la retira à soy ; aussi a on remarqué qu'en ce temps-là il eut trois grands heurts d'afflictions. Le premier a esté lorsqu'il se vid ainsi réduit en orphanité » et tous ses moyens engagez par les conventions de son mariage accordé avec madame Margue* rite , sœur du roy Charles IX. Le second fut en ceste calamité publique du jour Sainct Berthelemy , là où il pensoit estre au dernier de sa vie. Le troisiesme fut sa détention, qui advint quand le roy Charles IX mourut. Encestendroictjediray ce qui luy advint le Jour que ce Roy mourut.
Le roy Charles, se sentant près de sa un , après avoir esté long temps sans sonner mot, dit en se tournant, et comme s*il se fust resvelllé : Appeliez mon frère. La Royne mère estoit présente , qui envoya soudain quérir monseigneur le duc d'Alençoo. Le Roy, le voyant, se retourna de l'autre costé , et dit derechef : « Qu'on face venir mon frère. » La Royne sa mère luy dit : « Monsieur , Je ne sçay pas qui vous demandez, voylà vostre frère. » Le Roy se fascha , et dit : « Qu'on aille quérir mon frère le roy de Navarre , c'est celui-là qui est mon frère. » La Royne mère, voyant son désir, pour le contenter l'envoya quérir. Mais , pour quelques considérations à elle seule cogneuës, elle commanda au capitaine des gardes Nancey que l'on le flst passer par dessous les voustes. L'on alla dire au roy de Navarre qu'il vinst parler au Roy. A ce commandement ce prince a dit plusieurs fols depuis qu*il sentit en son ame une trance et appréhension de la mort, si bien qu'il n'y vouloit point aller. Mais le roy Charles insistant tousjours qu'on le iist venir, la Royne mère le fit asseurer qu'il n'auroit point de mal , dequoy toutesfois il ne se finît pas trop. Il estoit assisté du vicomte d'Anchy depuis sa détention, qui Tasseura aussi qu'il n'auroit point de mal. Il à'achemina sur sa parole ; mais, ayant veu sous lesdites voustes des halebardiers et harquebuziers arrangez, et qu'il falloit qu'il passast au milieu d'eux, il se voulut retirer en arrière; mais lesdicts sieurs vicomte et capitaine des gardes luy dirent derechef qu'il n'auroit nul mal ; aussi qu'il voyoit que les soldats luy faisoicnt la révérence ^ ce qui fut cause
qu'fi passa, et, montant par on degré desrobé, l'on le fit entrer dans la chambre du Roy, leqoel soudain qu'il le vid se retourna vers luy , et luy tendit les bras. Le roy de Navarre, tout esmen, pleurant et souspiraat, alla de genoux jQsqoes aux pieds du lict. Le roy Charles , l'ayant fait approcher , l'embrassa estrolctement et le baisa, luy disaùt ces paroles : « Mon frère, vous perdez un bon maistre et un bon amy . Je sçay que vous n'estes point du trouble qui m'est survenu : si j'eusse voulu croire ce qu'on m'en vouloit dire, vous ne fussiez plus en \ie; mais je vous ay tousjonrs aymé , je me fie en vous seul de ma femme et de ma fille , je les vous recommande. Ne vous fiez en N..., mais Dieu vous gardera. 9 La Royne mère interrompit le roy Charles , disant : « Monsieur , ne dites pas cela. ^Madame, je le dois dire, etest la vérité. Croyezmoi, mon frerCi aymez moy, assistez à ma femme et à ma fille, et priez Dieu pour moy. Adieu, mon frère , adieu. • Le roy de Navarre toutesfols demeura là jusques à tant qu'il entrast en l'agonie , ce qu'estant il se retira. Ce fut dans le soir de la Pentecoste, l'an 1674, que mourut le roy Charles et que ces choses advindrent.
La détention du roy de Navarre ne laissa de continuer jusques après le retour du roy de Pologne , et après que monseigneur le duc d'Alençon , frère du Roy , se retira de la Cour.
Le roy de Navarre en ce temps-là, voyant ce qui se passoit, trouva moyen de se retirer liors de la captivité de la Cour. Il avoit esté par deux fois à la chasse vers Villierscoterests, d'où il estoit revenu à Paris, et, à la troisiesme fois qu'il alla vers la forest de Montfort Lamaurry , ilusa d'une telle diligence, qu'U se rendit en peu de jours au delà de la rivière de Loire. Tous ceux de la religion prétendue reformée se r'allierent incontinent auprès de luy; et, se voyant en liberté, il fit une ample déclaration comme il avoit esté contraint par force à la Sainct Rerthelemy de se départir de ceste religion , où il avoit esté nourry sans instruction ny aucune disposition précédente qui luy toucbast en Tame.
Monseigneur le duc d'Alençon ayant fait sou accord avec le roy Henry III, duquel il obtint ua grand accroissement d'appanage , outre Tordi naire des enfans de France , ledit sieur roy Henry III , voyant le duc Jean Casimir entré en France avec une armée de reistres au secours du roy de Navarre etdu princede CoDdë,el de ceux de leur party, voulut aussi pacifier les troubles de son royaume, et fit le quatriesmc edict de pacification l'an 1576 , sur lequel , ainsi que nous avons dit au commencement de ceste histoire, l'origine et conception de la ligue des
GHBOHOLOeiB NOVBNAIRB DB PALMA CAYBT. [1589]
pioees et seigneurs cathottqnes fut bastie; une partie des effects de laquelle nous avons traicté Jsfqoes à la mort dudlt bon roy Henry III qui noorut sans enfons, et fut le dernier de la maison des Valois, auquel ledit sieur Henry, roy de Navarre, succéda à la couronne de France, comme estant le premier prince du sang de la malâOD de fiourbon , et yssu de masie en masie do roy sainct Loys; car ce prince estoit, comme soDS avons dit, fils d'Anthoine, roy de Navarre, qui foi fils de Charles , duc de Vendosme , qui bit fils de François , comte de Vendosme , lequel fstoit fils de Jean , comte de Vendosme , qui fut Dis de Lojs , comte de Vendosme, fils de Jean, comte de La Marche , lequel fut fils de Jacques, comte de Gharolois et de La Marche , et connestable de France , qui estoit fils de Loys I , duc de fioorboD , lequel estoit fils de monseigneur Kobert de France , quatriesme fils du roy sainct loys. Voilà la généalogie du prince qui doit commander cy après à la France , la purger de sédition j et luy donner une heureuse paix.
A son advenement à la couronne, il estoit de la religion prétendue reformée, en laquelle il avoit esté instruict dès sa jeunesse par les precepteorsque Ton luy donna ; il fut contrainct par force àla Sainct Berthelemy de la changer, mais, 8 M qu'il se vid en liberté, il retourna en ceste religion, laquelle il protesta de ne changer Jantais par force et contrainte , estant de qualité qu'il nepouvoit estre traicté que par la raison, et >Tec le respect qui lay estoit deu ; en quoy les princes de la ligue se trompèrent l'y pensans redoire par la force durant le règne du roy Beory III , car, au contraire , ils le firent resouli^ de ne la changer Jamais que Ton ne luy eust monstre qu'il erroit en icelle , et ce par un conciie gênerai ou national. Mais, quand messieurs ^ princes du sang et les officiers de sa couronne, >vec le respect et l'honneur qu'ils luy devoienti l'eurent supplié de se fléchir à leur requeste, et ^e se laisser instruire en la religion et foy catholicité, en laquelle tous ses prédécesseurs avoient doctement et chrestiennementvesco, et que le temps d àpresent ne pouvoit permettre un con- ^^ie libre afHn d'y disputer de la religion , ven pe telles disputes d'ordinaire sont plustost M)nrces de divisions qu'instructions , à cause Ï^QQ chacun se tient ferme en son opinion, mais P'il devolt plustost mander les plus anciens et ioctes prélats de France pour luy donner une ^incte instruction, et lesquels luy moustreroient ^ï^rtementla vérité de la foy catholique, apos- Clique et romaine , et les erreurs de la religion Ketenduë reformée , il se laissa toucher le cœur ïbr requeste, et leur promit, comme nous
avons dit , de se faire instruire dans six mois , ce qu'il fit publier par la déclaration qu*il en fit lors.
Geste déclaration fut cause de deux imprimez qui se publièrent en mesme temps, Tun dans Paris , l'autre dans La Rochelle. Geluy de Paris estoit une faulse lettre faite au nom du Boy, addressante à messieurs de Berne : ceste faulseté estoit affin d'entretenir les peuples des villes de la ligue en leurs révoltes, en leur faisant accroire que la susdicte déclaration du Boy n'estoit qu'une dissimulation , et qu'il n'avoit d'autre dessein que la ruine de la religion catholiqueromaine. Et l'imprimé de La Bochelle estoit un ad vis au Boy pour ne changer de religion, aile* guant quelques raisons d'Èstat et les forces du party huguenot ; mesmes l'autheur supplie Sa Majesté qu'il luy dise un mot à l'aureille, et qu'il se souvienne des protecteurs de leur religion que l'on vouloit introduire il n'y avoit pas dix mois. Mais les uns et les autres se sont abusez en leurs opinions : Dieu en avoit disposé autrement pour le bien de la France.
Le dessein du Boy estoit de recouvrer Paris : il mourutlorsqu'il estoit en sonoption de la prendre par amour ou par force. Henry IV son successeur eust aussi volontiers succédé à ce dessein ; mais ce qui fut possible à l'un ne le pouvoit pas estre si tost à l'autre, de qui l'authorité n'a peu estre si promptement establie qu'elle fut acquise^ car les volontez de ceux de dedans affectionuez au feu Boy furent refroidies, lesquelles avoient esté eschauffées par son approchement et par la conduite de ses bons serviteurs, à aucuns desquels il avoit commandé de se tenir auprès du duc de Mayenne, et à d'autres de ne bouger de Paris, affin qu'il fust adverty des desseins de ses ennemis , suyvant en cela l'exemple de David , quand il dit à Chusai Ârachite, lors qu'il fut contraint de s'enfuir de Hierusalem pour la conspiration de son fils Absalon : « Allez avec Absalon, et luy dites : 0 roy , Je suis ton serviteur , souffres que je vive ; ainsi que j'ay esté le serviteur de ton père , ainsi seray-je ton serviteur ; mais toutes les paroles que tu auras ouyes en la maison d' Absalon, tu les diras à Sadoc et à Abiathar prestres, car avec eux sont leurs fils, et envoyerez vers moy , par iceux , toute parole que vous aurez ouye , et dissiperez aussi le conseil d'Achitopel. » Ce que Chusai Arachite fit; il dissipa le conseil d'Achitopel, et fitadvertir David des resolutions d' Absalon par les fils de Sadoc et d' Abiathar : ainsi David , après la mort de son fils Absalon, et de vingt mille hommes qui l'avoient suivy , rentra dans Jérusalem. Ceste histoire est descrite au second livre des Roys, cbapitres 16 , 16^ 17 , 18 et 19 , et en la lisant on
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void comme en un tableau le succez des choses qui se sont passées en ces derniers troubles. Messieurs les présidents Brisson et de Blane-Menil , et M. deVilleroy , ont esté les vrays Chusals Araehites qui par leurs prudences ont dissipé le conseil des seize achitopbelites, ainsi qu'il se verra à la suitte de ceste histoire ; et les prestres qui ont envoyé les paroles ouyes^ ont esté M. Tabbé de Saincte Geneviefve, gardien de la châsse où sont les reliques de saincte Geneviefve, patrone tutelaire des Parisiens envers Dieu [ainsi qu'estoient lesdicts Sadoc et Abiathar prestres, qui avoient en garde Tarche de l'alliance en Jérusalem], assisté de M. Seguier, doyen de Nostre-Dame, de messieurs Benoist , curé de Sainct Eustache , de Chavaignac, curé de Sainct Suplice, de Morennes, euré de Sainct Mederic, et autres bons docteurs et ecclésiastiques, qui aussi, par leurs remonstrances particulières qu'ils firent aux grandes et honorables familles de Paris, les firent penser à leur devoir, et lesquels depuis embrassèrent courageusement l'entreprise de se remettre sous Tobeyssance royale : ce qu'ils firent ainsi qu'il se verra cy-après. Mais en un seul point ces deux histoires se différent, car David ne fut point tué par Achitopel, ainsi qu'il Tavoit proposé au conseil de l'aller assaillir subitement avec douze mU hommes, disant que le peuple estant lassé se voyant assailly s'enfuiroit, et que lors il frapperoit le roy désolé ; ce qui n'advint , car son conseil fut destourné par celuy de Chusay Arachite, dont de despit il s'alla pendre, et la rébellion du peuple fut appalsée durant le règne de David, au contraire de ce qui est advenu en ces derniers temps icy, car la rébellion du peuple n'a peu estre appalsée que du règne de Henry lY , pource que les ennemis du roy Henry III, ne recognoissans plus autre remède pour éviter la justice de leurs crimes , le firent proditoirement tuer, ce qui fut cause que la penderie et destruction des seize achitophelites n'est advenue qu'après sa mort, et les villes qui s'estoient ostées de l'obeyssance royale ne s'y sont remises que durant le règne de Henry IV , lequel donc voyant, au commencement de son règne, que les affections de ceux qui estoient dans Paris soustenans le party royal ne luy pouvoient estre si tost transférées , pource qu'il y avoit prez de quinze ans que l'on ne l'avoit veu vers Paris, ny aux provinces de deçà Loire, où presque on ne le cognoissoit que par les proscriptions publiées contre luy, et ce par l'artifice de ses ennemis, par le moyen desquelles ils avoient accoustumé les peuples à ne lerecognoistre quasi pas, et aussi que plusieurs seigneurs avoient eu congé du feu Boy pour le long séjour qu'ils avoi^t ûdct en
Tannée , tant pour aller fsdre leur récolte, qui pour autres occasions qui se présentèrent ion, lesquels seigneurs luy ayans demandé congé de se retirer pour aller, comme ils disoient, donner ordre en leurs gouvernements et à leurs affaires, Sa Majesté eut ceste force lors de ne refuser aucun congé à ceux qui le luy voulurent demander. M . d'Espernon s'en alla en son gouvernement d'Angoumois etXaintonge. Plusieurs autres seigneurs, par le congé de Sa Majesté, s'en allèrent en leurs gouvernements et aux provinces d'ot ils estoient. Mais comme le sieur de Yitry ftat le premier qui, au déclin de la ligue, monstrale chemin aux autres gentils-hommes de se remettre en l'obeyssance du Boy après la mort da feu Roy, il fut aussi le seul seigneur de «on armée qui s'en alla rendre du party du duc de Mayenne, ce qu'ti fit, ainsi qu'il protesta ioR, pour le respect seul de la religion. Peu de personnes neantmoins abandonnèrent le party royal, quelques déclarations et promesses que fist Ponion.
Le Roy donc voyant son armée se dlmiDuer, et l'affection d'aucuns de ceux de dedans Paris aucunement refroidy , il Jugea prudemment que son entrée dans Paris se devoit déférer aune autre fois , et qu'il sufifiroit pour ceste première fois d'avoir recogneu, sur les advis qu'il receot des principaux qui tenoient dans ce^ y^ le party royal, qu'il estoit fort possible dY parvenir. Or, estant nécessaire qu'il occupai son armée à quelque autre exercice , il partit de Sainct Clou pour aller à Compiegne mettre ea depost le corps du feu Roy. En y allant il pnnt Meulan , ville où il y a un pont sur la Seine, et| un bon fort dans une isle au milieu du pont. D^ > là l'armée s'achemina vers Gisors et Clermd en Reauvoisin , qui se rendirent à luy. j Après que le corps du feu Roy fut mené a Compiegne, le Roy, considérant qu'il ne eomj paroissoit alors rien à combattre à la campagnej ne voulut pourtant s'engager à un grand siegei affîn d'avoir la commodité de se rendre en U ville de Tours à la fin d'octobre, où il avoit fai^ publier une convocation de tous les princes d officiers de la couronne, pour avec eux prendn une resolution sur les affaires de TEstat ; mais j sépara son armée en trois, et en envoya une pai tie en Picardie sous la charge de M. de LonH ville ; Tautre fut envoyée en Champagne sou M. le mareschal d^Aumont, et il retint avecio messieurs le prince de Conty et le duc de MonI pensier , le grand prieur de France , colonel d la cavalerie légère, le mareschal de Biron, I sieurs d'Anville , colonel des Suisses, de Rieui mareschal de camp; de Chastillon, commandai
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i riûÊÊûtitrie^ et (ilittieQrs seigneurs de son con- Ril| capitaines, et antres gentils-hommes de qvaJjté. IJ poQfoit avoir en son armée douze cents lioBs chevaux, trois mil hommes de pied franoi^etdeax régiments de Suisses.
La partition et séparation de ceste armée en troji se fit à deux desseins : le premier affin qu'en Picardie et en la Champagne les royaux estans tDDsjoun les plus forts à la campagne , ils fissent saouler de la guerre les villes et les peuples de ces pravlnces-là, qui avoient monstre d'en SToir tant d'appétit et d'envie. La seconde fut qQe la noblesae de ces provinces desiroit aussi de se retirer chez eux ; que si cela fust advenu sans qu'il y eust eu des chefis en un corps d'armée en chacttDe de ces provinces , il eust esté très-diffioie de les rasseonbler pour s'en servir suy vant l'&ifeDtion du Roy, laquelle estoit qu'au cas que le doc de Mayenne , qui assembloit à Paris tous ttox de son party , luy vinst sur les bras, que iesdits duc de Longueville et mareschal d'Au* mont, avec chacun leur petite armée, poussent rejoindre incontinent Sa Majesté.
