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I. C. p. M. T. XII

d'entreprendre sur l'ennemy suivant les occasions qui s'en pourroient offrir; mais cela ne s'efTectua pour lors.

Bien-tost après que le feu Roy fût party de Tours, le sieur de Lansac, qui tenoit garnison de gens de guerre dans le Mans , alla assiéger le chasteaude Touvois, place bonne et deffensable; mais le capitaine Caban , que M. de Rembouillet y avoit laissé, la rendit, sans estre pressé , audit sieur de Lansac pour de l'argent : aussi ce chasteau tenoit ceux du Mans en perpétuelle crainte. De lÀ il alla assiéger les Plchelieres , et avoit avecluy prez de deux mille hommes avec de petites pièces montées sur roues. La noblesse royale de ceste province s'assembla, entr'autres messieurs de Rouillé, comte de Créance, marquis de Vilaines, de Bourg-Neuf et de Hertray, qui avec quelques troupes s'acheminèrent pour secourir les Pichelieres.Mais Lansac s'estant retranché en lieu marescageux , après quelques escarmouches, les royaux et l'union entrèrent eu parlement , et fut accordé que le chasteau des Pichelieres demeureroit neutre, et seroit mis entre les mains du sieur du Bois de Masguily , qui le conserva tel du depuis.

Lansac, estant tousjours à l'erte pour entreprendre quelque chose de nouveau , avec trois cents bons chevaux conduits par les sieurs du Piedufort et de Gommerondes frères, du Pin, de Launay etde Gennes, avec mille ou douze cents harquebuziers , s'achemina À La Flesche sur le Loir, au pays d'Anjou. Il print la ville et assiégea le chasteau , où le capitaine Moysiere, vieil soldat, s'estoit jette dedans, lequel r'asseura le courage de Cotteblanche , qui y commandoit et vouloit rendre la place. Gomme en mesme temps aussi le sieur de Malerbe, qui battoit l'estrade en ces quartiers là avec vingt cuiraces et trente harquebuziers, se jetta dedans Gallerandes, chasteau fort appartenant au sieur de Glermont d' Amboise , dont Lansac avoit envie sur tout de se saisir; mais, sçachant qu'il y avoit des gens de guerre dedans, il n'oza l'attaquer.

M. de La Rochepot, gouverneur d'Anjou pour le Roy, sur l'advis qu'il eut de la prise de la ville de La Flesche, se résolut, avec M. le marquis de Vilaines, de secourir le chasteau, et ledit sieur marquis en print la charge et conduitte avec quatre cents harquebuziers et soixante chevaux, lesquels vindrent d'Angers à Rangé, distant de quatre lieues de La Flesche, d'où ledit sieur marquis , estant party les tambours battans, vint, la teste baissée , par le costé dudit Baugé , donner dedans le faux -bourg de La Beufferle , où il attaqua si rudement ceux de l'union, qu'ils se mirent en fuite pour se sauver dedans la ville , en

CHRONOLOaiB MOVBNAIBB DB IPALMA CAYBT. (lô8d]

telle espouvante) qae plus de deux cents se noyèrent se pensans sauver par le pont et par des moulins qui sont sur la rivière du Loir. Ainsi le marquis, poursuivant sa pointe, reprit la ville de La Flescbe, dont il chassa Lansac, qui y laissa pour gages trois cents des siens morts, et eust esté entièrement desfaict, si ledit sieur marquis eust eu lors avec luy plus grand nombre de cavalerie ; car ledict sieur de Malerbe, estant sorty de dedans Galerandesavec quelques gentils-hommes du pays pour le suivre , taillèrent en pièces trois compagnies de gens de pied dans le village de Mezeray , quoy qu'ils se fussent retirez au presbytère , tant leur espouvante fut grande.

Lansac fit sa'retraiete au Mans. Le sieùr de Bois-Dauphin , commandant au pays du Maine pour l'union , estant revenu de Paris, alla assiéger la petite ville de Saincte Suzanne , où commandoit le sieur de Bourg-Neuf ; mais, voyant qu'il n'y faisoit que perdre son temps et ses gens, il se retira au Mans, où ledit sieur de Lansac, par ses praticques, avoient envie de se rendre malstre et d'en chasser ledit sieur de Bois-Dauphin, lequel, ayant descouvert ceste entreprise, se saisit dudit sieur de Lansac, et l'envoya prisonnier au chasteau de la ville du Chasteau-dn- Loir, entre les mains du sieur de Riablé qui y eommandoit pour Tunion ; mais il n'y fut pas long temps qu'il gaigna des soldats avec lesquels il se rendit maistre de la place, et mit prisonnier Biablé, Du depuis les régiments de Bourg Le Boy et de Sacetillon se vindrent joindre à luy, et commencèrent du costé de la Touraine à ftiire une infinité d'hostilitez contre les royaux : entr'autres , Sacetillon , pour sa retraicte , se logea à Lucé. La témérité qu*il fit d'y retenir au chasteau mesdemolselles de MontafQé , filles de madame la princesse de Gonty, affln de n'y estre attaqué , et par ce moyen s'y tenir en seureté , luy eoQsta depuis la vie. Cela doit servir d'exemple pour monstrer combien il est dangereux de s'attaquer aux grands , ausquels nous devons honneur et service.

En oe mesme temps le sieur de Marroles surprint la ville et le chasteau de Montrichard, ville assez deffensable , qui a un chasteau assez iirt sur la rivière du Cher, ce qui donna deredief bien de Tincommodité à Tours , pource que œste prise empeschoit les vivres qui y venoient le long de ceste rivière du Cher. Ainsi, sur l'ennuy que blsoient à Tours, tant ceux de Montrichart que ceux du chasteau du Loir, Mes* atours du conseil , à la poursuitte des sieurs de Souvray et de Hontigny, résolurent que l'on ferolt !tne forme d'armée dont M, de La Tri-

moaiUe auroit to condoitte.

Ledit sieur de La Trimoûllle arrivé à Tom avec quelques troupes d'infanterie eondoites par le baron dcMarconet, suivant Tadvis desdits sieurs du conseil , et sur la prière que madame ta princesse de Conty en fit , ledit baron de Marconet et le sieur de Malerbe furent envoyez avec un canon pour faire sortir de Lucé Sacetillon et son régiment, qui estoit de plus de mille hommes de pied. Arrivez À Artuis, et y pensant trourer autres troupes qui avoient promis de s'y rendre, se voyans trop foibles pour s'acheminer à Locf ils s'allèrent emparer du fort et de la petite ^ille de La Chartre sur Loir, et en firent sortir le sieur de Courtroux. Malerbe ayant laissé sa compagnie en ce fort , qui n'estait pas mauvais pour y tenir garnison , affin d'empeseher les courses de Lansac, ils retournèrent à TourS) et les troupes s'acheminèrent vers Montrichard, oà se rendirent incontinent messieurs de La Trimouille , de Souvray et de Montigay, qui M lors que le Roy arriva à Tours, le îl novwnbfe, ainsi que nous avons dit. Que d'hostilités fi'exer^ cerent en toutes ces provinces durant quatre mois et demy !

Si tost que Sa Majesté fut arrivé à Tours, Montrichard , que l'union avoit résolu de def^ fendre , se rendit , et le sieur de La Roche de^ Aubiers fut mis dedans. MoDtoire , LaterdiDej Chasteau-du-Loir, et tous les forts que l'ualod tenoitle long de ceste rivière, se rendirent au en quatre Jours, et Lansac a*en alla retirer dai Touvoys.

Les illustrissimes cardinaux de Vendosme t de Lenoncourt , et autres seigneurs do cosial le jour mesmes que le Roy arriva, luy aliera donner le bonsoir. Messieurs du parlement ail rent le lendemain en corps le saluer, et gnoistre Sa Majesté par la bouche de M. le F mier président de Harlay, lequel» estant peu auparavant de la Bastille de Paris a| avoir payé rançon, s'estoit venu rendre à Tooi La chambre des comptes , la cour des aydcs , les secrétaire de la maison et couronne de FriM le bureau des finances , et le siège presidial firent de mesmes , comme aussi les eecl ques et les maires et esdievlns de la ville, avec démonstrations de resjouyssanee et d ' de beaucoup d'heur sous le règne de Sa M4 Enquoy ils furent plus eonfermez par les ponces que chacun de ces corps rsecurentps eulierement de luy.

Ce mesme jour Tambassadeur de Yeniie admis à l'audienee^ où il présenta premlerem des lettres de la Seigneurie au Roy, et poisj de leur part, TolBoe de conjovytsanee «aven

Majesté poitf 0011 brareuAltmciimt* h^

CraOHOLOGIS NOTSITAIBB Dl PALlfA CÀYfiT. (1469]

ronne. Ceux de l'anlon , qui paUioient que le Roy n^estoit reeogDU que des princes protestans, enreot lors subject de s'en desdire. Le jendy et reodredy Sa Majesté demeura à Tours , et employa ces deux jours en visites; mais le samedy aa matiû , 25 de novembre , il en partit , et vint d'une traicte retrouver son armée au Ghasteau da Loir, qui en est à dix bonnes lieues , et en partit dès le lendemain pour venir droit à la ^ilieda Mans, qu'il avoit , long temps a, résolu devenir assiéger. Il fit deux logis avant que d'y arriver, et, estante YvrayL'Evesque le vingt* septiesme, distant d'une iieué du Mans, qu'il avoit envoyé investir un Jour auparavant par le sienr da Fargis , il l'envoya sommer. A quoy le sienrde Bois-Dauphin , qui y commandoit pour Tanion , fit une response comme s'il eust esté resoia de s'y enterrer et tous ceux qui estoient avec tay, phistost que d'en sortir ; et de fait il commença à faire brasier une grande partie du faui-bonrg de La Cousture, au moins ce qui estoit hors les retranchements du faux-bourg ; mais 0 sorvjnt le sieur de Fargis avec sa troupe qui en sanva une grande partie. Bien-tost après y arrivèrent aussi le baron de Biron et le sieur de ChastiUon avec la plus grande part de l'infanterie françoise, avec laquelle , dès la nuict mesme, fut gagné ledit retranchement, qui avoit en tel endroict dix et douze pieds de hauteur, et pouvoleat aisément attendre le canon. Dèslors on fit jQgement que le Roy auroit plustost la raison d'eux que l'on n'avoit pensé. Le lendemain, viQgt-hnictiesme , Sa Majesté vint loger audit faiu-l)oarg , qui est beau et quasi plus logeable que la ville, et fit ce mesme jour gaigner les autres fanx-bourgs. excepté celuy de Sainct Jean, qui est delà la rivière de Sartre , lequel fut gai- .snéle lendemain, en ayant neantmoins le sieur de Bois-Dauphin faict brusler plus de la moitié qni estoit le pins proche du pont , qui estoient de très-belles maisons. Tout leur courage ne panitqn'en cela, car^ après avoir, durant les trois jours snyvans, esté travailler à faire faire les gabions et autres choses nécessaires pour la iKUterie, et faire mener les pièces au lieu où elle ^devoit faire, y ayant Sa Majesté mesme passé iesnoicts toutes entières, ayant, le deuxiesme du mois de décembre, fait , sur les sept heures , rominencer à battre quelques défenses de la mutile de la ville , dès les premières voilées de canon qu'ils entendirent, ce beau langage qu'ils Kvoienttenu à la sommation qui leur fut faite fut cbnverty en submission du tout contraire. Ainsi ^ sieur de Bois-Dauphin n'ayant point preveu i^'ildevoit estre mené si radement, car dans

n'estans pas bien résolus ils demandèrent à j^arlementer, et en fin , avant qu'il fust deux heures après midy, ladite ville fut rendue à Sa Majesté, combien qu'il y eust dedans plus de cent gentilshommes et vingt enseignes de gens de pied, qui , pendant la capitulation , se defferoient publiquement l'honneur les uns aux autres, les gentils-hommes, que Tinlanterie n'avoit voulu combattre , et les gens, de pied , que c'estoit la noblesse qui avoit malgré eux voulu capituler : comme , à la vérité , c'est chose inaudite d'avoir fait despendre à un peuple plus de cinquante mil escus pour fortifier la ville et fiaux-bourgs, avoir brasié pour plus de cent mil, escus de maisons dans lesdits faux-bourgs , ruiné le pays de six fois d'avcmtage , pour attendre trois volées de canon, et puis rendre la ville, laquelle, sans Textreme soin qu'en eut Sa Majesté, n'eust jamais esté exempte d'estre i^llée ; mais il en fit tenir les portes fermées, et, affln quenuln'eust occasion d'y entrer, il n'y voulut pas loger luy mesme, et ne deslogea point du faux-bourg où il

avoit premièrement logé ; et s'estans trouvez deux soldats saisis d'un calice qu'ils avoient desrobé , furent pendus sur l'heure, bien qu'Us fussent recognus pour estre très-vaillans. Sa Majesté remit premièrement l'evesque du Mans et le sieur du Fargis son frère qui en estoit gouverneur, et fit au reste grâce à tous les habitans, qui luy en vindrent tous, tant les ecclésiastiques qu'autres, rendre grâces, avee protestatioii de leur fidélité.

Pendant le séjour que le Roy y fit durant dnq ou six jours depuis le prinse, se rcvidirent le chasteau de Beaumont premièrement, puis celuy de Touvoys où le sieur de Lansac commandoit, lequel fit serment de fidélité au Roy, ce qu'il ne garda pas longuement, comme firent la pluspart des gentils-hommes qui estoient dans la ville, et autres qui estoient du party de l'union, et se trouva Sa Majesté accompagnée en ce siège de plus de cinq cents gentils-hommes des provinces voisines ; entre lesquels estoient plusieurs marquis, comtes et autres grands seigneurs. Se réduisirent en mesme temps les villes de Sablé , Laval , Ghasteeu-Gontler, qui sont toutes villes d'importance, et plusieurs autres qui ne sont pas de si grand n(MB.

Dez que le duc de Mayenne eut veu que le Roy tiroit vers Yendosme , il deqpescha tous ceux du pays du Maine qui estoient en son armée pour s'y aller tous rendre incontinent Le sieur Dragues de Ckimmene fut renvoyé à La Ferté Bernard , d'où il estoit gouverneur pour l'union , et luy renforça sa garnison de la corn-

^^ heures U eost eu Tassant; à quoy les siens | pagnie d'harquebuzien à cheval du capitaine La

CHBONOLOGIB IfOTlNÀlBE DE PALMA CAYBT. [1689]

Croix Cantereaa. M. le comte de Brissac y fut aussi envoyé IncontiDent après avec deax cents cinquante chevaux, avec les régiments du chevalier Picard et du sieur de Vaudargent , pour tascher au moins de garentir les villes de La Ferté et du Mans , et, arrivé à La Ferté , il tint conseil pour voir sMl luy seroit possible d'entrer dans Le Mans avec ses troupes , ou bien d'y en faire couler une partie; mais il trouva qull ne le pouvoit faire sans péril évident. Ceux de Tunion, estans ainsi assemblez À La Ferté, desiroient faire quelque exploict. Le sieur de Cornnene, qui envoyoit tous les jours à la guerre pour sçavoir ce que Ton faisoit en Tarmée du Roy, mit en avant d'enlever le logis des reistres du sieur Thische Schomberg , lesquels estoient logez à Conaré, et qui avolent entrepris de faire la teste de Tarmée du costé de Paris, quoy que le Boy en eust esté de contraire opinion. Sur ceste proposition le comte de Brissac fit durant deux Jours recognolstre, comme Ton dit, au doigt et À Tœil le moyen d'exécuter ce dessein. De Comnene, qui en avoit eu de bons advis, perdoit pacience que Ton n'executast sa proposition ; mais , après que le comte de Brissac eut recognen la &cilité de ce dessein , le mesme Jour que le Roy commença à battre Le Mans , toutes les troupes de l'union assemblées partirent de La Ferté entre minuit et une heure , et , conduites par autre voye que par le grand chemin , ils 'se rencontrèrent, par diverses routes, une demye-heure après que le soleil fut levé , à une mousquetade près de Conaré. Les reistres avoient battu toute la nuict le grand chemin de La Ferté à Conaré , et n'ayants rien descouvert s'estoient retirez : les uns desjeunoient, aucuns après avoir fafct la garde la nuict dormoient; si qu'estans en un tel silence , le comte fit approcher l'infanterie, et la fit advancer au mesme temps qu'il entendit que la batterie commençoit contre Le Mans , où, trouvans le pont de Conaré levé, ils priodrent sur la gauche , et , coulans le long de la muraille pour gaigner le costé opposite de Conaré, qui n'estoit point clos, trouvèrent une petite porte ouverte qui n'estoit point gardée , par laquelle ils se coulèrent sans faire bruit, tellement que les reystres, les voyants, pensoient que ce fussentdes François du party royal, jusques à ce qu'ils virent mettre la main aux espées , et tirer contre eux des harquebuzades , avec un grand bruit de tambours et trompettes que l'union fit sonner en mesme temps ; dequoy les reistres estonnez , les uns coururent aux armes, les autres aux chevaux et sortirent du bourg, autres s'enfermèrent aux maisons. Pendant ceste confusion , qui advient d'ordinaire

aux gens de cheval qui sont surpris , l'infanterie de l'union pilla les chariots des reistres, emmena trois cents chevaux et plus , print trois dnqpeanx de leur cornette. Et voyant le comte de Brissac que les reistres s'assembloient tous dans un champ autour de leur cornette blanche , d'où ils pouvoient rentrer dans Conaré , et y charger rinfanterie qui y estoit affectionnée au pillage , fit sonner la retraicte. Les reistres , faschez d'avoir perdu leurs chevaux en ceste surprise, mais fort peu d'hommes, renforcez de quelque secours, poursuivirent un temps le comte , qui toutesfois sans aucune incommodité avec tout le butin se retira dans La Ferté , où ayant séjourné quelque temps, ne pouvant empescher les heureux progrez du Roy, il laissa dedans La Ferté le régiment de Vaudargent , et luy s'en alla avec le régiment du chevalier Picard pour deffendre Fa* laize contre le Roy, là où il fut pris prisonnier, comme nous dirons cy-après.

Avant que le Roy partist de la ville du Mans, il résolut aussi de prendre la ville et chastean d'Alençon, et, pendant que son armée s'y achemineroitsouslaconduitte du mareschal de Biron , il ad visa de faire un petit voyage jusques à Laval , pour y conforter par sa présence la noblesse et les peuples du pays , qui estoient nouvellement réduits à son obeyssance, et aussi pour y faire venir M. le prince de Dombes, que Sa Mi^esté desiroit voir. Il arriva à Laval le neufiesme, et y séjourna huict ou dix jours. Pendant son séjour arriva le prince de Dombes avecgran^e quantité de noblesse de Bretagne , aucuns desquels, s'estans desbandez, allèrent prendre en venant Chasteaubriant, et en emmenèrent le capitaine prisonnier, et plusieurs autres. Ayant Sa Majesté donné quelques jours audit sieur prince de Dombes , et pourveu aux affaires de ceste province , il le renvoya en sa charge ; comnoe aussi il fit partir le mareschal d'Aumont pour aller recueillir ses forces estrangeres, et Sa Majesté partit de Laval pour venir en la ville de Mayenne, où il fut aussi fort bien receu, et s'asseuradu chasteau sans vouloir laisser autre garnison dans la ville. De là il vint à Alençon le vingt-troisiesme , ayant eschappé de très-mauvais chemins. Le mareschal de Biron , qui estoit party du Mans le neufiesme, n'y peut arriver, à l'occasion des mauvais chemins, mesmes à cause de l'artillerie, que le quinziesme, et, l'ayant quelques jours auparavant fait investir par le sieur de Herteray, dès qu'il fut arrivé il print d'arrivée les faux-bourgs, et tellement pressa ceux de la ville, qu'ils furent contraints de capituler et se rendre, s'estant le capitaine La Gau , qui en estoit gouverneur, retiré dans le chasteau avec

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qaatre cents cinquante soldats, faisant contenance de se yonli^r deffendre , estant ladicte place très-bonne, environnée d*eaa , de bonnes morailies flanquées de bonnes et grosses tours. Lemarescbal , estant entré, commença dès le mesme jour à faire amener des canons devant ledit chasteauy et tirer aux deffenses, estans les choses tellement advancées , qu'ayant trouvé moyen de destoumer Teau, il pouvoit dans peu de jours faire brescbe.