Geste grande armée donc ainsi divisée en trois cor^ d'années , le Boy avec la sienne s'achenilna vers la Normandie à double fin : l'une pour y cofiforter ceux de son party , et tirer secours d'ADgfeterre ; l'autre affin qu'en feignant d'entrepreadre quelque chose sur Boûen, il attirast en Normandie toutes les forces de l'union, et par ce moyen empeschast ses ennemis pour ceste fois <lMtaqner Pontoise, Meulan, Senlis et les autres P'Aces qui tenolent pour luy auprès de Patis; Nuelles places eussent peu estre incontinent reprises auparavant que les deux autres parties de son armée se fussent peu rassembler, et accourir assez à temps à leur secours.
vivant son dessein , l'armée tira droict au V^X Sainct Pierre , de là à Deraetal , d'où, avec quatre cents chevaux » Sa Majesté s*en alla à Diepe. Le sieur de Chattes, gouverneur de ceste WKe, et tout le peuple, de cœur et de voix, luy tKQK>ignerent leur fidélité, et à la première propositioD qu'il leur fit d^assieger Rouen , ils luy offrirent tout ce qui estoit en leur pouvoir. Durait le peu de séjour qu*il fit à Diepe, ayant sceu que Neufchastel, qui n'en est qu'à sept lieues, incommodoit fort le passage de ceux qui alloient de son armée à Diepe , il l'envoya investir par les sieorsdeGuitryet deHalot. Un gentil-homme de <% pays de Caux, nomme Chastillon, assembla Qoe grande quantité de paysans et soldats, en intention de se Jetter dans Neufchastel et le deffendre; mais Iesdits sieurs de Guitry et de Hailot leur lièrent au devant, les deffirent , et en tuèrent ur le champde sept àhuit cens. Neufchastel se ren-
dit le lendemain, dont les Diepois fhrent joyeux.
Le Roy , retourné en son armée , falot continuer le bruit qu*il veut assiéger Rouen, pour y faire venir le duc de Mayenne. La plus-part de ceux qui l'approchoient croyoient que ce fust son intention ; et , durant les cinq ou six Jours qu'il y séjourna, fi fit, excepté de la battre, tout ainsi que si la resolution eust esté de l'assiéger. Il fitruyner les moulins, etfaisoit incessamment attaquer des escarmouches Jusques dans les portes , afQn de les presser davantage d'appeller le duc de Mayenne A leur secours : ce que ceux de Rouen firent avec importunité , quoy qu'ils eussent le duc d'Aumale et le comte de Brissac dans leur ville avec nombre de cavalerie.
Le Roy , qui sceut pour certain que le duc de Mayenne s'estoit acheminé à Mante et à Vernon, se retira vers Diepe avec son armée. Il communiqua lors aux siens qu'il n'avoit fàict ceste feinte d'attaquer Boûen que pour attirer son ennemy en Normandie. Chacun loua son dessein. Mais il ne pensoit pas qu'il y deust venir si fort qu^il y vint. Devant que reciter ce qui se passa à Arques et à Diepe entre les royaux et l'union , voyons un peu comment le duc de Mayenne amassa en un mois une armée si puissante, et ce qui se passif au party de l'union après la mort du Roy.
Le deuxiesme d'aonst, derrière les Chartreux, à Paris , se fit un defTy entre le sieur de Lisle Malivaut, du party royal, et le sieur de Maroles^ du party de l'union, pour tirer un coup de lance. Le sieur de La Chastre, qui commandoit en ce quartier là pour le party de l'union, leper* mit. Du premier coup de lance, la visière du heaume de Liste Malivaut, n'estant bien cloûéci se décloua, et luy fut tellement blessé à la teste, que , voulant se retirer vers les siens, il tomba. Suy vant leur accord Marolesle faictson prison^ nier ; mais on cognut incontinent qu'il estoit blessé à mort, et qu'il avoit plus de besoin de consolation spirituelle que d'appareils. Se voyant ainsi défaillir , il leur dit : «< Je n'ay poinct de regret de mourir puis que mon Roy est mort. » A ces paroles ceux de l'union sceurent au vray la mort du Roy. Autant qu'il y avoit de tristesse en Farmée royale , autant ceux de l'union se monstrerent alors estre Joyeux de ceste nouvelle, et, au lieu de faire le service et prier Dieu pour rame de leur Roy, ils en firent des feux de Joye ; et , pour monstrer le contentement qu'ib en avoient, ils quittèrent leurs escharpes noireS| marque de party qu'ils avoient pris depuis la mort de messieurs de Guise, et prindrent le vert en signe de resjouyssance. Plusieurs pourtraits furent faits de ce parricide Jacques Clément, et ce en toutes isortes de fiiçons: cela amusa le me^
iT?
CHEONOLOOm nOVBIfÀIBS DB PALMA CAYBT. [1589]
nu peuple de Paris un temps. Ce moyne assassin estoit de Sorbon près deRethel. Peu de jours après sa mère vint à Paris : le menu peuple, par la persuasion des prédicateurs et autres, couroit après pour la voir. Les Seize en faisoient une monstre par tout comme d'une merveille, et le conseil de Funion luy fit donner quelque argent pour la recompense d'avoir mis au monde le plus mal-beureux qui fut Jamais né en France : aussi dans Tanagrame de son nom fut trouvé la vérité de sa naissance : Frère Jacques Clément ; C^est V enfer qui m'a créé.
Ce parricide , nommé martir par les Seize et leurs prédicateurs, qui disoient que le Sainct Esprit Ta voit induit à ce faire , ne fut pas estimé tel par beaucoup d'ecclésiastiques, ny par les bonnes familles de Paris , ny par les politiques, lesquels furent tous contraincts lors de dissimuler leur tristesse, et Jugèrent bien que c'estoit un faict prémédité et une grande conjuration. Leurs raisons estoient: l'une, que c'est 'chose certaine que nul prince ne se peut garantir d'estre tué par celuy qui Taura entrepris avec intention de mourir quand et quand ; l'autre^ quand le meurtrier à créance de ne mourir point après avoir faict son coup. Pour l'intention de mourir quand et quand en faisant le coup , ils remarquèrent bien que l'on avoit fait accroire à ce moyne qu'il seroit sainct en paradis ; mais, pour la seconde, ils disoient que i*on luy avoit aussi persuadé que s'il estoit pris vif qu'il n'auroit point de mal, et que , le mesme Jour qu'il parliroit pour aller faire son coup, on feroit emprisonner grand nombre des partisans du Roy qui estoient dans Paris, outre ceux qui estoient dans la Bastille, lesquels, en cas qu'il fust pris vif, on luy auroit promis qu'ils serviroient d'escbange pour luy : ce qui fut exécuté, car plus de deux cents, que Ton estimolt tenir le party royal dans Paris, furent mis prisonniers le mesme Jour que le Boy fut blessé, et incontinent après furent mis en liberté, sçacbant la mortdu Roy etdudit parricide.
Aussi le duc de Mayenne, le cinquiesme d'aou&t , fit publier une déclaration avec le conseil gênerai de l'union , mandant à tous les officiers de la couronne, villes et communautez qui avoien t sui vy le party royal , sous prétexte de quelques devoirs qu'ils estimoient avoir encores à celuy qui avoit cy -de vaut l'authorité royale,de se réunir avec luy pour la conservation de la religion et de l' Estât contre les hérétiques, enjoint aux villes de recevoir tous ceux qui reviendront dudict party royal en celuy de l'union, avec tout respect, honneur et bonne amitié, pour ce que de l'observation de ceste déclaration , disolt-il, imj^rtoit rafifoiblissement du party royal.
Par toutes les villes du party de Timion celi fut publié et imprimé avec les lettres particulier res du duc ; mais, comme il a esté dit cy-dessns, cela fut pour néant. Cène fut pas toutesfois saos faire tenter les habitans des villes royales en phisieurs endroits. Le sieur de la Chastre, retourné de Paris À Orléans , desiroit de faire venir à effect les desseins de quelques habitans , qui , dans Tours, favorisoientlepartyde l'union. La rivière de Loire , qui estoit lors fort basse et gnalable en une infinité d'endroicls, eust beaucoup (afo» risé son dessein ; mais* il sceut que M. le comte de Soissons , qui s' estoit sauvé du chastean de Nantes , estoit arrivé à Tours, et que quelques gens de guerre s'y estoient rendus aussi : cela le fit différer son entreprise.
Mais aussi-tost que ledict sieur comte de Soissons fut party de Tours pour aller en l'armée du Roy , un nommé Le Lièvre, receveur à Ingrande, qui estoit lors à Tours, et principal entremetteur de ceste entreprise ; Gasnay , capitaine en Tisle Sainct Jacques; G rigny, conseiller aupresidial; Débonnaire , sergent, et Bourdin, qui par \tm practiques avoient gaigné un bon nombre d*habilans, à ce aydez par un nommé Le Tournear, chanoine de l'église Sainct Martin, allèrent voir le sieur de Lessar , qui avoit une compagnie de gens de pied entretenue dans Tours ; et, tombant de propos en autre sur ce que M. de Montbeloo, garde des seaux de France, avoit rendu les seaux, et n'avoit plus voulu exercer cest office depuis U mort du feu Roy , ils tombèrent aussi sur ce qw le feu Roy avoit osté ledit sieur de Lessar de son gouvernement de Saumur pour le bailler à un hérétique. Ce gentil-hommeprudentleuraccorde
ce qu'ils disent, et feignit en avoir du mesconlentement : ils s'ouvrent lors à luy, et luy disent qu'il estoit en sa puissance d*avoir un autre gonj vernement, et meilleur que celuy de Saumur^ et que , le recognoissant bon catholique [comme aussi estoit-il], il pou voit par leur moyen se rendre gouverneur de Tours. A ce mot il en de^ mande les moyens : ils luy descouvrent toot(| leur entreprise, et luy font les moyens de W cuter assez faciles, par la mort qu'ils avoien résolue de tous ceux du conseil du Roy, de iij cour de parlement, de la chambre descoraptcsj et de tous les royaux qui s'y estoient réfugia j le pillage desquels seroit grand, n'ayanslout^i fois résolu de tuer messieurs les cardinaux ai Vendosme et de Lenoncourt , et qu'ils les m troieut prisonniers seulement en la place dj M. de Guise, qui estoit un prince qui seroit obli gé audit sieur de Lessar de sa liberté. Lessar es coûte ce discours, leur promet de s'cmploy*^'' ^ un si bon œuvre, disoitril, mais qu'il yom
CHBONOLOOIS NOTBNAïaE
vedrelafr en ceste entreprise , en laquelle ils se poQvofeDt assenrer de Iny et d'une quantité de boDS soldats de sa compagnie en qui il se fioit, et qL ne tiendroient autre party que le sien ; mais queceste entreprise ne se devoit exécuter sans scJiToir quels gens et combien on pourroit estre , si&Q de n'entreprendre mal à propos. En prenant congé de Iny, les susdits entrepreneurs luy promirent de le revenir voir sur Taprèsdisnée, et tny apporter un mémoire signé de plusieurs de Iran compagnons.
Lessar à I*heure mesme va trouver M. le cardinal de Vendosme , et luy dit tout ce que dessus, Iqael luy donna des archers du conseil et des hommes fidelles pour ouyr discourir ces entrepreneurs et pour s'en saisir. Les entrepreneurs œlaitlent de venir, entrent en paroles, montrent on billet du nombre qulls estoient. A un signal, les archers qui estoient cachez dans un antichambre sortent et se saisissent des entrepreoenrs et de leurs mémoires : les portes de la ville furent incontinent fermées, et plusieurs des conpirateurs pris. Le lendemain, Le Lièvre, Gasnay et Débonnaire forent pendus. Ils advint un fort grand tumnlte, ainsi que l'on les vouloit pendre, poarnncoop de pistolet qui fut tiré. Ceiuy qui le tira fat toé sur le champ , avec un autre taillear d'habits qui sortit de sa maison l'espée au poing criant : Vive Guise ! A ce bruit les babitaos se mirent en armes, et la ville de Tours dëskrs fat du tout asseurée pour le Roy ; tellement <[Qe deux Jours après , sans aucun empeschenent, le eooseiller Grigny , Bourdin et un greaeder furent pendus. Le Tourneur et les autres prisonniers qui estoient de ceste entreprise fuient mis en liberté quelque temps après par la eiemence du Roy , sur l'occasion des victoires que Dien luy donna. Du depuis ceste exécution à niortjl ne s*est plus descouvert aucune entreprise sur Tours, et ceste ville a servy de refuge à tooseeux du party royal, quOy qu^en ce mesme (eoips le sieur de Maroles surprist Montrichard, qoi nen est qu'à dix lieues du costé du Berry , et le sieur de Lansac s'empara du Chasteau du Loir au pays du Mayne. A la reprise que le Roy » feracy-après nous dirons comme cela advint. Soyons cependant comme tous ceux de l'union s'assemblèrent à Paris pour aller querirle Roy ^ Normandie ou pour luy faire passer la mer. Ce sont les termes dont ils usoient.
Dorant le vivant du feu Roy, le Pape , le roy d'Espagne, le duc de Lorraine et le duc de Savoye, nes'estoient meslez ouvertement des af- &ires de France en ces derniers troubles que par sons mains, et, bien que le Pape eust faict publier une monitioQ contre luy; M. le cardinal de
M PALMA CAYET. [1569] iH
Joyeuse et autres cardinaux qui lui estoient affectionnez, esperoient pacifier ceste affaire. Pour le roi d'Espagne , quoy quil eust esté le principal autheur d'avoir faict faire la ligue des princes et seigneurs catholiques en France , et que son ambassadeur Mendoce se fust retiré à Paris pen après les estats de Blois , si est-ce qu'il n'envoya aucun secours à l'ouvert t ceux de l'union : les occasions pourquoy nous les dirons cy-après. Le duc de Lorraine fut empesché à prendre le chasteau de Jamets , et n'envoya que sous main quelques gens de guerre au secours des princes de la ligue ses parents; et le duc de Savoye eut assez de besongne auprès de Genève, ainsi que nous avons dit , sans venir à Touvert attaquer la France ; et quoy que le feu Roy eust résolu , pour la prise du marquisat de Saluées , de le faire attaquer en Savoye par les sieurs colonel Alphonse, Desdiguieres et le baron de La Roche , toutesfois rien ne se remua. Mais aussitost que la mort du roi Henri III fut advenue, ce fut encore comme une autre nouvelle révolte en France; car ces quatre grands ennemis, et qui envioyent merveilleusement la bonne fortune du roy Henry IV pour beaucoup d'occasions que nous dirons cy-après, envoyèrent incontinent, selon leurs puissances, des forces au secours de l'union, ou entreprirent, selon leurs particulières prétentions , de se rendre seigneurs des villes et provinces de France les plus proches de leurs pays , et qui estoient à leur bien séance.
Le duc de Lorraine fut le premier qui envoya son fils le marquis du Pont, avec plus de mil bons chevaux et deux mille hommes de pied : il arriva à Paris au commencement du mois de septembre. Ce prince de Lorraine estoit neveu du roy Henri III , et premier fils de madame Claude de France sa sœur, et femme du duc de Lorraine. Plusieurs ont escrit qu'il vint en France sur l'espérance que l'on fit accroire à son altezze de Lorraine que Ton mettroit la couronne de France sur la teste dudict sieur marquis son fils, pour ce qu'il estoit, disoient- ils à Paris, petit fils d'un roy do France. Mais ces gens là s*abusoient , car le royaume de France , dont le Roy est premier fils de TEglise, ne tombe jamais en quenouille , et ne ressemble l'Espagne et l'Angleterre, où les masles yssus d'une princesse du sang royal s'appellent princes du sang, ce qui ne se practique en France, car les princes du sang sont ceux là qui sont descendus de masie en masIe d'un roy de France. Le conseil de Tunion , après la mort du feu Roy, ne fit pas publier tout aussi-tost pour leur roy M. le cardinal de Bourbon , pour donner occasion ausdits quatre princes ennemys du roi Henry IV de leur
CHIOHOLOCIK VOTSVAmË
envoyer du secours pour renforcer leur armée, affin que tous ensemble ils eussent plus de force de luy faire sortir le sceptre des poings , qu'il avoit relevé comme estant premier prince du sang, et lequel après l'assassinat du feu Roy avoit esté proclamé roy en Tarmée royale.
L'occasion que ledit sieur marquis du Pont se trouva si tost à Paris avec tant de gens de guerre, fût que , le 24 juillet, le sieur de Schelandre luy rendit le chasteau de Jamets à composition. Ce siège fat mémorable , car il dura près de vingt mois , tant devant la ville que devant le chasteau. Nous avons dit cy-dessus que Tarmée de son altezze de Lorraine avoit esté à prendre la ville de Jamets plus d'un an , et si elle ne luy fut rendue que par une trefve. Le chasteau tint du depuis encore plus de sept mois , et ceux de dedans ne se rendirent qu'à l'extrémité et faute du secours qui leur avoit esté par plusieurs fois promis. Or le duc de Lorraine avoit eu un extrême désir d'avoir ceste place, à cause du long siège qu'il y avoit tenu ; et , quelque chose que le feu Boy luy envoyast dire pour laisser en paix les terres de mademoiselle de Bouillon , il n^en voulut rien faire, et disoit qu'il aymoit mieux perdre sa vie que son honneur, à cause du long siège qu'il avoit tenu là devant : aussi au dernier effort qu'il y fit faire avec vingt deux pièces de canon, il contraignit les assiégez de luy demander composition, laquelle ils eurent dudit sieur marquis du Pont , son fils , à condition qu'ils ne sortiroient qu'avec l'espée et le poignard à la ceinture, et pour les autres armes , enseignes , tambours et bagages, qu'on leur envoyeroit, et les leur feroit on mener jusques à Sedan à leurs frais. Ceste composition, faicte huict Jours devant la mort du feu Roy, fut cause que ledit sieur marquis se trouva si tost en armes pour venir au secours de l'union , et qu'il se rendit incontinent à Paris.