Sa Majesté estant arrivée à Alençon, et s'estant fait moDStrer ce qui avoit esté faict , et ce que Ton proposoitde faire, il fit soudain jugement que le siège ne seroit pas long. Le capitaine La Gau , quiestoit dedans, en fit donner plus d'espérance à la sommation que Sa Majesté luy fit faire pour iuy déclarer sa venue , car il commença à s'estonner, et dez le lendemain matin il parlementa, ettejourmesme la capitulation fut résolue pour toy laisser et à ses soldats . la vie , armes et bagnes sauves. Ge sont lesexploicts de guerre qu*a fticts Sa Majesté durant ceste présente année, ansqnels est à considérer sa sage et valeureuse conduite, estans ses ennemis contraints de confesser qu'il a esté admirable et jusques icy incognen par aucun autre exemple ce qu'il a fait, ayant ai moins de deux mois fait faire à une vmée pesante comme la sienne , chargée d'un loard attirail d'artillerie et d'un grand nombre de Snisses et autres estrangers , plus de buict ^gt iieués, et, ce faisant prins les faux-bourgs de Paris ; fait plusieurs sièges notables , prins tpiâtorze on quinze bonnes villes , nettoyé les provinces de Vendosmois , Touraine , Anjou et icMa^ne, de tout ce qu'y tenoit l'union, excepté laFerté Bernard, et recouvré non seulement les ^iles, mais les cœurs et affections des plus mal Affectionnez qui y fussent. Aussi autant que le desordre et la confusion estoient au party del'uoioD, comme il a esté dit cy-dessus, aussi l'ordre «tta seureté estoient au party royal. Car comme il } avoit du temps du feu Roy trois partis en ^ràùcty à sçavoir celuy des princes de la ligue, ^ioy du feu Roy , c'est à dire des vrais François ^Mteurs de leur prince et ne regardans qu'à la KQie couronne, et celuy de ceux de la religion prétendue reformée, ces deux derniers furent Dois en un seul par l'advenement du Roy à la couronne, et par aiQsi il n'y eut plus que deux partys; mais en celuy de la ligue ou de l'union se (armèrent plusieurs partis, ainsi qu'il se verra ^ après, tout au rebours de celuy du Roy, au- ^l nul des siens ne contesta son rang, sa qualité et son absolue puissance , nul des siens ne i^sa à changer la forme du gouvernement, tellement que, rien ne le traversant , il s'employa

du tout à vaincre le party de l'union, ainsi qu'il se verra ez années suivantes.

Quoy que nous ayons fort peu dit de ce qui se passoit ez autres provinces de la France où n'allèrent point ny le Roy ny le duc de Mayenne, il ne s'y laissoit pas de faire des rencontres, des entreprises et des surprises de villes, tant d'un party que d'autre. M. de La Valette, gouverneur en Provence pour le Roy, ayant pris Lambets (1) , le capitaine Balati, qui y commandoit pour l'union , se retira av^c deux cents soldats dansle chasteau, où, après que le canon eut faict brescbe , il demanda à parlementer. M. de La Valette envoya le sieur de Ramefort pour traieter avec luy ; mais en y allant une mousquetade tirée du chasteau le tua. Ceste perfidie esmeut tellement les royaux, qu'ils allèrent incontinent la teste baissée à l'assaut , et de force entrèrent dans le chasteau, où ils tuèrent tous les soldats , et le capitaine, estant pris en vie, fût pendu. Gecy advint au mois d'aoust.

Tarascon est situé à i'oposite de Reaucaire , n'y ayant entre deux que la rivière du ^osne. Reaucaire teuoit pour le party royal , et le sieur du Perraut y commandoit pour le sieur de Montmorency , gouverneur pour le Roy en Languedoc. Tarascon se vouloit tenir neutre, toutesfois le peuple favorisoit l'union, et les principaux de la ville le Roy. Peu après la prise de Lambets , M. de La Valette envoya prier le sieur du Perraut de luy envoyer à son secours quelques gens de guerre : ce qu'il luy promit faire. Pour leur servir d'escorte, M. de La Valette envoya le sieur d'Estampes avec cent chevaux, lequel, pensant entrer dans Tarascon pour y attendre ledit secours, ceux de Tarascon fermèrent leurs portes, et le sieur d'Estampes fut contraint de passer la rivière de Durance , qui entre en cest endroict là dans le Rosne, et s'aller loger en des maisons qui sont du long de l'eau , au dessous d'un petit bois ; mais le comte de Carses qui tenoit pour l'union , ayant eu advis de leur logement, vint Jusques audit petit bois, d'où à couvert il donna Jusques où estoient Ic^ez les royaux , qui se trouvans surprins, les uns furent tuez, les autres se sauvèrent à nage de là l'eau , quelques-uns furent noyez , et ledit sieur d'Estampes pris. Geste charge fut cause que ceux qui tenoient le party royal dans Tarascon , ayans peur que le peuple ne se rendist de l'union , se servirent de l'occasion de ceste desfaite pour se rendre du party du Roy. Les Tarasconois, en une assemblée de ville, proposèrent qu'il falloit abattre ce bois par lequel estoit venu à couvert le

(1) Lambcbc.

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comte de Garses desfaire le sieur d'Estampes , « pource , disoient-ils , que M. de La Valette pourra aussi par là veoir à couvert et nous surprendre. 9 Ils résolurent qu'il seroit abatu; mais tandis que le peuple y estolt allé pour l'abattre et s'en accommoder pour leur particulier usage , ainsi qu'on leur avoit permis , les royaux de Tarascon supplièrent le sieur du Perraut de venir à leur secours pour se rendre, contre le peuple , maistres de la ville pour le Roy : ce qu'il fit, et passa le Rosne avec trois cens soldats. Par ce moyen Tarascon fiit asseuré pour le party royal. Au mois de novembre ledit sieur de La Valette , ayant pris Thoulon , avoit grand désir d'avoir un fort quiestoit là auprès quasi comme pour la garde du port, basty de l'ordonnance du duc de Savoye, dans lequel estolt pour luy le sieur de Rerre avec deux compagnies en garnison. Or le sieur de La Valette s'advisa d'un stratagème pour l'avoir qui luy réussit ; car , ayant eu grande familiarité avec le sieur de Berre , il rechercha la continuation ; et se voyans fortprivément plus qu'il ne se devoit par la practique ordinaire de la guerre, La Valette alla, luy deuxiesme, voir Berre en sa forteresse^ et Berre, invité de venir dans Thoulon, y vint, où La Valette tombant sur un discours comment ceste forteresse avoit esté bastie , en loua beaucoup le dessein et l'ouvrage, et se tournant vers le sieur de Montant son cousin , luy dit : « J'ay regret que vous n'estiez l'autre Jour avec moy quand Je la fus voir. » Montant fait semblant d'en avoir du regret pour le désir qu'il avoit de la voir. Berre luy dit qu'il la pouvoit voir le lendemain matin s'il vouloit : il s'y accorda. Le lendemain Montant, accompagné de vingt gentils-hommes armez sous leurs casaques , avec chacun une harquebuze , comme estans des soldats de sa compagnie , s'achemina Jusques à la porte du fort, où il leur dit : «< Demeurez, et nous attendez icy ; » puis , avec deux gentils-hommes , il entra dans la forteresse^ où, si tost qu'il y fut entré, il se laissa choir comme mort. Ceux de la garde, estonnez, se mirent autourde lui et l'emportèrent dessus un lict. Alors les deux gentilshommes se lamentèrent comme s'il eust esté mort , d'autant qu'il n'avoit plus de poulx ny aleine , et faisans semblant de chercher des remèdes pour le faire revenir à soy avec ceux de dedans, qui s*esforçoient aussi de le secourir en ce feint accident, les vingt gentils-hommes qui estoient demeurez à la porte entrèrent dedans , et à un certain signal ledict sieur de Montant saulta en pied , et avec les siens se Jetta sur la garnison du chasteau , de telle furie , que, tous estonnez qu'ils estoient , ils ne purent résister

que les royaux ne se rendissent maistres de la porte, à laquelle vint incontinent ledict sieur de La Valette avec tel secours, qu'il se rendit à l'instant maistre de ce fort aux despensde Berre, qui servit d'exemple à ceux qui se confient par trop à leurs amis.

Si la Provence estolt affligée de troubles , l'Auvergne ne l'estoit pas moins. Le sieur dt Randan , gouverneur de ceste province , estant des premiers de la ligue , ainsi que nous avons dit, après qu'il eut faict révolter presque toute ceste province contre le Roy, et attiré à sasuitte une partie de la noblesse du pays, il se mit 3i faire une infinité d'hostilitez autour de Clermont et de Montferrand, et les empescha de faire leur récolte le plus qu'il peut. Il ne manqua aussi après la mort du feu Roy de leur envoyer des lettres pour les induire à se rendre à luy , mais il n'y gaigna rien. Ceux d' Yssoire , qui par crainte s'estoient mis de l'union, voyant Randan em* pesché à l'entour de Clermont , mandèrent an baron de Millaut d' Allègre , qui tenoit en ces quartiers là le party royal , de venir se retirer dans leur ville, où il vint, et s'en rendit maistre sans aucune résistance , mettant dedans dewt compagnies de gens de pied et quelque cavalerie , sous la charge du sieur de Fredeville : cela faict, ledit Millaut se retira pour d'autres entr^ prises. Randan, adverty , se resoult de r'avoir ceste ville , sçachant qu'il n'y avoit dedans que deux cents soldats avec les habitans , espérant l'emporter avec des pétards : ce qu'il fit ; car ei» tant party avec toutes ses troupes d'Alnat, près de Clermont , où il estoit logé , et ayant mandé au sieur de Sainct Heran et au vicomte de Chasteauclou de le suivre vers Issoire, après qu'il eat cheminé toute la nuict , il arriva un peu après la pointe du jour prez dlssoire , et, ayant fiJt mettre pied à terre à toutes ses troupes , il les mena à la portée d'une harquebuzade des marailles. Le capitaine La Croix, qui avoit la charge de faire Jouer les pétards , marcha le premier , accompagné des sieurs de Chalus et Sainct Marc avec leurs troupes; puis ledit sieur de Randan les suivoitavec cent cinquante gentils-hommes , tous i^armet en teste, le commandeur Majet demeurant à cheval avec sa compagnie pour ennpescher le secours qui pourroit survenir. Tous font leurs charges. La Croix fit Jouer trois pétards ; mais le long temps qu'il fut à faire jouer le troisiesme donna temps à ceux d'Issoire de rembarrer le derrière de la porte. NoncAstaut tout ce qu'ils peurent faire , le dernier pétard brisa porte et pont-levis, et fit grande ouverture. Randan avec les siens qui estoient tous couches sur le ventre , yoyans l'oi^verture telle qu'ils la

CHBONOLOGIB NOVSNÀIBB DB FALHÀ CÀYBT. [1589]

poavdieot espérer , se dressèrent sur pieds pour se foire passage à travers les royaux , lesquels s'estoient préparez pour leur en deffendre rentrée; mais Randan, ayant sauté le premier sur les raynes qu'avoient faict les pétards , avec un fort espfea dans la main , suivy de nombre de lieDtils-homroes bien couverts, donna si furieusement qa'il passa outre avec toutes su tf\>up68, jQsques au milieu de la grande place. Les habitanS; 66 voyaos ainsi forcez , abandonnèrent les roes,et les soldats, perdans le cœur, cherchèrent a se sauver à la fuite. Le sieur de Fredeville D eut autre moyen que de se retirer dans une tour ânes forte, laquelle il rendit peu après par composition. Voylà comme le sieur de Randan reprit Issolre, quMi ne garda gueres , comme noQs dirons ey-après^ et où, en la voulant derechef reprendre f il fut tué et toutes ses troupes desfaietes.

Voyons, devant que finir ceste année, pluslears choses notables qui se sont passées en Flandres et en plusieurs endroicts du monde. Le doc de Parme , ainsi que nous avons dit cy dessus, s'en estoit allé, le huictiesme may, boire des eaux aux fontaines de Spa. Si tost qn*il commença à se porter un peu bien , passait à Alx la Chapelle , il s'en vint à Rains, afïin d'estre tant plus proche des frontières de France, pwir y seeourir ceux de Tunion, selon que le roy d'Espsgne son maistre luy manderoit. GependHnt la ville de Bergk sur le Rhin , au diocèse de Cologne , estoit occupée par les Estais , et y aroit long temps qu'elle estoit comme assiégée p&r quelques troupes dudit duc de Parme , lequel desiroit avoir ceste place par la faim et non par ta force. Le colonel Schenk, sçachantla nécessité de eeax de Bergk , vint avec nombre de navires inné lleuë près , d*oà il fit mener par terre les vivres et munitions qui y defailioient, lesquelles y entrèrent à sauveté. En mesme temps ledit doc de Parme ayant envoyé du secours , tant de cavalerie que dMnIknterie , an colonel Verdugo, S^mivemeur de Groninghe, avec de l'argent pour payement des garnisons de Frise , Schenk , en ayant eu advls an retour de Bergk , alla attendre ces troupes dans les landes de la Lippe , là 00 il les desflt et mit en route , et gaigna tout l'argent qu^ils portolent. Schenk renvitailla Bergk , et fit ceste desfaicte en moins de huiet jours , qui f^t sur le commencement d'aoust.

Après ces deux exploicts , le colonel Schenk, fctonmé en son fort , appelé La Lunette ou Gra- Tenveerd, lequel il avoit fait bastir à la corne des deux rivières du Rhin et du Vahal , entreprit de se rendre maistre de Numeghe (l) : suivant >on dessein , il enyoya sa cavalerie par terre, et

luy descendit par la rivière avec cinq navires de guerre et quelques autres vaisseaux, tant grands que petits. Le lo d'aoust, un peu après minuict, il arriva devant Numeghe; touiesfois il ne sceut y arriver si secrettement que ceux de la ville n'en entendissent le bruit par leurs sentinelles perdues , quMIs mettoient ordinairement «lemye lieuë autour de la ville pour descouvrir îes cmiAisches et les surprises. Ces sentinelles , rayans descouver i, en donnèrent advis par un coup d'barquebuze ; mais ils ne firent nul signal de feu comme c'estoit leur charge , qui fut la cause que les bourgeois n'en Grent pas grand estât. Schenk , estant ainsi arrivé devant la ville à rheure de minuict , descendit de son navire avec quelque nombre de soldats sur le cay, quoy qu'aucuns de ses navires y par Tobscurité de la nuit ^ dévalèrent plus bas que la ville , et ne purent amarrer devant le cay, où Schenk avoit mis pied à terre avec partie de ses gens , lesquels, le plus coyement qulls purent, arrachèrent de deux maisons qui tenoient aux ramparts les treillis et fenestres , par où aucuns passèrent pour entrer dans la ville : ce qui ne se sceut faire si doucement que ceux de dedans n'en ouïssent le bruit ; et celuy qui estoit à la tour Sainct Estienne sonna si chaudement l'alarrae, que tous les soldats et bourgeois se mirent aussi-tost en armes. Et comme pour la briefveté du temps , Schenk n'y put faire entrer des gens assez par les fenestres , dont il avoit faict arracher les treillis de fer , pour pouvoir rompre et fhire ouverture d'une porte, et que la ville estoit en armes, il advint que les soldats de Schenk ne voularent entrer, quoy qu'il les en pressast ; tellement que ceux qui y estoient Jà entrés n'eurent autre loisir que de se sauver par où ils estoient venus : ainsi Schenk , avec toutes ses troupes , fut contraint de se retirer en ses navires, pour au plustost desloger de là , crainte du canon de la ville qui s'apprestoit, lequel les eust peu mettre au fond. Geste retraicte se fit avec telle confusion , desordre et effroi pour se sauver, que chacun se mettoit dans les premiers pontons et chaloupes ; tellement qu'en celle où estoit le colonel Schenk il y en entra tant que la pesanteur la fit enfoncer, ce qui fut cause qu'il se noya avec plusieurs de ses gens : le reste de ses troupes se sauva avec leurs navires à la descente de la rivière. Le lendemain , Schenk estant pesché et recognu , les bourgeois , pour se venger de luy sur son corps mort , luy tranchèrent la teste et le taillèrent par quartiers , puis , par ignominie , les pendirent à des potences aux quatre

(I) I^imègae.

CHBONOLOGIB NOV£NAIRB DB PALMA CAYBT. [1^89]

coings delà ville , où ils sont demenrez tant qa^à la requeste da marquis de Yarambon , gouverneur de Gueldre pour le roy d'Espagne, ils ta* rent ostez et posez en une bière. Voyià la mort du colonel Scbenk , à qui la royne d'Angleterre avoit donné Tordre de chevalerie, et comme il tomba entre les mains de ses ennemis: aussi disoit-11 d'ordinaire qu'il avoit esté conceu dans le ventre de sa mère ennemy de ceux de Numeghe. Les relations espagnoles asseurent qu'il se noya avec luy plus de trois cents hommes de guerre. Qnq Jours après qu'il fut mort , les soldats qu'il tenoit en garnison dedans Gravenveerd se voulurent mutiner pour la paye qui leur estoit deuê; et disoient qu'ils trouveroient bien qui les pay eroit. Le comte de Mœurs pour les Estats s'y en alla , et leur promit de les contenter : ainsi par son moyen ils s'appaiserent.

Le 24 d'aoust les gens du duc de Parme, par le moyen du fort de Creve-cœur, basty à Temboucheure de la rivière de Dise, entrèrent en risle de Bommel , où ils assiégèrent , battirent et prirent les chasteaux de Heel et Rossem. Mais, le 22 septembre , les comtes de Hohenio et de Mœurs passèrent avec leurs troupes en la Betuve pour aller charger les Espagnols dans Tisle de Bommel , dequoy estans advertis ils repassèrent la Meuse , et après avoir bruslé le chasteau de Puydroyen et autres places ils s'en retournèrent à Bosleduc.

D*autre costé et en mesme temps le comte Guillaume de Nassau , gouverneur de Frise pour les Estats, prit le fort de Rheyde, qui est presque une isle à Topposite d'Embde, et bâtit plusieurs autres forts dont il ût sortir les Espagnols.

Durant que le sieur de Balagny envoyoit ses troupes au secours de ceux de Tunion en France, le duc de Parme practiquoit une entreprise sur Gambray, laquelle fût descouverte par madame de Balagny. Les entrepreneurs dévoient laisser ime porte ouverte , et , cependant que Ton feroit une procession générale le 19 septembre, les Espagnols dévoient entrer par ceste porte et se rendre maistres de la ville. Le doyen de l'église cathédrale et autres ecclésiastiques et bourgeois, accusez de cela, furent exécutez à mort aussitost que ledit sieur de Balagny fut de retour à Cambray.