En mesme temps aussi le duc de Parme pour le roy d'Espagne envoya au duc de Mayenne cinq cents chevaux et quelque infanterie de Walons. Bassompierre arriva en mesme temps avec trois cornettes de reistres. Le duc de Nemours vint du Lyonnois , qui amena de belle cavalerie et nombre d'infanterie. Balagny d'un autre costé envoya de Cambray tout ce qu'il avoit de forces. Ce fut ce qui fit davantage resouldre le duc de Mayenne de passer la rivière de Seine , et d'aller chercher le Roy, qui ne pensoit pas qu'en si peu de temps ledict duc pust recouvrir tant de forces , et estimoit seulement que s'il venoit au secours de Rouen, qu'il n'y ameneroit toute son armée, et mesmes quand bien il y viendroit en Testât qu'il l'avoit laissé à Paris , et qu'il passasi
BS PÀLKA G4VST. [iiM]
la rivière , qu'il le combattrolt. Hais, sur l'ad* vis que le Roy receut des grandes forces qa'avolt le duc de Mayenne , se montans à plus de vingtcinq mil hommes, et du bruit que ceux de Vqnion publioient par tout que Sa Majesté oe leur pouvoit eschapper , pource qu'ils avoient ploi d'hommes de guerre trois fois que luy , solvant sa coDStance et resolution accoustumée ea tels nouveaux accidents qui portent apparenn de péril , comme cestuy-cy en avoit tous les signes , manda incontinent à M. de Longuevilleet au mareschal d'Aumont Testât de ses affaires, et qu'ils fissent toute la diligence qu'ils poin>* roient de se rendre auprès de luy, pource, leor mandoit-il , qu'il y avoit apparence que ceste partie ne se demesleroit sans quelque grand combat qui seroit une crise de la maladie de France.
L'armée royale estant partie de Dernetal pm Rouen , ainsi que nous avons dit, s'estoit acheminée vers Diepe, et le troisiesme logis qu'elle fit fut devant Eu, qui tenoit pour Tuuion. Le Roy fit sommer le sieur de Launay qui estoit dedans avec quatre cents hommes; il fit semblant de vouloir tenir bon , mais voyant le canon , deux heures après il se rendit.
De là le Roy alla loger à Treport , qui n'en est distant que d'un quart de lieuê , où il récent advis comme M. de Mayenne' avoit pris, le septiesme septembre, Gournay, petite ville à huict lieues de Rouen, laquelle M. de Loogae\iile avoit prise peu auparavant. Le sieur de Robempré estoit dans ceste ville avec son régiment: estant sommé , il ne se voulut rendre da commencement; mais, la bresche faicte assez raisonnable pour y entrer, il fut contraint de demeurer prisonnier de guerre avec le capitaiM Fontaine et le sieur de Sainct Mas, lesquels le duc de Mayenne envoya à Beau vais; quant à ses soldats, ils prirent party dans Tannée de romoD) et les lansquenets qui entrèrent les premiers dans Gournay le pillèrent. Le marquis de Hainelay y fut mis gouverneur par ledict sieur duc. C« marquis peu de jours auparavant avoit surpns et deffaict le sieur de Bonnivet et sa troupe. On tient que ce Jeune seigneur, de Tune des bonntf maisons de la Picardie , fût misérablement taé de sang froid, estant pris prisonnier de gueiYe* C'est chose inhumaine de tuer après que la foreur des armes est passée, et Dieu Jamais n'a faict descendre en paix au sepulchre ceux qui aal °^ de telles voies.
Le Roy voyant donc que le duc de Mayen»' après la prise de Gournay tiroit droict vers Di«^ et qu'il n'y avoit plus ny rivière ny autre choie qui peust empescher le dit sieur duc de vea^ droict àiuy, il se résolut d'aUer audevaotdeioyf
cmoRoioân noTSifÀiu bb vauca caybt. [ifisft]
et d« se loger à Aiques, qui est un assez bon hwTg Doo fermé I i'assiete duqael il sert icy de deserire. De Diepe sortent deux costaux au miiiea desquels est la petite rivière de Bethune , qui D'est pas longue, mais en laquelle la mer reflué I plus de deux lieues par delà Diepe : des deux eoitei de ceste rivière jusques au pied des oostiax est une prairie , ou plustost marais , qui a est jamais qu'il ne soit fort humide , à une lieuô et demie de Ûepe : sur ceste rivière , et au bas da cestaa qui est à main gauche en venant de Diepe, est assis le bourg d'Arqués auquel y a OD efuisteau qui est sur le haut de ce costau, qui eofflmande et void une partie du bourg, qui est u reste fossoyé et assez fort d'assiette, ayant en foee de Tautre costé du bourg la plaine de tout leeostao, qui est grande.
Le Roy, au premier voyage qu'il fit à Diepe, SToit eo passant recognu ce lieu estre fort propre è y &lre et dresser un camp retranché et fortifié. Ce fut ce qui le fit résoudre d'attendre U de pied coy le duc de Mayenne : ce qu'il com- BniniqQaà M. le mareschai de Biron , qui en fit le loesme jugement; et soudain eux deux, sans antres ingénieurs , commencèrent, sur le plain dudit coitau qui estoit au dessus dudit bourg , à tracer la forme du camp avec les flancs et defteoets nécessaires. A quoy ils firent besongner en telle diligence , qu'à leur exemple tous ceux de ramée, depuis le plus grand Jusques au moindre, y travaillèrent tout le long du Jour plus ar- ^ffleot que ne feroit un manoeuvrier qui entreprend de la besongne à la tasche. De sorte fQ'en moins de trois jours le camp fut tellement fortiûé , que le fossé aux moindres lieux n'avoit point moins de sept ou huict pieds de haut , et on commença dès lors à y loger de rartillerie, ety faire entrer quatre compagniesde Suisses en garde. Les avenues de ce camp fortifié estoient veuës dndiasteau, où on avait faict mettre bon nombre <k pièces, de sorte que pour en approcher il fUlloit passer à la mercy des canonnades tirées du ^asteau. Ainsi , en peu de temps , l'industrie du K<? Iny revaiut i'advantage que ses ennemis poQToIent avoir sur luy en nombre d'hommes. Cependant le doc de Mayenne , ayant reprins les iienzde Neuf-chastel et d'Eu, cheminoit avec sssenrance d*en faire le semblable d'Arqués , et f en desloger le Roy et son armée ; mais , en approchant de plus prez , ayant recognu ce que le Boy y avoit fiiict faire , il fit passer son armée ^^ plus haut que ceste petite rivière qui sépare '^its deux costaux , et s*alla loger sur l'autre ^^ est vis à vis de celuy où est ledit chasteau (i Arques. Dont Sa Majesté ayant esté advertie , i^oQsiderant que, se logeant sur ledit costau ; le
duc pouvoit attaquer le bouig d'Arqués par le bas du costé de ladite rivière , et aller droit à Dieppe pour surprendre un grand faux-bourg nommé Le Pollet qui est du mesme costé et an bout du pont de la ville , grand et logeable , d'où le duc pourroit beaucoup incommoder le port et la ville, et peut-estre attaquer ensemblement l'un et l'autre, il s'advisa de pourvoir À Tinstant à tous les deux , et en mesme temps il fit retran« cher le bas du bourg d'Arqués approchant de la rivière, qui estoit l'unique lieu par où l'ennemy y pouvoit venir , et fit dans le retranchement mettre deux pièces de canon qui battoient le long de la plaine qui estoit depuis le passage de la rivière par où il failloit nécessairement venir, et y logea on de ces régiments de Suisses, et , à mille pas de là aussi, il assit un corps de garde de soldats françois dans une malladerle, pour soustenir quelques soldats qu'il logea à trois cens pas encores de là, quasi sur le bord de la rivière, affinque, quand ses ennemis seroient logez au village de Martinglise, qui est sur l'autre bord de ladicte rivière, comme il ne doutoit point qu'ils n'y logeassent, de les empescherde passer larivieredu costé d'Arqués.
Il pourveut aussi au fauxbourg du Pollet, et, l'ayant trouvé ouvert de tous les costez , il résolut de retrancher un moulin qui est à la.teste par où le duc pouvoit venir, et comprint audit retranchement des chemins bas qui en estoient proches, fit pallisser et barrlquer les autres advenues, où il y fût faict une diligence incroyable, à quoy les habitans de la ville et des fauxbourgs , de tous aages et de tous sexes , n'espargnerent point leur peine, et de telle affection qu'il n'y fiiilloit aucune contrainte, de sorte qu'en moins de deux ou trois Jours toute ceste fortification fut achevée. En ce flauxbourg Sa Majesté mit M. de Chastlllon avec une partie de son infanterie. Le 16 de septembre, le duc de Mayenne, ayant mis toute son armée en bataille, commença à paroistre , et , dès les cinq heures du matin , fit cheminer la plus grande partie de son infanterie et bon nombre oe cavallerie vers le fauxbourg dy Pollet : le reste de son infanterie et la plus grande partie de sa cavalerie légère se logea au village de Martinglise.
Sa Majesté en ayant eu advis , laissa le mareschai de Biron pour commander à Arques , et s'en vint en personne au Pollet , où d'arrivée il s'alla loger en plaine campaigne , loing dudit moulin retranché , avec quelque cavalerie et bonne troupe de gens de pied , par lesquels il fit entretenir plusieurs escarmouches contre ceux de l'union tout le long du Jour, à leur honte et perte , car Us ne sceurent Jamais faire reculer les royaux
CtlBOKOLOaiV NOVfilfÀltS M PÀLkA CÀYBt. [l$89]
d'un seul pas, qoiUear tuèrent de leurs capital'' nés et soldats , et en eurent les corps , et en prindrent plusieurs de prisonniers , par où Ton corn* meoça à faire jugement qu'il y avoit grande différence des soldats d'une armée à Tautre. En fin sur les cinq heures , ceux de Tunion s'estant les premiers lassez aux escarmouches , logèrent quatre de leurs régiments en un village le plus proche dudit fauxbourg, où ils avolent bien faute de couvert, ayant deux jours auparavant esté brusié en leur présence.
S'ils eurent pour ce jour mauvaise fortune dn costé du Follet, ils l'eurent encores pire de Tautre à Arques, car, après s'estre logez au village de Martinglise, etestans venus à l'escarmouche pour desloger les soldats qui estoient demeurez dans les plus prochaines hayes de la rivière du costé d'Arqués , le mareschal de BIron , qui estoit près de la malladerie regardant ce qui se passoit, y fit entretenir l'escarmouche jusques à ce qu'ayant veu sortir un grand nombre de gens de guerre , tant de pied que de cheval , pour enfoncer et venir faucer le corps de garde de la malladerie, il leur fit faire une si furieuse charge par messieurs le grand prieur et d' Anville, que tout ce qui estoit sorty de Martinglise fut mis en route; il en demeura cent cinquante de tuez sur la place , et y eu eut encor plus de blessez que de tuez. Le sieur de Mouêstler, cornette de M. de Nemours, le jeune Vieux- Pont et autres ) jusques au nombre de vingt gentilshommes, demeurèrent prisonniers des royaux.
Le duc , estonué de ce mauvais traictement qu'il récent esdits deux endroits, n'entreprint rien le lendemain ; mais ceux du Pollet , impatiens qu*on leur donnast tant de patience , furent chercher l'union Jusques dans le village où ils estoient logez, et en tuèrent plus de cent, entr'autres le lieutenant de La Chastaigneraye , sans perte que d'un seul soldat de ceux qui firent ceste entreprise; en quoy il parut, comme en tous les autres combats , que la première impression qu'ils avolent prinse les uns des autres, en faisoit les uns plus les autres moins vaillans que par raison ils ne dévoient estre.
Le mesme jour , ce que le duc n'avoit peu le jour précèdent faire du costé d'Arqués par la force de ses gens , il le voulut tenter par l'effort du canon, et fit battre de trois pièces ladite malladerie et un petit retranchement qui y estoit; mais il n'y peut porter aucun dommage. Au contraire , Sa Majesté , pour piéger les salves de leurs canonnades , fit mener deux pièces de canon au haut dudit retranchement , dont 11 fit tirer quelques volées dans Martinglise , lesquelles y donnèrent un tel effroy, qu'on en vid in->
continent sortir tout le bagage et la cavallerie qui y estoit logée, n'y pouvant plus demeurer en seureté. Du depuis tout l'effort de l'union se convertit sur la malladerie , laquelle ils résolurent de forcer à quelque prix que ce fast , et è quoy s'estant par trois jours préparez et résolus de Tentreprendre, à chaque fois ils y trouvèrent des débuts qui les empescherent ; mais en fin le jeudy, vingt et troisiesme du mois de septembre , ils résolurent de l'exécuter : ayant , dès la minuict , f aict mettre toute leur armée en irâitaille, ils commencèrent à la faire passer la rivière de Bethune sans sonner tabourinny trompeUe,poar à la pointe du jour estre prests de donner et fo^ oer ledit retranchement. Sa majesté, en estant advertie, ayant appelle le mareschal de Biron , ils se rendirent ensemble à ladite malladerie dès trois heures avant le jour, ayant ordonné d*y faire venir à la pointe du jour quatre ou cinq cens chevaux seulement, n'estimant point que cela deust attirer un tel combat que oeluy qui y fut fait , lequel pour estre remarquable mérite d'estre escrit au long ; et, pour le pouvoir mieux comprendre , sert de parler de la situation de ladite malladerie qui en fut cause.
Sa Majesté ayant ordonné du retranchement qu'il fit faire À l'advenue du bourg d'Arqués du costé de l'ennemy , elle s'advisa , quasi après coup , de faire à plus de deux mille pas dndit retranchement une tranchée perdue, qu'il fit commencer du haut du costau jusques à la prairiej un peu par delà la malladerie, pour se tenir plus près des ennemis, et eux plus loin de sondit retranchement , n'ayant pas faict dessein de Foplniastrer contre une grande force; tontesfoislei y ayant veu venir les jours precedens si mollement , elle print opinion de la disputer davantage, et de la leur faire acheter s'ils la vonlole&t avoir. Ladite malladerie a par le devant da costé où estoit le duc deux plaines , l'une du costé dû bois qui est au haut du costau, l'autre deven la prairie , séparées d'un chemin creux planta des deux costez d*une forte haye. Le derrière de ladite malladerie est une autre plaine sur h pendant du costau jusqu'au retranchement di l'avenue dudit bourg d'Arqués , bordée dudi chemin creux , au delà duquel est ladite prairie
Le poinct du jour venu , ayant Sa Majesté re* cognu toute l'armée de l'ennemy en bataille , i pourveut premièrement, avec l'advls dudit sieui mareschal de Biron, de loger dans ladite malladerie sept àhuict cents harquebusiers, et de gar nir ladite tranchée de deux compagnies de lans quenets , de deux autres d'avanturiers suisse et de quelque peu de François; il ordonne ai dessous de ladite malladerie trois compagnies d
CHRONOLOOIS NOTSNÀIRB BS PÀLUÀ CAYST. [5589]
chevaux légers , à scavoir la sienne , que commandoit Harambure , celles du sieur de Lorges H da capitaine Fonmier , qui pouvoient faire six vingts bons cbevaux, lesquels il fit commander par ledit sieur grand prieur ; ordonna aussi poar les sonstenir les compagnies d*ordonnancts desslmirs de La Force , de Bacquevilie et de FArchant, et encores un peu au dessous celles de messieurs les princes de Condé et de Conty , (t aa haut de ladite tranchée demeura ledit sieur mareschai de Biron avec les compagnies des sieurs de Chastillon et de Malligny , et quelque aotre troupe de noblesse, qui fut par où les gens da doc commencèrent Tescarmouche , laquelle fut très-bien soustenuê par la conduitte du mareschai de Biron. De Tautre costé le sieur de SagoDDe, maistre de camp de la cavalerie légère du doc, vint avec quatre ou cinq cents clievaux charger ledit sieur grand prieur , colonel de la caYatcrie légère du Roy , qui le receut et le reiDf na battant Jusques dans un autre semblable grosqm lesuivoit : en ceste charge le sieur de SagODoe fut tué d'un coup de pistolet par ledit «ear grand prieur. Enmesmes temps les compagnies royales ordonnées pour le sonstenir firent aossi chacune leurs charges , et, ralliées toutes ensemble, donnèrent jusques à la coruetle Manche de l* union. Alors toute leur cavalerie lescontraignit de se retirer vers le régiment des Suisses du sieur Galatis , à la teste duquel il estoit avec le sieur d'Anville , colonel des Suisses. Mais, à Toecasion desharquebuziersque ledit ^enr d'Anville avoit faict loger dans les bayes , et do canon que Von tira du chasteauet de l'autre costé de la rivière, la cavalerie de l'union Ait contrainte de se retirer avec perte. Ainsi la caTalerie royale quMIs avoient poursuivie eut nK)yen de se rallier.
Cependant les lansquenets du duc donnèrent a la tranchée , et , en approchant , soit qu'ils se dissent trop engagez, ou que ce fust leur dessein fc se rendre à bon escient , ou par trahison , ils tommencerent à crier qu'ils se vouloient rendre tt servir le Roy ; dont ils furent creus par ceux le la tranchée et autres , qui leur baillèrent les ÎQS et les attirèrent dans le retranchement : ue n'estant point encores entendu par le mahaï de Biron , et les tenans pour ennemis , r fil une charge , et lors ils levèrent les mains luy dirent quMls s'estoient rendus. Ils passet plus outre et vindrent Jusques où estoit le y, lequel , n'en estant point encores adverty reeognoissant leurs enseignes , leur voulut si faire charge, laquelle ils arresterent par les es protestations de vouloir servir Sa Maé. Plusieurs de leurs capitaines luy estans
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venus toucher les mains, le supplièrent de faire traitter avec eux par M. le mareschai de Biron pour leur donner asseurancede ce qui leur estoit deu par M. le duc de Mayenne, que cela estant tenu en conte de dette de la couronne de France, ils serviroient iidellement Sa Majesté : ce qui leur fut accordé par le Boy , qui les renvoya an mareschai de Biron.
Cependant le Boy et ledit mareschai de Biron estans occupez aux autres combats qui se faisoient , et se voyans lesdits lansquenets séparez d'eux, comme ils virent le gros de la cavallerie du duc qui estoit venue donner jusques aux Suisses, estimans qu'on les deust enfoncer , commencèrent À tourner leurs armes contre les royaux , et , gaignant le haut du bois, firent une salve d'harquebuzades à la troupe du mareschai de Biron, qu'ils contraignirent de reculer de ladite tranchée , de laquelle ils se saisirent , desvaliserent la plus-part des soldats y estans, prindrent les enseignes des deux compagnies de lansquenets royaux, et une de celles des Suisses avanturiers qui estoient en garde , ayant par ceste trahison gaigné ladite tranchée , et icelle livrée à ceux de l'union, de laquelle ils ne furent long temps jouyssans; car, estant survenu M. de Montpensier avec sa cornette et une compagnie de gens-d'armes de radvant-garde, et le sieur de Chastillon avec un raffraischissement de einq cents harquebuzierSy ceux de l'union furent contrainctsde se retirer et abandonner lesdites malladerie et tranchée, en laquelle le Boy fit amener au mesme instant deux canons , dont il fit tirer dansles Suisses de l'union qui avec quelque cavallerie falsoient la retraicte. Ainsi Sa Majesté demeura victorieux et maistre du champ de la bataille du duc, lequel estoit couvert d'une grande quantité de corps morts. Le duc perdit en ce combat plus de quatrecents hommes, dont il n'y en eust peu avoir cent cinquante de l'infanterie, tout le reste estoit noblesse , ou pour le moins de la cavallerie, entre lesquels fut trouvé ledil sieur de Sagonne , le baron de Safnct André , celuy qui portoit la cornette de Sagonne , Bourg , maistre de camp , quatre capitaines albannis , les deux mareschaux de camp du marquis Du Pont et plusieurs autres gentilshommes. Del)Iessez il y en eut bien plus grand nombre et de prisonniers aussi , entre lesquels furent le sieur comte de Blain , mareschai de camp de l'armée do duc, Tremblecourt, Lorrain, maistre de camp , et plusieurs autres. De ceux du Boy le comte de Boussl et le sieur de Bacquevilie furent tuez , et sept gentils hommes ; des gens de pied il en fut tué quelques-uns , et y en eut I beaucoup de blessez par la trahison des lansque-
CHBOHOL06IB KOTSRAnB
Dets, qui emmenèrent aussi prisonniers avec eux le sieur comte de Rochefort, qui est à présent due de Montbazon , et le sieur de Rivau , qui estoient demeurez avec eux comme les tenans pour rendus.
Le duc de Mayenne, voyant qu'il perdoit son temps et ses gens devant Arques , délibéra de changer son armée de lieu , ce qu'il ût deux jours après, qui fut le vingtquatriesme de septembre sur la minuict , et, ayant fait un tour de sept grandes iieuês , il arriva le vingt-sixiesme ensuivant auprès du faux-bourg de Dieppe, quasi Yls à vis d*où il estoit party. Le Roy , qui avoit esté adverty que le duc ne faisoit que tourneoir le co&tau pour s'aprocher de Dieppe , laissa au chasteau d* Arques le sieur de La Garde avec son régiment pour le garder , et s'en alla à Dieppe, où il logea son armée au faux-bourg du Pollet, et aux villages les plus proches, et fit retrancher nne petite croupe , où il mit une partie de son infanterie et deux canons. Le duc s'estant venu loger dans des villages ausquels le Roy avoit fait mettre auparavant le feu , fit faire aussi des retranchements en tous les logis de son armée : de aorte qu'à voir l assiette des camps , il eust esté mal-aysé déjuger quels estoient les assiégez et les assiegeans. 11 se fit plusieurs escarmouches où les royaux demeurèrent toujours les victorieux. Quelques-uns de Tunion allèrent se loger au bourg d'Arqués : mais ils n'y furent pas plus tost arrivez, que le sieur de La Garde fit sur eux nne sortie en plein jour, en tua grande quantité, en desarma plus de cent cinquante , et les fit sortir du bourg d'Arqués.
Le premier d^octobre le duc de Mayenne fit tirer d'assez loing contre Dieppe cinq voilées de sept canons, qui ne firent autre dommage que d'un seul homme <iui fut tué; mais ceste batterie ne fut pas continuée , car à Tinstant le Roy fit faire une contre-batterie , qui tout aussi-tost desmonta Tune des pièces du duc et le contraignit de foire retirer vistement son canon. Le Boy fit mener le lendemain deux canons à mil pas du f/iux-bourg de Dieppe , avec lesquels il endommagea fort le corps de garde de la cavallerie de i'ubion.
Enfin , après que le duc de Mayenne ent demeuré dix jours devant Dieppe, sur la nouvelle qu'il eut que messieurs le comte de Soissons , le duc de Longueville et le mareschal d'Auroont avec leurs troupes venoient au secours du Boy , il partit de devant Dieppe et en deslogea fort promptement un vendredy matin , sans lever mesmes les sentinelles qu'il avoit fait mettre du costé des royaux.
Sa Majesté, les ayant veu descamper si in-
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opinement de devant son armée, qulltenolthoii de la ville de Dieppe, estima que ce fust poor aller au devant dudit secours , et le combattre auparavant qu'il lepust joindre. Ayant depuii esté confirmé en ceste première ofànion parla trois premiers logis que fit Tarmée de ruoios, qui ne furent qu^en tournoyant et sans s'esioagner beaucoup de celle de Sa Majesté , il se nsolut , sentant ledit secours proche de Dieppe de sept ou huict lieues , d'en partir avec trois oa quatre cents chevaux seulement, et l'aller Joiadre, laissant le mareschal de Biron à Dieppe ayee toute l'armée; et, combien queleduc deMayenae ne fust qu'à cinq lieues du lieu où il joignit ledit secours. Il ne laissa à sa veuè, et dès lejev de son arrivée , de prendre et forcer la ville et chasteau de Gamache ; depuis U reprint la ?ille d'£u , qui estoient de belles occasions par lesquelles il offroit et semonnoit ledit duc de Mayenae au combat ; mais, au lieu d'y venir , eraignaat au contraire qu'après les offres on en viastaoi contraintes , il se retira en Picardie vers Amieas et vers le Pont-Dormy, sur la rivière de Somme, couvrant ceste retraicte envers ceux de soo part; de plusieurs importans subjects , ainsi que fanion fit lors publier.
Tous ceux qui ont voulu excuser le dac de Mayenne d'avoir si peu faict avec un si grande armée , laquelle on a estimé avoir esté de plos de trente mil hommes, se trouvent de plosiean opinions. Les uns mettent la faute sur ce qoeli plus grande part de ceste armée estoient noQveaux soldats, gens levez parmy le peuple, saos valeur et expérience militaire; quMl y avoit fort peu de noblesse françoise , et que les capitaines n'avoient pas de la resolution pour la condoitte de leurs entreprises , au contraire du Boy, de qui les soldats avoient depuis quatre ans coatinuellement practiqué les armes , et estoient conduits par nombre de noblesse françoise et des plus illustres familles. Les autres la met sur les divisions qui nasquirent entre le doci Mayenne, le marquis du Pont, le duc de ' mours et le duc d'Aumale. Geste raison le] beaucoup d'apparence; et, ainsi que dit 11 theur du second discours sur Testât de la FranI comme il advient souvent quand le maistre est pas que tous les valets sont maistres, cei qu'eux mesmes s'empescherent les uns les très , et, accroissans leurs soupçons , s'osterel par leurs jalousies , le moyen de se servir nv| bien conduire les rages du peuple.
Le marquis du Pont, voyant bien que le de Mayenne ne luy avoit déféré l'honneur ' conduite de ceste armée comme estant le prei prince de toute la maison de Lorraine, coi
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bien qnll ne devott s'attendre qae ses cousins le préférassent de lny mettre la couronne de France sorla teste, et, comme on a escrit d'eux en ce temps-là, ils n*avoient point intention de le faire, aussi quils eussent mieux aymé commencer leur charité par eux mesmes ; ce qui fut l'occasion ipe ledit sieur marquis du Pont s'en retourna iDcoDtinent en Lorraine , et durant ces derniers troubles n'est revenu en France. Voyià le comoieocement de leurs divisions et confusions. Si est-oe que l'union pour cela ne laissa de faire publier dans Paris plusieurs choses à leur advantage. ils firent, pour amuser le peuple, un pour* trajet da siège de Diepe , que les porte-paniers Tcndolenl devant le Palais , là où Ils avoient tepeint que le chevalier d'Aumale avec nombre de navires tenoit Diepe assiégé du costé de la mer, et que le duc de Mayenne avoit tellement allégé ceste ville par la terre , que le Siamois .aJQsi appeloient-ils le Roy] ne leurpouvolt escbapper; mesmes que d'un coup de canon un des cuisiniers de Sa Majesté avoit esté tué dans »Q logis, les trois enseignes que leurs lansquenets avoient prises dans la tranchée lors qu'ils fifentleor trahison à Arques , en produirent inconlinent dix-huict autres faulses. Et ainsi le peuple des villes de l'union estoit amusé. Ces vanltez et artifices leur servirent lors, mais , par la •f^quentc répétition qu'ils en firent sur plusieurs ^^fcasions, lesquelles ce peuple recognut depuis tttre faulses , fut la cause et le moyen que les politiques dans Paris divertirent plusieurs qui «itoient derunion, et les remirent au party royal : lusy ces artifices là répétez deviennent poisons, ft toeut plus qu'ils ne guérissent.
Sa Majesté ayant fait, depuis la retraîcte du ^«e de Mayenne, encores un peu de séjour au ift Diepe , tant pour pourvoir aux affaires de la jrovince de Normandie, en laquelle il laissa M. le 'Df de Montpensier avec les forces qu'il avoit "^^nées , qu'aussi pour recueillir les quatre mil lD2lois qui luy estoient envoyez par la royne Angleterre, il en partit le vingt-uniesme jour •octobre, et vint à petites journées sans passer » riMere jusques à Meulan , estimant que le duc ^ Mayenne , tant pour sa réputation que pour "«^ valoir quelque chose les grandes promesses t»il avoit faictes à ceux de son party, feroit •^'que journée en avant ; mais en fin , voyant ^ JJ ne s'approchoit point pour tout cela , il esaa qae ce qu'il n'avoit voulu faire pour acquer Dieppe , il le feroit pour le moins pour la def- *f« de Paris. Pour ceste occasion il résolut de ^r la rivière de Seine à Meulan et s'en venir '^ct à Paris , avec double dessein, ou de com- '^^ Wit duc , ou pour le moins de le retirer
M PALHA CAYBT. [1589] ,7g
de la Picardie, où le marquis de Menelay pour Union avoit surprins par intelligence la ville de La Fere et que ledict duc y pouvoit aussi faire de semblables praticques cependant que le due de I^ngueville et la plus-part de la noblesse du pays estoient venus trouver Sa Majesté.
Le Roy arriva le trente-uniesme octobre au village de Baigneux, distant de Paris d'unebonne lieue seulement , et fit loger là son armée , et es villages de Montrouge , Gentilly , Issy , Vaueirard , et autres plus proches. Dès ledit jour le Roy voulut mesme recognoistre tout le tour des tranchées qui environnent les faux-boures qui sont deçà la rivière de Seine du costé de I université. Soudain , avec Tadvis des princes mareschaux de France et autres capitaines de son armée , il résolut de les faire attaquer le lendemain à la pointe du jour par trois troupes et en trois divers endroits , qu'elle distribua à sçavoir : l'une, composée des quatre mil Anglois et de deux régiments de François , et d'un autre de Suisses , au mareschal de Biron , et le fit assister des sieurs baron de Biron son fils , de Guitry et autres seigneurs , et luy ordonna de donner du costé des faux-bourgs Sainct Marcel el Samct Victor; l'autre, composée de quatre regiments de soldats françois, de deux régiments de Suisses conduits par le sieur d'Anvilie leur colonel gênerai , et quatre compagnies d'advanturiers, au mareschal d'Aumont, assisté de messieurs le grand escuyer et de Rieux mareschal de camp, et bonne troupe de seigneurs et gen- Uls-hommes , pour assaillir du costé dti fauxbourg Sainct Jacques et Sainct Michel ; l'autre troupe , de dix régiments de soldats françois du régiment de lansquenets conduit par Tische Schomberg, et d'un régiment de Suisses, aux sieurs de La Noue et de Chastillon , pour donner du costé des portes Sainct Germain , Bussi et Nesie : puis donna à chacune de ces trois troupes un bon nombre de gentils-hommes à pied armez pour soustenir l'infanterie en cas de quelque grand effort et résistance , et outre à la queue de chacune troupe deux canons et deux coulevrines , ayant aussi departy toute la cavalerie de l'armée en trois troupes, desquelles Sa Majesté commandoit l'une, M. le comte de Soîssons une autre , et M. de Longueville l'autre , et estoient icelles destinées chacune pour chacun des trois costez où il estoit ordonné d'attaquer.
Suivant cest ordre , et à la pointe du jour de la Toussaincts, durant un grand brouillard ou'il falsoit alors , iesdlts faux-bourgs furent telle ment attaquez, qu'en moins d'une heure ils furent tous emportez , là ou fut tué de sept à huict
CHBOKOLOGli NOTBNAIBB DE PALMA CÀYET. [1689]
cents hommes de ceux qui estoient yeuus à la defr'ense, avec perte de quatorze de leurs enseignes , et prinse de treize pièces de canon , tant grosses que petites, sans que fort peu des assaillans s'y fussent perdus ; et furent les Parisiens suivis de telle furie , que peu s*en fallut que les royaux n'entrassent pesle-mesle dans la ville ; et sans que le canon ne fut pas du tout si diligent à venir qu'il avoit esté ordonné , les portes eussent esté ouvertes et enfoncées auparavant qu'elles eussent esté remparées. Ainsi le Roy entra au faux-bourg Sainct Jacques sur les sept à huict heures du matin. Mais en l'abbaye Sainct Ger* main se renfermèrent quelque cent cinquante harquebusiers de Tunion , qui firent un peu de contenance de la vouloir garder ; mais sur la minuict ayans esté sommez ils se rendirent , et demeura Sa Majesté maistresse alisoluë de tous les faux-bourgs estans de deçà la rivière. A cela et à barricader devant les portes de la ville, et À establir les gardes , se passa toute la Journée du premier Jour de novembre.
Le sieur de Rosne avoit esté laissé gouverneur pour l'union dans Paris par M. de Mayenne : peu de Jours auparavant ceste prise il e&toit sorty avec une coulevrine et quelque quantité de gens de guerre , et sçachant que dans Estampes il y avoit peu de gens pour le Roy , il s'y achemina , estant à ce induit par quelques-uns des habitans , et prit ceste ville sans résistance. Tous ceux de la justice qui tenoient le party du Roy furent lors en grande peine : il y fitpendrele prevost , réputé par ses ennemis mesmes homme de bien et bon justicier. Le bailly et plusieurs autres rachetèrent leurs vies par rançons qu'ils payèrent. Mais, comme Rosne eut entendu l'acheminement du Roy vers Paris , il laissa son canon à Estampes, et s'y rendit incontinent, arrivant peu de Jours auparavant que le Roy prinst les faux-bourgs. Or il avoit préjugé du dessein du Roy , et avoit mandé à M. de Mayenne à Amiens de venir incontinent avec son armée vers Paris. Le duc y envoya M. de Nemours , qui y arriva le soir du Jour de la Toussaincts , avec quelques troupesde cavallerie : mais, sur Tadvis que receut ledit duc de Mayenne de la prise des faux-bourgs de Paris , il s'y rendit aussi le lendemain de la Toussaints, et toute son armée, comme à la desbandade, le suivit, et y arriva incontinent aussi après luy. Les plus affectionnez à l'union rece* voient les soldats à mesure qu'ils arrivoient dans la ville , et leur presentoieut à boire et à mao^f» sur des tables mises expressément au mîljeD rf 'a rues par où ils arrivoient : ainsi aucuns Parî»: ^ receurent de leur bon gré en leurs logis des ^^ de guerre , d'autres non. ^^\^^
Sa Majesté, estant donc advertie que le due de Mayenne estoit avec la plus-part de son armée entré dans Paris , fut bien aise d'avoir obtenu la moitié de son dessein , qui estoit de le retirer de la Picardie. Il voulut essayer de parvenir à l'autre , qui a tousjours plus esté de combattre et desfaire son ennemy en campagne, que non pas d'exercer sa Justice contre des murailles , ou contre ses subjets. Il avoit attendu tout le Jeudy, deuxiesme du mois, pour voir s'il» feroient quelque sortie , ou s'il ne se remuéroit rien de nouveau dans la ville en sa Cftveur ; mais, voyant qu'il ne paroissoit rien , il se résolut, le vendredy matin, de sortir desdits fauxbourgs, et se mettre en bataille à la veué de la ville, pour offrir le combat au duc de Mayenne ; et , y ayant demeuré depuis huict heures do matin Jusqaes sur les unze heures, sans qu'il pamst Jamais personne, il en partit, se contentant pour ceste fois d'avoir entrepris et exécuté sur la ville de Paris ce qui n'y avoit point encores esté faict , laissant ceste honte À l'union de leur avoir tant de fois offert le combat sans y avoir voulu venir. Sa Majesté estant venue loger au village de Linats sous Mont-lehery, il y auroit à mesme fin voulu séjourner encores un Jour entier , estimant que s'estans peux de l'union reposez H rafraîchis trois Jours entiers en la ville de Parla , que le courage leur seroit revenu , et voudrolent peut-estre sortir pour la y venir rencontrer, estant résolu , s'ils s'en fussent mis en aucun devoir, de faire plus de la moitié du chemin pour aller au devant.