Le quinziesme octobre , pour le party des Estats, le comte d'Everstein , le baron de Potlys et le chevalier Yeer, avec mille chevaux , deux mille hommes de pied et quelques pièces d'artillerie, s'acheminèrent pour renvitailler Bergk sur le Rhin. Ayant premièrement battu et pris un fort appelle La Roynette de Coulogne, ils passèrent Teau près le chastean de Loo, et, es-

tans j à passez Teckenhof, le marquis de Varembom pour l'Espagnol , avec huict cents chevaux et cinq cents hommes de pied , pensant qu^en leur donnant sur la queue il desferoit quelques troupes de Tarrieregarde , leur alla faire uue belle charge ; mais ceux des Estats se retournèrent incontinent, et chargèrent si rudement Yarambon qu'ils le mirent en route , luy tuëreotsix cents hommes, gaignerent dix de ses drapeaux et trois cornettes , et emmenèrent avec eux daos Bergk plusieurs prisonniers et bien deux cents chevaux. Le comte Charles de Mansfetd,sçachant que Yarambon estoit aux mains , y a^ courut en diligence avec soixante et dix compagnies de cavalerie et d'infanterie ; mais ceux des Estats , ayant desfaict Yarambon , se hasterent avec leur convoy de gaigner Bergk. A leur retour Mansfeld pensoit encor les attraper; mais en estans advertis ils allèrent passer le Rhin auprès de Rees , et retournèrent en leurs garnisons sans aucun empeschement.

Gomme le comte de Mansfeld s'approchoit pour tenir le siège de plus près devant Bergk, le comte de Mœurs , estant dans Arnhem en Gueldre pour les Ëâtats, s'apprestoit aussi pour secourir ceste place ; mais, faisant espreuve de quelques feux artiûciels,le feu seprintà de la poudre, dont une partie de la chambre où il estoit fat emportée , et luy en fut tellement blessé que peu de jours après il mourut. Voylà ce qui se passa de plus remarquable ez Pays-Bas en ceste année, sur la un de laquelle il y eut plusieurs courses à cause que Mondragon , gouverneur d'Anvers, deffendit les contributions que les paysans faisoient à ceux des Estats , lesquels, par ces contributions s'exemptoient des courses et rançonnements de leurs soldats. Les paysans , obeys* sans à Mondragon , ne voulurent plus payer leurs contributions. Les Estats se résolurent de les leur faire payer par la force , et envoyèrent le capitaine Marsille qui estoit en garnison à Bergk sur le Zoom avec cent cinquante chevaux et cent harquebuziers , lesquels furent si souvent en campagne, qu'après avoir pris plusieurs paysans des villages refusans de payer, et avoir bruslé le bourg d'Ulrich , ils rendirent les deffenses de Mondragon sans ef fect. Pendant ces courses le dit Mersille rencontra aussi un convoy de vivres à chariots venant d'Anvers qu'il desfit, où il print le colonel Maldits prisonnier, et fit an trèsgrand butin , mettant en route deux cents mousquetaires et quatre cents piquiers qui oonduisoient ce convoy, et gaigna une de leurs enseignes qu'il envoya au comte Mauriee. Voyons ce qui se passa en Allemagne.

En ceste année les affaires d'Allemagne farent

CHaONOLOGIB NOVENAIBB DK PÀLMA CAYfiT. [1689]

assez paisibles : l'Empereur n'avoit autre soin qae là délivrance de Tarchidue Maximiiian son frère, qu'il solicita si bien, qu'à la fin elle fut accordée sous certaines conditions qui seront dictes cy-après.

Sa Majesté Impériale fut aussi importunée des prioees protestans, qui luy envoyèrent seize ambassadeurs. Entre-autres articlesilsdemandoient: Qu'ils ne fost procédé contre le chapitre de Strasboarg par ban impérial pour avoir pris les froicts des chanoines catholiques , mais que la cause se terminast par juges civils non suspects. Qq'oq moyennast quelque bon accord entre les eatholiqoes et protestans d*Aix la Chapelle. Que les catholiques ne missent aucunes nouvelles efaarges sur les eveschez de Salzbourg et deVisbourg.

Finalement qu'il fust licite à tous les protestans de se joindre à telle religion qu'il leur plairoit^avec une plaine liberté de conscience. De mesme la noblesse d'Austriche demanda liberté de conscience et Texercice de la nouvelle reiigioD dans Vienne. A tout cela F Empereur respondit que la response de tant de demandes se devoit faire par une meure considération, qu'il Y adviaeroit affin de les rendre tous contents , et ainsi les renvoya chacun chez soy .

Le cioquiesme de mars de ceste année la paix foi faicte entre Sigismond , roy de Pologne , et Maximiiian , archiduc d^Austriche , frère de l'empereur Kodolfe. Par le moyen de ceste paix Maximiiian fut mis en liberté. Voyons la source ^ leur querelle.

i^e royaume de Pologne est un royaume esitttif et noQ pas héréditaire. Les roys des PoloooissoDt esleus , aon comme souverains et ayans m puissance absolue , mais seulement comme ^fs du royaume, ne pouvans d'eux-mesmes rien faire, soit pour la guerre , soit pour la paix, siDs le consentement du sénat : toutesfois Teslectioo d'un roy ne se peut faire par le sénat seul ^le consentement de la noblesse , et principaiemeat quand il est question de créer un roy de quelque nouvelle lignée. Durant Teslection les i^hh se tiennent en armes jusques à ce qu'il y ^ ait un esleu et couronné : c'est pourquoy on ^t que la noblesse polonoise s*eslit des roys tels <ri'elle veut , et que ceux qui y prétendent d'esin esleus doivent practiquer plustost la noblesse pe le sénat.

L'an U86, Estienne Battory, prince de Tran- ^'ivaoie,que les Polonois avoient esleu pour IcQr roy, et qui les avoit régis neuf ans durant, 'i^^'vut sans enfans. Ce fut un prince beaucoup '^tté de tous les chrestiens pour sa valeur et '^'^KD&idmlté ; auasi, durant son règne , il n'a

pensé à autre chose qu'à tascher de desraciner les querelles intestines que les grands de Pologne ont ordinairement les uns contre les autres , et de deffendre le royaume contre les prétentions du Moscovite , du Tartare , du Turc , du roy de Suéde , et d'autres princes leurs voisins. Il reconquesta durant son règne les duchez de Sèverie et de Smoleosco ; et comme il pensoit recouvrer les autres pays que les Moscovites avoient occupez sur les Polonois , le père Possevin , Jesulste, Tan 1582 , practiqua la paix pour quatre ans entre ces deux puissans peuples. Les Tartares, qui avoient accoustumé de passer le Boristene pour saccager la Russie, et lesquels d'ordinaire venoient faire de grandes destructions et ruynes Jusques auprès de Leoble, ayans esté desfaicts en des rencontres par ce roy de Pologne , n'y osèrent plus retourner. Le Turc luy envoyant demander des gens pour faire la guerre en Perse , à quoy, disoi(>il , les Polonois estoient tenus de luy en fournir , ce roy luy fit response que l'aigle de Pologne estoit rajeunie , qu'elle avoit ramassé ses plumes blanches que l'on luy avoit ostées , et aiguisé ses ongles et son bec , et qu*il conseilloit à ceux qui penseroient de la molester de regarder à se deffendre dans leurs propres pays. Aussi , durant son règne, le Turc ne fit aucune entreprise sur la Pologne. Le roy de Suéde pretendoit que les Polonois luy detenoient la Lithuanie et Livonie , et qu'ils luy dévoient le mariage de la royne Isabelle sa femme , avec une somme d'argent que la couronne de Suece avoit prestée au royaume de Pologne du vivant de Sigismond Auguste. Toutesfois, durant le règne d^Estienne, ce roy de Suece n'en osa faire nulle demande.

Or les Polonois , se voyans privez d'un tel roy sans enfans, s'assemblèrent pour en eslire un autre. Mais les discordes qui sont en ce royaume, tant pour la diversité des religions que pour l'espérance que chacun des grands de Pologne a de pouvoir parvenir à la couronne , (ùt cause qu'il y eut un long interrègne. Plusieurs de ceux qui ont escrit de la Pologne disent que c'est plustost une forme de republique qu'un royaume. A l'eslection de leurs roys il y en a tousjours qui proposent d'en eslire un de leur nation, d'entre les piastes ou nobles : ils en firent encores à ceste fois de mesme. Entre ceux que l'on proposa furent le duc Constantin, palatin de Ghionie (t), et son fils Janus, palatin de Volinie : mais il fut trouvé qu'ils tenoient Topinion et religion des Grecs, et qu'ils estoient lithuaniens^ l'eslection desquels ne pourroit estre

(I) KioTie.

CHIONOLOOIB NOTiNAUl Dl PALMÂ CAYBT. [16S9]

rapportée d« Polonois; lei dues de Sluze^ de la ftunille des Jagellons , oatre qu'ils estolent lithuaniens, on disoit qu*ils estoient Jeunes et trop libéraux , et puis qu'ils avolent pour ennemy leur beau-pere Radz-vil, palatin de Viloe, ce qui pourroit apporter des divisions ; les ducs d'Olica, on disoit qu*ils n*estoient point expérimentez à manier les affaires publiques ; les palatins de Posnanie, Cracovie et Sendomerie; quoy qu'ils Aissent des plus grandes maisons entre les Polonois y ils Jagerent que d on en eslisoit un d'entr'eux, que les autres ne s*y aecorderoieat pour leur interest particulier , ce qui serait cause de nouveaux traubles ; La Zamoiski, grand chancelier, quoy quMl fust homme de grande expérience militaire , on disoit qu'il n'avoit gueres de religion. Ainsi les Polonois, ne trouvant chez eux qui les pust régir , résolurent de s'eslirc pour roy un prince estranger : leur principale raison fut que s'ils en eslisoient un d'entr^eux, qu'ils obeyroient à un roy qui leur seroit par nature esgal.