Mais le Roy fut adverty qu'ils ne songeoient nullement pour se préparer à une bataille , et que, pour faire accroire au peuple que la ville estoit en plus grand danger des royaux et politiques qui estoient dedans, que non pas de ceux de dehors , ils prirent prisonniers Riandiet , Bafelin, Regnard et plusieurs autres bourgeois, sur lasuspitlon de quelques billets imprimes qui avoient esté Jettez dans le Palais et ailleurs. Ces billets estoient pour donner à entendre au peuple beaucoup de raisons affln de leur faire embrasser le party royal. M. de Blanc-Menil , qui avoit Jusques alors manié ce party discrettement , tant du vivant du feu Roy que depuis l'advenement à la couronne de cestuy-cy , fut accusé par les | Seize, qui poursuivirent tellement messieurs de la Justice , la pluspart desquels favorisoient ce party sous main , que RIanchet , Rafelin et deux autres furent pendus. Le Roy fut fasché de la nouvelle de leur mort : or il avoit mandé, par un trompette à Paris, qu'il tenoit prisonnier j Charpentier, qui estait du conseil de Tonion, Vundes quarante premiers esleus par le peuple,
CHAONOLOtilE MOV£NA)RK D£ PALHA GAYET. [l689]
et qu*il desiroit avoir Blanchet pour loy , sinon qQ*li tetoii mourir ceux qu'il attraperoit de ce ecmseil. Ceux de Tunioa avoient faict différer la mort de Blanchet , pensant tirer Charpentier par rançon qui avoit esté envoyée ; mais , sur la nouvelle de la mort de Blanchet, Charpentier fut aussi pendu. Ils estoient tous deux riches mardiands, et gens blen-vivans, et si tous deux sont morts de mort violente. D'autres aussi de Tunion furent depuis pendus au party royal À cause de la mort de Blanchet et des autres que Ton aTOit foit mourir dedans Paris : ce sont des frulcts des guerres civiles. M. de Blanc-Mesnil , qaoy que les Seize eussent jette toute leur envie sur luy y solicitans animeusement à ce que Ton luy fist son procès, il trouva'moyen de sortir de Paris , et se retira à Chalons.
M. de Mayenne, sçachant que le Roy tiroit yen Estampes , y envoya le sieur de Clermont de Lodesve avec cinquante ou soixante gentilshommes, avec asseurance qu'en cas qu'ils fussent assiégez par le Roy , qu'il les en desengageroit. Le Roy, ayant sceu que ledit sieur de Qermont de Lodesve estoit dans Estampes, partit de Lfnas le dimanche au matin, cioquiesme Jour de novembre, et vint d'une traicte avec son armée jusques à Estampes, qu'il avoit faict investir dès te matin ; et , combien qu'il n'y peust arriver qu'il ne fust la nuict fermée, toutesfois, d'al)ordée il gaigna tous les fauxbourgs , que ses ennemis ûrent quelque contenance de vouloir deffendre. Dès la nuict mesme la ville fut aussi gaignée et la coulevrine qu'y avoit laissée le sieur de Rosne , et se retirèrent tous les gens de guerre dans le chasteau, qui ftit aussl-tost investy , et en furent faites les approches , et deux coulevrines mises en batterie de plain Jour le mardy ensuivant. Ce que voyans ceux de dedans , et que le secours promis ne eofflparoiss<rit point , ils demandèrent à parlementer, et se rendirent le mesme Jour, à condition que huict des principaux d'entr'eux demenreroient prisonniers de guerre Jusques à ce qulls en eussent fait rendre sept ou huit autres qui leur furent nommez; ayant Sa Majesté, depuis ladite capitulation , fait ceste grâce audit sieur de Clermont de Lodesve, à deux maistres de camp , et dnq autres qui dévoient demeurer prisonniers, de les renvoyer sous leur foy . Ainsi sortirent dudit chàsteau environ quarante gentils-hommes et plus de deux cents soldats , qui forent eondults en toute seurelé jusques à la moitié du cliemin de Paris. La première considération qui vint au Roy fut que ceste pauvre ville d'Estampes avoit en quatre mois esté desjà prinse trois fois ; et , combien qu'il luy eust esté |
utile d'y tenir une bonne garnison , toutesfois, comme de son naturel il est aussi aisé à vaincre à la pitié et clémence qu'il s'est rendu invincible à ses ennemis, il se contenta de ne prendre autre seureté de ceste ville que la foy des babitans d'icelle , ausquels il s'en voulut fier ; et encores , pour tes oster de toute crainte que , par le moyen d'iceluy chàsteau, il les voolust par après traitter plus rigoureusement, il résolut de faire desmolir son chàsteau , et laisser à eux seuls la garde de ladite ville , estant bien asseuré que la comparaison du traictement qu'ils avoient receu de luy ou de ses ennemis, c'estoit la meilleure garnison qui les eust peu retenir en son obeyssance.
Sa Majesté y At séjour jusques au samedy en suivant , pendant lequel arriva un gentil-homme depesché de la part de la Royne douairière, porteur d'une requesie qu'elle presenloit À Sa Majesté , pour la supplier de luy vouloir faire justice de l'assassinat commis en la personne du feu Roy son mary, laquelle requeste Sadite Majesté remit à recevoir quand il seroit séant en son conseil, où estant le lendemain, et y ayant fait appeller ledit gentil-homme, après qu'il eut exposé sa créance , et sadicte requeste esté leuê tout haut en la présence de tous les princes , mareschaux de France , et principaux seigneurs et gentils-homraes qui se trouvèrent lors prez de luy en très-grand nombre, par laquelle , outre ce qu'elle desiroit de Sa Majesté , eileadjuroit non seulement les princes et la noblesse de France , mais tous les princes de la chrestienté de l'assister en ceste juste cause , Sadite Majesté, faisant de luy mesme la responce , déclara qu'il loiioit grandement la resolution que ladite dame prenoit de faire ceste poursuitte, pour laquelle il renvoya ladite requeste en sa cour de parlement transférée à Tours, pour, à la requeste de son procureur gênerai , et à l'assistance de ladite dame, faire l'instruction du procez contre les coulpables, affin d'estre après jugez en sa présence par les formes à ce convenables; mais que de sa paît, pour ceste poursuitte , qui estoit bien séante à ladite dame , Sadite Majesté ne vouloit pas discontinuer la sienne, pour laquelle il voua derechef, en présence de ladite compagnie , d'employer son soin et ses armes jusques à ce qu'il eust fait la juste vengeance que Dieu luy permettoit et ordonnoit d'en faire. Ainsi , si les termes pitoyables de la requeste de tadicte dame avoient remply de larmes les yeux de ceux qui Tescouterent , la généreuse respouce de Sa Majesté les eut bien-tost seiehez d'un zele ardent de justice , en laquelle fut lors renouvelle par eux tout à haute voix le serment de ne despoùllter leurs
CafiONOLOGIB NOVBNiUlS
armes qu'ils n'eussent vengé ceste indigne mort du feu Roy leur maistre; et, À voir leur contenance , ce n'eust pas esté advantage à ceux de Funion si ceste requeste fost arrivée la veiJle d'une bataiiJe.
Le Roy voyant qu'il n'y avoit plus d'espérance de faire venir au combat ceux de l'union que par une extrême nécessité, il se résolut de renvoyer M. le duc de Longueville avec les forces qu'il avoit amenées de Picardie se rafraischir en ceste province, et envoya avec luy le sieur de La Noué; il Ût le semblable du sieur de Givry , qui Testoit venu rencontrer au partir des fauxbourgs de Paris avec une fort bonne troupe , et le r' envoya du costé de Ja Brie; et luy avec le reste qu'il avoit prit resolution de s'acbeminer à Tours, où plusieurs occasions l'appelloient, et ce en attendant que la première levée de ses forces estraiigeres fust plus advancée qu'elle n'estoit lors. Ainsi il partit d Estampes le samedy , dixiesme novembre , et prenant le chemin de Beausse , estant adverty que la ville de Janville, qui est au milieu d'icelle, fermoittout ce passage, il voulut la recouvrer en passant, et, y estant arrivé le dimanche, U capitaine qui estoit dedans fit un peu de mine de la vouloir deffendre ; mais , ayant veu approcher le canon, il la rendit, et, estant sorty avec deux cents harquebuziers, Sa Majesté y entra le mesmc jour, et y séjourna le lendemain, y laissant dedans le sieur de Marroles Longcorme avec une bonne garnison dans le chasteau qui est assez bon.
De là il traversa la Beausse , vint en la ville de Chasteaudun , où , si tost qu'il fut arrivé , il envoya sommer la ville de Vendosme qui est de son ancien patrimoine , et dont ses prédécesseurs en portoient le nom; et, combien qu'à ceste occasion estant doublement ses subjects, ils fussent plus coulpables d'estre du party de ses ennemis , toutesfois , ayant plus de soing de les empescher de faillir davantage que de les punir de leur première faute, séjourna trois jours audit Chasteaudun pour leur donner loisir de prendre une bonne resolution. Au contraire, devenus plus iusolens et opiniastres , ils le contraignirent de les assaillir.
Pendant le séjour qu'il fit audit Chasteaudun y arrivèrent les capitaines suisses qui avoient esté depeschez, incontinent après la mort du feu Roy , par les colonels des quatre regimens qui estoicnt au service de Sa Majesté, pour consulter avec leurs supérieurs ce qu'ils avoient à faire, ou de continuer de servir , ou de demander congé pour se retirer , lesquels apportèrent à Sadite Majesté , outre ia responce qu'ils rapportoient à
DE PALMÀ GÀYBT. [KiSS]
leurs colonels de la part de leurs soperieors , qu'ils avoient charge expresse d'eux de faire en leur nom entendre à Sa Majesté que, non seulement ils commandoient aux colonels et capitaines desdits régiments de continuer à luy jDiire bon et ûdele service , mais qu'ils luy offroient tout tel autre secours qu'il auroit besoin, tenant pour confirmée et jurée avec Sa Majesté la mesme alliance et bonne amitié qu'ils ont eue avec les roys ses prédécesseurs.
De Chasteaudun le Roy partit le quatprziesme novembre, et le mesme jour fit investir la ville de Vendosme et le chasteau. Il arriva au village de Mellay le seiziesme , et sans descendre à son logis alla recognoistre entièrement Vendosme. Le gouverneur de la place estoit le sieur de Maillé Benehard, lequel, sentant venir ie siège, y avoit appelle un bon nombre de gentils-hommes ses amis , et y tenoit garnison ordinaire de quatre compagnies de gens de pied qui pouvoient faire quatre cents hommes , outre ceux de la ville, qui estoient de six à sept cens portans les armes. Dès que le Roy fut arrivé, il fit gaigoer tous les faux-bourgs de la ville, et dejMirUt les mareschaux de Biron et d'Aumont, l'un du costé de la rivière du Loir, l'autre au deçà, avec les troupes de Tarmée; et ayant mis la forme du siège en délibération , il se résolut de s* attaquer premièrement au chasteau, qui estoit le plus fort, pour n'en faire à deux fois, parlée que le chasteau gaigné, la ville ne pouvoit plus eschap* per : où il fust peut estre advenu que commea* çant par la ville où estoit tout le butin , que Itt soldats ne se fussent plus gueres souciés de rhonneur de la prinse du chasteau où il n'y eust eu à prendre que des coups , et s'en fust perdu une bonne partie. Tout le vendredy etiesamedy se passèrent à recognoistre le lieu de la batterie, et à tenir tout l'équipage prest Cependant ledit Maillé Benehard , qui avoit, dès que Sa Majesté estoit à Chasteaudun , demandé à parlementer au sieur de Richelieu, grand prevost de France, avec lequel il avoit amitié particulière [ mais quand il le fut trouver dans la ville il ne sçavoit quasi qu'il vouloit, sinon qu'il eust désiré que , sans rendre ladite place , Tarmée se fust retirée]. se sentant encores plus pressé de sa conscience et du péril du siège , redemanda ledit sieur de Richelieu , et y estant retourné, en revint aus»i Incertain et plus mal satisfait que la première fois. Sa Majesté , ayant elle-mesme passé toute la nuict à faire conduire et mettre son artillerie en batterie, fit à la poincte du jour commencer à battre deux tours du chasteau , pour oster les deltences de la bresche qu'elle proposoit de faire. Mais après avoir fait tirer de cent à six vingts
CmONOLOân IieVBIlAIBB OB tÀXMÂ CÀYBT. [1&89]
aoapsdê einoD»et ayant esté fiiit dans l'une desèetes tours un trou où pouvoient passer deux hommes de front seulement y les soldats , impatiens de Tassant , combien que quelques-uns f cntre-eui , seulement commandez pour voir •Ils se pourraient loger dans ladite tour, montèrent jusques au haut > et de furie se jetterent diDS le retranchement. Ainsi suivis de tous les autres, les uns conduits par le sieur baron de Un», marescbai de camp , et les autres par le ileorde Chastillon , ils donnèrent tel estonneoent à ceux de dedans, bien qu'ils fussent en très-bon nombre , qu*après avoir par aucuns d*esx esté rendu un peu de combat, ilsprindrent l'effroy, et y quittant le chasteau , se sauvèrent et vitesse dans la ville, où ils furent suivis des! près, que lAdits sieurs avec partie desdits soldits y entrèrent pesle-mesle avec eux , et se fiftnt eu moins de demie - heure maistres du «faasreau et de la ville, où ledit Maillé Benehard st tons les gens de guerre, estans retirez en une maison, se rendirent incontinent audit sieur baroo de BIron , A la discrétion toutesfois de Sa Majcscé ; de sorte qu'il ne se vid jamais ville lattiiê et prinse d'assaut comme elle fut avec moindre meurtre , car il ne s'y perdit un seul ssidatde Tannée, et peu de ceux des ennemis , har ayant Sa Majesté fait grâce à tous, excepté «adit Maillé Benehard, et à un cordeller nommé «Isné , que tous les habitans mesmes accusolent poQrle premier autheur de leur mal, qui furent oscutez. Il n'y eut ordre de préserver que la viitenefost pillée, excepté les églises que Sa Majesté fit soigneusement conserver , de sorte que Ton n'y entra pas seulement. Dès le lendemain il fit sortir tous les gens de guerre de ladlete ville , et permit que les habitans pussent Ktonrner en leurs malsons sans pouvoir plus tttre prias et rançonnez , réunit tous les ecclelignes en leurscharges ordinaires. L'exemple de ceste justice sauva la vie à plus de mille boffimes, car quatre ou cinq petites villes des avirons qUi protestolent de vouloir tenir, deve- &QS sages aux despens de Yendosme , se rendirent en moins de quatre ou cinq jours , cependant que le Roy s'en alla à Tours où il arriva le )t novembre, le propre jour que ceux de l'union déclarèrent au parlement de Paris pour leur roy M. te cardinal de Bourbon. Devant que de descrirepourquoylls le déclarèrent roy , voyons ce tjQe Gtte duc de Savoye contre la France après
la mort du feu Boy , et quelles furent ses prétendions.
Nons avons dit cy-dessds comment le sieur de ^uu^y amenant la levée des Suisses , passant à <^Te , avoit taillé de la besongne au duc de
Savoye ez trois bailliages qu'il tenoit autour de ceste ville. Ce fut ce qui fit haster ledit duc de donner le rendez-vous de toutes ses troupes à Bemilly , en intention non seulement de reprendre ses bailliages, mais d'assiéger Genève. Son armée se trouva incontinent estre de sept à huict mille hommes de pied et de deux mille chevaux. Ceux de Genève avoient basty un petit fort au pont d'Arve, à un quart de lieuê de Genève. Le troisiesme jour de juin , le duc , après avoir repris quelques chasteaux, faict tourner la teste de son armée contre ce fort qu'il desiroit avoir , ceux de dedans firent une sortie de cinq cents harquebuziers, lesquels furent incontinent attaquez par trois mil hommes de pied et mil chevaux» L'escarmouche dura quatre heures , où les Savoyards furent repoulsez avec perte de deux cents hommes, entre lesquels estoit le comte de Salenove.
Le duc de Savoye cognut dèslors de ne pouvoir avoir ceux de Genève par force, et qu'il gaigneroit plus de faire dresser des fortsaux environs pour leur faire à toute heure la guerre et leur empescher de traffiquer , ce qui les contraindroit de se rendre à >uy. Ce fut ce qui le fit resouidrc de faire commencer un fort au village de Sonzy, à deux lieues prez de Genève, qui fut appelle le fort Saincte Catherine , auquel , après avoir ruyné le bailliage de Teruier , et notamment les villages que ceux de Genève y avoient, il contraignit tous les paysans d'aller travailler à ce fort, etde là en avant le duc tascha à attirer ceux de Genève par embuscades et ruses à quelque combat pour les matter un bon coup ; mais en ce commencement de guerre ceux de Genève furent toujours victorieux ; aussi que messieurs de Berne levèrent incontinent une armée de dix mille piétons, de deux cents argouietset de deux cents chevaux de combat, dont le sieur de Wateville, advoyerde Berne , fut esleu chef et gênerai , lequel se rendit incontinent avec toute ceste armée à Genève.