Kntre les principaux princes estrangers présentez pour estre l'un d'eux eslu roy de Pologne, furent le duc de Parme, le vayvode de Transylvanie, le cardinal Battory son cousin, Parchiduc Maximilian, et Sigismond, prince de Suece (1). Pour le duc de Parme , le cardinal Famese son oncle, protecteur des Polonois à Rome, y employa tout ce qu'il put : mais , estant nay italien et nourry k l'espagnole, il ne plut point aux Polonois ; car ils veulent qu'outre la valeur leurs roys soient d'une nature qui convienne à l'humeur polonoise, et qu'ils conversent parmy eux avec une familiarité domestique. Le vayvode de Transylvanie et le cardinal Batory » neveux et héritiers de leur dernier roy Estienne , furent trouvez, sçavoir, le vayvode trop Jeune, et le cardinal estro hongrois , nation baye mortellement des Polonois; et pour tous ces deux ils disoient, bien que le Roy leur oncle eust esté vaillant et magnanime, qu'il avoit esté durant son règne plus craint qu'aymé , n'ayant en la distribution des dignitez et honneurs pourveu aucun grand du royaume, et mesmes qu'ils estoient princes sans avoir beaucoup de moyens de leur estoc, et n'en pouvans avoir d'autre que celui qu'ils pourroient avoir du chancelier Zamoski leur cousin , l'authorité duquel avolt esté grande du vivant du feu roy Estienne, mais hay pour sa grandeur par la noblesse , et pour avoir mis ses mains dans le sang de la famille des Sboroski, l'une des principales de Pologne.

Restoit MaximiUan d'Austriche etSigismond

(I) Suède.

de Suece. Pour Maximilian , il avoit beaucoup de partisans pour luy. Ses ennemis alleguoient qu'il estoit Alleman, nation baye naturellement en Pologne , mais sur tout ils disoient qu'estant un prince voisin et si puissant, qu'il ne penseroit qu'à abattre la liberté des Polonois, et de faire leur royaume héréditaire comme ses pères avoient rendus la Hongrie et la Boëme, qui estoient auparavant purs eslectifs et non successif , et que Ton se souvinst que, pour eeste seule occasion, l'empereur Maximilian en fut exclus par la noblesse polonoise , à l'eslection que le sénat fit de luy durant Tinterregne du roy de France ; aussi que ce seroit les mettre sans doute à la guerre avec le Turc. Nonobstant, toute la faction austrlenne, qui est grande dans la Pologne, l'esleut roy, et se mirent en armes pour soustenir leur eslection; mais ils se trouvèrent les plus fbibles , ainsi qu'il se verra cy-après.

Quant à Sigismond , prince de Suece, bien qu'il ftast Jeune , la [plus grand part de la noblesse et du sénat l'esleut : leur raison ftit quVl estoit l'unique héritier de la Hunille des JageN Ions , qui avoient allié à la Pologne ceste grand*duché de Lithuanie ; aussi qu'il estoit petit fils de leur dernier roy Sigismond Auguste et de la roy ne Anne , et que par ce moyen toutes les pretentions du duché de Lithuanie seroient assoupies; que son père le roy de Suéde Tavoit desjA faict déclarer son seul successeur et unique héritier en tous ses royaumes; bref, les grandes commoditez qui dévoient provenir de ceste eslection , ainsi que ceux qui firent les harangues de ce prince de Suéde aux Polonois remonstrerent, tnt cause qu'ils l'esleurent roy. Voilà deux roys esleus en Pologne en Tan 1587.

Le palatin de Posnanie , le Pazzoviski, capitaine de Sniatin, les Sboroski, le capitaine de Sanneztadniski, tenans le party de Maximilian, luy mandèrent de faire advancer son armée , el qu'ils vlnst vistement en Pologne. Les Sboroski s'empareront de Yislizze , place forte.

D'autre costé, Zamoski, grand chancelier, au nom de la royne Anne , assembla une nouvelle armée, et fortifia Cracovie. Les palatins de Cracovie , de Sandomirie et de Lublin s'armèrent aussi , et le prince de Suéde ftit par eux mandé pour venir recevoir la couronne des Polonois : mais il n'y put arriver si tost que Maximilian , car pour venir de Suece en Pologne il avoit la mer Raltique à traverser.

Maximilian, Jugeant que sa receptiondespendoit desa diligence, entra, avec une armée composée de seize mil hommes, tant de pied que de cheval, dans la Pologne; 11 s'empara de la ville de Benzin et dlleus, à cinq Ueués de la ville de Cra-

CHAOMOLOOIB NOYIHAUB DB »ALMÂ GAYBT. [lfi89]

lOS

eosie, deyant laquelle il arriva en octobre 1587. Le grand chancelier à ce commencement eut de la peine à retenir le peuple de Cracovie en son devoir, car il n'avoit pas encore assez de gens pour combattre Maximilian , qui s'estolt campé devant Cracovie, et quiavolt envoyé sommer de le recevoir, suivant son eslection.

L*armée de Maximilian estant augmentée de deux mille Polonois et de quelques pièces d*artillerieqneluy menèrent le palatin de Posnanie et le capitaine de Sniatin , voyant que ceux de Cracovie i'avoient reflisé pour roy, conmiença à leur user de menaces de sac et de feu , puis après II fit &lre un degast aux environs de ceste ville : mais , voulant s'en approcher de plus prez , et les saluer de son artillerie, ayant pour cest ^ect remué son camp et fait advancer deux mj/le tant Allemans que Polonois par le chemin d*Ogrokrik, les gens du chancelier, ne les désirant si prez d'eux, S'advancerentpour les en empescher. U y eut là un combat de trois heures, auquel les gens du chancelier demeurèrent victorieux après en avoir tué plus de douze cents sur la place, entre lesquels estoient beaucoup de gens de coounandement, et pris plus de deux cents prisonniers. Ce combat ùxt la cause de la ruine des oitreprises de Maximilan, et, quoy (iu*il flst semblant de vouloir continuer son siège, ayant fedct destourner Teau de Rudauca pour Incommoder ceux de Cracovie , les nouvelles qu'il récent de Tarrivée du prince de Suéde ai Pologne , lequel s'acheminoit droict à Cracovie, et aussi que le dit grand chancelier avolt reeeu nouvelles forces de toutes parts de la Pologne , le contraignirent de lever son siège, avec intention d'aller combattre le prince de Suéde , s<m compétiteur, auparavant qu'il se fust Joint avec les forces du grand chancelier.

Les Polonois du party de Maximilian estoient «1 son advantgarde conduite par les Sboroski ; ils prindrent la charge d'aller recognoistre l'armée du prince de Suece : ce qu'ils firent , et aillerait jusqu'à Volborzon, où, ayans aussi reneontré Tadvantgarde du Suecien , conduite par Olpanlski, grand mareschal de Pologne, il y eut là une rencontre en ces deux advantgardes, où ceux de Maximilian eurent de l'advantage : mais, estans retournez vers luy , et s'acheminants pour présenter la bataille au prince de Saece, ils eurent advis que grand nombre de Polonois estoient arrivez en son camp, lequel estoit de plus de quarante mil hommes. Maxinuliaa, se voyant réduit à laisser le passage libre au prince de Suece, son compétiteur, pour Q*av<^ forces bastantes à le combattre, se retira avec son armée vers les frontières de Silesie ,

et s'empara encor du chasteau de Crepicze, où il se retrancha avec son armée, attendant du se-* cours de l'Empereur son frère , et endommageant le plus quMl pouvoit le pays de ses ennemis.

Cependant le prince de Suece, accompagné du grand chancelier, de tous les palatins et grands seigneurs de la noblesse polonoise, alla à Cracovie, où l'archevesque de Gnesne le couronna roy de Pologne, et où il fut non seulement recognu des Polonois, mais vingt-quatre ambassadeurs de Lithuanie vindrent aussi avec Papilta, vicechancelier, et deux chastellains , luy Jurer obéissance au nom de tous les Lithuaniens.

Le 14 Janvier 1588, le grand chancelier Zamoski, avec plus de trente mil hommes , tant de pied que de cheval, partit de Cracovie pour aller faire desloger rarehiduc Maximilian d'Austrtche des frontières de Pologne. L'archiduc ayant eu advis de son acheminement, quoy qu'il fust beaucoup moindre que luy en nombre d'hommes, se mit àlacampagiie,et, levingt-deuxiesme de Janvier, les deux armées se rencontrèrent auprès de Yelun, où, après un long combat de quatre heures, la victoire ayant balancé, tantost du costé des Âlemans, tantost de celuy des Polonois, elle demeura en fin au grand chancelier de Pologne , qui poursuivit l'archiduc Jusques en Silesie où il s'estolt retiré dans Pitschem, après avoir perdu toute son artillerie et tout son bagage, parmy lequel ily avoitun grand nombre de richesses que ses soldats avoient butiné dans la Pologne.

Trois jours après la perte de ceste bataille, Maximilian, poursuivy par les Polonois, s'estant deffendu un Jour et une nuict dans Pitschem avec sept cents Alemans et quelques seigneurs polonois de son party, voyant que la plus grand part des siens avoient esté tuez en combattant, n'y ayant plus d'apparence de tenir sans estre forcez , se rendit prisonnier aux Po* loDOis avec le palatin de Posnanie, les ducs de Pruinski et de Volinie, André Scaroselli , et Tevesque de Chiovie qui Tavoit nommé roy de Pologne , et beaucoup de grands seigneurs allemans , hongrois,' austriens et polonois.

L'archiduc Ait receu et traicté fort magnifiquement par le grand chancelier , lequel l'envoya incontinent avec bonne conduite dans Lublin , et les autres prisonniers en divers endroicts. La Joye fut grande par toute la Pologne pour ceste victoire , et le roy Sigismond fût dèslors asseuré en son nouveau royaume.

Les princes de la maison d'Austriche (tarent fisischez de la fortune de l'archiduc MaxhnlllaQi et employèrent tout ce qu'ils purent pour sa de-

GHBOMOLOGIB MOVEMAïaE DE PALMA CAY£T. [1589]

livrance. Sa Saincteté envoya aussi un légat apostollcqae , qui fut le cardinal Hypolite Aldobrandin , pour traicter de la paix entre la maison d'Austriche et les Polonois. Premièrement Ton fit une tref ve à Varsovie ; mais , durant Fan 1588 , pour beaucoup de ditïïcultez, ils ne se purent accorder.

Au commencement donc de ceste année, TEmpereur ayant redemandé instamment son frère aux Polonois, les députez , tant d'une part que d'àutrCy pour traicter la paix, s'assemblèrent à Blthonie en Silesie, où le légat du Pape se rendit avec Rosimbergh, commissaire impérial, et pour les Polonois s'y trouvèrent le vaî vode Raski et le Sbriski. Il se proposa du commencement tant de difficultez, que, pour les accorder, ils ftirent contraints de continuer la trefve, pendant laquelle, le 5 avril, la paix fut faicte , les principaux articles de laquelle estoient :

« Que Farchiduc Maximilian sortiroit libre sans payer rançon. Qu'il renonceroit à ce titre de roy, et le jureroitainsi,et puis seroit reconduit en seureté Jusques dans les confins de Silesie, où il jureroitde ne faire plus la guerre, pour tirer là quelque vindicte de toutes lescboses passées jusques à présent.

« Que la forteresse de Benzin seroit restituée aux Polonois , et que, si les Hongrois n'y vouloient consentir, ils payeraient pour une fois cent mil talars à la couronne de Pologne.

« Que le roy Sigismond de Pologne envoleroit premièrement ses ambassadeurs vers TËmpereur pour luy faire ses excuses des choses passées , et pour approuver le présent accord , et puis Sa Majesté Impériale luy envoyeroit aussi les siens pour faire le mesme.

« Que le roy de Pologne feroit personnellement toute démonstration d'amitié et de parfaite reconciliation avec Farchiduc Maximilian, et réciproquement ledit sieur archiduc envers la persoiïbe du Roy.

« Que toutes les confédérations, pactionset amitiez seraient renouvellées entre les royaumes de Pologne, d'Hongrie et de Boëme , et mesme avec la maison d'Austriche , se remettant réciproquement les uns aux autres toutes les injures et offenses advenues jusques à Faccord présent. »

Tel fut Faccord, pour lequel exécuter le roy Sigismond de Pologne envoya le comte d'Ostrorogue, son eschanson, vers l'Empereur, lequel Fouît volontiers , accepta les excuses , et luy fit grande courtoisie.

Après , le roy Sigismond luy envoya encore d'autres ambassadeurs pour confirmer et jurer leur accord. Ce que FEmpereur fit en ces termes :

« Chose inaccoustumée , le Rudolphe (1), par la grâce de Dieu esleu empereur des Bomains, tousjours Auguste et César, promet sur les sainctes Evangiles, de garder et observer inviolablement tous les articles qui ont esté accordez à Bithonie et Rendzon , par l'intervention du reverendissime cardinal Aldobrandln , légat de nostre sainct père le Pape , et du Saint-Siège apostolique , entre nos commissaires et ceux des serenissimes princes les archiducs mes oncles et frères , d'une part , et le serenissime prince Sigismond HT, roy de Pologne , grand duc de Lithuanie , d'autre part : auxquels articles de \m je satisferay , et garderay perpétuellement la paix et amitié avec ledit serenissime prince, le royaume de Pologne , et avec toutes les provinces qui en dépendent. Ainsi Dieu m'aydeet ses sainctes Evangiles. »

L'Empereur envoya aussi ses ambassadeonà Lublin pour recevoir le serment du roy Sigismond , lequel le fit aussi en presque semblables termes que Sa Majesté Impériale.

Puis le Roy alla à Crafostein , où estoit l'archiduc Maximilian , lequel alla au devant du Roy en la cour du chasteau , et se firent de grandes cai*esses Fun à Fautre : toutesfois jamais Farchiduc ne le nomma Majesté ; mais ils s'ho« norerent Fun Fautre du terme de Sérénité. Twt cela se passa dans le moys d'avril.

Le treiziesme d'aoust les Polonois tinrent eDcor conseil dans Cracovie s'ils dévoient mettre en liberté Farchiduc Maximilian , pource que tous les limites de la Pologne estoient en ce temps là en troubles, d'un costé par le Moscovite, et des autres par le Turc et par les Tartares, vers les confins de Polodie et de Russie. En ce conseil il fut résolu que Maximilian jureroit et donneroit caution devant que d'estre mis en liberté, pour éviter que cependant qu'ils seroient empeschez à Tun des bouts de la Pologne contre le Turc, qu'il ne recommençast sous quelque prétexte la guerre contr'eux. Maximilian fîit asseuré que la recherche de ceste caution ne venoit point du vouloir du Roy , mais de celuy du chancelier et du conseil de Pologne : toutesfois il fut contraint pour avoir sa liberté de promettre de donner caution ; ce qu'il fit. Pour le reconduire et le faire jurer d'entretenir la paix, les Polonois députèrent l'evesqne Cheimense,lc palatin de Cracovie et plusieurs seigneurs polonois pour Faccompagner. Lesquels estans tous arrivez aux confins de Silesie avec rarchiduc, ils voulurent le remener jusques où ils l'avoient pris prisonnier , avec enseignes desployées; mais

(1) Rodolphe.

CHE0N0L06IS NOVBNAIRB DE PALMA GAYBT. [l589]

r^'esque de Vratislavie , qui estoit venu bien aecompagDé trouver ledit archiduc, leur dit qu'il les en etnpescheroit. Les Polonois, qui n'estoient lors aussi forts que les gens de l'archiduc qui l'estoient venu recevoir , cognurent qu'ils aToient esté trop faciles. Ainsi , estans arrivez sur les limites de la Silesie , ils requirent Tarchidue de jurer les articles accordez à Bithonie : mais, au lieu de ce faire, se sentant plus fort que les PoloDois, sans rien respondre à leur requeste, bien accompagné de cavalerie alemande et hongroise, se rendit en peu de temps à Bithonie , où il fit venir les commissaires polonois , et là il leur fit déclarer, par un hamuaido, qu'il n'a voit eu aocone cognoissance du traicté de paix , sinon qu'après qu'il avoit esté faict, à cause de l'estroiie prison où on Tavoit détenu pendant qu'il sefaisoit,et que c'estoit une chose inique et dure qu'en fiedsant l'accord à Bithonie , les délitez des Polonois n'avoientpas seulement voulu que l'on eognust de son eslection au royaume de Pologne , qui estoit toute la controverse ; aussi qae les Polonois mesmes avoient contrevenu au traitté de Bithonie , en ce que , par Iceluy , ceux qui atoient suivy son party n'en dévoient estre recliercfaez , et aussi que tous ceux qui estoient prisonniers dévoient estre mis en liberté, ce qui n'avoitesté observé, ainsi qu'il se pouvoit vérifier par les sévères constitutions qu'ils avoient faictesde nouveau à Varsovie; plus, que le roy de Pologne ayant commandé de mettre ledict sieur archiduc, sans aucune dilation, en liberté, qoeTon Tavoit renfermé par le commandement du grand chancelier dans Veslitie , où Ton avoit r^lu qu*il ne sortiroit sans faire le serment , S3DS délaisser son tiltre de roy , sans changer de seau, et sans ratifier les articles accordez à Bitlionie.

A ceste déclaration, laquelle contenoit encor beaucoup d'autres points, l'evesque Chelmense respondit de poinct en poinct , et monstra que i arctiiduc estoit tenu de faire le serment et jurer Taceord faict à Bithonie. L'archiduc alors, preoant la parole , luy dit que sa cause estoit se- I»rée des alliances et confédérations des royaumes de Bohême et de Pologne , et que cela n'empescheroit point la paix entr'eux si les Polonois aelavioloient de leur costé. Alors le palatin de Cracovie dist à l'archiduc beaucoup de choses pour le bien de la paix , et qu'il devoit avoir respect au sang chrestien qui se repandroit par la guerre; puis il interpella tous les Bohémiens , Moraves et Silesiens, afiin d'exhorter larchiduc d jurer la paix, ausquels mesmes il usa enûn de nœnaces. Mais voyant que ce qu'il leur disoit estoit sans fruict, il sortit en colère, et leur dit

ees mots en langage polonois : « Il est facile de faire cuire la cervoise , mais il est incertahi de sçavoir qui la boira ; » et se retournant vers l'evesque Chelmense : « Voyez , dit-il , en quelle façon nous retournerons en Pologne ; nous sommes icy mocquez par des enfans , et servirons de risée aux autres, a

L'archiduc , nonobstant que les Polonois fussent sortis en colère , ne laissa de les inviter à souper : eux le refusèrent , et à Theure mesme, estans montez dans leurs chariots, s'en retournèrent en Pologne. Le lendemain l'archiduc aussi print son chemin pour aller à la court de l'Empereur son frère. Il fut fait plusieurs discours sur ce que ledit archiduc ne voulut Jurer l'accord de Bithonie, faict pour sa liberté par l'intervention du légat de Sa Saincteté , puis que l'Empereur Tavoitjuré; mais ceux qui favorisoient son paity concluoient tous que les conseillers que Maximilian avoit autour de luy estoient Jeunes e percio non muoverlo nienie guesia resoluzione data daprincipio (1). Ce sont excuses.

La Pologne se trouvoit lors, comme nous avons dit, grandement empeschée des Tartares et des Turcs , car les Cosaques , peuples dependans de Pologne , avoient esté à une grande foire au mois de juin dans la ville de Coslou en Tartarie casanière, qui est un pays où les Tartares demeurent en maisons, au lieu que les autres Tartares n'usent que de pavillons et tentes , se mettans par hordes sous un chef qui est tous- Jours de la première et plus ancienne famille. En ceste ville de Coslou donques les Cosaques pillèrent les bouticques, et , après en avoir tué plusieurs, mirent le feu dans ceste ville , et s'en retournèrent chargez d'un gi*and butin.

Les Tartares, faschez de ceste bravade et perte, estans solicitez par le Turc, auquel les Cosaques aussi avoient pris et desmantelé la forteresse d'Ochiakou , firent amas de soixante dix mil chevaux et trente pièces de canon, et, passant le fleuve de Boristhene, vindrent se camper entre Liople de Russie et le lac d*Amodoc, d'où ils coururent , en faisant une infinité d'hostilitez et inhumanitez , les pays de Sbarazze , de Tarmople et de Bourke, et autres places voisines.