Durant la levée de ces Suisses il y eut trois sepmaines detrefves entre les Bernois et les Savoyards. Les Suisses de dessus les murailles de Genève virent à plusieurs fois de belles escarmouches entre ceux de Genève et les gens du duc , et ne s'en meslerent nullement jusques au quatorziesme de juillet , qu<9 , le due et les Bernois ne se pouvant accorder , les trefves furent rompues, et Tarroée des Suisses passa par Genève, traînant forces pièces moyennes et petites avec un grand bagage, laquelle print le chemin de Fossigny , ayant pour teste et advantgarde trois compagnies de gens de pied et la cavalerie de Genève. I^ principal exploict de ceste armée
CHAONOLOGIB «OV£NAlRE DB PALMÀ CÀYBT. [1689]
fut le vlngt-cinquiesme de juillet entre Bonne et Sainct Joire , où il se fit une rude charge. Le marquis d*Este , ayant pour lieutenant le comte de Valspergue avec cent cinquante chevaux, et le haron d*Armense avec huict cents hommes de pied, dressa une embuscade en trios endroits forts, pensant empescher le chemin aux Suisses, ou au moins de les bien endommager; mais il ne leur fut possible, car, après un long combat , Wateville se fit faire chemin par les armes. Le comte de Valpergue et le comte Massin avec plusieurs autres furent là tuez. Ceux qui se purent sauver se retirèrent dans les hautes montagnes, où ils endurèrent beaucoup de nécessites sans boire ny manger l'espace de trente heures. Ainsi les Suisses ayants desfaict cest embuscade, ils se rendirent maistres des forts et prirent quatre pièces de campagne, et ruinèrent tout le Fossigny , emmenans le bestail et les moissons. Le duc de Savoye, renforcé de nouvelles troupeSj son armée estant de quinze mille hommes, js'achemina droict à Bonne , petite ville gardée par trois compagnies de piétons de Genève. Les Suisses , ne se sentans assez forts pour desgager les assiégez, se tindreot cois, tellement queceste ville fut rendue le 22 d'aoust au duc de Savoye, après avoir enduré deux cents coups de canon. Mais les Savoyards n'observèrent lacapltulation aux trois compagnies de Genève , pour-ce , disoient-ils , qu'ils s'estoient opiniastrez de tenir dans une place en laquelle il n'y avoit point d'apparence de résister contre l'armée de leur duc : aussi , au sortir de Bonne , ceux de Genève estans encor dans le faux -bourg, ils furent entourez par la cavalerie , et taillez en pièces avec leur gouverneur. Le lendemain Wateville et Tarmée des Suisses se retirèrent. Geste armée peu après se desl>anda toule sur quelque accord traicté entre le duc et les Bernois , tant par le conseil des agents du roy d'Espagne, que pour Taccident de la mort du feu Roy, lequel ayda beaucoup en cest endrolct là au duc de Savoye , car il s'engendra quelques difficultez entre les Bernois et ceux de Genève. Les Bernois vouloient que ceux d.e Genève se missent sous leur protection : eux no le voulurent pas, et leur respondirent : « Vous estes nos alliez, et ne vou- Ionsd*autres protecteurs que les roys de France.» Ces paroles furent cause que ceux de Genève se trouvèrent abandonnez du secours des Suisses , et se virent incontinent entourez de tous endroictspar les Savoyards, car, après la prinse de Bonne , le duc tourna vers le pas de La Cluse pour entrer au bailliage de Gex, qu'il reprint en un instant pour-ce que les Bernois qui le gardoient le quittèrent.
Le duc, qui avoit désir d'avoir sa part de la couronne de France, et s'accommoder de ce qui est entre les Alpes et le Rosne , solicita ceux de Genève pour tirer d'eux quelque sobmission affin de n'estre plus empesché de ce costé là; oeqoe n'ayant peu gaigner sur eux, il se résolut, outre les forts Salncte Catherine et La Bastie , de les tenir encor bridez par un autre fort qu'il fit sor le lac au village de Yersoy qui n'est qu'à deux lieues de Genève, lequel il fit en diligence fortifier , et mit dedans le baron de La Serra, am six cents soldats , quatre canons et deux ooulevrlnes. Tenant ainsi Genève bloqué par lesdits forts de Saincte Catherine, La Bastie et Yersoy, il se retira vers Chambery avec ses forces pour entreprendre sur les provinces de Dauphiné et de Provence, selon les occasions quf s*en preseoteroient. Pour la Provence , le. sieur de Vins se rendit, comme nons dirons , du tout son partizan. Pour le Dauphiné , il y fit lors fort peo de profit. Il avoit envoyé au parlement de Grenoble deux conseillers de son conseil d'Ëstat, quiets toient le sieur de Jacob, gênerai de son artillerie, et le sieur d'Anee, lesquels y commencereot leurs discours par une doleance de la mort do feu Roy, puis du malheur des guerres civiles de France, et finirent par une persuasion de recevoir le duc de Savoye leur maistre pour roy de France, comme estant le plus proche qui y pnst prétendre , estans tous les princes de la maison de Bourbon, disoient-ils, ou déclarez inhabiles, ou incapables, ou favorisans les hérétiques; aussi qu'il vaudroit mieux que le royaume de France tombast entre ses mains , veu qu'il estoit fils de la fille du roy François I , et mary de la niepce du feu roy Très-Chrestien Henry III , dernier decedé, et fille de sa sœur Elizaheth, royne d'Espagne, que non pas entre les mains de quelque estraoger , comme il sembloit quil s'y en allast, si le peuple françois ne recouroitauxcon« seils qui n'estoient moins utiles que justes, poorce qu'ils n'avoient pas seulement besoin de se pourvoir d'un roy qui eust droict à ceste couronne, mais d'en eslire un qui peust redimer le peuple de tant de misères et calamités , le defîendre de ses ennemis , et mettre la fin aux guerres civiles de France ; qu'il se pouvoil assez cognoistre par raisons d'Estat que Son Altezze estant recognu pour roy des François, H ne manqueroit point de faire donner la paix à tant de peuples, et que le puissant roy dXspagne, voyant une telle bien- veillanoe des peuples de France envers sa fille, tourneroit tous ses pensers pour la conservation de ce royaume; qu 11 ne se pouvoit, entre tons ceux qui preteudoiçnt à la couronpe françoise , en eslire un #
CaSONÔtOGlB NOVBNAIRB OB PiXMA CAYBT. Il689]
soeust apporter une telle tranquillité à TEstat de France, comme leur maistre feroit, pour-ce que taotaatreeslectioD de quelque prince que cefost serait occasion de nouTelles guerres. « L'iiuma- Dite, la bénignité et Tamour de Son Altezze envers tous ses snbjects, lesquelles il tient de ses prédécesseurs, disoient-ils , tesmoigneront assez qu'estant esleu vostre roy , il ne conservera pas seolement vos anciens privilèges et franchises, maisenadjoustera encores d'antres, suivant sa Dtagoanlmité ordinaire. » Voyià la substance de la liarangue des ambassadeurs du duc de Savoye^ auaqoels messieurs de la cour de parieffleot de Grenoble leur dirent pour responce : < Nous remercions son altezze de Savoy e de TafftetioD qu'il démontre avoir à la mémoire du feu Roy, et des honnestes offres qu'il nous faict ; mais sa requeste estant importante à tout le royaume de France, nous n'en pouvons faire un partieulier jugement : cela appartient à une geaerale assemblée des trois estats de France , de laquelle nous suivrons les ad vis. Mais nous le prioDs qu'il ne trouble le repos dont la province deDaupliinéJouyt durant la trefve faicte entre les skors Alphonse d'Ornano et Desguieres , par m nombre de soldats que nous sommes advertis qu'il vent faire entrer dedans ceste province. •
Le doc ne fut pas content de ceste response * aittà depuis il practiqua fort en ceste province ^ w il trouva pour partizan le sieur d'Albigny, cadet de la maison de Gordes^ qui [est encores > présent à son service , lequel s'empara de Gre* ^e an nom de M. de Nemours pour le party <ie rimion , d'où le parlement fut transféré à Roottns: mais puis après il se voulut déclarer savoyard, ce qull n'eut moyen de faire, pour-ce que eeste ville fut peu après reprise par le sieur l)^lguieres , ainsi que nous dirons cy après.
£q fflesme temps que le duc de Savoye tenloit les Dauphinois il envoya au sieur de Vins, ifoiestoit son partizan en Provence, Alexandre Vitelli avec trois compagnies de chevaux légers ^ trois compagnies d'barquebuslers à cheval, et practiqua si bien qu*il se fit déclarer protecteur de la Provence, comme nous dirons en son lieu.
Ce prince en ce temps-là solicita le roy d'Espagne son beaupere pour avoir secours de gens et d'argent, tantpour poursuivre son entreprise sur Genève et entretenir les garnisons des forts quH y avoit faicts pour les brider, que pour parvenir à ses entreprises sur le Dauphiné et la Provence, et restabiir le royaume d'Arles en sa pcnoQoe et à ses successeurs : bref il se servit «^u temps et de l'occasion des misères de la l^^raace , taschant à s'agrandir. Et si, pour tant
de peines et de travaux qu'il a prîs douze ans durant , et pour tant de pertes que ses subjects ont reoeues , il a esté contraint de se contenter de son ancien patrimoine de Savoye. Et peut-on dire aussi que le Boy luy a roesnagé ses affaires en l'accord qu'il fit après la conquestede Savoye l'an 1601.
Ce prince n'envoya jamais aucun secours aux armées des princes et villes de l'union ; il voulolt faire ses affaires à part, et prendre en France seulement ce qui luy venoit à bien-seance. Le duc de Mayenne , soy disant lieutenant gênerai pour l'union , trouva ses procédures mauvaises, et donna charge au commandeur de Diou , que l'union envoyoit à Rome , de prier , en passant, ledlct duc de Savoye de se départir de l'entreprise de Provence , chose que ledit sieur duc de Savoye trouva fort estrange , pour estre coutraire, ainsi que plusieurs ont escrit, à ce que les princes de la ligue avoient traicté et accordé avec luy auparavant la mort du duc de Guise , et , pour-ce , respondit audit commandeur qu'il n'en feroit rien , et qu'il ne voulolt quitter sa part de ce royaume.
Des quatre grands princes estrangers ennemis du roy Henry IV , les ducs de Lorraine et de Savoye estoient les moindres. Ils desiroient bien tous deux ,*selon leurs prétentions , la couronne de France ; mais , trop foibles pour la porter, ils furent contraints de tascher à s'approprier chacun les provinces de France qui leur estoient voisines : et comme le duc de Savoye tendoit d'avoir la Provence et le Dauphiné , aussi le duc de Lorraine esperoitd'avoir la Champagne. Le sieur de Bourbonne , l'un de ses chambellans, en une assemblée faicte à Chaumont incontinent après la mort du Roy, proposa de faire recognoistre ledlct sieur marquis du Pont pour roy. Aucuns de l'union de ceste province le receurent pour protecteur, et les habitans de Langres, en ce mesme temps invitez par le duc de Lorraine de Tasslster pour chasser le roy de Navarre [ainsi appelloit-il le Roy ] , luy respondirent qu'ils l'assisteroient volontiers de leurs vies et biens pour tirer la raison de ceux qui avoient massacré leur Roy , que son altezze de Lorraine estoit obligée de poursuivre , estant son beaufrere , et le marquis du Pont, son nepveu. Sur une autre lettre qui leur fut envoyée pour recognoistre ledit sieur marquis pour roy , ils respondirent : f Nous ne recognoissons que la fleur-de-iys, et les princes du sang de nos roys pour légitimes successeurs de ceste couronne. ■ Le lieutenant Roussart , qui a esté maire de Langres durant tous ces derniers troubles, a maintenu ceste ville en l'obeyssance royale , et le peuple en la reli-
GHAOROLOOn NOVBNAIfll Dl PALMA CAYBT. [1589]
gfon eatholique-romaine ^ soas le goavernemeiit du sieur d'IateviUe , lieateoaDt pour le Roy en Cbampagoe ; car eu eeste yllle les maires et rUostel de ville se sont conservez en leurs anciens privilèges. Si tost que le Roy fut mort^ un boiteux, envoyé deXroye par ceux qui y estoient pour Punion , luy en apporta lettres ; et » pource qu'il vld qu'il venoit de la part de l'ennemy, 11 luy dlt| avant que de les vouloir ouvrir: «Quelles nouvelles y a-il? — Le Roy est mort , luy dit le boitçux. » A ceste parole, le maire luy donna un soufflet y et luy dit: «Sors d'icy, mal-heureux messager: » ce que le boiteux ût vistement. Le maire se tourna vers ceux qui estoient en garde à la porte , et leur dit en pleurant : « Jamais boiteux n'apporta faulses nouvelles ; puis , ayant faict allumer du feu , fit brusler les lettres de ceux de Troye sans vouloir voir ce qu'il y avoit dedans. Peu d'heures après , on receut asseurées nouvelles de ceste mort. 11 fit âiire assemblée en la Maison de Ville , où ils résolurent tous de vivre et mourir en Tobeissance du roy Henry IV : ce qu'ils firent, et ceux qui ne voulurent signer sortirent de la ville avec leurs biens en toute liberté. Ce qui se passa à l'endroit de deux prédicateurs qui pensoient faire remuer en ceste ville est de remarque. L'un parloit pour la ligue, l'autre tenoit de l'heresie. Geluy de M ligue toraboit d'ordinaire sur quelque passage de sainct Paul , et en fin il leur dit : « Messieurs , sainct Paul s'offre à vous ^ recevez-le , embrasses-le. • Cela fut expliqué incontinent qu'il parloit de recevoir le capitaine Sainct Paul , commandant pour l'union en Champagne , et non les préceptes de Tapostre sainct Paul; à quoy quelques uns qui vouloient brouiller en ceste ville l'avoient practiqué pour dire cela et faire esmouvoir le peuple ; mais , au sortir de sa prédication , sans luy faire autre peine, les Langrois le firent sortir, et luy envoyèrent depuis toutes ses bardes. Quant à celuy qui tenoit de l'heresie , pensant que ce peuple , grand ennemy de l'union , prendroit goust à quelque nouveauté contraire à la croyance de leurs ennemis , en parlant de la puissance des saincts, il dit en son sermon qu*il appellolt pour tesmoignage de leur puissance qu'ils fissent ester la pouldre qu'ils avoient sur leurs images. Il n'eut pas plastost achevé , que l'on le fit sortir à Theure mesme hors de la ville, a Sachez, luy dirent ceux de Langres, que nous ne voulons estre hérétiques ny de la ligue, mais que nous nous maintiendrons en la religion catholique-romaine , sous l'obeyssance de nostre Roy. 0 Ce dernier fut estimé avoir esté envoyé par le duc de Lorraine; on tenoit mesmes que quelques lettres dudit duc luy avoient esté trou-
vées en fouillant parmy ses bardes. Ety eatlon en ceste ville Ià bien des remuements ; mais cela n'est à présent de nostre subject. La religi<n donc a esté le prétexte des dudi de Lorraioe et de Savoye pour faire la guerre en Franofe ^ mais, en effècty c'estoit pour s'approprier de ce qu'ils pourroient. Voyons maintenant ce que firent le Pape et le roy d'Espagne.
La crainte que le pape Sixte avoit , du vivant du feu Roy, que le Roy à présent régnant soeeedast à la couronne de France, luy avoit faict publier une excommunication contre lay , ainsi que nous avons dit ; mais, après la mort do Roy, il fût quelque temps irrésolu de ce qu'il devoll faire. Les François , tant d'un party que d'autre, envoyèrent vers luy.
Messieurs les princes du sang et les prioeesel offlelers de la couronne , qui avoient juré fld^ llté et obeyssance au roy Henry ïV avec les protestations acconstumées , résolurent , au ebcsd du Roy , d'envoyer un d'eiitr'eux en leur nom au Pape , pour luy représente^ le misérable eM de la France , qui deslroit d'estre aydé de Sa Salocteté , mais de telle sotte que ce fbst pour unir tous les François , et noti pas pour les désunir ; ce que faisant , il appliqueroit bon 8eul^ ment les remèdes convenables à la monarchie françoise, de laquelle les roys avoieut de toQt temps mérité le tiltre de Très Ch restions, mais que ce seroit la seureté de toute la chrestienté, qui ne pouvoit que sentir beaucoup de domma^ et dlncommoditez des grands travaux dont leur premier et principal membre estoit travaillé. Pour faire ceste ambassade ils eslehrent d'entr'eux M. de Luxembourg , duc de Pigney (i), pair de France, conseiller du privé conseil du Roy , qui est un prince lequel est venu à son honneur de plusieurs belles charges ausqneltes il a esté employé par les ffeox Roys, cnlf'autres par le dernier roy Henry III , au commeticement du pontificat du pape Sixte V, pour se coojojiyr de son eslection. M. de Luxembourg, arrivé en Italie, y trouva les affaires merveilleusement changées , et s'esmerveilla de la bonne redeptioc que l'on avoit faicte à Rome, au commandenr de Dion et aux agents du duc de Mayenne et de Tunion , lesquels avoient faict courir une infinité de faux bruits contre le feu Roy et contre Sa Majesté à présent régnant ; et luy convint avoir patience pour parvenir au but de sonatnbassade, ce qu'il fit si dextrement,qae,(I"oy qu'en soh commencement il trouvast toutes choses luy estre contraires , si est-ce que , sans la mort du pape Sixte advenue Tan suivant
(1) De Pioey.
CHBOKOLOGIB HOVBIIAIJUI JDB 9ÂLUà CAYIT. [1589]
uupitd peu à peu il aTOit donné à cognototre les mauvaises volontez des princes de la ligne et de rEspagnol , la France eust dez ce temps-lÀ receu les remèdes convenables anx guerres civiles dont elle estof t affligée.