Leroy Sigismond de Pologne, entendant les cruautez que faisolent les Tartares en ces contrées là, y envoya Zamoski, grand chancelier de Pologne, lequel, après avoir visité Liople, forteresse imprenable pour estre environnée de montagnes , et y avoir donné l'ordre requis pour sa defrense,il s'achemina à Camenik de Podolie,

(I) Et par conséquent il ne devoit point se régler sur une résointion d'ancienne date.

CH10N0L06I1 HOTlHÀimB M »ALMÀ GAYBT. [U89]

qui est une place siiaée dans les roehes inaccessibles sur la rivière de Smotriki , laquelle il poorveot de tout ce qui estoit nécessaire pour sonstenir unslege^ car aosd, encemesmetempslà, le baseba Hadar faisoit semblant de vouloir cbasier le palatin de Valachie pour y en metttre un autre ; mais les Polonois Jugèrent que ce Turc ne faisoit ce voyage que pour tascher à trouver un moyen d'occuper l'une de ces deux places susdictes.

Les Tartares, ayans esté battus et rebatus en plusieurs rencimtres par les Cosaques et Rustiens ne laissèrent pour cela d'entreprendre sur k ville de Rurapotniki ; mais ils en Airent repoulses y comme ils le furent aussi de Sliarazze «t de Baccarou , là où ils ftirent cbarges et des- Ikicts. Dans Baccarou estoit par cas fortuit arrivé , en passant pays , la sœur du grand cbaneelier Zamosld, laquelle lesTartarestaschoient par tous moyens d'avoir entre leurs mains ; mais il leur fut impossible de l'avoir.

Le grand zare des Tartares , ainsi s'appellent les princes souverains des Tartares casaniers [ comme qui diroit le grand escarmoucbeur ], ayant entendu que ses gens estoient mal traictez des Polonois , se résolut de venir luy-mesme à leur secours avec nouvelles et plus grandes forocs, lesquelles, par une astuce militaire, estant proche du camp des Polonais, il divisa en deux, et, s'en venant avec une partie , il laissa l'autre derrière une petite montagne » avec intention d'attrapper les Polonois en les envek^pant Son dessein pour les envelopper réussit; mais les Polonois , se voyans enveloppa entre les deux troupes , d'autant qu'ils s'estolent advances dez qu'ils eurent veu la première , sans penser qu'il y en eust encor une autre derrière, se reeognurent, et se donnèrent la foi les uns aux autres de combattre Jusques À la mort. En ceste rcBotution, après avoir rompu l'avaatgarde des Tartares, Ils enfonserent la bataille , dans laquelle rencontrant le grand zare, ils le blessermit à mort d'une arquebuzade; mais se voyant blessé, affin de n'estonner ses gens , il fit sonner la retraite. En ceste bataille son fils , nommé Saphigerei , y fut tué , et plusieurs grands de sa suitte. Mille d'entre eux, se cuydans sauver dans un bois, y firent tous tailles en pièces. Les restes de ceste grande armée de Tartares coururent repasser le loristene, et s'en allèrent Joindre à l'armée du Turc que conduisoit le baseba Hadar. Alors les Cosaques, après le guain de ceste bataille, donnèrent dans le pays des Tartares, piHans, ravageans et mettant tout à feu et À sang.

Le baseba Hadar ayant scen la décote des Tartares casaniers, tu lieu qu'A Bwnafoit les

Polonois il parla de paix avec eux , et leur escrivit que, s'ils vouloient envoyer vers le Grand Turc son seigneur, qu'il s'asseuroit qu'on les recevroit humainement. Les Turcs en ceste année n'eurent pas la fortune prospère , car , outre les guerres qu'ils avoient avec les Perses, les Tartares drcassiens se révoltèrent de leur alliance, et se rallièrent avec les Perses : tellement que le bascha Ferat y receut contr'eux une grande desroute , et fut contraint de se retirer. Aussi certains santons , qui sont comme moynes en la loy de Mahomet, firent une révolte au pays de Surie, pour laquelle appaiser Assan , haga, se trouva bien empesché.

Mais ce qui donna le plus de foscherie au grand turc Amurat , fut que les Janissaires esmeurent une grande sédition sur le fait des monnoyes, disant qu'elles estoient altérées d'aloy «t de poids. Ils en imputoient la faulte à Ebrayn , beglerbey de la Grèce [c'est à dire lieutenant gênerai] , lequel estoit aymé d'Amurat avec une extrême privante , jusques à luy permettre qu'il entrast seul dans le serrail , qu'il allast en carroce avec luy, et autres faveurs excessives : tellement qu'environ cinq mille janissaires demandèrent sa teste avec importunité. Amurat, estimant que cela luy touchoit à l'honneur, leur offire de raccommoder les monnoyes et leur augmenter leurs payes . et leur donner recompense du déchet qu'ils avoient eu sur les monnoyes. Sur cest offre les janissaires s'escriereiit tous qu'ils estoient là pour la teste d'Ebrayn, lequel avoit pour capitaux ennemis un autre Ebrayn , gendre d'Amurat , et de Sciaus bascha , l'un des cousins d'Amurat, lesqueb on jugea depuis avoir suscité lesdits janissaires. Or, combien qu'Ebrayn , altérant les monnoyes, en rapportoit le profit aux coffres de son prince, à cause dequoy il le tenoit pour son grand et eber amy , luy estant utile pour estre luy-mesme grandement avare , joinct que tousjours Amurat débattoit qu'il y allolt de son honneur en ce qu'un sien amy Aist abandonné à des janissaires, et qu'estant Amurat prince absolu, il ne pouvoit obejrr aux intentions des janissaires pour quelque occasion que ce fast , toutesfois ils trouvèrent moyen de hiy persuader que le beglierbey Ebrayn deust mourir , et que la loy de Mahmnet portoit que , pour la seureté de l'empire , les f^res mesmes d'un de leurs grands turcs estoient mis à mort , et quuit au pouvoir absolu , qu'il estoit ez mains des janissaires. Ces paroles furent la cause qu' Amurat abandonna son Ebrayn, et le vid, estant au dyvan, par une fenestre , ployttit le col sous la main du bourreau. C'est un exemple à ceux qui, pensant eevplaire à

CHBONOLOGfS NOVBNAIBB DB PkLUk GÀYBT. [1589]

rappetitdespriDces^ changent les loix finement poor opprimer les peuples.

Six jours après ceste émotion , un matin À deox heures avant Jour, par toute la ville de Coostantinople se prit un grand embrasement , ieqoel on n'a jamais sceu sçavoir s'il y avoit esté Dis à dessein , ou si c*estolt un cas fortuit. Ce /eo commença en la maison d'un juif. Les Janissaires firent devoir de Testeindre : ce qu'ayant ùùt, ils demandèrent surcroist de leur paye, selon la coustume ancienne : ce qui leur fut desniéy et mesmes Faga se moqua d'eux, leur disant que ce feu avoit esté mis par leur artifice, ^als ils s'en vengèrent incontinenti car ils r'allomerent le feu par tout , qui brusla plus de dix mille boutiques, durant lequel ils se mirent à saecager les biens des juiDs, qui estoient trèsnches , tant pour le trafic qu'ils font , que pour les daccs et imposts dont ils sont fermiers d'ordinaire pour le Grand Turc , et pillèrent en une jonmée plus de cinq millions d'or. La perte ge- Qoale fut estimée à plus de douze millions. En ce pillage et en ce bruslement les janissaires s'opiniastrerent l'espace d'un mois tout entier, sans ^e le premier visir Sinan , lequel estolt rentrées bonnes grâces d'Amurat par la faveur des soltanes, y pust donner ordre , ny le bascha de Bosae, qui avoit esté faict beglierbey de Greee après la mort d'Ebrayn , d'autant que les JpBissaiics invoitoieot de jour à autre certains artifices pour entretenir le feu et continuer leur filage. Tellement que Ton pensoit lors que Tcopire taïqoesque estolt proche de sa ruine^ inr k$ gnndes séditions qui s'esmeurent en ce Mae taxkfêf tant en Barbarie que par les AralOea Egypte et en Jadée : si bien qu'Amurat

pensoit que son empire s'alloit renverser , et tous ses baschas et vizirs n'avoient autre plus grand soin que de conserver leurs propres maisons , là où ils demeuroient en armes avec leurs gens, n'attendans que l'heure que les janissaires vinssent mettre le feu à leurs portes. Pour appaiser ces séditieux, il leur falut accorder tout ce qu'ils voulurent, avec augmentation de gages. Amurat fut contraint de mettre prix par edict à toutes sortes d'estoffes , et ce à tel prix que les janissaires les voulurent mettre, qui fut un trèsgrand préjudice à la ville de Constantinople et à tout le pays y par-ce que les marchans, se voyant réduits à cela . transportèrent toutes les meilleures pièces de leurs marchandises , et ne leur demeura que le rebut dans leurs bouticques , encores avec grand péril.

Le tumulte appaisé, Assan, aga, tira de Constantinople la plus-part de tous ces rebelles et séditieux, et les emmena avec luy en Barluirie pour appaiser la sédition des Mores de Tripoly de Barbarie, qui en avoient chassé les Turcs, et avoient envoyé au grand maistre de Malte pour luy demander secours d'armes et de munitions , disaut ne vouloir plus estre sujects aux Turcs. Le grand maistre pensa que e'estoit une belle occasion pour délivrer la mer Méditerranée des courses qu'y faisoient les Turcs, et principalement aux pays de rivière [ c'est à dire ez frontières de la marine] sujects au roy d'Espagne. Il dospescha pour cet effect le chevalier Boucherie, François , pource qu'il estolt mieux informé que nul autre de toutes ces affaires. Mais Assan, aga, après beaucoup de peine , réduisit Tripoli et les Mores en leur obeyssance aoeoostumée.

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