Les lettres et les ambassadeurs de l'union , (|«i difloieDt an Pape que le duc de Mayenne te« Doit le Biamois [comme ils rappelloient] , prez d'Arqués et Diepe, en lieu si resserré qu'il ne poaroit esehaper sans tomber en leurs mains BMrtoQ vif, ou de sauter en la mer et se ren* dre fugiUf de la France , fut ce qui fit que pour lors le Pape ne voulut voir M. de Luxembourg; ao contraire , sur la supplication que ledit comoumdeor de Diou et les agents de funion luy finatpour envoyer un légat alfin d'establir un roy en Franec tel qu'il serolt advisé, auquel iegat ils promettoient rapporter leurs conseils et exploicts au très-humble service de Sa Saincteté , avec entière obeyssance et révérence à ses bénédictions pateraeiles , et au respect du Sainct Siège apostolique, le 2 octobre, le Pape nomma pour envoyer légat en France , le cardinal Gaétan (l ) , frère du dae de Sermonete , italien , mais subject du roy d*£spagne; ce qui se fit avec telle predpitatioD et haste , qu*à peioe le Pape reutil nommé qa*il . luy commauda de partir : ce ^'i^ fit en telle diligence , quMl arriva à Lion le 9 novembre, la surveille Sainct Martin , la où il entendit peu après que M. le cardinal de Bour* te avoit este déclaré roy par le parlement de Piris.
Le Boy, scacbant que ledit sieur cardinal ve- Doit comme Iegat en France, fit publier un oiaodemeDt à toutes les villes qui luy obeyssoient dt le recevoir, et aux gouverneurs des provinces de raccompagner en toute seureté jusques à la Crar, de laquelle il pourroit tousjours aller et ^ir où bon luy sembleroit ; que s'il faisoit auvent et qu'il se retirast pardevers Tunion , quille tenoit pour enoemy, avec plusieurs protestations contenues audit mandement.
ledit sieur cardinal Gaétan , arrivé à Lyon comme Iegat de Sa Saincteté , coguut bien que m voyage ne luy apporteroit Tbonneur que le Pape avoit espéré et que luy s'attendoit , car il s apperceut d'un costé que le Roy n*estoit aucu- Qementen danger de se perdre , comme les discours imprimez qui courolent à Borne Tasseusoient y aius que de Jour en Jour il avoit nouvelles des prises de villes et autres exploicts militaires <rie le Roy faisoit en Normandie ; au contraire, ^t les affaires de Tunion s'estoient beaucoup aiïoiblies. Sous la conduitte de quelques troupes
tj Henri Gsl{an.
de Lorraine et autres troupes des gouverneurs pour l'union , il s'achemina par la Bourgogne à Paris , où il fut receu avec les bonneurs que Ton y a accoustumé faire aux légats de S& Saincteté. Il estoit accompagné de beaucoup de gens doctes, entre lesquels estoient Panigarole , Bellarminus et Tyrius.
Il y trouva les affeires en un estât outre son espérance ; car le duc de Mayenne voyant que tant de grands aspiroient à ceste couronne , et que chacun vouloit faire ses affaires à part, luy, qui ne vouloit que ses labeurs servissent à d'autres lesquels ne luy en sçauroient point de gré , se voulut conserver et reserver son authorité dans le party de Tunion , et fit que le parlement de Paris , par une clause portée dans leur déclaration de la recognoissance de M. le cardinal de Bourbon pour roy , mit : « Demeurant cependant le tiltre et pouvoir attribué au sieur duc de Mayenne , pair de France , en son entier ', force et vertu , pour le continuer et en user Jusques à la plaine et entière délivrance de Sa Majesté. • Voilà comme M. de Mayenne se fit mettre en main toute Tauthorité royale ao party de l'union, et disposa de tout pendant que ledit sieur cardinal de Bourbon estoit prisonnier à Chinon et à Fontenay , où il mourut , comme nous dirons en son lieu.
L'union soustenoit que le Roy defnnct Tavolt déclaré son successeur : à lear persuasion, le fèu Roy l'avoit bien déclaré le plus proche de sou sang , mais il y a différence entre le plus proche do sang et le premier du sang. Le fils d'un aisfoé est le premier et principal héritier de son ayeul; s'il a un oncle en vie qui soit frère de son père , cest oncle est le plus proche du sang de cest ayeul , mais non pas son premier et principal héritier , car c'est tousjours le fils de l'aisné qui l'est : ainsi en estolt-il en ceste dispute entre le roy Henri IV et son oncle le cardinal de Bourbon , et toutesfois plusieurs sous ceste couleur passèrent te carrière de se tenir tdusjours dans c6 party de l'union. M. de Mayenne fut ainsi déclaré lieutenant d'un roy qui n'en prit Jamais le tiltre , et qui ne luy envoya Jamais aucun pouvoir pour ce faire.
Voilà donc l'intention do pape, qui estoit de eonservare o ridurre il regno diFrancia ait aniica ver a religion cattolica (1) , et qui envoyoit son Iegat procwrarc che si afaito un re degno di nome di cristianissimo , acquis fato per tanii merili verso la Santa Sede apostolica , e assù curarsichH regno non vadiinpoiere d'un* ère»
(1) De maintenir 00 de rétablir dans le royaume de France l'antique et Traie religion catholique.
GHAONOLOGIB NOVBNAIBS DB PALMA CA\£T. [1589]
Uco re (i) f à laquelle ceux de Tunion , dez ce commeneement ne s'accordèrent , car M. le cardinal de Bourbon sans le legat du Pape fut déclaré pour roy , M. de Mayenne continué lieutenant. Il restoit seulement à maintenir et asseurer le royaume pour les pretendans après la mort du cardinal de Bourbon. Nous dirons leurs procédures, mais que nous ayons dit quelleestoit rintention du roy d'Espagne en ces derniers troubles , laquelle , suivant l'opinion de celuy qui a faict le second discours libre sur Testât de la France , a esté telle :
« Quant au roy d'Espagne, dit-il , il y a assez de temps que Ton Yoid ses practiques contre la France. Premièrement c'est une science en tous les estais de nourrir , si on peut y les voisins en division et en trouble : il y a une relgle de mathématique que ce qui fait mouvoir autruy est nécessairement tousjours en repos. Après , le voisin divisé , et par conséquent affoibly , est moins à craindre ; et ûnalement quand deux se sont bien batuset bien blessez , il est bien-aysé au tiers qui les regardolt faire de les despoùiller. Le roy d'Espagne , bien conseillé , n'a pas esté marry de voir le feu de division entre les François , car , cependant quUls se sont amusez à courir à Teau , ils n'ont pas eu le loisir de rejetter le brandon sur iuy-mesmes. Or il craignoit tousjours cela , et nonobstant la fraternité, il n'estoit point asseuré que les jeunes roys qui estolent tous vaillans en leur premier feu , faute d'autre occupation , ne s'attachassent à luy. C'est pourquoy de tout temps il a haussé le menton à ceux qui ont entretenu les guerres civiles au party catholique, destinant à cela une partie de l'or de ses Indes , beaucoup plus dangereux pour la France que son fer d'Espagne.
i Mais encores autresfois estant embarrassé par monseigneur et par les François , il desiroit plus la guerre civile en France pour la conservation du sien que pour l'usurpation du nostre. A la fin toutesfois , comme il a veu togs les En* fans de France décédez l'un après l'autre, et que le Roy qui est aujourd'huy estoit venu jusquesau plus prochain degré de la couronne, lors, sans double craignant son démon, et estant fort intéressé avec luy de beaucoup de vieilles querelles , il s'est résolu de tourner tous ses efforts, tout eon or et tout son fer contre luy, avec double dessein : le premier d'occuper le royaume, s'il se peut , le second de ruiner au moins le Roy
(I) Pour veiller à ce que la France fût un roi digne da nom de Très-Gbr(*tirn , nom justement acquis par tant de services rendus au Saint Siège, et (tour s'assurer que le roiaume oe tomberoit pas au ponroir d*ttn prince hérétique.
qui y regue, et desmembrer l'Estat ou le mettre en autre main.
i Ce monarque a trouvé tant de contredits en son premier désir qu'il ne se peut dire de plus, et voicy comment. Après la mort du feu Roy , ceux de Lorraine pensoientque le royaume fust entièrement à eux. S'il faut faire une descrifition des moyens qu'ils avoient , ils trouvèrent premièrement pour les commoditez de la guerre des montagnes d'or dans Paris. C'est grand cas que Ton fait compte de dix-sept cens mil escos despendus en un an. Quant à la faveur du peuple, il se fit quasi une seconde révolte du royaume à Tadvenement de ce nouveau roy , qui demeura presque tout seul dès le premier jour ; de sorte que, qui leur eust parlé en ce temps-là, je ne dis pas d'appeller le roy d'Espagne pour roy , mais de luy mettre entre les mains le moindre village de France , ils se fussent mis en colère ; et je croy , dit-Il , sans difficulté , que si le combat d'Arqués eust succédé , le duc de Mayenne emportoit tout seul la couronne , sauf À en faire la part puis après à ses compagnons qui luy aydoient.
s L'Espagnol recognut cela : il vid bien que ces gens estoient trop fiers pour leur demander partage , et qu'il les failloit laisser réduire à la nécessité et à Ja faim , comme les faulconniers font leurs oyseaux, autrement ils ne vlendroieat pas au leurre. Ainsi du commencement il se contenta de leur laisser Mendozze parmy eux pour les entretenir tousjours en bonne intelligence , s'asseurant bien que ces bons mesnagers ne dureroient gueres sans faire provision de saffran , et que lors ils parleroient. Ceux de Lorraine de Tautre costé, tandis q&e le bon temps leur dura et qu'ils eurent de quoy , ne s'empescberent gueres de faire la cour au roy d'Espagne ; mais après, la fortune se cbangeant , ils devindreot un peu plus souples, et luy de son costé entra en appréhension des prosperltez de nostre Roy, son ennemy particulier ; de sorte qu'ils commencèrent à mieux s'entretenir et les uns et les autres, consentans ceux de Guise, qui desjà avoient perdu l'espérance de conserver le royaume en leur maison , que le pape Sixte envoyas! un légat en France qui fu$t de la faction espagnolle, par lequel il fist faire quelque ouverture aux François , pour les disposer à recevoir un nouveau roy. Et jediray, diMl, cecy en passant, que tous ces gens icy, ayans divers Interests et divers desseins chacun , estoient contraints de donner divers visages aussi à leurs actions, selon les partis à qui ils avoient affaire ; car il est biea certain que la venue du legat en France n'estoit designée que pour l'avancement des afCaire^
CHBONOLOGIB NOVSNÀIBB DB PALHÀ CAYBT. [1589]
do roy d'Espagne, et neantmoins au mesme temps OQ persaadoit aux pauvres villes de l*u- DioD que c^estoit pour le bien de la France, et afin qoe par son authorité il retf rast tous les catholiqaes d'auprès du Roy.
i Laneces^té continue d'un costé, de Tautre, au coQtraire , la prospérité se monstre. Le roy d'Espagoe est bien ayse de voir tout doucement ees gens venir à i'aumosne, leur offre là dessus de belles choses , desquelles il leur fournit peu, et ce peu encor lentement à fin de ne les saouler : de sorte qu'à voir dégoutter son eau, il estoit bien aysé à Juger qu'il vouloit augmenter leur soif y non pas Testeindre. Eux, tout au rebours, appastezàson secours, font leurs pauvretez mille fois plus grandes , le menacent sous main de réconciliation , protestent que s'il les abandonne ils oe se perdront pas. Gest artifice succède. L'Espagnol a peur de voir le Roy e^tably , et eux , reeogDoissans cela, en font courir des bruits tont exprès, font surprendre des pacquets, donnent des alarmes àMendozzeet au commandeur Morée ; en fin c^est en plaisir de voir tout un temps leurs mines , eux pour tirer de l'argent etdesoommoditez de luy pour néant , luy pour ne lenr en bailler que sur bons gages. »
Tontes ces choses se passoient sur la fin de nisteannée. Mendozzeet le commandeur Morée, recognoissans que le party de l'union ne don- Doit qoe le trouble et la division de la France poar la recompense des frais de leur maistre , et que Ton disolt qu'il en recevoit encor assez de frnîct, pource que Ton eropeschoit par là la grandeur et Testabllssement du roy Henry IV son enoemy capital » ne se contento!ent pas de cela. Ils voyoient bien que, pour parvenir au dessein du roy d'Espagne , qui n'estoit pas seuiemeot de la ruyne du Roy , mais aussi de la conqneste du royaume, il seroit malaisé d'y par- Tenir sans désarçonner le duc de Mayenne et tons les princes lorrains. Gefutpourquoy ilspractiquèrent dans le conseil gênerai de l'union des partisans pour leur maistre; ils se servirent des Seize et des prédicateurs de leur faction qui estoient dudit conseil de l'union , et, au commencement de décembre de ce&te année , sur l'onvertnre que l'on fit en ce conseil d asseurer le royaome de France pour ne tomber en la puissance du roy Henry IV , et avec quels moyens on pourroit soustenir la guerre , Mendozze , au nom da roy d'Espagne/presenta ces propositions.
lie roy Catholique, jà vieil et ancien, se cou* tente fort bien des royaumes, duchez et comtez q^i sont à présent sous son obeyssance , et n'a ^in de celuy de France.
» Mais, pour ce qu'il yoid la France estre nf-
fligée des hérétiques, et que les catholiques , encores qu'ils soient douze contre un , n'en peuvent estre maistres , il s'est de long temps offert les secourir, et de faict les a secourus , tant aux premiers et seconds troubles, d'hommes et d*argent, qu'à Moncontour, sans que Jamais il ait eu volonté d'aucune recompense.
» Nonobstant ce on luy a tousjours fait la guerre couvertement , tant en Flandres que Portugal ; neantmoins Sa Majesté ne s'en est Jamais voulu revanger, ne faire chose quelconque contre la France, depuis la paix de l'an 1559. »
Ces propositions furent fort louées des Seize et de leurs prédicateurs. Mais de quelle manière le roy d'Espagne donneroit secours au party de l'union, il fut lors tenu plusieurs conseils et discours : aussi estoit-ceun faict de grande importance.
« Le roy d'Espagne a tant de royaumes qu'il n'a besoin de celuy de France; il se contentera, disoient les ministres d'Espagne , du tiltrede prolecteur du royaume de France , sous certaines conditions, t Mais les esprits françois voyoient une infinité de preicipices sous ce nom de protecteur. Affin de le faire trouver plus doux , les Seize et leurs prédicateurs qui estoient du conseil de l'union dressèrent les conditions cy dessous, qui fut une des subtilitez de Mendozze.
» Premièrement , que Sa Majesté aura tiltre de protecteur du royaume de France. Demeurera pour roy monseigneur le cardinal de Bourbon, lequel Sa Majesté fera , par la grâce de Dieu , délivrer de captivité et sacrer à Rheims.
» Qu'il se pourra faire alliance d'une sienne fille avec un prince de France , qui , après le decez dudit sieur cardinal , sera couronné roy. Et, en faveur de mariage , donnera Sadicte Majesté le comté de Flandres ou de Bourgongne pour Tnnir au royaume de France.
» Que les ministres de l'église Gallicane seront reformez suivant le concile de Trente.
• Qu'en ce royaume ne sera pourveu aucun Espagnol au bénéfices, offices de Judicature, ny aux gouvernemens des places frontières.
» Que les offices de judicature ne seront vendus , ains donnez aux gens de bien qui auront estudié aux barreaux.
i Mais, pour le regard de ceux qui sont à présent pourveus de tels estats , gens de bien et catholiques , attendu qu'il les ontacheptez , et que plusieurs eu doivent encores rentes , les pourront resigner à gens catholiques et bien renommez, pour ceste seule fois , et en après ne se feront aucunes résignations.
» Que Sa Majesté fera fonds en ceste ville de deux millions d'or pour payer les arrérages des rentes de ladicte ville,
CHlOHOtOGII NOTIHAIRS M PAIHi CÀYBT. [1689]
» Qu'elle entretiendra la gnerre de ses moyens et de ceux qa*il plaist à notre Saint Père le Pape donner. Et quant ansdits deniers des tailles etimpositions , se recevront pour estre employez à l'acquit des debtes du royaume , et non à autre effect.
» Et Icsdictes debtes acquittées, seront les* dictes impositions remises , fors une taille de laquelle sera entretenu un nombre de gens de guerre, tant de pied que de cheval , pour la tuition, défense et conservation do royaume.
B Que les gens d'ordonnance seront gentilshommes , lesquels feront monstres par quartier , et payez de leur solde , tant en temps de pai\ que de guerre.
» Que le commerce de la marchandise sera ouvert aux François pour aller aux terres de Pérou et autres terres nouvellement conquises par Sa Majesté , et se pourront associer avec les Espagnols ou Portugais , ou naviger à part si bon leur semble, o
Toutes ces conditions estoient belles ; mais les âmes françoises qui estoient encor dans le party de Tunion disoient que si V Espagnol en observoit la moitié ce seroit beaucoup , et Jugèrent que tout cela n'estoit qu'une finesse espagnole , et que le but du roi d'Espagne estolt qu'ayant ceste qualité de protecteur de la France , ii y commanderoit at>soluëment par le moyen des armées qu'il y envoyeroit , avec lesquelles il s'empareroit à sa volonté des principales places, et qu'ainsi peu à peu , par la division des François , il affoibliroit et ruineroit la monarchie françoise.
Mendozze poursuit d'avoir response. Le conseil se tint chez La Chapelle Marteau , où le duc de Mayenne et le sieur de Villeroy se trouvèrent avec ledit Mendozze , le commandeur Morée, et Jean-Baptiste Taxis. La proposition derechef de mettre la France en la protection du roi d'Espagne se fit ; li quoy il se vid que le duc inclinoit lors , comme ayant volonté de se maintenir sous un grand. Il en demanda Fadvis à M. de Villeroy, qui luy dit qu'il ne le trouvoit pas bon, et en particulier, lui en demandant la raison, il lui proposa que, s'il se mettoit sous la protection d*un prince estranger, qu'il couroit un hasard d'estre délaissé de tous ses amis, et principalement de la noblesse , qui n'obeyroit jamais à l'Espagnol ; que ceste qualité de protecteur que demandoit l'Espagnol ne luy pouvoit aporter que nuisance et toute incommodité , pour ce que ceste nation estoit de sa nature ambitieuse, qui petit à petit le debuteroit de ses grades et honneurs pour y mettre des personnes de sa créance, a Vous avez , lui dit-il , en vostre puissance la guerre et la paix. Pour la guerre ; en
restât qu'est le party de l'union , vous la pouvez maintenir par les moyens du peuple , des forces de la noblesse et de vostre suite. Pour la paix, vous la pourrez donner au roy de Navarre s'il se fait catholique, et , outre l'honneur que ytm aurez d'avoir contraint un grand roy à se niDger à la raison , vous tirerez de luy toutes les assenrances que l'on pourroit souhaitter pour les catholiques , et pourrez aussi avoir de lui les gouvernements et estats que désirerez pour ceux qui vous auront suivy. Au contraire , si vous donnez aucun grade ny qualité au roy d'Espagne en France , c'est l'unique moyen d'y rendre la guerre immortelle , car il n'y en peut avoir aucun qu'il ne soit par dessus le vostre. Si tout dépend de sa volonté , les événements de la guerre sont incertains, et les exemples des grands qui ont jadis tenu contre leurs rois , et qui s'estoient mis sous la protection d'un autre roy, vous doivent servir d'exemple ; car , faute de n'avoir moyen de faire leur paix, ils ont esté contraints de finir pauvrement leurs Jours en pays estranger après avoir tout perdu. C'est pourquoy je vous conseille de ne céder vostre qualité de chef de party. • 11 y eut plusieurs propos entr'eux deux sur ce subject. Les ministres d'Espagne, voyant que M. de Mayenne ne resistoit point à l'opinion du sieur de Villeroy, qui leur avoft dit qu'il ne trouvoit pas bonne ceste protection, sur quelques raisons qu'il leur allégua, firent semblant de ne prendre point tant à cœur ceste proposition de faire leur Roy protecteur de la Francei et n'insistèrent pasd*avantage ; mais, quoy qu'ils fissent fort les froids en paroles, Mendozze ne se put tenir qu'il ne dist au duc de Mayenne : Monsieur, Dieu vous vueille bien conseiller, je sçay que mon malstre a honue volonté pour le sen ice de la cause de Dieu et de sa religion ; pensez à ce qu'il peut, et à ce que vous estes. • Peu après le commandeur Morée dit : « Il fendra donc que le Roi nostre maistre fiice une guerre auxiliaire, puisque les François ne veulent point de sa protection. D
Le duc de Mayenne pensa lors à Timportance de ceste protection , mais il en voulut avoir lopinion du président Brisson et des principaux de la Cour. Il trouva leur advis conforme à celuy du sieur de Villeroy, et luy conseillèrent de ne pas endurer qu'il y eust au party de l'union ancun autre chef que luy, et qu'il falloit qu'il eust seul toute l'authorité. Les principaux de la noblesse, ausquels il en parla, se conformèrent aussi à cet advis , et tous luy promirent de courir sa fortune.
Les ministres d'Espagne, la faction des Seize et leurs prédicateurs ; avec quelques jesuistes .
CHBOffoioan noyshàibi di Pktuk càyvt. [i&%i]
dcsiroieiittiKiterfoisceste proteetion du roy d'E^^ pagoe. Ils s'adviwrent pour ce foire de deux moyens : Tan , de dire à M* de Mayenne qu*il se desJstast do conseil du sieur de Viileroy et de qoeiqnes autres; l'autre , qu'il failloit que le conseil geoerat de l'union , qui avoit donné audit doc Tautborité de lieutenant gênerai , donnast ao roy d'Espagne la qualité de protecteur.
Ode PIgenat, provincial des jesuistesy porta la parole aa dae de Mayenne , et luy dit beaucoup de choses contre M. de Viileroy. Le duc luy respoodit : I Mon père , Je ne crois pas cela , je me fieenloy. i Lejesuiste, estonné de ceste responle, se retira assez mescontent.
Le dac, pour fiiire esyanouîr les desseins des ministres d'Espagne et des Seize , faict en roesme temps deax actions qui lui réussirent: l'une, affio qoe Ton ne parlast plus de ceste protection d'Espagne, il dit que le Pape ne trouveroit bon qu'autre que Sa Saincteté ftist déclaré protecteur de la religion catholique en France : il le proposa au légat Gaétan et à plusieurs ecclésiastiques, qui trouvèrent ceste excuse pertinente , et depuis n'en fut pins parlé. L'autre fut de s'at* tribuer toute Tautborité à luy et casser le con- Kil geottal de l'union , qui estoit composé la plus-part de ceux de la faction des Seize et de leurs prédicateurs y et disoit que, puisqu'il y avoit on roy proclamé duquel il estoit lieutenant, queleeoaseil devoit estre auprès de luy et le suyvre ez armées et par tout, pour ce que ledit ttoseil de l'union ne faisoit que représenter une certaine forme de republique qui n'estoit coustomiere oy bien séante en ce royaume ayant un roy. 11 oe manqua point de raisons pour faire approuver son intention , qu'il mit aussi-tost à elfeet qu'il l'eust résolue ; et, cassant ledict conseil général de Tanion , il en créa un autre auprès de luy pour le suivre par tout. Il changea le garde des seaux dudit conseil gênerai , et bailla ces! ofQee à M. l'archevesque de Lyon. Il créa <iuatre secrétaires d'E&tat, sçavoir les sieurs de ^ray, Pericard , Royssieux et Desportes Baudouib, lesquels depeschoient toutes lettres patentes, grâces et provisions d'offices qu'il leur commandoit , sous le tiltre neantmoins d'un prétendu roy Charles, qui estoit M. le cardinal de Bourbon , et au dessous Tun desdits quatre secrétaires mettait: Par le Roy, estant monseigneur le duc de Mayenne lieutenant gênerai de l'Estat et couronne de France. Ainsi le duc de Mayenne s'attribua l'authorité royale sous le nom de M. le cardinal de Bourbon que l'union avoit proclamé roy, au nom duquel il fit convoquer l'assemblée d» estats en la ville de Melun , au lendemain de la Chandeleur 1690.
Veyià le commencement des partiaHtez qui entrèrent au party de l'union. Aussi Fautheur du livre de la suitte du Manant et du Mabeustre dit qu'à un conseil que le roy Henry IV tint pour adviser aux moyens de son establissement et pour ruiner la ligue, M. de La Noue , grand et prudent chevalier, prit la parole avec un maintien grave mesié d'une façon douce et aggreable, comme naturellement il estoit, lequel, après avoir remonstré que les principales parties ausquelles le Roy avoit affaire estoit un peuple qui s'estolt eslevé contre son roy sur le prétexte de leur religion, et que les princes de Lorraine avoient bien fomenté et aydé le peuple en ces esmotions, mais qu'ils n'en estolent point les vrays appuys, « car, diMl , si, après la mort de messieurs de Guise à Blois , le peuple en un instant n'eustprins les armes et fbrmé leur révolte sur l'appréhension qu'ils avoient de la perte de leur religion, sans double ceux de la maison de Lorraine qui restolent en liberté, estans séparez comme ils estoient , desnuez de conseil et d^ moyens, espouvantez de la mort de leurs cheft , n'eussent sceu empescher la domination da feu Roy , et fussent demeurez sans support ny moyens; mais nous avons veu qu'après la mort de messieurs de Guise, le peuple, s'imaginant que tels effects se faisolent à la ruine de sa religion, sans commandement ny conduitte de princes , ils ont prins les armes , se sont révoltez et déclarez contre leur roy et les gouverneurs et magistrats qui le soustenoient, ce qui occasionna les princes de Lorraine de reprendre leurs esprits, s'aydans de la faveur du peuple comme d'une matière formée propre À leur secours et salut. C'est donc le peuple qui est la principale occasion de tous ces remuements , fondez sur le prétexte de leur religion , duquel les princes de Lorraine se sont servis par intention indirecte , abusans du peuple et de son subject. Or comme l'esmotion d'un peuple est furieuse et subite , ainsi est-elle de peu de durée, d'autant c^u'll ne faict que dévorer en ses actions, et ne les digère aucunement : occasion pour laquelle je me mocqnois au commencement de ces sousievements populaires ; mais, quand j'ay veu que ce peuple se gouvernoit par un ordre qui tendoit à un establissement royal pour le support de sa cause, et qu'il l'appuyoit de forces et aydes estrangeres , J'ay commencé d'appréhender l*issoê de ce remuement, comme fondé en toutes parties requises pour une stabilité. La cause de la prise de ses armes est la religion ; son ordre, le conseil gênerai de l'union ; son support , le Pape et le roy d'Espagne; ses chefs, les princes de Lorraine; et sa fin et son but, l'assemblée des es-
CHBOffOtOG» KOVfiNAIBB BB PALMA CÀYET. [15B9]
tats pour l'eslection d'an roy ; de sorte que ce peuple a observé humainement pour sa conduite et asseurance tout ce qui se pou voit observer par une forme d'authorité souveraine, ressentant sa démocratie roesiée de i*aristocratie,quiestunesi subtile invention, queje ne trouve pointde moyen parmy nous de le vaincre, et serons contraints de le prendre entr'eox mesmes pour rompre leur ordre , et tirer de leur sein leur perte et ruine; car nonobstant tout leur ordredo conseilet institutionde chef et supports, il y a un point auquel ils ne s'accorderont jamais, qui est que les membres et les chefs sont différents de volonté, de proJect et de la fin , car le peuple regarde seulement sa religion et son repos, et les princes de Lorraine et toute leur suitte regardent TEstat et leurs cornmoditez particulières. Et comme leurs intentions sont différentes, ainsi produiront elles divers effects , et de là nalstra leur division et confusion, à quoy il faut que nous aydions des moyens pour y parvenir; car, de penser combattre ce party ^ l'estat et ordre qu'il est, nous y perdrions temps et moyens, mais peu à peu, usant des ouvertures que Je feray , vous verrez que ce grand party se dissipera en soy-mesmes, et nous donnera beau Jeu sans beaucoup travailler; mais il faut de la patience et de la finesse. Donc, ceste maxime estant véritable , qu*ii les faut ruiner par leur division et desordre, il faut adviser des moyens pour y parvenir. Ce peuple , Sire , a quatre sortes d*appuys et fondements qu'il s'est estably pour luy commander et gouverner , à sçavoir:le premier, Tadveu du Pape, qui leur a envoyé son légat pour cest effect; le second, Tappuy et assistance du roy d'Espagne; le troislesme, le conseil gênerai de leur union, et le quatriesme , les princes de Lorraine, qu'ils ont establys chefs de leur party. Quant au Pape , il ne fleschira de nostre costé que par la force, attendu qu'il a en soupçon vostre religion. Quant au roy d'Espagne, c'est nostre ennemy commun et Juré. Quant au conseil gênerai, il ne faut espérer de le pouvoir gaigner, ny Juger qu'il soit instrument propre pour engendrer ny soustenir une division ; il y a trop de Seizes et gens populaires dans ce conseil. Mais les princes de Lorraine me semblent propres et disposez à l'effect de ceste divis!on et desordre : c'est pourquoy il s'y faut addre&ser, car, comme la disposition des princes est en la grandeur, et leur affection en leur advancement particulier , il faut, pour ruiner le party gênerai , qui a un autre but et intention, nourrir, entretenir et fomenter ceste disposition et affection des princes. Or donc , Sire, tout nostre but doit tendre à ruiner le peuple et son establlsseiqent par la voye des princes.
qui ont tousjours un dessein et affection contraire au peuple , qui sans doute les divisera, et ruinera leur party. Et le peuple ruiné et divisé, qui est la baze et fondement de la ligue, sans doute leurs colosses, qui sont leurs princes, tooh beront et seront ruinez avec le peuple. Pour exe« ter ceste ruine il est besoing , Sire, sous vostre obeyssance , observer trois maximes. La première est de conduire M. de Mayenne au chemin de se Daire grand, avec espérance de pouvoir obtenir la souveraine authorité et luy entretenir, comme il est disposé. La seconde est de conduire les autres princes de sa maison au seatier de Jalousie contre luy et les Espagnols, fi la troisiesme est de réduire le peuple aux cavernes de la desfiance et mespris contre les princes, et susciter une division entr'enx , et, sur tontes choses, s'arrester à la grandeur du doc de Mayenne, laquelle persuasion, aisée à faire, le conduira à son particulier , oubliant l'amitié de ses parents et engendrant un mespris contre le Pape et une haine contre le roy d^Espagne et le peuple, et par ceste disposition changer d'ordre et de moyens, et installer la confusion et le desordre pour les acheminer à une totale perte et ruine. Et pour parvenir à l'exécution de ces trois maximes. Sire, Je suis d'advis que l'on use de six moyens. Le premier est de dissiper le conseil gênerai de leur union qui nous travaille fort, et, au lieu dMceluy, persuader au duc de Mayenne de former un conseil d'Estat près de sa personne pour sa grandeur , affin de rompre Tordre et la créance de la ligue par la dissipation de ce conseil gênerai , qui entretient la créance de toutes leurs provinces, laquelle s'esvanouyra. Le second est de ruiner la compagnie et conseil des Seize, et les desauthoriser et abaisser le plus qi'i sera possible , et en leur lieu attribuer toute anthorité à la cour de pariement et aux grandes et plus riches familles qu'ils appellent politicques, pour , par ce moyen, vous acquérir de bons serviteurs qui vous feront de bons services, et destruire et ruin^ vos plus grands ennemis. U troisiesme est de faire perdre la créance aux prédicateurs et docteurs de Sorbonne par libelles que l'on escriroit contre eux, et praticque de discorde entr'enx pour y faire naistre comme nn schisme, les rendant contemptibles envers le peuple, et partialisez entre eux mesmes. Leqtia« triesme est dMnduire M. de Mayenne que, poor sa grandeur, il faut qu'il amuse le Pape par i)elies parollesetsimulations affin dele favoriser à TEstat , en intention de destoumer le Pape de bien faire à la ligue , quand il verra que le duc de Mayenne prend le prétexte de la religion pour s*emparer de TEstat, Le dnqufesme est de feire
CHBOT«OLOG[K NOVENAIBE DE PALMA GAY£t. [l589]
entrer le dac de Mayenne en desfiance avec les Espagnols, et les mettre en picque les uns contre les antres, et , oaltre ce, de susciter des partlalitez en la maison de Lorraine, et les mettre en di- Tision. Et le sixiesme est de, sur toutes choses , empescher qae les agents du roy d'Espagne ne traitent avec les peuples, et^ à cest effect, entretenir M. de Mayenne en jalousie en sa grandeur contre le peuple, pour l'exciter à empescher qu'il oe commnnlque avec l'Espagnol , spécialement les Seize, qui y tendoient. »
Voyià en sommaire ce que ledit autheur de la snitte da Manant et Maheustre dit avoir recueilly de la harangue et advis du sieur de La Noue, qui fot suivy en tout et par tout. « Et par-ce que ces moyens, dit-il , regardoient principalement la personne du duc de Mayenne , pour l'exécution d'icen fut esleu et choisi le sieur de Villeroy , ITand homme d'Estat^etennemy deTEspagnol, qui aroit esté introduit en son conseil pour advancer festablissement du Roy et ruiner la ligne, auquel sieur de Villeroy furent baillez amples mémoires de ceste instruction, qu'il adepuis benreusement exécutez, et principalement en ce qu'il a destourné le duc de Mayenne de ne donner aucun grade au roy d'Espagne : ce qui fut un ^raod avantage pour le Boy , d'autant que, si le roy d*£$pagne eust commandé à la France, «sans doute, dit-il , toute intelligence et connivence eust esté perdue, et par conséquent le Roy roal secouru et servy , et hors d'espérance d'estre estably. t Yoylà Topinion de cest autheur , l^el a esté un des plus avant de la faction des Seize. Je taisseray à juger au lecteur, suivant ce que nous avons dit cy -dessus , si le sieur de Villeroy n'a pas esté le vray Chusay de nostre Da- ^id françois, le roy Henry IV.
Tous ces conseils, tous ces advis , toutes ces practiques, eusseut esté sans effect sans la prospérité des armes dudit sieur Roy. Or nous avons dit qu'après qu'il eut pris la ville de Vendosme '1 s'eo alla à Tours : son arrivée y estoit neces- ^ire pour les hostilitez que ceux de l'union excrçoientenla Touraine , au Mayne et en AnioQ. lyevant que de dire comme tous ces remueurs tlisparurent à sa venue , ainsi que le brouillard ^'^ quand le soleil se monstre , voyons comme ^fcs brouillards s'esleverent.
M.de Montigny , commandant pour le Roy au ftlaisois et au Berry , avoit proposé au feu Roy, ' ^on départ de Tours, qu'il seroit bon de laisser ^ le prince de Gonty pour lieutenant gênerai '? Sa Majesté en ces provinees là de Touraine , ^ou, le Mayue, Poictou, Berry et Blaisois, )o'jr s opposer, avec quelques forces que l'on Iny aûseroit, à ceux qui y remuëroient, et à fin